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Matthieu 9, 23-26

 

23 Jésus, arrivé à la maison du chef, dit, en voyant les joueurs de flûte et l'agitation de la foule :

24 « Retirez-vous. La jeune fille n'est pas morte : elle dort. »

25 Mais on se moquait de lui. Quand il eut mis la foule dehors, il entra et saisit la main de la jeune fille, qui se leva.

26 Et la nouvelle se répandit dans tout ce pays.

 

La Glose. Après la guérison de l’hémorroïsse, vient la résurrection de la jeune fille que l’écrivain sacré raconte en ces termes : " Et lorsque Jésus fut arrivé dans la maison du chef de la synagogue. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 32.) Il est à remarquer que Notre-Seigneur semble user ici de lenteur, et qu’il s’entretient avec la femme qu’il vient de guérir pour laisser à la jeune fille le temps de mourir, et rendre ainsi plus éclatant le fait de sa résurrection. Il suivit la même conduite à l’égard de Lazare, qui demeura dans le tombeau jusqu’au troisième jour. " Et lorsqu’il eut vu les joueurs de flûte et une foule qui faisait grand bruit. " Nous avons là une preuve évidente que la jeune fille était morte. — Saint Ambroise. (sur S. Luc, 6.) En effet, c’était un usage chez les anciens de faire venir des joueurs de flûte pour exciter la douleur et faire couler les larmes aux funérailles des morts. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 32.) Mais Jésus-Christ chassa tous ces joueurs de flûte, et fit entrer les parents de la jeune fille afin que l’on ne pût attribuer à un autre sa résurrection. Avant même de la ressusciter, il relève leur courage par ces paroles : " Retirez-vous, car la jeune fille n’est pas morte, mais elle dort. " — Raban Maure. C’est-à-dire elle est morte à vos yeux, mais pour Dieu qui peut la ressusciter, elle n’est qu’endormie dans son corps comme dans son âme. — Saint Jean Chrysostome. Par ces paroles, le Sauveur apaise l’agitation intérieure de ceux qui étaient présents, et il leur montre avec quelle facilité il peut ressusciter les morts. Il tint le même langage à Lazare (Jn11) : " Notre ami Lazare dort, " et il nous apprend ainsi à ne pas redouter la mort. Comme il devait mourir lui-même, il voulut, en rendant la vie à quelques morts, ranimer la confiance de ses disciples, et leur apprendre à supporter la mort avec courage. Car dès qu’il s’approche, la mort n’est plus qu’un sommeil. Or, en entendant ces paroles, ils se moquaient de lui, mais il ne leur en fait aucun reproche : car il voulait que cette dérision, les flûtes et toutes les autres circonstances fussent autant de preuves de la mort de cette jeune fille. Comme il arrive bien souvent que les hommes refusent de croire aux miracles lorsqu’ils sont opérés, il veut les convaincre auparavant par leurs propres aveux ; c’est ce qu’il fit encore à la mort de Lazare, lorsqu’il demanda : " Où l’avez-vous mis ? " Afin que ceux qui lui répondirent : " Venez et voyez " fussent forcés de croire que Lazare était véritablement mort, et qu’il l’a ressuscité.

Saint Jérôme. Mais ceux qui couvraient ainsi d’indignes outrages le Sauveur qui allait ressusciter cette jeune fille, n’étaient pas dignes d’assister au fait mystérieux de sa résurrection ; c’est pourquoi l’Évangéliste ajoute : " Et après qu’on eut fait sortir tout le monde, il entra, lui prit la main, et la jeune fille se leva. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 32.) Il n’introduit pas dans son corps une âme nouvelle, mais il y fait rentrer celle qui en était sortie, et rappelle la jeune fille comme d’un sommeil, pour préparer ainsi les esprits à croire en la résurrection. Non-seulement il ressuscite cette jeune fille, mais il lui fait encore donner à manger, pour que tous soient bien convaincus que cette résurrection n’est pas une chose imaginaire, mais bien une réalité. — " Et le bruit s’en répandit dans tout le pays. — La Glose. Cette circonstance fait ressortir la grandeur et la nouveauté de ce miracle, en même temps qu’elle devient une preuve évidente et irréfragable de sa vérité.

Saint Hilaire. (can. 9 sur S. Matth.) Dans le sens mystique, Notre-Seigneur entre dans la maison du chef de la synagogue, c’est-à-dire dans la synagogue elle-même, au moment ou les cantiques de la loi font entendre en son honneur des chants funèbres. — Saint Jérôme. Jusqu’à ce jour la jeune fille repose morte dans la maison de son père, et ceux qui paraissent être les maîtres sont les joueurs de flûte qui font entendre des airs lugubres. La foule des Juifs n’est pas le peuple des croyants, c’est une foule tumultueuse. Mais lorsque la plénitude des nations sera entrée, alors tout Israël sera sauvé. (Rm 11.) — Saint Hilaire. Afin qu’il fût bien démontré que le nombre des croyants était limité, la foule tout entière fut mise dehors. Le Sauveur aurait bien désiré qu’elle fût sauvée, mais en se moquant de ses paroles et de ses actions, elle se rendit indigne d’être témoin de la résurrection de cette jeune fille. — Saint Jérôme. " Jésus lui prit la main, et la jeune fille se leva, " car la synagogue ne peut avoir part à la résurrection avant que les mains des Juifs n’aient été purifiées du sang dont elles sont souillées. — Saint Hilaire. Le bruit de cette résurrection se répand dans toute cette contrée ; en effet, après que Jésus a sauvé ceux qu’il avait élus, ils vont publier les bienfaits du Christ et ses œuvres.

Raban Maure. Dans le sens moral, la jeune fille morte dans la maison, c’est l’âme qui est morte dans ses pensées. Le Sauveur dit qu’elle n’est qu’endormie, parce que ceux qui pèchent dans la vie présente peuvent encore ressusciter par la pénitence. Les joueurs de flûte, ce sont les flatteurs qui applaudissent à celle qui est morte. — Saint Grégoire le Grand. (Moral. 17, 25.) La foule est mise dehors avant que la jeune fille soit ressuscitée, car tant que la multitude des intérêts temporels n’est pas chassée des plus secrètes parties du cœur, l’âme qui est morte au dedans ne peut ressusciter. — Raban Maure. Notre-Seigneur ressuscite cette jeune fille dans la maison en présence d’un petit nombre de témoins, le jeune homme en dehors de la porte de la ville, et Lazare devant un grand nombre de spectateurs, parce qu’une faute publique exige un remède public ; tandis qu’une faute légère peut être effacée par une pénitence secrète et plus douce.

 

Matthieu 9, 27-31

 

27 Tandis que Jésus s'en allait, deux aveugles le suivirent, en criant : « Aie pitié de nous, fils de David ! »

28 Quand il fut dans la maison, les aveugles l'abordèrent, et Jésus leur dit : « Croyez-vous que je peux faire cela ? » Ils répondirent : « Oui, Seigneur. »

29 Alors il leur toucha les yeux, en disant : « Que tout se fasse pour vous selon votre foi ! »

30 Leurs yeux s'ouvrirent, et Jésus leur dit sévèrement : « Attention ! que personne ne le sache ! »

31 Mais, à peine sortis, ils parlèrent de lui dans toute la région.

 

Saint Jérôme. Ces premiers miracles qui ont pour objet la fille du prince de la synagogue et la femme malade sont suivis, par une admirable conséquence, de la guérison de deux aveugles. Il fallait, en effet, que la privation de la vue démontrât ce que la mort et la maladie venaient elles-mêmes de proclamer ; c’est pour cela qu’il est dit : " Comme Jésus sortait de ce lieu (c’est-à-dire s’éloignait de la maison de Jaïre), deux aveugles le suivirent en criant et en disant : Fils de David, ayez pitié de nous. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) C’est là un grand sujet d’accusation contre les Juifs : des hommes privés de la vue reçoivent la foi par l’ouïe seule, tandis que les Juifs, dont les yeux constataient la vérité de ces miracles, refusent d’y croire. Voyez encore le désir de ces aveugles ; ils ne se contentent pas d’approcher de Jésus, mais ils le font avec de grands cris, et en ne lui demandant qu’une seule chose, c’est qu’il ait pitié d’eux. Ils l’appellent Fils de David, parce que ce nom leur paraissait un titre d’honneur. — Rémig. C’est avec raison d’ailleurs qu’ils lui donnent ce nom, car la Vierge Marie descendait de la race de David. — Saint Jérôme. Que Marcion, que les Manichéens et les autres hérétiques se rendent attentifs à ces paroles, eux qui déchirent l’Ancien Testament, et qu’ils apprennent que le Sauveur est proclamé Fils de David. Or, s’il n’est pas né dans une chair mortelle, comment peut-il être appelé Fils de David ?

Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Il est à remarquer que dans une foule de circonstances ce n’est qu’après qu’on l’en a prié que le Seigneur guérit les malades, car il ne veut pas laisser croire qu’il a couru après les miracles pour s’attirer de l’honneur et de la gloire. — Saint Jérôme. Et cependant, ce n’est pas dans le chemin et en passant, comme ils le pensaient, qu’il guérit ces aveugles qui le prient, mais lorsqu’il est arrivé dans la maison ; ils s’avancent pour entrer, et tout d’abord il examine leur foi, afin de les préparer à recevoir la lumière de la vraie foi. " Lorsqu’il fut entré dans la maison, ces aveugles s’approchèrent de lui, et Jésus leur dit : " Croyez-vous que je puisse faire ce que vous me demandez ? " — Saint Jean Chrysostome. Il nous apprend une fois de plus à fuir la gloire que donne la multitude, car comme la maison n’était pas éloignée, il y conduit les aveugles pour les y guérir en secret. — Rémig. Lui qui pouvait rendre la vue aux aveugles, ne pouvait ignorer s’ils avaient la foi ; il les interroge toutefois, afin qu’en confessant de bouche la foi qu’ils portaient dans leur cœur, ils pussent obtenir une récompense plus grande, selon ces paroles de l’Apôtre : " Il faut confesser de bouche pour obtenir le salut. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Et ce n’est pas la seule raison ; Jésus voulait encore montrer qu’ils étaient dignes d’être guéris, et prévenir cette difficulté : que si le salut était l’œuvre exclusive de la miséricorde, tous devaient y avoir part. Il exige encore d’eux la foi, afin de les élever plus haut ; ils l’ont appelé Fils de David, il leur apprend qu’ils doivent avoir de lui de plus hautes idées. Aussi ne leur dit-il pas : " Croyez-vous que je puisse prier mon Père ? " mais : " Croyez-vous que je puisse faire ce que vous me demandez ? " Ils lui répondent : " Oui, Seigneur. " Ils ne l’appellent plus Fils de David, ils s’élèvent plus haut et confessent sa souveraineté. Il leur imposa alors les mains, comme dit le texte sacré, et il toucha leurs yeux en leur disant : " Qu’il vous soit fait selon votre foi. " Il leur parle de la sorte pour affermir leur foi et constater en même temps que ce qu’ils venaient de dire ne leur avait pas été dicté par la flatterie. L’Évangéliste rapporte ensuite leur guérison : " Et aussitôt leurs yeux furent ouverts. " Jésus leur défend d’en parler à qui que ce soit ; et ce n’est pas une simple défense, c’est un ordre exprès accompagné de menaces sévères. " Et Jésus leur défendit fortement d’en parler, en leur disant : " Prenez bien garde que qui que ce soit ne le sache ! " Mais eux, s’en étant allés, répandirent sa réputation dans tout le pays. " — Saint Jérôme. C’est par amour pour l’humilité et pour fuir l’éclat de la vaine gloire que Jésus leur fait cette défense ; mais la reconnaissance qu’ils éprouvent d’un si grand bienfait, ne leur permet pas de garder le silence. — Saint Jean Chrysostome. Ce que Notre-Seigneur dit à un autre dans une circonstance différente : " Va et annonce la gloire de Dieu " (Lc 8), n’est pas contraire à ce qui est ici raconté. Jésus veut nous apprendre à fermer la bouche à ceux qui cherchent à nous louer, en rapportant à nous seuls les louanges qu’ils nous donnent. Mais si ces louanges doivent se rapporter à Dieu, bien loin de les défendre, nous devons les exciter et les prescrire. — Saint Hilaire. Ou bien encore le Sauveur commande à ces aveugles de se taire, parce que c’était aux Apôtres qu’était réservé l’office de la prédication.

Saint Grégoire le Grand. (Moral., 19, 14.) Examinons ici pourquoi le Tout-Puissant, pour qui vouloir et pouvoir sont une même chose a voulu que ses miracles demeurassent cachés, et que cependant ils fussent dévoilés comme malgré lui par ceux qui venaient de recouvrer l’usage de la vue. Il veut apprendre à ses disciples qui devaient marcher à sa suite, qu’ils devaient désirer que leurs vertus demeurassent cachées aussi aux yeux des hommes, et cependant les laisser publier malgré eux dans l’intérêt de ceux qui pourraient en profiter. Ils doivent donc rechercher le secret par inclination, et laisser dévoiler leurs œuvres par nécessité. Qu’ils aiment à se cacher pour garder plus sûrement leur âme de tout danger, et qu’ils consentent à se voir divulgués dans l’intérêt des autres.

Rémig. Dans le sens allégorique, ces deux aveugles sont la figure des deux peuples, du peuple juif, et des Gentils, ou bien des deux fractions du peuple juif qui se séparèrent sous Roboam (cf. 3 R 12). Notre-Seigneur Jésus-Christ choisit dans l’un et l’autre peuple qui croyait en lui, ceux qu’il devait éclairer dans la maison, qui est son Église, car en dehors de l’unité de l’Église, personne ne peut être sauvé. Or, ceux d’entre les Juifs qui crurent en Jésus publièrent son avènement dans tout l’univers. Raban Maure. La maison du chef de la synagogue, c’est la synagogue elle-même qui est soumise à Moïse ; la maison de Jésus, c’est la céleste Jérusalem. Pendant que le Seigneur traverse ce monde pour retourner dans sa maison, les deux aveugles se mettent à le suivre ; en effet, après la prédication de l’Évangile par les Apôtres, un grand nombre d’entre les Juifs et d’entre les Gentils se sont rangés sous sa conduite. Mais après son ascension dans les cieux, il est entré dans sa maison (c’est-à-dire dans son Église), et là, il leur a rendu l’usage de la lumière.

 

Matthieu 9, 32-34

 

32 On présenta à Jésus un possédé qui était muet.

33 Lorsque le démon eut été expulsé, le muet se mit à parler. La foule fut dans l'admiration, et elle disait : « Jamais rien de pareil ne s'est vu en Israël ! »

34 Mais les pharisiens disaient : « C'est par le chef des démons qu'il expulse les démons. »

 

Rémig. Par un enchaînement admirable, le Sauveur, après avoir rendu la vue aux aveugles, délie la langue d’un muet, et guérit un homme possédé du démon, et il se déclare ainsi le Dieu de toute puissance, et l’auteur des guérisons divines, selon cet oracle d’Isaïe (Is 35) : " Alors les yeux des aveugles et les oreilles des sourds seront ouverte, et la langue des muets sera déliée. " Après leur départ, dit l’Évangéliste, " on lui présenta un homme muet. " — Saint Jérôme. Le mot grec χωφος (cophos), dans le langage ordinaire, signifie plutôt sourd que muet, mais c’est l’usage des écrivains sacrés de le prendre indifféremment dans les deux sens. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Cette infirmité n’était pas naturelle, elle venait de la malignité du démon. C’est pourquoi cet homme eut besoin d’un secours étranger pour arriver jusqu’à Jésus-Christ, et il ne put ni le prier par lui-même, n’ayant pas l’usage de la parole, ni le faire prier par d’autres, le démon tenant liée son âme aussi bien que sa langue. Aussi le Sauveur n’exige pas de lui la foi, mais il le guérit aussitôt, comme le rapporte l’écrivain sacré : " Et le démon ayant été chassé, le muet parla. " — Saint Hilaire.(can. 9 sur S. Matth.) L’ordre naturel des choses est parfaitement observé, le démon est d’abord chassé, et le corps reprend immédiatement toutes ses fonctions.

" Et la multitude en fut dans l’admiration, et ils disaient : On n’a jamais rien vu de semblable en Israel ". — Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Ce n’est pas seulement parce qu’ils admiraient en lui le pouvoir de guérir qu’ils le plaçaient au-dessus de tous les autres, mais parce qu’il guérissait avec une facilité et une promptitude merveilleuse une infinité de maladies la plupart incurables. Ce qui contristait surtout les pharisiens, c’est que la multitude le proclamait supérieur non-seulement à ceux qui existaient alors, mais encore à tous ceux qui avaient jamais paru en Israel. C’est ce qui les excite en sens contraire à calomnier Jésus-Christ, comme le dit l’Évangéliste : " Les pharisiens, au contraire, disaient : C’est par le prince des démons qu’il chasse les démons. " — Rémig. Les scribes et les pharisiens niaient les miracles du Sauveur autant qu’il leur était possible de le faire, et ils interprétaient en mauvaise part ceux qu’ils étaient obligés d’admettre. Ils accomplissaient ainsi cette parole du Roi-Prophète : " La multitude de vos prodiges convaincra vos ennemis de mensonge. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Quoi de plus insensé que cette explication ? Peut-on imaginer qu’un démon chasse un autre démon ? Le démon applaudit à ses succès, mais il ne détruit pas ses œuvres. Jésus-Christ, au contraire, ne chassait pas seulement les démons, mais il guérissait les lépreux, il ressuscitait les morts, il remettait les péchés, il prêchait le royaume de Dieu, et il amenait les hommes à son Père, ce que ne pouvait ni ne voulait faire le démon.

Raban Maure. De même que dans le sens mystique les deux aveugles figuraient les deux peuples juif et gentil, ainsi cet homme muet et possédé est la figure du genre humain tout entier. — Saint Hilaire. (can. 9 sur S. Matth.) Ou bien cet homme à la fois muet, sourd et possédé du démon représente le peuple des Gentils, indigne d’obtenir le salut, plongé qu’il est dans un abîme de maux, et comme enlacé dans tous les vices de la chair. — Rémig. Le peuple des Gentils était muet, parce qu’il ne pouvait ouvrir la bouche pour confesser la vraie foi et publier les louanges de son Créateur, ou bien parce que, livré au culte des idoles muettes, il leur était devenu semblable. Il était possédé, parce que la mort de l’infidélité l’avait soumis à l’empire du démon. Saint Hilaire. (can. 9 sur S. Matth.) La connaissance de Dieu ayant dissipé toutes les folles superstitions, l’homme recouvre tout à la fois l’usage de la vue, de l’ouïe, et de la parole du salut. — Saint Jérôme. De même que les aveugles reçoivent la lumière, ainsi la langue des muets se délie pour confesser celui qu’ils avaient auparavant nié. Cette foule qui est dans l’admiration, c’est la multitude des nations qui confessent la divinité du Seigneur. Les pharisiens qui le calomnient sont une figure de l’infidélité des Juifs qui persévère jusqu’à ce jour. — Saint Hilaire. (can. 9 sur S. Matth.) L’admiration de la foule est accompagnée de cet aveu : " Jamais on n’a rien vu de semblable en Israël, " parce qu’en effet la puissance divine du Verbe sauve aujourd’hui tous ceux qui n’avaient pu recevoir aucun secours de la loi. — Rémig. Dans ceux qui présentent le muet au Seigneur pour être guéri, on peut voir la figure des Apôtres et des prédicateurs qui ont offert aux yeux de la divine miséricorde le peuple des Gentils pour qu’elle lui accordât le salut. — Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 2, 29.) Saint Matthieu est le seul qui raconte ce double miracle des deux aveugles et du muet. Les deux aveugles dont parlent les autres Évangélistes (Mc 10, 46 ; Lc 18, 35) ne sont pas les mêmes ; cependant le fait est semblable, et si saint Matthieu ne racontait pas ce miracle avec toutes ses circonstances, on pourrait croire que son récit est le même que celui de saint Marc et de saint Luc. Nous ne devons jamais perdre de vue qu’il se rencontre dans les Évangiles des faits qui présentent les mêmes caractères. On a une preuve certaine que ces faits sont différents lorsqu’ils sont rapportés par le même Évangéliste. Lorsque donc nous rencontrons des faits de même nature dans chacun des Évangélistes, et qu’il s’y trouve des particularités impossibles à concilier, nous devons en conclure que ce n’est pas le même fait, mais un fait semblable dans sa nature ou dans ses circonstances.

 

Matthieu 9, 35-38

 

35 Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité.

36 Voyant les foules, il eut pitié d'elles parce qu'elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger.

37 Il dit alors à ses disciples : « La moisson est abondante, et les ouvriers sont peu nombreux.

38 Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson. »

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Le Seigneur voulut répondre par ses œuvres à cette accusation des pharisiens : " C’est par le prince des démons qu’il chasse les démons. " Car lorsque le démon reçoit un outrage, il se venge non pas en faisant du bien, mais en cherchant à nuire à celui qui le déshonore. Le Seigneur tient une conduite contraire : après les injures et les outrages non-seulement il ne punit pas, il ne fait même pas de reproches ; bien plus il répand des bienfaits. C’est ce que l’Évangéliste ajoute : " Et Jésus parcourait toutes les villes et les bourgades. " C’est ainsi qu’il nous apprend à répondre à ceux qui nous accusent non par des accusations semblables, mais par des bienfaits. Celui qui, victime d’une accusation, cesse de faire le bien, montre qu’il n’agissait que pour s’attirer les louanges des hommes. Si au contraire Dieu est le principe du bien que vous faites à vos frères, quoiqu’ils entreprennent contre vous, leur conduite n’interrompra pas le cours de vos bienfaits, et votre récompense n’en sera que plus grande.

Saint Jérôme. Vous voyez qu’il prêche également l’Évangile dans les villages comme dans les villes et dans les bourgs, c’est-à-dire aux petits comme aux grands ; il ne considère pas la puissance qui vient de la noblesse, il ne voit que le salut de ceux qui croient en lui. L’Évangéliste ajoute : " Il enseignait dans leurs synagogues, accomplissant ainsi l’œuvre que son Père lui avait confiée et satisfaisant la faim qu’il éprouvait de sauver les infidèles par sa parole. " Il enseignait dans les synagogues l’Évangile du royaume, comme le dit expressément le texte sacré : " Et il prêchait l’Évangile du royaume. " — Rémig. Par cet évangile du royaume, il faut entendre l’Évangile de Dieu, car si on n’annonce que des biens temporels, ce n’est point là l’Évangile ; c’est pour cela que ce nom n’est pas donné à la loi, parce qu’elle ne promettait à ceux qui l’observaient que des biens temporels, et non ceux de l’éternité.

Saint Jérôme. Après avoir prêché l’Évangile et enseigné sa doctrine, il guérissait toutes les langueurs et toutes les infirmités, persuadant ainsi par ses œuvres ceux que ses discours n’avaient pu persuader ; c’est ce qu’ajoute l’écrivain sacré : " Guérissant toute langueur et toute infirmité. " Ces paroles lui sont appliquées littéralement, car rien ne lui est impossible. — La Glose. La langueur, ce sont les longues souffrances ; l’infirmité, les maladies les plus légères. — Rémig. Remarquez qu’il guérissait intérieurement l’âme de ceux dont il guérissait extérieurement le corps, ce que les autres hommes ne peuvent faire par eux-mêmes, mais seulement par la grâce de Dieu.

Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) La bonté de Jésus-Christ ne s’arrête pas là, il fait preuve à leur égard d’une autre sollicitude, et il ouvre sur eux les entrailles de sa miséricorde. " Et, voyant ces troupes, dit l’Évangéliste, il en eut compassion. " — Rémig. Notre-Seigneur nous révèle ici les sentiments d’un bon pasteur si éloignés de ceux du mercenaire. Mais pourquoi cette compassion ? La suite nous l’apprend. — Raban Maure. Ou bien ils étaient tourmentés par diverses erreurs ; ils étaient couchés, c’est-à-dire comme engourdis sans pouvoir se lever, et tout en ayant des pasteurs, ils étaient comme n’en ayant pas. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Le crime des princes des Juifs, c’est qu’étant les pasteurs du troupeau, ils se conduisaient à son égard comme des loups ; car non-seulement ils ne travaillaient pas à la réforme du peuple, mais encore ils nuisaient à son avancement. Le peuple dans l’admiration s’écriait : " Jamais on n’a rien vu de semblable dans Israël, " et à ce témoignage ils opposaient cette calomnie : " C’est par le prince des démons qu’il chasse les démons. "

Rémig. Mais du moment que le Fils de Dieu eut regardé du ciel sur la terre pour entendre les gémissements de ceux qui étaient enchaînés (Ps 101), la moisson déjà grande devint plus considérable encore ; car jamais la multitude du genre humain ne fût parvenue à la foi, si l’auteur du salut des hommes n’eût jeté du ciel un regard de miséricorde sur la terre, et c’est pour cela que l’Évangéliste ajoute : " Alors il dit à ses disciples : " La moisson est grande, il est vrai, mais les moissonneurs sont peu nombreux. — La Glose. La moisson, ce sont les hommes qui peuvent être moissonnés par les prédicateurs, séparés de la masse de perdition et conservés dans les greniers comme les grains détachés de la paille. — Saint Jérôme. La grande moisson signifie la multitude des peuples, et le petit nombre d’ouvriers, la rareté de ceux qui doivent enseigner. — Rémig. Le nombre des Apôtres était bien petit en effet, en comparaison de ces vastes moissons. Or, le Sauveur exhorte ses prédicateurs, c’est-à-dire les Apôtres et leurs successeurs, à demander tous les jours que leur nombre s’augmente. " Priez donc le Maître de la moisson, qu’il envoie des ouvriers dans sa maison. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Il déclare ainsi indirectement qu’il est ce Maître dont il parle, car c’est lui-même qui est le Maître de la moisson. En effet, s’il a envoyé les Apôtres moissonner ce qu’ils n’avaient pas semé, il est évident qu’il n’a pu les envoyer recueillir la moisson d’autrui, mais ce que lui-même avait semé par les prophètes (Jn 4, 38). Mais comme ce sont les Apôtres qui sont les moissonneurs, il leur dit : " Priez donc le Maître de la moisson qu’il envoie des ouvriers en sa moisson. " Cependant il ne leur adjoignit personne. Ils restèrent douze, et il ne les multiplia qu’en ajoutant non pas à leur nombre, mais à leur puissance. Rémig. Ou bien leur nombre a augmenté quand il en a désigné soixante-douze autres, et quand les prédicateurs sont devenus nombreux, l’Esprit Saint descendant sur les croyants. Saint Jean Chrysostome. (hom. 33.) Le Sauveur nous apprend quel don précieux c’est que de pouvoir annoncer convenablement la parole de Dieu, en nous recommandant de prier à cet effet. Ces paroles nous rappellent les comparaisons du précurseur, l’aire, le van, la paille et le blé (Mt 3). — Saint Hilaire. Dans le sens mystique, au moment où le salut est donné aux nations, toutes les villes, toutes les bourgades sont éclairées par l’avènement et la vertu du Christ. Le Seigneur a pitié de son peuple tourmenté par la violence tyrannique de l’esprit impur, et fatigué du lourd fardeau de la loi, car il n’avait pas encore de pasteur qui pût lui assurer la garde de l’Esprit saint. Or, le fruit de ce don céleste était on ne peut plus abondant, et sa source féconde ne pouvait être épuisée par la multitude de ceux qui venaient y participer ; car quel que soit leur nombre, sa plénitude se répand toujours de la même manière. Et comme il faut un grand nombre de ministres pour distribuer cette grâce, Notre-Seigneur ordonne de prier le Maître de la moisson d’envoyer un grand nombre de moissonneurs pour recevoir ce don de l’Esprit saint. En effet, c’est par le moyen de la prière que Dieu répand sur nous cette grâce.

 

 

CHAPITRE X

 

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