9 Ne vous procurez ni or ni argent, ni petite monnaie pour en garder sur vous ;
10 ni sac pour la route, ni tunique de rechange, ni sandales, ni bâton. Car le travailleur mérite sa nourriture.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Après avoir défendu à ses Apôtres le trafic des choses spirituelles, le Seigneur veut arracher de leur cœur la racine de tous les maux. " Ne possédez, dit-il, ni or, ni argent. " — Saint Jérôme. Si la fin qu’ils se proposent, en prêchant l’Évangile, n’est point de recevoir une récompense pécuniaire, pourquoi auraient-ils d’ailleurs de l’or, de l’argent ou d’autre monnaie, puisque alors ce n’est plus le salut des hommes, mais l’amour de l’argent qui semblerait être le mobile de leurs prédications ? — Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) En leur donnant ce précepte, il élève d’abord ses disciples au-dessus de tout soupçon ; en second lieu, il les affranchit de toute sollicitude pour qu’ils puissent se donner tout entiers à la parole de Dieu, et il leur enseigne enfin jusqu’où va sa puissance, car il leur dira plus tard : " Lorsque je vous ai envoyés sans sac et sans bourse, vous a-t-il manqué quelque chose ? " (Lc 22.) — Saint Jérôme. Ce n’est pas assez d’avoir coupé jusque dans sa racine l’amour des richesses représentées par l’or, l’argent et la monnaie courante, il semble vouloir retrancher jusqu’au soin des choses nécessaires à la vie. C’est qu’il veut que les Apôtres, prédicateurs de la vraie religion, qui devaient enseigner que le gouvernement de la providence divine s’étend à tout, se montrent eux-mêmes sans préoccupation pour le lendemain : et c’est pour cela qu’il ajoute : " Ni monnaie dans vos bourses. " — La Glose. Il y a deux sortes de choses nécessaires : l’une qui sert à acheter le nécessaire, c’est l’argent dans la bourse ; l’autre le nécessaire lui-même, qui est ici représenté par le sac. — Saint Jérôme. Par ces paroles : " Ni sac dans la route, " le Sauveur condamne certains philosophes qu’on appelait Bactropérates, qui méprisant le monde, et comptant tout pour rien, portaient avec eux toutes leurs provisions. " Ni deux tuniques. " Ces deux tuniques dont parle le Seigneur signifient, à mon avis, deux vêtements différents. Il ne défend donc pas à ceux qui sont exposés au froid glacial de la Scythie où qui vivent sous d’autres climats rigoureux, de porter deux tuniques ; mais par la tunique il entend le vêtement, et dès lors que nous en avons un, il nous défend d’en avoir un autre en réserve, par un sentiment de crainte pour l’avenir. " Ni chaussures. " Platon lui-même a défendu de couvrir les deux extrémités du corps pour ne pas rendre trop délicats la tête et les pieds, car lorsque ces deux parties ont de la vigueur et de la fermeté, les autres parties du corps en deviennent elles-mêmes plus robustes. " Ni bâton. " Pourquoi chercher l’appui d’un bâton, nous qui avons pour soutien le Seigneur lui-même ? — Rémig. Le Seigneur nous montre encore par ces paroles, qu’il rappelle les saints prédicateurs de la loi nouvelle à la dignité du premier homme, car tant qu’il posséda les trésors du ciel il ne désira point les trésors de la terre, et il n’y pensa que lorsqu’il eut perdu les richesses du ciel par son péché.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Heureux échange ! au lieu de l’or, de l’argent et d’autres choses de même nature, ils ont reçu le pouvoir de guérir les malades, de ressusciter les morts, et de faire d’autres semblables miracles. Aussi le Sauveur ne leur a pas tout d’abord fait cette défense : " Ne possédez ni or ni argent, " mais il a commencé par leur dire : " Guérissez les lépreux, chassez les démons. " On voit ici que d’hommes qu’ils étaient, le Sauveur en fait pour ainsi dire des anges, qu’il affranchit de tout soin de la vie présente pour ne leur laisser qu’une seule préoccupation, celle de la doctrine. Et encore veut-il les délivrer de cette sollicitude, lors qu’il leur dit : " Ne vous mettez pas en peine de ce que vous direz " (Lc 12, 11). C’est ainsi qu’il leur rend léger et facile ce que l’on regarde comme une tâche lourde et pénible. Car quoi de plus doux que d’être affranchi de tout soin, de toute inquiétude, surtout lorsque avec cela on n’éprouve aucun dommage, parce que Dieu est présent et que son action remplace la nôtre ? — Saint Jérôme. Comme il venait d’envoyer prêcher ses Apôtres dépouillés de tout, et sans leur rien laisser, et que la condition de ces maîtres de l’univers paraissait bien dure, il adoucit la sévérité de ces commandements en ajoutant : " Car l’ouvrier est digne de son salaire, " ce qui revient à dire : " Recevez tout ce qui vous est nécessaire pour le vêtement et pour la nourriture. " C’est ce que recommande aussi l’apôtre S. Paul : " Dès lors que nous avons la nourriture et le vêtement, soyons-en contents (1 Tm 6) ; et ailleurs : " Que celui que l’on instruit des choses de la foi fasse part de tous ses biens à celui qui l’instruit " (Ga 6) ; c’est-à-dire que les disciples qui moissonnent les biens spirituels de ceux qui les enseignent, les fassent participer à leurs biens temporels, non pour satisfaire à leur avarice, mais pour subvenir à leurs besoins.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Il était nécessaire que les Apôtres fussent nourris par leurs disciples, car ils auraient pu s’élever au-dessus de ceux qu’ils enseignaient, parce qu’ils leur donnaient tout sans en rien recevoir ; et les disciples, à leur tour, auraient pu se croire méprisés, et s’éloigner de leurs maîtres. Il ne veut pas non plus que les Apôtres rougissent de leur mission et viennent dire : " Il veut donc que nous vivions comme des mendiants ? " Il leur montre que cette nourriture leur est due, en leur donnant le nom d’ouvriers, et en appelant salaire ce qu’ils reçoivent. Les Apôtres ne devaient pas regarder comme un léger bienfait l’Évangile qu’ils annonçaient, parce que ce ministère est tout entier dans la parole ; et c’est pour cela qu’il ajoute : " L’ouvrier mérite de recevoir sa nourriture. " Ce n’est pas qu’il veuille cependant leur donner une idée exagérée de leurs travaux et de la récompense qu’ils méritent ; mais son dessein est de tracer aux Apôtres une règle de conduite, et d’apprendre à ceux qui fournissent à leurs besoins qu’ils ne font en cela que s’acquitter de ce qu’ils doivent. — Saint Augustin. L’Évangile n’est pas une chose vénale et on ne doit point l’annoncer pour obtenir des biens temporels. Ceux qui trafiquent ainsi de l’Évangile vendent à vil prix une chose bien précieuse. Les prédicateurs peuvent donc recevoir des peuples qu’ils évangélisent la nourriture nécessaire à leur vie, et attendre de Dieu seul la récompense de leur ministère. Ce n’est pas un salaire que les fidèles donnent à ceux que la charité porte à leur annoncer l’Évangile, c’est un subside qui leur permet de continuer leurs travaux. Saint Augustin. (de l’accord des Evang., liv. 2, chap. 30.) Après avoir dit à ses Apôtres : " Ne possédez point d’or, " le Sauveur ajoute immédiatement : " L’ouvrier mérite qu’on le nourrisse ; " paroles qui font connaître la raison pour laquelle il ne veut pas qu’ils aient ou qu’ils portent avec eux de l’or ou de l’argent. Ce n’est pas que l’un et l’autre ne soient nécessaires à l’entretien de la vie ; mais il veut, en les envoyant prêcher l’Évangile, que l’on comprenne bien que ce salaire leur est dû par les fidèles qu’ils allaient évangéliser, comme la solde est due à ceux qui combattent. Nous voyons encore ici que l’intention du Seigneur n’est pas de défendre à celui qui annonce l’Évangile d’avoir d’autres moyens de subsistance que les offrandes des fidèles, car alors saint Paul aurait été contre cette défense, lui qui vivait du travail de ses mains (Ac 20, 34 ; 1 Th 2, 9). Mais il leur donne simplement le pouvoir de recevoir ces offrandes comme une chose qui leur est due. Ne pas faire ce que le Seigneur commande, c’est une désobéissance formelle ; mais il est permis de ne pas user d’un pouvoir qu’il donne, et d’y renoncer comme à un droit qui nous est acquis. Le Sauveur veut donc établir que ceux qui annoncent l’Évangile ont le droit de vivre de l’Évangile, et il recommande à ses Apôtres d’être sans inquiétude lorsqu’ils ne posséderont ni ne porteront aucune des choses nécessaires à la vie, quelle que soit leur importance ; c’est pourquoi il ajoute : " ni bâton, " pour apprendre aux fidèles qu’ils doivent tout aux ministres de l’Évangile, pourvu qu’ils ne demandent rien de superflu. D’après l’évangéliste saint Marc, Notre-Seigneur leur défend de rien emporter avec eux pour le chemin, si ce n’est un bâton, et le bâton est l’emblème de ce pouvoir qu’il leur donne. Lorsque d’après saint Matthieu il défend de porter même des chaussures, il veut qu’ils soient libres de toute inquiétude, car on ne songe à s’en pourvoir que dans la crainte qu’on vienne à en manquer. Il faut entendre dans le même sens ce qu’il dit des deux tuniques ; il leur défend d’en porter d’autre que celle dont ils sont revêtus, pour se prémunir contre les nécessités du voyage, puisqu’ils ont le droit d’en recevoir au besoin. Dans saint Marc, Notre-Seigneur leur permet d’avoir pour chaussures des sandales, et cette chaussure a nécessairement une signification mystique ; comme elle laisse le pied découvert par dessus, tandis qu’elle le garantit par dessous, elle signifie que l’Évangile ne doit pas être tenu dans le secret, et qu’il ne doit pas s’appuyer sur des intérêts temporels. Il leur défend expressément dans le même endroit non-seulement de porter deux tuniques, mais même de s’en revêtir ; c’est pour les avertir de fuir toute duplicité, et d’être toujours simples dans leur conduite. Il est donc incontestable que le Seigneur a dit tout ce que les Évangélistes ont rapporté, tant au sens littéral, qu’au sens figuré ; mais qu’ils ont rapporté les uns une partie de son discours, les autres une autre. Maintenant que celui qui prétendrait que le Sauveur n’a pu, dans le même passage, parler tantôt au sens figuré, tantôt au sens propre, jette les yeux sur d’autres parties de l’Évangile, et il se convaincra que cette opinion est aussi téméraire qu’elle est peu éclairée. Car lorsque le Seigneur recommande de laisser ignorer à la main gauche ce que fait la main droite, il sera forcé de prendre dans un sens figuré les aumônes et tout ce qui fait la matière de ce commandement.
Saint Jérôme. Nous avons donné le sens historique, voyons maintenant le sens anagogique. Il est défendu aux docteurs de l’Évangile d’avoir ni or, ni argent, ni monnaie dans leur bourse. Nous voyons que l’or est souvent pris pour l’intelligence, l’argent pour la parole, la monnaie pour la voix. Or, nous ne pouvons recevoir ces trois choses de personne, si ce n’est de Dieu qui nous les donne, ni emprunter rien aux enseignements des hérétiques, des philosophes ou d’autres doctrines également perverses. — Saint Hilaire. (can. 10 sur S. Matth.) La ceinture est une des choses nécessaires à celui qui remplit quelque office, et elle rend son action plus libre ; nous défendre d’avoir de l’argent dans nos ceintures, c’est nous défendre toute vénalité dans l’exercice de notre ministère. Nous ne devons point porter de sac pour le chemin, c’est-à-dire qu’il nous faut laisser toute préoccupation des soins matériels ; car tout trésor sur la terre ne peut que nous être funeste, parce que notre cœur sera nécessairement là où notre trésor est enfoui. Il ajoute : " Ni deux tuniques. " Il nous suffit, en effet, de nous être revêtus une fois de Jésus-Christ, et après avoir reçu l’intelligence de la vérité, nous devons rejeter les vêtements que nous présentent l’hérésie ou la loi ancienne. " Ni chaussures, " c’est-à-dire que, marchant sur une terre sainte et débarrassée d’épines et de ronces, ainsi qu’il fut dit à Moïse (Ex 3), nous ne devons couvrir nos pieds d’autre chaussure que de celle que nous avons reçue de Jésus-Christ. — Saint Jérôme. Ou bien le Seigneur nous enseigne à ne pas enchaîner nos pieds dans les liens de la mort, mais à les dépouiller de tout pour entrer dans la terre sainte, à laisser même ce bâton qui pourrait se changer en serpent ; à ne nous appuyer sur aucun secours humain, car un bâton ou une baguette ne sont jamais que des roseaux qui, pour peu qu’on les presse, se brisent et déchirent la main de ceux qui s’y appuient. — Saint Hilaire. (can. 10.) Nous n’avons besoin, du reste, d’aucun secours étranger, nous qui avons en main le rejeton qui est sorti de la tige de Jessé (Is 11, 1).
11 Dans chaque ville ou village où vous entrerez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir, et restez chez lui jusqu'à votre départ.
12 En entrant dans la maison, saluez ceux qui l'habitent. Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle.
13 Si elle n'en est pas digne, que votre paix retourne vers vous.
14 Si l'on refuse de vous accueillir et d'écouter vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville, en secouant la poussière de vos pieds.
15 Amen, je vous le dis : au jour du Jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité moins sévèrement que cette ville.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Le Seigneur venait de dire : " L’ouvrier est digne de son salaire ; mais son intention n’est point d’ouvrir indifféremment par ces paroles toutes les portes à ses disciples : aussi leur recommande-t-il d’user de la plus grande prudence dans le choix de ceux dont ils recevront l’hospitalité : " Dans quelque ville, leur dit-il, ou dans quelque bourg que vous entriez, demandez qui est digne de vous recevoir. " — Saint Jérôme. Les Apôtres, en entrant dans une ville nouvelle pour eux, ne pouvaient connaître celui qui se trouvait dans ces conditions. Leur choix devait donc se guider sur l’opinion générale et sur le jugement des voisins, afin que la dignité de l’Apôtre ne fût pas compromise par la mauvaise réputation de celui qui le recevrait. — Saint Jean Chrysostome.(hom. 33.) Pourquoi donc alors le Sauveur s’est-il assis lui-même à la table d’un publicain (Lc 1, 27.28.29) ? C’est que ce publicain s’en était rendu digne par sa conversion. Or, cette manière d’agir ne devait pas seulement tourner à la gloire des Apôtres, mais encore leur procurer les choses nécessaires à la vie ; car si leur hôte était vraiment digne de leur choix, il devait fournir amplement à tous leurs besoins, alors surtout qu’on ne lui demanderait que le nécessaire. Remarquez comment en même temps qu’il les dépouille de tout, il leur donne tout en abondance, en leur permettant de demeurer dans la maison de ceux qu’ils évangélisaient. Car ils étaient ainsi délivrés de toute sollicitude ; et comme ils ne portaient rien avec eux, qu’ils ne demandaient que le nécessaire, et n’entraient pas indistinctement chez tout le monde, ils persuadaient plus facilement aux autres qu’ils n’étaient venus que pour les sauver. Le Seigneur voulait que ses Apôtres brillassent plus encore par leur vertu que par leurs miracles, et une marque des moins équivoques de la vertu, c’est de renoncer aux choses superflues. — Saint Jérôme. Celui que les Apôtres choisissent pour lui demander l’hospitalité ne fait pas une grâce à celui qui demeure chez lui, mais au contraire il en reçoit une faveur ; et Jésus exige qu’il soit digne, pour lui faire comprendre qu’il reçoit plutôt qu’il ne donne. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Remarquez que Notre-Seigneur ne leur accorde pas encore toute faveur, ainsi il ne leur donne pas de savoir qui est digne, et il leur commande de s’en informer. À cet ordre, il ajoute celui de ne pas aller de maison en maison : " Demeurez-y, dit-il, jusqu’à ce que vous vous en alliez ; " et cela pour ne pas contrister celui qui les a reçus, et ne pas encourir le reproche de légèreté ou de sensualité. — Saint Ambroise. Ce n’est donc pas sans motif qu’il ordonne aux Apôtres de choisir la maison où ils devront demeurer, c’est afin de ne pas avoir ensuite de raison d’en changer ; mais les mêmes précautions ne sont pas recommandées à celui qui les reçoit, car en voulant y mettre trop de discernement, son hospitalité pourrait perdre de son prix.
" En entrant dans la maison, saluez-la en disant : Que la paix soit dans cette maison. " — La Glose. C’est-à-dire, demandez la paix pour celui qui vous reçoit, afin d’assoupir en lui toute résistance contre la vérité. — Saint Jérôme. Ces paroles renferment implicitement le salut ordinaire des langues hébraïque et syriaque, car le mot à la fois hébraïque et syriaque salemalach ou salamalach répond au καιρε des Grecs et à l’ave des Latins, et veut dire : " La paix soit avec vous. " Or voici le sens de cette recommandation : en entrant dans une maison, demandez la paix pour celui qui l’habite, et autant que vous le pourrez, apaisez les discordes qui la troublent. Si on s’obstine à vouloir la dissension, vous recevrez votre récompense pour la paix que vous aurez offerte, et ceux qui l’ont rejetée auront la guerre en partage, comme l’indique le texte sacré : " Si cette maison en est digne, votre paix viendra sur elle ; si elle n’en est pas digne, votre paix reviendra sur vous. " — Rémig. Ou bien il y aura dans cette maison un prédestiné à la vie, et il mettra en pratique la parole divine qu’il a entendue, ou s’il n’y a personne qui veuille l’entendre, le prédicateur ne demeurera pas sans fruit pour cela, car la paix lui revient, lorsqu’il reçoit du Seigneur la récompense de son travail et de son zèle. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Le Seigneur recommande aux Apôtres de ne pas attendre que les autres les saluent, parce qu’ils sont eux-mêmes leurs docteurs, mais de les saluer les premiers et de les prévenir par ce témoignage d’honneur. En ajoutant : " Mais si cette maison n’est pas digne, " il leur fait voir qu’il s’agit non pas d’une simple salutation, mais d’une véritable bénédiction. — Rémig. Le Seigneur veut donc que ses disciples offrent la paix en entrant dans une maison, afin que ce salut de paix les aide à reconnaître la maison ou l’hôte qui sont dignes de les recevoir. Il semble leur dire ouvertement : Offrez la paix à tous ; s’ils la reçoivent, ils prouveront qu’ils en sont dignes, s’ils la rejettent, ils s’en déclareront indignes. Quoique l’opinion générale ait dû les guider dans le choix de celui qui était digne de les recevoir, ils doivent cependant lui adresser ce salut, car il faut bien plutôt qu’on appelle les prédicateurs à cause de leur dignité, que de les voir s’introduire d’eux-mêmes sans être appelés. Or ce salut de paix renfermé dans ce peu de mots peut servir à reconnaître parfaitement si une maison ou celui qui l’habite sont dignes de leur donner l’hospitalité.
Saint Hilaire. Les Apôtres saluent donc la maison avec un vif désir de paix, mais leurs paroles expriment plutôt la paix qu’ils ne la donnent. Quant à la paix proprement dite, qui sort des entrailles de la miséricorde, elle ne peut descendre sur cette maison qu’autant qu’elle la mérite ; si elle n’en est pas trouvée digne, le mystère de cette paix toute divine doit rester renfermé dans la conscience des Apôtres. Et ceux qui ont rejeté les préceptes du royaume des cieux n’ont plus à attendre que la malédiction éternelle que leur prédisent les apôtres en les quittant, et en secouant la poussière de leurs pieds. " Lorsque quelqu’un ne voudra point vous recevoir, ni écouter vos paroles, en sortant de cette maison ou de cette ville secouez la poussière de vos pieds. " Car lorsqu’on habite un endroit, il semble qu’on est en rapport, en communion avec lui. Mais en secouant la terre de ses pieds, on se sépare complètement du péché de cette maison, qui ne retire aucun avantage pour sa guérison des traces qu’y ont imprimées les pieds des Apôtres. — Saint Jérôme. Ils secouent la poussière de leurs pieds, en témoignage de leurs travaux, et pour attester qu’ils sont entrés dans cette ville, et que la prédication évangélique est parvenue jusqu’à ses habitants. Ou bien cette poussière secouée, signifie qu’ils ne doivent rien recevoir, pas même le nécessaire, de ceux qui rejettent l’Évangile. — Raban Maure. Ou bien les pieds des Apôtres figurent l’œuvre même, la marche et le progrès de la prédication apostolique. Cette poussière dont ils sont couverts est la figure de la légèreté des pensées de la terre. Les docteurs les plus éminents ne peuvent entièrement s’en garantir, lorsqu’ils se livrent avec sollicitude aux œuvres de zèle que réclame l’utilité de ceux qu’ils enseignent ; et en traversant les routes du monde, la poussière de la terre s’attache nécessairement à leurs pieds. Pour ceux donc qui méprisent leur doctrine, les travaux, les dangers, les ennuis, les inquiétudes des docteurs de l’Évangile deviennent un sujet de condamnation. Ceux au contraire qui reçoivent leur parole savent trouver une leçon d’humilité dans les soucis et les peines que supportent pour eux ceux qui les évangélisent. Et pour faire voir que ce n’est pas une faute légère de ne pas recevoir les Apôtres, le Sauveur ajoute : " Je vous le dis en vérité, au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront traitées moins rigoureusement que cette ville. " — Saint Jérôme. Car la prédication ne s’est pas fait entendre à Sodome et à Gomorrhe, tandis que cette ville l’a entendue et n’a pas voulu la recevoir. — Rémig. Ou bien c’est parce que les habitants de Sodome et de Gomorrhe, au milieu des désordres où ils vivaient, exerçaient volontiers l’hospitalité, bien que ceux qu’ils ont reçus ne fussent pas des apôtres. — Saint Jérôme. Si la ville de Sodome est traitée moins rigoureusement que cette cité qui n’a pas reçu l’Évangile, il y a donc divers degrés dans les supplices des pécheurs. — Rémig. Notre-Seigneur choisit ici pour exemple les villes de Sodome et de Gomorrhe, pour montrer que Dieu a surtout en horreur les péchés contre nature, péchés qui ont attiré sur le monde les eaux dans lesquelles il a été enseveli, qui ont amené la destruction de quatre villes entières, et qui tous les jours sont cause des maux incalculables qui viennent frapper les hommes.
Saint Hilaire. Dans le sens mystique, le Seigneur nous enseigne à ne pas fréquenter les maisons, et à ne pas cultiver l’amitié des personnes qui se déclarent ennemis de Jésus-Christ ou qui ne le connaissent pas. Dans chaque ville, il nous faut donc demander qui est digne de nous recevoir, c’est-à-dire demander si l’Église est quelque part, et si Jésus-Christ a lui-même une habitation ; et une fois entrés, n’allons pas ailleurs, car cette maison et celui qui l’habite sont dignes que nous nous y arrêtions. Il devait s’en rencontrer beaucoup parmi les Juifs, dont l’attachement pour la loi serait si grand que tout en croyant en Jésus-Christ dont ils avaient vu et admiré les prodiges, ils ne pourraient cependant sortir des œuvres de la loi. D’autres, curieux d’examiner la liberté dont Jésus-Christ est l’auteur, devaient user de feinte, en quittant la loi pour l’Évangile. Plusieurs autres enfin devaient être entraînés dans l’hérésie par la dépravation de leur intelligence, et comme tous prétendent, mais bien à tort, qu’ils sont en possession de la vérité catholique, il ne faut entrer qu’avec précaution dans cette maison qui se dit l’Église catholique.
16 « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc adroits comme les serpents, et candides comme les colombes.
17 Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues.
18 Vous serez traînés devant des gouverneurs et des rois à cause de moi : il y aura là un témoignage pour eux et pour les païens.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 34.) Après avoir banni toute sollicitude du cœur de ses disciples et les avoir armés de la puissance de faire des miracles éclatants, il leur prédit les dangers qu’ils devaient courir. Il le fait, premièrement pour les convaincre de sa divine prescience ; secondement, pour éloigner de leur esprit le soupçon que ces épreuves leur arrivent à cause de la faiblesse de leur Maître ; troisièmement, pour prévenir l’étonnement mêlé de frayeur que ces maux leur causeraient, s’ils venaient fondre sur eux à l’improviste et contre toute espérance ; quatrièmement, afin qu’étant ainsi prévenus, le spectacle de la croix ne les jetât pas dans le trouble. Comme il veut ensuite leur apprendre les lois nouvelles de ce combat, il les envoie dépouillés de tout et il veut qu’ils soient nourris par ceux qui les recevront. Il ne s’arrête pas là, mais il leur donne une nouvelle idée de sa puissance, en ajoutant : " Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. " Remarquez que ce n’est pas seulement vers les loups qu’il les envoie, mais au milieu des loups, afin que sa puissance se manifeste avec plus d’éclat, lorsqu’on verra les brebis triompher des loups, tout en vivant au milieu d’eux, et qu’au lieu de périr sous leurs morsures répétées, elles parviendront à les changer et à les convertir. Or c’est une œuvre bien plus grande et plus admirable de changer leurs âmes que de les mettre à mort. En s’exprimant de la sorte, il leur apprend à montrer la douceur des brebis au milieu des loups. — Saint Grégoire le Grand. (homél. 17 sur l’Evang.) Celui qui se charge du ministère de la prédication, ne doit causer aucun mal, mais supporter celui qu’on veut lui faire. C’est par cette douceur qu’il adoucira la fureur de ceux qui se déchaînent contre lui, et que ressentant lui-même le contrecoup des afflictions des autres, il pourra guérir les blessures des pécheurs. Si quelquefois le zèle de la justice lui commande de sévir contre ceux qui lui sont soumis, il faut que l’amour et non pas la dureté soit le principe de sa colère, et que tout en maintenant au dehors les droits de la discipline outragée, il aime d’un amour paternel ceux qu’il est obligé de châtier extérieurement. Il en est beaucoup, au contraire, qui à peine revêtus de l’autorité du commandement, se montrent ardents à tourmenter leurs inférieurs, veulent imprimer la terreur du pouvoir, et paraître dominateurs ; ils oublient tout à fait qu’ils sont pères, et cette place qui leur fait un devoir de l’humilité, devient pour eux un sujet d’orgueil et de domination. Parfois peut-être ils vous flattent au dehors, mais ils exercent intérieurement leur fureur contre vous, et c’est d’eux qu’il a été dit : " Ils viennent à vous avec des vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravissants. " Remarquons ici que nous sommes envoyés comme des brebis au milieu des loups, parce que Dieu veut que nous conservions la pureté de l’innocence, sans jamais nous rendre coupables des morsures de la méchanceté. — Saint Jérôme. Il donne le nom de loups aux Scribes et aux Pharisiens qui étaient comme les clercs de la religion juive. — Saint Hilaire. Ces loups figurent aussi ceux qui dans leur fureur insensée devaient se déchaîner contre les Apôtres.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 34.) Ils avaient une consolation dans leurs maux, c’était la puissance de Celui qui les envoyait : aussi le Sauveur cherche-t-il à les bien convaincre avant tout de cette puissance, lorsqu’il leur dit : " Voici que je vous envoie, " c’est-à-dire : Ne soyez pas effrayés d’être envoyés au milieu des loups, car j’ai assez de puissance pour vous préserver entièrement du mal qu’ils pourraient vous faire, non-seulement en vous arrachant à leur dent meurtrière, mais en vous rendant terribles aux lions eux-mêmes. Cependant il faut que vous passiez par ces épreuves, pour faire briller dans tout son éclat votre gloire et ma puissance. Toutefois, pour que les Apôtres puissent contribuer eux-mêmes à cette gloire et qu’on ne croie pas qu’ils ont été couronnés sans mérite, il ajoute : Soyez donc prudents comme des serpents et simples comme des colombes. " — Saint Hilaire. La prudence leur fera éviter les embûches, la simplicité les garantira du mal. Notre-Seigneur leur donne pour exemple la finesse du serpent, parce qu’il cache sa tête dans les replis de son corps afin de mettre à couvert le siège de sa vie. Ainsi devons-nous sauver au péril de tout notre corps notre tête, qui est Jésus-Christ, c’est-à-dire nous appliquer à conserver notre foi dans toute sa pureté (Ep 3, 17 ; 4, 15), dans toute son intégrité. — Raban Maure. Le serpent a coutume aussi de se frayer un passage dans des ouvertures étroites, pour y laisser en passant son ancienne peau. C’est ainsi que le prédicateur, en traversant la voie étroite, doit se dépouiller entièrement du vieil homme. — Rémig. Le Sauveur donne ici une belle leçon aux prédicateurs, en leur recommandant d’avoir la prudence du serpent ; car c’est par le serpent que le premier homme fut trompé, et il semble leur dire : Le serpent a été prudent et rusé pour tromper ; soyez prudents vous mêmes pour sauver ; il a fait l’éloge de l’arbre de la science ; exaltez vous-mêmes la puissance de la croix. — Saint Hilaire. Le démon s’est d’abord attaqué à l’âme du sexe le plus faible, et l’a séduite par l’espérance, en lui promettant la participation à l’immortalité ; ainsi devons-nous choisir nous-mêmes l’occasion favorable (eu égard à la nature et aux dispositions d’un chacun) pour parler avec prudence, révéler l’espérance des biens éternels et prédire en toute vérité, en nous fondant sur la promesse de Dieu lui-même, ce que le démon n’a promis que par un mensonge, c’est-à-dire que ceux qui croient deviendront semblables aux anges. (Mt 22.)
Saint Jean Chrysostome. (hom. 24.) De même que nous devons avoir la prudence du serpent pour éviter d’être blessés dans ce que nous avons de plus cher, ainsi devons-nous avoir la simplicité de la colombe pour ne pas opposer la vengeance à l’injustice qui nous est faite, et ne pas dresser aux autres de pernicieuses embûches. — Rémig. Le Sauveur réunit ces deux vertus, car la simplicité sans la prudence peut être facilement trompée, et la prudence a ses dangers lorsqu’elle n’est pas tempérée par la simplicité.
Saint Jérôme. La simplicité des colombes nous est révélée dans la forme sous laquelle l’Esprit saint a voulu paraître, et c’est en faisant allusion à cette vertu que l’Apôtre a dit : " Soyez petits en malice. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 34.) Quoi de plus dur en apparence que de semblables commandements ? Non-seulement il faut souffrir le mal, il n’est pas même permis de s’en troubler, ce qui est le propre de la colombe ; car la colère n’apaise pas la colère, mais la douceur seule peut l’éteindre.
Raban Maure. Ces loups dont il vient de parler, ce sont les hommes, comme le prouvent les paroles suivantes : " Gardez-vous des hommes. " La Glose. Il est donc nécessaire que vous soyez comme des serpents, c’est-à-dire pleins de finesse, car tout d’abord, suivant leur coutume, ils vous traduiront devant leurs tribunaux, et vous défendront de prêcher en mon nom ; et si vous n’obéissez, ils vous feront fouetter de verges et vous conduiront enfin devant les gouverneurs et devant les rois. — Saint Hilaire. (can. 10 sur S. Matth.) Ce sont eux qui s’efforcent d’arracher un aveu à votre silence ou votre consentement à leurs projets.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 34.) Il est vraiment surprenant qu’en parlant de la sorte le Sauveur n’ait pas vu s’éloigner aussitôt de lui ces hommes qui n’avaient jamais quitté les bords du lac dans lequel ils jetaient leurs filets. C’est là une preuve non-seulement de leur vertu, mais de la sagesse du docteur qui les enseignait ; car à chacun des maux qu’il leur prédisait il prenait soin de joindre un adoucissement. C’est pour cela qu’il ajoute : " À cause de moi. " C’est en effet une bien grande consolation de souffrir pour Jésus-Christ. Les Apôtres n’étaient pas persécutés comme des méchants et des scélérats ; Notre-Seigneur en donne la raison : " Pour leur servir de témoignage. " — Saint Grégoire le Grand. (hom. 31.) C’est-à-dire à ceux qui leur ont donné la mort en les persécutant ou qui n’ont pas changé eux-mêmes de vie ; car la mort des saints est un puissant secours pour les bons comme elle est un témoignage contre les méchants qui périssent sans excuse là où les élus trouvent de salutaires exemples qui les conduisent à la vie.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 34.) Ce qui les consolait dans ces paroles, ce n’est pas le désir de voir la ruine de leurs ennemis, mais la vive confiance qu’ils avaient que le Sauveur était toujours avec eux et prévoyait tout ce qui devait leur arriver. — Saint Hilaire. (can. 10 sur S. Matth.) Ce témoignage non-seulement enlève aux persécuteurs toute excuse, mais encore ouvre aux nations le chemin de la foi en Jésus-Christ, qui leur fut prêchée jusqu’au milieu des tourments par la voix ferme et constante des confesseurs ; et c’est pour cela qu’il ajoute : " Et aux nations. "