7 Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. »
8 Le démon l'emmène encore sur une très haute montagne et lui fait voir tous les royaumes du monde avec leur gloire.
9 Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m'adorer. »
10 Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C'est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c'est lui seul que tu adoreras. »
11 Alors le démon le quitte. Voici que des anges s'approchèrent de lui, et ils le servaient.
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Le démon, que la seconde réponse du Sauveur avait laissé dans l’incertitude, en vient à la troisième tentation. Le Christ avait brisé les filets de la sensualité, il avait passé par-dessus les pièges de la vaine gloire ; il lui tend ceux de l’avarice. " Le diable, dit l’auteur sacré, le prit de nouveau, et le transporta sur une montagne très élevée. Le démon, qui avait parcouru toute la terre, connaissait quelle était de toutes les montagnes la plus élevée, et d’où, par conséquent, on pouvait découvrir une plus grande étendue de terre : c’est pour cela que l’Évangéliste ajoute : " Et il lui montra tous les royaumes de la terre et toute leur gloire. " Il les lui montra non pas en ce sens qu’il distinguât parfaitement les limites de ces royaumes, leurs villes, leurs habitants, l’or et l’argent qu’ils possédaient, mais simplement les parties de la terre où étaient situés ces royaumes, ces villes, comme si du sommet d’une haute montagne, je vous disais en vous indiquant du doigt un point de l’horizon : C’est là que se trouve Rome, ou Alexandrie, vous ne verriez pas les villes elles-mêmes, mais simplement la direction dans laquelle elles sont situées. C’est ainsi que le démon pouvait en montrant du doigt les différentes parties de la terre, exposer au Christ l’état et la gloire de chacun des royaumes qui s’y trouvaient situés ; car on montre réellement ce que l’on cherche à faire comprendre. — Origène. (hom. 30 sur S. Luc.) Ou bien dans un autre sens, il n’est pas probable que le démon lui ait montré les royaumes du monde, celui des Perses, par exemple, puis celui des Indiens, puis celui des Mèdes ; mais il lui montra son royaume à lui, c’est-à-dire comment il dominait sur le monde, comment les uns étaient gouvernés par l’avarice, les autres par la fornication, etc. — Rémig. La gloire de ces royaumes, c’est leur or, leur argent, leurs pierres précieuses, leurs biens temporels. — Raban Maure. Le démon montra toutes ces choses au Christ, non pas qu’il ait pu étendre sa vue au-delà des limites ordinaires, ou de découvrir des choses inconnues ; mais en déroulant sous ses yeux, comme un digne objet de ses désirs, cette vanité des pompes du monde qu’il aimait lui-même, il voulait aussi lui en inspirer l’amour. — La Glose. Jésus ne voit pas ainsi que nous toutes ces choses avec l’œil de la concupiscence, mais comme les médecins voient les maladies sans en être atteints eux-mêmes.
Suite. " Et il lui dit : Je vous donnerai toutes ces choses. " Dans son arrogance et dans son orgueil, il se vante de faire ce qui dépasse son pouvoir, car il ne peut disposer de tous les royaumes, puisque nous savons qu’un grand nombre de Saints ont reçu la royauté des mains de Dieu lui-même. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Tout ce qui dans le monde est le fruit de l’iniquité, comme les richesses acquises par le vol ou par le parjure, c’est le démon qui le donne : il ne peut donc pas donner les richesses a tous ceux qu’il veut, mais seulement à ceux qui veulent les recevoir de sa main. — Rémig. Quelle étrange folie dans le démon : il promet les royaumes de la terre à celui qui donne à ses fidèles le royaume du ciel, et la gloire du monde à celui qui est le souverain dispensateur de la gloire éternelle !
Saint Ambroise. (sur S. Luc.) L’ambition porte avec elle un danger personnel : pour commander aux autres l’ambitieux se rend d’abord esclave, il se courbe sous l’autorité d’un autre pour obtenir l’honneur qu’il désire, et pour satisfaire l’ambition qu’il a de monter au premier rang, il descend aux dernières bassesses : aussi voyez comme le démon ajoute : " Si en vous prosternant vous m’adorez. " — La Glose. Voilà bien l’antique orgueil du démon : de même qu’au commencement il voulut se rendre semblable à Dieu, ainsi voulait-il maintenant usurper les honneurs divins. " Si en vous prosternant vous m’adorez. " Donc celui qui veut adorer le démon tombe auparavant de tout son poids sur la terre.
Suite. " Alors Jésus lui dit : Retire toi, Satan. " — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) C’est ainsi qu’il met fin à la tentation, et défend au démon d’aller plus avant. — Saint Jérôme. On ne peut admettre, avec plusieurs interprètes que Satan et Pierre aient été frappés de la même sentence de condamnation. Jésus dit à Pierre : " Va derrière moi Satan, " c’est-à-dire suis moi, toi qui te montres opposé à ma volonté ; tandis qu’il dit à Satan : " Retire-toi, Satan, " sans qu’il ajoute : " derrière moi, " pour laisser sous-entendre : " Va dans le feu éternel, qui t’a été préparé à toi et à tes anges. — Rémig. Ou bien, en admettant la variante de certains exemplaires : " Retire-toi derrière, " c’est-à-dire souviens-toi, rappelle-toi dans quel état de gloire tu as été créé et dans quel abîme de misère tu es tombé. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Remarquez que lorsque Notre-Seigneur eut à supporter cette tentation injurieuse pour lui : " Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas, " il ne s’en émeut pas, il ne fait pas de reproche au démon. Mais maintenant que ce malheureux esprit s’arroge l’honneur qui n’est dû qu’à Dieu, le Sauveur est indigné, et il le repousse par ces paroles : " Retire-toi, Satan. " Ainsi nous apprend-il à supporter avec courage les injures qui nous sont personnelles, mais à ne pas entendre sans indignation les outrages qui s’adressent à Dieu même ; car si c’est un acte louable de souffrir patiemment les injures qui nous concernent, c’est une impiété de voir d’un œil indifférent celles qui osent s’attaquer à Dieu.
Saint Jérôme. Le Démon a dit au Sauveur : " Si en vous prosternant, vous m’adorez, " et il apprend au contraire que c’est à lui à l’adorer comme son Seigneur et son Dieu. — Saint Augustin. (contre les discours des Ariens, chap. XXIX.) " Il est écrit : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul. " Notre unique Seigneur et Dieu c’est la sainte Trinité, à laquelle nous devons à juste titre l’hommage et comme la servitude de notre religion. — Saint Augustin. (Cité de Dieu, liv. X, chap. 2.) Par cette servitude il faut entendre le culte qui est du à Dieu, car c’est par ce mot de servitude que les traducteurs ont rendu le mot latria latrie, toutes les fois qu’il se rencontre dans les saintes Écritures, tandis que ces rapports de subordination qui sont dus aux hommes et que saint Paul recommande lorsqu’il dit aux esclaves d’être soumis à leurs maîtres, s’expriment en grec par le mot dulie (δυλια).
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Comme on doit raisonnablement le penser, le démon se retira non par obéissance au commandement du Christ, mais parce que la divinité du Sauveur et l’Esprit saint qui étaient en lui le repoussèrent au loin. " Alors le démon le laissa. " Dieu le permit ainsi pour notre consolation, car le démon ne tente les fidèles serviteurs de Dieu, qu’autant que le Christ le lui permet, et non pas autant qu’il le veut. S’il lui accorde de nous tenter légèrement, il se bâte de le repousser pour ménager notre faible nature.
Saint Augustin. (Cité de Dieu, liv. IX, chap. 20.) Après la tentation, les saints anges que les esprits immondes redoutent viennent offrir leurs services au Seigneur, et par là les démons connaissaient plus clairement quelle était sa grandeur. " Et les anges s’approchèrent de Jésus, dit l’Évangéliste, et ils le servaient. " — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Il ne dit pas : " Les anges descendirent, " car ils étaient toujours sur la terre pour le servir, ils s’étaient retirés un instant, sur l’ordre du Seigneur, pour laisser agir le démon contre Jésus-Christ ; car il n’aurait pas osé s’approcher de lui, s’il l’avait vu entouré de ses anges. Dans quelles actions les anges lui prêtaient leur ministère ? Nous ne pouvons le savoir. Était-ce pour la guérison des malades, ou pour la conversion des pécheurs, ou pour mettre les démons en fuite, toutes choses qu’il fait par ses anges, bien qu’il paraisse les faire immédiatement lui-même ? Ce qui est hors de doute, c’est qu’en le servant ils ne venaient pas au secours de sa faiblesse, mais qu’ils honoraient sa puissance, car il n’est pas dit qu’ils l’aidaient, mais qu’ils le servaient. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 15.) Nous avons ici une preuve des deux natures réunies en une seule personne : l’homme qui est tenté par le démon, et tout à la fois le Dieu qui est servi par les anges. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Exposons rapidement le sens caché des tentations. Le jeûne c’est l’abstention du mal, la faim en est le désir, le pain en est l’usage. Celui qui approprie le péché à son usage, change la pierre en pain. Qu’il réponde donc à cet esprit séducteur que l’homme ne vit pas seulement de pain mais encore de l’observance des commandements de Dieu. Quand un chrétien vient à s’enorgueillir de sa prétendue sainteté, il est transporté sur le haut du temple, et lorsqu’il se persuade avoir atteint le sommet de la perfection, il est placé sur le pinacle du temple : cette tentation succède à la première, car la victoire que l’on remporte sur une tentation fait qu’on s’en glorifie et devient une cause de vaine ostentation. Remarquez aussi que Jésus-Christ embrasse de lui-même le jeûne, tandis que c’est le démon qui le place au-dessus du temple. À son exemple, observez volontairement les règles de l’abstinence chrétienne, mais ne vous laissez pas aller à la pensée que vous êtes parvenu au faite de la sainteté. Fuyez l’élévation du cœur et vous échapperez à votre ruine. Quant au transport sur la montagne, il figure les efforts que nous faisons pour nous élever jusqu’aux richesses, jusqu’à la gloire de ce monde, efforts qui ont pour cause l’orgueil du cœur. Lorsque vous voulez devenir riche et monter ainsi sur la montagne, vous pensez aussitôt aux moyens d’acquérir les richesses et les honneurs, et c’est afin que le prince de ce monde vous montre la gloire de son royaume. En troisième lieu, il vous fait connaître le chemin que vous devez prendre pour y arriver : c’est de le servir sans tenir aucun compte de vos devoirs envers Dieu. — Saint Hilaire. (can. 3 sur S. Matth.) Dès que nous sommes vainqueurs du démon et que nous lui avons écrasé la tête sous nos pieds, nous voyons par cet exemple que les services des anges et les secours des vertus célestes ne nous feront pas défaut.
Saint Augustin. Saint Luc ne raconte pas ces tentations dans le même ordre ; on ne sait donc pas quelle fut la première. Le démon commença-t-il par montrer au Sauveur tous les royaumes du monde, et l’a-t-il transporté ensuite sur le pinacle du temple, ou bien est-ce le contraire qui est arrivé ? peu importe, dès lors qu’il est certain que ces tentations ont en lieu toutes les trois. — La Glose. Le récit de saint Luc paraît cependant plus historique, et on peut dire alors que saint Matthieu a suivi l’ordre dans lequel ces tentations ont en lieu pour Adam.
12 Quand Jésus apprit l'arrestation de Jean Baptiste, il se retira en Galilée.
13 Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.
14 Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe :
15 Pays de Zabulon et pays de Nephtali,
route de la mer et pays au-delà du Jourdain,
Galilée, toi le carrefour des païens :
16 le peuple qui habitait dans les ténèbres
a vu se lever une grande lumière.
Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort,
une lumière s'est levée.
Raban Maure. Saint Matthieu, après avoir raconté le jeûne de quarante jours, les tentations du Christ, le ministère que les anges remplissaient près de lui, ajoute aussitôt : " Jésus ayant appris que Jean avait été arrêté. " — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) sans aucun doute par la permission de Dieu, car personne ne peut rien entreprendre contre l’homme juste, que Dieu lui-même ne le lui ait abandonné. Il est dit qu’il se retira dans la Galilée, c’est-à-dire qu’il partit de la Judée, voulant réserver sa passion pour un temps plus opportun, et nous apprendre en même temps par son exemple qu’il nous était permis de fuir devant le danger. — Saint Jean Chrysostome. (Hom. 14 sur S. Matth.) Car on n’est pas coupable pour ne pas se jeter de soi-même dans le danger, mais pour manquer de courage lorsqu’on y est tombé. Il se retire de la Judée pour calmer l’envie des Juifs, accomplir une prophétie, et rechercher les moyens de prendre dans ses filets les futurs docteurs du monde qui habitaient la Galilée. Voyez encore, il doit aller chez les Gentils, mais il y est forcé par les Juifs, car c’est en jetant dans les fers son précurseur qu’ils forcent Jésus de passer dans la Galilée des nations. — La Glose. D’après le récit de saint Luc, il vint à Nazareth où il avait été élevé, et là il entra dans la Synagogue où il lut et dit plusieurs choses qui portèrent les Juifs à vouloir le précipiter du haut de la montagne. C’est alors qu’il vint demeurer à Capharnaüm comme l’indique le récit de saint Matthieu : " Après avoir quitté la ville de Nazareth, il vint habiter Capharnaüm. " — Saint Jérôme. Nazareth est un bourg de la Galilée près de la montagne du Thabor ; Capharnaüm est une ville située dans la Galilée des Gentils, auprès du lac de Génésareth, et c’est pour cela qu’elle est appelée ville maritime. — La Glose. Il ajoute : Sur les frontières de Zabulon et de Nephtali, parce que c’est là qu’avait eu lieu la première captivité des Hébreux sous les Assyriens. La première prédication de l’Évangile se fait donc dans les régions qui les premières avaient oublié la loi, pour se répandre de là comme d’un lieu également à portée des deux peuples, sur les Gentils et sur les Juifs. — Rémig. Il abandonne une ville, Nazareth, pour aller éclairer un plus grand nombre d’âmes par ses prédications et par ses miracles, et il apprend ainsi par son exemple aux ministres de l’Évangile à prêcher la parole divine dans les temps et dans les lieux où elle doit être utile à un plus grand nombre.
Suite. " Afin que cette parole du prophète fût accomplie : La terre de Zabulon et la terre de Nephtali, etc. " Dans le prophète Isaïe on lit : " Au commencement Dieu a soulagé la terre de Zabulon et la terre de Nephtali, et à la fin, sa main s’est appesantie sur la Galilée des nations qui est le long de la mer, au delà du Jourdain. — Saint Jérôme. Ce pays, selon le prophète, fut dans les premiers temps déchargé du poids de ses péchés ; car c’est au milieu de ces deux tribus que le Sauveur prêcha d’abord son Évangile ; mais leur foi fut comme appesantie parce qu’un grand nombre de Juifs persistèrent dans leur incrédulité. Cette mer dont parle ici l’Évangéliste, n’est autre que le lac de Génézareth, qui est formé par les eaux du Jourdain. Sur ses bords sont situées Capharnaüm, Tibériade, Bethsaïde et Corozaim, villes dans lesquelles surtout Jésus-Christ annonça l’Évangile. D’après les Hébreux convertis au christianisme, ces deux tribus de Zabulon et de Nephtali furent emmenées captives par les Assyriens, et le pays qu’elles habitaient, la Galilée, rendue déserte, fut soulagée du poids de leurs péchés, selon l’expression du prophète. Plus tard, les autres tribus qui habitaient au delà du Jourdain et dans la Samarie eurent le même sort, et c’est pour cela, remarquent ces mêmes auteurs, que l’Écriture dit ici que le peuple de cette contrée a été le premier réduit en captivité, et que le premier aussi il vit la lumière que Jésus-Christ répandait par ses prédications. Oui bien, selon les Nazaréens, la venue du Christ délivra d’abord la terre de Zabulon et de Nephtali des erreurs des Pharisiens, et plus tard, grâce au zèle apostolique de saint Paul, la prédication fut surchargée, c’est-à-dire multipliée sur les frontières des nations. La Glose. Dans cette phrase de l’Évangile, tous ces divers nominatifs se rapportent à un seul et même verbe, de manière à présenter ce sens : " La terre de Zabulon et la terre de Nephtali, qui est le chemin de la mer et qui est au delà du Jourdain (c’est-à-dire le peuple de la Galilée des nations, qui marchait dans les ténèbres), a vu une grande lumière, " etc.
Saint Jérôme. (sur Isaïe). Remarquez qu’il y a deux Galilées, la Galilée des Juifs, et celle des Gentils. La Galilée fut divisée sous le règne de Salomon, qui donna vingt villes de cette province à Hiram, roi de Tyr, et cette partie fut appelée Galilée des nations, l’autre Galilée des Juifs. On peut lire aussi : " Au delà du Jourdain, de la Galilée des nations, " de sorte que le peuple qui était assis ou qui marchait dans les ténèbres vit une lumière qui n’était pas faible comme celle des prophètes, mais la grande lumière de celui qui a dit de lui-même dans l’Évangile : " Je suis la lumière du monde. "
Suite. " La lumière s’est levée sur ceux qui étaient assis dans la région de l’ombre de la mort. " Il y a cette différence, je crois, entre la mort et l’ombre de la mort, que la mort est le partage de ceux qui sont descendus aux enfers avec leurs œuvres, tandis que l’ombre de la mort est l’état de ceux qui sont aussi dans le péché, mais qui n’ont pas encore quitté cette vie et qui peuvent, s’ils le veulent, faire pénitence. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) On peut dire aussi que les Gentils étaient assis dans l’ombre de la mort, parce qu’ils adoraient les idoles et les démons, tandis que les Juifs qui faisaient les œuvres de la loi n’étaient que dans les ténèbres, parce que la justice de Dieu ne leur était pas encore clairement révélée. Saint Jean Chrysostome. (hom. 10 Sur S. Matth.) Il faut bien comprendre qu’il n’est pas ici question de lumière ou de ténèbres sensibles ; c’est pour cela que l’Évangéliste appelle cette lumière une grande lumière, et ailleurs la vraie lumière (cf. Jn 5, 9), de même que pour désigner les ténèbres, il emploie cette expression d’ombre de la mort. Voulant ensuite nous montrer que ce n’est pas en cherchant eux-mêmes Dieu qu’ils l’ont trouvé, mais que Dieu s’est manifesté à leurs regards, il dit que la lumière s’est levée et a brillé sur eux. En effet, ils n’ont pas couru les premiers au devant de la lumière, car avant la venue de Jésus-Christ les hommes étaient plongés dans des maux extrêmes, ils ne marchaient pas dans les ténèbres, mais ils y étaient assis, signe évident qu’ils n’espéraient pas de délivrance. Ils ne savaient plus de quel côté marcher ; enveloppés tout entiers par les ténèbres, ils ne pouvaient plus même se tenir debout, et se voyaient forcés de s’asseoir. Les ténèbres désignent ici l’erreur et l’impiété.
Rémig. — Dans le sens allégorique, Jean et les autres prophètes sont la voix qui précède le Verbe. Lorsque le prophète eut cessé de parler, et qu’il fût jeté dans les fers, le Verbe parait pour accomplir ce qu’avait annoncé la voix, c’est-à-dire le prophète. Et il se retira dans la Galilée, c’est-à-dire de la figure pour aller vers la vérité, ou bien dans la Galilée, c’est-à-dire dans l’Église, car c’est en elle seule que l’on peut passer du vice à la vertu. Nazareth veut dire fleur, capharnaüm, la ville très-belle. Il quitte la fleur des figures qui annonçait les fruits de l’Évangile, et il vient dans l’Église embellie des vertus du Christ. Elle est appelée maritime parce qu’elle est placée sur les flots, et qu’elle est tous les jours battue par les tempêtes des persécutions. Elle est située sur les confins de Nephtali et de Zabulon, c’est-à-dire qu’elle est commune aux Juifs et aux Gentils. Zabulon signifie maison de la force, parce que les apôtres, qui ont été choisis parmi les Juifs, ont été remplis de force ; Nephtali veut dire dilatation, parce que l’Église, composée de Gentils, s’est étendue par toute la terre. — Saint Augustin. (de l’Acc. des Evang. liv. II, chap. 17.) Saint Jean l’Évangéliste, avant le voyage de Jésus en Galilée place la vocation de Pierre, d’André, de Nathan et le miracle de Cana en Galilée, toutes choses dont ne parlent par les autres Évangélistes, qui mêlent à leur narration le retour de Jésus en Galilée, Il faut en conclure qu’il s’est écoulé quelques jours pendant lesquels arrivèrent les faits que saint Jean intercale dans son récit.
Rémig. — Mais il faut examiner avec soin comment saint Jean a pu dire que le Sauveur avait été dans la Galilée avant que saint Jean-Baptiste eût été mis en prison ; car c’est après le changement de l’eau en vin, après le séjour de Jésus à Capharnaüm, après son retour à Jérusalem, que, d’après le récit de saint Jean, il revint dans la Judée, et qu’il y baptisait. Or, à cette époque Jean-Baptiste n’était pas encore incarcéré. Ici au contraire, comme dans saint Marc, nous lisons que Jésus se retira en Galilée après que Jean-Baptiste fut arrêté. Il n’y a toutefois aucune contradiction. Car saint Jean l’Évangéliste raconte le premier voyage du Sauveur dans la Galilée, voyage qui eut lieu avant l’incarcération de Jean-Baptiste. Ailleurs il fait mention en ces termes d’un second voyage dans la même contrée : " Jésus quitta la Judée, et revint de nouveau dans la Galilée, " et c’est de ce second voyage seulement qui eut lieu après que Jean-Baptiste eût été jeté en prison, que les autres Évangélistes font mention. — Eusèbe de Césarée. (Hist. ecclés., liv. III, chap. 18.) En effet, nous savons par la tradition que saint Jean l’Évangéliste prêcha de vive voix l’Évangile presque jusqu’à la fin de sa vie sans avoir absolument rien écrit. Lorsqu’il eut pris connaissance des trois premières Évangiles, il en approuva l’exactitude et la vérité, mais il y remarqua quelques lacunes, surtout dans la première année de la prédication du Sauveur. Il est certain, en effet, que les trois premiers Évangélistes rapportent exclusivement les événements qui ont en lieu l’année où Jean-Baptiste fut jeté en prison ou mis à mort. Car saint Matthieu et saint Marc, après la tentation du Christ, ajoutent aussitôt : " Jésus apprenant que Jean avait été mis en prison, etc. " Saint Luc avant de raconter aucune action de la vie du Christ, dit tout d’abord qu’Hérode fit jeter Jean-Baptiste en prison. Saint Jean fut donc prié d’écrire les faits de la vie du Sauveur qui avaient précédé l’emprisonnement de Jean-Baptiste, et c’est pour cela que nous lisons dans son Évangile : " Tel fut le premier miracle de Jésus. "
17 À partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Celui-là seul a le droit de prêcher la justice chrétienne qui peut résister à ses appétits sensuels, mépriser les biens de ce monde, étouffer tout désir de vaine gloire. Aussi l’Évangéliste écrit-il avec raison : " Depuis ce temps, " c’est-à-dire après qu’il eût triomphé de la tentation de la faim dans le désert, méprisé les séductions de la cupidité sur la montagne, repoussé la vaine gloire sur le pinacle du temple. Ou bien, " depuis ce temps là, " c’est-à-dire depuis que Jean-Baptiste fut mis en prison, Jésus commença le cours de ses prédications ; car s’il l’eût commencé alors que Jean continuait encore ses prédications, il eût amoindri la réputation de son précurseur et détruit l’utilité de la doctrine de Jean par la comparaison qu’on en aurait fait avec la sienne. C’est ainsi que le soleil éclipse la beauté de l’étoile du matin, lorsqu’il la rencontre sur l’horizon. Saint Jean Chrysostome. (Hom. 14 sur S. Matth.) Jésus n’a point prêché avant que Jean-Baptiste fût mis en prison, pour ne pas diviser la multitude. C’est pour une raison semblable que Jean ne fit pas de miracle (cf. Jn 10, 41), pour laisser au Sauveur le moyen d’attirer tous les hommes à lui. — Raban Maure. Il nous apprend par là à ne jamais mépriser la parole d’un inférieur, ce qui a fait dire à l’apôtre : " Si une révélation est faite à un autre de ceux qui sont assis parmi vous, que celui qui parlait auparavant se taise. "
Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Jésus fait paraître sa sagesse dans la manière dont il commence le cours de ses prédications ; il ne détruit point la doctrine prêchée par Jean-Baptiste, mais il l’appuie et montre la vérité de son témoignage. — Saint Jérôme. C’est en cela qu’il prouve qu’il est le Fils de ce même Dieu dont Jean avait été le prophète, et c’est pour cela qu’il dit : " Faites pénitence. " — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth.) Ce n’est point tout d’abord la justice qui fait le sujet de ses prédications, tous la connaissent ; mais c’est la pénitence dont tous avaient besoin. Quel est donc celui qui a osé dire : " Je veux être bon, et je ne le puis ? " Est-ce que la pénitence ne redresse pas la volonté ? Si la crainte des maux dont on vous menace ne peut vous amener à la pénitence, laissez-vous conduire, du moins, par l’attrait des biens qui vous sont promis, écoutez en effet ce qui suit : " Le royaume des cieux, est proche, " c’est-à-dire le bonheur du royaume des cieux comme s’il disait : Préparez-vous par la pénitence, car le temps de la récompense éternelle est proche. " — Rémig. Remarquez qu’il ne dit pas le royaume des Chananéens ou des Jébuséens, mais le royaume des cieux : la loi promettait des biens purement temporels, le Seigneur promet un royaume éternel.
Saint Jean Chrysostome. (homel. 14. sur S. Matth.) Considérez aussi, que dans cette première prédication, il ne dit rien ouvertement de lui-même, ce qui était convenable pour le moment, car le peuple n’avait pas encore de sa personne l’opinion qu’il devait en avoir. Ce premier discours ne renferme non plus aucun reproche, aucune menace, comme ceux de saint Jean lorsqu’il leur parlait de cognée, d’arbre coupé et de choses semblables ; Jésus ne propose en commençant que des vérités douces, il annonce, il promet son royaume.
Saint Jérôme. Dans le sens mystique, le Christ ne commence ses prédications qu’après l’emprisonnement de saint Jean, parce que l’Évangile doit commencer à paraître, alors que la loi a cessé d’exister.