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Matthieu 6, 17-18

 

17 Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ;

18 ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.

 

La Glose. Le Seigneur vient de nous apprendre ce qu’il fallait éviter, il nous enseigne maintenant ce qu’il faut faire : " Pour vous, lorsque vous jeûnez, parfumez votre tête, etc.. ".

Saint Augustin. (serm. sur la mont., 2, 20). J’entends souvent demander quel est le sens de ces paroles. Bien que nous ayons l’habitude de nous laver tous les jours le visage, il serait hors de raison de nous commander de parfumer aussi notre tête lorsque nous jeûnons, ce qui, de l’aveu de tous, est souverainement indigne d’un chrétien. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Pourquoi d’ailleurs après nous avoir défendu d’affecter un extérieur triste pour ne pas découvrir aux hommes que nous jeûnons, le Seigneur nous ordonne-t-il de nous laver la figure et de nous parfumer la tête ? Car si ceux qui jeûnent observent ces pratiques, elles deviendront des indices de leur jeûne. — Saint Jérôme. Notre-Seigneur parle donc ici en se conformant aux usages de la Palestine où on a l’habitude de se parfumer la tête aux jours de fête, et ce qu’il nous ordonne, c’est tout simplement de nous montrer nous-mêmes pleins de joie et avec un certain air de fête aux jours de jeûne. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Ces paroles, comme les précédentes doivent être entendues dans un sens tant soit peu hyperbolique. Notre-Seigneur veut donc nous dire : vous devez fuir avec tant de soin toute ostentation lorsque vous jeûnez, que s’il était possible et permis (ce qui ne l’est pas), vous devriez au contraire affecter les dehors du plaisir et de la bonne chère. " Et pourquoi ? " Pour que les hommes ne voient pas que vous jeûnez.

Saint Jean Chrysostome. (homél. 20). Pour l’aumône, il ne s’est pas exprimé de la sorte ; il nous a dit qu’il ne fallait pas la faire devant les hommes, en ajoutant : " Pour en être remarqué ". Il n’ajoute rien de semblable pour le jeûne et pour la prière, parce qu’il est impossible que l’aumône demeure entièrement secrète, tandis que le jeûne et la prière peuvent très bien rester inconnus. Or, ce n’est pas un médiocre avantage que de mépriser la gloire humaine, car alors on est affranchi de l’esclavage accablant des hommes et c’est dans un sens véritable qu’on pratique la vertu, en l’aimant non pas pour les autres, mais pour elle-même. Nous regardons comme un outrage d’être aimés par rapport à d’autres et non pour nous-mêmes ; d’après cette règle, nous ne devons point pratiquer la vertu pour les autres, nous ne devons pas obéir à Dieu à cause des hommes, mais pour Dieu seul ; c’est pour cela que Notre-Seigneur ajoute : " Mais à votre Père qui est dans le secret ". — La Glose. C’est-à-dire à votre Père céleste qui est invisible ou qui habite dans votre cœur par la foi. Or c’est jeûner pour Dieu que de se mortifier par amour pour lui, et on donne ainsi à un autre ce qu’on se retranche à soi même.

" Et votre Père qui voit dans le secret ", etc. — Rémig. Il vous suffit que celui qui voit ce qui se passe dans la conscience vous en récompense lui-même. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Dans le sens spirituel, la face de l’âme c’est la conscience ; car, de même qu’un beau visage plaît aux regards des hommes, ainsi une conscience pure est un spectacle agréable aux yeux de Dieu. Les hypocrites, qui jeûnent pour plaire aux hommes, exténuent ces deux faces, voulant tromper à la fois Dieu et les hommes. En effet, la conscience de celui qui pèche est toujours couverte de blessures. Si donc vous avez fait disparaître le mal de votre âme, vous avez purifié votre conscience et votre jeûne est louable. — Saint Léon. (serm. 6 sur le jeûne). Il faut accomplir la loi du jeûne non-seulement par le retranchement des aliments, mais en s’abstenant du vice. Car, quel est le but de cette mortification ? c’est d’éteindre en nous le foyer des désirs charnels ; le genre de tempérance auquel nous devons nous livrer de préférence, c’est d’être sobres de toute volonté coupable, c’est de pratiquer le jeûne à l’égard de toute action criminelle. Cette manière d’accomplir la loi du jeûne convient également à ceux qui sont malades, car un corps languissant peut renfermer une âme saine et robuste.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Dans le sens spirituel, le Christ est votre tête ; donnez à boire à celui qui a soif, à manger à celui qui a faim et vous aurez ainsi répandu sur votre tête le parfum de la miséricorde, c’est-à-dire sur Jésus-Christ qui vous dit dans l’Évangile (Mt 25) : " Ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi-même que vous l’avez fait ". — Saint Grégoire le Grand.(hom. 16 sur les Evang). Dieu approuve le jeûne, qui lève en sa présence des mains riches d’aumônes. Ce que vous vous retranchez, donnez-le à un autre, afin que le corps de votre frère qui est dans l’indigence soit soulagé par cette nourriture dont vous imposez la privation à votre propre corps. — Saint Augustin. (serm. sur la mont). Par la tête, nous pouvons encore entendre la raison, parce qu’elle est la reine de notre âme et qu’elle dirige toutes les autres facultés de l’âme et les autres membres du corps. Or, parfumer sa tête est un signe de joie. Réjouissez-vous donc intérieurement de votre jeûne, vous qui, en jeûnant, avez rompu avec les désirs du monde pour vous soumettre à Jésus-Christ. — La Glose. Voici une preuve que dans l’Évangile il ne faut pas tout prendre à la lettre, car il serait ridicule de se parfumer la tête lorsqu’on jeûne. Mais nous devons parfumer notre âme de l’esprit d’amour du Sauveur aux souffrances duquel la mortification nous fait participer. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). C’est dans un sens très juste qu’on nous commande de laver notre visage et de parfumer seulement notre tête sans la laver, car tant que nous habitons ce corps mortel, notre conscience est souillée par le péché, tandis que notre chef qui est le Christ n’a pu se rendre coupable d’aucun péché.

 

Matthieu 6, 19-20

 

19 « Ne vous faites pas de trésors sur la terre, là où les mites et la rouille les dévorent, où les voleurs percent les murs pour voler.

20 Mais faites-vous des trésors dans le ciel, là où les mites et la rouille ne dévorent pas, où les voleurs ne percent pas les murs pour voler.

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 21). Après avoir guéri la maladie de la vaine gloire, Notre-Seigneur amène on ne peut plus naturellement son discours sur le mépris des richesses, car rien ne les fait autant désirer que l’amour de la gloire. Pourquoi, en effet, les hommes recherchent-ils avec ardeur cette foule de serviteurs et ces chevaux couverts d’or et ces tables toutes d’argent ? Ce n’est ni pour leur nécessité, ni pour leur plaisir, mais uniquement pour les étaler aux yeux de la multitude. C’est contre cette passion des richesses que Notre-Seigneur s’élève en disant : " Ne vous faites pas de trésors sur la terre ". — Saint Augustin. (serm. sur la mont., 2, 2). Si quelqu’un se propose pour motif de sa conduite un intérêt temporel, son cœur ne peut demeurer pur en se traînant ainsi sur la terre. Car on dégrade sa nature quand on l’unit à une nature inférieure, bien que cette nature ne soit pas souillée dans son espèce. Est-ce que par exemple l’argent, quoique pur lui-même, ne ternit pas l’or auquel on le mêle ? Ainsi, notre âme est souillée par le désir des choses terrestres, bien que la terre soit pure en elle-même et dans son genre.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). On peut encore donner cette explication : Notre-Seigneur, dans ce qui précède, n’a donné aucun précepte positif de l’aumône, de la prière, du jeûne ; il s’est contenté de combattre la fausse apparence de ces vertus. Il déduit maintenant les conséquences de sa doctrine qui correspondent à ces trois points ; la première regarde l’aumône : " N’amassez pas de trésors sur la terre, où la rouille et les vers ", etc. ; voici donc la suite de son discours : " Lorsque vous faites l’aumône, ne faites pas sonner de la trompette devant vous ",etc. ; ensuite : " N’amassez pas de trésors sur la terre ", etc.

Ainsi, il donne d’abord le conseil de faire l’aumône ; secondement, il démontre son utilité, et en troisième lieu il combat la crainte de la misère qui pourrait entraver la volonté prête à secourir le pauvre.

Saint Jean Chrysostome. (hom. 21). Après ces paroles : " Ne vous amassez pas de trésors sur la terre ", il ajoute : " Où la rouille et les vers les consument ", nous apprenant ainsi combien sont nuisibles les trésors de la terre, et de quelle utilité, au contraire, sont les trésors du ciel ; et il apporte à l’appui de son raisonnement le lieu où sont ces trésors et ce qu’ils renferment de nuisible, comme s’il disait : Que craignez-vous que votre argent ne s’épuise, si vous le donnez en aumône ? Faites donc l’aumône, et Dieu ajoutera à ce que vous avez déjà, car ce sont les trésors du ciel qui vous seront donnés. Si vous refusez de donner, vous perdez tout ; il ne dit pas : vous les laissez à d’autres, car cela même est une satisfaction pour les hommes. — Raban Maure. Notre-Seigneur indique ici trois diverses manières dont les richesses peuvent se perdre en rapport avec leur nature, l’or et l’argent par la rouille, les vêtements par les vers. Quant aux richesses qui ne craignent ni la rouille ni les vers, comme les pierres précieuses, il indique une cause générale de danger et de perte : ce sont les voleurs qui peuvent nous ravir toute sorte de richesses.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Une autre version porte : Les vers et le manger les consument, car tous les biens de ce monde périssent de ces trois manières : ou bien ils vieillissent d’eux-mêmes et sont rongés par les vers, comme les vêtements ; ou bien ils sont dévorés par leurs maîtres, amis du plaisir ; ou bien ils deviennent la proie des étrangers qui s’en emparent à l’aide de la ruse, de la violence, de la calomnie ou de tout autre moyen injuste. Or, tous ceux qui les enlèvent ainsi sont appelés voleurs, parce que c’est l’iniquité qui les pousse à s’approprier les biens des autres. Mais, me direz-vous, est-ce que tous ceux qui sont en possession de ces biens les perdent ? Je réponds : Si ce n’est tous, un grand nombre du moins. Quant aux richesses que vous gardez par un motif coupable, si vous ne les perdez pas matériellement, vous les perdez au moins spirituellement, puisqu’elles vous deviennent complètement inutiles pour le salut.

Raban Maure. Dans le sens allégorique, la rouille signifie l’orgueil qui ternit l’éclat des vertus ; les vers, c’est ce qui met pour ainsi dire en pièces les bonnes résolutions et détruit ainsi l’étroite liaison qui forme l’unité chrétienne. Les voleurs, ce sont les hérétiques et les démons, toujours prêts à nous dépouiller des biens spirituels. — Saint Hilaire. La gloire céleste au contraire est éternelle ; ni le voleur ne peut s’en emparer par adresse, ni les vers, ni la rouille de l’envie ne peuvent la consumer. C’est pour cela que Notre-Seigneur ajoute : " Faites-vous des trésors dans le ciel, où ni la rouille, ni les vers ne les consument, et où il n’y a point de voleurs qui les déterrent et les dérobent ".

Saint Augustin. (serm. sur la mont., 2, 13 ou 21). Il ne faut pas entendre ici le ciel dans un sens matériel, car tout ce qui est corporel doit être considéré comme de même nature que la terre. Or, tout l’univers est digne de mépris aux yeux de celui qui amasse des trésors pour le ciel dont il est dit (Ps 113) : " Le ciel des cieux appartient au Seigneur ", c’est-à-dire pour le firmament des esprits. Le ciel et la terre passeront (Mt 24, 35 ; Mc 13, 31 ; Lc 21, 33) ; or, ce n’est pas dans ce qui passe que nous devons placer notre trésor, c’est-à-dire notre cœur, mais dans ce qui demeure éternellement.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Que vaut-il donc mieux pour nous, ou de placer notre trésor sur la terre, où il est fort douteux que nous puissions le conserver, ou de le placer dans le ciel, où la conservation nous en est assurée ? Quelle est donc cette folie de laisser ce trésor dans un lieu que vous devez quitter et de ne pas l’envoyer par avance dans la patrie vers laquelle vous vous dirigez. Placez donc vos richesses là où vous avez votre patrie.

Saint Jean Chrysostome. (hom. 21). Cependant, comme il y a des trésors de ce monde qui sont inaccessibles à la rouille, aux vers et aux voleurs, le Sauveur propose cette autre considération : " Où est votre trésor, là est votre cœur ", paroles qui reviennent à dire : Supposez que vous n’ayez à craindre aucune des pertes signalées plus haut, vous éprouverez un immense dommage en restant attachés à ces choses si basses, en vous rendant leurs esclaves, en perdant tout droit aux biens du ciel en devenant incapable d’aucun noble sentiment, d’aucune pensée élevée. — Saint Jérôme. Tels sont les sentiments que nous devons avoir à l’égard non-seulement de l’argent, mais encore de tous les biens qui peuvent venir en notre possession. En effet, le dieu de l’intempérant, c’est son ventre ; le trésor de l’impudique, c’est la débauche ; celui du voluptueux, les plaisirs criminels. Chacun devient l’esclave de la passion qui le domine ; il a donc son cœur là où est son trésor.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Dans un autre sens, Notre Seigneur fait voir ici l’utilité de l’aumône. Celui qui place ses richesses sur la terre n’a plus rien à espérer dans le ciel. Pourquoi jeter ses regards vers le ciel où il ne place aucune réserve ? Il commet donc un double péché, d’abord parce qu’il amasse des richesses pernicieuses, et ensuite parce que son cœur est attaché à la terre. Par une raison contraire, celui qui place son trésor dans le ciel fait une action doublement méritoire.

 

Matthieu 6, 22-23

 

22 La lampe du corps, c'est l'œil. Donc, si ton œil est vraiment clair, ton corps tout entier sera dans la lumière ;

23 mais si ton œil est mauvais, ton corps tout entier sera plongé dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres y aura-t-il !

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 21). Le Sauveur vient de parler de l’intelligence réduite en captivité et soumise à l’esclavage ; mais cette doctrine n’était pas facile à comprendre pour un grand nombre ; il prend donc les choses extérieures comme terme de comparaison : " La lampe de votre corps c’est votre œil ", etc., c’est-à-dire : Si vous ne comprenez ce que c’est que de perdre son intelligence, apprenez le par cette comparaison. Ce que votre œil est à votre corps, votre intelligence l’est à votre âme. Or, de même que la privation de la vue enlève aux autres membres une grande partie de leur action, parce qu’ils ont perdu la lumière qui les éclairait, ainsi la corruption de votre intelligence plonge votre vie tout entière dans un abîme de maux. — Saint Jérôme. Toute cette comparaison a pour objet de rendre le sens plus clair ; de même en effet que le corps tout entier sera dans les ténèbres, si l’œil a cessé de voir droit, ainsi que l’âme vienne à perdre sa principale lumière, tous les sens (ou si l’on veut la partie sensible de l’âme) demeureront dans l’obscurité. Ce qui fait ajouter à Notre-Seigneur : " Si la lumière qui est en vous n’est que ténèbres, combien seront grandes les ténèbres elles-mêmes ? C’est-à-dire si l’intelligence et le sentiment, qui sont la lumière de votre âme, sont obscurcis par le vice, combien ce qui est obscur sera lui-même enveloppé de ténèbres ?

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Il est évident que le Sauveur ne veut point parler ici de l’œil matériel ni de ce corps qui se voit au dehors, autrement il se serait exprimé de la sorte : " Si votre œil est sain ou malade ", tandis qu’il dit au contraire : " Si votre œil est simple ou mauvais ". Qu’on ait un œil bienveillant, mais malade, le corps en verra-t-il plus clair ? Qu’on ait, au contraire, un œil mauvais, mais sain, le corps en sera-t-il pour cela dans les ténèbres ? — Saint Jérôme. Ceux dont les yeux sont malades voient des lumières multiples ; l’œil simple et pur, au contraire, voit tous les objets dans leur pureté et leur simplicité. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Ou bien il s’agit ici exclusivement de l’œil intérieur. Cette lampe, c’est l’intelligence à l’aide de laquelle notre âme voit Dieu. Donc celui dont le cœur est en Dieu a un œil lumineux, c’est-à-dire que son âme est pure, et n’est point ternie par les désirs de la terre. Les ténèbres qui sont en nous, ce sont les sens de la chair qui se portent toujours vers les œuvres de ténèbres. Celui dont l’œil est pur, c’est-à-dire dont l’âme est toute spirituelle, conserve son corps lumineux, c’est-à-dire sans péché, car bien que la chair désire le mal, il réprime ces désirs par la force que lui donne la crainte de Dieu. Celui, au contraire, qui a l’œil mauvais, c’est-à-dire dont l’âme est obscurcie par la malice ou troublée par la concupiscence, a nécessairement son corps dans les ténèbres. Il ne sait pas résister à la chair lorsqu’elle convoite le mal, car il ne nourrit pas dans son cœur cette espérance des cieux qui nous revêt d’une force invincible pour résister à nos passions.

Saint Hilaire. (Can. 5 sur S. Matth). Ou bien le Sauveur a emprunté à la lumière que l’œil répand sur le corps l’expression de la lumière de l’âme. Si cette lumière spirituelle reste pure et brillante, elle communiquera à notre corps la clarté de la lumière éternelle, et au jour de la résurrection, elle répandra sur la corruption du tombeau la splendeur de son origine. Si au contraire elle se laisse obscurcir par les péchés et qu’elle devienne mauvaise par la dépravation de la volonté, notre corps lui-même subira la peine de ses vices.

Saint Augustin. (serm. sur la mont). Ou bien encore, cet œil c’est notre intention. Si elle est pure et droite, toutes les œuvres qu’elle dirige seront bonnes. En effet l’Apôtre appelle certaines œuvres nos membres dans ce passage : " Mortifiez les membres de l’homme terrestre qui est en vous, la fornication, l’impureté ", etc. (Col 3, 5) Ce qu’il faut considérer dans la vie d’un homme, ce ne sont donc pas ses actions, mais ses intentions ; car c’est l’intention qui est la lumière de notre âme, puisque nous pouvons savoir clairement si nous agissons avec une bonne intention, et que " tout ce qui est évident est lumière ". (Ep 5) Quant aux actions qui sont une conséquence de nos rapports avec les autres hommes, leur résultat est pour nous incertain, et c’est pour cela que Notre-Seigneur les appelle ténèbres. Par exemple, lorsque je donne de l’argent à un pauvre, puis-je savoir l’usage qu’il en va faire ? Si donc votre intention qui vous est connue, vient à être ternie par des désirs terrestres, à plus forte raison cette action dont vous ignorez le résultat. Je veux que ce que vous avez fait avec une mauvaise intention soit utile à un autre, vous serez jugé sur le motif qui vous a fait agir et non sur le résultat de votre action. Si au contraire nos actions sont faites dans une intention simple, c’est-à-dire par un motif de charité, alors elles sont pures et agréables à Dieu. — Saint Augustin. (cont. le Mens., chap. 7). Il y a des actions qui sont évidemment péchés, on ne doit jamais les faire quelque bonne intention qu’on s’y propose ; il en est qui ne sont point par elles-mêmes péchés, qui sont indifférentes et deviennent bonnes ou mauvaises, selon le motif bon ou mauvais qui les détermine ; ainsi nourrir les pauvres, c’est une bonne action si on la fait par un principe de miséricorde, c’est une mauvaise action si on la fait pour satisfaire sa vanité. Quand des actions sont évidemment péchés en elles-mêmes, comme le vol, les crimes contre la pudeur et autres de ce genre, qui oserait dire qu’on peut les faire pour un bon motif, sans qu’il y ait aucune faute ? Qui oserait dire : " Volons les riches, pour avoir de quoi donner aux pauvres ".

Saint Grégoire le Grand. (Moral., 28). Ou bien encore : " Si la lumière qui est en vous n’est que ténèbres, etc "., c’est-à-dire, si une intention droite et bonne au commencement de notre action vient à l’obscurcir en devenant elle-même mauvaise, combien seront ténébreuses les actions dont nous ne pouvons nous dissimuler le mal lorsque nous les faisons ? — Rémig. Ou bien c’est la foi qui est ici comparée à une lampe ; car c’est elle qui éclaire les pas de l’homme intérieur (c’est-à-dire ses actions), pour les préserver de tout danger selon cette parole du Psalmiste (Ps 118) : " Votre parole, Seigneur, est la lumière de mon âme ". Si donc notre foi est pure et simple, tout notre corps sera lumineux ; si elle est obscure, il sera tout entier dans les ténèbres. Ou bien enfin, par la lumière il faut entendre celui qui est chargé de diriger les fidèles, et c’est avec raison qu’il est appelé l’œil du corps, car il est chargé de veiller à ce que le peuple qui lui est soumis et qui est ici figuré par le corps ne manque d’aucune des choses qui peuvent être utiles à son salut. Si donc celui qui gouverne l’Église vient à s’égarer, combien plus le peuple qui est sous sa conduite sera exposé à une perte certaine.

 

Matthieu 6, 24

 

24 Aucun homme ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent.

 

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Le Seigneur venait de dire que celui dont l’âme est soumise à l’esprit peut facilement conserver tout son corps dans la pureté, tandis que cela est impossible à celui qui n’obéit pas à l’esprit, Il en donne maintenant la raison : " Personne ne peut servir deux maîtres ". — La Glose. Voici une autre manière de rattacher cette pensée à ce qui précède : " Notre-Seigneur a déclaré plus haut qu’une intention terrestre rendait mauvais ce qui était bon. On pouvait en conclure qu’il était permis de faire le bien, en vue des biens de la terre aussi bien qu’en vue des biens du ciel ". Le Sauveur détruit cette erreur en ajoutant : " Personne ne peut servir deux maîtres à la fois ". — Saint Jean Chrysostome. (hom. 22). On peut encore donner cette explication : Dans ce qui précède, le Sauveur a combattu la tyrannie de l’avarice par des raisons fortes et nombreuses, il lui en oppose ici de plus pressantes encore. En effet, les richesses nous sont visibles non-seulement en armant contre nous les voleurs et en répandant les ténèbres sur notre intelligence, mais encore en nous arrachant au service de Dieu, ce que Notre-Seigneur prouve par cette maxime si connue : " Personne ne peut servir deux maîtres à la fois ". Il dit deux maîtres qui donnent des ordres contraires, car la bonne intelligence ne fait qu’un seul homme de plusieurs. Aussi Notre-Seigneur ajoute-t-il : " Ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il se soumettra à l’un et méprisera l’autre ". Il met les deux maîtres en présence pour nous apprendre que l’on peut facilement quitter le mauvais pour le bon. Vous dites par exemple : " Je suis l’esclave des richesses par l’affection que j’ai pour elles ", Le Sauveur vous montre qu’il vous est possible de changer de maître, en vous dérobant à cette servitude, et en n’ayant pour elle que du mépris.

La Glose. Ou bien encore Notre-Seigneur paraît ici faire allusion a deux espèces de servitude, l’une qui est noble et naît de l’amour, l’autre qui est servile et qui vient de la crainte. Si donc un chrétien sert par un principe d’amour l’un de ces deux maîtres opposés, il faut nécessairement qu’il ait de la haine pour l’autre ; s’il agit au contraire par un motif de crainte, il ne peut supporter l’un sans mépriser l’autre. Que ce soit un objet terrestre, que ce soit Dieu, si l’un ou l’autre domine dans le cœur de l’homme, il se trouve entraîné dans une direction contraire à l’un des deux, car Dieu attire son serviteur vers les régions élevées, les choses de la terre l’entraînent vers la terre ; et voilà pourquoi il conclut en disant : " Vous ne pouvez pas à la fois servir Dieu et l’argent ". — Saint Jérôme. Mammon est un mot syriaque qui signifie richesse. Que l’avare qui porte le nom de chrétien apprenne ici qu’il ne peut à la fois servir Jésus-Christ et les richesses. Et remarquez que le Sauveur ne dit pas : " Celui qui a des richesses ", mais " celui qui est le serviteur et l’esclave des richesses ", car celui qui en est l’esclave les garde comme fait un esclave ; celui au contraire qui est affranchi de leur servitude, les distribue comme en étant le maître. — La Glose. Par Mammon on peut entendre aussi le démon qui a l’empire sur les richesses, non pas qu’il puisse les distribuer à son gré, sans que Dieu le lui permette, mais parce qu’il les fait servir à tromper les hommes. — Saint Augustin. (serm. sur la mont., 2, 14 ou 22). Celui qui est l’esclave de Mammon ou des richesses devient aussi l’esclave de celui qui par sa perversité a été préposé au gouvernement des choses de la terre, et appelé par le Seigneur le prince de ce monde. Ou bien encore par ces paroles : " Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ", le Seigneur nous montre quels sont les deux seigneurs, Dieu et le démon. Or il faut nécessairement que l’homme haïsse l’un et qu’il aime l’autre, qu’il se soumette à l’un et méprise l’autre. En effet celui qui est l’esclave de l’argent souffre une dure servitude, car enchaîné par sa cupidité, il subit l’esclavage du démon, mais il ne l’aime pas ; de même que celui que sa passion unit à la servante d’un autre, est soumis à une cruelle servitude, sans qu’il ait aucune affection pour celui dont il aime la servante. Remarquez que le Sauveur dit : " Et il méprisera l’autre, et non pas il le haïra ". Car il n’est peut-être pas un homme qui puisse haïr Dieu dans sa conscience. Mais on peut le mépriser, c’est-à-dire ne pas le craindre lorsque sa bonté nous inspire une confiance présomptueuse.

 

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