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Luc IV, 1-13. Jésus au désert.
C'est donc à juste titre que Notre Seigneur Jésus, par son jeûne et sa solitude, nous aguerrit contre les attaques des voluptés, et que Notre Seigneur à tous souffre d'être tenté par le diable pour qu'en Lui nous apprenions tous à en triompher. Remarquons donc que l'évangéliste, non sans raison, nous montre trois institutions principales du Seigneur : car il y a trois choses profitables et avantageuses au salut de l'homme : le sacrement, le désert, le jeûne. « Nul, en effet, n'est couronné s'il n'a combattu selon les règles » (II Tim., II, 5), et personne n'est admis au combat de la vertu s'il n'a d'abord été lavé de toutes les fautes qui le souillaient et consacré par le don de la grâce céleste. Le Seigneur vient donc au baptême pour nous faire constater la grâce de ce mystère par la vue et par le sens. Et tandis que la Loi est promulguée avec le ciel et la terre pour témoins (Deut., XXX, 12 sqq.), pour vous convaincre que le mystère de la divinité, éternellement caché en Dieu (Col., I, 26), l'emporte sur la Loi, le ciel n'est plus appelé en témoignage mais remplit l'office de témoin, puisque la voix de Dieu descend du ciel. En même temps, pour que le mystère de la foi ne se heurte pas au doute de votre âme, l'œuvre de l'invisible vous est visiblement proclamée. Le Seigneur vient au baptême : car II s'est fait tout pour vous (I Cor., IX, 20). Pour les sujets de la Loi — comme s'il était sujet de la Loi, alors qu'il n'était pas sujet de la Loi — II a été circoncis, afin de gagner les sujets de la Loi ; à ceux qui étaient sans loi II s'est associé en partageant leur repas, afin de gagner ceux qui vivaient sans loi. Pour les infirmes II s'est fait infirme par la souffrance de son corps afin de les gagner. Enfin II s'est fait tout à tous, pauvre pour les pauvres (II Cor., VIII, 9), riche pour les riches, pleurant avec ceux qui pleurent (Rom., XII, 15), affamé avec les affamés, altéré avec les altérés, large avec ceux qui sont dans l'abondance. Il est en prison avec le pauvre (Matth., XXV, 36), avec Marie II pleure (Jn, XI, 35), avec les Apôtres II mange (Matth., XXVI, 20), avec la Samaritaine II a soif (Jn, IV, 7). Au désert II a faim (Matth., IV, 12), pour que la nourriture savourée par le premier homme en sa prévarication fût expiée par le jeûne du Seigneur. C'est à notre détriment qu'Adam a rassasié sa faim de la science du bien et du mal ; c'est pour notre profit que Celui-ci a enduré la faim.
« Alors Jésus fut conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le diable. »
II y a lieu de se rappeler comment le premier Adam fut chassé du paradis dans le désert, pour remarquer comment le second Adam revint du désert au paradis. Voyez aussi comment les dommages se réparent suivant leur enchaînement, et comment les bienfaits divins se renouvellent en reprenant leurs propres traces. Une terre vierge a donné Adam, le Christ est né de la Vierge ; celui-là fut fait à l'image de Dieu, Celui-ci est l'Image de Dieu ; celui-là fut placé au-dessus de tous les animaux sans raison, Celui-ci au-dessus de tous les vivants ; par une femme la folie, par une vierge la sagesse ; la mort par un arbre, la vie par la Croix. L'un, dépouillé du spirituel, s'est couvert de la dépouille d'un arbre ; l'autre, dépouillé au temporel, n'a pas souhaité un vêtement corporel. Adam est au désert, au désert le Christ : car II savait où trouver le condamné pour dissiper son égarement et le ramener au paradis ; mais comme il ne pouvait y revenir couvert des dépouilles de ce monde, comme on ne peut être habitant du ciel sans être dépouillé de toute faute, il a quitté le vieil homme, revêtu le nouveau (Col., III, 9 sqq.) : ainsi, comme les décrets divins ne peuvent être abrogés, il y aurait changement de personne plutôt que commutation de sentence. Mais du moment qu'au paradis il avait, faute de guide, perdu la route qu'il suivait, comment au désert eût-il pu sans guide regagner la route perdue ? Là les tentations sont nombreuses, l'effort vers la vertu difficile, facile le glissement vers l'erreur. La vertu a le même naturel que les bois : lorsqu'ils sont encore bas, en montée de la terre vers le ciel, lorsque leur âge s'épanouit en un feuillage tendre, celui-ci, exposé au venin d'une dent cruelle, peut être aisément coupé ou desséché ; mais une fois établi sur de profondes racines et ses branches poussées en hauteur, c'est désormais en vain que la morsure des bêtes, les bras des paysans ou les divers souffles de tempêtes s'attaquent à l'arbre robuste. Quel guide offrira-t-il donc contre tant d'appâts du siècle, tant de ruses du diable, sachant que nous avons à lutter d'abord « contre la chair et le sang, puis contre les puissances, contre les princes du monde de ces ténèbres, contre les esprits malfaisants qui remplissent l'air » ( Éphés., VI, 11-12) ? Offrir l'ange ? mais lui-même est tombé ; les légions d'anges ont à peine sauvé des individus (II Rois, VI, 17). Envoyer un séraphin ? mais il est descendu sur terre « au milieu d'un peuple qui avait les lèvres souillées » (Is., VI, 6 sqq.), et il n'y eut qu'un seul prophète dont il purifia les lèvres au contact d'un charbon. Il fallait chercher un autre guide que nous suivrions tous. Quel serait ce guide assez grand pour faire du bien à tous, sinon Celui qui est au-dessus de tous ? Qui m'établirait au-dessus du monde, sinon Celui qui est plus grand que le monde ? Quel serait ce guide assez grand pour pouvoir, d'une même direction, conduire homme et femme, Juif et Grec, Barbare et Scythe, esclave et homme libre (Col., III, 11), sinon Celui qui est tout et en tous, le Christ ?
Car les pièges sont multiples, où que nous allions : pièges du corps, pièges de la Loi, pièges tendus par le diable au pinacle des temples, au faîte des murailles, pièges de la philosophie, piège des désirs — car l'œil de la courtisane est le piège du pécheur (cf. Prov., VII, 21) — piège de l'argent, piège dans la religion, piège dans le culte de la chasteté. Car de menues surcharges pèsent sur l'âme humaine et souvent la font pencher ici ou là selon l'habileté du séducteur. Le diable voit quelque homme religieux, servant Dieu avec vénération, plein d'égards pour ce qui est saint, incapable de faire aucun tort : il le fait tomber par sa religion même, en l'amenant à ne pas croire que le Fils de Dieu ait véritablement pris cette chair qui est nôtre, ce corps qui est nôtre, cette faiblesse de nos membres, alors qu' II a sans doute souffert en son corps, mais que sa divinité est demeurée hors d'atteinte ; ainsi sa religion même le met en faute : car « quiconque nie que Jésus-Christ est venu dans la chair, n'est pas de Dieu » (I Jn, IV, 3). Il voit un homme pur, d'une chasteté intacte : il lui persuade de condamner le mariage, ce qui le fera chasser de l'Église, le culte de la chasteté le séparant de ce chaste corps. Tel autre a entendu dire qu'il y a « un seul Dieu, de qui vient tout » (I Cor., VIII, 6) : il l'adore et le vénère ; le diable l'entreprend, lui bouche les oreilles pour qu'il n'entende pas qu'il y a « un seul Seigneur, par qui sont toutes choses » (Ib.) : ainsi par une piété excessive le contraint-il d'être impie, en séparant le Père du Fils et, en même temps, en confondant le Père et le Fils, en croyant qu'il y a unité de personne et non de puissance. Ainsi, faute de connaître la mesure de la foi, s'inflige-t-il le fardeau de l'erreur.
Comment donc éviter ces pièges, afin de pouvoir dire, nous aussi : « Notre âme, tel un passereau, a été arrachée au filet des chasseurs ; le filet s'est rompu, et nous avons été délivrés » (Ps. 123, 7) ? Il ne dit pas : « J'ai rompu le filet »—David n'a pas osé parler ainsi — mais « notre secours est dans le nom du Seigneur » (Ib., 8), afin de montrer comment le filet serait dénoué, afin de prophétiser la venue en cette vie de Celui qui briserait le piège préparé par la ruse du diable. Mais le meilleur moyen de briser le piège était de présenter un appât quelconque au diable : ainsi, se jetant sur la proie, il serait pris à ses filets, et moi je pourrais dire : « Ils ont préparé des pièges pour mes pieds, et ce sont eux qui y sont tombés » (Ps. 56, 7). Quel pouvait être cet appât, sinon un corps ? Il fallut donc user avec le diable de cet artifice, que le Seigneur Jésus prît un corps, et un corps corruptible, un corps infirme, pour être crucifié grâce à cette infirmité. Car si c'eût été un corps spirituel, II n'aurait pas dit : « L'esprit est alerte, mais la chair infirme » (Matth., XXVI, 41). Écoutez donc l'une et l'autre voix, celle de la chair infirme et celle de l'esprit alerte : « Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi » : c'est la voix de la chair ; « mais non pas ce que je veux, moi, mais ce que vous voulez » (Matth., XXVI, 39) : voilà le dévouement et la vigueur de l'esprit. Pourquoi faire fi de la condescendance du Seigneur ? C'est par condescendance qu'il a pris mon corps, par condescendance qu'il a pris mes misères, pris mes infirmités ; la nature de Dieu ne pouvait assurément les ressentir, puisque la nature humaine elle-même a appris à les mépriser, ou à les supporter et endurer. Ainsi donc suivons le Christ, selon ce qui est écrit : « Tu marcheras à la suite du Seigneur ton Dieu et lui seras attaché » (Deut., XIII, 4). À qui m'attacher sinon au Christ, comme l'a dit Paul : « Celui qui s'attache au Seigneur n'est qu'un esprit avec Lui » (I Cor., VI, 17). Suivons donc ses traces, et nous pourrons revenir du désert au paradis. Voyez par quels chemins nous sommes ramenés : maintenant le Christ est au désert ; II y pousse l'homme, l'instruit, le forme, l'exerce, le frotte de l'huile spirituelle ; dès qu'il le voit plus robuste, II l'emmène à travers les lieux ensemencés et fertiles, lorsque les Juifs se sont plaints de ce que ses disciples, le jour du sabbat, froissaient des épis cueillis sur la moisson (Matth., XII,I sqq.)— car dès ce moment II avait installé ses Apôtres dans le champ cultivé et dans le travail fructueux— ; enfin Il l'établit dans le verger, au temps de la Passion ; car vous lisez : « Ayant ainsi parlé, Jésus traversa avec ses disciples le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin où II entra, Lui et ses disciples » (Jn, XVIII, 1). Car le champ fertile est moins que le jardin, comme l'enseigne le prophète au Cantique des Cantiques : « C'est un jardin clos que ma sœur et épouse, un jardin clos, une fontaine scellée ; votre souffle est un verger » (Cant., IV, 12 sqq.). Telle est la virginité pure et sans tache de l'âme qui ne se laisse détourner de la foi par nulle frayeur des supplices, par nul attrait des plaisirs du monde, par nul amour de la vie. Enfin le rappel de l'homme par la vertu du Seigneur a pour garant entre tous l'évangéliste qui seul nous montre le Seigneur disant au larron : « Vraiment je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi en paradis » (Lc, XXIII, 43).
Donc Jésus, rempli de l'Esprit Saint, est conduit au désert à dessein pour provoquer le diable — car si celui-ci n'avait pas combattu, le Seigneur n'aurait pas triomphé pour moi — mystérieusement, pour délivrer cet Adam de l'exil ; comme preuve et démonstration que le diable en veut à ceux qui s'efforcent de faire mieux, et qu'alors surtout il faut prendre garde que la faiblesse de l'âme ne trahisse la grâce du mystère.
Quarante jours : vous reconnaissez un nombre mystérieux. C'est le nombre des jours où se répandirent les eaux des abîmes, il vous en souvient ; et c'est quand le prophète eut été sanctifié par un jeûne d'autant de jours que fut accordée la faveur d'un ciel serein (I Rois, XIX, 8) ; c'est par un jeûne d'autant de jours que Moïse le saint a mérité de recevoir la Loi ; c'est le nombre des années où nos pères, vivant au désert, obtinrent le pain des anges et le bienfait d'une nourriture céleste, et ce n'est qu'une fois accompli le temps marqué par ce nombre mystérieux qu'ils méritèrent d'entrer dans la Terre promise ;c'est par autant de jours où le Seigneur jeûne que s'ouvre à nous l'entrée de l'évangile. Si donc quelqu'un souhaite acquérir la gloire de l'évangile et le fruit de la résurrection, il ne doit pas se dérober à ce jeûne mystérieux, que Moïse dans la Loi et le Christ en son évangile nous montrent, par l'autorité des deux Testaments, être l'épreuve authentique de la vertu. Mais dans quel but l'évangéliste a-t-il noté que Je Seigneur eut faim, quand pour le jeûne de Moïse et d'Élie nous ne trouvons aucune indication de ce genre ? Est-ce que la patience des hommes serait plus courageuse que Dieu ? Mais Celui qui n'a pu avoir faim pendant quarante jours a montré qu'il avait faim non de la nourriture du corps, mais du salut, harcelant du même coup l'adversaire déjà ébranlé, que le jeûne de quarante jours avait blessé. Ainsi la faim du Seigneur est une pieuse ruse : le diable, redoutant chez Lui une supériorité, se tenait déjà sur ses gardes : leurré par la vue de sa faim, il allait le tenter comme un homme, et rien n'empêcherait le triomphe. Apprenez en même temps ce mystère : c'est l'ouvrage du Saint-Esprit, le jugement de Dieu, que le Christ se soit exposé au diable pour être tenté.
« Et le diable Lui dit : Si tu es fils de Dieu, dis à cette pierre de devenir pain. »
Nous apprenons qu'il existe trois principaux javelots du diable, dont il a coutume de s'armer pour blesser l'âme humaine : l'un de la gourmandise, l'autre de la vanité, le troisième de l'ambition. Il commence par où il a déjà vaincu ; ainsi je commence à vaincre dans le Christ par où j'ai été vaincu en Adam : si toutefois le Christ, image du Père, est mon modèle de vertu. Apprenons donc à nous garder de la gourmandise, à nous garder de la sensualité, car c'est un javelot du diable. Le piège se tend lorsqu'on apprête la table d'un festin royal, qui souvent fait fléchir la constance de l'âme. Car ce n'est pas seulement quand nous entendons les paroles du diable, mais aussi quand nous voyons ses richesses, qu'il nous faut prendre garde à son piège. Vous avez donc reconnu le javelot du diable : prenez le bouclier de la foi (Éphés., VI, 16), la cuirasse de l'abstinence. Mais que signifie cette entrée en matières : « Si tu es fils de Dieu », sinon qu'il savait que le Fils de Dieu viendrait ? Mais il ne pensait pas qu'il fût venu dans la faiblesse de ce corps. D'une part il sonde, de l'autre il tente ; il témoigne croire à Dieu, et il s'efforce de tromper l'homme. Mais voyez les armes du Christ, grâce auxquelles II a triomphé pour vous, non pour Lui. Car II a montré que sa majesté pouvait changer les pierres en pain quand II a transformé une autre nature ; mais II vous enseigne qu'il ne faut rien faire au gré du diable, pas même en vue de montrer votre force. Apprenez en même temps, dans cette tentation même, l'habileté artificieuse du diable : il tente de manière à sonder, il sonde de manière à tenter. À son tour le Seigneur le joue de manière à le vaincre, et triomphe encore de manière à le jouer : car s'il avait opéré ce changement de nature, le Créateur se serait trahi ; II a donc fait une réponse évasive en disant : « II est écrit que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole de Dieu ». Vous voyez quelle sorte d'armes II emploie, pour défendre l'homme contre les assauts de l'esprit pervers, en le fortifiant et retranchant contre les tentations de la gourmandise. Il n'use pas comme Dieu de sa puissance — à quoi cela m'eût-il servi ? — mais en tant qu'homme II a recours à la ressource commune : être occupé à se nourrir de la lecture divine au point de négliger la faim du corps, d'acquérir l'aliment de la parole céleste. Ainsi occupé, Moïse n'a pas désiré du pain ; ainsi occupé, Élie n'a pas ressenti la faim d'un jeûne prolongé. Car il n'est pas possible à celui qui suit le Verbe de désirer le pain de la terre, quand il reçoit la substance du pain du ciel — il n'est pas douteux qu'à l'humain le divin ne soit préférable, au corporel le spirituel — : aussi quiconque désire la vraie vie espère-t-il ce pain qui, par sa substance invisible, affermit le cœur des hommes (Ps. 103, 15). En même temps, quand II dit : « L'homme ne vit pas seulement de pain », II montre que c'est l'homme qui a été tenté, c'est-à-dire ce qu'il a pris de nous, et non sa divinité.
Vient ensuite la flèche de la vanité : on y pèche facilement, parce qu'en souhaitant faire étalage de leur vertu, les hommes abandonnent le poste, la place de leurs mérites. « Et il le conduisit, est-il dit, à Jérusalem, et il l'installa sur le faîte du temple. » Telle est en effet la vanité : quand on croit s'élever plus haut, le désir de faire des actions d'éclat précipite aux abîmes. « Et il lui dit : Si tu es fils de Dieu, jette-toi en bas. » Parole vraiment diabolique, qui s'efforce de précipiter l'âme humaine du lieu où l'ont élevée ses mérites ! car y a-t-il chose plus propre au diable que de conseiller de se jeter en bas ? Apprenez donc, vous aussi, à vaincre le diable. L'Esprit vous conduit, suivez l'Esprit. Ne vous laissez pas ramener par l'attrait de la chair ; rempli de l'Esprit, apprenez à mépriser les plaisirs ; jeûnez, si vous voulez vaincre. Il est normal que le diable s'avise de vous tenter par un homme ; le Christ, étant plus fort, est tenté de front, vous par un homme. Et c'est parole du diable, quand on vous dit : « Vous êtes fort : mangez et buvez, et restez le même. » Ne vous fiez pas à vous-même ; ne rougissez pas d'avoir besoin de secours dont le Christ n'avait pas besoin, et que pourtant Il ne négligeait pas, afin de vous instruire par ces paroles : « Prenez garde que votre cœur ne s'appesantisse par le vin et les excès » (Lc, XXI, 34). Paul n'en a pas rougi, lui qui dit : « Je m'efforce, non pas en battant l'air », car l'Apôtre ne battait pas l'air, mais il frappait les puissances de l'air, « mais, dit-il, je châtie mon corps et le réduis en esclavage, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne me trouve moi-même réprouvé » (I Cor., IX, 26 sqq.). Du même coup le diable montre sa faiblesse et sa méchanceté, car le diable ne peut nuire qu'à celui qui se précipite lui-même. Celui qui renonce au ciel pour choisir la terre fait délibérément tomber sa vie dans une sorte de précipice.
À ce moment, le diable voyant son trait émoussé, lui qui avait soumis tous les hommes à son pouvoir, commença à juger qu'il y avait là plus qu'un homme. Mais une fois de plus le Seigneur ne crut pas devoir accomplir au gré du diable cela même qui avait été prophétisé à son sujet : II s'en tint à l'autorité de la divinité qui Lui est propre pour parer à ses artifices ; de la sorte celui qui alléguait des exemples des Écritures serait vaincu par des exemples des Écritures. Car Dieu a le pouvoir de vaincre, mais l'Écriture triomphe pour moi. Ici apprenez encore que Satan se transfigure en ange de lumière (II Cor., XI, 14) et se sert souvent des Écritures divines elles-mêmes pour tendre des pièges aux fidèles. C'est ainsi qu'il fait les hérétiques, ainsi qu'il déchire la foi, ainsi qu'il attaque les droits de la piété. Ne soyez donc pas séduit par l'hérétique du fait qu'il peut tirer des Écritures quelques arguments ; et que lui ne se targue pas de ce qu'il semble docte. Le diable aussi use des témoignages des Écritures, non pour enseigner mais pour circonvenir et tromper. Il a reconnu que tel est appliqué à la religion, réputé pour ses vertus, puissant en miracles et en œuvres : il lui tend le piège de la vanité pour gonfler cet homme d'orgueil, de sorte qu'il ne se confie pas en la piété, mais en sa vanité, et qu'au lieu d'attribuer à Dieu (le bien), il s'en fasse honneur. Aussi les Apôtres commandaient-ils aux démons non pas en leur nom, mais en celui du Christ, pour ne pas sembler s'attribuer quelque chose. C'est ainsi que Pierre guérit le paralytique en disant : « Au nom de Jésus de Nazareth lève-toi et marche » (Act., III, 6). Apprenez aussi de Paul à fuir la vanité : « Je connais, dit-il, un homme — était-il dans son corps ou hors de son corps, je ne sais, Dieu le sait — qui fut ravi au paradis et entendit des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à l'homme de proférer. De cela je me glorifierai, mais de moi ne je me glorifierai pas, si ce n'est au sujet de mes infirmités » (II Cor., XII, 3-5). Donc, cette fois encore, le diable, ayant reconnu un fort, met en œuvre la vanité, qui abuse même les forts ; mais le Seigneur lui répondit : « Vous ne tenterez pas le Seigneur votre Dieu. » Par où vous connaissez que le Christ est Seigneur et Dieu, et que le Père et le Fils n'ont qu'une même puissance, selon qu'il est écrit : « Moi et le Père sommes un » (Jn, X, 30). Et c'est pourquoi, si le diable allègue cet « un », exposez-lui qu'il est écrit : « Moi et mon Père sommes un », et détachez « un » de manière à ne pas diviser la puissance ; détachez « un » sans séparer le Père et le Fils.
« Et le diable le conduisit encore sur une montagne très élevée, et il lui montra tous les royaumes de l'univers en l'espace d'un instant. »
II est juste qu'en l'espace d'un instant soient montrées les choses du siècle et de la terre ; car cela n'indique pas tant la rapidité de la vision que la fragilité d'un pouvoir caduc : en un instant tout cela passe, et souvent les honneurs du monde s'en vont avant d'être arrivés. Que peut-il y avoir dans le siècle de longue durée, quand les siècles mêmes ne sont pas de longue durée ? Cela nous enseigne à mépriser le souffle d'une vaine ambition, attendu que toute dignité séculière est sujette au pouvoir du diable, frêle à qui en use et vide de fruit. 29. Mais comment est-ce ici le diable qui donne le pouvoir, quand vous lisez ailleurs que « tout pouvoir vient de Dieu » (Rom., XIII, 1) ? Est-ce qu'on peut servir deux maîtres (Matth., VI, 24) ou de deux recevoir le pouvoir ? Y a-t-il donc contradiction ? nullement ; mais voyez que tout vient de Dieu. Car, sans Dieu, pas de monde, puisque « le monde a été fait par Lui » ( Jn, I, 10) ; mais, bien que fait par Dieu, ses œuvres sont pourtant mauvaises, car « le monde est plongé dans le mal » (I Jn, V, 19) : l'établissement du monde est de Dieu, les œuvres du monde sont du mauvais. De même aussi de Dieu vient l'institution des pouvoirs, du mauvais l'ambition du pouvoir. Aussi bien « il n'y a pas, est-il dit, de pouvoir qui ne vienne de Dieu ; ceux qui existent ont été institués de Dieu » : non pas donnés, mais institués ; et « qui résiste au pouvoir, est-il dit, résiste à l'institution de Dieu » (Rom,, XIII, 1). Ici également, tout en disant qu'il donne le pouvoir, le diable ne conteste pas que tout cela lui ait été abandonné pour un temps seulement. Ainsi Celui qui l'a abandonné l'a ordonné, et le pouvoir n'est pas mauvais, mais celui qui use mal du pouvoir. Aussi bien « voulez-vous ne pas craindre le pouvoir ? Faites le bien, et vous en recevrez des éloges » (Rom., XIII, 3). Ce n'est donc pas le pouvoir qui est mauvais, mais l'ambition. Au reste l'institution du pouvoir vient tellement de Dieu que celui qui use bien du pouvoir est ministre de Dieu : « II est ministre de Dieu, est-il dit, pour votre bien » (Rom., XIII, 4). Ce n'est donc pas la fonction qui peut être en faute, mais le ministre ; ce n'est pas l'institution de Dieu qui peut déplaire, mais la conduite de celui qui administre. Car, pour passer du ciel à la terre en fait d'exemples, un empereur donne les honneurs et reçoit la gloire : si quelqu'un use mal de ces honneurs, ce n'est pas l'empereur qui est en faute, mais le juge ; le coupable est tenu par ses crimes, et ce n'est pas le pouvoir mais le service qui est en cause. Alors ? il est bien d'user du pouvoir, de rechercher les honneurs ? Bien si on les reçoit, non si l'on s'en empare. Encore faut-il distinguer dans ce bien même : car autre est le bon usage selon le monde, autre l'usage parfaitement vertueux ; il est bon que l'application à connaître la divinité ne soit gênée par aucune occupation : car, s'il y a des biens multiples, la vie éternelle est unique ; or « la vie éternelle, c'est de vous connaître, vous le seul vrai Dieu, et Celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ » (Jn, XVII, 3). Aussi est-ce la vie éternelle qui donne le plus de fruit, et Dieu seul donne en récompense la vie éternelle. Adorons donc notre seul Dieu et Seigneur et ne servons que Lui, afin que Lui seul nous donne en récompense le fruit le plus abondant ; fuyons tout ce qui est sujet au pouvoir du diable, de crainte qu'en méchant tyran il n'exerce cruellement, sur ceux qu'il trouvera dans son royaume, le pouvoir qu'il a reçu. Le pouvoir ne vient donc pas du diable, mais est exposé aux embûches du diable. Il ne s'ensuit pourtant pas que l'institution des pouvoirs soit mauvaise du fait que les pouvoirs sont exposés au mal ; car il est bien de chercher Dieu, mais dans cette recherche même peut se glisser la déviation et l'erreur : si celui qui cherche est détourné vers le sacrilège par une interprétation tortueuse, l'achoppement de ce chercheur a de pires résultats que s'il n'avait pas cherché ; pourtant la faute n'en est pas à la recherche, mais au chercheur, et ce n'est pas la recherche qui expose au mal, mais les dispositions du chercheur. Or si celui qui cherche Dieu est souvent tenté par la faiblesse de la chair et les limites de l'intelligence, combien plus celui qui cherche le siècle est-il exposé ! Et le grand danger de l'ambition consiste en ce qu'elle se fait caressante pour capter les dignités ; et souvent de ceux que nul vice n'a pu charmer, nulle luxure émouvoir, nulle avarice ébranler, l'ambition fait des criminels. Elle procure la faveur du dehors, le péril au-dedans, et, pour dominer les autres, commence par être esclave ; elle se prodigue en courbettes pour recevoir les honneurs et, voulant être au pinacle, se ravale : car, dans le pouvoir même, ce qui compte est étranger ; on fait la loi aux lois, on est son propre esclave.
On dira peut-être que seul celui qui a fait le mal est craintif. Pourtant celui qui navigue sur mer craint davantage, et par contre, quand on est solidement installé sur la terre ferme, on n'a pas coutume de craindre le naufrage ; mais si l'on s'embarque sur l'élément mobile, on est exposé à des dangers plus fréquents. Fuyez donc la mer du siècle : vous ne redouterez pas le naufrage. Alors même que souvent la cime des arbres est battue par le souffle des vents déchaînés, leurs racines sont affermies et ils ne tombent pas ; mais lorsque sur mer les vents font rage, si tous ne font pas naufrage, tous du moins sont en péril. De même, contre le souffle des esprits pervers, nul n'est en sûreté sur le sable (Cf. Matth., VII, 27) ou en mer, et « les navires de Tharsis sont souvent brisés par la violence du vent » (Ps. 47, 8).
Ceci au sens moral. Par ailleurs, au point de vue mystique, vous voyez que les liens de l'antique égarement ont été dénoués pas à pas : c'est d'abord le lacs de la gourmandise, puis celui de la présomption, en troisième lieu celui de l'ambition qui se délie. Car Adam fut alléché par la nourriture et, pénétrant avec une présomptueuse assurance au lieu où se trouvait l'arbre interdit, il encourut par surcroît le reproche d'ambition téméraire en visant à la ressemblance divine. Aussi le Seigneur a-t-il délié d'abord les nœuds de l'antique iniquité, afin qu'une fois secoué le joug de la captivité, nous apprenions à triompher des péchés à l'aide des Écritures. Or si le Seigneur Jésus n'a pas désiré ce qui Lui appartenait, pourquoi rechercher, vous, le bien d'autrui ? Si le Créateur de toutes choses a méprisé la gloire du monde pour embrasser courageusement la pauvreté, pourquoi, chez vous, ce dégoût de votre naissance, cette aspiration à ce qui ne vous est pas dû ? pourquoi quémander ce dont vous ne pouvez avoir longtemps l'usage, ce qui sera longtemps votre supplice ? Évitez les embûches, évitez les fraudes. Et puisque, pour faire tomber l'homme, le diable remue le monde entier par sa ruse artificieuse, qu'il combat à l'aide de tous les attraits du siècle, prenez d'autant plus garde à ses caresses. Eve n'avait pas été émue par un aliment, ni laissée à elle-même par l'oubli des commandements, mais l'attrayante ambition de l'honneur qu'on lui promettait l'a trompée. Si elle avait voulu n'adorer que le seul Seigneur, elle n'eût pas recherché ce qui ne lui était pas dû. Aussi vous donne-t-on le remède par quoi vous émousserez le trait de l'ambition : servir le Seigneur seul ; il n'y a pas d'ambition dans le dévouement religieux.
« Et, toute la tentation achevée, le diable se retira de Lui jusqu'à son heure. »
II est démontré que presque toutes les fautes ont leur source dans ces trois espèces de vices : car l'Écriture n'aurait pas dit que toute tentation fut achevée, si ces trois points ne renfermaient toute la matière des péchés, dont les germes doivent être surveillés dès le principe. Ainsi la fin des tentations est la fin des convoitises, car les causes des tentations sont les causes des convoitises. Or les causes des convoitises sont le plaisir de la chair, le mirage de la gloire, l'avidité du pouvoir. Comme il semble pieux de ne pas écarter la cohabitation avec une femme chrétienne ! mais voilà de fréquentes tentations ; si le diable vous voit attentifs à Dieu, il vous fait des suggestions trompeuses ; mais vous, si confiants que vous soyez en votre résolution, prenez garde à la tentation, connaissant votre nature. Ce sont les trois choses, s'il vous en souvient, que Paul a également prescrit d'éviter quand il indique les trois espèces de péché dont il vous faut être libre pour compter sur la couronne de justice : « Nous n'avons pas, dit-il, usé de paroles flatteuses, ni cédé à l'avarice, Dieu en est témoin ; et nous n'avons pas recherché la gloire auprès des hommes » (I Thess., II, 5) : aussi a-t-il vaincu le diable, recherché la couronne (II Tim., IV, 8). Vous voyez donc que le diable n'a pas l'effort persévérant : il cède, d'ordinaire, au vrai courage et, sans cesser de jalouser, il redoute d'insister, car il lui déplaît d'être trop souvent vaincu.
Ayant donc entendu le nom de Dieu « il se retira, est-il dit, jusqu'à son heure » : car plus tard il vint, non pour tenter, mais pour combattre à découvert.
La divine Écriture vous apprend donc que vous êtes en lutte non contre la chair et le sang, mais contre les embûches d'un esprit (Éphés., VI, 12). Vous voyez la noblesse du chrétien qui lutte contre les maîtres du monde et, bien que demeurant sur terre, déploie sa force d'âme contre les esprits mauvais qui sont dans le ciel. Il ne s'agit pas d'un enjeu terrestre, pour lequel nous combattrions sur terre ; mais puisqu'on nous offre des récompenses spirituelles, le royaume de Dieu et l'héritage du Christ, il est nécessaire de surmonter d'abord les obstacles spirituels. Une couronne est offerte, il faut accepter le combat. Nul ne peut être couronné s'il n'a vaincu ; nul ne peut vaincre s'il n'a d'abord combattu (cf. II Tim., II, 5). Et puis la couronne est plus fructueuse quand la peine est plus grande : « Etroite et resserrée est la voie qui conduit à la vie, large et spacieuse celle qui conduit à la mort » (Matth., VII, 13). Aussi ne faut-il jamais craindre l'épreuve : elle est occasion de victoire, matière à triomphes. Le riche, qui n'a pas ressenti l'épreuve en ce monde, est dans la souffrance aux enfers ; le pauvre Lazare, qui fut affligé et accablé par la pauvreté et la souffrance au point que ses ulcères étaient léchés par les chiens, a gagné par les peines de cette vie misérable la couronne de la gloire éternelle (Lc, XVI, 19 sqq.) ; car « nombreuses sont les tribulations », non pas de n'importe qui, mais « des justes » (Ps. 33, 20). Aussi bien ceux que le Seigneur aime, souvent il les châtie (Héb., XII, 6 ; cf. Prov., III, 12). Pierre a été tenté pour qu'il reniât, il a renié pour qu'il pleurât. Et que dire des autres ? Job était à toute épreuve aux yeux de Dieu, mais bien qu'à toute épreuve il n'était pas vainqueur ; son dévouement était éprouvé, mais n'avait pas la récompense due au courage : aussi est-il mis en face de la tentation, pour en être rendu plus glorieux. Dans ce combat il y a également lieu de considérer la gradation. Le diable n'a pas qu'une flèche : il multiplie les traits, pour triompher soit par l'offre, soit par la lassitude. Il blesse premièrement dans les désirs, deuxièmement dans les affections, en troisième lieu dans la santé : car il attaque par les ulcères de l'âme comme du corps. D'ailleurs la variété des épreuves correspond à la variété des lutteurs. Le riche est harcelé par le tort fait à son avidité, le père par la perte de ses enfants, l'homme par les douleurs, le corps par les ulcères. Que de traits ! C'est pourquoi le Seigneur n'a pas voulu avoir de quoi perdre, et s'il est venu pauvre en ce monde, c'est pour que le diable n'eût rien à Lui enlever. Voulez-vous savoir à quel point c'est vrai ? Écoutez le Seigneur même : « Voici venir, dit-II, le prince de ce monde, et il ne trouve rien en moi » (Jn, XIV, 30). Il n'a pas davantage voulu être le père d'un petit nombre, pour l'être de tous — quant aux ulcères du corps, il eût été vain de l'éprouver par là, Lui qui méprisait toutes souffrances corporelles — et aussi pour nous montrer qu'il avait droit à une victoire sans tache, qui triompherait de l'ennemi du corps. Mais celui-là, comme un homme, est tenté dans ses biens, Celui-ci dans le domaine souverain ; à l'un son patrimoine est ravi, à l'autre le royaume du monde est offert. Et le diable ne serait pas complet sans la ruse : il craint de pousser à bout le Fils de Dieu ; il tente celui-là par des vexations, Celui-ci par des offres. Celui-là, comme un serviteur, dit : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a repris » (Job, I, 21) ; Celui-ci, conscient de sa nature et de sa dignité, rit de se voir offrir ce qui est à Lui. Mais, pour revenir à l'autre épisode, il arrive messager sur messager ; ils accumulent les blessures, et pourtant le courageux athlète n'a pas l'âme troublée. On fait venir la femme, instrument de la première erreur (celui qui est né d'une vierge n'avait aucune femme qui fût accessible à l'erreur) ; on fait venir les amis pour qu'ils écrasent sous leurs mauvais conseils sa résistance. Mais « parmi tout ce qui lui arriva Job ne pécha jamais en paroles aux yeux de Dieu » (Job, II, 10). Car, s'il a maudit le jour en disant : « Périsse le jour où je suis né » (Job, III, 3), et, plus bas : « Qu'il soit maudit de Celui qui maudit ce jour, par qui un grand monstre doit être écrasé » (Job, III, 8), ceci appartient à la prophétie, en ce sens que le diable, monstre de ce monde de tempêtes, a été écrasé par Notre Seigneur Jésus-Christ ; et s'il désire que périsse le jour de sa naissance en la chair, c'est pour que son jour compte dans la régénération : périsse, dit-il, le jour de ce monde, pour que se lève le jour spirituel ! Ainsi, dans sa tentation, le saint homme Job parlait des mystères ; car ce vainqueur du monde voyait le Christ.
Nous autres donc ne craignons pas les épreuves, mais plutôt soyons fiers des épreuves et disons : « C'est dans l'infirmité que nous sommes puissants » (II Cor., XII, 10) : c'est alors en effet que se tresse la couronne de justice. Mais celle-là est à la mesure de Paul, tandis que nous autres, puisqu'il y a plusieurs couronnes, devons en espérer une quelconque. Dans le monde, le laurier est couronne, couronne le bouclier. Mais il vous est promis une couronne de délices, car « une couronne de délices vous ombragera » (Prov., IV, 9), et ailleurs : « II vous entourera du bouclier de sa bienveillance » (Ps. 5, 13 ; cf. 90, 5) ; et le Seigneur « a couronné de gloire et d'honneur » celui qu'il aimait (Ps. 8, 6). Donc Celui qui veut donner la couronne procure les tentations, et s'il vous arrive d'être tentés, sachez que la couronne se prépare. Supprimez les luttes des martyrs, vous supprimez leurs couronnes ; supprimez leurs tourments, vous supprimez leurs béatitudes. La tentation de Joseph n'est-elle pas la consécration de sa vertu ? Son injuste emprisonnement n'est-il pas le couronnement de sa chasteté ? Comment eût-il pu obtenir d'être associé à la royauté en Égypte s'il n'avait été vendu par ses frères ? Il en fut ainsi par la volonté de Dieu afin d'éprouver ce juste, comme il le montre quand il dit : « Comment serait-il arrivé qu'aujourd'hui un peuple nombreux eût à manger » (Gen., L, 20) ?
Nous ne devons donc pas redouter comme des maux les épreuves du monde, pour lesquelles se préparent de bonnes récompenses, mais plutôt demander, eu égard à la condition de l'homme, de subir des épreuves que nous soyons capables de supporter.

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