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Matthieu 5, 25

 

25 Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison.

 

Saint Hilaire. (can. 4). Le Seigneur ne veut pas qu’il y ait un seul instant de notre vie où ne nous professions un vif amour pour la paix. Il nous commande donc de nous réconcilier au plus tôt avec notre ennemi, tandis que nous sommes dans le chemin de la vie, afin de ne pas arriver au moment de la mort sans avoir fait la paix : " Accordez-vous promptement avec votre adversaire, nous dit-il, pendant que vous êtes en chemin avec lui, de peur que votre adversaire ne vous livre au juge. — Saint Jérôme. Dans le grec, au lieu du mot consentiens (qui est d’accord), qui se trouve dans les exemplaires latins, ou lit : ευνοων, bienveillant.

Saint Augustin. (serm. sur la mont). Examinons quel est cet adversaire que Dieu nous ordonne de traiter en ami : c’est ou le démon, ou l’homme, ou la chair, ou Dieu, ou son commandement. Quant au démon, je ne vois pas comment nous serions obligés de lui témoigner de la bienveillance ou du bon accord ; car la bienveillance suppose l’amitié, et personne n’oserait dire que nous devions rechercher celle du démon. Nous serait-il plus avantageux de faire la paix avec celui à qui nous avons renoncé et déclaré par là même une guerre éternelle ? Enfin, aucun accord n’est possible avec celui qui ne nous a plongés dans tous nos malheurs que par l’union qui existait entre nous et lui. — Saint Jérôme. Il en est cependant qui prétendent que le Sauveur nous ordonne de nous montrer bienveillant pour le démon, en ne l’exposant point aux nouveaux supplices que Dieu lui inflige pour nous, disent-ils, toutes les fois que nous consentons à ses funestes inspirations. Quelques autres avancent avec plus de réserve que chacun de nous, en renonçant au démon dans le baptême, contracte un engagement avec lui. Si nous sommes fidèles à cet engagement, nous sommes, avec notre adversaire, dans les termes voulus de la bienveillance et du bon accord, et nous n’avons pas à craindre d’être jetés dans la prison.

Saint Augustin. (serm. sur la mont). Je ne vois pas non plus comment admettre que nous serons livrés à notre juge par un homme, alors que ce juge est le Christ devant le tribunal duquel nous devons tous comparaître. Comment cet homme pourrait-il vous remettre entre les mains de votre juge, lui qui doit comparaître lui-même devant son tribunal ? En supposant même qu’un homme devienne l’adversaire de son frère en lui donnant la mort, il ne lui est plus possible de faire la paix avec lui dans le chemin, c’est-à-dire pendant cette vie, et cependant le repentir pourra guérir son âme. Je comprends beaucoup moins encore qu’on nous ordonne de nous mettre d’accord avec la chair, car ce sont surtout les pécheurs qui vivent en parfait accord avec elle. Ceux, au contraire, qui la réduisent en servitude, ne s’accordent pas avec la chair, mais la forcent de s’accorder avec eux. — Saint Jérôme. Comment d’ailleurs la chair serait-elle condamnée à la prison pour avoir été en désaccord avec l’âme, puisque l’âme et la chair seront punies du même supplice, et que la chair ne fait qu’obéir aux ordres de l’âme.

Saint Augustin. (serm. sur la mont). Peut-être est-ce avec Dieu qu’il nous est ordonné de nous mettre d’accord, car le péché nous sépare de lui, et il devient notre adversaire en nous résistant, selon cette parole : Dieu résiste aux superbes (1 P 5 ; Jc 4, 6 ; Pv 3, 34). Tout homme donc qui, pendant cette vie, ne se sera pas réconcilié avec Dieu par la mort de son Fils, sera livré par lui au juge, c’est-à-dire au Fils à qui le Père a donné tout jugement. Mais comment peut-on dire avec quelque raison que l’homme se trouve dans le chemin avec Dieu, si ce n’est parce que Dieu est partout ? Éprouvons-nous quelque difficulté à dire que les impies sont avec Dieu, qui est partout, comme à dire que les aveugles sont avec la lumière qui les environne ? Il ne nous reste plus qu’à voir dans cet adversaire le commandement de Dieu, qui se montre contraire à ceux qui veulent pécher. Ce commandement nous a été donné pour nous diriger dans le chemin de la vie ; il ne faut point tarder à nous accorder avec lui, en le lisant, en l’écoutant avec attention, en lui donnant sur nous une souveraine autorité. Si nous comprenons en partie ce précepte, nous ne devons pas le haïr, parce qu’il est contraire à nos péchés, mais nous devons l’en aimer davantage, parce qu’il nous fait rentrer dans le devoir et prier Dieu de nous révéler ce qui lui reste d’obscur pour nous.

Saint Jérôme. Cependant les antécédents démontrent avec évidence, ce nous semble, que le Seigneur veut nous parler ici de l’union produite par la charité fraternelle, puisqu’il est dit plus haut : " Allez vous réconcilier avec votre frère ". — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Le Seigneur nous presse de nous hâter pendant cette vie de rechercher l’amitié de nos ennemis, car il sait quel danger nous courons, si l’un d’eux vient à mourir avant que nous ayons fait la paix avec lui. Si la mort vous surprend et que vous paraissiez devant votre juge dans cet état d’inimitié, votre ennemi vous livrera au Christ et vous convaincra de crime devant son tribunal. Vous eût-il demandé d’abord comme une grâce de vous réconcilier, il ne laissera pas de vous livrer entre les mains du juge, car celui qui prie son ennemi de lui accorder la paix augmente sa culpabilité aux yeux de Dieu. — Saint Hilaire. Ou bien votre adversaire vous livrera au juge, parce que cette haine secrète que vous faites peser continuellement sur lui, sera votre accusateur devant Dieu. — Saint Augustin. (serm. sur la mont). Ce juge, à mon avis, c’est le Christ, car le Père a donné tout jugement au Fils (Jn 5,23). Le ministre, c’est l’ange de la justice de Dieu ; " Et les anges, dit l’Évangéliste, le servaient " (Mt 4). Nous croyons en effet qu’au jour du jugement les anges formeront son cortège. Voilà pourquoi il ajoute : " Et que le juge ne vous livre au ministre ".

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Ou bien encore ce ministre, c’est l’ange redoutable du châtiment, et c’est lui qui vous enverra dans le cachot de l’enfer signifié par ces paroles : " Et vous serez jeté en prison ". — Saint Augustin. (serm. sur la mont). La prison, ce sont les peines des ténèbres, et, dans la crainte que vous ne méprisiez ce supplice, il ajoute : Je vous le dis en vérité, vous ne sortirez point de là que vous n’ayez payé jusqu’à la dernière obole ". — Saint Jérôme. L’obole est une pièce de monnaie qui vaut environ deux liards, la plus petite espèce de monnaie, et ces paroles du Sauveur veulent dire : " Vous n’en sortirez pas que vous n’ayez expié vos fautes les plus légères ". — Saint Augustin. Ou bien Notre-Seigneur emploie ces expressions pour nous marquer que rien ne reste impuni ; c’est ainsi que nous disons d’une chose exigée jusqu’à la rigueur, qu’on a été jusqu’à la lie. Ou bien cette dernière obole signifie peut-être les péchés de la terre, car la terre est la quatrième et la dernière partie des éléments de ce monde. Ces paroles : " Que vous n’ayez payé " signifient la peine éternelle, et l’expression jusqu’à ce que doit être prise dans le même sens que dans cette autre phrase : " Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepied " ; car il est évident que son règne ne cessera pas lorsque ses ennemis lui seront soumis. " Vous n’en sortirez pas que vous n’ayez payé jusqu’à la dernière obole ", ce qui n’arrivera jamais, car on y paiera tout, jusqu’à la dernière obole, tant que dureront les peines éternelles dues aux péchés qui ont été commis sur la terre.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Ou bien encore, si vous faites votre paix en ce monde, vous pourrez recevoir le pardon des plus grands crimes, mais si vous êtes une fois condamné et jeté en prison, vous serez puni, non-seulement pour vos fautes les plus graves, mais pour une seule parole oiseuse qui peut être signifiée par cette obole dont il est ici parlé. — Saint Hilaire. La charité couvre la multitude des péchés ; nous paierons donc jusqu’à la dernière obole si, à l’aide de cette divine charité, nous n’acquittons pas les dettes de nos péchés.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Ou bien encore, par cette prison, on peut entendre les angoisses de ce monde auxquelles Dieu condamne ceux qui se livrent habituellement au péché. — Saint Jean Chrysostome.(hom. 16). On peut dire enfin qu’il est ici question des juges de la terre, du chemin qui conduit à leur tribunal et des prisons d’ici-bas, car Notre-Seigneur veut produire la persuasion dans ceux qui l’écoutent, non-seulement par les choses de l’éternité, mais aussi par celles du temps, qui sont devant nos yeux et de nature à nous impressionner davantage. C’est dans ce sens que saint Paul disait " Si vous avez mal fait, craignez le pouvoir, car ce n’est pas sans raison qu’il est armé du glaive ".

 

Matthieu 5, 27-28

 

27 Vous avez appris qu'il a été dit : Tu ne commettras pas d'adultère.

28 Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur.

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 17 sur S. Matth). Le Sauveur procède par ordre et après avoir développé le premier précepte : " Vous ne tuerez pas " ; il passe au second : " Vous savez qu’il a été dit aux anciens : " Vous ne commettrez pas d’adultère ".

Saint Augustin. (Des dix cordes, chap. 3, 9, 10). C’est-à-dire vous ne vous approcherez pas d’une autre que de votre épouse. Vous exigez de votre épouse qu’elle observe fidèlement cette loi et vous ne l’observeriez pas à son égard, vous qui devez lui être supérieur en vertus ? Il est honteux pour un homme de dire : Cela m’est impossible. Comment, ce que la femme peut faire, l’homme ne le pourrait pas ? Et ne dites pas : Je n’ai pas d’épouse, je vais trouver une courtisane, et je ne viole pas le précepte qui défend l’adultère ; car vous savez ce que vous valez, vous savez ce que vous mangez et ce que vous buvez, ou plutôt vous savez quel est celui qui devient votre nourriture et votre breuvage. Abstenez-vous donc de toute fornication. Par la fornication et par les débordements du libertinage, vous dégradez l’image de Dieu que vous portez en vous-même. Aussi le Seigneur qui sait ce qui vous est utile, vous commande de ne point laisser écrouler sous les coups dissolvants des voluptés criminelles son temple qu’il a commencé d’élever dans votre âme.

Saint Augustin. (contre Fauste, 19, 23). Mais comme les Pharisiens pensaient que la seule union charnelle avec la femme d’autrui était défendue sous le nom d’adultère, le Seigneur leur apprend que le désir seul de cette union était un véritable adultère : " Mais moi je vous dis que quiconque aura regardé une femme pour la convoiter a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. Quant à ce commandement de la loi : " Vous ne désirerez pas la femme de votre prochain ", (Ex 20, 17 ; Dt 5, 21) les Juifs l’entendaient de l’enlèvement de la femme d’autrui, et non de l’union charnelle.

Saint Jérôme. Il y a cette différence entre la véritable passion et le premier mouvement qui la précède, que la passion est regardée comme un vice réel, tandis que ce premier mouvement, sans être entièrement innocent, n’a cependant pas un caractère aussi criminel. Celui donc qui, à la vue d’une femme, sent un mauvais désir effleurer son âme, éprouve les premières atteintes de la passion ; s’il donne son consentement, la passion naissante se change en passion consommée, et ce n’est pas la volonté de pécher qui manque à cet homme, c’est l’occasion. Ainsi, quiconque voit une femme pour la convoiter, c’est-à-dire la regarde dans l’intention de faire naître ce désir criminel et de chercher à l’accomplir a commis en toute vérité l’adultère dans son cœur. — Saint Augustin. (serm. sur la mont., 12 ou 13) Trois choses concourent à la consommation du péché, la suggestion, la délectation, le consentement. La suggestion vient de la mémoire ou des sens. Si l’on trouve du plaisir dans l’idée de la jouissance, il faut réprimer cette délectation criminelle ; si l’on y consent, le péché est complet. Cependant, avant le consentement, la délectation est nulle ou légère, c’est un péché d’y consentir lorsqu’elle est illicite ; si elle va jusqu’à la consommation de l’acte, il semble que la passion soit rassasiée et comme éteinte. Mais que la suggestion revienne de nouveau, la délectation renaît plus vive, bien qu’elle soit moindre que celle qui se change en habitude, et qu’il est très difficile de vaincre.

Saint Grégoire le Grand. (Moral., liv. 21). Celui dont les yeux s’égarent sans précaution sur les objets extérieurs, tombe presque toujours dans la délectation du péché, et comme enchaîné par ses désirs, il finit par vouloir ce qu’il ne voulait pas. C’est de tout son poids, et il est bien lourd, que la chair nous entraîne vers les choses basses, et une fois que notre cœur est lié à cette image de la beauté que les yeux lui ont transmise, les plus grands efforts suffisent à peine pour l’en arracher. Il nous faut donc veiller sur nous, et songer que nous ne devons pas regarder ce qu’il nous est défendu de désirer. Voulons-nous conserver à notre cœur la pureté de ses pensées, détournons les yeux de toute image voluptueuse et sensuelle, sans quoi ils nous entraîneront infailliblement au crime.

Saint Jean Chrysostome. (hom. 17). Si vous voulez fixer continuellement vos regards sur de beaux visages vous serez pris infailliblement, quand même vous échapperiez au mal deux ou trois fois, car vous n’êtes pas supérieur à la nature humaine. Mais celui qui en regardant une femme, allume dans son cœur une flamme coupable, conserve dans son âme même en l’absence de cette femme, l’image d’actions que la pudeur réprouve, et il finit presque toujours par s’y livrer. Si une femme de son côté, se pare dans l’intention d’attirer sur elle les regards des hommes, elle se rend digne des châtiments éternels, alors même qu’elle n’eût blessé personne de ses funestes coups. En effet elle a composé du poison, quoiqu’elle n’ait trouvé personne pour le boire. Ce que Jésus-Christ dit aux hommes, il le dit également aux femmes, car en parlant au chef, il s’adresse à tout le corps.

 

Matthieu 5, 29

 

29 Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car c'est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne.

 

La Glose. Il ne suffit pas seulement d’éviter le péché, il faut encore en faire disparaître l’occasion ; aussi, après nous avoir enseigné à fuir non-seulement l’adultère consommé, mais encore l’adultère intérieur, le Seigneur nous enseigne à retrancher les occasions de péché, en ajoutant : " Si votre œil droit vous scandalise ".

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Si d’après le roi-prophète, il n’y a aucune partie de notre chair qui soit saine, nous devons retrancher tous les membres de notre corps pour égaler leur châtiment à leur malice. Mais voyons si nous devons entendre ce passage de l’œil ou de la main du corps. Lorsqu’un homme se convertit à Dieu, il est entièrement mort au péché ; de même l’œil lorsqu’il renonce aux mauvais regards est affranchi du péché. Mais ce n’est pas la seule difficulté, car que fait l’œil gauche pendant que l’œil droit vous scandalise ? Tient-il une conduite différente pour être conservé comme innocent. — Saint Jérôme. Cet œil droit, cette main droite, signifient donc l’affection que nous avons pour des frères, pour une épouse, pour des parents, pour des proches ; si elle devient pour nous un obstacle à la contemplation de la vraie lumière, nous devons retrancher ces parties si chères de nous-mêmes. — Saint Augustin. (serm. sur la mont., 1, 43). De même que l’œil est la figure de la contemplation, la main est la figure de l’action. L’œil est encore pour nous l’image d’un de nos amis les plus chers ; aussi ceux qui veulent exprimer vivement leur affection disent-ils : Je l’aime comme l’un de mes yeux. Cet ami dont l’œil est la figure, est un ami de bon conseil, de même que l’œil sert à nous indiquer le chemin. C’est l’œil droit probablement, pour faire ressortir la force de l’amitié, car on craint bien davantage de perdre l’œil droit. Peut-être aussi par l’œil droit, faut-il entendre l’ami qui nous conseille dans l’ordre des choses divines, et par l’œil gauche celui qui donne des conseils sur les choses de la terre. Le sens serait donc : Quel que soit celui que vous aimez à l’égal de votre œil droit, s’il vous scandalise, c’est-à-dire s’il est pour vous un empêchement au véritable bonheur, arrachez-le et jetez-le loin de vous. Or il n’était pas nécessaire de parler de l’œil gauche qui scandalise, après avoir dit qu’il ne faut pas épargner l’œil droit. La main droite représente l’ami qui nous aide dans les œuvres spirituelles, la main gauche celui qui nous prête son concours dans les choses de la vie présente.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). On peut dire aussi que Notre-Seigneur Jésus-Christ veut que nous prenions garde non-seulement de nous exposer au danger personnel de pécher, mais encore de laisser commettre des actions coupables par ceux dont la conduite nous est confiée. Vous avez par exemple un ami qui voit et connaît parfaitement vos affaires, comme votre œil, ou qui les traite comme votre propre main ; vous apprenez qu’il s’est rendu coupable d’une action honteuse, chassez-le loin de vous, parce qu’il vous scandalise, car nous aurons à rendre compte non-seulement de nos propres fautes, mais encore des fautes du prochain que nous aurions pu empêcher. — Saint Hilaire. (Can. 4). C’est donc ici un degré d’innocence plus parfait ; nous devons non-seulement nous abstenir de tout péché personnel, mais encore nous garantir de ceux qui peuvent se commettre autour de nous.

Saint Jérôme. Ou bien encore, comme le Sauveur parle plus haut du désir coupable que peut exciter la vue d’une femme, il prend ici l’œil pour la pensée et le sentiment qui s’égarent sur divers objets ; la main droite et les autres parties du corps expriment les premiers mouvements de la volonté et de la passion. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Cet œil du corps est le miroir de l’œil intérieur ; le corps a aussi un sens qui lui est propre, c’est l’œil gauche, et son appétit est figuré par la main gauche. Les facultés de l’âme sont désignées par la droite, parce que l’âme a été créée avec le libre arbitre et sous la loi de justice, pour juger et se conduire avec droiture. Le corps qui n’a pas la liberté en partage, et qui est sous la loi du péché, nous est représenté par la main gauche. Or on ne nous commande pas de retrancher les sensations ou les appétits de la chair, car nous pouvons réprimer ses désirs et ne pas les satisfaire, tandis que nous ne pouvons empêcher la chair de manifester ces désirs. Lorsque de propos délibéré nous pensons, nous voulons le mal, c’est notre sens droit, c’est notre volonté droite qui nous scandalise, et il nous est commandé de les retrancher, ce que nous pouvons faire à l’aide du libre arbitre. Ou bien encore dans un autre sens nous devons nous abstenir de toute bonne action qui devient un scandale pour nous ou pour les autres. Ainsi je fais visite à une femme pour un motif de religion, mon intention est bonne, c’est l’œil droit. Mais si mes visites trop assidues me font tomber dans le piège du désir, ou deviennent un scandale pour ceux qui en sont témoins, c’est l’œil droit qui scandalise, c’est le bien qui scandalise, car l’œil droit c’est le bon regard, c’est la bonne intention, comme la main droite est la bonne volonté. — La Glose. On peut dire encore que l’œil droit c’est la vie contemplative qui peut devenir un objet de scandale soit en nous jetant dans la paresse ou dans l’orgueil, soit parce que notre faiblesse nous empêche de nous élever jusqu’à la pure vérité. La main droite figure les bonnes œuvres ou la vie active qui peut nous scandaliser en nous faisant tomber dans le piège que nous tendent la fréquentation du monde et l’ennui des occupations. Que celui donc qui ne peut goûter le bienfait de la vie contemplative ne se laisse pas gagner par la langueur au milieu de la vie active, dans la crainte qu’en se livrant aux occupations extérieures, il laisse se dessécher la douceur intérieure de son âme.

Rémig. Mais pourquoi faut-il arracher l’œil droit ; pourquoi faut-il couper la main droite ? Le Sauveur nous en donne la raison. " Car il vaut mieux pour vous qu’un de vos membres périsse ". — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Nous sommes les membres les uns des autres, il vaut donc mieux pour nous que nous soyons sauvés sans telle bonne intention, ou sans telle bonne œuvre que de nous perdre avec toutes ces bonnes œuvres pour avoir voulu les accomplir toutes sans exception.

 

Matthieu 5, 30-32

 

30 Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car c'est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne s'en aille pas dans la géhenne.

31 Il a été dit encore : Si quelqu'un renvoie sa femme, qu'il lui donne un acte de répudiation.

32 Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d'union illégitime, la pousse à l'adultère ; et si quelqu'un épouse une femme renvoyée, il est adultère.

 

La Glose. Le Sauveur venait d’enseigner que l’on ne devait pas désirer la femme de son prochain ; il défend ici de renvoyer sa propre épouse : " Il a été dit : Quiconque renvoie son épouse doit lui délivrer un acte de répudiation ", etc. — Saint Jérôme. Plus tard le Sauveur expliquera plus à fond ce passage, en faisant voir que si Moïse a commandé aux maris à cause de la dureté de leur cœur de donner un acte de répudiation, ce n’est pas pour légitimer le divorce, mais pour prévenir l’homicide. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Lorsque Moïse délivra les Israélites de l’Égypte, ils étaient enfants d’Israël par leur naissance, mais Égyptiens par leurs mœurs. Or par suite de ces mœurs idolâtres il arrivait souvent qu’un homme concevait de la haine pour sa femme, et comme il ne lui était pas permis de la renvoyer, il était porté ou à la mettre à mort, ou à la fatiguer de mauvais traitements. Il fit donc une obligation au mari de donner un certificat de répudiation, non comme d’une chose bonne en soi, mais comme d’un remède à un mal plus grand. — Saint Hilaire. (Can. 4). Mais le Seigneur voulant assurer à tous les bienfaits de l’équité, veut qu’elle règne surtout dans l’union conjugale pour la paix des époux ; il ajoute donc : " Et moi, je vous dis que quiconque aura renvoyé son épouse ", etc. etc. — Saint Augustin. (cont. Faust., 19, 26). Le commandement que fait ici le Seigneur de ne pas renvoyer son épouse, n’est pas contraire aux prescriptions de la loi, comme le prétendent les Manichéens, car la loi ne disait pas : Que celui qui le voudra renvoie son épouse (le contraire alors serait de ne pas la renvoyer). Loin de vouloir le renvoi de la femme par le mari, la loi apportait tous les retards possibles à cette mesure afin que les esprits trop prompts à vouloir le divorce fussent arrêtés par la nécessité de l’acte de répudiation, difficulté d’autant plus grande que chez les Juifs, il n’était permis de faire les actes en langue hébraïque, qu’aux seuls Scribes qui faisaient profession d’une sagesse plus parfaite (cf. Esd 7, 6.21). C’est donc aux Scribes que la loi renvoyait celui qui voulait se séparer de sa femme, en leur ordonnant de donner l’écrit de répudiation, dans l’espérance que leur entremise pacifique ramènerait la concorde entre les deux époux, et que l’acte de répudiation serait inutile, à moins que leurs mauvaises dispositions ne rendissent impossible tout moyen de réconciliation. Notre-Seigneur n’accomplit donc pas ici, en y ajoutant, la loi donnée aux premiers hommes ; il ne détruit pas davantage la loi donnée par Moïse, en lui opposant une loi contraire, comme le disent les Manichéens ; mais il confirme toutes les prescriptions de la loi hébraïque, et tout ce qu’il paraît y ajouter personnellement ne tend qu’à en expliquer les obscurités, ou bien à garantir plus sûrement l’observation de ses prescriptions.

Saint Augustin. (serm. sur la mont., 25). En cherchant à entraver le renvoi de la femme, Notre-Seigneur a fait comprendre autant qu’il a pu aux hommes les plus durs, qu’il réprouvait le divorce. Pour confirmer ce principe que le renvoi lui-même ne doit pas avoir lieu facilement, il ne lui reconnaît qu’un seul motif, la seule cause de fornication : " Si ce n’est pour cause de fornication ". Quant aux autres peines du mariage, quelque multipliées qu’elles soient, il veut qu’on les supporte avec courage dans l’intérêt de la foi conjugale. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Si nous sommes obligés de supporter les défauts de ceux qui nous sont étrangers, d’après ces paroles de saint Paul : " Portez les fardeaux les uns des autres ", à combien plus forte raison les défauts de nos épouses ? Or un chrétien doit non-seulement éviter ce qui peut souiller son âme, mais encore ce qui serait pour les autres une occasion de se souiller eux-mêmes, car alors le crime d’autrui viendrait s’ajouter à son propre péché, parce qu’il en a été la cause directe. Celui donc qui en renvoyant son épouse devient une cause d’adultère, en exposant sa femme et celui qui la prend à commettre un double adultère, sera condamné lui-même pour ces mêmes fautes : et c’est pour cela qu’il est dit : " Celui qui renvoie son épouse la fait devenir adultère ". — Saint Augustin. (serm. sur la mont). Plus loin Notre-Seigneur déclare également adultère l’homme qui prend la femme renvoyée par son mari, eût-elle un écrit de répudiation ; " celui : ajoute-t-il, qui prend la femme qui aura été renvoyée, devient adultère ". — Saint Jean Chrysostome. (hom. 47 sur S. Matth). Ne dites donc pas que son mari l’a renvoyée, car même après ce renvoi, elle ne cesse pas d’être son épouse.

Saint Augustin. (serm. sur la mont). L’Apôtre a déterminé les limites de ce précepte en déclarant qu’il a force de loi pendant toute la vie du mari (1 Co 7, 39) ; mais après sa mort, la femme recouvre le droit de se marier. S’il n’est pas permis à une femme de s’unir à un autre du vivant du mari qu’elle a quitté, combien plus lui est-il défendu d’entretenir avec n’importe qui un commerce criminel ? Ce n’est pas d’ailleurs enfreindre le précepte qui défend de renvoyer son épouse que de la garder chez soi en n’ayant avec elle que des relations toutes spirituelles ; car les mariages où la continence est gardée d’un mutuel accord sont les plus heureux. (chap. 16 ou 26). Ici se présente une question : le Seigneur permet au mari de renvoyer son épouse pour cause de fornication ; que faut-il entendre par là ? Est-ce simplement la fornication dont on se rend coupable en se livrant à un commerce infâme ? Ou bien est-ce cette fornication plus générale que les Écritures appliquent à toute corruption criminelle de l’âme, comme l’avarice, l’idolâtrie, et toute transgression de la loi produite par la concupiscence qu’elle condamne ? Or si l’apôtre permet de renvoyer l’épouse infidèle, quoiqu’il soit mieux de ne pas le faire (1 Co 7), et que d’un autre côté le Seigneur n’admette d’autre cause de renvoi que la fornication, l’infidélité est donc une véritable fornication. Mais puisque l’infidélité est une fornication, l’idolâtrie une infidélité, et l’avarice une idolâtrie, nul doute que l’avarice elle-même ne soit une véritable fornication. Et si l’avarice est une fornication, qui pourra ôter à une concupiscence coupable, quelle qu’elle soit, le caractère de fornication ? — Saint Augustin. (Retract. 1, 19). Je ne veux pas cependant que, dans une matière aussi difficile, le lecteur croie que l’examen que nous venons de faire de cette question doive lui suffire. En effet, tout péché n’est pas une fornication spirituelle, et Dieu ne perd pas tout homme qui l’offense, lui qui exauce tous les jours cette prière de ses Saints : " Pardonnez-nous nos offenses ", tandis qu’il perd celui qui se rend coupable de fornication à son égard (Ps62, 27). Or est-il permis de renvoyer son épouse pour une fornication de ce genre ? C’est une question fort obscure : Quant à la fornication qui déshonore le corps il ne peut y avoir de difficulté. — Saint Augustin. (Liv. des 83 Quest., quest. dern). Si l’on soutient que le Seigneur n’admet d’autre cause de répudiation que la fornication qui consiste dans l’union coupable des corps, on peut dire que cette défense s’applique aux deux époux, de sorte qu’il n’est permis à aucun des deux de se séparer de l’autre, si ce n’est pour cause d’adultère.

Saint Augustin. (serm. sur la mont., 1, 16). La permission que donne ici le Seigneur de renvoyer une épouse coupable d’adultère s’étend encore au renvoi qu’un mari fait de son épouse, au moment où il va être forcé de commettre un adultère : car alors il la renvoie pour cause de double fornication ; pour cause de fornication du côté de son épouse, parce qu’elle s’y est livrée ; pour cause de fornication de son côté, afin de s’en préserver lui-même. — Saint Augustin. (De la foi et des œuvres, chap. 16). Un mari peut renvoyer aussi légitimement une femme qui lui dirait : Je ne serai votre épouse qu’à la condition que vous m’enrichirez par le vol, ou qui exigerait des jouissances qui feraient le crime et le déshonneur de son mari. L’homme à qui sa femme tiendra un pareil langage n’hésitera pas, s’il est vraiment chrétien, à retrancher ce membre qui le scandalise. — Saint Augustin. (serm. sur la mont). Mais c’est une souveraine injustice pour un mari que de renvoyer sa femme pour cause de fornication s’il peut-être convaincu d’être lui-même un fornicateur ; car alors il est sous le coup de ces paroles : " En condamnant les autres, vous vous condamnez vous-même ". Quant à ces autres paroles du Sauveur : " Et celui qui épouse celle que son mari aura quittée commet un adultère ", on peut demander si cette femme est coupable d’adultère au même degré que celui qui l’épouse ; car l’Apôtre lui ordonne de rester sans se marier, ou de se réconcilier avec son mari ; si elle en reste séparée, elle doit demeurer libre de nouveaux liens. Or, il importe beaucoup de savoir si elle a quitté d’elle-même son mari, ou si elle en a été renvoyée. Si c’est elle-même qui s’est séparée de son mari et qu’elle en ait épousé un autre, elle paraît n’avoir agi que par le désir de contracter un second mariage, désir qui est un véritable adultère. Au contraire, a-t-elle été renvoyée par son mari, l’homme et la femme s’unissant d’un commun consentement, on ne voit pas même dans ce cas pourquoi l’un serait adultère, à l’exclusion de l’autre. Ajoutez que s’il y a péché d’adultère pour celui qui s’unit à la femme renvoyée par son mari, c’est elle-même qui le rend adultère, ce qui est formellement défendu par le Seigneur.

 

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