1 Alors des pharisiens et des scribes venus de Jérusalem s'approchent de Jésus et lui disent :
2 « Pourquoi tes disciples désobéissent-ils à la tradition des anciens ? En effet ils ne se lavent pas les mains avant de prendre leur repas. »
3 Jésus leur répondit : « Et vous, pourquoi désobéissez-vous au commandement de Dieu au nom de votre tradition ?
4 Car Dieu a dit : Honore ton père et ta mère. Et encore : Celui qui maudit son père ou sa mère sera mis à mort.
5 Et vous, vous dites : 'Supposons qu'un homme déclare à son père ou à sa mère : Les ressources qui m'auraient permis de t'aider sont une offrande sacrée ; dans ce cas, il n'aura plus à honorer son père ou sa mère.'
6 Ainsi, vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition ! Esprits faux !
Raban Maure. Les habitants de Génézareth et les esprits les plus simples croient en Jésus-Christ, tandis que ceux qui paraissent sages à leurs propres yeux viennent pour lui livrer combat, selon ces paroles : Vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et vous les avez révélées aux petits. " C’est ce que 1’Évangéliste veut exprimer lorsqu’il dit : " Alors des scribes et des pharisiens, qui étaient venus de Jérusalem s’approchèrent de Jésus. " — Saint Augustin. (De l’accord des Evang., 2, 49.) Saint Matthieu a disposé l’ordre de son récit de manière que ces paroles : " Alors des scribes et des pharisiens s’approchèrent, " etc., servent à la fois de transition et indiquent la suite chronologique des événements.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 52.) L’Évangéliste nous marque ici le temps pour dévoiler l’excès de leur méchanceté sans égale, car ils choisissent pour l’attaquer le moment où il vient de faire une multitude de miracles et de guérir les malades par le seul contact de la frange de sa robe. Ces scribes, ces pharisiens viennent de Jérusalem ; ce n’est pas qu’ils ne fussent disséminés dans toutes les tribus, mais ceux qui habitaient la métropole étaient pires que les autres à cause des grands honneurs qui leur étaient rendus et de l’orgueil excessif qui en était la suite. — Rémig. Ils sont doublement coupables, parce qu’ils venaient de Jérusalem, la ville sainte, et parce qu’ils étaient les anciens du peuple et les docteurs de la loi et que leur intention n’était pas de consulter le Sauveur, mais de trouver à le reprendre : " Et ils lui dirent : Pourquoi vos disciples violent-ils la tradition des anciens ? " — Saint Jérôme. Étonnante folie des pharisiens et des scribes ! Ils reprochent au Fils de Dieu de ne point garder les traditions et les préceptes des hommes. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 54.) Voyez comme ils sont pris dans leurs propres paroles : ils ne demandent point pourquoi transgressent-ils la loi de Moïse, mais pourquoi violent-ils les traditions des anciens ? preuve évidente que les prêtres introduisaient un grand nombre de nouveautés, malgré cette défense de Moïse : " Vous n’ajouterez rien aux paroles que je vous dis aujourd’hui et vous n’en retrancherez rien. " C’est alors qu’ils devaient s’affranchir de ces pratiques, qu’ils se liaient par un plus grand nombre de vaines observances, parce qu’ils craignaient qu’on ne vînt leur enlever l’autorité souveraine, et qu’ils voulaient se rendre redoutables en leur qualité de législateurs.
Rémig. — Quelles étaient ces traditions ? Saint Marc nous l’apprend : Les pharisiens et tous les Juifs ne mangent point qu’ils ne se lavent fréquemment les mains. " (Mc 7.) Voilà pourquoi ils adressent ce reproche aux disciples de Jésus : " Ils ne lavent pas leurs mains. " — Saint Bède. (sur S. Matth.) Comme ils entendaient les paroles des prophètes dans un sens charnel, ils n’observaient ce précepte que Dieu donne par Isaïe : " Lavez-vous et soyez purs " qu’en lavant leurs corps, et ils avaient donc établi qu’on ne pouvait manger qu’après s’être lavé les mains. — Saint Jérôme. On doit se laver les mains, c’est-à-dire purifier les œuvres non du corps, mais de l’âme, pour qu’elles puissent accomplir la parole de Dieu. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 52.) Les disciples mangeaient sans s’être lavé les mains, parce qu’ils rejetaient les observances superflues pour ne s’attacher qu’au nécessaire ; ils ne se croyaient obligés ni à se laver, ni à ne se pas laver les mains, et ils pratiquaient l’un et l’autre suivant les occasions. Car, comment auraient-ils pu attacher de l’importance à une semblable tradition, eux qui n’avaient même aucun souci de la nourriture qui leur était nécessaire ? — Rémig. Ou bien ce que les pharisiens reprochent aux disciples du Seigneur n’est pas de manquer à l’usage reçu de se laver les mains lorsqu’il eu est besoin, mais de ne pas observer ici les coutumes inutiles, introduites par les traditions des anciens (cf. Mc 7).
Saint Jean Chrysostome. (hom. 52.) Jésus-Christ n’excuse pas directement ses disciples ; mais, prenant le rôle d’accusateur, il fait voir aux scribes et aux pharisiens que ce n’est pas à ceux qui se rendent coupables de fautes énormes qu’il appartient de reprendre les fautes légères que peuvent commettre les autres. Mais il leur répondit : Pourquoi vous-mêmes violez-vous le commandement de Dieu ? " etc. Il ne dit pas que ses disciples font bien pour ne pas donner aux. Juifs occasion de les calomnier ; mais il ne les blâme pas non plus, pour ne point paraître approuver leurs traditions Il n’accuse pas non plus les anciens, ce qu’ils auraient repoussé comme un outrage, mais il reprend ceux qui sont venus le trouver, tout en blâmant indirectement les anciens qui avaient établi cette tradition. " Et vous, pourquoi violez-vous les commandements de Dieu pour votre tradition ? " — Saint Jérôme. C’est-à-dire : Comment, vous violez les Commandements de Dieu pour une tradition tout humaine, et vous reprochez à mes disciples d’attacher peu d’importance aux prescriptions des anciens pour observer les commandements de Dieu ? car Dieu a fait ce commandement : " Honore ton père et ta mère. " Cet honneur dont parle l’Écriture consiste moins en marques de déférence, de respect, que dans l’assistance et dans les secours effectifs qu’on leur donne : " Honorez les veuves qui sont vraiment veuves, " dit saint Paul (1 Tm 5), honneur qu’il faut entendre des secours qui leur sont donnés. Dieu, en faisant ce commandement, avait eu en vue les Infirmités, l’âge ou l’indigence des parents, et voulait que les enfants honorassent leurs parents en leur procurant les choses nécessaires à la vie (cf. Ex 20 ; Dt 5 ; Qo 3). — Saint Jean Chrysostome.(hom. 52.) Dieu a voulu montrer combien les parents devaient être honorés par leurs enfants, en sanctionnant ce précepte par la récompense et par le châtiment. Mais Notre-Seigneur, passant sous silence la récompense promise à ceux qui honorent leurs parents, c’est-à-dire une longue vie sur la terre, s’arrête de préférence à ce qui est de nature à les effrayer, c’est-à-dire au châtiment, pour inspirer une vive crainte aux uns et convertir les autres. C’est pour cela qu’il ajoute : " Que celui qui aura outragé son père ou sa mère soit puni de mort. " Il leur prouve par là qu’ils sont vraiment dignes de mort ; car si celui qui outrage de paroles son père ou sa mère est puni de mort, combien plus méritez-vous ce châtiment, vous qui les outragez par vos actions. Et non-seulement vous manquez à l’honneur qui est dû à vos parents, mais encore vous enseignez aux autres à le leur refuser. Comment donc osez-vous accuser mes disciples, vous qui ne méritez pas même de vivre ?
Notre-Seigneur leur fait connaître la manière dont ils violent ce commandement de Dieu, en ajoutant : " Mais vous, vous dites : Quiconque aura dit à son père ou à sa mère : Tout don que j’offre de mon bien, tourne à votre profit. " — Saint Jérôme. Les scribes et les pharisiens, voulant détruire cette loi divine et providentielle, pour couvrir leur impiété sous l’apparence de la religion, enseignèrent aux enfants dénaturés que s’ils avaient l’intention de consacrer à Dieu, qui est le Père véritable, ce qui était destiné à leurs parents, ils devaient préférer ce sacrifice aux secours que leur père et leur mère avaient droit d’attendre d’eux. — La Glose. Voici donc le sens de ces paroles : Ce que j’offre à Dieu vous servira aussi bien qu’à moi ; vous ne devez donc pas prendre pour votre usage ce qui m’appartient, mais permet que je l’offre à Dieu. — Saint Jérôme. Ou bien il est probable que les parents, dans la crainte d’encourir le crime de sacrilège, n’osaient prendre ce qu’ils voyaient consacré à Dieu, et qu’ils étaient réduits à la dernière pauvreté ; il arrivait ainsi que l’offrande faite par les enfants sous le prétexte du temple et de Dieu, tournait au profit des prêtres. La Glose. Le sens serait donc celui-ci : Quiconque, c’est-à-dire dire vous, jeunes gens, qui aura dit (ou qui aura pu dire, ou qui dira) à son père ou à sa mère : Mon père, le don que j’offre à Dieu de mon bien, tournera à votre profit, servira à votre usage ; c’est-à-dire vous ne devez pas le prendre, pour ne pas vous rendre coupable de sacrilège. Ou bien encore, on peut dire, en suppléant à ce qui manque : Quiconque dira à son père, etc., sous-entendez, accomplira le commandement de Dieu, ou accomplira la loi, ou sera digne de la vie éternelle. — Saint Jérôme. On peut encore donner cette explication abrégée : Vous forcez les enfants de dire à leurs parents : Le don que j’allais offrir à Dieu, je l’emploie par là même à votre entretien, et il tourne à votre profit, mon père et ma mère ; mais non, il n’en est pas ainsi. — La Glose. Et c’est ainsi que par suite des conseils que lui aura donnés votre avarice, ce fils n’aura aucun respect pour son père et sa mère, comme il le dit en propres termes : Et il n’honorera ni son père ni sa mère, " comme s’il disait : Voila les mauvais conseils que vous donnez aux enfants, et vous êtes cause que ce fils, plus tard, ne rendra ni à son père ni à sa mère l’honneur qu’il leur doit. C’est ainsi que ce commandement de Dieu qui fait un devoir aux enfants d’assister leurs parents, vous l’avez rendu inutile à cause de votre tradition en servant les intérêts de votre avarice. — Saint Augustin. (contre l’ennemi de la loi et des prophètes, 2, 1) Jésus-Christ nous montre ainsi avec évidence, que c’est la loi de Dieu même dont l’hérétique fait l’objet de ses blasphèmes, et que les Juifs ont des traditions étrangères aux livres prophétiques, et que l’Apôtre appelle des fables profanes et des contes de vieilles femmes (1 Tm 4.) — Saint Augustin. (cont. Faust., 16, 24.) Notre-Seigneur nous enseigne ici plusieurs choses, d’abord qu’il ne détournait pas les Juifs du Dieu qu’ils adoraient ; et que bien loin de violer lui-même ses commandements, il condamnait ceux qui se rendaient coupables de cette transgression, et qu’enfin ce n’était que par Moïse qu’il avait donné ces préceptes. — Saint Augustin. (Quest. évang., 1, 15.) Ou bien dans un autre sens : " Le présent que j’offre de mon bien tournera à votre profit, " c’est-à-dire : Le présent que vous offrez pour moi, vous appartiendra désormais ; paroles qui signifient que les enfants n’avaient plus besoin des sacrifices que leurs parents offraient pour eux, lorsqu’ils étaient arrivés à l’âge où ils pouvaient les offrir eux-mêmes. Parvenus à cet âge, où ils pouvaient tenir ce langage à leurs parents, les pharisiens niaient qu’ils fussent coupables de manquer à l’honneur qu’ils leur devaient.
7 Isaïe a fait une bonne prophétie sur vous quand il a dit :
8 Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.
9 Il est inutile, le culte qu'ils me rendent ; les doctrines qu'ils enseignent ne sont que des préceptes humains. »
10 Jésus appela la foule et lui dit : « Écoutez et comprenez bien !
11 Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l'homme impur. Mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l'homme impur. »
Saint Jean Chrysostome. (hom. 52.) Le Seigneur vient de prouver aux pharisiens qu’ils n’avaient pas droit d’accuser ceux qui transgressaient la tradition des anciens, alors qu’ils violaient eux-mêmes la loi de Dieu. Il établit encore la même vérité par le témoignage du prophète : " Hypocrites, leur dit-il, Isaïe a bien prophétisé de vous. " — Rémig. Un hypocrite est un homme qui feint, qui simule, et qui affecte de paraître au dehors tout autre qu’il n’est au fond du cœur. C’est avec raison qu’il les appelle hypocrites, eux, qui sous prétexte d’honorer Dieu, ne cherchaient qu’à amasser les biens de la terre. — Raban Maure. Isaïe a prévu cette hypocrisie des Juifs qui les porterait à combattre artificieusement l’Évangile ; et c’est pour cela qu’il a dit au nom du Seigneur : " Ce peuple m’honore des lèvres, " etc. — Rémig. Le peuple juif paraissait s’approcher de Dieu, et l’honorer des lèvres et de la bouche ; car il se faisait gloire de n’adorer qu’un seul Dieu ; mais son cœur s’éloigna de lui, parce qu’après avoir vu tant de prodiges et de miracles, il ne voulut ni reconnaître sa divinité, ni le recevoir. — Raban Maure. Ils l’honoraient des lèvres, lorsqu’ils disaient : " Maître, nous savons que vous êtes vrai ; " mais leur cœur était bien loin de lui, lorsqu’ils envoyèrent des hommes pour lui tendre des pièges et le surprendre dans ses discours. — La Glose. Ou bien ils l’honoraient en recommandant les purifications extérieures et légales, mais comme ils n’avaient point la pureté intérieure, leur cœur était loin de Dieu, et l’honneur qu’ils lui rendaient était sans fruit pour eux, comme l’ajoute le Sauveur : " Et c’est en vain qu’ils m’honorent, enseignant des maximes et des ordonnances humaines. " — Raban Maure. Ils n’auront point de part à la récompense des vrais adorateurs, eux qui enseignent des doctrines et des préceptes purement humains, au mépris des commandements qui viennent de Dieu.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 52.) Après avoir donné un nouveau poids à l’accusation dirigée contre les pharisiens, en l’appuyant de l’autorité du prophètes sans qu’il ait pu les amener à de meilleurs sentiments, il cesse de leur parler, et il s’adresse au peuple : " Puis, ayant appelé le peuple, il leur dit : Écoutez, et comprenez bien ceci. " Comme il doit exposer à la foule une vérité élevée et pleine de sagesse, avant de l’énoncer, il prépare les esprits à la recevoir, en témoignant d’abord des égards et de la sollicitude pour ce peuple ; ce que l’Évangéliste nous indique par ces paroles : " Puis, ayant appelé le peuple. " Les circonstances sont d’ailleurs on ne peut plus favorables pour ce qu’il valeur dire ; car ce n’est qu’après avoir ressuscité des morts et triomphé des pharisiens qu’il propose sa loi pour la faire plus facilement accepter. Il ne se contente pas d’appeler la foule, mais il la rend plus attentive par ces paroles : " Entendez, et comprenez, " c’est-à-dire prêtez votre attention, et élevez votre esprit pour comprendre mes paroles. Il ne leur dit pas : Il ne faut pas faire de distinction entre les aliments, ou c’est à tort que Moïse a prescrit cette distinction ; mais, puisant ses preuves dans la nature même des choses, il parle sous forme d’avertissement et de conseil, et il dit : " Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, " etc. La traduction de saint Jérôme porte : Qui rend commun (cf. Mc 7, 15). — Saint Jérôme. Le mot communicat est une expression particulière aux Écritures, et qui n’est point employé dans le langage ordinaire. Le peuple juif qui se vantait d’être l’héritage de Dieu, donnait le nom de nourriture commune ou impure aux viandes dont se nourrissent tous les hommes, comme la viande de porc, de lièvre, et d’autres animaux qui n’ont pas le sabot fendu, qui ne ruminent pas, et parmi les poissons, ceux qui n’ont point d’écailles. C’est dans ce sens que nous lisons dans les Actes des Apôtres (Ac 10) : " Ne regardez pas comme commun ce que Dieu a sanctifié. " Ainsi le mot commun, qui exprime ce qui est permis aux autres hommes, comme ne faisant point partie de l’héritage de Dieu, est pris ici dans le sens d’impur.
Saint Augustin. (cont. Faust., 6, 7.) L’Ancien Testament, qui défend certains aliments, n’est nullement en opposition avec ce que le Seigneur dit ici : " Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille, " ni avec ces autres paroles de l’Apôtre : " Tout est pur pour ceux qui sont purs " (Tt 1), et encore : " Toute créature de Dieu est bonne. " (1 Tm 4.) Que les Manichéens, s’ils le peuvent, comprennent que l’Apôtre a voulu parler ici des substances considérées en elles-mêmes, tandis que la sainte Écriture, pour établir certaines figures qui étaient en rapport avec le temps, considère certains animaux comme impurs, non pas de leur nature, mais par la signification qui s’y trouve attachée. Ainsi, par exemple, que l’on demande si le porc et l’agneau sont purs de leur nature, il faudra répondre affirmativement, parce que " toute créature de Dieu est bonne. " Mais si on les considère sous un certain rapport significatif, l’agneau est pur, le porc ne l’est pas. Il en est de même pour les mots fou et sage : l’un et l’autre sont purs, si on les considère dans le son de la voix qui les prononce, aussi bien que dans les lettres et les syllabes qui les composent ; mais considérés dans leur signification, le nom de fou, peut recevoir la qualification d’impur, non pas dans sa nature, mais parce qu’il signifie quelque chose d’impur. Peut-être aussi que le fou est dans l’ordre des réalités ce que le porc est dans l’ordre des figures. Ainsi cet animal et ce mot latin de deux syllabes (stultus), que nous traduisons par fou, auraient une seule et même signification ; car la loi répute le porc immonde, parce qu’il ne rumine pas, ce qui tient à sa nature, et n’est point un vice en lui. Il est des hommes qui sont figurés par cet animal, et qui sont impurs par leur propre faute et non par nature, parce qu’après avoir écouté volontiers les leçons de la sagesse, ils n’y pensent plus en aucune façon. Car si après avoir reçu des enseignements utiles, vous les rappelez comme des entrailles de votre mémoire, et que vous reportiez la douceur de ce souvenir comme dans la bouche de la pensée, que faites-vous en cela, que ruminer spirituellement ? Ceux qui agissent différemment sont figurés par les animaux impurs. Or, cette multitude de choses qui nous sont proposées ou dans des expressions allégoriques, ou dans des observances figuratives, font sur les esprits raisonnables une douce et salutaire impression. Mais un grand nombre de ces choses étaient pour le peuple juif autant de préceptes qu’il devait non seulement écouter, mais encore mettre en pratique. C’était le temps où les mystères, dont Dieu réservait la révélation aux siècles qui suivirent, devaient être prophétisés non-seulement par des paroles, mais encore par des faits. Lorsque plus tard ces mystères ont été révélés par le Christ, et dans le Christ, ces observances n’ont pas été imposées comme un joug aux nations qui embrassèrent la foi, mais l’autorité de la prophétie qu’elles contenaient a conservé toute sa force. Or, je demanderai aux Manichéens si cette maxime du Seigneur : " Ce qui entre dans la bouche ne souille pas, " est vraie ou fausse ; s’ils prétendent qu’elle est fausse, pourquoi leur docteur Adimantus, qui reconnaît qu’elle vient de Jésus-Christ, s’en fait une arme pour battre en brèche l’Ancien Testament ? Si elle est vraie, comment peuvent-ils admettre contre sa déclaration que la nourriture souille l’homme ?
Saint Jérôme. Un lecteur attentif pourra nous faire cette difficulté : " Si ce qui entre dans la bouche de l’homme ne le souille pas, pourquoi ne pas manger des viandes offertes aux idoles ? Nous répondons que les aliments et toute créature de Dieu sont purs par eux-mêmes ; mais que l’invocation des idoles et des démons rend impures ces viandes immolées aux idoles pour ceux qui les mangent avec la conviction qu’ils font un acte idolâtrique, et ainsi leur conscience qui est faible, en est souillée, suivant la parole de l’Apôtre (1 Co 8). — Rémig. Mais celui qui est doué d’une foi assez grande pour comprendre que ce que Dieu a créé ne peut être souillé en aucune manière, sanctifie sa nourriture par la prière et par la parole de Dieu, et il peut manger ce qu’il voudra, à moins, toutefois, que cette liberté ne devienne un scandale pour les personnes faibles, comme le fait remarquer le même Apôtre.
12 Alors les disciples s'avancèrent et lui dirent : « Sais-tu que les pharisiens ont été scandalisés en entendant cette parole ? »
13 Mais il répondit : « Toute plante que mon Père du ciel n'a pas plantée sera arrachée.
14 Laissez-les dire : ce sont des guides aveugles pour des aveugles. Si un aveugle guide un aveugle, ils tomberont tous les deux dans un trou. »
Saint Jérôme. Une seule parole du Sauveur vient de détruire toute cette superstition des observances légales auxquelles tenaient tant les Juifs, persuadés que toute leur religion consistait à prendre telle nourriture ou à rejeter telle autre. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 52.) Les pharisiens, ayant entendu la doctrine que Jésus vient d’enseigner, n’osent plus le contredire, car il les avait fortement convaincus non-seulement en repoussant leurs accusations, mais encore en dévoilant leurs fourberies, mais ils furent scandalisés (les pharisiens et non le peuple). " Alors les disciples s’approchant lui dirent : Savez-vous bien que les pharisiens, ayant entendu ce que vous venez de dire, s’en sont scandalisés ? — Saint Jérôme. Comme le mot scandale est souvent employé dans la sainte Écriture, il nous faut expliquer en peu de mots ce qu’il signifie. Nous croyons pouvoir le définir, une pierre d’achoppement, une cause de chute ou un choc des pieds. Lors donc que nous lisons : " Quiconque aura scandalisé, " nous devons l’entendre dans ce sens : Celui qui en paroles ou en action aura été pour son frère une occasion de chute ou de ruine.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 52.) Notre-Seigneur Jésus-Christ ne cherche pas à faire disparaître le scandale des pharisiens ; au contraire, il donne un nouveau cours à ses reproches : " Toute plante que n’a pas plantée mon Père céleste sera arrachée. " Les Manichéens prétendent qu’il veut parler ici de la Loi, mais cette opinion se trouve réfutée par ce qu’il a dit plus haut ; car, s’il avait ici la Loi en vue, comment aurait-il pris plus haut la défense de la Loi en leur disant : " Pourquoi transgressez-vous la loi de Dieu, à cause de votre tradition ? Comment aurait-il pu citer à l’appui l’autorité du prophète ? Si c’est Dieu qui a fait ce commandement : " Honorez votre père et votre mère, " comment ce précepte, qui fait partie de la Loi, ne serait-il pas la plantation de Dieu ? — Saint Hilaire.(can. 14.) Donc ces paroles : " Toute plante qui n’a pas été plantée par mon Père céleste sera arrachée, " signifient que toute tradition humaine qui sert de prétexte à la violation de la loi doit être arrachée et rejetée. — Rémig. Toute fausse doctrine, toute observance superstitieuse ne peuvent avoir de durée non plus que leurs auteurs, et comme elles ne viennent pas du Père, elles seront déracinées avec eux ; celle-là seule demeurera qui a été plantée par Dieu le Père. — Saint Jérôme. Est-ce que cette plantation dont l’Apôtre a dit : " J’ai planté, Apollon a arrosé " serait aussi déracinée ? La réponse à cette question se trouve dans les paroles suivantes : " C’est Dieu qui a donné l’accroissement ". L’Apôtre ajoute encore : " Vous êtes le champ que Dieu cultive, vous êtes l’édifice que Dieu bâtit, " et dans le même verset : " Nous sommes les coopérateurs de Dieu ; " or, si nous sommes ses coopérateurs, donc lorsque Paul plante et qu’Apollon arrose, c’est Dieu qui plante et arrose avec ses coopérateurs. Ceux qui soutiennent le système de plusieurs natures différentes abusent de ce passage en disant : " Si la plantation que n’a pas faite le Père doit être arrachée, donc celle qu’il a faite ne sera jamais déracinée. " Jérémie leur répond : " Je vous ai planté comme une vigne choisie, comment êtes-vous devenus pour moi une vigne étrangère et pleine d’amertume ? " Dieu a planté, il est vrai, et personne ne peut déraciner ce qu’il a plante ; mais, comme cette plantation a ses racines dans le libre arbitre, aucun autre ne pourra la déraciner si elle ne donne son consentement. — La Glose. Ou bien cette plantation signifie les docteurs de la loi et leurs disciples, qui n’avaient pas Jésus-Christ pour fondement. Le Sauveur donne la raison pour laquelle ils seront déracinés : " Laissez-le ; ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles. " — Ils sont aveugles, c’est-à-dire privés de la lumière des commandements de Dieu, et ils sont conducteurs d’aveugles parce qu’ils entraînent les autres dans le précipice ; ils suivent eux-mêmes les sentiers de l’erreur et ils y égarent les autres. (1 Tm 3.) C’est pour cela qu’il ajoute : " Si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse. " — Saint Jérôme. C’est le commandement que l’Apôtre avait fait à son disciple : " Fuyez celui qui est hérétique après le premier ou le second avertissement, en vous rappelant qu’un tel homme est perverti. " (Tt 3.) C’est dans le même sens que le Sauveur nous ordonne d’abandonner les docteurs de mensonge à leur volonté dépravée, convaincu qu’il était qu’on ne pouvait que difficilement les ramener à la vérité.