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Jean 1, 5

5 la lumière brille dans les ténèbres,

et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée.

 

Et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas comprise.

 

Saint Augustin. (Traité 1 sur S. Jean.) Cette vie était donc la lumière des hommes, mais les cœurs des insensés ne peuvent comprendre cette lumière, appesantis qu'ils sont par leurs péchés qui leur dérobent la vue de cette divine lumière. Toutefois, qu'ils ne croient pas que cette lumière est loin d'eux, parce qu'ils ne peuvent la voir : « Et la lumière luit dans les ténèbres, dit l'Évangéliste, et les ténèbres ne l'ont pas comprise. » Placez un aveugle devant le soleil, le soleil lui est présent, mais il est comme absent pour le soleil. Or, tout insensé est un aveugle ; la sagesse est devant lui, mais comme elle est devant un aveugle, elle ne peut éclairer ses yeux, non parce qu'elle est loin de lui, mais parce qu'il est loin d'elle.

 

Origène. (Traité 3 sur S. Jean.) Si la vie est la même chose que la lumière des hommes, aucun de ceux qui sont dans les ténèbres ne vit véritablement, comme aucun de ceux qui sont vivants n'est dans les ténèbres, car tout homme qui a la vie est dans la lumière, comme réciproquement tout homme qui est dans la lumière a la vie en lui. Or, d'après ce que nous avons dit des contraires, nous pouvons comprendre et apprécier ici les contraires dont l'Évangéliste ne parle pas. Le contraire de la vie c'est la mort, et le contraire de la lumière des hommes, ce sont les ténèbres qui couvrent leur intelligence. Donc celui qui est dans les ténèbres est aussi dans la mort, et celui qui fait des œuvres de mort ne peut être que dans les ténèbres ; celui au contraire qui fait des œuvres de lumière, ou celui dont les œuvres brillent devant les hommes, et qui a toujours présent le souvenir de Dieu, n'est point dans la mort, d'après cette parole du Psaume sixième : « Celui qui se souvient de vous n'est point redevable à la mort. » Que les ténèbres des hommes et de la mort soient telles de leur nature ou pour d'autres causes, c'est une autre question. Or, nous étions autrefois ténèbres, mais nous sommes devenus lumière en Notre-Seigneur (Ep 5), si nous sommes tant soit peu initiés à la sainteté et à la vie spirituelle. Tout homme qui a été autrefois ténèbres, l'a été comme l'apôtre saint Paul, tout en demeurant capable de devenir lumière dans le Seigneur. — (Hom. 2 sur div. suj.) Ou bien encore, dans un autre sens, la lumière des hommes, c'est Nôtre-Seigneur Jésus-Christ, qui s'est manifesté lui-même dans la nature humaine à toute créature raisonnable et intelligente, et a révélé aux cœurs des fidèles les mystères de sa divinité qui le rend égal au Père ; ce que saint Paul exprime en ces termes : « Vous étiez autrefois ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur. » Dites donc : « La lumière luit dans les ténèbres, » parce que le genre humain tout entier était plonge, non par nature, mais par suite du péché originel dans les ténèbres de l'ignorance qui lui dérobaient la connaissance de la vérité ; or Jésus-Christ, après être né d'une Vierge, a brillé comme une vive lumière dans le cœur de tous ceux qui veulent le connaître. Il en est toutefois qui persistent à demeurer dans les ténèbres épaisses de l'impiété et de l'incrédulité, voilà pourquoi l'Évangéliste ajoute : « Et les ténèbres ne l'ont point comprise, » c'est-à-dire, la lumière luit dans les ténèbres des urnes fidèles, ténèbres qu'elle dissipe en faisant naître la foi et en conduisant à l'espérance. Mais l'ignorance et la perfidie des cœurs privés de la véritable sagesse n'ont pu comprendre la lumière du Verbe de Dieu qui brillait dans une chair mortelle. Telle est l'explication morale de ces paroles ; en voici le sens littéral : La nature humaine, en la supposant même exempte de péché, ne pourrait pas luire par ses propres forces, car de sa nature elle n'est pas lumière, mais capable seulement de participer à la lumière ; elle peut recevoir la sagesse, mais elle n'est pas la sagesse elle-même. L'air qui nous environne ne luit point par lui-même et ne mérite que le nom de ténèbres. Ainsi notre nature, considérée en elle-même, est une certaine substance ténébreuse, capable d'être éclairée par la lumière de la sagesse. Lorsque l'atmosphère est pénétrée par les rayons du soleil, on ne peut pas dire qu'elle luit par elle-même, mais qu'elle est éclairée par la lumière du soleil ; ainsi, lorsque la partie intelligente de notre nature jouit de la présence du Verbe, ce n'est point par elle-même qu'elle arrive à la connaissance de son Dieu et des autres choses intelligibles, mais par la lumière divine, qui l'éclairé de ses rayons. La lumière luit donc dans les ténèbres, parce que le Verbe de Dieu, qui est la vie et la lumière des hommes, ne cesse de répandre cette lumière dans notre nature qui, considérée en elle-même, n'est qu'une substance ténébreuse et informe, et comme la lumière par elle-même est incompréhensible à toute créature, c'est avec raison que l'Évangéliste ajoute : « Et les ténèbres ne l'ont point comprise. »

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 4 sur S. Jean.) On peut encore expliquer ces paroles dans un autre sens : L'Évangéliste a voulu d'abord nous parler de la création, et il nous apprend ensuite les biens spirituels dont le Verbe nous a comblés en venant parmi nous, en disant : « Et la vie était la lumière des hommes. » Il ne dit pas : Il était la lumière des Juifs, mais il était la lumière de tous les hommes sans exception ; car ce sont pas seulement les Juifs, mais les Gentils, qui sont parvenus à la connaissance du Verbe. S'il n'ajoute pas qu'il était la lumière des anges, c'est qu'il parle seulement ici de la nature humaine à laquelle le Verbe de Dieu est venu annoncer de si grands biens.

 

Origène. (Traité 1 sur S. Jean.) On nous demande pourquoi ce n'est point le Verbe qui est appelé la lumière des hommes, mais la vie qui est dans le Verbe ? Nous répondons que la vie dont il est ici question n'est pas la vie qui est commune aux créatures raisonnables, mais celle qui est unie au Verbe et qui nous est donnée par la participation à ce Verbe primitif et essentiel, pour nous faire discerner la vie apparente et sans réalité et désirer la véritable vie. Nous participons donc premièrement à la vie qui, pour quelques-uns, n'est point encore la possession actuelle de la lumière, mais la faculté de la recevoir, parce qu'ils n'ont point un désir assez vif de ce qui peut leur donner la science. Pour d'autres, au contraire, cette vie est la participation actuelle à la lumière, ce sont ceux qui, suivant le conseil de l'Apôtre, recherchent les dons les plus parfaits (1 Co 12), c'est le Verbe de la sagesse qui est suivi de près par les enseignements de la science.

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 4 sur S. Jean.) Ou bien encore, la vie dont parle ici l'Évangéliste, n'est pas seulement celle que nous avons reçue par la création, mais la vie éternelle et immortelle qui nous est préparée par la providence de Dieu. Lorsque nous entrons en possession de cette vie, l'empire de la mort est à jamais détruit, et dès que cette lumière brille à nos yeux, les ténèbres disparaissent sans retour ; ni la mort ne peut triompher de cette vie qui est éternelle, ni les ténèbres obscurcir celte lumière qui ne s'éteindra jamais. « Et la lumière luit dans les ténèbres. » Ces ténèbres, c'est la mort et l'erreur, car la lumière sensible ne luit pas dans les ténèbres, mais elles disparaissent à son approche, tandis que la prédication de Jésus-Christ a brillé au milieu de l'erreur qui étendait son règne sur toute la terre et l'a chassée devant elle ; et Jésus-Christ, par sa mort, a changé la mort en vie et a remporté sur elle un triomphe si complet, qu'il a délivré ceux qu'elle retenait captifs. C'est donc parce que cette prédication n'a pu être vaincue ni par la mort, ni par l'erreur, et qu'elle brille de toute part du plus vif éclat et par sa propre force, que l'Évangéliste ajoute : « Et les ténèbres ne l'ont point comprise. »

 

Origène. (Traité 4 sur S. Jean.) Il faut savoir que le mot ténèbres, comme le nom d'hommes, signifie deux choses spirituelles. Nous disons d'un homme qui est en possession de la lumière, qu'il fait les œuvres de la lumière, et qu'il puise la connaissance au sein même de la lumière de la science. Tout au contraire, nous appelons ténèbres les actes coupables et la fausse science qui n'a que l'apparence de la science. Mais de même que le Père est lumière et qu'il n'y a point en lui de ténèbres (1 Jn 1, 5), ainsi en est-il du Sauveur. Toutefois, comme il a revêtu la ressemblance de la chair du péché (Rm 8), on peut dire sans inconvenance, qu'il y a en lui quelques ténèbres, puisqu'il a pris sur lui nos ténèbres pour les dissiper. Cette lumière, qui est devenue la vie des hommes, brille au milieu des ténèbres de nos âmes, et répand ses clartés là où le prince de ces ténèbres est en guerre avec le genre humain. (Ep 6) Les ténèbres ont persécuté cette lumière, comme le prouve ce que le Sauveur et ses disciples ont eu à souffrir dans ce combat des ténèbres contre les enfants de lumière. Mais grâce à la protection divine, ces ténèbres restent sans force, et ne peuvent s'emparer de la lumière, ou parce que la lenteur naturelle de leur marche ne leur permet pas de suivre la course rapide de la lumière, ou parce qu'elles sont mises en fuite à son approche si elles attendent son arrivée. Remarquons que les ténèbres ne sont pas toujours prises en mauvaise part, et qu'elles sont quelquefois le symbole d'une bonne chose, par exemple, dans ce passage du Psalmiste : « Il a choisi sa retraite dans les ténèbres, » c'est-à-dire, que tout ce qui a rapport à Dieu, est comme caché et incompréhensible pour l'intelligence humaine. Les ténèbres, entendues dans ce sens, conduisent à la lumière et finissent par la saisir, car ce que l'ignorance couvrait comme d'un nuage devient une lumière éclatante pour celui qui a cherché à la connaître. — Saint Augustin. (De la cité de Dieu, 10, 3.) Un platonicien a dit que le commencement de ce saint Évangile devrait être écrit en lettres d'or et placé dans l'endroit le plus éminent de toutes les Églises. — Saint Bède. En effet, les autres Évangélistes racontent la naissance temporelle du Christ ; saint Jean nous affirme qu'il était au commencement. Les autres le font descendre aussitôt du haut du ciel parmi les hommes ; saint Jean déclare qu'il a toujours été avec Dieu : « Et le Verbe était avec Dieu. » Les trois premiers évangélistes décrivent sa vie mortelle au milieu des hommes ; saint Jean nous le présente comme Dieu étant avec Dieu au commencement : « Il était au commencement avec Dieu. » Les trois autres racontent les grandes choses qu'il a faites comme homme ; saint Jean nous enseigne que Dieu le Père a fait toutes choses par lui : « Toutes choses ont été faites par lui, et rien n'a été fait sans lui. »

 

Jean 1, 6-8

 

6 Il y eut un homme envoyé par Dieu.

Son nom était Jean.

7 Il était venu comme témoin,

pour rendre témoignage à la Lumière,

afin que tous croient par lui.

8 Cet homme n'était pas la Lumière,

mais il était là pour lui rendre témoignage.

 

Saint Augustin. (Traité 2 sur S. Jean.) Tout ce qui précède avait pour objet la divinité de Jésus-Christ, qui, en venant à nous, s'est revêtu d'une forme humaine. Mais comme dans le Verbe fait chair, l'humanité cachait un Dieu ; un homme extraordinaire fut envoyé devant lui, pour découvrir en lui, par son témoignage, un caractère supérieur à l'homme. Et quel a été cet envoyé ? « Il y eut un homme. » — Théophylacte. Ce ne fut pas un ange, pour détruire les idées qu'un grand nombre s'était faites de la nature de Jean-Baptiste. — Saint Augustin. Et comment pourra-t-il nous dire la vérité en parlant de Dieu ? « II fut envoyé de Dieu. » — Saint Jean Chrysostome. (hom. 6 sur S. Jean.) Gardez-vous de croire que cet envoyé de Dieu tienne un langage purement humain, ce n'est point de lui-même qu'il vient parler, toutes ses paroles lui sont dictées par celui qui l'a envoyé ; c'est pour cela qu'un prophète lui donne le nom d'ange en parlant de lui : « Voici que j'envoie mon ange, » car un ange (ou envoyé), ne dit rien de lui-même, et ne fait que transmettre les ordres de celui qui l'envoie. Ces paroles : « Il fut envoyé, » ne signifie pas un acte qui tend à donner l'être, mais qui destine à l'accomplissement d'un ministère. De même qu'Isaïe ne fut pas appelé d'autre part que du monde où il était, et qu'il fut envoyé au peuple du moment qu'il eut vu le Seigneur assis sur un trône sublime et élevé ; ainsi Jean fut envoyé du désert pour baptiser, comme il l'atteste lui-même : « Celui qui m'a envoyé baptiser, m'a dit : Celui sur lequel vous verrez, » etc.

 

Saint Augustin. Comment s'appelait-il ? « Son nom était Jean. » — Alcuin d’York. c'est-à-dire, grâce de Dieu ou celui en qui était la grâce de Dieu, c'est-à-dire, celui qui, le premier, a fait connaître Jésus-Christ au monde par son témoignage. Ou bien encore, le nom de Jean signifie il a été donné, parce qu'il lui a été donné par la grâce de Dieu, non-seulement d'être le précurseur du Roi des rois, mais de le baptiser.

 

Saint Augustin. Pourquoi fût-il envoyé ? « Il vint comme témoin pour rendre témoignage à la lumière. »

 

Origène. (Traité 5 sur S. Jean.) Il en est qui cherchent à jeter le blâme sur les témoignages que les prophètes ont rendus à Jésus-Christ, et qui prétendent que le Fils de Dieu n'a pas besoin de témoins, et qu'il présente des motifs suffisants de crédulité, soit dans ses enseignements salutaires, soit dans ses miracles tout divins. Moïse lui-même, disent-ils, ne mérita créance que par ses paroles et ses miracles, sans avoir besoin d'être précédé par des témoins. Nous répondons qu'il est un grand nombre de motifs qui peuvent déterminer la foi, mais que tel motif, malgré sa force apparente, ne produira sur quelques-uns aucune impression, tandis que tel autre sera tout-puissant pour les amener à la foi. Or, Dieu a des moyens à l'infini pour amener les hommes à croire qu'un Dieu a daigné se faire homme pour sauver les hommes. Aussi est-ce un fait certain que les oracles des prophètes en ont forcé un grand nombre à croire à la divinité de Jésus-Christ, étonnés qu'ils étaient de voir que tant de prophètes l'avaient annoncé avant son avènement, et prédit d'une manière précise le lieu de sa naissance, et d'autres circonstances semblables. Il faut encore remarquer que les miracles opérés par Jésus-Christ, avaient plus de force pour amener à la foi ceux qui en étaient témoins ou ses contemporains, mais que plusieurs siècles après ils pouvaient n'avoir plus la même puissance, et passer même aux yeux de quelques-uns pour des fables. Donc, lorsqu'un long espace de temps nous sépare de ces miracles, le motif le plus fort de crédibilité, ce sont les prophéties jointes aux miracles. Disons encore, que par ce témoignage rendu à Dieu, plusieurs se sont couverts de gloire. C'est donc vouloir enlever au chœur des prophètes la grâce signalée qui lui a été faite, que de contester l'utilité des témoignages qu'ils ont rendus à Jésus-Christ. Jean est venu se joindre à ces prophètes, en rendant lui-même témoignage à la lumière. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 5 sur S. Jean.) Ce n'est pas sans doute que la lumière eût besoin de témoignage, mais l'Évangéliste nous apprend le vrai motif de la mission de Jean, dans les paroles suivantes : »Afin que tous crussent par lui. » Le Fils de Dieu a pris une chair mortelle pour sauver tous les hommes d'une perte inévitable, et c'est par suite du même dessein qu'il envoie devant lui un homme pour précurseur, afin que cette voix d'un de leurs semblables les déterminât plus facilement à venir à lui. — Saint Bède. L'Évangéliste ne dit pas : Afin que tous crussent en lui, (car maudit est l'homme qui met sa confiance dans l'homme), (Jr 7, 5) mais : « Afin que tous crussent par lui, » c'est-à-dire, que tous par son témoignage crussent à cette lumière. — Théophylacte. Que quelques-uns aient refusé de croire, Jean n'en est pas responsable. Si un homme s'enferme dans une maison obscure, et se prive ainsi de voir les rayons du soleil, la faute n'en est pas au soleil mais bien à lui-même ; ainsi Jean a été envoyé, afin que tous crussent par lui ; si ce but n'a pas été entièrement atteint, le saint précurseur n'en est pas la cause.

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 6 sur S. Jean.) D'après l'opinion commune, celui qui rend témoignage nous paraît ordinairement supérieur à celui qui est l'objet de son témoignage, et plus digne de foi ; aussi l'Évangéliste se hâte de détruire ici ce préjugé en ajoutant : « Il n'était pas la lumière, mais il était venu pour rendre témoignage à la lumière. » Si telle n'a pas été son intention en répétant ces paroles : « Pour rendre témoignage à la lumière, » ce membre de phrase est complètement superflu. Ce n'est pas un développement de la doctrine, c'est une répétition de mots inutiles.

 

Théophylacte. Mais la conclusion de ces paroles n'est-elle pas que ni Jean-Baptiste, ni aucun autre saint n'ont été ou ne sont la lumière ? Si nous voulons donner à un saint le nom de lumière, il faut employer le mot lumière sans article ; si l'on vous demande, par exemple : Jean est-il la lumière ? répondez qu'il est lumière, sans mettre l'article, mais non pas la lumière avec l'article ; car il n'est pas la lumière par excellence, et il n'est lumière, que parce qu'il est entré en participation de la vraie lumière.

 

Jean 1, 9

9 Le Verbe était la vraie Lumière,

qui éclaire tout homme

en venant dans le monde.

 

Saint Augustin. (Traité 2 sur S. Jean.) Nous voyons ici quelle est cette lumière à laquelle Jean-Baptiste rend témoignage : « Celui-là était la vraie lumière. » — Saint Jean Chrysostome. (hom. 6 sur S. Jean.) Ou bien encore, l'Évangéliste venait de dire que Jean-Baptiste avait été envoyé et était venu pour rendre témoignage à la lumière. Or, ce témoignage d'un homme envoyé tout récemment pouvait faire croire à l'origine récente aussi de celui à qui il rendait témoignage ; il élève donc aussitôt nos pensées vers cette existence antérieure à tout commencement, et qui ne doit jamais avoir de fin : « Celui-là était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. » — Saint Augustin. (Traité 2 sur S. Jean.) Pourquoi saint Jean ajoute-t-il le mot vraie ? C'est qu'on donne aussi à l'homme qui est éclairé le nom de lumière, mais la vraie lumière est celle qui éclaire elle-même. Nos yeux aussi sont appelés des lumières, et cependant c'est en vain que ces lumières sont ouvertes, si pour les éclairer, on n'allume une lampe pendant la nuit, où si dans le jour le soleil ne répand sur eux ses clartés. Aussi l'Évangéliste ajoute : « Qui éclaire tout homme. » Si elle éclaire tout homme, elle éclaire donc Jean lui-même. Elle éclairait donc celui qu'elle avait choisi pour lui rendre témoignage. Il arrive souvent que le soleil nous fait connaître son lever par la lumière qu'il fait rayonner sur les corps, et cependant nous ne pouvons le voir de nos yeux. Ainsi ceux qui ont les yeux trop malades ou trop faibles pour voir le soleil, peuvent cependant les arrêter sur un mur qui réfléchit sa lumière, sur une montagne, sur un arbre ou sur tout autre objet semblable. Il en était de même de ceux au milieu desquels Jésus-Christ était venu, et qui étaient encore beaucoup moins capables de le voir. Il a donc éclairé Jean de ses rayons, et Jean, qui confessait hautement la source d'où lui venait cette lumière, fit connaître ainsi celui qui l'éclairait. Il ajoute : « Venant en ce monde, » c'est qu'en effet, si l'homme ne venait pas en ce monde, il n'aurait pas besoin d'être éclairé, mais il faut qu'il soit éclairé, parce qu'il a quitté l'endroit où il aurait joui toujours de cette divine lumière. — Théophylacte. Que le manichéen rougisse d'oser dire que nous sommes l'œuvre d'un Créateur mauvais et ténébreux ; car jamais nous ne pourrions être éclairés si nous n'étions les créatures de la vraie lumière.

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 8 sur S. Jean.) Où sont aussi ceux qui prétendent que Jésus-Christ n'est pas le vrai Dieu ? alors qu'il est appelé ici la vraie lumière. Mais s'il éclaire tout homme venant en ce monde, comment se fait-il qu'un si grand nombre soient demeurés dans les ténèbres ? Car tous n'ont pas connu le culte qui est dû à Jésus-Christ. Il éclaire tout homme, autant qu'il dépend de lui. Mais s'il en est qui ont fermé volontairement les yeux de leur âme pour ne point recevoir les rayons de cette divine lumière, les ténèbres dans lesquelles ils demeurent plongés, ne viennent pas de la nature delà lumière, mais de la malice de ceux qui se privent volontairement du don de la grâce. Car la grâce a été répandue sur tous les hommes et ceux qui ont refusé de la recevoir, ne doivent imputer qu'à eux-mêmes leur aveuglement. — Saint Augustin. (Enchirid,, 109.) Ces paroles : « Qui éclaire tout homme, » veulent dire non pas que tous les hommes sans exception sont éclairés, mais que personne ne peut l'être que par cette lumière. — Saint Bède. Il nous éclaire, soit en nous donnant la raison, soit en répandant en nous sa divine sagesse ; car nous ne pouvons nous donner la sagesse, pas plus que nous n'avons pu nous donner l'existence.

 

Origène. (hom. 2 sur div. suj.) Ou bien encore, nous ne devons pas entendre ces paroles : « Qui éclaire tout homme venant en ce monde, » de ceux qui entrent dans le monde avec un corps formé d'après les principes secrets qui président à la génération, mais de ceux qui entrent dans le monde invisible par la régénération spirituelle de la grâce conférée par le baptême. Voilà pourquoi cette lumière éclaire ceux qui entrent dans le monde des vertus, et non pas ceux qui se précipitent dans le monde des vices.

 

Théophylacte. Ou bien encore, cette lumière qui nous est donnée de Dieu, c'est l'intelligence dont il nous a doués pour nous diriger ici-bas, intelligence qui s'appelle aussi la raison naturelle, mais un grand nombre, par le mauvais usage dé la raison, se sont jetés eux-mêmes dans les ténèbres.

 

Jean 1, 10

10 Il était dans le monde,

lui par qui le monde s'était fait,

mais le monde ne l'a pas reconnu.

 

Saint Augustin. (Traité 2 sur S. Jean.) La lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, est venue sur la terre sous le voile d'une chair mortelle ; car tant qu'elle n'y était que par la divinité, elle était invisible pour les insensés, pour les aveugles et pour les méchants dont saint Jean a dit plus haut : « Les ténèbres ne l'ont point comprise, » c'est pour cela qu'il dit ici : « Il était dans le monde. » — Origène. (hom. 2 sur div. suj.) Lorsque celui qui parle cesse de parler, sa voix cesse de se faire entendre ; de même si le Père céleste ne faisait plus entendre son Verbe, l'œuvre du Verbe, c'est-à-dire l'univers qu'il a créé, cesserait d'exister. — Saint Augustin. (Traité 2 sur S. Jean.) N'allez pas croire qu'il était dans le monde comme sont dans le monde la terre, les animaux, les hommes, ou comme le ciel, le soleil, les étoiles ; il y était comme un ouvrier qui dirige l'ouvrage sorti de ses mains : « Et le monde a été fait par lui. » Toutefois il n'a pas créé le monde comme un ouvrier fait son ouvrage, car l'ouvrier est en dehors de l'ouvrage qu'il travaille, Dieu, au contraire, est comme répandu dans le monde qu'il crée, il est présent partout, et il n'est pas un seul être qui soit en dehors de son immensité. C'est donc par la présence de sa divinité, qu'il fait tout ce qu'il crée, et qu'il gouverne tout ce qu'il a créé. Il était donc dans le monde, comme le Créateur du monde.

 

Saint Jean Chrysostome. (hom. 8 sur S. Jean.) Et encore, comme il était dans le monde, mais sans être contemporain du monde, l'Évangéliste ajoute : « Et le monde a été fait par lui, et il vous élève ainsi jusqu'à l'existence éternelle du Fils unique. » En effet, en entendant dire que tout cet univers est son ouvrage, fût-on d'une intelligence bornée, on sera forcé de reconnaître qu'il existait avant son ouvrage. — Théophylacte. Saint Jean confond en même temps l'erreur insensée de Marcion, qui prétendait que c'était un mauvais principe qui avait créé toutes choses, et celle des ariens qui osaient soutenir que le Fils de Dieu était une simple créature.

 

Saint Augustin. (comme précéd.) Que signifient ces paroles : « Le monde a été fait par lui ? » On appelle monde le ciel, la terre, la mer, et tout ce qu'ils contiennent. Dans un autre sens, on donne encore ce nom à ceux qui aiment le monde, et c'est de ce monde qu'il est dit : « Le monde ne l'a point connu. » On ne peut dire, en effet, ni du ciel, ni des anges, ni des astres, qu'ils n'ont pas connu le Créateur, dont les démons eux-mêmes confessent la puissance. Toutes les créatures lui ont donc rendu témoignage. Quels sont ceux qui ne l'ont point connu ? Ceux qui sont appelés le monde, parce qu'ils aiment le monde, car en aimant le monde, nous habitons de cœur dans le monde ; ceux, au contraire, qui n'aiment pas le monde, sont de corps dans le monde, mais ils habitent le ciel par le cœur, suivant ces paroles de l'Apôtre : « Pour nous, nous vivons déjà dans le ciel. » (Ph 3) C'est donc parce qu'ils ont aimé le monde, qu'ils ont mérité eux-mêmes le nom du monde où ils habitent. Lorsque nous disons d'une maison qu'elle est bonne ou qu'elle est mauvaise, ce n'est point aux murailles que s'adressent notre blâme ou nos louanges, mais à ceux qui l'habitent ; c'est ainsi que nous appelons monde ceux qui habitent le monde par leurs affections. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 8 sur S. Jean.) Quant aux amis de Dieu, ils l'ont connu avant même qu'il eût rendu sa présence sensible, c'est-à-dire avant son avènement en ce monde, comme le prouvent ces paroles du Sauveur : « Abraham, votre père, a tressailli du désir de voir mon jour. » (Jn8, 56.) Lors donc que les Gentils nous adressent ce reproche. Pourquoi le Sauveur n'est-il venu opérer notre salut que dans les derniers temps, après tant de siècles écoulés, sans qu'il ait pensé à nous ? Nous leur répondons, qu'avant même son avènement, il était dans le monde, sa providence s'étendait à toutes ses œuvres, et il était connu de tous ceux qui en étaient dignes ; et si le monde ne l'a pas connu, ceux dont le monde n'était pas digne, ont mérité de le connaître. En disant : « Le monde ne l'a point connu, » il a indiqué sommairement la cause de cette ignorance ; car le monde ici sont les hommes qui ne sont attachés qu'au monde, qui n'ont de goût et d'affection que pour le monde ; or rien ne trouble autant l'âme que l'amour énervant des choses présentes.

 

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