SINCÉRITÉ
Celui qui cache une tentation à son Directeur partage un secret avec le diable. — Il est devenu l'ami de l'ennemi.
La poussière et l'aveuglement d'une certaine chute engendrent en toi le trouble, en même temps que des pensées qui veulent te priver de ta paix.
As-tu cherché à te consoler en pleurant auprès de Notre Seigneur, et dans la conversation pleine de confiance avec l'un de tes frères ?
Sincérité : avec Dieu, avec ton Directeur, avec tes frères les hommes. — Ainsi je suis sûr de ta persévérance.
Un moyen pour être franc et simple ?... Écoute et médite ces paroles de Pierre : "Domine, Tu omnia nosti..." — Seigneur, Tu sais tout !
Que vais-je dire ? me demandes-tu alors que tu commences à ouvrir ton âme. Et, en toute conscience, je te réponds : en premier lieu, ce que tu ne voudrais pas que l'on sache.
Les défauts que tu vois chez les autres sont peut-être les tiens. "Si oculus tuus fuerit simplex..." Si ton œil était transparent, tout ton corps serait dans la lumière ; mais s'il y a de la malice dans ton œil, tout ton corps sera dans les ténèbres.
Plus encore : "Pourquoi vas-tu regarder la paille dans l'œil de ton frère, et ne fais-tu pas attention à la poutre qui est dans le tien ?" — Examine-toi !
Nous avons tous besoin d'être mis en garde contre le manque d'objectivité, chaque fois qu'il s'agit de juger notre propre conduite... — Toi aussi.
Je te l'accorde, tu dis la vérité "presque" entièrement... Donc tu n'es pas véridique.
Tu te plains... et je poursuis, saintement inflexible : tu te plains..., parce que, cette fois-ci, j'ai mis le doigt sur la plaie.
Tu as compris en quoi consiste la sincérité quand tu m'écris : "J'essaye de m'habituer à appeler les choses par leur nom et, surtout, à ne pas chercher des mots pour ce qui n'existe pas."
Penses-y bien : être transparent consiste plus à ne pas cacher qu'à vouloir montrer... Il faut permettre de distinguer ce qu'il y a au fond du verre, et non pas s'efforcer de rendre l'air visible.
Agissons toujours, en présence de Dieu, de telle manière que nous n'ayons rien à cacher aux hommes.
Les angoisses ont cessé... Tu as découvert que la sincérité envers ton Directeur arrange les problèmes avec une facilité étonnante.
Comme ils se trompent ces parents, ces maîtres, ces directeurs... qui exigent une sincérité absolue et qui s'effraient quand on leur montre toute la vérité !
Tu lisais dans ce dictionnaire les synonymes d'insincère : "ambigu, sournois, cachottier, fourbe, rusé..." Tu as refermé le livre, tout en demandant au Seigneur que jamais on ne puisse t'appliquer ces qualificatifs ; et tu t'es proposé d'être encore plus délicat dans cette vertu surnaturelle et humaine de la sincérité.
"Abyssus, abyssum invocat..." — L'abîme attire un autre abîme, t'ai-je rappelé. C'est la description exacte du comportement des menteurs, des hypocrites, des renégats, des traîtres : leur propre conduite les met mal à l'aise ; aussi cachent-ils aux autres leurs supercheries pour aller de mal en pis et créent-ils un précipice entre eux et le prochain.
"Tota pulchra es Maria, et macula originalis non est in Te !" — Tu es toute belle, Marie, et il n'y a pas en toi de tache originelle ! chante la liturgie, si joyeuse. Il n'y a pas en Elle la moindre trace de duplicité : chaque jour, je prie notre Mère pour que nous sachions ouvrir notre âme dans la direction spirituelle, et la lumière de la grâce éclairera toute notre conduite ! Si nous l'en supplions, Marie nous obtiendra le courage de la sincérité, pour que nous nous rapprochions davantage de la Très Sainte Trinité.
LOYAUTÉ
Conséquences de la loyauté : l'assurance de marcher sur un chemin droit sans aléas ni perturbations ; et une certitude renforcée que le bon sens et le bonheur existent.
— Vois si cela se réalise dans ta vie de chaque instant.
Tu me confiais que, par moments, Dieu te remplit de lumière ; mais en d'autres moments, pas du tout.
— Très ferme, je t'ai rappelé que le Seigneur est toujours infiniment bon. C'est pourquoi, pour aller de l'avant, ces moments de lumière te suffisent ; bien que les autres aussi te soient profitables, pour te rendre plus fidèle.
Le sel de la terre. — Notre Seigneur a dit que ses disciples (et donc aussi toi et moi) sont le sel de la terre : pour immuniser, pour éviter la corruption, pour donner de la saveur au monde.
— Mais il a également ajouté "quod si sal evanuerit..." — si le sel perd de sa saveur il sera jeté et foulé aux pieds par les gens...
— Maintenant, face à beaucoup d'événements que nous déplorons, commenceras-tu à t'expliquer ce que tu ne t'expliquais pas ?
Je tremble de peur quand je lis certain passage de la seconde épître à Timothée : l'Apôtre se plaint que Démas se soit enfui à Thessalonique, attiré par les charmes de ce monde... Pour une bagatelle, et par peur des persécutions, un homme que saint Paul mentionne dans d'autres épîtres parmi les saints a trahi l'entreprise divine.
J'en tremble de peur, quand je pense à ma petitesse ; et tout cela m'incite à vouloir être fidèle au Seigneur jusque dans les événements qui peuvent paraître indifférents ; parce que, s'ils ne me permettent pas de m'unir davantage à Lui, je n'en veux pas !
Cette considération que tu m'écrivais sur la loyauté me semblait bien adaptée à nombre de situations historiques, que le diable se charge de renouveler : "toute la journée, j'ai dans mon cœur, dans ma tête et sur mes lèvres une oraison jaculatoire : Rome !"
Une grande découverte ! quelque chose que tu ne comprenais qu'à moitié t'est apparu dans toute sa clarté quand tu as dû l'expliquer à d'autres.
Tu as dû parler très doucement à quelqu'un de découragé : il se sentait inutile et il ne voulait être à charge de personne... Alors tu as compris mieux que jamais pourquoi je te dis constamment d'être comme de petits ânes d'une "noria": être fidèles, et avoir des œillères très grandes pour ne pas regarder ni savourer personnellement les fleurs, les fruits, la fraîcheur du potager — les résultats — tout à fait certains de notre efficace fidélité.
La loyauté implique le désir réel de se former : mû par un amour sincère, tu ne souhaites pas courir le risque de répandre ou de défendre, par ignorance, des principes et des attitudes qui sont très loin de concorder avec la vérité.
"Je voudrais — m'écris-tu — que ma loyauté et ma persévérance soient si solides et si éternelles, et mon service si vigilant, si amoureux que je puisse être pour vous une cause de joie, que je vous sois un lieu de repos."
Et moi de te répondre : que Dieu te confirme dans ta résolution, afin que, pour Lui, nous soyons aide et repos.
Il est sûr que parmi ceux qui s'enthousiasment, quelques-uns par la suite s'en vont... Ne t'inquiète pas : c'est l'aiguille dont Dieu se sert pour faire passer le fil.
— Ah ! et prie pour eux ! parfois, on peut faire en sorte qu'ils en poussent d'autres encore.
Pour toi, qui hésites, je recopie ceci d'une lettre : "À l'avenir je resterai sans doute l'instrument inepte de toujours. Malgré tout, la manière de poser le problème de ma vie et de le résoudre aura changé : en moi il y a un ferme désir de persévérer... à tout jamais !"
— Sois toujours certain que Lui, Il ne faiblit jamais.
Ta vie est service, mais garde toujours une loyauté entière, sans conditions ; c'est seulement ainsi que nous aurons le rendement que le Seigneur attend de nous.
Je ne partagerai jamais, ni dans le domaine ascétique ni dans le domaine juridique l'idée de ceux qui pensent et vivent comme si le service de l'Église équivalait à une promotion dans le monde.
Tu souffres de voir que quelques-uns n'utilisent la technique de parler de la Croix du Christ que pour se hisser et atteindre certains postes... Ce sont les mêmes qui ne jugent et ne voient rien de droit, si cela ne va pas selon leurs principes.
— Raison de plus pour que tu persévères dans la droiture de tes intentions, et pour que tu demandes au Maître de t'accorder la force de redire : "non mea voluntas, sed tua fiat !" — Seigneur, que j'accomplisse avec amour ta Sainte Volonté !
Chaque jour, fais grandir ta loyauté envers l'Église, le Pape, le Saint-Siège... Et avec un amour de plus en plus théologique !
Il est grand ton désir d'aimer l'Église, d'autant plus grand qu'ils s'agitent davantage ceux qui cherchent à l'enlaidir. — Et cela me semble très cohérent : l'Église n'est-elle pas ta Mère ?
Ceux qui ne veulent pas comprendre que la foi exige que l'on serve l'Église et les âmes intervertissent tôt ou tard les termes : pour leurs fins personnelles, ils en viennent à se servir de l'Église et des âmes.
Pourvu que tu ne tombes jamais dans l'erreur d'identifier le Corps Mystique du Christ avec un certain comportement, personnel ou public, de n'importe lequel de ses membres.
Et que tu ne donnes pas toi-même, à des gens peu formés, l'occasion de tomber dans cette erreur.
— Mesure donc toute l'importance de ta cohérence et de ta loyauté !
Je ne te comprends pas lorsqu'à propos de questions de morale et de foi, tu me dis que tu es un catholique indépendant...
— Indépendant de qui ? Cette fausse indépendance équivaut à sortir du chemin du Christ.
Ne cède jamais sur la doctrine de l'Église. — Lorsqu'on fait un alliage, c'est le meilleur métal qui y perd.
En outre, ce trésor ne t'appartient pas, et, comme le rapporte l'Évangile, le Maître peut te demander des comptes au moment où tu t'y attends le moins.
J'en conviens avec toi : certains catholiques, pratiquants et même pieux aux yeux des autres, et sans doute sincères dans leurs convictions, servent naïvement les ennemis de l'Église...
Le pire adversaire qui soit, l'ignorance, s'est faufilé dans leur propre maison, sous différents noms employés à tort et à travers : œcuménisme, pluralisme, démocratie.
Bien que cela paraisse paradoxal, il n'est pas rare que ceux qui se qualifient eux-mêmes de fils de l'Église, soient précisément ceux qui sèment la plus grande confusion.
Tu es fatigué de lutter. Par le manque de loyauté qui le caractérise, ce milieu t'a écœuré... Tous se précipitent sur celui qui est tombé, pour le piétiner ! Je ne sais pas pourquoi tu t'étonnes. La même chose est arrivée à Jésus-Christ, mais Lui, Il n'a pas reculé, parce qu'Il était venu justement pour sauver les malades et ceux qui ne le comprenaient pas.
Que les personnes loyales n'agissent pas : voilà le désir des personnes déloyales !
Fuis les sectarismes : ils s'opposent à une collaboration loyale.
On ne peut pas promouvoir la véritable unité à force de créer de nouvelles divisions... Et moins encore, lorsque les "promoteurs" aspirent à s'emparer du commandement, en évinçant l'autorité légitime.
Tu es demeuré très pensif en m'entendant faire ce commentaire : je veux avoir le sang de ma Mère l'Église ; et non pas celui d'Alexandre ou celui de Charlemagne, ou celui des sept sages de la Grèce.
Persévérer, c'est persister dans l'amour, "per Ipsum et cum Ipso et in Ipso...", ce que nous pouvons réellement interpréter aussi bien de la sorte : Lui, avec moi, par moi et en moi.
Il peut arriver que, parmi les catholiques, il y en ait quelques-uns qui aient peu d'esprit chrétien ; ou qui en donnent l'impression à ceux qui les fréquentent à un moment donné.
Toi, si tu te scandalisais de cette réalité, tu montrerais par là que tu connais peu la misère humaine et... ta propre misère. De plus, il n'est ni juste ni loyal de profiter des faiblesses de quelques-uns pour diffamer le Christ et son Église.
Il est vrai que nous, les enfants de Dieu nous ne devons pas servir Notre Seigneur pour que l'on nous voie..., mais, si l'on nous voit, n'en ayons aucune gêne : nous ne pouvons surtout pas cesser de faire notre devoir parce qu'on nous voit !
Vingt siècles se sont écoulés, et la scène se répète chaque jour : ils continuent de juger, de flageller et de crucifier le Maître... Et beaucoup de catholiques, par leur comportement et par leurs paroles, continuent de crier : celui-là, moi je ne le connais pas ! Je désirerais aller partout, pour rappeler en confidence à beaucoup que Dieu est Miséricordieux, et qu'Il est aussi très juste ! C'est pourquoi en toute clarté, Il a déclaré : "Moi non plus, je ne reconnaîtrai pas ceux qui ne m'ont pas reconnu devant les hommes."
J'ai toujours pensé qu'un manque de loyauté, par respect humain, est un manque d'amour..., et un manque de personnalité.
Tourne les yeux vers la Sainte Vierge et contemple comment elle exerce la vertu de la loyauté. Quand Elisabeth a besoin d'elle, l'Évangile dit qu'elle accourt "cum festinatione", dans une hâte joyeuse. Apprends !
DISCIPLINE
Obéir dans la docilité. — Mais aussi avec intelligence, avec amour et avec le sens de ses responsabilités. Ce qui n'a rien à voir avec le fait de juger celui qui gouverne.
Dans l'apostolat, obéis sans t'arrêter à la manière d'être de celui qui commande ni à la manière dont il commande. Le contraire n'est pas vertu.
Des croix, il y en a beaucoup : des croix de brillants, de perles, d'émeraudes, d'émaux, d'ivoire..., des croix en bois aussi, comme celle de Notre Seigneur. Toutes méritent une égale vénération, puisque la Croix nous parle du sacrifice de Dieu fait Homme. — Applique cette considération à ton obéissance, sans oublier que Lui, Il a embrassé ce Bois amoureusement, sans hésiter, et que c'est là qu'Il a gagné notre Rédemption.
Obéis d'abord, ce qui est un signe de droiture d'intention, et fais ensuite la correction fraternelle, selon les conditions requises ; tu renforceras l'unité par l'accomplissement de ce devoir.
On obéit avec les lèvres, avec le cœur et avec l'intelligence. — On obéit non à un homme mais à Dieu.
Tu n'aimes pas l'obéissance si tu n'aimes pas vraiment l'ordre que l'on te donne, si tu n'aimes pas vraiment ce qu'on t'a commandé.
Beaucoup de difficultés se résolvent dans l'immédiat. D'autres, pas tout de suite. Mais toutes s'arrangeront si nous sommes fidèles : si nous obéissons, si nous accomplissons ce qui nous est indiqué.
Le Seigneur attend de toi un apostolat précis, comme cette pêche des cent-cinquante-trois grands poissons — pas un de plus — pris à la droite de la barque.
Et tu me demandes : comment se fait-il que, me sachant pêcheur d'hommes, étant au contact de beaucoup de camarades et pouvant discerner à qui doit s'adresser mon apostolat spécifique, je ne pêche rien du tout ?... Est-ce que je manque d'Amour ?... Est-ce je manque de vie intérieure ? Écoute la réponse de la bouche de Pierre, au cours de cette autre pêche miraculeuse : — "Maître, toute la nuit nous nous sommes fatigués et nous n'avons rien pris ; cependant, sur ta parole, je jetterai les filets."
Au nom de Jésus-Christ, recommence. — Et, fortifié, chasse cette langueur paresseuse !
Obéis sans toutes ces "cogitations" inutiles... Manifester de la tristesse ou un manque d'envie devant ce qui est commandé est une faute de taille. Mais le ressentir, sans plus, non seulement ce n'est pas une faute mais ce peut être l'occasion d'une grande victoire, le couronnement d'un acte de vertu héroïque.
Ce n'est pas moi qui l'invente. Tu te rappelles ? L'Évangile raconte qu'un père de famille donna la même charge à ses deux fils... Et malgré les difficultés qu'il avait lui-même soulevées, celui des deux qui l'accomplit remplit Jésus de joie ! Et il le réjouit parce que la discipline est le fruit de l'Amour.
La cause de la plupart des désobéissances est que l'on n'a pas su "écouter" l'ordre ; ce qui révèle au fond, un manque d'humilité ou un manque d'intérêt pour servir.
Tu veux que ton obéissance soit une obéissance accomplie ?... Alors sois très attentif pour comprendre la portée et l'esprit de ce qu'on t'indique ; et, si tu ne comprends pas quelque chose, pose des questions.
Voyons, quand seras-tu convaincu que tu dois obéir !... Et tu désobéis si, au lieu d'accomplir ton plan de vie, tu perds ton temps. Toutes tes minutes doivent être remplies : travail, étude, prosélytisme, vie intérieure.
Par le soin qu'elle apporte à la liturgie, l'Église nous fait entrevoir la beauté des mystères de la religion, et elle nous pousse à mieux les aimer. De la même manière nous devons manifester, sans mise en scène, une certaine attitude, apparemment mondaine, de respect profond, même extérieur, à l'égard du Directeur qui nous communique, par sa bouche, la Volonté de Dieu.
Quand on gouverne, il faut d'abord penser au bien commun, et aussi tenir compte du fait que, dans le domaine spirituel ou profane, une norme peut difficilement ne pas plaire à certains.
— Il ne pleut jamais au goût de tout le monde ! dit la sagesse populaire. Ce n'est pas là un défaut de la loi, sois-en sûr, mais c'est la révolte injustifiée de l'orgueil ou de l'égoïsme d'un petit nombre.
Ordre, autorité, discipline... — Ils écoutent, s'ils écoutent ! et ils sourient avec cynisme, en prétextant, les uns et les autres, qu'ils défendent leur liberté.
Ce sont les mêmes qui prétendent ensuite que nous respections leurs égarements ou que nous nous en accommodions. Ils ne comprennent pas (et quelle vulgarité dans leurs protestations !) que leurs façons de faire ne soient pas (car elles ne peuvent pas l'être) acceptées par l'authentique liberté des autres.
Ceux qui dirigent des activités spirituelles doivent s'intéresser à tout ce qui est humain, pour l'élever à l'ordre surnaturel et pour le diviniser.
Ce qui ne peut être divinisé, ne t'y trompe pas, n'a rien d'humain, mais c'est quelque chose d'"animal", d'impropre à la créature rationnelle.
Autorité. — Elle ne consiste pas à ce que celui d'en haut "crie" à celui d'en bas, puis celui-ci à qui est encore en dessous.
Un tel principe, qui est une caricature de l'autorité, manifeste d'abord un manque évident de charité et de correction humaine ; il aboutit surtout à l'éloignement progressif de celui qui est à la tête et de ceux qu'il gouverne : il ne les sert pas, tout au plus, il les use !
Ne sois pas de ceux qui, ne sachant pas diriger leur propre maison, cherchent à se mêler de la direction de la maison d'autrui.
Mais... penses-tu vraiment que tu sais tout, pour avoir été établi en autorité ? — Écoute-moi bien : le bon gouvernant "sait" qu'il peut, qu'il doit même apprendre des autres.
La liberté de conscience : non ! — Combien de maux a entraîné pour les peuples et les personnes cette lamentable erreur, qui permet d'agir à l'encontre des préceptes de son for intérieur.
La liberté "des consciences", oui : elle exprime le devoir de suivre cet impératif intérieur... mais à la condition d'avoir reçu une sérieuse formation !
Gouverner, ce n'est pas mortifier.
Pour toi qui occupes cette charge de gouvernement, médite bien ceci : les instruments les plus forts et les plus efficaces, si on les maltraite, s'ébrèchent, s'usent et deviennent inutilisables.
Les décisions de gouvernement, quand elles sont prises à la légère par une seule personne, sont toujours, ou presque toujours, marquées par une vision unilatérale des problèmes.
— Aussi grands que soient ton esprit de réparation et ton talent, tu dois écouter ceux qui partagent avec toi cette charge de direction.
Ne prête jamais l'oreille à la délation anonyme : c'est le procédé des infâmes.
Un critère de bon gouvernement : il faut prendre le matériau humain tel qu'il est, et l'aider à devenir meilleur, sans jamais le mépriser.
Il me semble très bon que, chaque jour, tu essaies d'augmenter cette préoccupation profonde pour ceux qui dépendent de toi ; les personnes que tu dois servir par ton travail de direction ont peut-être surtout besoin de ce remède : se sentir entourées et protégées par la compréhension affectueuse du supérieur.
Qu'ils font de la peine ceux qui ont été constitués en autorité mais qui jugent et parlent à la légère de personnes ou de sujets qu'ils ne connaissent pas, sans avoir étudié l'affaire mais avec des affirmations tranchantes... voire avec des "préjugés" qui sont le fruit de leur déloyauté.
Si l'autorité se transforme en un autoritarisme dictatorial et que cette situation se prolonge dans le temps, on perd la continuité historique, les personnes qui gouvernent meurent ou vieillissent, des gens sans expérience de direction arrivent à l'âge mûr, et la jeunesse, inexpérimentée et agitée, veut prendre les rênes : combien de maux ! et combien d'offenses à Dieu (celles que l'on fait siennes et celles d'autrui) retombent sur celui qui fait un si mauvais usage de l'autorité !
Lorsque celui qui commande est négatif et méfiant, il tombe facilement dans la tyrannie.
Essaie d'être droit et objectif dans ton travail de gouvernement. Évite le travers de ceux qui ont tendance à voir plutôt (et parfois, uniquement) ce qui ne marche pas, les erreurs.
Remplis-toi de joie, certain que le Seigneur a accordé à tous la capacité de devenir saints, précisément en luttant contre leurs défauts personnels.
Le désir de nouveauté peut conduire au désordre.
— Il faut de nouveaux règlements, dis-tu... — Crois-tu que le corps humain serait meilleur s'il avait un autre système nerveux ou artériel ?
Certains, quels efforts ils font pour tout "massifier"! Ils transforment l'unité en uniformité inerte, et ils étouffent la liberté.
Ils semblent ignorer l'impressionnante unité du corps humain, et la diversification divine des membres qui (chacun avec sa fonction) contribuent à la santé générale.
— Dieu n'a pas voulu que tous soient égaux, ni que nous marchions tous de la même manière sur un seul chemin.
Il faut apprendre aux gens à travailler (n'exagérons pas non plus l'importance de leur préparation : "faire", c'est aussi se former !) et à accepter d'avance les imperfections inévitables Le mieux est l'ennemi du bien.
Ne t'en remets jamais uniquement à l'organisation.
Le bon pasteur n'a pas besoin d'effrayer ses brebis : un tel comportement est propre aux mauvais gouvernants. C'est pourquoi personne ne s'étonne qu'ils finissent seuls et détestés.
Bien souvent, gouverner consiste à savoir "tirer" les gens, avec patience et affection.
Le bon gouvernement n'ignore pas une souplesse nécessaire ; il ne tombe pas non plus dans le manque d'exigence.
"Tant qu'ils ne me font pas commettre de péché !" — Vigoureux commentaire de cette pauvre créature, presque anéantie, dans sa vie personnelle et dans ses aspirations d'homme et de chrétien, par des ennemis puissants.
— Médite et apprends : tant qu'ils ne te font pas commettre de péché !
Tous les citoyens ne font pas partie de l'armée de métier. Mais, à l'heure de la guerre, tous participent... Et le Seigneur a dit : "Je ne suis pas venu apporter la paix, mais la guerre."
"J'étais un guérillero, écrit-il, et je me déplaçais dans la montagne, ouvrant le feu quand tel était mon devoir. Mais j'ai voulu m'engager comme soldat, parce que j'ai compris que les guerres, ce sont des armées organisées et disciplinées qui les gagnent plus facilement. Un pauvre guérillero isolé ne peut pas enlever des villes entières, ni occuper le monde. J'ai raccroché mon vieux fusil (si démodé !) et maintenant je me sens mieux armé. En même temps, je sais que je ne peux m'allonger par terre, en montagne, à l'ombre d'un arbre, et rêver que je gagnerai la guerre à moi tout seul."
Bienheureuses discipline et unité de notre Mère la Sainte Église !
À tant de catholiques rebelles, je dirais qu'ils manquent à leur devoir : ceux qui, au lieu de s'en tenir à la discipline et à l'obéissance envers l'autorité légitime, se transforment en parti ; en petite faction ; en occasions de discorde ; en conjuration et commérages ; fauteurs de stupides luttes personnelles ; fomenteurs de complots de jalousies et de crises.
Une brise n'est pas un ouragan. N'importe qui résiste à la première : c'est un jeu d'enfant, la parodie d'une lutte.
— Petites contrariétés, pénurie, petites difficultés... Tu les supportais joyeusement et, rempli de joie intérieure, tu pensais : c'est maintenant que je travaille pour Dieu, parce que nous avons la Croix ?...
Mais, mon pauvre enfant : l'ouragan est arrivé, et tu sens des secousses, des chocs qui déracineraient des arbres centenaires. Et cela..., à l'intérieur comme à l'extérieur. Aie confiance ! Il ne pourra pas déraciner ta Foi et ton Amour ; ni te faire dévier de ton chemin..., si tu ne t'éloignes pas de la "tête", si ton unité est "sentie".
Quelle facilité pour ne pas accomplir ton plan de vie, ou faire ce que tu fais plus mal que si tu l'omettais !... — Est-ce ainsi que tu veux t'éprendre chaque fois davantage de ton chemin, et ensuite transmettre à d'autres cet amour ?
N'ambitionne qu'un seul droit : celui d'accomplir ton devoir.
Ta charge est lourde ? — Non, et mille fois non ! Ces obligations que tu as acceptées librement sont des ailes qui t'élèvent au-dessus de la fange des passions.
Est-ce que les oiseaux sentent le poids de leurs ailes ? Coupe-les, mets-les sur le plateau d'une balance : il est vrai qu'elles pèsent ! Et pourtant, l'oiseau peut-il voler si on les lui arrache ? Il a besoin de ces ailes ; et il ne se rend pas compte de leur poids, car elles l'élèvent au-dessus du niveau des autres créatures.
Tes "ailes" pèsent elles aussi ! Mais, si elles venaient à te manquer, tu tomberais dans les bourbiers les plus sales.
"Marie gardait toutes ces choses dans son Cœur..."
Lorsque l'on vit d'un amour pur et sincère, la discipline, même s'il en coûte, ne se fait pas sentir, parce qu'elle unit à l'Aimé.