Nunc aspergamus librum nostrum de sanguine, et limina domorum, et funem coccineum circumdemus domui orationis nostræ, et coccum in manu nostra… De Christi enim occisione narrat Evangelista.
-- Pseudo-Hieron. ap. Caten. saint Thom. h l.Or, deux jours après, c’étaient la Pâque et les Azymes, et les princes des prêtres et les scribes cherchaient comment ils se saisiraient de Jésus par ruse, et le feraient mourir.
Erat autem Pascha et azyma post biduum : et quærebant summi sacerdotes et scribæ quomodo eum dolo tenerent, et occiderent.
̔Hν δὲ τὸ πάσχα καὶ τὰ άζυμα μετὰ δύο ήμέρας καὶ έζήτουν οί άρχιερει̃ς καὶ οί γραμματει̃ς πω̃ς αύτὸν έν δόλω̣ κρατήσαντες άποκτείνωσιν·
14.1. — Erat autem Pascha et Azyma. Dans le grec, τὸ πάσχα καὶ τὰ άζυμα, avec un double article, pour marquer la fête par excellence du Judaïsme, la grande solennité nationale et religieuse des Hébreux. Sur l’origine des mots Pâque et Azymes, voyez l’Évangile selon saint Matthieu, pp. 491 et 501. On s’est parfois demandé pour quel motif saint Marc a réuni ces deux noms, alors que l’un ou l’autre eût parfaitement suffi. Plusieurs interprètes, restreignant le sens de « Pascha » de manière à ne lui faire désigner ici que l’agneau pascal, ont suppose que l’Évangéliste avait surtout en vue le repas légal du 14 nisan, qui se trouverait ainsi désigné par ses deux mets principaux, l’agneau et les pains azymes. Mais cette raison nous parait peu convaincante, puisque, dans ce passage, il est question de la solennité considérée dans son ensemble, et pas seulement de la Cène. Peut-être la formule « Pascha et Azyma » (פסח והמעות) était-elle parfois employée à l’époque de Notre-Seigneur pour dénommer la Pâque. Mais il nous semble plus probable que saint Marc n’a voulu associer ces deux noms techniques qu’afin de montrer à ses lecteurs d’origine païenne qu’ils indiquent une seule et même fête. Cf. Lc 22.1. — Post biduum… C’est-à-dire le surlendemain. Ce qui va suivre se passait donc le 12 nisan, le mardi de la Semaine Sainte. — Quœrebant summisacerdotes… Saint Matthieu, dont la narration est plus complète, nous montre les Sanhédristes se réunissant en séance solennelle chez Caïphe, le prince des prêtres, et tenant une consultation en règle sur le sujet en question. - Saint Marc note du moins clairement le but de leurs efforts, quomodo eum dolo tenerent… Remarquons cet « eum » significatif, Jésus n’a pas été nommé depuis les premiers versets du chap. xiii. Mais on sait à qui les membres du grand Conseil pensent d’une manière continuelle depuis bientôt deux ans. — Nous avons fait remarquer en expliquant le passage parallèle de saint Matthieu, Mt 26.4, que le substantif « dolo » ne retombe que sur « tenerent », et pas sur « occiderent ». La principale difficulté consistait en effet à se saisir de la personne de Jésus. Une fois arrêté, les Sanhédristes sauront bien se défaire de lui, soit juridiquement, soit au besoin en recourant au poignard d’un sicaire.
Mais ils disaient : « Que ce ne soit pas le jour de la fête, de peur qu’il ne s’élève quelque tumulte parmi le peuple ».
Dicebant autem : Non in die festo, ne forte tumultus fieret in populo.
έλεγον δὲ, Μὴ έν τη̣̃ έορτη̣̃ μήποτε θόρυϐος έσται του̃ λαου̃
14.2. — Dicebant autem. La Recepta porte aussi έλεγον δὲ ; mais les manuscrits B, C, D, L, Sinait. ont έλεγον γάρ, « dicebant enim ». — Non in die festo ; ou mieux, d’après le grec (μὴ έν τη̣̃ έορτη̣̃), « non in festo », c’est-à-dire pendant les huit jours que durait la fête. Les Sanhédristes reculaient ainsi d’une grande semaine et au-delà l’arrestation de Jésus. — Ne forte tumultus fieret… « Ex communiter contingentibus » (cf. l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 26.5), et vu les dispositions favorables du peuple pour Jésus, un soulèvement était fort à craindre si l’on ne procédait avec la plus grande prudence dans cette affaire délicate. C’est pourquoi les membres du grand Conseil, malgré leur désir de se débarrasser au plus vite de leur ennemi, sont unanimes pour retarder de quelques jours l’exécution de leurs noirs projets de vengeance. Sur le motif qui annula bientôt cette résolution, voyez notre commentaire sur Mt 26.5.
Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, et qu’il était à table, une femme entra, portant un vase d’albâtre plein d’un parfum précieux, de nard d’épi, et ayant rompu le vase, elle répandit le parfum sur la tête de Jésus.
Et cum esset Bethaniæ in domo Simonis leprosi, et recumberet, venit mulier habens alabastrum unguenti nardi spicati pretiosi : et fracto alabastro, effudit super caput ejus.
Καὶ όντος αύτου̃ έν Βηθανία̣ έν τη̣̃ οίκία̣ Σίμωνος του̃ λεπρου̃ κατακειμένου αύτου̃ η̃λθεν γυνὴ έχουσα άλάϐαστρον μύρου νάρδου πιστικη̃ς πολυτελου̃ς Καὶ συντρίψασα τό άλάϐαστρον κατέχεεν αύτου̃ κατὰ τη̃ς κεφαλη̃ς
14.3. — Cum esset Bethaniæ. « Ce souper que Jésus prit à Béthanie chez Simon le Lépreux se fit six jours avant la Pâque… Saint Jean l’a rapporté en son lieu, Jn 12.1 ; mais les autres évangélistes l’ont mis ici par récapitulation, pour faire connaître la cause de la trahison de Judas[505] ». — Simonis leprosi. Personnage inconnu, qui était évidemment un disciple de Notre-Seigneur. — Venit mulier. C’était celle qui avait eu le bonheur de s’entendre dire par Jésus quelque temps auparavant : « Maria optimam partem elegit quæ non auferetur ab ea ». Lc 10.42. — Alabastrum unguenti nardi spicati pretiosi. Saint Marc, de même que saint Jean, a nettement indiqué la nature du parfum répandu par Marie sur la tête du Sauveur. Le nard, mentionné à deux reprises dans le Cantique des Cantiques, Ct 1.12 ; 4.13,14, était une huile aromatique, fabriquée avec les racines, les feuilles ou l’épi de la planto du méme nom[506], qui croît, ou plutôt que l’on cultive en grand dans les Indes. Dioscorides, περὶ ναρδίνου μύρου[507], en fait ressortir la grande valeur. Ce parfum était si estimé des anciens, qu’Horace, on le sait, allait jusqu’à promettre à Virgile un tonneau entier de bon vin pour une petite fiole (« parvus onyx ») de nard[508]. De là l’épithète de « pretiosi », qui sera d’ailleurs justifiée plus tard par une réflexion des disciples, V. 5. L’autre épithète, « spicati », semblerait désigner un nard extrait de l’épi du Nardostachys ; mais tel n’est certainement pas le sens du mot grec correspondant, πιστικη̃ς, que la Vulgate traduit par « pistici » dans le passage parallèle du quatrième Évangile. On explique ce mot de trois manières, selon les racines diverses qu’on lui attribue. 1° Les uns le font venir de Pista, ville de Perse : les « nardus pisticus » serait donc du nard de Pista. 2° Selon d’autres, πίστικος dériverait de πίνω, boire : il s’agirait alors de nard potable, par conséquent liquide. De fait, nous savons par les anciens auteurs qu’on mélangeait parfois le nard aux liqueurs en guise d’épices. 3° Suivant l’opinion qui a toujours été le plus communément suivie, la vraie racine serait πίστις, « fides », et l’adjectif ainsi formé signifierait fidèle, authentique, par opposition à frelaté. Ce sentiment, qu’adoptait Théophylacte (άδóλου καὶ μετά πίστεως κατασκευασθείσης), nous semble le meilleur des trois, d’autant mieux que la fraude allait grand train sur cette matière précieuse, comme nous le raconte Pline l’Ancien[509], en parlant du « Pseudonardus ». — Fracto alabastro. Détail pittoresque, propre à saint Marc. Le goulot étroit du vase n’aurait point permis au parfum de s’échapper assez vite : Marie le brise sans hésiter, sacrifiant tout ensemble le contenant et le contenu dans sa sainte prodigalité.
Or il y en avait là quelques-uns qui s’indignèrent en eux-mêmes, et qui disaient : « À quoi bon perdre ainsi ce parfum ? ».
Erant autem quidam indigne ferentes intra semetipsos, et dicentes : Ut quid perditio ista unguenti facta est ?
η̃σαν δέ τινες άγανακτου̃ντες πρὸς έαυτούς καὶ λέγοντες, Είς τί ή άπώλεια αύτη του̃ μύρου γέγονεν
14.4. — Quidam indigne ferentes. À l’instigation de Judas, cf. Jn 12.4, plusieurs disciples se permirent de blâmer, non seulement au fond de leur cœur, intra semetipsos, comme disent la Recepta grecque et la Vulgate, mais, suivant une variante qui est probablement authentique, (άγανακτου̃ντες πρὸς έαυτούς καὶ λέγοντες, ou bien : καὶ έλεγον) ouvertement et à voix haute, la conduite de Marie.
Car on pouvait vendre ce parfum plus de trois cents deniers, et les donner aux pauvres. Et ils s’irritaient contre elle.
poterat enim unguentum istud venundari plus quam trecentis denariis, et dari pauperibus. Et fremebant in eam.
ήδύνατο γὰρ του̃το πραθη̃ναι έπάνω τριακοσίων δηναρίων καὶ δοθη̃ναι τοι̃ς πτωχοι̃ς· καὶ ένεϐριμω̃ντο αύτη̣̃
14.5. — Venumdari plus quam trecentis denariis. Ces Galiléens, positifs et pratiques comme le sont d’ordinaire les gens de la campagne, ont eu le temps déjà de calculer la valeur du parfum. On aurait pu, s’écrient-ils, le vendre 300 deniers et au delà, c’est-à-dire plus de 250 francs[510]. — Et dari pauperibus. « L’amour des pauvres fut le prétexte dont on se servit pour condamner la piété de cette femme, qu’on appelait indiscrète[511] ». — Et fremebant in eam, καὶ ένεϐριμω̃ντο αύτη̣̃. Expression énergique, qui marque ordinairement une indignation extrême. Ce trait est propre à saint Marc.
Mais Jésus dit : « Laissez-la ; pourquoi lui faites-vous de la peine ? Elle a fait une bonne oeuvre à mon égard.
Jesus autem dixit : Sinite eam, quid illi molesti estis ? Bonum opus operata est in me :
ό δὲ 'Iησου̃ς εί̃πεν ̋Αφετε αύτήν· τί αύτη̣̃ κόπους παρέχετε καλὸν έργον είργάσατο είς έμέ
14.6. — Jesus autem… Le Sauveur protesta avec bonté, mais aussi avec fermeté, contre cette conduite injuste de ses Apôtres. Du reste, comme le dit Bossuet, l. c., leurs insolents discours n’attaquaient pas seulement la femme dont ils accusaient la profusion, mais encore leur Maître, qui la souffrait. — Bonum opus… Jésus a rarement loué d’une manière si illimitée les hommages dont sa divine personne a été l’objet sur la terre.
Car vous avez toujours des pauvres avec vous, et quand vous voudrez, vous pourrez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.
semper enim pauperes habetis vobiscum : et cum volueritis, potestis illis benefacere : me autem non semper habetis.
πάντοτε γὰρ τοὺς πτωχοὺς έχετε μεθ’ έαυτω̃ν καὶ όταν θέλητε δύνασθε αύτούς ευ̃ ποιη̃σαι έμὲ δὲ ού πάντοτε έχετε
14.7. — Semper enim pauperes… Dans le grec, τοὺς πτωχοὺς avec l’article, les pauvres. « Cogitantur tanquam species quæ non deficit[512] ». — Cum volueritis, potestis… Saint Matthieu et saint Jean ont omis cette belle parenthèse, par laquelle Jésus exhorte indirectement les siens à la charité envers les pauvres. — Me autem non semper habetis. Allusion délicate à sa mort prochaine. — On l’a dit avec beaucoup de justesse, ce verset contient les titres de noblesse de l’art chrétien, qui renouvelle de mille manières pour Notre-Seigneur Jésus-Christ l’acte généreux de la sœur de Lazare.
Ce qu’elle a pu, elle l’a fait ; elle a d’avance embaumé mon corps pour la sépulture.
Quod habuit hæc, fecit : prævenit ungere corpus meum in sepulturam.
ὸ εί̃χεν αύτη έποίησεν· προέλαϐεν μυρίσαι μου τὸ σω̃μά είς τὸν ένταφιασμόν
14.8. — Quod habuit hæc, fecit. Ces paroles sont également propres à saint Marc. Quel éloge sous la forme la plus simple ! « Habuit » est synonyme de « potuit ». — Prævenit ungere corpus meum… Par cette onction respectueuse, Marie avait rendu d’avance au corps sacré de Jésus les honneurs funèbres. C’est ainsi qu’un acte qui n’avait en soit rien d’extraordiuaire, était devenu, à cause des circonstances particulières où se trouvait Jésus, profondément significatif. Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 26.12.
En vérité, je vous le dis, partout où sera prêché cet Évangile, dans le monde entier, on racontera aussi, en mémoire de cette femme, ce qu’elle a fait ».
Amen dico vobis : Ubicumque prædicatum fuerit Evangelium istud in universo mundo, et quod fecit hæc, narrabitur in memoriam ejus.
άμὴν λέγω ύμι̃ν όπου ὰν κηρυχθη̣̃ τὸ εύαγγέλιον του̃το είς όλον τὸν κόσμον καὶ ὸ έποίησεν αύτη λαληθήσεται είς μνημόσυνον αύτη̃ς
14.9. — Ubicumque prædicatum fuerit… Après avoir loué sans réserve l’action de Marie et après en avoir expliqué le sens prophétique, le Sauveur lui accorde, dès ici-bas, une grande récompense. La pieuse amie de Jésus, en rendant un hommage public à Celui dont elle et les siens avaient reçu tant de bienfaits, s’élevait à son insu un monument éternel de gloire.
Alors Judas Iscariote, l’un des douze, s’en alla vers les princes des prêtres, pour leur livrer Jésus.
Et Judas Iscariotes, unus de duodecim, abiit ad summos sacerdotes, ut proderet eum illis.
Καὶ ό 'Iούδας ό 'Iσκαριώτης, εί̃ς τω̃ν δώδεκα άπη̃λθεν πρὸς τοὺς άρχιερει̃ς ίνα παραδω̣̃ αύτὸν αύτοι̃ς
14.10. — Judas… unus de duodecim. Quelques manuscrits portent ό εί̃ς τω̃ν δώδεκα, avec l’article devant « unus », pour renforcer encore une parole déjà si expressive. C’était l’un des Douze, remarque saint Augustin, « numero, non merito ; specie, non virtute ; commixtione corporali, non vinculo spirituali ; carnis adjunctione, non cordis socius unitate[513] ». C’est pourquoi il ne rougit pas de livrer son Maître. Cet « explorator pastoris », cet « insidiator salvatoris », ce « venditor Redemptoris », comme l’appelle encore saint Augustin[514], s’en va de lui-même, par le libre choix de son âme criminelle, tendre la main aux Sanhédristes et conclure avec eux le marché le plus infâme qui ait jamais eu lieu sur la terre. Quel contraste entre l’acte de Marie et la démarche de Judas ! Et ce qui rend le contraste plus frappant, c’est que ce fut précisément l’action si noble et si affectueuse de Marie qui mit le comble à la haine de Judas. Sur les mobiles de cette trahison, voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 26.15. La démarche du traître eut lieu, selon toute vraisemblance, le soir du Mardi saint, peu de temps après le complot du Sanhédrin (V. 1).
Après l’avoir entendu, ils se réjouirent, et promirent de lui donner de l’argent. Et il cherchait une occasion favorable pour le livrer.
Qui audientes gavisi sunt : et promiserunt ei pecuniam se daturos. Et quærebat quomodo illum opportune traderet.
οί δὲ άκούσαντες έχάρησαν καὶ έπηγγείλαντο αύτω̣̃ άργύριον δου̃ναι καὶ έζήτει πω̃ς εύκαίρως αύτὸν παραδω̣̃
14.11. — Audientes gavisi sunt. Saint Matthieu n’avait pas mentionné ce trait caractéristique. On comprend sans peine que la proposition du Judas ait rempli le cœur des Sanhédristes d’une joie infernale. On l’a vu, VV. 1 et 2, ils étaient réellement inquiets sur l’issue d’une entreprise qu’ils croyaient hérissée de difficultés, même de dangers, et voici qu’un des amis les plus intimes de Jésus se chargeait de lever tout obstacle ! — Promiserunt ei pecuniam : « triginta argenteos », dit saint Matthieu. C’est pour cette misérable somme que l’avare Judas vendit son Maître. — Quærebat quomodo… opportune… Devenu l’agent des Princes des prêtres, le traître guette le moment favorable de tomber sur sa proie. L’arrestation, en effet, ne pouvait guère avoir lieu à Béthanie, où Jésus comptait un si grand nombre d’amis dévoués.
Le récit de saint Marc est le plus vivant et le plus complet des trois : un seul détail y est omis, le nom des deux disciples chargés de préparer la cène.
Le premier jour des Azymes, où on immolait la pâque, les disciples lui dirent : « Où voulez-vous que nous allions vous préparer ce qu’il faut pour manger la pâque ? ».
Et primo die azymorum quando Pascha immolabant, dicunt ei discipuli : Quo vis eamus, et paremus tibi ut manduces Pascha ?
Καὶ τη̣̃ πρώτη̣ ήμέρα̣ τω̃ν άζύμων ότε τὸ πάσχα έθυον λέγουσιν αύτω̣̃ οί μαθηταὶ αύτου̃ Που̃ θέλεις άπελθόντες έτοιμάσωμεν ίνα φάγη̣ς τὸ πάσχα
14.12. — Primo die Azymorum. C’est-à-dire dans la journée et probablement dès le matin du 14 nisan, qui tombait un jeudi cette année-là. Voyez la note chronologique insérée dans notre Évangile selon saint Matthieu, Mt 26.17. — Quando pascha immolabant. Le sujet est « Judæi », sous-entendu à la façon hébraïque. « Pascha » a évidemment le sens de victime pascale. Ce petit détail d’archéologie est omis par saint Matthieu : il eût été fort inutile pour ses lecteurs d’origine juive. Il corrobore étonnamment, ou plutôt il rend irréfutable, croyons-nous, l’opinion que nous avons adoptée relativement au jour où Notre-Seigneur célébra la dernière cène. Si Jésus mangea l’agneau pascal le même jour que ses coreligionnaires, il le mangea comme eux le soir du 14 nisan, et fut crucifié le 15. Du reste, les Quartodécimans, qui s’obstinèrent pendant assez longtemps à célébrer la Pâque chrétienne en ce même jour, et non le dimanche suivant avec le reste de l’Église, s’appuyaient sur des ordonnances spéciales de l’apôtre saint Jean : fait qui enlève une grande partie de leur valeur aux raisons que les partisans du système opposé tirent du quatrième Évangile. — Quo vis eamus et paremus… ? Les Apôtres rappellent familièrement à leur Maître qu’il est temps de faire les préparatifs nécessaires pour la célébration de la cène légale, et ils lui demandent spécialement ses intentions touchant le choix d’un local convenable.
Et il envoya deux de ses disciples, et leur dit : « Allez à la ville, et vous rencontrerez un homme portant une cruche d’eau ; suivez-le,
Et mittit duos ex discipulis suis, et dicit eis : Ite in civitatem, et occurret vobis homo lagenam aquæ bajulans : sequimini eum,
καὶ άποστέλλει δύο τω̃ν μαθητω̃ν αύτου̃ καὶ λέγει αύτοι̃ς 'Yπάγετε είς τὴν πόλιν καὶ άπαντήσει ύμι̃ν άνθρωπος κεράμιον ύδατος βαστάζων· άκολουθήσατε αύτω̣̃
14.13. — Mittit duos discipulos : « Petrum et Joannem », dit saint Luc. Jésus les envoie à Jérusalem, in civitatem, où devaient avoir lieu l’immolation et la manducation de l’agneau pascal. — Occurret cobis homo… Ainsi qu’on l’admet communément, Jésus, au lieu de nommer directement le propriétaire de la maison où il désirait faire la Pâque, employa cette circonlocution mystérieuse afin de cacher à Judas jusqu’au soir lieu de la réunion. Si le traître eût connu d’avance ce local, il n’eût pas manqué d’avertir les Sanhédristes pendant la journée, et on serait venu arrêter Notre-Seigneur avant que « son heure » fût venue, avant qu’il eût laissé à son Église, dans la sainte Eucharistie, le gage de l’amour le plus parfait et la plus précieuse bénédiction. — Lagenam aquæ bajulans. Signe très distinctif, qui rendait cet homme facile à reconnaître, même au milieu de la foule nombreuse qui remplissait alors la capitale juive. Le mot grec traduit par « lagenam » signifie proprement « vas figulinum » (κεράμιον) : il s’agit donc d’une de ces grandes urnes en terre que les Orientaux portent gracieusement sur la tête. Ce serviteur devait-il se trouver là en vertu d’un arrangement concerté d’avance entre Jésus et le maître de la maison ? ou bien est-ce la Providence elle-même qui devait le placer sur le chemin des deux Apôtres pour leur servir de guide, de sorte que Jésus eût été vraiment prophète en tenant ce langage ? Les deux sentiments ont été soutenus ; le premier nous paraît néanmoins difficilement admissible. Les Évangélistes racontent visiblement un fait, surnaturel.
et en quelque lieu qu’il entre, dites au maître de la maison : “ Le Maître dit : Où est le lieu où je pourrai manger la pâque avec mes disciples ? ”.
et quocumque introierit, dicite domino domus, quia magister dicit : Ubi est refectio mea, ubi Pascha cum discipulis meis manducem ?
καὶ όπου έὰν είσέλθη̣ είπατε τω̣̃ οίκοδεσπότη̣ ότι ʻO διδάσκαλος λέγει Που̃ έστιν τὸ κατάλυμά όπου τὸ πάσχα μετὰ τω̃ν μαθητω̃ν μου φάγω
14.14. — Quocumque introierit. Le langage de saint Luc est plus précis : « Sequimini eum in domum in quam intrat ». — Domino domus. Ce devait être un disciple, assurément, ainsi qu’il ressort du contexte et surtout du mot Magister. — Ubi est refectio mea. Le mot grec κατάλυμά (il est accompagné de l’article, non toutefois du pronom μου, si ce n’est dans quelques manuscrits) signifie plutôt « diversorium » (cf. Lc 22.11), lieu de repos, appartement où le voyageur se récrée quelques instants.
Et il vous montrera une grande chambre haute, toute meublée ; là faites-nous les préparatifs ».
Et ipse vobis demonstrabit cœnaculum grande, stratum : et illic parate nobis.
καὶ αύτὸς ύμι̃ν δείξει άνὼγεον μέγα έστρωμένον έτοιμον· έκει̃ έτοιμάσατε ήμι̃ν
14.15. — Et ipse vobis demonstrabit… Saint Matthieu a omis tous ces détails ; saint Luc les rapporte dans les mêmes termes que notre Évangéliste. Le cénacle, ou, d’après le grec (άνὼγεον, de άνὰ τη̃ν γη̃ν selon les uns, plus probablement de άνω τη̃ς γη̃ς selon les autres), la chambre haute qui dévait être cédée aux disciples, est décrite en deux mots par Jésus : grande, elle avait de grandes dimensions. Ce qui suppose qu’elle faisait partie d’une maison riche et considérable ; stratum, έστρωμένον, elle était munie de tapis, de divans, par conséquent déjà préparée pour le repas, ainsi que l’ajoute une troisième épithète (έτοιμον) dans le texte original.
Ses disciples s’en allèrent donc et vinrent dans la ville ; et ils trouvèrent les choses comme il le leur avait dit, et ils préparèrent la pâque.
Et abierunt discipuli ejus, et venerunt in civitatem : et invenerunt sicut dixerat illis, et paraverunt Pascha.
καὶ έξη̃λθον οί μαθηταὶ αύτου̃, καὶ η̃λθον είς τὴν πόλιν καὶ εύ̃ρον καθὼς εί̃πεν αύτοι̃ς καὶ ήτοίμασαν τὸ πάσχα
14.16. — Abierunt, venerunt, invenerunt, paraverunt. La narration est pittoresque et rapide. Elle est en même temps très circonstanciée, à la manière de saint Marc.