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TROISIÈME PARTIE — VIE GLORIEUSE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

Mc 16.

Le ministère public et la Passion du Sauveur, tel est, à vrai dire, le fond de sa vie messianique. Aussi les Évangélistes passent-ils très rapidement sur ses mystères glorieux. Ils les signalent néanmoins, et saint Marc le fait avec son originalité ordinaire. Bien plus, il partage avec saint Luc le mérite d’avoir mentionné l’Ascension de Jésus à la suite de sa Résurrection.

1. — Le Christ ressucité.

Mc 16.1-14.

a. Les saintes femmes au sépulcre.

Mc 16.1-8. — Parall. Mt 28.1-10 ; Lc 24.1-8.

Lorsque le sabbat fut passé, Marie-Madeleine, et Marie mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des parfums pour venir embaumer Jésus.
Et cum transisset sabbatum, Maria Magdalene, et Maria Jacobi, et Salome emerunt aromata ut venientes ungerent Jesum.
Καὶ διαγενομένου του̃ σαϐϐάτου Μαρία ή Μαγδαληνὴ καὶ Μαρία ή του̃ 'Iακώϐου καὶ Σαλώμη ήγόρασαν άρώματα ίνα έλθου̃σαι άλείψωσιν αύτόν

16.1. — « Post sabbati tristitiam, felix irradiat dies, quæ primatum in diebus tenet, luce prima in eo lucescente, et Domino in eo cum triumpho resurgente[581] ». Les détails de ce premier verset sont propres à notre Évangéliste. Ils consistent en une date, en un fait, en un but. — 1° La date : Cum transisset sabbatum ; c’était donc le samedi soir après le coucher du soleil, puisque, à ce moment, le sabbat et son repos obligatoire cessaient. — 2° Le fait : les trois saintes femmes que nous avions vues la veille auprès de la croix de Jésus expirant, Mc 15.40, achètent des baumes et des parfums précieux, aromata. Elles le pouvaient alors ; car, aussitôt que le sabbat avait pris fin, les magasins, fermés pendant les vingt-quatre heures précédentes, s’ouvraient afin que chacun pût faire ses achats pour les besoins du soir et du lendemain matin. — Maria Jacobi est la même que « Maria Joseph » de la fin du chap. xv (V. 47). D’abord désignée, Mc 15.40, par les noms réunis de ses deux fils, elle l’est ensuite alternativement par les noms séparés de l’un et de l’autre. — 3° Le but : ut ungerent Jesum. L’ensevelissement du Sauveur avait eu lieu à la hâte et d’une manière imparfaite à cause de l’approche du sabbat (cf. Mc 15.42). Les pieuses amies de Jésus se proposent de le compléter.

Et de grand matin, le premier jour après le sabbat, elles vinrent au sépulcre, le soleil étant déjà levé.
Et valde mane una sabbatorum, veniunt ad monumentum, orto jam sole.
καὶ λίαν πρωῒ τη̃ς μια̃ς σαϐϐάτων έρχονται έπὶ τὸ μνημει̃ον άνατείλαντος του̃ ήλίου

16.2. — La formule una sabbatorum équivaut à « prima die post sabbatum », et indique par conséquent le dimanche. Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 28.1. — Veniunt au présent : trait graphique. Le verbe est à l'aoriste dans les deux autres synoptiques. — Orto jam sole. Saint Marc ayant dit une ligne plus haut qu’il était valde mane, λίαν πρωῒ, quand les saintes femmès vinrent auprès du sépulcre, divers interprètes anciens et modernes ont donné à άνατείλαντος le sens du présent άνατέλλοντος (« oriente jam sole », saint Augustin), afin de mettre ainsi l’Évangéliste tout à fait d’accord avec lui-même. Mais la grammaire s’oppose à une telle traduction. La conciliation se fait sans peine si l’on admet que, parties de chez elles avant le lever du soleil, les deux Marie et Salomé arrivèrent au tombeau de Jésus quand cet astre commençait à paraître. Du reste, à cette époque de l’année, en Orient surtout, l’heure du lever du soleil peut s’appeler matinale. Comparez Jn 20.1 et l'explication.

Et elles disaient entre elles : « Qui nous retirera la pierre de devant l’entrée du sépulcre ? ».Et en regardant, elles virent que cette pierre, qui était fort grande, avait été roulée de côté.
Et dicebant ad invicem : Quis revolvet nobis lapidem ab ostio monumenti ?Et respicientes viderunt revolutum lapidem. Erat quippe magnus valde.
καὶ έλεγον πρὸς έαυτάς Τίς άποκυλίσει ήμι̃ν τὸν λίθον έκ τη̃ς θύρας του̃ μνημείου καὶ άναϐλέψασαι θεωρου̃σιν ότι άποκεκύλισται ό λίθος· η̃ν γὰρ μέγας σφόδρα

16.3. et 4. — Dicebant ad invicem. Chemin faisant, Marie Madeleine et ses compagnes ont un sujet d'anxiété. Se rappelant qu'une grosse et lourde pierre avait été roulée à rentrée de la grotte sépulcrale, Mc 15.46, elles se demandent : Quis revolvet nobis lapidem… ? Elles craignent, à celle heure peu avancée du jour, de ne rencontrer personne qui puisse leur rendre ce bon office. On le voit, elles sont dans une ignorance absolue de ce qui s’était passé l’avant-veille auprès du sépulcre. Elles ne savent rien des gardes, ni des sceaux apposés sur la pierre. Cf. Mt 27.62-66. — Respicientes, άναϐλέψασαι : l’expression a été très heureusement choisie, car elle signifie « voir de bas en haut ». Or le sépulcre était précisément sur une éminence, et les saintes femmes arrivaient par en bas. Ce trait est donc tout à fait pittoresque. D’ailleurs, tous les détails contenus dans ces deux versets sont de nouvelles particularités du second Évangile. — Erat quippe magnus valde. Ces mots viendraient peut-être mieux à la suite du V. 3, et c’est là en effet que les placent le Codex D et plusieurs manuscrits latins. Dans leur situation actuelle, qui est probablement la bonne, ils expliquent comment les saintes femmes purent remarquer de loin que la pierre avait été roulée en avant du tombeau.

Et entrant dans le sépulcre, elles virent un jeune homme assis du côté droit, vêtu d’une robe blanche, et elles furent effrayées.
Et introëuntes in monumentum viderunt juvenem sedentem in dextris, coopertum stola candida, et obstupuerunt.
καὶ είσελθου̃σαι είς τὸ μνημει̃ον εί̃δον νεανίσκον καθήμενον έν τοι̃ς δεξιοι̃ς περιϐεϐλημένον στολὴν λευκήν καὶ έξεθαμϐήθησαν

16.5. — Introeuntes in monumentum. Les sépulcres juifs des environs de Jérusalem, du moins les plus considérables, consistaient en des chambres plus on moins profondes, creusées dans le roc[582]. Les saintes femmes purent donc pénétrer dans le tombeau où avait reposé Jésus. — Viderunt juvenem. Ce jeune nomme était évidemment un ange, d’après l’ensemble du récit ; mais saint Marc a surtout voulu décrire sa forme, son apparition extérieure. De là le nom de νεανίσκος qu’il lui donne. Était-ce le même ange qui, selon le récit de saint Matthieu, Mt 28.2-4, avait roulé en avant la pierre du sépulcre, et fait fuir les gardiens postés par le Sanhédrin ? Tout porte à le croire. Il est vrai que l’auteur du premier Évangile nous le montre assis à l’entrée du tombeau et invitant les saintes femmes à entrer, tandis que, d’après saint Marc, Madeleine et ses compagnes le trouvèrent dans l’intérieur du sépulcre. Il est également vrai que saint Luc, Lc 24.4 et ss., parle non d’un seul ange, mais de deux anges qui seraient apparus aux saintes femmes. Toutefois, ce sont là de simples nuances, qui n’impliquent nullement une contradiction réelle. Pour concilier les trois narrations, il suffit de rappeler, comme nous l’avons fait en des circonstances analogues, qu’aucun des Évangélistes n’a voulu tout raconter, mais que chacun d’eux s’est contenté de noter les circonstances parvenues à sa connaissance, ou qui entraient le mieux dans son plan. Sans doute, tous les faits qu’ils exposent ont eu lieu tels qu’ils les exposent, mais successivement. De là ce principe que nous avons déjà mentionné : « Distingue tempora et concordabit Scriptura ». Voyez le commentaire de Théophylacte, h. l., et saint Augustin[583]. — Sedentem in dextris : à droite par rapport aux visiteuses ; ou, mieux encore, à droite d’une manière absolue, c’est-à-dire au Sud, d’après la manière des Juifs. On sait que, dans la langue hébraïque, le mot droite équivaut à Midi, gauche à Septentrion. — Coopertum stola candida. Sur la « stola » des anciens, voyez Mc 12.38 et l’explication. — Obstupuerunt. Dans le grec, έξεθαμϐήθησαν, expression énergique, qui désigne une terreur extrême.

Il leur dit : « Ne vous effrayez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié ; il est ressuscité, il n’est point ici ; voici le lieu où on l’avait mis.Mais allez dire à ses disciples, et à Pierre, qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit ».
Qui dicit illis : Nolite expavescere : Jesum quæritis Nazarenum, crucifixum : surrexit, non est hic, ecce locus ubi posuerunt eum.Sed ite, dicite discipulis ejus, et Petro, quia præcedit vos in Galilæam : ibi eum videbitis, sicut dixit vobis.
ό δὲ λέγει αύται̃ς Μὴ έκθαμϐει̃σθε· 'Iησου̃ν ζητει̃τε τὸν Ναζαρηνὸν τὸν έσταυρωμένον· ήγέρθη ούκ έστιν ώ̃δε· ίδε ό τόπος όπου έθηκαν αύτόν άλλ’ ύπάγετε είπατε τοι̃ς μαθηται̃ς αύτου̃ καὶ τω̣̃ Πέτρω̣ ότι Προάγει ύμα̃ς είς τὴν Γαλιλαίαν· έκει̃ αύτὸν όψεσθε καθὼς εί̃πεν ύμι̃ν

16.6. et 7. — Qui dicit illis. On trouvera l’explication des paroles de l'Ange dans l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 28.6 Elles sont encore plus rapides et plus entrecoupées ici que dans la narration du premier Évangéliste. Du reste, ces « asyndeta » sont très naturels dans la circonstance. Saint Marc ajoute deux détails spéciaux. 1° Non seulement il mentionne la croix du divin Ressuscité, crucifixum, dont le souvenir est actuellement si glorieux pour Jésus, si consolant pour nous (« Radix amara crucis evanuit, flos vitæ cum fructibus surrexit in gloria », Gloss.), mais il donne au Sauveur l’humble nom de Nazarenum. Cf. Ac 22.8, où Notre-Seigneur, parlant de sa gloire céleste, s’appelle lui-mème Jésus de Nazareth. — 2° Et Petro est un autre trait caractéristique du second Évangile. Voyez la Préface, § IV. Mais pourquoi saint Pierre est-il signalé à part entre les disciples ? Peut-être à cause de sa dignité ; mais plus encore, ainsi que le disait déjà Victor d’Antiocbe, en signe du pardon complet que le Sauveur lui avait accordé. Aussi comme ces deux mots, « et Petro », durent consoler le cœur désolé du prince des Apôtres ! — Sicut dixit vobis. Variante qui prouve l’indépendance des Évangélistes. Selon saint Matthieu, l’ange aurait dit : « Ecce prædixi vobis ». La prophétie de Jésus, à laquelle il est fait allusion en cet endroit, avait été prononcée à l’issue de la Cène, Mc 14.28. — Notons encore, au commencement du V. 7, la particule άλλα (sed), par laquelle l’ange s’interrompt tout à coup pour passer à un autre sujet. C’est une transition usitée dans la plupart des langues[584].

Elles sortirent du sépulcre, et s’enfuirent, car le tremblement et la peur les avaient saisies ; et elles ne dirent rien à personne, à cause de leur crainte.
At illæ exeuntes, fugerunt de monumento : invaserat enim eas tremor et pavor : et nemini quidquam dixerunt : timebant enim.
καὶ έξελθου̃σαι ταχὺ έφυγον άπὸ του̃ μνημείου εί̃χεν δὲ αύτὰς τρόμος καὶ έκστασις· καὶ ούδενὶ ούδὲν εί̃πον, έφοϐου̃ντο γὰρ

16.8. — Les saintes femmes se hâtent d’obéir. Saint Marc, à propos de leur départ, note plusieurs circonstances particulières. D’abord, trait pittoresque, il nous montre ce départ se transformant aussitôt en une vraie fuite, fugerunt de monumento ; ταχὺ έφυγον, dit la Recepta d’une manière encore plus expressive, elles s’enfuirent au plus vite. Pourquoi fuyaient-elles ainsi ? Le contexte l’indique : invaserat (dans le grec, εί̃χε, « habebat, possidebat ») enim eas tremor et pavor. Ce dernier mot est représenté dans le texte grec par έκστασις, d’où il suit que les amies de Jésus étaient hors d’elles-mêmes d’épouvante. De là leur fuite précipitée, pour échapper au domaine du surnaturel. Voyez dans saint Matthieu, Mt 28.8, une nuance non moins intéressante. — Nemini quidquam dixerunt. Ces mots ne signifient point que les saintes femmes négligèrent d’exécuter les ordres de l’Ange, puisque nous savons, d’après le premier Évangile, qu’« elles allèrent en courant porter la nouvelle aux disciples ». Ils veulent dire, ainsi que l’admettent de concert la plupart des exégètes anciens et modernes, qu'elles gardèrent, le long du chemin, toujours par suite de la frayeur qui les animait, un silence complet sur les événements extraordinaires dont elles venaient d’être témoins. Cf. Euthymius, Fr. Luc, Grotius, etc., h. l.

b. Jésus apparaît à Marie-Madeleine.

Mc 16.9-11. — Parall. Jn 20.11-18.

(Sur l’authenticité des versets 9-20, voyez la Préface, § III).

Après avoir signalé le fait de la Résurrection, saint Marc le prouve par une exposition sommaire des principales apparitions du divin Ressuscité. Sa narration, quoique extrêmement concise, abonde néanmoins en particularités intéressantes. On peut même dire que la plupart des détails qu’il mentionne lui sont propres.

Or Jésus, étant ressuscité le matin, le premier jour après le sabbat, apparut d’abord à Marie-Madeleine, dont il avait chassé sept démons.
Surgens autem mane prima sabbati, apparuit primo Mariæ Magdalene, de qua ejecerat septem dæmonia.
Άναστὰς δὲ πρωῒ πρώτη̣ σαϐϐάτου έφάνη πρω̃τον Μαρία̣ τη̣̃ Μαγδαληνη̣̃ άφ’ ής έκϐεϐλήκει έπτὰ δαιμόνια

16.9. — Surgens antem. Le grec porte άναστὰς, « quum resurrexisset ». — Prima sabbati. Saint Marc, fidèle jusqu’au bout à ses habitudes de précision, répète la date qu'il avait indiquée déjà au V. 2. Du reste, cette date ajoute ici quelque chose à la narration ; car, plus haut elle ne se rapportait qu’à la visite des saintes femmes, tandis qu’elle indique maintenant d’une manière stricte le jour de la Résurrection du Christ. — Apparuit primo Mariæ Magdalene. Des témoignages irrécusables, par exemple ceux de l’Ange, du sépulcre vide, avaient démontré déjà que Jésus était vraiment ressuscité d’entre les morts ; mais on ne l’avait pas encore vu lui-même. C’est Marie Madeleine qui eut la première le bonheur de le contempler après son triomphe (voyez dans Jn 20.11 et ss., les détails de cette apparition). Les mots de qua ejecerat septem dæmonia (cf. Lc 8.2 et le commentaire) sont emphatiques, comme « et Petro » du V. 7. Ils ont pour but de mettre en relief la bonté, la condescendance généreuse de Notre-Seigneur. Voyez Bède, Fr.Luc, h. l. — Les mots έφάνη πρω̃τον de saint Marc peuvent se concilier sans peine avec la pieuse croyance, déjà partagée par saint Ambroise[585], saint Anselme[586], saint Bonaventure[587], Maldonat, Suarez, etc., d’après laquelle c’est à sa sainte Mère que Jésus aurait tout d'abord apparu après sa Résurrection.

Elle alla l’annoncer à ceux qui avaient été avec lui, et qui s’affligeaient et pleuraient.
Illa vadens nuntiavit his, qui cum eo fuerant, lugentibus et flentibus.
έκείνη πορευθει̃σα άπήγγειλεν τοι̃ς μετ’ αύτου̃ γενομένοις πενθου̃σιν καὶ κλαίουσιν·

16.10. — Illa vadens, πορευθει̃σα. Ceux qui nient l’authenticité de ce passage répètent à tour de rôle que le verbe πορεύω, employé de nouveau dans les VV. 12 et 15, ne se retrouve nulle part ailleurs dans le second Évangile. Il est aisé de répondre que saint Marc se sert souvent des composés de πορεύω, et que c'est là du reste une expression si commune, qu’il n’est pas permis d’attacher une importance quelconque à son omission ou à son emploi. — His qui cum eo fuerant. Cette formule, qui désigne tous les disciples et plus spécialement les Apôtres, est, il est vrai, nouvelle dans le récit évangélique ; mais elle existe dans les Actes, Ac 20.18, et n’a rien non plus de bien particulier. D’ailleurs, l’idée de disciples, de compagnons, est en plusieurs endroits exprimée dans notre Évangile par la locution analogue οί μετ’ αύτου̃. Cf. Mc 1.36 ; 2.25 ; 5.40. — Lugentibus et flentibus. Belle répétition, qui peint au vif la désolation extrême dans laquelle les disciples étaient plongés depuis la mort de leur Maître.

Mais eux, entendant dire qu’il vivait et qu’elle l’avait vu, ne crurent point.Après cela, il apparut, sous une autre forme, à deux d’entre eux, qui étaient en chemin et qui allaient à la campagne.
Et illi audientes quia viveret, et visus esset ab ea, non crediderunt.
κάκει̃νοι άκούσαντες ότι ζη̣̃ καὶ έθεάθη ύπ’ αύτη̃ς ήπίστησαν

16.11. — Visus esset ab ea. Nouvelle objection à propos du verbe έθεάθη (cf. V. 14), qui est relativement rare dans les Évangiles. Nous répondons avec M. Cook, que « les mots rares sont adaptés aux rares évènements ; que celui-ci, qui est très solennel, convient parfaitement à la circonstance présente[588] ». — Non crediderunt. Et pourtant, Μ. Renan affirme audacieusement « que la gloire de la résurrection appartient à Marie de Magdala. Après Jésus, c’est Marie qui a le plus fait pour la fondation du Christianisme. Sa grande affirmation de femme : Il est ressuscité ! a été la base de la foi de l’humanité[589] ». Or il se trouve au contraire, et l’Évangile le dit de la façon la plus formelle, cf. Lc 24.11, que les Apôtres refusèrent les premiers d’ajouter foi au témoignage de Madeleine ! Ils ne crurent que lorsqu’ils eurent eux-mêmes contemplé de leur propres yeux le Sauveur ressuscité.

c. Apparition à deux disciples.

Mc 16.12-13. — Parall. Lc 24.13-35.

Post hæc autem duobus ex his ambulantibus ostensus est in alia effigie, euntibus in villam :
Μετὰ δὲ ταυ̃τα δυσὶν έξ αύτω̃ν περιπατου̃σιν έφανερώθη έν έτέρα̣ μορφη̣̃ πορευομένοις είς άγρόν·

16.12. — Dans cette seconde apparition notée par saint Marc, on reconnaît sans peine celle que saint Luc raconte « in extenso » dans son xxive chapitre. C’est ainsi que les Évangélistes se confirment et se complètent mutuellement. — « L’expression Après ces choses (μετὰ ταυ̃τα, post hæc de la Vulg.), dit M. Alford, ne se rencontre nulle part dans saint Marc, quoiqu’il eût de nombreuses occasions de l’employer[590] ». Nos réflexions précédentes ont montré que ce raisonnement ne prouve absolument rien. — Duobus ex his, scil. « qui cum eo fuerunt », V. 10. Nous savons toutefois par saint Luc que ce n’étaient pas des Apôtres. — Ostensus est. Au V. 9, nous lisions « apparuit », έφάνη ; ici nous avons le verbe έφανερώθη, littéralement, « manifestatus est », qui semble avoir été choisi à dessein pour indiquer que Jésus ne fut pas immédiatement reconnu par les deux disciples. Cf. Lc 24.16,31. Saint Marc l’avait déjà employé plus haut, Mc 4.22, bien que les autres synoptiques ne s’en servent jamais. — In alia effigie. « Effigies » représente ici, comma son équivalent grec μορφή, l’apparence extérieure, physique. Cf. Ph 2.7. Cette apparence était « autre », vraisemblablement parce qu’elle avait quelque chose de transfiguré, de plus céleste, depuis la Résurrection, ce qui faisait qu’on ne reconnaissait pas toujours immédiatement Notre-Seigneur. Mais il est possible aussi que ce mot fasse allusion à l’apparition précédente : en effet, tandis que Jésus s’était présanté à Marie-Madeleine sous la figure d’un jardinier, Jn 20.45, il se présente maintenant aux disciples sous celle d’un voyageur. — L’objection tirée de ce que l’adjectif έτέρος n’apparaît pas ailleurs dans le récit de saint Marc n’a pas la moindre force probante. — Euntibus in villam. Dans le grec, « euntibus rus » (είς άγρόν), la campagne par opposition à la ville. Cf. Mc 15.26 et le commentaire.

Et ceux-ci vinrent l’annoncer aux autres ; mais ils ne les crurent pas non plus.
et illi euntes nuntiaverunt ceteris : nec illis crediderunt.
κάκει̃νοι άπελθόντες άπήγγειλαν τοι̃ς λοιποι̃ς· ούδὲ έκείνοις έπίστευσαν

16.13. — Et illi euntes ; mieux « redeuntes » (άπελθόντες). Les deux disciples reprirent le chemin de Jérusalem aussitôt après l’apparition, se hâtant d’en porter la bonne nouvelle aux autres amis de Jésus. Mais ceux-ci persistèrent dans leur incrédulité, nec illis crediderunt. Ce nouveau témoignage les laissa aussi froids que celui de Madeleine, V. 11. — Toutefois, l'épisode des deux pèlerins d’Emmaüs se termine d’une manière bien différente dans le troisième Évangile, Lc 24.33-35 : « Surgentes eadem hora, regressi sunt in Jerusalem, et invenerunt congregatos undecim et illos qui cum illis erant, dicentes : Quod surrexit Dominus vere et apparuit Simoni. Et ipsi narrabant quæ gesta erat in via, et quomodo cognoverunt eum infractione panis ». Ainsi donc, là on accueille les deux messagers, on leur annonce que Jésus est vraiment ressuscité. Des narrations aussi divergentes peuvent-elles se concilier ? Quand on lit, dans les quatre Évangiles, l’hisloire détaillée des incidents qui eurent lieu le jour de la Résurrection, on est frappé de voir que les disciples, durant cette journée mémorable, furent agités par deux sentiments très distincts, qui les emportaient tour à tour en sens divers, la joie et l’incrédulité. Un moment, ils croient que leur Maître a triomphé de la mort et du tombeau ; puis, l'instant d’après, le doute les saisit et ils refusent de s’en rapporter à ceux qui l'ont vu et entendu. Saint Luc a noté un de ces éclairs de foi, saint Marc au contraire l’autre sentiment, qui avait presque aussitôt repris le dessus. Voyez Bède, Théophylacte, Fr. Luc, et la Synopsis criticorum, h. l.