Ils vinrent de nouveau à Jérusalem. Et comme Jésus se promenait dans le temple, les princes des prêtres, les scribes et les anciens vinrent à lui,
Et veniunt rursus Jerosolymam. Et cum ambularet in templo, accedunt ad eum summi sacerdotes, et scribæ, et seniores :
Καὶ έρχονται πάλιν είς ̔Iεροσόλυμα καὶ έν τω̣̃ ίερω̣̃ περιπατου̃ντος αύτου̃ έρχονται πρὸς αύτὸν οί άρχιερει̃ς καὶ οί γραμματει̃ς καὶ οί πρεσϐύτεροι
11.27. — Veniunt rursus Jerosolymam. « Rursus » fait allusion aux deux entrées des jours précédents, VV. 11 et 15. Nous sommes encore dans la matinée du mardi de la Semaine Sainte. Cf. V. 20 — Cum ambularet in templo. Ce détail pittoresque est propre à saint Marc. Il nous montre Jésus, entouré des siens, se promenant sous les vastes galeries de la cour des Gentils, et se mêlant aux groupes du peuple ; Saint Matthieu, Mt 21.23, ajoute que le Sauveur ne tarda pas à prendre la parole pour enseigner la foule. — Summi sacerdotes, et Scribæ et Seniores. Dans cette nomenclature, nous reconnaissons les noms des trois Chambres qui formaient le Sanhédrin. Ceux qui s’approchent en ce moment de Jésus viennent donc à lui avec un mandat officiel, comme délégués de la Cour suprême des Juifs. Leur but est manifeste : ils veulent engager avec leur ennemi un combat à mort, trouver une occasion de l’arrêter et de le perdre, malgré sa popularité. La narration claire et rapide de saint Marc nous permet d’assister aux diverses péripéties de cette lutte.
et lui dirent : « Par quelle autorité faites-vous ces choses ? et qui vous a donné le pouvoir de les faire ? ».
et dicunt ei : In qua potestate hæc facis ? et quis dedit tibi hanc potestatem ut ista facias ?
καὶ λέγουσιν αύτω̣̃ 'Eν ποία̣ έξουσία̣ ταυ̃τα ποιει̃ς καὶ τίς σοι τὴν έξουσίαν ταύτην έδωκεν ίνα ταυ̃τα ποιη̣̃ς
11.28. — Dicunt ei. La bataille s’engage par une escarmouche livrée sur le terrain des pouvoirs de Notre-Seigneur : In qua potestate… « Qui êtes-vous donc pour faire des choses semblables ? Est-ce que vous vous établissaz docteur ? Vous consacrez-vous prince des prêtres ? » Théophylacte. — Hæc facis ; ista facias. Les pronoms « hæc » et « ista » désignent les divers actes que le Sauveur s’était permis d’accomplir dans le temple depuis la journée du dimanche, spécialement l’expulsion des vendeurs. — Au lieu de la conjonction et qui unit les deux phrases interrogatives, nous préférerions aut (ή, d’après plusieurs manuscrits et versions[477]. En effet, c’est une double question que les Sanhédristes posent ici à Jésus : 1° Avez-vous des titres personnels qui vous permettent d’agir comme vous le faites ? Êtes-vous prophète, par exemple ? 2° A défaut de titres semblables, qui vous a conféré un pouvoir légal ?
Jésus leur répondit : « Je vous adresserai, moi aussi, une question ; répondez-moi, et je vous dirai par quelle autorité je fais ces choses.Le baptême de Jean était-il du Ciel ou des hommes ? Répondez-moi ».
Jesus autem respondens, ait illis : Interrogabo vos et ego unum verbum, et respondete mihi : et dicam vobis in qua potestate hæc faciam.Baptismus Joannis, de cælo erat, an ex hominibus ? Respondete mihi.
ό δὲ 'Iησου̃ς άποκριθεὶς εί̃πεν αύτοι̃ς 'Eπερωτήσω ύμα̃ς κάγὼ ένα λόγον καὶ άποκρίθητέ μοι καὶ έρω̃ ύμι̃ν έν ποία̣ έξουσία̣ ταυ̃τα ποιω̃· τὸ βάπτισμα 'Iωάννου έξ ούρανου̃ η̃ν ή έξ άνθρώπων άποκρίθητέ μοι
11.29. et 30. — Les délégués du Grand-Conseil pensaient bien que Jésus serait incapable de fournir une réponse satisfaisante à ces demandes, qu’ils lui adressaient avec une certaine apparence de droit. Avec quelle noble simplicité il déjoue leurs manœuvres ! — Interrogabo vos et ego. On prétend lui faire subir un interrogatoire ; c’est lui au contraire qui va en imposer un aux orgueilleux personnages qu’il a en face de lui. — Baptismus Joannis… Jésus aurait pu demander d’une manière générale : D’où provenait la mission de Jean ? Il préféra mentionner la cérémonie qui résumait si bien le ministère du Précurseur, qui avait même valu à Jean son surnom célèbre de Baptiste. Cf. Mc 1.4.
Mais ils raisonnaient en eux-mêmes, disant : « Si nous répondons : “ Du Ciel ”, il dira : “ Pourquoi donc n’avez-vous pas cru en lui ? ”.Si nous disons : “ Des hommes ”, nous avons à craindre le peuple » ; car tous regardaient Jean comme un vrai prophète.
At illi cogitabant secum, dicentes : Si dixerimus : De cælo, dicet : Quare ergo non credidistis ei ?Si dixerimus : Ex hominibus, timemus populum : omnes enim habebant Joannem quia vere propheta esset.
καὶ έλογίζοντο πρὸς έαυτοὺς λέγοντες 'Eὰν είπωμεν 'Eξ ούρανου̃ έρει̃ Διὰτί ου̃ν ούκ έπιστεύσατε αύτω̣̃ άλλ’ έὰν είπωμεν 'Eξ άνθρώπων έφοϐου̃ντο τὸν λαόν άπαντες γὰρ εί̃χον τὸν 'Iωάννην ότι όντως προφήτης η̃ν
11.31. et 32. — Illi cogitabant secum ; mieux « inter se », πρός έαυτοὺς. La réponse était donc bien difficile, puisqu’elle exigeait une consultation en règle ! Elle était aisée en soi ; mais, d’une part, la conduite antérieure des Sanhédristes à l’égard de Jean-Baptiste, de l’autre la Crainte de blesser la foule en parlant d’une manière défavorable de celui qu’elle vénérait comme un saint, plaçait nos Docteurs dans une cruelle perplexité. — Au lieu de timemus populum, le texte grec porte έφοϐου̃ντο τὸν λαόν, « timebant populum », changement de personnes qui donne à la pensée un tour vif et saisissant. Saint Marc fait donc la réponse au nom des conseillers juifs, « idquo elegantissime fecisse videtur, quoniam haud facile quisquam sibi ipse aperte timorem adscribere consuevit[478] ». Il arrive plusieurs fois aux écrivains sacrés de passer ainsi du langage direct à l’indirect. Cf. Mc 2.10 ; Mt 9.6 Lc 5.24.
Ils répondirent donc à Jésus : « Nous ne savons ». Et Jésus leur répliqua : « Moi non plus, je ne vous dirai point par quelle autorité Je fais ces choses ».
Et respondentes dicunt Jesu : Nescimus. Et respondens Jesus ait illis : Neque ego dico vobis in qua potestate hæc faciam.
καὶ άποκριθέντες λέγουσιν τω̣̃ 'Iησου̃ Ούκ οίδαμεν καὶ ό 'Iησου̃ς άποκριθεὶς λέγει αύτοι̃ς Ούδὲ έγὼ λέγω ύμι̃ν έν ποία̣ έξουσία̣ ταυ̃τα ποιω̃
11.33. — Nescimus. Les Sanhédristes mentent pour cacher leur embarras ; mais ils perdent par là-même le droit d’avoir une réponse de Notre Seigneur. S’ils sont incapables de porter un jugement sur le ministère de saint Jean, ils sont incapables aussi de juger la mission de Jésus. En outre, ce que le Sauveur a fait n’a pas besoin de justification ; la nature de ses œuvres montre qu’elles proviennent d’une source divine. Au reste, dit un ancien, « obligés d’instruire celui qui cherche la vérité, nous pouvons renverser par un raisonnement vigoureux quiconque essaie de nous tendre un piége ». C’est précisément ce que nous avons vu faire à Jésus : d’un seul coup, il a déchiré le filet du sophisme.
Il se mit ensuite à leur parler en paraboles : « Un homme planta une vigne, et l’entoura d’une haie, et creusa un pressoir, et bâtit une tour, et la loua à des vignerons, puis s’en alla dans un pays lointain.
Et cœpit illis in parabolis loqui : Vineam pastinavit homo, et circumdedit sepem, et fodit lacum, et ædificavit turrim, et locavit eam agricolis, et peregre profectus est.
Καὶ ήρξατο αύτοι̃ς έν παραϐολαι̃ς λέγει̃ν, Άμπελω̃να έφύτευσεν άνθρωπος καὶ περιέθηκεν φραγμὸν καὶ ώρυξεν ύπολήνιον καὶ ώ̣κοδόμησεν πύργον καὶ έξέδοτο αύτὸν γεωργοι̃ς καὶ άπεδήμησεν
12.1. — Cœpit… in parabolis loqui. « Postquam Dominus prudenti interrogatione tenlalorum ora concluserat, eorum malitiam parabolice demonstrat », Glossa. Jésus relève ainsi le gant jeté par ses adversaires et se fait agresseur à son tour. — Saint Matthieu, Mt 20.28–22.14, a conservé trois paraboles qui furent prononcées par Notre-Seigneur dans cette circonstance mémorable : saint Marc n’en mentionne qu’une seule, celle des vignerons. Mais c’est bien la plus significative et la plus énergique. Du reste, en employant l’expression « in parabolis », il montre suffisamment que, selon sa coutume, il cite en abrégé les paroles de Jésus. — Vineam paslinamt homo… Tous les détails de cette description sont empruntés d’un côté aux écrits de l’Ancien Testament, de l’autre aux usages viticoles de la Palestine. Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 21.33. La plantation de la vigne spirituelle de Jéhova avait eu lieu sous Josué, quand la nation théocratique fut établie par son souverain Maître dans la terre de Chanaan. Là, le Seigneur entoura son peuple de soins multiples, analogues aux opérations par lesquelles un vigneron protège et cultive un vignoble. Puis, après en avoir confié la direction aux chefs suprêmes qui le représentaient, peregre profectus est. « Ce n’est pas qu’il ait changé de lieu, dit fort bien le Vén. Bède expliquant ce passage, mais il parut s’en aller, pour laisser aux vignerons toute liberté dans leur travail ». N’oublions pas que c’est sur ces vignerons et sur leur conduite que repose l’idée même de la parabole.
Le temps venu, il envoya un serviteur aux vignerons, pour recevoir d’eux du fruit de la vigne.
Et misit ad agricolas in tempore servum ut ab agricolis acciperet de fructu vineæ.
καὶ άπέστειλεν πρὸς τοὺς γεωργοὺς τω̣̃ καιρω̣̃ δου̃λον ίνα παρὰ τω̃ν γεωργω̃ν λάϐη̣ άπὸ του̃ καρπου̃ του̃ άμπελω̃νος·
12.2. — Misit… in tempore : c’est-à-dire au temps de la vendange. « Quum tempus fructuum appropinquasset », dit saint Matthieu. — Servum. Les serviteurs envoyés successivement par Dieu auprès des vignerons, pour revendiquer ses droits de propriétaire, représentent les Prophètes de l’Ancien Testament, qui furent en effet chargés plus d’une fois de ramener dans la droite voie les prêtres oublieux de leurs devoirs les plus sacrés. — Ut acciperet de fructu. On voit par ce détail que les agriculteurs de la parabole étaient ce que nous nommons en France des métayers, et qu’ils payaient leurs redevances en nature, non en argent. Voyez dans Pline des détails intéressants sur ce genre de location[479].
Mais, l’ayant saisi, ils le battirent, et le renvoyèrent les mains vides.
Qui apprehensum eum ceciderunt, et dimiserunt vacuum.
οί δὲ λαϐόντες αύτὸν έδειραν καὶ άπέστειλαν κενόν
12.3. — Apprehensum eum ceciderunt : έδειραν du texte grec signifierait, d’après l’acception primitive de ce verbe, « pellem detraxerunt » ; mais il faut donner ici a δέρω le sens dérivé que la Vulgate a très justement adopté[480]. Il s’agit en tout cas d’une injure insigne. — Dimiserunt vacuum : à vide au point de vue des fruits qu’il était venu chercher.
Il leur envoya de nouveau un autre serviteur, et ils le blessèrent à la tête, et le chargèrent d’outrages.
Et iterum misit ad illos alium servum : et illum in capite vulneraverunt, et contumeliis affecerunt.
καὶ πάλιν άπέστειλεν πρὸς αύτοὺς άλλον δου̃λον· κάκει̃νον λιθοϐολήσαντες έκεφαλαίωσαν καὶ άπέστειλαν ήτίμωμένον
12.4. — Et iterum misit… D’après le premier Évangile, le maître de la vigne envoya successivement deux groupes de nombreux serviteurs. Cf. Mt 21.34,36. Suivant le récit de saint Marc et de saint Luc, les ambassades furent plus fréquentes et se composèrent seulement de serviteurs isolés, qui vinrent l’un après l’autre réclamer aux vignerons la part du propriétaire. Cette description est a la fois plus pittoresque, plus naturelle et plus conforme à la réalité des faits. — In capite vulneraverunt. L’expression grecque έκεφαλαίωσαν, ainsi traduite par la Vulgate, a donné lieu à une discussion assez vive entre les exégètes, qui aujourd’hui même ne peuvent s’accorder pour en fixer le véritable sens. La difficulté vient de ce que le verbe κεφαλαιόω, dérivé de κεφάλαιον, « summarium », et non de κεφαλή, « caput », a, chez les classiques et même dans les livres grecs de l’Ancien Testament, la signification bien arrêtée de « in summam redigo, summatira dico[481] », et nulle part celle que lui attribue notre version latine. Aussi, les anciens commentateurs grecs l’interprètent-ils autrement que la Vulgate. Théophylacte en donne cette paraphrase, συνετέλεσαν καὶ έκορύφωσαν τὴν ύϐριν, « omni eum contumelias genere quasi in summam quamdam redacto affecerunt », admise avec de légères modifications par plusieurs exégètes contemporains. Voyez les savantes notes de Fritzsche et de M. Schegg, h. l. Néanmoins, nous n’hésitons pas à accepter avec la plupart des interprètes des temps modernes la traduction de la Vulgate. Elle a en sa faveur : 1° plusieurs versions antiques, telles que l’arabe, l’arménien, le syriaque, עלף, « percussit, vulneravit », s’en écarte à peine) ; 2° plusieurs analogies frappantes que Kuinœl a fort bien résumées dans la note suivante : « Sicut γναθόω, a γνάθος, est, auctore Hesychio, είς γνάθους τύπτω, cædo in malas, et γαστρίζω est γαστέρα τύπτω (on pourrait ajouter : et γυιόω, a γυι̃όν, membrum, est meiribra enervo),… ita quoque κεφαλαιου̃ν… omnino· per analogiam significare potest vulnerare caput ». Saint Marc aura donc employé ce verbe dans un sens extraordinaire, mais facile à découvrir. — La Vulgate n’a pas tenu compte du participe λιθοϐολήσαντες qu’on lit dans la Recepta immédiatement avant έκεφαλαίωσαν ; mais ce mot, qui manque aussi dans les manuscrits B, D, L, Δ, Sinaït., dans l’Itala et d’autres versions, pourrait bien être apocryphe.
Il en envoya de nouveau un autre, qu’ils tuèrent ; puis plusieurs autres dont ils battirent les uns, et tuèrent les autres.
Et rursum alium misit, et illum occiderunt : et plures alios : quosdam cædentes, alios vero occidentes.
καὶ πάλιν άλλον άπέστειλεν· κάκει̃νον άπέκτειναν καὶ πολλοὺς άλλους τοὺς μὲν δέροντες τοὺς δὲ άποκτείνοντες
12.5. — Alium… occiderunt. Le premier ambassadeur avait été simplement battu, le second avait subi de mauvais traitements d’une nature plus grave et plus injurieuse, le troisième est mis à mort : il y a gradation dans les outrages. — Et plures alios, scil. « misit et male acceperunt, quosdam cædentes… » La phrase est elliptique. Comme il eût été trop long de signaler un à un tous les serviteurs envoyés par le maître de la vigne à ses vignerons, la parabole abrège et résume, en disant que de nombreuses et fréquentes ambassades se succédèrent de la même manière, mais sans plus de succès. Quelle longue série de prophètes Dieu n’envoya-t-il pas à son peuple et aux hiérarques pour les convertir ! Mais ils furent pour la plupart affreusesement traités. Citons seulement les plus célèbres : Élie injurié par Jézabel, 1Ro 19.2 (cf. 1Ro 18.13) ; Michée emprisonné par Achab, 1Ro 22.24-27 ; Elisée menacé par Joram, 2Ro 6.31 ; Zacharie lapidé sur les ordres de Joas, 2Ch 24.21 ; Jérémie lapidé par ses compatriotes en Égypte ; Isaïe scié avec une scie de bois d’après la tradition juive, etc., etc.
Enfin, ayant encore un fils unique, qui lui était très cher, il le leur envoya aussi en dernier lieu, disant : “ Ils respecteront mon fils ”.
Adhuc ergo unum habens filium carissimum, et illum misit ad eos novissimum, dicens : Quia reverebuntur filium meum.
έτι ου̃ν ένα υίὸν έχων, άγαπητὸν αύτου̃· άπέστειλεν καὶ αύτὸν πρὸς αύτοὺς έσχατον λέγων ότι 'Eντραπήσονται τὸν υίόν μου
12.6. — Adhuc ergo… habens… Cette manière touchante et délicate d’introduire sur la scène le fils du maître de la vigne est propre à saint Marc. Tous les mots portent : unum, filium, carissimum : ce n’est plus un serviteur, mais un fils et ce fils est unique, et par conséquent bien-aimé. À plusieurs reprises, Mc 1.11 ; 9.6, nous avons entendu la voix de Dieu appeler Notre-Seigneur Jésus-Christ son υίός άγαπητός. — Misit ad eos ; il l’envoya sans hésiter, quoiqu’il sût d’avance quel sort lui était réservé ; mais il l’envoya novissimum, comme le dernier de tous ses ambassadeurs. Cf. He 1.2. Après l’avertissement porté par Jésus aux Juifs, il n’y en aura plus d’autre : les coupables seront simplement condamnés et punis. — Quia est récitatif. Le P. Patrizi appelle fort bien ces six premiers versets la partie historique de la parabole, c’est-à-dire la partie qui s’était déjà réalisée au moment où Notre-Seigneur parlait aux Pharisiens ; les VV. 7-9 contiennent au contraire la partie prophétique.
Mais les vignerons dirent entre eux : “ Voici l’héritier ; venez, tuons-le, et l’héritage sera à nous ”.
Coloni autem dixerunt ad invicem : Hic est hæres : venite, occidamus eum : et nostra erit hæreditas.
έκει̃νοι δὲ οί γεωργοὶ εί̃πον πρὸς έαυτοὺς ότι Ού̃τός έστιν ό κληρονόμος· δευ̃τε άποκτείνωμεν αύτόν καὶ ήμω̃ν έσται ή κληρονομία
12.7. — Dès qu’ils aperçurent le fils de leur maître venant au-devant d’eux, les vignerons formèrent un horrible projet, qui devait mettre le comble à leurs atrocités antérieures. — Hic est hæres. Ils agissent, on le voit, en pleine connaissance de cause. Ils savent que celui qui vient à eux comme un messager de pardon est le fils et l’héritier ; mais c’est là pour eux un nouveau motif de lui donner la mort. Ils espèrent, les insensés, que l’héritage leur appartiendra ensuite pleinement.
Et s’étant saisis de lui, ils le tuèrent, et le jetèrent hors de la vigne.
Et apprehendentes eum, occiderunt : et ejecerunt extra vineam.
καὶ λαϐόντες αύτόν άπέκτειναν καὶ έξέϐαλον έξω του̃ άμπελω̃νος
12.8. — Apprehendentes… occiderunt. Le verset précédent nous avait fait entendre le langage cynique et barbare des vignerons ; celui-ci nous les montre à l’œuvre et réalisant leur affreux dessein. Ce tableau est vraiment tragique. — Ejecerunt extra vineam. D’après les deux autres récits, les bourreaux avaient entraîné leur victime hors de la vigne avant de lui porter le coup fatal ; ici, c’est son cadavre qu’ils jettent par-dessus la haie que le propriétaire avait si soigneusement plantée. C’est une légère variante, ou bien la figure appelée « Hysteron-proteron ».
Que fera donc le maître de la vigne ? Il viendra, et fera périr les vignerons, et il donnera la vigne à d’autres.
Quid ergo faciet dominus vineæ ? Veniet, et perdet colonos, et dabit vineam aliis.
τί ου̃ν ποιήσει ό κύριος του̃ άμπελω̃νος έλεύσεται καὶ άπολέσει τοὺς γεωργούς καὶ δώσει τὸν άμπελω̃να άλλοις
12.9. — Quid ergo faciet… Jésus adressa cette question à ses adversaires, afin de leur faire formuler eux-mêmes leur sentence. Cf. Mt 21.40,41. Les paroles qui suivent, veniet et perdet…, furent donc proférées par les Sanhédristes. Elles contiennent une menace terrible, annonçant d’un côté que la vigne sera violemment enlevée aux vignerons perfides, de l’autre que ces misérables seront personnellement l’objet des justes vengeances du propriétaire : deux points qui ne tardèrent pas à se réaliser.
N’avez-vous pas lu cette parole de l’Écriture : La pierre rejetée par ceux qui bâtissaient est devenue la tête de l’angle ;c’est le Seigneur qui a fait cela, et c’est une merveille à nos yeux ? ».
Nec scripturam hanc legistis : Lapidem quem reprobaverunt ædificantes, hic factus est in caput anguli :a Domino factum est istud, et est mirabile in oculis nostris ?
ούδὲ τὴν γραφὴν ταύτην άνέγνωτε Λίθον ὸν άπεδοκίμασαν οί οίκοδομου̃ντες ού̃τος έγενήθη είς κεφαλὴν γωνίας· παρὰ κυρίου έγένετο αύτη καὶ έστιν θαυμαστὴ έν όφθαλμοι̃ς ήμω̃ν
12.10. et 11. — Application de la parabole, à l’aide d’un texte biblique qui rend la pensée de Jésus tout à la fois plus solennelle et plus transparente. Voyez les détails dans l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 21.42. — Scripturam hanc, τὴν γραφὴν ταύτην, ce passage écrit dans nos saints Livres. Les hiérarques avaient très bien répondu ; mais ils ignoraient peut-être, ou du moins ils affectaient d’ignorer qu’ils étaient eux-mêmes les vignerons de la parabole, menacés, à cause de leur conduite indigne, des châtiments les plus graves du Seigneur. Le Sauveur, par ce texte bien connu d’un Psaume que tout le monde regardait comme messianique, leur montre que c’est eux qu’il a eus en vue dans son allégorie. — In caput anguli. Jésus est la pierre angulaire qui unit deux murs séparés : « Angulus duas parietes copulat de diverso venientes. Quid tam diversum quam circumcisio et præputium, habens unum parietem de Judæa, alterum parietem de gentibus ? Sed angulari lapide copulantur[482] ».
Et ils cherchaient à s’emparer de lui, mais ils craignirent la foule ; car ils comprirent que c’était pour eux qu’il avait dit cette parabole. Et l’ayant laissé, ils s’en allèrent.
Et quærebant eum tenere : et timuerunt turbam : cognoverunt enim quoniam ad eos parabolam hanc dixerit. Et relicto eo abierunt.
Καὶ έζήτουν αύτὸν κρατη̃σαι καὶ έφοϐήθησαν τὸν όχλον έγνωσαν γὰρ ότι πρὸς αύτοὺς τὴν παραϐολὴν εί̃πεν καὶ άφέντες αύτὸν άπη̃λθον
12.12. — Description de l’effet produit sur les hiérarques par ces dernières paroles de Jésus. Ce fut comme de l’huile jetée sur du feu. Comprenant alors que la parabole des vignerons les désignait, les condamnait (ad eos est un hellénisme pour « de eis »), ils devinrent furieux, exaspérés. Aussi auraient-ils exécuté sans retard les noirs complots qu’ils avaient depuis longtemps tramés contre Jésus, si un puissant obstacle ne les eût arrêtés pour la seconde fois : et (pour « sed ») timuerunt turbam. Cf. Mc 11.18 ; Lc 20.19. Ils remirent donc à une occasion plus propice la satisfaction de leur vengeance. En attendant, ils s’en vont, sans avoir appris ce qu’ils voulaient savoir (cf. Mc 11.27 et ss.), et après avoir appris ce qu’ils auraient préféré ne pas connaître.