SERMON XXXV.
POUR LE SIXIÈME DIMANCHE APRES LA PENTECÔTE.
De la vanité du monde.
Nec habent quod manducent Mc VIII, 2
Ils n'ont rien à manger.
Tel était le charme de la personne de notre divin Sauveur, et telle était la douceur avec laquelle il accueillait tout le monde, que le peuple était entraîné à sa suite par milliers. un jour, se voyant entouré d'une grande multitude d'hommes, qui l'avaient ainsi suivi au point de se trouver sans nourriture, il fut touché de compassion, et dit à ses disciples : J'ai pitié de ce pauvre peuple, qui me suit depuis trois jours, et n'a rien à manger Misereor super turbam, quia ecce jam triduo sustinent me, nec habent quod manducent. Marc. S. ?. — Alors, il fit le miracle de multiplier sept pains et quelques petits poissons, qui étaient tout ce qu'on avait pu trouver, et tout le monde fut rassasié.
C'est là le sens littéral de l'Évangile du jour ; mais le sens mystique est qu'en ce monde il n'y a pas d'aliment qui puisse rassasier nos âmes. Tous les biens de la terre, les richesses, les honneurs, les plaisirs, flattent les appétits corporels, mais ne peuvent rassasier l'âme, qui est créée pour Dieu, et que Dieu seul peut contenter. Je veux donc aujourd'hui vous parler de la vanité du monde et vous montrer dans quelle erreur vivent ceux qui aiment le monde, puisqu'ils mènent une vie malheureuse sur la terre, et qu'ils se mettent en grand danger d'avoir une vie bien plus malheureuse encore dans l'éternité.
Le Prophète-Roi s'écrie, en s'adressant aux mondains : hommes insensés ! jusqu'à quand aurez-vous le cœur attaché à la terre ? pourquoi aimez-vous les vanités, les faux biens, comme sont tous les biens du monde ? Filii hominum, usquequo gravi corde ? ut quid diligitis vanitatem, et quaeritis mendacium ? Ps. 4. 3. Vous croyez trouver la paix dans la possession de tels biens ; mais, comment voulez-vous trouver la paix, si vous quittez le chemin de la paix, pour marcher dans les voies de l'affliction et du malheur, selon ce que nous déclare le même Prophète ? Contritio et infelicitas in viis eorum, et viam pacis non cognoverunt. Ps. 13. 3. Vous espérez obtenir du monde la paix que vous désirez ; mais, comment le monde peut-il vous donner cette paix, puisque saint Jean dit : Le monde est plein d'iniquités, en sorte que les mondains vivent sous l'empire du malin, c'est-à-dire, du démon ? Mundus totus in maligno positus est. I. Jo. 5. 19. Le Seigneur lui-même a déclaré qu'il n'y a point de paix pour les impies, qui vivent privés de sa grâce Non est pax impiis. Is. 48. 22.
Les biens du monde ne sont des biens qu'en apparence ; ils ne peuvent rassasier le cœur de l'homme : Fous avez mangé sans pouvoir vous rassasier Comedistis, et non estis satiati. Agg, 1. G. Au lieu d'apaiser notre faim, dit saint Bernard, ils ne font que l'accroître Magis famera haec provocant, quam eistinguunt. De Vita cler. c. 25. Si les biens de ce monde contentaient l'homme, les puissants et les riches seraient pleinement heureux ; mais l'expérience prouve tout le contraire, et fait voir qu'ils sont les plus malheureux, sans cesse tourmentés par les craintes, les jalousies ou les tristesses. Écoutons le roi Salomon, qui a joui de ces biens en abondance ; qu'en dit-il ? Toutes les choses de ce monde ne sont que vanité, mensonge, illusion ; et non seulement vanité, mais encore affliction, tourment de l'âme : Ecce uni versa, vanitas et afflictio spiritus. Eccl i. 14. dans tous les biens terrestres, l'âme ne trouve rien qui la contente ; tout l'afflige et lui apporte des amertumes. Juste châtiment de ceux qui, au lieu de servir leur dieu avec joie, veulent servir leur ennemi, le monde, qui leur fait souffrir la pénurie de tout bien Eo quod non servieris Domino Deo tuo in gaudio.,., servies inimico tuo. .. in famé, et sili, et nuditate, et omni penuria. Deut. 28. 47. Il en est ainsi, parce que l'homme pense qu'avec ces biens terrestres il pourra contenter son cœur ; mais, quelle qu'en soit l'abondance, ne se trouvant jamais satisfait, il en demande toujours davantage, et reste toujours plongé dans un triste vide. oh ! bienheureux celui qui ne veut que Dieu ; car le Seigneur, comme dit David, saura bien satisfaire tous les désirs de son cœur Delectare in Domino, et dabit tibi petitiones cordis tui.Ps.56. 4. De là cet avis de saint Augustin : Cherchez dieu seul, en qui vous trouverez tous les biens Cur per multa vagaris, homuncio, quaerendo bona ? — Ama unum bonum, in quo sunt omnia bona. Manual. c. 34. — Le même saint Docteur, ayant appris à ses dépens que les biens de ce monde ne contentent pas nos cœurs, mais plutôt les affligent, disait à Dieu : C'est vous seul qui êtes notre repos Dura sunt omnia, et tu solus requies. Conf. l. 6. c. 16. — Aussi, le séraphique saint François, bien que dépouillé de tout, se trouvait néanmoins plus riche et plus content que tous les mondains, et ne faisait que répéter avec joie : Deus meus, et omnia : Mon Dieu et mon tout !
— En effet, la paix dont jouit celui qui ne veut que Dieu, surpasse tous les plaisirs que peuvent donner les créatures, lesquelles flattent les sens, mais ne sauraient contenter le cœur de l'homme Pax Dei, quae exsuperat omnem sensum. Phil. 4. 7. Voici, dit saint Thomas, la différence qu'il y a entre le souverain bien, qui est Dieu, et les biens terrestres : plus on possède Dieu, plus on l'aime, parce qu'alors on connaît mieux sa grandeur infinie, ce qui fait qu'on dédaigne les autres choses ; pour les biens temporels, au contraire, quand on les a obtenus, on les méprise, parce qu'alors on en connaît la petitesse, et l'on désire autre chose pour trouver à se contenter Summum bonum, quanto perfectius possidetur, tanto magisj amatur, et alla contemnuntur ; sed in appetitu temporalium bonorum, quando habentur, contemnuntur, et alia appetuntur. i. 2. q. 2. a. l
Le prophète Osée nous avertit que le monde tient en main une balance trompeuse In manu ejus statera dolosa. Os. 12. 7. Il faut donc que nous pesions les biens dans la balance de Dieu, et non dans celle du monde, où les choses nous paraissent différentes de ce qu'elles sont. Que sont en effet les biens de la vie présente ? mes jours, disait Job, ont passé rapidement, comme des vaisseaux portant des fruits Dies mei velociores fuerunt cursore.., ; pertransierunt quasi naves poma portantes. Job. 9. 25. Les vaisseaux représentent la vie humaine, qui passe vite et court à la mort ; et si les hommes n'ont cherché qu'à se pourvoir de biens terrestres, ces biens ne sont que des fruits qui se gâtent au moment de la mort, et dont on ne peut rien emporter dans l'autre monde. C'est à tort, dit saint Ambroise, que nous appelons nos biens ceux que nous ne pouvons emporter avec nous dans l'éternité, où nous devrons vivre toujours, et où la vertu seule nous accompagnera Non nostra sunt, quae non possumus auferre nobiscum ; sola virtus cornes est defunctorum. In Luc. l. 7. Et saint Augustin nous fait cette observation : Vous considérez seulement ce que possédait cet homme riche ; mais, dites-moi : maintenant qu'il est à la mort, qu'emporte-t-il de tous ses trésors ? Quid hic habebat, attendis ; quid secum fert, attende Les riches, à la mort, emportent à peine un misérable linceul, destiné à se consumer avec eux dans la tombe ; et s'ils ont eu un grand nom pendant leur vie, bientôt après leur mort on en perdra le souvenir Periit memoria eorum cum sonitu. Ps. 9. 7.
Ah ! que les hommes n'ont-ils toujours devant les yeux celte grande maxime de Jésus-Christ : Que sert à l'homme de gagner tout l'univers, s'il vient à perdre son âme ? Quid enim prodest homini , si mundum universum lucretur, animée vero suaè detrimentum patiatur ? Matth. 26. Alors, certainement, ils cesseraient tous d'aimer le monde. Quelle utilité y a-t-il pour un homme, au moment de la mort, d'avoir acquis tous les biens du monde, si son âme doit aller souffrir en enfer durant toute l'éternité ? Que de personnes cette vérité n'a-t-elle pas décidées à s'enfermer dans les cloîtres, à se retirer dans les déserts, et même à embrasser les tourments et la mort, comme ont fait les saints martyrs ! Dans l'histoire d'Angleterre, on cite une trentaine de rois et de reines qui ont quitté le monde pour entrer en religion, afin de s'assurer une bonne mort. Ce fut aussi cette pensée de la vanité du monde, qui fit prendre à saint François de Borgia la résolution d'y renoncer : à la vue de l'impératrice Isabelle, morte dans la fleur de sa jeunesse, il se détermina à ne plus servir que Dieu seul, en disant : « Est-ce donc là qu'aboutissent les gloires et les couronnes de ce monde ? Je veux désormais servir un maître qui ne puisse m'être enlevé par la mort. »
Le jour de la mort est appelé un jour de perte Dies perditionis. Dent. 32. 3.5. parce qu'en ce jour tous les biens du monde, richesses, honneurs, plaisirs, doivent être perdus et abandonnés. L'ombre de la mort obscurcit tous les trésors et toutes les grandeurs terrestres, même la pourpre et les couronnes. La sœur Marguerite de sainte Anne, carmélite déchaussée, fille de l'empereur Rodolphe, disait : « A quoi servent les royaumes à l'heure de la mort ? » L'heure funeste de la mort met fin à toutes les délices et à toutes les pompes de la terre Malitia horse oblivionem facit luxuriae magnae. Eccli. ii, 20.
— Ils sont faux, dit saint Grégoire, tous ces biens qui ne peuvent demeurer avec nous, ni nous délivrer de notre misère Fallaces sunt, quae nobiscum permanere non possunt ; fallaces sunt, quse mentis nostrae inopiam non expellunt. Voyez ce pécheur : il faisait envie aux autres par les richesses et les honneurs dont il jouissait ; mais au milieu de ses pompes, la mort lui est survenue, et il n'est plus ce qu'il était Vidi impium superexaltatum, et elevatura sicut cedros Libaiii ; et transivi, et ecce non erat. Ps. 36. 35.
Les malheureux pécheurs, en se voyant condamnés à l'enfer, reconnaissent bien cette vérité, mais sans fruit ; ils s'écrient alors en gémissant : Que nous revient-il de notre faste et de nos richesses, maintenant que tout cela est passé comme une ombre, et qu'il ne nous reste qu'un supplice et un désespoir éternels ? Quid nobis profuit superbia ? aut divitiarum jactantia quid contulit nobis ? Transierunt omnia illa tamquam umbra. Sap. 5. 8. — Chrétiens mes frères, ouvrons les yeux, et tâchons de sauver notre âme, maintenant que nous le pouvons ; car dans l'autre vie, si notre âme est perdue, nous ne pourrons plus la sauver. Un philosophe ancien, nommé Aristippe, voyageait un jour sur mer. Le vaisseau fit naufrage, cl le philosophe perdit tous ses biens ; mais il parvint heureusement au rivage. Comme il était fort renommé pour sa science, les habitants du pays lui firent bon accueil et le dédommagèrent de tout ce qu'il avait perdu. Charmé de celte aventure, il écrivit à ses amis dans sa patrie, pour les engager à profiter de son exemple, et à ne se pourvoir que des biens qui ne périssent point, même dans un naufrage. Voilà précisément ce que nous mandent de l'autre vie nos parents et nos amis qui sont dans l'éternité, c'est-à-dire, que nous nous attachions à nous procurer ici-bas les seuls biens qu'on ne perd pas, même à la mort.
Au moment de la mort, si nous n'avons cherché qu'à nous enrichir de biens terrestres, nous serons appelés insensés, comme certain riche dont il est parlé dans l'Évangile. Cet homme, après avoir retiré de ses champs une récolte abondante, se disait à lui-même que, muni de bonnes provisions pour longtemps, il n'avait plus qu'à se livrer au repos et aux jouissances de la vie ; mais Dieu lui dit : insensé, cette nuit même on va te redemander ton âme ; et pour qui sera ce que lu as amassé ? Anima, habes multa bona posila in annos plurimos ; requiesce, comede, bibe, epulare. — Stulte, bac nocte animam tuani repetunt a te ; quae autem parasti, cujus erunt ? — Sic est, qui sibi thesaurizat, et non est in Deum dives. Luc. 12. 19. Le Seigneur lui rappelle qu'on va lui redemander son âme : Repetunt. Cela signifie que l'âme est donnée à chacun, non en propriété, de sorte qu'il puisse en disposer à son gré, mais en dépôt, afin qu'il la tienne fidèle à Dieu, et qu'il la rende dans le même état, quand elle devra être présentée au tribunal du Juge suprême. Et voici la conclusion que Notre-Seigneur ajoute : C'est là ce qui arrive à celui qui cherche à s'enrichir des biens terrestres et non de l'amour divin Dives, si charitatem non habet, quid habet ? Pauper, si charitatem habet, quid non habet ? Serm. 112. E. B. app. — Sur quoi saint Augustin fait cette réflexion : Si quelqu'un possède tous les trésors de la terre, sans posséder Dieu, il est le plus pauvre du monde ; mais le pauvre qui possède Dieu, possède tout, n'eût-il rien des biens d'ici-bas. Chose étonnante, mais attestée par Jésus-Christ lui-même :
Les enfants de ce siècle sont plus habiles dans la conduite de leurs affaires, que les enfants de la lumière ! Filii hujus saeculi prudentiores filiis lucis in générations sua sunt. Luc. 16. 8. — Les mondains, vivant au milieu des ténèbres du siècle, ne négligent rien en ce qui regarde les choses de la terre. Que ne font-ils pas, dit saint Augustin, pour contenter leurs affections déréglées ! Intueamur quanta liomines dura sustineant pro rébus quas vitiose diligunt. De Patient, c. 3. Que de peines pour obtenir tel profit, tel poste ! Que de soins pour conserver la santé du corps ! on consulte le meilleur médecin, on emploie les meilleurs remèdes. Et cependant, les enfants de la lumière, les chrétiens, quand il s'agit du salut de leur âme, sont si négligents, et ne veulent rien souffrir !
Oh ! à la lueur du cierge de la mort, à l'heure, au moment qui est appelé le moment de la vérité, les mondains savent reconnaître et avouer leur folie. Chacun d'eux dit alors : ah ! que n'ai-je cherché à me sanctifier ! que n'ai-je quitté tout pour aimer Dieu seul ! — Philippe II, roi d'Espagne, étant près de mourir, fit venir son fils ; puis, ouvrant son vêtement royal, il lui montra sa poitrine rongée de vers, et lui dit : « Mon fils, vois comment on meurt, et où aboutissent les grandeurs du monde. » Ensuite, il se fit attacher au cou une croix de bois, et, ayant tout disposé pour sa mort, il ajouta : « J'ai voulu, mon fils, que vous fussiez présent à cet acte, afin que vous sachiez comment le monde, à la mort, traite les rois eux-mêmes. » Avant d'expirer, il dit encore : a Oh ! que n'ai-je été simple frère lai de quelque ordre religieux, plutôt que d'être roi ! » — C'est ainsi que parlent, au moment de la mort, même les grands de la terre, ceux que les hommes appellent les heureux du monde. mais, à quoi servent alors ces regrets et ces soupirs ? Ils ne font qu'augmenter les peines et les remords des mondains au dernier moment, quand la scène est à sa fin.
Et qu'est-ce, en effet, que notre vie présente, sinon une scène qui ne fait que passer ? Elle peut même finir quand nous y pensons le moins, comme il arriva à Casimir, roi de Pologne, qui, un jour qu'il était à table avec les grands de sa cour, tomba mort au moment où il approchait les lèvres de sa coupe ; ainsi finit la pièce pour lui. L'empereur Celse, sept jours après son élection, fut assassiné ; ainsi finit la pièce pour Celse. Ladislas, roi de Bohême, âgé seulement de dix-huit ans, attendait une princesse, fille du roi de France, pour l'épouser, et on lui préparait de grandes fêtes ; mais voilà qu'un matin, il meurt saisi d'un mal subit. On se hâta d'expédier des courriers à la princesse, afin qu'elle retournât en France ; car, pour Ladislas, la pièce était finie.
C'est là ce que saint Paul a voulu nous faire entendre par ces mots : Elle passe la scène de ce monde Praeterit enim figura hujus mundi. /. Cor. 7. 31. Ce monde est comme une figure, une scène, une pièce de théâtre, qui ne fait que passer. En voici l'explication donnée par le père Cornélius : Le monde est comme un théâtre : une génération passe et une génération arrive. Celui qui joue le rôle de roi n'emporte pas sa pourpre avec lui. Dis-moi, château, maison, combien de maîtres as-tu déjà eus ?" Est mundus instar scense : - Generatio praeterit, et generatio advenit. - Qui regem agit, non auferet secum purpuram. Die mihi, o villa, o domus, quot dominos habuistil Dans chaque siècle, la terre change d'habitants ; les villes et les royaumes se remplissent continuellement de générations nouvelles, succédant à celles qui passent à l'autre monde. A la fin de la scène, celui qui a fait le rôle de roi, n'est plus roi ; le maître de cette campagne, de ce palais, n'en est plus le maître. C'est pourquoi l'Apôtre, en nous faisant considérer la brièveté de la vie, nous donne ce conseil : Le temps est court ; que ceux qui usent de ce monde soient comme s'ils n'en usaient pas Tempus brève est... : qui utuntur hoc mundo, tamquam non utantur. 1 Cor. 7. 29. Puisque notre demeure ici-bas est de courte durée, et que notre mort doit mettre fin à tout, n'usons de ce monde que pour le mépriser, comme s'il n'était point pour nous. — En outre, pratiquons ce que nous enseigne notre divin Maître, en nous efforçant d'acquérir les trésors éternels du paradis, où il n'y a point de vers qui les consument, ni de voleurs qui les dérobent Thesaurizate vobis thesauros in cœlo, ubi neque serugo neque tinea demolitur, et ubi fures non effodiunt nec furantur. Matth. 6. 20.
Sainte Thérèse disait : « On ne doit faire aucun cas de ce qui finit avec la vie ; la véritable vie consiste à vivre de manière à ne craindre point la mort. » Celui-là ne craindra point la mort, qui vit détaché des vanités de ce monde, et ne cherche pas d'autres biens que ceux qui peuvent le suivre dans l'éternité et le rendre à jamais heureux.
SERMON XXXVI.
POUR LE SEPTIÈME DIMANCHE APRES LA PENTECOTE.
De l'éducation des enfant.
Non potest arbor bona malos fructus facere ; neque arbor mala bonos fructus facere. ( Matth. VII 18. )
Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, et un mauvais arbre n'en peut produire de bons.
Voilà ce qu'on lit dans l'Évangile de ce jour. Il faut entendre par là, mes chers auditeurs, que les bons parents produisent de bons enfants ; mais, si les parents sont mauvais, comment leurs enfants pourraient-ils être bons ? Avez-vous jamais vu, lit-on encore dans le même Évangile, cueillir des raisins sur les épines, ou des figues sur les ronces ? numquid colligunt de spinis uvas, aut de tribulis ficus ? De même, il est impossible, ou pour mieux dire, il est bien rare de voir des enfants de bonnes mœurs, qui aient été élevés par des parents de mauvaises mœurs.
Ainsi, pères et mères, écoutez attentivement ce sermon, qui est d'une grande importance pour votre salut éternel et pour celui de vos enfants. Et vous aussi, jeunes gens, qui n'avez pas encore pris d'état, soyez bien attentifs : si vous voulez entrer dans le mariage, apprenez aujourd'hui les devoirs que vous allez vous imposer concernant l'éducation des enfants ; et sachez que, si vous ne remplissez pas ces devoirs, vous serez tous damnés, vous et vos enfants.
Je diviserai ce discours en deux points : je montrerai :
— dans le premier, l'importance de la bonne éducation des i enfants
— et dans le second, les soins que doivent prendre i les parents pour bien élever leurs enfants.
1. Importance de la bonne éducation des enfants.
Il y a deux obligations de la part des parents envers leurs enfants : pourvoir à leur entretien, et leur donner une bonne éducation.
Quant au premier de ces devoirs, touchant la nourriture, je me borne à dire qu'il y a certains pères de famille plus cruels que les bêtes féroces : les animaux, quels qu'ils soient, ne manquent pas de nourrir leurs petits, tandis que ces hommes vont dépenser, à manger, à boire, à jouer, ce qu'ils ont, ou ce qu'ils gagnent par leur travail, et laissent chez eux leurs enfants mourir de faim.
Mais, parlons de l'éducation, qui est l'objet propre de mon sermon. Il dépend certainement de la bonne ou de la mauvaise éducation que les enfants deviennent bons ou mauvais. La nature même enseigne aux parents qu'ils doivent s'appliquer à bien élever leur enfant : ceux qui lui ont donné l'être, doivent encore lui procurer le bien-être. Quand Dieu accorde des enfants aux parents, c'est, non pas pour avantager leur maison, mais pour qu'ils les élèvent dans la crainte du Seigneur, et les dirigent dans la voie du salut éternel. Saint jean Chrysostome a dit : Nous avons, dans les enfants, un dépôt sacré ; gardons-le avec toutes sortes de soins Magnum habemus depositum filios ; ingenti illos servemus cura in I. Tint. hom. 9 Les enfants ne sont pas un don fait aux parents, de sorte qu'ils puissent en disposer à leur gré ; c'est un dépôt, dont ils devront rendre compte à Dieu, s'il vient à se perdre par leur négligence. — On lit dans l'Écriture, que, quand le père vit comme il plaît à Dieu, il sera heureux lui-même et ses enfants après lui Ut bene sit tibi, et tiliis tuis post te, cum feceris quod placet in conspectu Domini. Deul. 12. 25. La bonne ou la mauvaise vie du père se fait connaître, même à ceux qui l'ignorent, par la vie que mènent ses enfants ; car on connaît l'arbre par le fruit Ex fructu arbor agnoscitur. MaHh. 12. 33. Et quand un père meurt, laissant un enfant, il semble ne point mourir ; car l'enfant qui reste, représente la conduite de son père Mortuus est pater ejus, et quasi non est inortuus ; siœilem enim rsliquit sibi post se. Eccli. 30. 4. Si l'enfant blasphème, tient des propos déshonnêtes, rapporte chez lui des objets volés, c'est un signe que le père agissait de même : Chaque homme se connaît par ses enfants In filiis suis agnoscitur vir. Eccli. 11. 30
C'est pourquoi Origène dit que les parents, au jour de leur jugement, ont à rendre compte de tous les péchés de leurs enfants : Omnia quœcumque deliquerint filli, a parentibus reqninintur. Ainsi, celui qui sait apprendre à son enfant à se conduire bien, aura une mort tranquille et heureuse Qui docet filium suum,. . in obitu suc non est contristatus nec confusus. Eccli. 30. 3 Il se sauvera par le moyen de ses enfants, à cause de la bonne éducation qu'il leur aura donnée Salvabitur autem per filiorum generationem. /. Tim. 2. 15. Au contraire, bien tourmentée et malheureuse sera la mort de ceux qui auront cherché à augmenter les richesses et les honneurs de leur maison, ou n'auront pensé qu'à mener joyeuse vie, en veillant peu aux bonnes mœurs de leurs enfants. Saint Paul déclare que les parents de cette sorte sont semblables aux infidèles, et même pires qu'eux Si quis autem suorum, et maxime domesticorum, curam non habet, fidem negavit, et est infldeli deterior. I. Tim. 5. 8 Même un père ou une mère qui s'adonnerait à la vie dévote, s'appliquant constamment à l'oraison, communiant tous les jours, sans prendre soin de ses enfants, n'échapperait point à la damnation. Plût à Dieu que certains parents eussent autant de soins de leurs enfants, qu'ils en ont de leurs chevaux et de leurs ânes ! Comme ils sont attentifs à ce qu'on leur donne à temps l'avoine et le foin, à ce qu'ils soient bien soignés ! Et pour ce qui regarde leurs enfants, ils ne se soucient guère s'ils vont au catéchisme, s'ils entendent la messe, s'ils se confessent. C'est ce que déplore saint Jean Chrysostome : Nous avons, dit-il, plus de soin de nos ânes et de nos chevaux que de nos enfants Majorem asinorum et equorum, quam filiorum, curam habemus. in Matth. hom. 60.
Si tous les parents veillaient, comme ils y sont obligés, à la bonne éducation de leurs enfants, la justice n'aurait point ou n'aurait guère de crimes à punir. Ce sont eux qui, en élevant mal leurs enfants, sont cause de leur chute dans de si grands vices, et qui les livrent par là aux mains des bourreaux, dit encore saint Jean Chrysostome Majoribus illos malis involvimus, et carnificum manibus damus. C'est pour cette raison que les Lacédémoniens, quand il se commettait des crimes, punissaient moins les enfants que leurs parents, comme étant cause de tous leurs désordres.
C'est un grand malheur pour les enfants d'avoir de mauvais parents, qui ne savent pas les élever comme il faut, et qui, les voyant s'engager dans des amitiés perverses, dans des rixes dangereuses, et dans des désordres honteux, au lieu de les réprimander et de les punir, usent plutôt d'indulgence, en disant : « Que faire ? Ils sont jeunes ; il faut que la jeunesse se passe. » Oh ! les belles maximes ! la belle éducation ! Pauvres parents, espérez-vous que votre fils, quand il sera plus avancé en âge, voudra se sanctifier ? Écoutez ce que dit Salomon : Un jeune homme qui vit mal et s'habitue an péché, ne le quittera pas même dans la vieillesse Adolescens juxta viara suam, etiam cum senueril, non recedet ab ea. Prov. 22. 6 — De plus, on lit dans le livre de Job : Si un jeune bomme prend l’habitude d'une mauvaise vie, ses os seront tellement remplis des vices de sa jeunesse, qu'il les portera jusqu'à la mort ; ils dormiront avec lui dans la poussière Ossa ejus implebuntur vitiis adolescentiae ejus, et cura eo in pulvere dormient. Joh. 20. 11 Remarquez ces derniers mots ; oui, les turpitudes, les blasphèmes, les haines, dont il a contracté l'habitude dans sa jeunesse, l'accompagneront jusqu'au tombeau, et y dormiront avec lui dans ses os déjà réduits en cendre et en poussière. — Autant il est facile aux enfants d'apprendre le bien dans leur tendre jeunesse, autant il leur est difficile, quand ils sont devenus grands, de se corriger du mal qu'ils ont appris.
Nous arrivons maintenant au second point, qui traite de la manière de bien élever les enfants, et je vous engage, pères et mères, à vous souvenir de ce que je vais vous dire ; car de là dépend le salut éternel de vos âmes et de celles de vos enfants.
2. Soins que doivent prendre les parents pour bien élever leurs enfants.
Saint Paul, en peu de mots, nous enseigne suffisamment en quoi consiste la bonne éducation des enfants ; il dit qu'elle consiste dans la discipline et la correction Éducate illos in disciplina et correptione Domini. Ephes.
I. — La discipline, qui est la même chose que le bon règlement des mœurs des enfants, exige qu'on ait soin de les former à une vie vertueuse, par la parole et par l'exemple.
D'abord, un bon père doit souvent parler à ses enfants, pour leur inculquer la sainte crainte de Dieu. C'est ainsi qu'agissait Tobie envers son fils, auquel il apprit, dès son enfance, à craindre Dieu et à fuir le péché Quem ab infantia timere Deum docuit, et abstinere ab omni peccato. Tob. 1. 10 Le Sage dit qu'un enfant bien instruit fait la consolation et la joie de ses parents Erudi filium tuum, et refrigerabit te, et dabit delicias animae tuœ. Prov.29. il mais, comme un enfant bien instruit réjouit ses parents, de même un enfant ignorant les afflige ; car l'ignorance de ce qu'on doit savoir pour tenir une bonne conduite, a toujours pour conséquence une vie mauvaise. Thomas de Cantimpré (De Apib. l, 1. c. 26.) raconte qu'en 1248, dans un synode, certain sujet peu capable fut chargé de faire un discours. Comme il se trouvait embarrassé et fort agité, le démon lui apparut et lui dicta ces paroles : « Les princes de ténèbres saluent les princes de l'Église, ou les recteurs des paroisses, et les remercient de leur négligence à instruire les peuples ; car l'ignorance produit la mauvaise vie et la damnation d'un grand nombre. » Cette leçon peut servir de même aux parents négligents.
En premier lieu, les parents doivent enseigner à leurs enfants les vérités de la foi, spécialement les quatre mystères principaux, savoir : 1. Il y a un seul Dieu, Créateur et Seigneur de toutes choses. 2. Ce Dieu est rémunérateur : dans l'autre vie, qui est éternelle, il récompense les bons en paradis, et punit les pécheurs en enfer. 3. Le mystère de la sainte Trinité : c'est-à-dire qu'en Dieu il y a trois personnes, lesquelles sont un seul Dieu, parce que leur essence est une. a. Le mystère de l'Incarnation du Verbe divin, Fils de Dieu et vrai Dieu, lequel s'est fait homme dans le sein de Marie, et a voulu souffrir et mourir pour notre salut. — Et si des parents disaient qu'ils ignorent ces choses-là, pourraient-ils se prévaloir d'une pareille excuse, c'est-à-dire, d'un péché, pour excuser un autre péché ? — Mais, leur répondrais-je, si vous ne les savez pas, sachez que vous êtes obligés de les savoir, et puis de les enseigner à vos enfants. Du moins, envoyez-les au catéchisme. Qu'il est triste de voir tant de pères et de mères qui ne savent pas apprendre à leurs enfants même les vérités les plus nécessaires de la foi, et qui, au lieu de les envoyer pour le moins le dimanche au catéchisme, les tiennent occupés à divers services de peu d'importance ! Ces pauvres enfants se trouvent ainsi devenus grands, et ne savent pas ce que signifient les mots de péché mortel, d'enfer, d'éternité. Ils ne savent même pas le credo, le Pater noster, l’Ave Maria, choses que tout chrétien est tenu de savoir sous peine de faute grave.
Les bons parents ne se contentent pas d'apprendre à leurs enfants ces choses principales ; ils leur enseignent en outre les actes que chacun doit faire le matin en se levant, savoir : 1° remercier Dieu de lui avoir conservé la vie ; 2° offrir à Dieu toutes les bonnes actions qu'il fera dans la journée, et toutes les peines qu'il souffrira ; 3° prier Jésus-Christ et la sainte Vierge Marie de le préserver de tout péché durant ce jour. Ensuite, le soir, faire l'examen de conscience avec l'acte de contrition. De plus, dans la journée, faire les actes chrétiens, de foi, d'espérance et de charité ; réciter le rosaire, et faire la visite au saint Sacrement. Il y a de bons pères de famille qui font faire encore chaque jour dans leur maison l'oraison mentale en commun pendant une demi-heure, en faisant lire quelque livre de méditations. C'est à cela qu'exhorte l'Esprit-Saint dans ces paroles : Instruisez-les et les formez au bien dès leur enfance Erudi illos, et curva illos a pueritia illorum. Eccli. 7. 25 ayez soin que vos fils, dès leur enfance, prennent la bonne habitude de faire ces choses ; car par ce moyen, il leur deviendra facile de les pratiquer, quand ils seront grands.
— Accoutumez-les aussi à se confesser et à communier tous les huit jours. Veillez à ce qu'ils se confessent dès l'âge de sept ans, et qu'ils communient à dix ans, comme y exhorte saint Charles Borromée ; et lorsqu'ils ont l'usage de la raison, ne tardez pas à leur faire recevoir le sacrement de confirmation.
Il est encore très utile d'inculquer aux enfants les bonnes maximes. Oh ! quel mal font à leurs enfants ces parents qui leur dictent des maximes mondaines, telles que celles-ci :
« Il faut se faire estimer, et ne point se laisser devancer. Dieu est miséricordieux, il tolère certains péchés ! » Malheur à ces jeunes gens qui pèchent par maxime ! Les bons parents tiennent un autre langage. La reine Blanche, mère de saint Louis, roi de France, lui disait : « Mon cher fils, j'aimerais mieux vous voir tomber mort, que de vous voir commettre un péché mortel. » Vous aussi, tâchez d'inculquer à vos enfants certains principes de salut ; par exemple : « Que sert de gagner le monde entier, si l'on perd son âme ? Toute chose finit ; l'éternité ne finit jamais. perdre tout, et ne pas perdre Dieu. « Une de ces maximes, imprimée dans l'esprit d'un enfant, pourra le conserver toujours dans la grâce de Dieu.
Mais ce n'est pas seulement par la parole que les parents doivent instruire leurs enfants à vivre bien ; c'est encore plus par l'exemple. Si vous donnez mauvais exemple à vos enfants, comment pouvez-vous espérer qu'ils tiendront une bonne conduite ? De là il arrive que, quand on reprend un jeune homme dissolu, il ose répondre : Que voulez-vous que je fasse, si mon père faisait pis que moi ? — C'est ainsi qu'un fils rejette sur son père son propre déshonneur De patre impio queruntur fllii, quoniam propter illum sunt in opprobrio. Eccli. 41. 10 En effet, comment est-il possible qu'an fils ait de bonnes mœurs, quand il a eu sous les yeux l'exemple d'un père qui blasphémait, proférait souvent des paroles obscènes, passait au cabaret des jours entiers à jouer et à s'enivrer, fréquentait certain lieu suspect, faisait tort au prochain ? Vous qui êtes père, comment pouvez-vous prétendre que votre fils se confesse souvent, quand vous vous confessez à peine au temps pascal ? Les enfants sont comme les singes ; ils font ce qu'ils voient faire. On dit que l'écrevisse, voyant ses petits marcher à reculons, voulut les corriger en leur disant : « Pourquoi donc marchez-vous ainsi ? » Mais les petits lui répondirent :
« Mère, montrez-nous comment vous marchez vous-même. » là-dessus, l'écrevisse se tut. C'est ce qui arrive aux parents qui donnent mauvais exemple : ils n'osent reprendre leurs enfants des fautes dont ils sont eux-mêmes coupables.
Et d'ailleurs, à quoi servirait-il de les reprendre par des paroles, quand on leur donne de mauvais exemples ? Les yeux persuadent mieux que les oreilles, lit-on dans un concile. Saint Ambroise l'avait dit auparavant Cuius mihi persuadeni oculi quod cernunt, quam auris potest insinuare quod prœterit. Serm. 16. Et selon saint thomas, les parents, par leur mauvais exemple, obligent en quelque sorte leurs enfants à se conduire mal Eos ad peccatum, quantum in eis fuit, obligaverunt. In P. 16. Il faut les appeler, ajoute saint Bernard, non pas les parents, mais les meurtriers de leurs enfants Non parentes, sed peremptores. Epist. lil Inutile de dire que vos enfants sont nés avec un mauvais naturel ; car il n'en est pas ainsi, répondrait Sénèque ; les vices ne naissent point avec les enfants ; ils leur sont communiqués par l'exemple des parents Erras, si existimas nobiscum viiia nasci ; ingesta sunt. Epist. 94 — Si donc vous donnez bon exemple à vos enfants, ils ne seront point vicieux. Fréquentez les sacrements, écoutez les sermons, récitez tous les jours le rosaire, soyez modestes dans vos paroles, évitez les médisances et les querelles, et vous verrez que vos enfants se confesseront souvent, écouteront les sermons, réciteront le rosaire, parleront avec modestie, et ne seront ni médisants ni querelleurs. il est particulièrement nécessaire de former les enfants aux bonnes mœurs, quand ils sont jeunes, comme nous l'avons déjà dit : curva illos apueritia ; car, lorsqu'ils sont devenus grands, et qu'ils ont contracté quelque mauvaise habitude, il est bien difficile de les en corriger.
Il appartient encore à la discipline, pour bien gouverner les enfants, de leur ôter les occasions de mal faire ; c'est pourquoi :
1° On doit leur défendre de sortir le soir, d'aller dans quelque maison dangereuse, et surtout de fréquenter de mauvaises compagnies. Sara exigea d'Abraham qu'il fît sortir de sa maison Agar et son fils, de peur que leur fils Isaac ne contractât les mauvaises habitudes d'Israël Ejice ancillam hanc et filium ejus. Gen. 21. 10. Les parents ne doivent pas seulement ôter le mal qu'ils voient ; ils sont encore tenus de surveiller avec soin la conduite de leurs enfants, et de s'informer, soit auprès des personnes de leur maison, soit même auprès des étrangers, où va leur fils quand il sort, à quoi il s'occupe, quels sont ceux qu'il fréquente.
2° On doit leur retirer cette mandoline ou cette guitare, qui leur est une occasion de sortir le soir. De même ce pistolet, ou quelque autre arme prohibée, qui leur est une occasion de se livrer à des rixes et divers excès ; en outre, celui qui porte de telles armes, ne peut être excusé de péché mortel ; car elles le tiennent toujours disposé à se venger de tout affront qu'il reçoit.
3° On doit éloigner de sa maison les serviteurs qui se conduisent mal, et aussi les jeunes servantes, quand on a des fils qui commencent à grandir. II y a des parents qui font à cela peu d'attention ; et puis, quand le mal arrive, ils s'en prennent à leurs enfants, comme si l'étoupe exposée au feu pouvait ne pas brûler.
4° On doit leur défendre d'apporter des objets dérobés, comme des oiseaux, des fruits, etc. — Tobie, entendant un jour chez lui la voix d'un chevreau, recommanda aussitôt de prendre garde qu'il n'eût été dérobé Videte ne forte furtivus sit ; reddite eum doraiiiis suis. Tob. ?. 2i. Certaines mères, au contraire, quand leur enfant dérobe quelque chose, lui disent : apporte ici, mon enfant.
5° On doit pareillement leur interdire tous les jeux défendus, qui ruinent les maisons et perdent les âmes ; de même les mascarades, les bals, les comédies scandaleuses, et certains entretiens dangereux.
6° On doit éloigner de la maison les mauvais livres, où se trouvent des maximes pernicieuses, ou des obscénités, ou des amours profanes, comme sont les romans, qui pervertissent la jeunesse.
7° On doit ôter de la maison toutes les peintures scandaleuses, qui suggèrent de mauvaises pensées.
8" Les parents ne feront point coucher leurs enfants avec eux, ni coucher ensemble des garçons et des filles.
9° Ils ne permettront pas que leurs filles s'entretiennent tête-à-tête avec des hommes, soit jeunes, soit vieux. — Mais, dira-l-on, c'est lui qui leur enseigne à lire, et c'est un saint homme. — Quoi ! un saint homme ! Les saints sont en paradis ; ceux qui vivent ici-bas, sont des hommes de chair, et l'occasion peut en faire des démons.
10° S'ils ont des filles, ils doivent empêcher les jeunes gens d'entrer chez eux. Il y a des mères qui reçoivent les jeunes gens dans leur maison, afin de voir leurs filles se marier, sans s'inquiéter si elles tombent dans le péché ; ce sont là des mères qui sacrifient leurs filles au démon, comme dit David Immolaverunt... filias suas daemoniis, Ps. 105. 37. Elles disent qu'il n'y a pas de mal ; mais, hélas ! que de mères, au jour du jugement, se verront damnées à cause de leurs filles ! N'y eut-il pas d'autre mal, au moins les gens en parlent, et les parents ont à rendre compte de tout à Dieu. Ainsi, pères et mères, ayez soin de vous en confesser, avant qu'arrive pour vous le jour du jugement.
II. — L'autre devoir imposé aux parents, après la discipline, c'est de corriger leurs enfants quand ils sont en faute In disciplina et correptione. Eph. 6. 4 Il y a des parents qui voient et qui ne disent rien. Ainsi faisait une mère ; un jour, son mari prit un bâton, et se mil à la frapper rudement. « Je ne fais rien, s'écria-t-elle ; pourquoi me frappez-vous ? » Le mari répondit : « C'est précisément parce que tu ne fais rien ; tu vois, et tu ne corriges pas. »
Certains parents s'abstiennent de corriger, pour ne pas leur faire de la peine. Mais, si vous voyiez votre fils tombé dans un étang et près de se noyer, quelle cruauté n'y aurait-il pas à refuser de le saisir par les cheveux, pour l'arracher à la mort, et cela de peur de lui faire mal !
Epargner la verge, nous dit l'Esprit-Saint, c'est haïr son enfant Qui parcit virgas, odit filium suum. Prov. 13, 24 Si donc vous aimez votre fils, reprenez-le et châtiez-le même avec le fouet au besoin, quand il commence à grandir. — « Avec le fouet, » dis-je, et non avec le bâton ; car vous devez le châtier en père, et non en comité de galère. Mais, gardez-vous de le battre quand vous êtes en colère ; car, alors, vous tomberiez facilement dans l'excès ; en outre, vous le feriez sans fruit, parce que votre fils croirait que ce traitement est l'effet de votre irritation, et non de votre désir de le voir se corriger. — J'ai dit de plus :
« Quand il commence à grandir ; » car, lorsqu'il sera devenu grand, vos corrections auront peu d'effet. Abstenez-vous alors de le châtier avec la main ; car il ne ferait que se pervertir davantage, jusqu'à vous manquer de respect. — Je vous demande aussi : A quoi bon vouloir corriger votre enfant par des injures, des imprécations ? Otez-lui le manger, privez-le d'un habit qu'il désire, enfermez-le dans une chambre.
Cela doit vous suffire, mes chers auditeurs ; de ce que je vous ai dit, tirez cette conclusion, que, dans l'autre vie, bien grand sera le châtiment de ceux qui auront mal élevé leurs enfants, et bien grande sera la récompense de ceux qui les auront bien élevés.