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Jean 6, 41-46

 

41 Comme Jésus avait dit : « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel », les Juifs récriminaient contre lui :

42 « Cet homme-là n'est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire : 'Je suis descendu du ciel' ? »

43 Jésus reprit la parole : « Ne récriminez pas entre vous.

44 Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi, et moi, je le ressusciterai au dernier jour.

45 Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi.

46 Certes, personne n'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père.

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 46 sur S. Jean.) Les Juifs qui espéraient recevoir une nourriture matérielle, ne commencèrent à se troubler que lorsque cette espérance leur fut enlevée : « Cependant les Juifs murmuraient contre lui, parce qu'il avait dit : Je suis le pain vivant, » etc. La cause apparente de leur trouble, c'est que Nôtre-Seigneur leur déclarait qu'il était descendu du ciel, mais la cause véritable, c'est qu'ils avaient perdu l'espérance de la nourriture matérielle qu'ils attendaient. Cependant le miracle qu'il venait d'opérer leur inspirait encore pour lui quelque respect, voilà pourquoi ils n'osent le contredire ouvertement, ils se contentent de témoigner leur désapprobation par leurs murmures. Quel était l'objet de ces murmures, le voici : « Et ils disaient : Est-ce que ce n'est pas là Jésus, fils de Joseph ? » — Saint Augustin. (Traité 26 sur S. Jean.) Ils étaient encore loin du pain du ciel, et ils n'en connaissaient pas le désir ; car ce pain exige la faim de l'homme intérieur. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 46.) Il est évident qu'ils ne connaissaient pas encore l'admirable génération du Sauveur, puisqu'ils l'appellent le fils de Joseph, et toutefois il ne leur en fait point de reproche, et ne leur dit point : Je ne suis pas le fils de Joseph, parce qu'ils étaient incapables de comprendre sa naissance miraculeuse ; car s'ils ne pouvaient comprendre sa naissance selon la chair, à plus forte raison sa naissance éternelle et ineffable. — Saint Augustin. (Traité 26.) Il a pris notre chair mortelle, mais non pas comme les hommes la prennent. Il avait un Père dans les cieux, et il s'est choisi une mère sur la terre ; il est né sans mère dans le ciel, et sans père sur la terre. Mais quelle fut sa réponse aux murmures des Juifs ? « Jésus leur répondit : Ne murmurez, point entre vous, » c'est-à-dire : Je sais pourquoi vous n'avez point cette faim spirituelle, et pourquoi vous ne comprenez, ni ne cherchez ce pain : « C'est que personne ne peut venir à moi, si mon Père qui m'a envoyé, ne l'attire. » Quel magnifique éloge de la grâce ! Nul ne vient, s'il n'est attiré ; ne cherchez point à savoir et à juger qui est attiré, et qui ne l'est pas ; pourquoi Dieu attire celui-ci plutôt que celui-là, si vous ne voulez vous égarer, et contentez-vous d'entendre cette vérité : Vous n'êtes point encore attiré, priez Dieu qu'il vous attire.

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 46.) Les Manichéens saisissent avidement ces paroles pour nous objecter que notre libre arbitre n'a aucune puissance. Cependant Nôtre-Seigneur ne veut pas détruire ici ce qui est en nous, mais nous montrer simplement le besoin que nous avons du secours de Dieu, et il vent parler ici non de celui qui vient malgré lui, mais de celui qui rencontre de grands obstacles. — Saint Augustin. Si nous sommes attirés malgré nous à Jésus-Christ, c'est donc aussi malgré nous que nous croyons. C'est donc ici l'œuvre de la violence et non de la volonté ; mais on ne peut entrer dans l'Église qu'autant qu'on le veut, on ne peut croire que parce qu'on le veut, « car il faut croire de cœur pour obtenir la justice. » (Rm 10) Si donc celui qui est attiré vient malgré lui, il n'a point la foi ; s'il n'a point la foi, il ne vient pas. En effet, ce n'est pas en marchant que nous approchons de Jésus-Christ, mais en croyant ; ce n'est point par un mouvement de notre corps, mais par la volonté de notre cœur. C'est donc par la volonté que nous sommes attirés. Comment sommes-nous attirés par la volonté ? « Mettez vos délices dans le Seigneur, et il vous accordera ce que votre cœur demande. » (Ps 37) Il y a une certaine volupté du cœur pour celui qui goûte la douceur de ce pain céleste. Or, si le poète a pu dire : « Chacun est entraîné par son plaisir, » à combien plus juste titre pouvons-nous dire que l'homme qui place ses délices dans la vérité, dans la béatitude, dans la justice, dans la vie éternelle, est véritablement attiré vers le Christ ; car toutes ces choses c'est le Christ. Dira-t-on que les sens du corps ont leurs voluptés, et que l'âme n'en a point qui lui soient propres ? Donnez-moi une âme qui aime, donnez-moi une âme qui désire, une âme fervente, une âme qui se regarde comme exilée et qui ait faim et soif dans la solitude de cette vie, une âme qui soupire après la fontaine de l'éternelle patrie, et elle comprendra ce que je dis. Mais pourquoi Nôtre-Seigneur s'exprime-t-il de la sorte : « Si mon Père ne l'attire ? » S'il faut que nous soyons attirés, soyons-le par celui à qui l'Épouse des cantiques a dit : « Attirez-moi après vous. » (Ct 1) Mais examinons le véritable sens de ces paroles. Le Père attire au Fils ceux qui croient au Fils, parce qu'ils pensent qu'il a Dieu pour Père. En effet, Dieu le Père a engendré un Fils qui lui est égal, et celui qui pense et médite attentivement dans la foi de son âme, que celui en qui il met sa foi est égal au Père, est attiré par le Père vers le Fils. Arius ne voit en lui qu'une créature ; le Père ne l'a pas attiré. Photius dit que le Christ n'est qu'un homme, celui qui partage ses sentiments n'est pas attiré par le Père. Dieu le Père attire Pierre, lorsqu'il dit : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. » (Mt 16) Aussi que lui répond Nôtre-Seigneur : « Ce n'est point la chair et le sang qui vous l'a révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. » Il l'attire par là même qu'il lui révèle ; car si les révélations qui ont lieu parmi les jouissances de la terre sont assez fortes pour entraîner ceux qui aiment, comment supposer que Jésus-Christ, révélé par le Père, n'ait pas la même force pour nous entraîner ? Qu'est-ce que l'âme désire plus vivement que la vérité ? Mais ici les hommes sont tourmentés par la faim et la soif de la vérité, ce n'est que dans le ciel que leurs désirs seront rassasiés, c'est pour cela que Nôtre-Seigneur ajoute : « Et je le ressusciterai au dernier jour. » La soif qu'il éprouve ici-bas sera rassasiée à la résurrection des morts, parce que je le ressusciterai.

 

Saint Augustin. (Quest. sur le Nouv. et l'Ane. Test., chap. 27) Ou bien encore, le Père attire au Fils par les œuvres qu'il faisait par le Fils. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 46.) Quelle est grande la dignité du Fils, puisqu'il ressuscite ceux que le Père lui amène, que ses œuvres ne sont point séparées de celles du Père, et qu'il nous montre ici la parfaite égalité de sa puissance avec celle du Père. Mais de quelle manière le Père attire au Fils ? la voici : « Et il est écrit dans les prophètes : Et ils seront tous enseignés de Dieu. » Voyez ici la dignité de la foi, ce n'est point des hommes, ni par le moyen des hommes, qu'elle nous est enseignée, Dieu seul en est le souverain maître, toujours prêt à répandre sur tous lès hommes ses grâces aussi bien que sa doctrine. Mais si tous sont enseignés de Dieu, comment expliquer l'incrédulité d'un certain nombre ? L'expression tous doit s'entendre de plusieurs, ou bien de tous ceux qui ont la bonne volonté. — Saint Augustin. (de la prédest., chap. 8) On peut encore l'entendre dans un autre sens : Lorsqu'un maître de belles-lettres est seul dans une ville, nous disons : Il enseigne les lettres à tout le monde, non pas que tous les habitants de la ville les apprennent, mais parce que ceux qui veulent les apprendre n'ont que lui pour maître ; de même nous disons ici que Dieu enseigne à tous les hommes à venir à Jésus-Christ, non pas que tous soient dociles à ses enseignements, mais parce que personne ne peut venir par une autre voie. — Saint Augustin. (Traité 26.) Ou bien encore, tous les hommes de ce royaume seront enseignés de Dieu, dans ce sens que les hommes ne seront point leur véritable maître. Sans doute, ce sont les hommes qui leur enseignent extérieurement la doctrine qu'ils cherchent à comprendre, mais c'est au dedans que l'intelligence en est donnée, au dedans que la lumière brille, au dedans que la révélation se fait. Le bruit de mes paroles vient frapper vos oreilles, mais si le maître intérieur n'en révèle le sens, qu'est-ce que je dis ? que sont mes paroles ? Nôtre-Seigneur dit donc aux Juifs : « Et ils seront tous enseignés de Dieu, » c'est-à-dire : Comment, Juifs, pouvez-vous me connaître, vous que le Père n'a pas enseignés ?

 

Saint Bède. Nôtre-Seigneur dit au pluriel : « Il est écrit dans les prophètes, » parce que tous les prophètes, remplis d'un seul et même esprit, tendaient au même but, bien que l'objet de leurs prophéties fût différent. Aussi tous les prophètes s'accordent avec chacun d'entre eux, c'est ainsi que le prophète Joël s'accorde avec le prophète qui a dit : « Ils seront tous enseignés de Dieu. »On ne trouve pas ces paroles dans Joël, mais on y lit quelque chose de semblable : « Enfants de Sion, faites éclater votre joie, livrez-vous à votre allégresse, à la présence du Seigneur votre Dieu, parce qu'il vous a donné un docteur de justice. » (Jl 2, 23.) Cependant cette pensée se trouve plus explicitement exprimée dans Isaïe, lorsqu'il dit : « Je rendrai tous tés-enfants disciples de Dieu. » — Saint Jean Chrysostome. (hom. 46.) C'est qu'en effet avant Jésus-Christ, c'étaient les hommes qui enseignaient les vertus divines, maintenant, au contraire, c'est le Fils unique de Dieu et l'Esprit saint.

 

Saint Augustin. (de la prédestin., chap. 8) Tous ceux qui sont ainsi enseignés de Dieu, viennent au Fils, parce que le Père les a instruits et enseignés par le Fils : « Quiconque a entendu le Père et appris de lui, vient à moi. » Si tout homme qui a entendu le Père et appris de lui,  vient au Fils, tous ceux qui ne l'ont pas entendu sont privés d'enseignement. Que cette école céleste dans laquelle le Père se fait entendre, et apprend à venir au Fils, est éloignée des sens de la chair ! Ce n'est point à l'oreille du corps qu'il s'adresse, mais à l'oreille du cœur, là où est le Fils lui-même, parce qu'il est le Verbe, par lequel le Père enseigne ; là où est aussi l'Esprit saint, car la foi nous apprend que les œuvres de la Trinité sont indivisibles ; cependant ce divin enseignement est attribué au Père, parce que le Fils procède de lui ainsi que le Saint-Esprit. Ainsi la grâce qui se répand secrètement dans les âmes par un effet de la bonté divine, n'est rejetée par aucune dureté de cœur, car son premier objet est de faire disparaître cette dureté de cœur. Pourquoi donc Dieu n'enseigne-t-il pas à tous les hommes à venir à Jésus-Christ ? C'est que ceux qui sont enseignés, le sont par miséricorde, tandis que ceux qui ne le sont pas en sont privés par un juste jugement. Dirons-nous que ceux qu'il n'enseigne pas veulent cependant apprendre ? On nous répondra : Et que signifient ces paroles : « Ô Dieu ! vous nous convertirez de nouveau vers nous, et vous nous donnerez la vie ? » (Ps 84) Et si ce n'est pas Dieu qui inspire la bonne volonté à ceux qui ne l'ont pas, pourquoi l'Église prie-t-elle pour ses persécuteurs, conformément au précepte que lui en fait le Seigneur ? Il n'est personne qui puisse dire : J'ai cru et c'est ma foi qui a été le principe de ma vocation, car c'est la miséricorde de Dieu qui prévient celui qui est appelé, afin qu'il puisse recevoir le don de la foi.

 

Saint Augustin. (Traité 26.) Voilà donc comment le Père nous attire en nous enseignant la vérité, et sans nous imposer aucune nécessité, et il n'appartient qu'à Dieu de nous attirer ainsi : « Quiconque a entendu le Père, et appris de lui, vient à moi. » Quoi donc ! est-ce que Jésus. Christ n'a rien enseigné ? Mais les hommes n'ont point vu le Père se faisant leur maître, et ils ont vu le Fils qui en remplissait les fonctions à leur égard ? C'était le Fils qui parlait, mais c'était le Père qui enseignait. Si donc moi qui ne suis qu'un homme, j'enseigne celui qui a entendu ma parole, à plus forte raison le Père enseigne celui qui a entendu sa parole ou son Verbe. C'est ce que le Sauveur nous explique parfaitement en ajoutant immédiatement : « Non que personne ait vu le Père, si ce n'est celui qui est de Dieu, » paroles dont voici le sens : Je viens de vous dire : « Quiconque a entendu le Père et appris de lui ; » n'allez pas vous tenir à vous-mêmes ce langage : Nous n'avons jamais vu le Père, comment pourrons-nous être instruits par lui ? Apprenez de moi comment vous pourrez être instruits : Je connais mon Père, je viens de lui comme la parole sort de celui qui la profère, je suis non pas la parole qui retentit et qui passe, mais la parole qui demeure avec celui qui la prononce, et qui attire celui qui l'entend. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 46.) Tous nous venons de Dieu, mais Nôtre-Seigneur ne parle point ici de ce qui distingue le Fils de Dieu et lui est propre, à cause de l'esprit encore faible et grossier de ses auditeurs.

 

Jean 6, 47-52

 

47 Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle.

48 Moi, je suis le pain de la vie.

49 Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ;

50 mais ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange ne mourra pas.

51 Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »

52 Les Juifs discutaient entre eux : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »

 

Saint Augustin. (Traité 26 sur S. Jean.) Nôtre-Seigneur en vient enfin à révéler, aux Juifs ce qu'il était : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle ; » c'est-à-dire, celui qui croit en moi, me possède. Qu'est-ce que me posséder ? c'est posséder la vie éternelle ; car la vie éternelle, c'est le Verbe qui était au-commencement avec Dieu, et cette vie était la lumière des hommes. La vie s'est revêtue de la mort, afin que la mort fût détruite par la vie.

 

Théophylacte. Comme ce peuple insistait pour obtenir la nourriture corporelle, et rappelait à ce dessein le souvenir de la manne qui avait été donnée à leurs pères, le Sauveur veut leur montrer que tous les faits de la loi ancienne étaient une figure de la vérité qu'ils avaient présente sous leurs yeux, et les élève à la pensée d'une nourriture toute spirituelle, en leur disant : « Je suis le pain de vie. » — Saint Jean Chrysostome. (hom. 46.) Il se donne le nom de pain de vie, parce qu'il contient le principe de notre vie, de cette vie présente et de la vie future.

 

Saint Augustin. (Traité 26.) Mais pour réprimer l'orgueil des Juifs qui étaient fiers de la manne qui avait été donnée à leurs pères, Jésus ajoute : Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et sont morts. » Ce sont véritablement vos pères, et vous leur êtes semblables, ils sont les pères murmurateurs d'enfants imitateurs de leurs murmures, car le plus grand crime que Dieu ait relevé contre ce peuple, ce sont ses murmures contre Dieu. Or, ils sont morts, parce qu'ils ne croyaient que ce qu'ils voyaient, et qu'ils ne croyaient ni ne comprenaient ce qui était invisible à leurs yeux. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 46.) Ce n'est pas sans dessein que le Sauveur ajoute cette circonstance : « Dans le désert, » il veut leur rappeler indirectement le peu de temps pendant lequel la manne a été donnée à leurs pères, et qu'elle ne les a pas suivis dans la terre promise. Mais les Juifs estimaient encore le miracle de la multiplication des pains comme de beaucoup inférieur au miracle de la manne, parce que la manne semblait descendre du ciel, et que le miracle de la multiplication des pains avait lieu sur la terre ; c'est pourquoi Nôtre-Seigneur ajoute : « Voici le pain descendu du ciel. » — Saint Augustin. (Traité 26.) Ce pain a été figuré par la manne, il a été figuré par l'autel de Dieu. Départ et d'autre c'étaient des symboles figuratifs ; les signes extérieurs sont différents, l'objet figuré est le même. Entendez l'Apôtre qui vous dit : « Ils ont tous mangé la même nourriture spirituelle. » (1 Co 10)

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 46.) Nôtre-Seigneur relève ensuite une circonstance qui devait faire sur eux une vive impression, c'est qu'ils ont été bien plus favorisés que leurs pères que la manne n'a pas empêchés de mourir : « Voici le pain qui descend du ciel, pour que celui qui en mange ne meure point. » Il fait ressortir la différence des deux nourritures par la différence des résultats. Le pain dont il parle ici, ce sont les vérités du salut, et la foi que nous devons avoir en lui, ou bien son corps, car toutes ces choses conservent la vie de l'âme.

 

Saint Augustin. (Traité 26) Mais est-ce que nous qui mangeons le pain descendu du ciel, nous ne mourrons pas aussi ? Ceux qui ont mangé la manne sont morts comme nous mourrons nous-mêmes un jour de la mort du corps. Mais quand à la mort spirituelle dont leurs pères sont morts, Moïse et un grand nombre d'autres qui ont mangé la manne et qui ont été agréables à Dieu, n'y ont pas été soumis, parce qu'ils ont reçu cette nourriture visible avec des dispositions toutes spirituelles, ils l'ont désirée dans l'esprit, goûtée dans l'esprit, ils en ont été rassasiés dans l'esprit. Encore aujourd'hui nous recevons une nourriture visible, mais autre chose est le sacrement, autre chose est la vertu du sacrement. Combien qui reçoivent ce pain de l'autel, et qui meurent en le recevant ! comme le dit l'Apôtre : « Il mange et boit son jugement. » (1 Co 11) Mangez donc spirituellement ce pain céleste, apportez l'innocence au saint autel. Tous les jours vous péchez, mais que vos péchés ne soient point de ceux qui donnent la mort à l'âme. Avant d'approcher de l'autel, pesez bien ce que vous dites : Remettez-nous nos dettes, comme nous les remettons à nos débiteurs. Si vous les remettez véritablement, on vous remettra les vôtres. Approchez donc avec confiance, c'est du pain et non du poison qu'on vous présente : « Si quelqu'un mange de ce pain, il ne mourra point. » Mais il s'agit ici de la vertu du sacrement, et non de ce qui est visible dans le sacrement ; de celui qui se nourrit intérieurement de ce pain, et non de celui qui se contente de le manger extérieurement. — Alcuin d’York. Celui qui mange ce pain ne meurt pas « parce que je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel. » — Théophylacte. Il est descendu du ciel par son incarnation, il n'a donc point commencé par être homme avant de s'unir à la divinité comme le rêve Nestorius. — Saint Augustin. (Traité 26.) La manne est aussi descendue du ciel, mais la manne n'était que figurative, et nous avons ici la vérité. Or, ma vie, dit le Sauveur, est pour les hommes une source de vie : « Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra non-seulement dans cette vie par la foi et la justice, mais il vivra éternellement. » « Et le pain que je donnerai, est ma chair qui sera livrée pour la vie du monde. » — La Glose. Le Seigneur explique ici dans quel sens il est un véritable pain, ce n'est pas seulement par sa divinité qui donne la nourriture à tout ce qui existe, mais par son humanité qui a été unie au Verbe de Dieu, et c'est pour cela qu'il ajoute : « Et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde. » — Saint Bède. Le Seigneur a donné ce pain lorsqu'il a livré à ses disciples le mystère de son corps et de son sang, et quand il s'est offert lui-même à Dieu son Père sur l'autel de la croix. La vie du monde dont il parle ici ne doit point s'entendre des éléments matériels qui composent le monde, mais de tous ceux que l'on comprend sous le nom de monde. — Théophylacte. En disant : « Que je donnerai, » il fait ressortir sa puissance et prouve que s'il a été crucifié, ce n'est pas comme étant inférieur à son Père, mais de sa pleine volonté. Car bien que nous disions qu'il a été livré par son Père, cependant il s'est véritablement livré lui-même. Considérez encore que le pain que nous mangeons dans les saints mystères n'est pas seulement la figure de la chair de Jésus-Christ, mais qu'il est lui-même la vraie chair de Jésus- Christ. Car il ne dit pas : Le pain que je donnerai est la figure de ma chair, mais : « c'est ma chair. » En vertu de paroles ineffables, ce pain est changé au corps de Jésus-Christ par une bénédiction mystérieuse et par l'habitation de l'Esprit saint dans la chair de Jésus-Christ. Mais pourquoi ne voyons-nous pas cette chair ? Parce que la vue de cette chair nous inspirerait une vive horreur lorsque nous voudrions nous en nourrir. C'est donc pour condescendre à notre faiblesse que cette nourriture spirituelle nous est donnée d'une manière conforme à nos habitudes. Jésus donne sa chair pour la vie du monde, parce que c'est en mourant qu'il a détruit l'empire de la mort. Cette vie du monde, je puis l'entendre de la résurrection, car la mort du Seigneur a été pour tout le genre humain un principe de résurrection. Peut-être aussi peut-on entendre cette vie qui est le fruit de la justification et de la sanctification par l'Esprit ; car bien que tous n'aient pas reçu la vie qui consiste dans la sanctification et dans la participation de l'Esprit saint, cependant le Seigneur s'est livré pour le monde et il a fait ce qui dépendait de lui, pour que le monde tout entier fût sanctifié.

 

Saint Augustin. (Traité 26.) Mais comment la chair pourrait-elle comprendre que Nôtre-Seigneur ait donné le nom de pain à sa propre chair ? Les fidèles connaissent le corps de Jésus-Christ, si toutefois ils ne négligent pas de devenir eux-mêmes le corps de Jésus-Christ. Oui, qu'ils fassent partie du corps de Jésus-Christ, s'ils veulent vivre de l'esprit de Jésus-Christ. Est-ce que mon corps peut recevoir le mouvement et la vie de votre esprit ? C'est ce pain dont parle l'Apôtre, lorsqu'il dit : « Nous ne faisons tous qu'un même corps, nous qui mangeons d'un même pain. Ô sacrement de la piété ! Ô symbole de l'unité ! Ô lien de la charité ! Celui qui veut vivre, possède ici une source de vie, qu'il approche, qu'il croie, et qu'il s'incorpore à Jésus-Christ pour recevoir la vie.

 

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