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Matthieu 7, 6

 

6 Ce qui est sacré, ne le donnez pas aux chiens ; vos perles, ne les jetez pas aux cochons, pour éviter qu'ils les piétinent puis se retournent pour vous déchirer.

 

Saint Augustin. (serm. sur la mont., 2, 31). La simplicité que le Seigneur nous recommande par ce qui précède, pouvait induire quelques esprits en erreur, et leur donner à croire qu’on pèche en dissimulant quelquefois la vérité, comme en disant un mensonge ; il ajoute pour rectifier cette erreur : " Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez point vos perles devant les pourceaux ".

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Ou bien encore, le Sauveur nous avait ordonné plus haut d’aimer nos ennemis et de faire du bien à ceux mêmes qui nous ont offensé. Or les prêtres pouvaient peut-être conclure de là qu’il fallait aussi les admettre à la participation des choses divines ; il combat cette pensée en disant : " Ne donnez pas les choses saintes aux chiens ", comme s’il disait : Je vous ai commandé d’aimer vos ennemis, de les assister de vos biens temporels, mais non pas de leur distribuer indistinctement mes trésors spirituels ; car s’ils ont avec vous une commune nature, ils n’ont pas une même foi ; et si Dieu répand également les biens de la terre sur les méchants comme sur les bons, il n’en est pas de même des grâces spirituelles.

Saint Augustin. (serm. sur la mont). Examinons ce que sont ici les choses saintes, les chiens, les pierres précieuses, les pourceaux. Ce qui est saint, c’est ce qu’on ne peut profaner sans crime, et ce crime, la volonté s’en rend coupable, alors même que la chose sainte reste inviolable. Les pierres précieuses sont les choses spirituelles du plus grand prix. Cependant une seule et même chose peut réunir à la fois ces deux qualités, d’être sainte et pierre précieuse ; sainte, parce qu’on doit prendre garde de la profaner ; pierre précieuse, parce qu’on doit se garder d’en mépriser la valeur.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Ou bien encore, les choses saintes, c’est le baptême, la grâce du corps de Jésus-Christ, et les autres trésors spirituels de même nature. Les perles sont les mystères de la vérité, car de même que les perles sont renfermées dans des coquilles, et cachées au fond de la mer, ainsi les mystères de la vérité sont cachés sous l’enveloppe des paroles et renfermés dans les profondeurs du sens de la sainte Écriture. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 24). Pour ceux qui sont doués d’intelligence et d’une âme vertueuse, la connaissance qu’ils ont des mystères leur inspire pour eux une plus grande vénération. Ceux au contraire qui n’ont ni sentiment ni raison, ont plus de respect pour ce qu’ils ignorent.

Saint Augustin. (serm. sur la mont). D’après une interprétation assez juste, les chiens sont ceux qui attaquent la vérité, et les pourceaux ceux qui la méprisent. Comme les chiens s’élancent pour déchirer leur proie, et qu’ils mettent en pièces ce qu’ils déchirent, Jésus-Christ nous dit : " Ne donnez pas les choses saintes aux chiens ", car autant qu’il dépend d’eux, ils mettraient en pièces la vérité, si elle n’était inaccessible à leurs efforts. Quant aux pourceaux, quoiqu’ils n’aient pas l’habitude de déchirer avec les dents ce qu’ils rencontrent, ils le souillent en le foulant çà et là dans la fange, et c’est pour cela que Notre-Seigneur ajoute : " Ne jetez pas vos perles devant les pourceaux. — Raban Maure. Ou bien, les chiens sont ceux qui sont retournés à leur vomissement, et les pourceaux ceux qui n’étant pas encore convertis se vautrent dans la fange du vice. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). On peut encore dire que le chien et le porc sont des animaux immondes, mais avec cette différence que le chien l’est sous tous rapports, parce qu’il ne rumine pas et n’a pas la corne divisée en deux, tandis que le porc n’est immonde que sous un rapport, parce qu’il porte la corne fendue par le milieu, mais ne rumine pas. Aussi je pense que les chiens figurent ici les Gentils qui sont tout à fait immondes, et dans leur vie, et dans leur foi ; et les pourceaux, les hérétiques, parce qu’ils invoquent extérieurement le nom du Seigneur. Or on ne doit pas donner les choses saintes aux chiens, parce que le baptême et les autres sacrements ne doivent être administrés qu’à ceux qui font profession de la foi chrétienne. De même les mystères de la vérité figurés par les perles ne doivent être exposés qu’a ceux qui les désirent, et qui vivent d’une manière conforme à la raison. Si vous les jetez aux pourceaux, c’est-à-dire à ceux qui sont comme abrutis dans la fange des plaisirs sensuels, ils n’en comprendront pas le prix, mais les confondront avec les fables profanes, et les fouleront aux pieds par l’indignité d’une vie toute charnelle. — Saint Augustin. (serm. sur la mont). On foule aux pieds ce qu’on méprise, et c’est pour cela que Notre-Seigneur ajoute : " De peur qu’ils ne les foulent aux pieds ". — La Glose. Il dit : " De peur ", car ils peuvent se repentir de leur vie impure. — Saint Augustin. (serm. sur la mont). " Et que s’étant retournés, ils ne vous déchirent ". Remarquez qu’il ne dit pas : " Ils ne déchirent les perles, car pour elles, elles sont foulées aux pieds " ; et lorsqu’ils se sont retournés pour entendre encore quelque vérité, ils déchirent celui dont ils ont foulé les perles aux pieds ; car comment trouver grâce devant un homme qui méprise ce qui a coûté tant de travaux et de peines ? Il est donc impossible que ceux qui enseignent de telles gens ne soient pas comme déchirés par l’indignation et la douleur.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Ou bien les pourceaux non-seulement foulent les perles aux pieds, par leur conduite toute charnelle, mais encore à peine convertis de quelques jours, ils déchirent ceux qui les leur ont offertes. Presque toujours on les voit se scandaliser et calomnier ceux qui les enseignent comme s’ils annonçaient de nouveaux dogmes. Les chiens aussi foulent les choses saintes aux pieds en déchirant le prédicateur de la vérité par leurs sentiments, leur manière d’agir et leurs disputes. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 24). Remarquez la justesse de cette expression : " S’étant retournés ", car ils affectent un certain air de douceur pour se faire instruire, et déchirent ensuite ceux qui les ont enseignés. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). La défense qui nous est faite de jeter les perles aux pourceaux est pleine de sagesse, car s’il est défendu de les jeter aux pourceaux qui sont moins immondes, à plus forte raison ne doit-on pas les jeter aux chiens qui le sont bien davantage. Quant à la distribution des choses saintes, nous ne pouvons suivre la même règle de conduite, car souvent nous répandons nos bénédictions même sur des chrétiens qui vivent à la manière des bêtes (cf. Za 11, 4), non parce qu’ils les méritent, mais de peur qu’en les leur refusant nous ne les scandalisions et ne soyons la cause de leur perte.

Saint Augustin. (serm. sur la mont., 2, 32). Il faut donc se garder de rien expliquer à celui qui n’est pas en état de comprendre ; car il vaut mieux le laisser chercher ce qui est caché pour lui, que de l’exposer à profaner par la haine comme le chien, ou par le mépris comme le pourceau, ce qui lui aura été découvert. De ce que l’on peut s’abstenir de dévoiler une vérité, il ne faut pas conclure qu’il soit permis de dire un mensonge, car le Seigneur, qui n’a jamais menti, a cependant cru devoir cacher quelques vérités comme le prouvent ces paroles : " J’ai beaucoup d’autres choses à vous dire, mais vous ne pouvez les porter maintenant ". Si quelqu’un se trouve dans l’impossibilité de comprendre les vérités saintes à cause des souillures de son âme, nous devons l’en purifier par la parole ou par les œuvres, autant qu’il est possible. De ce que le Seigneur ait souvent enseigné des vérités qu’un grand nombre de ceux qui l’écoutaient n’ont pas voulu recevoir, par mépris ou par opposition, il ne faut pas en conclure qu’il donnait les choses saintes aux chiens, ou qu’il jetait les perles devant les pourceaux. Il parlait pour ceux qui pouvaient le comprendre, et qui entendaient ses divines leçons, et qu’il n’était pas juste d’abandonner à cause de l’indignité des autres. Ceux qui venaient pour le tenter séchaient de douleur, et trouvaient la mort dans la sagesse de ses réponses, mais il y en avait un grand nombre d’autres capables de les comprendre, et qui profitaient de cette occasion pour entendre des leçons utiles. Celui qui est en état de répondre, doit le faire lorsqu’il s’agit de choses nécessaires au salut, dans l’intérêt de ceux qui seraient tentés de désespoir parce qu’ils s’imaginent que la difficulté qu’ils proposent est insoluble. Au contraire, dans les choses vaines et dangereuses, on doit ne rien dire, mais se contenter d’expliquer pourquoi on ne peut répondre à de semblables questions.

 

Matthieu 7, 7-8

 

7 Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte.

8 Celui qui demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et pour celui qui frappe, la porte s'ouvrira.

 

Saint Jérôme. Notre-Seigneur nous avait défendu plus haut de demander les biens temporels ; il nous apprend ici quel doit être l’objet de nos prières en nous disant : " Demandez et vous recevrez ". — Saint Augustin. (serm. sur la mont). Ou bien dans un autre sens la défense qu’il nous fait de donner les choses saintes aux chiens, et de jeter les perles devant les pourceaux, aurait pu faire dire à quelqu’un de ceux qui l’entendaient, dans la conviction de son ignorance : " Pourquoi me défendez vous de donner aux chiens ce que je ne possède pas encore ? " C’est pour prévenir cette question qu’il ajoute : " Demandez et vous recevrez ".

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Ou bien encore Notre-Seigneur vient de donner à ses disciples quelques préceptes qui ont rapport à la prière, tels que celui-ci : " Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ", il ajoute donc très à propos : " Demandez et il vous sera donné " ; comme s’il disait : " Si vous montrez cette clémence à l’égard de vos ennemis, partout où une porte sera fermée, frappez et on vous ouvrira ". Demandez par les prières que vous ferez jour et nuit, cherchez par vos efforts et par votre travail. Ce travail sans la grâce de Dieu ne vous donnera pas la science des Écritures, et cette grâce vous ne l’aurez pas non plus sans l’application à l’étude, car le don de Dieu ne s’accorde pas à ceux qui ne font rien pour l’obtenir. Frappez donc par la prière, par les jeûnes, et par les aumônes. Car de même que celui qui frappe à une porte, non-seulement élève la voix pour se faire entendre, mais encore frappe de la main, ainsi celui qui fait des bonnes œuvres, frappe par ces bonnes œuvres elles-mêmes. Mais vous me direz peut-être : Ce que je demande, c’est de savoir ce que je dois faire, et la grâce de le faire ; comment donc puis-je le faire avant d’avoir reçu cette grâce ? faîtes d’abord ce que vous pouvez, afin de pouvoir plus encore ; pratiquez ce que vous savez, pour savoir encore davantage. Ou bien encore, il avait commandé plus haut à tous les chrétiens et surtout aux docteurs, d’aimer leurs ennemis ; il leur avait ensuite défendu de donner aux chiens les choses saintes sous prétexte de charité, il leur donne maintenant ce sage conseil : Priez Dieu pour vos ennemis et vous obtiendrez ce que vous demandez ; cherchez ceux qui sont morts dans leurs péchés, et vous les trouverez ; frappez à la porte de ceux qui sont dans l’erreur, et le Seigneur vous l’ouvrira. Ou bien enfin comme les préceptes qu’il a donnés plus haut dépassent les forces humaines, il élève ses disciples jusqu’à Dieu dont la grâce ne connaît rien d’impossible, en leur disant : " Demandez et vous recevrez ", de manière que ce qui surpasse les forces de l’homme soit rendu possible par la grâce de Dieu. Dieu a placé la force des autres animaux ou dans l’agilité de leur course, ou dans la rapidité de leur vol, dans leurs serres, dans leurs dents, ou dans leurs cornes ; mais il a voulu être lui-même la seule force de l’homme (cf. Ps 17, 1 ; 30, 4 ; 42, 2 ; 45, 1 ; 117, 14 ; 129, 1), afin que pressé par le sentiment de sa faiblesse, il ne pût un seul instant se passer de Dieu. — La Glose. Nous demandons par la foi, nous cherchons par l’espérance, nous frappons par la charité. Vous devez d’abord demander pour avoir, puis chercher pour trouver, puis mettre en pratique ce que vous avez trouvé, afin de pouvoir entrer. — Rémig. Ou bien nous demandons en priant, nous cherchons en vivant chrétiennement, nous frappons en persévérant dans le bien.

Saint Augustin. (serm sur la mont. 2, 33). La demande a pour objet d’obtenir la santé de l’âme qui nous donne la force d’accomplir les commandements : la recherche se propose de trouver la vérité, et une fois qu’on a ainsi trouvé la véritable vie, on parviendra certainement à la possession du véritable bien qui nous sera ouvert aussitôt que nous frapperons. — Saint Augustin. (Retractat., liv. 1, chap. 16). Je me suis appliqué à montrer en quoi diffèrent ces trois degrés de la prière. Mais il est bien plus naturel de n’y voir que la prière elle-même avec ses vives instances, car Notre-Seigneur conclut en disant : " Il donnera les biens à ceux qui les demanderont ", et non pas " à ceux qui chercheront et qui frapperont ". — Saint Jean Chrysostome. (hom. 24 sur S. Matth). En ajoutant : " Cherchez et frappez ", le Sauveur nous fait un devoir de prier avec beaucoup de force et de ferveur, car celui qui cherche rejette toute autre pensée, et il est occupé exclusivement de ce qu’il cherche ; de même celui qui frappe est animé des plus vifs désirs.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Les pécheurs qui entendaient ces paroles : " Demandez et vous recevrez " pouvaient dire : Elles ne s’adressent qu’à ceux qui méritent d’être exaucés ; pour nous, nous en sommes indignes. Notre-Seigneur renouvelle donc sa promesse pour rappeler aux pécheurs comme aux justes la grandeur de la miséricorde de Dieu : " Quiconque demande reçoit ",c’est-à-dire : juste ou pécheur, qu’il n’hésite pas à demander, afin qu’il soit bien prouvé que Dieu ne rejette personne, si ce n’est celui qui a douté que Dieu pût exaucer sa prière. On ne peut croire, en effet, que Dieu nous commande de faire du bien à nos ennemis et qu’il n’accomplisse pas lui-même ce devoir de charité, lui qui est la bonté par essence. — Saint Augustin. (Traité 44 sur S. Jean). il est donc certain que Dieu exauce les pécheurs, car, s’il ne les exauçait pas, c’est en vain que le publicain aurait dit (Lc 11) : " Seigneur, soyez-moi propice, à moi qui suis un pécheur ".Or cependant c’est par cette confession qu’il mérita d’être justifié.

Saint Augustin. (Liv. des Sent. Prosp). Dieu peut exaucer, dans sa miséricorde, celui qui le prie pour les nécessités de cette vie, comme il peut aussi refuser de l’exaucer par le même principe de miséricorde. Le médecin sait mieux que le malade ce qui convient à son état. Si ce qu’il demande est l’objet d’un commandement ou d’une promesse, il obtiendra certainement ce qu’il demande, et la charité recevra ce que la vérité tient en réserve. — Saint Augustin. (Lettre 250 à Paulin et à Therasia). C’est un effet de la bonté de Dieu de nous refuser souvent ce que nous voulons, pour nous accorder ce que nous devrions préférer.

Saint Augustin. (serm. sur la mont., 2, 33). La persévérance nous est nécessaire, si nous voulons obtenir ce que nous demandons. — Saint Augustin. (serm. 5 sur les paroles du Seign). Lorsque Dieu diffère de nous exaucer, ce n’est pas qu’il nous refuse ses dons, il veut simplement en relever le prix ; les choses que nous avons longtemps désirées ont pour nous bien plus de douceur lorsque nous les obtenons ; si elles nous sont données aussitôt, elles perdent pour nous de leur prix. Demandez donc, cherchez, faites des instances ; en demandant et en cherchant, le désir que vous avez de recevoir s’accroît. Dieu tient en réserve ce qu’il ne veut pas accorder immédiatement, pour vous apprendre à désirer grandement d’aussi grandes faveurs ; c’est pour cela qu’il faut toujours prier et ne jamais cesser.

 

Matthieu 7, 9-11

 

9 Lequel d'entre vous donnerait une pierre à son fils qui lui demande du pain ?

10 ou un serpent, quand il lui demande un poisson ?

11 Si donc, vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent !

 

Saint Augustin. Notre-Seigneur, par ces paroles : " Quel est l’homme parmi vous ", suit la même marche que précédemment, lorsqu’il a parlé des oiseaux du ciel et des lis des champs, voulant ainsi élever notre espérance de ces moindres choses à des objets plus importants. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Et de peur que le pécheur, en mesurant la distance qui sépare l’homme de Dieu et en pesant l’énormité de ses péchés, n’en vînt à perdre tout espoir d’être exaucé et à renoncer à la prière, il apporte cette comparaison d’un père et de ses enfants, afin que la considération de la bonté paternelle fasse renaître en nous l’espérance que nos péchés y détruisent. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 24). Deux conditions sont exigées de celui qui prie : demander avec instance, demander des choses convenables, c’est-à-dire les biens spirituels, et c’est pour avoir suivi cette règle que Salomon obtint promptement ce qu’il avait demandé (3 R 3, 5.9.10).

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Sous cette figure du pain et du poisson, le Sauveur nous apprend quelles sont les choses que nous devons demander. Le pain, c’est le Verbe qui nous donne la connaissance du Père ; la pierre, c’est tout mensonge qui devient pour l’âme une pierre de scandale. — Rémig. Nous pouvons voir aussi dans le poisson toute parole qui a rapport au Christ, et dans le serpent le démon lui-même. Ou bien par le pain on peut entendre la doctrine spirituelle, et par la pierre, l’ignorance ; par le poisson, l’eau du saint baptême ; par le serpent, la fourberie du démon ou l’infidélité. — Raban Maure. Ou bien par le pain, qui est la nourriture commune à tous les hommes, on peut entendre la chante, sans laquelle les autres vertus n’ont aucun prix. Le poisson signifie la foi qui, née de l’eau du baptême, se trouve ballottée par les flots de ce monde au milieu desquels elle ne laisse pas de vivre. Saint Luc ajoute une troisième figure, qui est l’œuf, espérance de l’animal qui doit en sortir, et qui est ici le symbole de l’espérance chrétienne. À la charité il oppose la pierre, c’est-à-dire la dureté de la haine ; à la foi, le serpent, ou le venin de la perfidie ; à l’espérance, le scorpion, c’est-à-dire le désespoir qui blesse par derrière, comme le scorpion.

Rémig. Voici donc le sens de ce passage : Si nous demandons à Dieu le Père le pain, c’est-à-dire la doctrine ou la charité, nous n’avons pas à craindre qu’il permette jamais que notre cœur se resserre ou par la froideur qu’engendrent les haines, ou par la dureté de l’âme ; et si nous lui demandons la foi, il ne nous laissera pas périr victimes du poison de l’incrédulité ; c’est pour cela qu’il ajoute : " Si vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants ". — Saint Jean Chrysostome. (hom. 24). En s’exprimant ainsi, Notre-Seigneur ne déverse pas le blâme sur la nature humaine, il ne déclare pas que tout le genre humain soit mauvais, mais il veut nous montrer combien sa bonté diffère de la nôtre ; il appelle mauvaise la tendresse des pères pour leurs enfants en comparaison de celle de Dieu, tant est grand l’excès de son amour pour les hommes. — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). En effet, tous les hommes paraissent mauvais si on les compare à Dieu, qui est le seul bon par essence, de même qu’à côté du soleil toute lumière n’est qu’obscurité. — Saint Jérôme. Ou bien dans la personne des Apôtres il condamne tout le genre humain dont le cœur est porté au mal dès son enfance, comme nous le lisons dans la Genèse (Gn 8). Il n’est point étonnant, du reste, qu’il appelle mauvais les hommes qui vivent dans le temps, puisque l’Apôtre nous déclare que les jours qui le composent sont mauvais.

Saint Augustin. (serm. sur la mont., 2, 33). Ou bien il appelle mauvais les pécheurs et ceux qui aiment la vie de ce monde. Or, les biens qu’ils donnent, d’après leur manière de voir, peuvent être appelés bons parce qu’ils les tiennent pour tels ; et encore, considérés seulement dans leur nature, ces biens temporels ont une bonté réelle, puisqu’ils sont les soutiens de cette vie misérable. — Saint Augustin.(serm. 2 sur les paroles du Seign). Le bien qui seul peut vous rendre bon, c’est Dieu. L’or et l’argent sont bons, non pas qu’ils puissent vous rendre bons, mais parce qu’ils vous donnent le moyen de faire le bien. Puisque donc nous sommes mauvais et que notre Père est bon, ne demeurons pas toujours dans notre malice. — Saint Augustin. (serm. sur la mont). Si donc nous qui sommes mauvais nous ne laissons pas de donner ce qu’on nous demande, à combien plus forte raison devons-nous espérer que Dieu nous donnera les biens que nous lui demanderons.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). Cependant, comme il ne nous accorde pas indifféremment tout ce que nous lui demandons, mais seulement ce qui est bon, Notre-Seigneur prend soin d’ajouter : " À combien plus forte raison donnera-t-il les biens ". Nous ne recevons de Dieu que des biens, quelle que soit l’idée que nous nous en faisons, car tout contribue au bien de ceux qui sont aimés de Dieu (Rm 8, 28).

Rémig. Nous lisons dans saint Matthieu : " Il donnera les biens ", et dans saint Luc : " Il donnera le bon esprit " ; mais il n’y a pas ici de contradiction, car tous les biens que l’homme reçoit de Dieu lui sont donnés par la grâce de l’Esprit saint.

 

Matthieu 7, 12

 

12 Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi, voilà ce que dit toute l'Écriture : la Loi et les Prophètes.

 

Saint Augustin. (serm. sur la mont., liv. 2, chap. 34). Une conduite sage et réglée donne à l’homme une certaine fermeté et la force de marcher dans la voie de la sagesse, et le font parvenir jusqu’à la pureté, jusqu’à la simplicité du cœur. Notre-Seigneur conclut tous les développements qu’il vient de donner sur cette matière par ces paroles : " Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-même pour eux ", car il n’est personne qui voudrait qu’on agît à son égard avec duplicité et dissimulation.

Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth). On peut encore établir de cette manière la liaison avec ce qui précède. Notre-Seigneur, voulant rendre notre prière plus sainte et plus pure, nous a commandé plus haut de ne pas juger ceux qui nous ont offensés. Or, comme il s’était écarté de ce sujet pour traiter d’autres matières, il y revient et complète l’explication de ce précepte en ajoutant : " Tout ce que vous voudrez ", etc., c’est-à-dire non-seulement vous ne devrez pas juger, mais tout ce que vous voudrez que les hommes fassent pour vous, vous devez le faire pour eux ; c’est alors que vos prières pourront être exaucées. — La Glose. Ou bien encore c’est l’Esprit saint qui distribue toutes les grâces spirituelles qui nous font accomplir les œuvres de la charité. C’est pour cela que Notre-Seigneur ajoute : " Faites aux hommes tout ce que vous vous voulez qu’ils vous fassent ".

Saint Jean Chrysostome. (hom. 24). Ou bien, enfin, le Seigneur veut établir que les hommes doivent chercher près de Dieu le secours dont ils ont besoin, et faire en même temps tout ce qui dépend d’eux pour assurer le succès de leurs prières. C’est ainsi qu’après avoir dit : " Demandez et vous recevrez ", il enseigne clairement que les hommes doivent s’appliquer aux œuvres de la charité : " Tout ce que vous voulez ", etc.

Saint Augustin. (serm. 5 sur les paroles du Seign). Dieu nous avait promis de nous accorder les biens que nous lui demanderions ; or, si nous voulons qu’il nous reconnaisse pour ses mendiants, ne rejetons pas les nôtres. En effet, si on en excepte les richesses matérielles, il n’y a aucune différence entre ceux qui demandent et ceux à qui ils adressent leur prière. De quel front osez-vous donc approcher de Dieu pour le prier, vous qui ne voulez point écouter votre frère ? Aussi est-il écrit dans le livre des Proverbes : " Celui qui ferme son oreille au cri du pauvre demandera lui-même, et il ne sera pas exaucé (Pv 21) ". Mais que devons-nous accorder à la prière de nos frères si nous voulons que Dieu exauce la nôtre ? Pour répondre à cette question, demandons-nous ce que nous voulons que les autres fassent pour nous-mêmes. " Faites aux hommes tout ce que vous voulez qu’on vous fasse ".

Saint Jean Chrysostome. (hom. 24). Notre-Seigneur ne dît pas seulement : " Toutes les choses ", mais il ajoute le mot " donc ", comme s’il disait : " Si vous voulez que je vous exauce, joignez cette recommandation à toutes celles qui précèdent. Et remarquez qu’il ne dit pas : " Tout ce que vous voulez que Dieu fasse pour vous, faites-le aussi pour votre prochain, car vous pourriez dire : Cela m’est impossible ", mais : " Tout ce que vous voudriez que vous fît votre frère, faites-le vous-même pour lui ".

Saint Augustin. (serm. sur la mont., 2, 34). On lit dans quelques exemplaires latins : " Faites-leur du bien ". Le mot bien a été ajouté pour plus de clarté. On pouvait en effet se demander si un homme qui désirerait qu’on agît à son égard d’une manière coupable, pourrait, en s’appuyant sur cette maxime, commettre le premier l’injustice dont il désire être lui-même l’objet. Il serait absurde de penser que cet homme accomplit ce précepte. Sans l’addition de ce mot " bien ", le sens de cette maxime est complet. Car ces paroles : " Tout ce que vous voulez ", ne doivent pas être prises ici dans un sens trop général, mais dans le sens propre du mot. Or, la volonté n’existe que dans les bons ; dans les mauvais, la volonté n’est à proprement parler que la cupidité. Sans doute les Écritures ne s’expriment pas toujours de la sorte, mais il faut les entendre ainsi alors qu’elles emploient une expression tellement propre qu’elles ne permettent pas de lui en substituer une autre.

Saint Cyprien. (de l’Orais. Dom). Le Verbe de Dieu, le Seigneur Jésus étant venu pour tous les hommes, a résumé comme dans un admirable abrégé tous ses commandements dans ces paroles : " Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux ". C’est pour cela qu’il ajoute : " Car c’est la loi et les prophètes ". — Saint Jean Chrysostome. (sur S. Matth).En effet, tous les commandements de la loi et des prophètes disséminés dans les saintes Écritures, sont renfermés dans ce merveilleux abrégé comme les innombrables rameaux d’un arbre sont contenus dans une seule racine. — Saint Grégoire le Grand. (Moral. 10, 4 ; cf. Jb 2). Celui, en effet, qui pense à faire aux autres ce qu’il voudrait qu’on lui fit à lui-même s’applique à rendre le bien pour le mal, et le bien au centuple de ce qu’on lui fait. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 24 sur S. Matth). Il est donc évident que tous nous pouvons trouver en nous-mêmes la connaissance de ce qu’il nous importe de savoir et que nous ne pouvons prétexter d’ignorance. — Saint Augustin. (serm. sur la mont). Ce précepte paraît avoir pour objet l’amour du prochain et non l’amour de Dieu, quoique Notre-Seigneur dise dans un autre endroit qu’il y a deux commandements qui renferment toute la loi et les prophètes. Mais ce dernier passage porte : " Toute la loi ", ce que Notre-Seigneur ne dit pas ici pour réserver la place à l’autre commandement qui est celui de l’amour de Dieu. — Saint Augustin. (De la Trinité, liv. 8, chap. 34). Ou bien encore, la sainte Écriture ne fait mention que du seul commandement de l’amour du prochain en disant : " Tout ce que vous voulez ", car celui qui aime son prochain aime nécessairement et premièrement l’amour lui-même. Or, Dieu est amour ; donc il aime Dieu lui-même par-dessus toutes choses.

 

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