GÉNÉROSITÉ
Nombreux sont les chrétiens qui sont convaincus que la Rédemption se réalisera dans tous les milieux du monde, et qu'il doit bien y avoir quelques âmes (ils ne savent pas lesquelles) qui contribuent, avec le Christ, à réaliser cette Rédemption. Mais ils la considèrent dans une perspective séculaire, dans des siècles et des siècles...: une éternité, s'il fallait la mener à bien au rythme de leur générosité.
C'est ainsi que tu raisonnais, jusqu'à ce que l'on vienne te "réveiller".
Le don de soi est la première foulée d'une course faite de sacrifice, de joie, d'amour, d'union à Dieu. — Ainsi toute la vie s'emplit d'une bienheureuse folie qui fait découvrir le bonheur là ou la logique humaine ne voit que renoncement, souffrance, douleur.
"Priez pour moi — disais-tu — pour que je sois généreux, que je progresse, que je parvienne à me transformer de telle sorte que je puisse un jour être utile à quelque chose."
Bien. — Mais, quels moyens mets-tu en œuvre pour que ces résolutions s'avèrent efficaces ?
Bien souvent tu te demandes pourquoi certaines âmes qui ont eu le bonheur de connaître Jésus, le vrai Jésus, depuis leur enfance hésitent tant à répondre en donnant ce qu'elles possèdent de plus précieux : leur vie, leur famille, leurs nobles ambitions.
Écoute : toi, justement parce que tu as tout reçu "d'un coup", tu es obligé de te montrer très reconnaissant envers Notre Seigneur ; tout comme réagirait un aveugle qui recouvrerait la vue subitement, alors que les autres, parce qu'ils voient, ne songent même pas à dire merci.
Mais... cela ne suffit pas. Tu dois, jour après jour, aider ceux qui t'entourent à manifester leur reconnaissance pour le fait d'être enfants de Dieu. Sinon, ne me dis pas que tu es reconnaissant.
Médite ceci lentement : ce que l'on me demande est bien peu de chose en échange de tout ce que l'on me donne.
Pour toi qui n'en finis pas de démarrer, considère ce que m'écrivait l'un de tes frères : "cela coûte, mais une fois la "décision" prise, quel soupir de bonheur d'être en sécurité sur le chemin !".
Ces journées — me disais-tu — se sont écoulées, plus heureuses que jamais. — Et je t'ai répondu, sans hésiter : c'est parce que tu as "vécu" avec un peu plus de générosité que d'habitude.
L'appel du Seigneur (la vocation) se présente toujours de cette façon : "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, prenne sa Croix et me suive."
Oui : la vocation exige le renoncement, le sacrifice. Mais, qu'il devient savoureux ce sacrifice — "gaudium cum pace", la joie dans la paix — si ce renoncement est complet !
Lorsqu'on lui a proposé de s'engager personnellement, sa réaction a été la suivante : "dans ce cas, je pourrais faire ceci..., je devrais faire cela..."
— On lui a répondu : "Ici, on ne marchande pas avec le Seigneur. La loi de Dieu, l'invitation du Seigneur est à prendre ou à laisser, telle quelle. II faut se décider — en avant ! — sans rien se réserver et avec beaucoup de courage, ou s'en aller. "Qui non est mecum..." — celui qui n'est pas avec Moi, est contre Moi.".
Du manque de générosité à la tiédeur, il n'y a qu'un pas.
Pour que tu ne l'imites pas, d'une lettre j'extrais pour toi cet exemple de lâcheté : "Je vous suis, bien entendu, très reconnaissant de bien vouloir vous souvenir de moi, car j'ai besoin de beaucoup de prières. Mais je vous serai également reconnaissant, lorsque vous supplierez le Seigneur de faire de moi un "apôtre", de ne pas vous évertuer à lui demander d'exiger de moi le don de ma liberté"
Quelqu'un que tu connais, de très intelligent, un bon bourgeois et honnête homme, disait : "accomplir la loi, mais avec mesure, sans dépasser les bornes, au plus juste".
Et il ajoutait : "pécher ? non ; mais se donner, non plus".
Ils font vraiment de la peine, ces hommes mesquins, calculateurs, incapables de se sacrifier, de se dévouer pour un noble idéal.
Il faut que l'on te demande davantage : parce que tu peux donner davantage et que tu dois donner davantage. Penses-y.
"C'est très difficile !" t'écries-tu, découragé.
Écoute, si tu luttes, la grâce de Dieu est suffisante ; tu feras abstraction de tes intérêts personnels, tu serviras les autres pour Dieu, et tu aideras l'Église là où se livre aujourd'hui la bataille : dans la rue, à l'usine, dans l'atelier, à l'université, au bureau, dans ton milieu, parmi les tiens.
Tu m'as écrit : "au fond, c'est toujours la même histoire : un grand manque de générosité Quel dommage et quelle honte de découvrir le chemin et de laisser quelques petits nuages de poussière, inévitables, en occulter le terme !"
Ne te fâche pas si je te dis que tu es le seul coupable : sois courageux pour t'attaquer à toi-même. Tu en as les moyens plus que suffisants.
Lorsque ton égoïsme t'éloigne du souci commun pour le bien-être (la santé et la sainteté) de tous les hommes, lorsque tu deviens calculateur et que les misères matérielles et morales du prochain ne te touchent pas, je me vois obligé de te reprocher quelque chose de très fort pour te faire réagir : si tu ne ressens pas la fraternité bienheureuse de tes frères les hommes, et si tu vis en marge de la grande famille chrétienne, tu n'es qu'un malheureux enfant trouvé.
Le sommet ? Pour une âme qui s'est donnée, tout devient un sommet à atteindre : chaque jour elle découvre de nouveaux objectifs, parce qu'elle ne sait ni ne veut mettre des limites à l'Amour de Dieu.
Plus tu seras généreux pour Dieu, plus tu seras heureux.
Elle vient souvent, la tentation de se réserver un peu de temps pour soi...
Apprends une fois pour toutes à porter remède à tant de mesquinerie : corrige-toi tout de suite.
Tu étais du parti du "tout ou rien". Et comme tu ne pouvais rien... Quel dommage ! Commence une humble lutte, pour que ta générosité si pauvre, si pingre, s'enflamme jusqu'à devenir "pleinement" effective.
Nous qui nous sommes donnés à Dieu, nous n'avons rien perdu.
J'aimerais crier aux oreilles de beaucoup d'entre elles et d'entre eux : ce n'est pas un sacrifice que de donner ses enfants au service de Dieu ; c'est un honneur et une joie !
Le moment de la dure épreuve est arrivé pour lui, et il est venu te chercher tout affligé.
— Tu te souviens ? Pour lui, l'ami qui te donnait des conseils "prudents", ta façon d'agir n'était qu'utopie, le fruit d'une déformation des idées, d'un détournement des volontés, et... autres "subtilités" de ce genre.
— "Ce don de soi à Dieu, pontifiait-il, est une exacerbation anormale du sentiment religieux." Et, suivant sa pauvre logique, il s'imaginait que, entre ta famille et toi, s'était glissé un étranger : le Christ.
À présent il a compris ce que tu lui répétais si souvent : le Christ ne sépare jamais les âmes.
Une tâche urgente : remuer la conscience des croyants et des non croyants — mobiliser les hommes de bonne volonté — pour qu'ils coopèrent et fournissent les instruments matériels nécessaires au travail pour les âmes.
Il fait montre de beaucoup d'enthousiasme et de compréhension. Mais lorsqu'il voit que c'est "lui" qui est en question, que c'est "lui" qui doit collaborer sérieusement, lâche, il se retire.
Il me rappelle ceux qui, à l'heure de graves dangers, criaient pleins d'une fausse vaillance : aux armes ! aux armes ! Mais ils ne voulaient pas donner d'argent, ni s'enrôler pour défendre leur patrie.
Quelle peine de constater comment certains comprennent l'aumône : quelques sous ou de vieux vêtements. On dirait qu'ils n'ont pas lu l'Évangile.
N'y allez pas par quatre chemins : aidez les gens à se former avec la foi et la force suffisantes pour que de leur vivant, généreux, ils se détachent du nécessaire.
Expliquez aux mollassons qu'il est peu noble, peu élégant (même d'un point de vue purement humain) d'attendre la fin, c'est-à-dire le moment où, par la force des choses, ils ne peuvent désormais plus rien emporter avec eux.
"Qui prête, ne récupère pas ; s'il récupère, il ne recouvre pas tout ; s'il recouvre tout, ce n'est pas tel quel ; et si c'est tel quel, on devient ennemi mortel."
Alors ?... Donne ! Sans calcul, et toujours pour Dieu. Ainsi, jusque sur le plan humain, tu vivras plus près des hommes et tu contribueras à ce qu'il y ait moins d'ingrats.
J'ai vu rougir le visage de cet homme simple, et il m'a semblé que des larmes voilaient ses yeux : il apportait généreusement son concours à de bonnes œuvres, avec l'argent qu'il avait honnêtement gagné ; or, il venait d'apprendre que "les bons" jugeaient que ses actions n'étaient pas droites.
Avec la naïveté du néophyte dans ces combats de Dieu, il murmurait : "Ils voient que je me sacrifie... et en plus, ils me sacrifient !"
Je lui ai parlé lentement : il a embrassé mon Crucifix, et son indignation, bien naturelle, s'est transformée en paix et en joie.
Ne ressens-tu pas une envie folle de rendre plus complet, plus "irrémédiable" le don que tu fais de toi-même ?
Qu'elle est ridicule l'attitude des pauvres hommes que nous sommes, lorsque nous refusons, une fois et une autre, de petites choses à Notre Seigneur ! Le temps passe, les choses apparaissent progressivement avec leur véritable relief,... et c'est alors que naissent la honte et la douleur.
"Aure audietis, et non intelligetis : et videntes videbitis, et non perspicietis." Comme elles sont claires ces paroles du Saint-Esprit : ils entendent de leurs propres oreilles et ils ne comprennent pas ; ils regardent de leurs yeux, mais ils n'aperçoivent pas.
Pourquoi t'inquiètes-tu si certains, tout en "voyant" ton apostolat et en en mesurant la grandeur, ne se donnent pas ? Prie dans le calme et persévère sur ton chemin : si ceux-là ne se décident pas, d'autres viendront !
Depuis que tu lui as dit "oui", le temps a fait changer la couleur de l'horizon, plus beau chaque jour, un horizon qui brille avec plus d'ampleur et de luminosité. Mais tu dois continuer de dire "OUI".
La Sainte Vierge Marie, Maîtresse du don de soi qui ne connaît pas de limite. — Te souviens-tu ? c'est en la louant, Elle, que Jésus affirme : "Celui qui accomplit la volonté de mon Père, celui-ci (celle-ci !) est ma Mère !..."
Prie cette bonne Mère pour que se renforce dans ton âme — d'une force d'amour et de libération — la réponse, généreuse, exemplaire, qui fut la sienne : "ecce ancilla Domini !" — Voici la servante du Seigneur.
RESPECTS HUMAINS
Lorsque la défense de la vérité est en jeu, comment peut-on souhaiter ne pas déplaire à Dieu et, en même temps, ne pas se heurter à son milieu ? Il y a bien là un antagonisme : c'est l'un ou l'autre ! Il faut que le sacrifice devienne holocauste : il faut tout brûler,... y compris le "qu'en dira-t-on", y compris ce que l'on appelle la bonne réputation.
À présent il est clair, si clair pour moi que la "sainte effronterie" s'enracine très profondément dans l'Évangile ! Accomplis la volonté de Dieu..., et souviens-toi de Jésus diffamé, de Jésus couvert de crachats et souffleté, de Jésus traîné devant les tribunaux des pauvres hommes..., et de Jésus qui se tait ! — Une résolution : baisser la tête devant les outrages et, tout en comptant aussi avec les humiliations qui sans doute viendront, poursuivre la tâche divine que l'Amour Miséricordieux de Notre Seigneur a voulu nous confier.
Quel mal effrayant nous pouvons causer si nous nous laissons entraîner par la peur ou par la honte de montrer, dans la vie ordinaire, que nous sommes chrétiens !
Il y a des gens qui, pour parler de Dieu, ou de l'apostolat, semblent éprouver le besoin de se défendre. Peut-être parce qu'ils n'ont pas découvert la valeur des vertus humaines et qu'en revanche ils n'ont que trop de déformation spirituelle et de lâcheté.
Il est inutile de prétendre plaire à tout le monde. Des mécontents, des gens qui protestent, il y en aura toujours. Vois ce que dit, en résumé, la sagesse populaire : "Le bonheur des agneaux fait le malheur des loups."
Ne te conduis pas comme ces personnes qui s'effraient devant un ennemi dont la seule force est "l'agressivité de sa voix"
Tu comprends le travail que l'on fait..., cela te semble bon... Mais tu te gardes bien d'y collaborer ; pire encore de faire en sorte que les autres voient ou s'imaginent que tu y collabores.
— Tu as peur — m'as-tu dit — que l'on te prenne pour meilleur que tu n'es ! — Ne serait-ce pas plutôt que tu as peur que Dieu et les hommes exigent de toi davantage de cohérence ?
Il semblait tout à fait décidé...; mais, au moment de prendre la plume pour rompre avec sa fiancée, l'indécision a pris le dessus, le courage lui a manqué : c'est très humain et compréhensible, ont commenté d'autres gens. À ce qu'il paraît, aux dires de certains, les amours de la terre ne sont pas de ces choses qu'il faut abandonner pour suivre pleinement Jésus-Christ lorsqu'Il le demande
Il en est qui s'égarent par faiblesse, en raison de la fragilité de l'argile dont nous sommes faits, mais ils demeurent intègres dans la doctrine.
Ce sont ceux-là mêmes qui, la grâce de Dieu aidant, manifestent leur courage et leur humilité héroïques pour avouer leur égarement, et pour défendre, avec acharnement, la vérité.
Certains appellent imprudence et hardiesse la foi et la confiance en Dieu.
C'est une folie d'avoir confiance en Dieu ! Et n'est-ce pas une folie plus grande que d'avoir confiance en soi-même, ou dans les autres hommes ?
Tu m'écris que tu t'es rendu, enfin, au confessionnal, et que tu as éprouvé l'humiliation de devoir ouvrir le cloaque de ta vie (c'est ainsi que tu t'exprimes) devant "un homme".
— Quand donc extirperas-tu cette vaine estime que tu ressens pour toi-même ? Alors, tu te rendras à la confession joyeux de te montrer tel que tu es, devant "cet homme" qui a reçu l'onction (cet autre Christ, le Christ lui-même !) qui te donne l'absolution, le pardon de Dieu.
Ayons le courage de vivre, de façon publique et constante, en conformité avec notre sainte foi.
Nous ne pouvons être sectaires, me disaient-ils d'un air serein, en considérant la fermeté de la doctrine de l'Église.
Par la suite, lorsque je leur ai fait voir que celui qui détient la Vérité n'est pas sectaire, ils ont compris qu'ils s'étaient trompés.
Le ridicule de prendre la mode pour ligne de conduite... pour s'en convaincre il suffit de regarder quelques vieux portraits.
Je me réjouis que tu aimes les processions, toutes les manifestations extérieures de notre Mère la Sainte Église ; rendre à Dieu le culte qui lui est dû...; et que tu y participes !
"Ego palam locutus sum mundo": j'ai prêché au monde ouvertement, répond Jésus à Caïphe, lorsqu'approche le moment de donner sa Vie pour nous.
— Et, cependant, il y a des chrétiens honteux de manifester "palam" (en public) leur vénération pour Notre Seigneur.
Alors que s'est produite la débandade apostolique et que le peuple enragé crie à tue-tête sa haine de Jésus-Christ, Sainte Marie suit de près son Fils à travers les rues de Jérusalem. La clameur de la foule ne la fait pas reculer, et elle ne cesse d'accompagner le Rédempteur tandis que tous ceux du cortège, dans l'anonymat, montrent une lâche hardiesse pour maltraiter le Christ.
Invoque-la avec force : "Virgo fidelis !" — Vierge fidèle ! et supplie-la pour que nous, qui nous disons amis de Dieu, nous le soyons en vérité et à toute heure.
JOIE
Personne n'est heureux sur terre tant qu'il ne se décide pas à ne pas l'être. Ainsi va le chemin : douleur, en langage chrétien veut dire Croix ; Volonté de Dieu, Amour, le bonheur pour ici-bas et, ensuite, pour l'éternité.
"Servite Domino in laetitia !" Je servirai Dieu avec joie ! Une joie qui sera la conséquence de ma Foi, de mon Espérance et de mon Amour..., une joie qui doit durer toujours ; l'Apôtre lui-même l'assure : "Dominus prope est !..." — le Seigneur me suit de près. Je marcherai donc avec Lui, en toute sécurité puisque le Seigneur est mon Père..., et avec son aide, je ferai jusqu'au bout son aimable Volonté, même s'il m'en coûte.
Un conseil que je vous ai rabâché à dessein : soyez joyeux, toujours joyeux ! — La tristesse pour ceux qui ne se considèrent pas comme des enfants de Dieu.
Pour que mes frères plus jeunes "marchent avec aisance", je tâche d'y laisser ma peau, comme vous nous le dites. Il y a tant de joie à en voir de toutes les couleurs.
Un autre homme de foi m'écrivait : "lorsque, par nécessité, on se trouve isolé, on remarque parfaitement l'aide de ses frères. En considérant que je dois à présent tout supporter "tout seul", je pense bien souvent que, sans cette "compagnie que nous nous tenons malgré la distance" (la bienheureuse Communion des saints !), je ne pourrais garder cet optimisme qui me comble".
N'oublie pas qu'il est parfois nécessaire d'avoir des visages souriants à ses côtés.
"Vous êtes tous si joyeux ! On ne s'y attendait pas", ai-je entendu commenter.
Il vient de loin, ce zèle diabolique des ennemis du Christ, qui ne se lassent pas de murmurer que les personnes qui se sont données à Dieu sont du côté des tristes mines. Et, malheureusement, parmi ceux qui se veulent "bons", certains leur font écho, avec leurs "vertus tristes".
— Nous te rendons grâces, Seigneur, parce que tu as voulu compter sur nos vies, joyeuses, heureusement, pour effacer cette fausse caricature.
Je te demande aussi que nous ne l'oubliions pas.
Que personne ne lise ni tristesse ni douleur sur ton visage, lorsque tu répands de par le monde le parfum de ton sacrifice : les enfants de Dieu doivent toujours être des semeurs de paix et de joie.
La joie d'un homme de Dieu, d'une femme de Dieu, doit être débordante : sereine, contagieuse, attirante... Bref, elle doit être si surnaturelle, si expansive et si naturelle qu'elle en entraîne d'autres sur les chemins du christianisme.
"Content ?" — Cette question m'a laissé songeur.
— On n'a pas encore inventé les mots pour exprimer tout ce que l'on ressent, dans son cœur et dans sa volonté, lorsqu'on se sait enfant de Dieu.
Noël. Tu m'écris : "au long de cette sainte attente de Marie et de Joseph, moi aussi j'attends l'Enfant, avec impatience. Comme je vais être heu-eux à Bethléem ! Je pressens que j'éclaterai d'une joie sans limite. Et avec Lui je veux aussi naître de nouveau..."
— Puisse-t-il être réel ce désir qui est le tien !
Une résolution sincère : rendre notre chemin facile, aimable pour les autres, car la vie comporte en elle-même suffisamment d'amertume.
Quelle merveille de convertir des infidèles, de gagner des âmes !...
— Eh bien, il est tout aussi agréable aux yeux de Dieu, et plus encore, d'éviter qu'elles ne se perdent.
Les revoilà tes vieilles folies !... Et ensuite, quand tu reviens à toi, tu remarques ton peu de joie : il te manque l'humilité.
On dirait que tu t'obstines à méconnaître la seconde partie de la parabole de l'Enfant prodigue et que tu restes attaché au pauvre bonheur que te procurent les glands que tu manges. Ton orgueil est blessé par ta fragilité, tu ne te décides pas à demander pardon : tu ne considères pas que, si tu t'humilies, c'est le joyeux accueil de Dieu ton père qui t'attend, la fête pour ton retour et pour ton recommencement.
C'est vrai : nous ne valons rien, nous ne sommes rien, nous ne pouvons rien, nous n'avons rien. Et, en même temps, au cœur de la lutte quotidienne, les obstacles, les tentations ne nous font pas défaut... Mais la "joie" de tes frères dissipera toutes les difficultés, dès que tu les auras rejoints, tu auras vu qu'ils s'appuient fermement sur Lui, "quia Tu es Deus fortitudo mea" — parce que Tu es, Seigneur, notre force.
La scène se répète, tout comme avec les invités de la parabole. Pour les uns la peur, pour les autres les occupations ; pour plus d'un... des histoires, de sottes excuses.
Ils résistent. Et voilà ce qu'ils deviennent : écœurés, compliqués, abouliques, las, amers. Alors qu'il est si facile d'accepter l'invitation divine de chaque instant et d'en vivre tout joyeux tout heureux !
Il est très commode de dire : "je suis inutile ; je fais (nous faisons) tout de travers" —Outre que ce n'est pas vrai, ce pessimisme recèle une bien grande paresse... Il y a des choses que tu fais bien et il y a des choses que tu fais mal. Que les premières te remplissent de joie et d'espérance ; et fais face sans te décourager aux secondes, afin de te corriger : et alors, elles marcheront.
"Père, comme vous me l'avez conseillé, je ris de mes misères (sans oublier pour autant que je ne dois pas transiger avec); et alors je me sens beaucoup plus joyeux.
"En revanche, lorsque je commets la bêtise de m'attrister, j'ai l'impression de m'égarer.".
Tu me demandes si je porte une croix. Et je t'ai répondu que oui, que nous, nous portons toujours une Croix. — Mais une Croix glorieuse, un sceau divin, la garantie authentique que nous sommes des enfants de Dieu. C'est pourquoi nous marchons toujours heureux quand nous avons cette Croix.
Tu éprouves davantage de joie. Mais il s'agit, cette fois-ci, d'une joie nerveuse, un peu impatiente, mêlée à la nette sensation que quelque chose en toi se déchire comme un sacrifice. Écoute-moi bien : ici-bas, sur terre, le bonheur complet n'existe pas. Alors, maintenant, sur-le-champ, sans dire un mot, sans avoir l'air d'une victime, fais de toi une offrande à Dieu, dans un don total et absolu.
Tu passes par des jours de liesse, l'âme comblée de soleil et de couleur. Et, curieusement, les motifs de ta joie sont précisément ceux qui, en d'autres occasions, te décourageaient ! C'est l'éternelle histoire : tout dépend du point de mire. — "Laetetur cor quaerentium Dominum !" — lorsque l'on cherche le Seigneur, le cœur déborde toujours de joie.
Entre ces hommes sans foi, rendus tristes et hésitants par leur existence vide, exposés, comme des girouettes, aux "fluctuations" des circonstances, et notre vie de chrétiens, confiante, joyeuse, ferme, dense, quelle différence ! quelle grâce que la connaissance et la certitude absolue de notre destinée surnaturelle !
Tu n'es pas heureux parce que tu tournes et retournes tout comme si tu étais toujours au centre : parce que tu as des douleurs d'estomac, parce que tu es fatigué, parce que l'on t'a dit ceci ou cela...
As-tu essayé de penser à Lui et aux autres en passant par Lui ?
"Miles" — soldat : c'est ainsi que l'Apôtre appelle le chrétien.
Eh bien, dans ce bienheureux combat du chrétien, un combat d'amour et de paix, pour le bonheur de toutes les âmes, il se trouve, parmi les rangs de Dieu, des soldats fatigués, affamés, déchirés par les blessures..., mais joyeux : ils portent dans leur cœur les lumières éclatantes de la victoire.
"Père, je vous fais part de ma résolution : être toujours souriant ; avoir le sourire au cœur, même si on me le transperce."
— Cette résolution me paraît opportune. Je prie pour que tu la mettes en pratique.
À certains moments un début de découragement t'oppresse, qui tue tout enthousiasme en toi ; c'est tout juste si tu parviens à le vaincre à force d'actes d'espérance.
— Peu importe : c'est une bonne occasion pour demander plus de grâce à Dieu. En avant ! Renouvelle la joie de lutter, même si tu perds une escarmouche.
De gros nuages — manque d'envie, perte d'enthousiasme — se sont amoncelés. Il est tombé des averses de tristesse : tu as la sensation que mille liens t'attachent. Et, pour couronner le tout, tu as eu des tentations de découragement, issues d'une réalité plus ou moins objective : tant d'années de lutte... et tu es encore tellement en arrière, tellement loin.
Tout cela est nécessaire, et Dieu compte là-dessus : pour atteindre le "gaudium cum pace" — la joie et la paix véritables nous devons ajouter à la conviction de notre filiation divine, qui nous comble d'optimisme, la reconnaissance de notre propre faiblesse.
Tu as rajeuni ! En effet, tu remarques que la fréquentation de Dieu t'a ramené en peu de temps à l'époque simple et heureuse de ta jeunesse, et même à l'assurance et à la joie sans mièvreries de l'enfance spirituelle... Tu regardes autour de toi et tu constates qu'il arrive la même chose aux autres : les années s'écoulent depuis leur rencontre avec Notre Seigneur et, la maturité venue, en eux se fortifient une jeunesse et une joie ineffaçables. Ils ne se trouvent pas jeunes : ils sont jeunes et joyeux ! Cette réalité de la vie intérieure attire, confirme et subjugue les âmes. Remercie chaque jour "Deum qui laetificat juventutem" — ce Dieu qui comble de joie ta jeunesse.
La grâce de Dieu ne te manque pas. Par conséquent, si tu lui réponds, tu dois être sûr de toi.
Le succès ne tient qu'à toi : unis à cette grâce, ta force et ton entrain sont un motif plus que suffisant pour te donner l'optimisme de qui est sûr de la victoire.
Peut-être étais-tu hier l'une de ces personnes aux espoirs remplis d'amertume, déçues dans leurs ambitions humaines. Aujourd'hui, depuis qu'Il s'est introduit dans ta vie — merci, mon Dieu ! — tu ris et tu chantes, et tu apportes le sourire, l'Amour et le bonheur partout où tu vas.
Beaucoup se sentent malheureux précisément parce qu'ils ont de tout en trop. — Les chrétiens, s'ils se conduisent véritablement en enfants de Dieu, auront à supporter l'inconfort, la chaleur, la fatigue, le froid... Mais la joie ne leur fera jamais défaut, parce que tout cela — tout ! — c'est Lui qui le dispose ou le permet, Lui qui est la source du vrai bonheur.
Face au panorama qu'offrent des hommes sans foi, sans espérance ; face aux cerveaux qui s'agitent, au bord de l'angoisse, tout en cherchant une raison d'être à la vie, toi tu as trouvé un but : Lui ! Et cette découverte introduira en permanence dans ton existence une joie nouvelle : elle te transformera, et te fera découvrir chaque jour une foule de belles choses, qui t'étaient inconnues jusqu'alors, et qui sont le signe de l'ampleur de la joie qu'offre ce chemin très large qui te mène à Dieu.
Ton bonheur sur la terre s'identifie à ta fidélité à la foi, à la pureté, et au chemin que le Seigneur a tracé pour toi.
Rends grâce à Dieu pour être content, plein d'une joie profonde qui n'a pas besoin de s'exprimer de manière bruyante.
Avec Dieu, pensais-je, chaque journée me semble plus attrayante.
Je vis "au goutte à goutte". Un jour je trouve tel détail magnifique ; un autre, je découvre un panorama que je n'avais pas remarqué auparavant... Si cela continue, je me demande ce qui arrivera avec le passage du temps.
Ensuite, j'ai constaté que Dieu lui-même m'assurait : eh bien, chaque jour ta joie grandira parce que tu plongeras de plus en plus profondément dans cette aventure divine, cette très grande "histoire" dans laquelle Je t'ai embarqué. Et tu constateras que Je ne t'abandonne pas.
La joie est une conséquence du don de soi. Chaque tour donné à la noria la rend plus forte.
Tu t'es donné à Dieu et cela te procure une joie inaltérable !... Et quelle inquiétude, quels désirs dois-tu avoir pour que tous participent à ta joie !
Tout ce qui te préoccupe à présent tient dans un sourire esquissé pour l'amour de Dieu.
De l'optimisme ? toujours ! Et même quand les choses ont l'air d'aller mal : peut-être l'heure est-elle venue de commencer à chanter un Gloria, parce que tu t'es réfugié en Lui, et, de Lui, il ne peut te venir que du bien.
Espérer n'implique pas commencer à voir la lumière, mais être sûr, les yeux fermés, que le Seigneur, Lui, la possède pleinement et qu'Il vit dans cette clarté. La Lumière c'est Lui.
Le devoir de tout chrétien : apporter la paix et le bonheur dans les divers milieux du monde, par une croisade de force et de joie, qui émeuve même les cœurs fanés et pourris, et les élève vers Lui.
Si tu coupes à la racine le moindre soupçon d'envie, et si tu te réjouis sincèrement des succès des autres, tu ne perdras pas la joie.
Cet ami m'a abordé : "on m'a dit que tu étais amoureux". — J'en ai été très étonné, et la seule chose qui me soit venue à l'esprit a été de lui demander l'origine de cette nouvelle.
Il m'a avoué qu'il le lisait dans mes yeux, brillants de joie.
Quelle joie dans le regard joyeux de Jésus ! la même qui luit dans les yeux de sa Mère, et qu'elle ne peut contenir — "Magnificat anima mea Dominum !" — son âme glorifie le Seigneur, depuis
l'instant où elle le porte en elle et à ses côtés.
O Mère ! que notre joie soit comme la tienne :
la joie d'être avec Lui et de L'avoir avec nous.