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d) Jean 19, 19-22 – Ce qui suit la crucifixion.

 

2418. Après avoir traité de la crucifixion du Christ, l'Évangéliste à présent nous rapporte ce qui la suit. Et d'abord les choses qui suivent la crucifixion quant à Pilate ; ensuite quant aux soldats [n° 2425] ; enfin quant aux amis qui se tenaient là [n° 2434].

 

Ce qui suit la crucifixion quant à Pilate.

 

PILATE FIT UNE INSCRIPTION ET LA MIT SUR LA CROIX. IL Y ÉTAIT ÉCRIT : « JÉSUS DE NAZARETH, LE ROI DES JUIFS. » CETTE INSCRIPTION, BEAUCOUP DE JUIFS LA LURENT, PARCE QUE LE LIEU OÙ JÉSUS AVAIT ÉTÉ CRUCIFIÉ ÉTAIT PROCHE DE LA VILLE. ET ELLE ÉTAIT ÉCRITE EN HÉBREU, EN GREC ET EN LATIN. LES GRANDS PRÊTRES DES JUIFS DISAIENT DONC À PILATE : « N'ÉCRIS PAS : LE ROI DES JUIFS, MAIS QUE LUI-MÊME A DIT : "JE SUIS LE ROI DES JUIFS". » PILATE RÉPONDIT : « CE QUE J'AI ÉCRIT, JE L'AI ÉCRIT. » (19, 19-22)

 

1. Cf. Lc 23, 33.

2. Is 53, 12.

3. Sur la gloire, voir vol. I, n° 1278, note 4, et ci-dessus, nos 2106 et 2152.

4. Jb 36, 17 (verset propre à la Vulgate).

5. Aristote, dans l'Éthique à Nicomaque, montre que « toute vertu est une disposition stable qui nous permet de choisir dans un juste milieu relatif à nous, milieu déterminé par l'intelligence, tel que le déterminerait l'homme prudent. C'est un juste milieu entre deux vices, l'un par excès et l'autre par défaut » (II, 6, 1106 b 36 - 1107 a 2). Ainsi la vertu de justice, qui est par excellence la vertu concernant les rapports avec autrui, s'intéresse à l'égalité, dans un juste milieu entre les différentes parties (voir op. cit., V, 1).

Trois choses se rapportant à Pilate sont exposées, à savoir l'inscription d'un écriteau, la lecture qu'on en fit, et la conservation de l'inscription.

 

Ι

 

PILATE FIT UNE INSCRIPTION ET LA MIT SUR LA CROIX.

 

2419. Quant au premier point, deux choses sont montrées. D'abord l’inscription de l'écriteau : PILATE FIT UNE INSCRIPTION ET LA MIT SUR LA CROIX. Et cela convenait tout à fait afin de se venger des Juifs au moins par ceci : en montrant leur malice, puisqu'ils se soulevaient contre leur roi.

Mais cependant cela convient au mystère car, de même que, lors des triomphes, sur le trophée était posé l'écriteau montrant la victoire, parce que les hommes voulaient illustrer la mémoire de leur nom - Rendons notre nom célèbre avant d'être dispersés à travers toutes les terres1 -, ainsi le Seigneur voulut-il qu'une inscription fut faite sur la croix afin que sa Passion restât en mémoire - Souviens-toi de ma pauvreté et de l'excès commis contre moi, de l'absinthe et du fiel2.

 

IL Y ÉTAIT ÉCRIT : « JÉSUS DE NAZARETH, LE ROI DES JUIFS. »

 

2420. En second lieu est exposé le contenu de l'inscription : IL Y ÉTAIT ÉCRIT : « JÉSUS DE NAZARETH, LE ROI DES JUIFS. » Et certes ces trois mots conviennent bien au mystère de la Croix, car ce qui est écrit, JÉSUS, qui signifie Sauveur, convient à la puissance de la Croix par laquelle s'est réalisé pour nous le salut - Tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera le peuple de ses péchés3. Quant à DE NAZARETH, qui se traduit « en fleur4 », cela se rapporte à l'innocence de celui qui souffre - Moi la fleur des champs, h lis des vallées5. - Une fleur montera de sa racine6. Quant à ROI DES JUIFS, cela se rapporte à la puissance de celui qui souffre et au pouvoir qu'il a mérité par sa Passion - C'est pourquoi Dieu l’α exalté7. - II régnera, Seigneur, et sera sage 8. - Il siégera sur le trône de David et sur son royaume9.

 

2421. Mais par la Croix il est non seulement roi des Juifs mais aussi des Gentils - Dieu est-il le Dieu des Juifs seulement ? Ne l'est-il pas aussi des Gentils ? Oui, certes, des Gentils aussi10 -, c'est pourquoi après avoir dit : Moi j'ai été établi roi sur Sion11 il ajoute : Demande-moi et je te donnerai les nations en héritage 12. Pourquoi donc écrit-il seulement : ROI DES JUIFS ?

Réponse : il faut dire que les Gentils ont été introduits dans la sève de l'olivier comme l'olivier sauvage 13. Et de même que l'olivier sauvage a part à la sève de l'olivier sans que l'olivier ait part à l'amertume de l'olivier sauvage, ainsi les Gentils eux-mêmes convertis à la foi sont devenus par leur confession Juifs en esprit, non pas d'une circoncision de la chair, mais de l'esprit14. Et c'est pourquoi dans ce qui est dit - ROI DES JUIFS - sont compris aussi les Gentils convertis.

 

II

 

CETTE INSCRIPTION, BEAUCOUP DE JUIFS LA LURENT, PARCE QUE LE LIEU OÙ JÉSUS AVAIT ÉTÉ CRUCIFIÉ ÉTAIT PROCHE DE LA VILLE. ET ELLE ÉTAIT ÉCRITE EN HÉBREU, EN GREC ET EN LATIN.

 

2422. L'Évangéliste regarde ensuite la lecture qu'on fit de cette inscription. D'abord est montrée la lecture de l'inscription : CETTE INSCRIPTION, BEAUCOUP DE JUIFS LA LURENT, par quoi est signifié que beaucoup sont sauvés par la foi, en lisant la Passion du Christ rapportée par ceux qui la virent - Ces choses ont été écrites afin que vous croyiez1.

 

1. Gn 11, 4.

2. Lm 3, 19.

3. Mt 1, 21. Voir vol. I, n° 663.

4. Cf. SAINT JÉRÔME, Liber interpretationis hebraicorutn nominum (Lag. 62, 24-25), CCL, vol. LXXII, p. 137.

5. Ct 2, 1.

6. Is 11, 1.

7. Ph 2, 9.

8. Jr 23, 5. La Vulgate dit Rex et non Dominus.

9. Is 9, 7.

10. Rm 3, 29.

11. Ps 2, 6.

12. Ps 2, 8. Voir vol. I, n" 1417, note 4, et ci-dessus, n° 2206.

13. Voir Rm 11, 17.

14. Cf. saint Augustin, Tract, in Io., CXVII, 5, BA 75, p. 299-301.

En second lieu nous est montrée la possibilité de lire ; et celle-ci est double. La première se prend de la proximité du lieu, vers lequel beaucoup affluaient PARCE QUE LE LIEU OÙ JÉSUS AVAIT ÉTÉ CRUCIFIÉ ÉTAIT PROCHE DE LA VILLE. L'autre provient du fait que l'inscription était écrite en plusieurs langues : ET ELLE ÉTAIT ÉCRITE EN HÉBREU, EN GREC ET EN LATIN, afin que nul ne l'ignore et parce que ces trois langues dominaient sur les autres. L'hébreu certes à cause du culte du Dieu unique ; le grec en raison de la sagesse ; le latin à cause de la puissance des Romains. C'est pourquoi ces trois nations revendiquent pour elles la dignité dans la Croix du Christ, comme le dit Augustin2. Par là est signifié que, par la Croix du Christ, devaient être soumis les hommes pieux et religieux désignés par l'hébreu, les sages désignés par le grec et les puissants désignés par le latin.

Ou bien3 par l'hébreu était signifié que le Christ devait régner sur la philosophie théologique, qui est signifiée par l'hébreu parce que c'est aux Juifs qu'a été livrée la connaissance des réalités divines ; mais par le grec était signifié que le Christ devait régner sur la philosophie naturelle et physique, car les Grecs ont peiné sur la spéculation des réalités de la nature ; et par le latin était signifié qu'il devait régner sur la philosophie pratique4, parce que chez les Romains prévalait surtout la science morale, afin qu'ainsi réduite en captivité, l'intelligence humaine soit ramenée à l'obéissance au Christ5.

 

1. Jn 20, 31.

2. Tract, in Io., CXVII, 4, BA 75, p. 295.

3. Cf. Theophylacte, Enarr. in Ev. S. Ioannis. In h. loc, PG 124, col. 275 B.

4. Saint Thomas semble reprendre ici les trois niveaux de connaissance philosophique qu'Aristote précise dans ses écrits {Éthique, Métaphysique, Poétique, Politique, etc.) : 1. La philosophie sagesse, ou théologie naturelle, qui s'adonne à la découverte des réalités divines, dont la finalité est la contemplation du mystère de Dieu. Aristote l'inclut dans ses livres de philosophie première où il étudie l'être en tant qu'être. Cette contemplation du mystère du Dieu unique rejoint celle des hommes religieux de l'ancien Testament. 2. La philosophie de la nature, la physique, qui étudie les réalités naturelles faisant partie de l'univers physique, toujours en devenir. Comme la philosophie première, cette connaissance a pour finalité la connaissance même de la vérité. 3. La philosophie pratique qui consiste en une réflexion sur les trois grandes activités humaines - le travail (activité artistique), l'amitié (activité morale) et la coopération au sein d'une vie commune (activité politique) -, et dont la finalité est l'activité elle-même. (Sur la différence entre la philosophie spéculative et la philosophie pratique, par la finalité, voir par exemple, Métaphysique, a, 1, 993 b 20-21.) Saint Thomas évoque, à travers ces trois niveaux de connaissance, comment le mystère du Christ, tout en respectant l'intelligence humaine dans son développement naturel, lui apporte un don nouveau, celui de la foi, et réclame une obéissance nouvelle. L'intelligence devient servante du mystère de la Révélation et de la parole de Dieu dans la théologie chrétienne. Voir aussi plus haut, n° 2265, note 6.

III

 

LES GRANDS PRÊTRES DES JUIFS DISAIENT DONC À PILATE : « N'ÉCRIS PAS : LE ROI DES JUIFS, MAIS QUE LUI-MÊME A DIT : "JE SUIS LE ROI DES JUIFS". » PILATE RÉPONDIT : « CE QUE J'AI ÉCRIT, JE L'AI ÉCRIT. » (19, 21-22)

 

2423. Jean présente d'abord la tentative des Juifs pour supprimer l'inscription. En effet les grands prêtres des Juifs disaient à Pilate : N'ÉCRIS PAS : LE ROI DES JUIFS, MAIS QUE LUI-MÊME A DIT : « JE SUIS LE ROI DES JUIFS. » Car par là sont manifestés la proclamation du Christ et l'opprobre des Juifs, parce qu'il est proclamé ROI DES JUIFS. En effet c'est une honte pour les Juifs d'avoir fait crucifier leur roi6.

Mais s'il avait été inscrit : LUI-MÊME A DIT : « JE SUIS LE ROI DES JUIFS », cet outrage serait retombé sur le Christ et aurait montré une faute de sa part7. Et telle était leur intention, à savoir retirer sa renommée au crucifié à qui, vivant, ils avaient déjà retiré la vie - Ils parlaient contre moi, ceux qui se tenaient à la porte8.

 

5. 2 Co 10, 5. Saint Thomas commente : « Ce qui a lieu quand ce que l'homme sait, il le met entièrement au service (ministerium) du Christ et de la foi - pour lier leurs rois avec des entraves (Ps 149, 8). - Engage ton pied dans ses entraves (Si 6, 25), c'est-à-dire dans les enseignements de la foi » (Ad 2 Cor. lect., X, n° 352).

6. Cf. saint Jean Chrysostome, In Ioannem hom., LXXXV, 1, PG 59, col. 460.

7. Cf. saint Jean Chrysostome, Ibid., col. 460-461.

8. Ps 68, 13.

2424. En second lieu est présentée la constance de Pilate pour garder cette inscription parce que, voulant les couvrir d'ignominie, il ne voulut pas changer la phrase. Aussi PILATE RÉPONDIT : « CE QUE j'Ai ÉCRIT, JE L'AI ÉCRIT. » Et cela n'a pas été fait par hasard, mais préparé par Dieu longtemps auparavant et prophétisé. Car certains psaumes sont intitulés ainsi : « Ne corromps pas - De David - pour une inscription de titre (...) », psaumes qui, de fait, se rapportent surtout à la Passion du Christ, comme Arrache-moi, Seigneur, à mes ennemis1, ainsi que les deux précédents : Pitié pour moi mon Dieu, pitié pour moi, car en toi se confie mon âme2 et Si c'est bien avec vérité que vous parlez de justice (...)3

Aussi les grands prêtres protestaient-ils sottement, car de même qu'on ne peut corrompre ce qu'a dit la Vérité, de même ne peut être détruit ce que Pilate a écrit. En effet, Pilate a dit : « CE QUE J'AI ÉCRIT, JE L'AI ÉCRIT », parce que ce qu'a dit le Seigneur, il l'a dit, comme le dit Augustin4.

 

Ce qui suit la crucifixion quant aux soldats.

 

QUAND DONC LES SOLDATS L'EURENT CRUCIFIÉ, ILS PRIRENT SES VÊTEMENTS (ET ILS EN FIRENT QUATRE PARTS, UNE PART POUR CHAQUE SOLDAT), ET SA TUNIQUE. OR LA TUNIQUE ÉTAIT SANS COUTURE, TISSÉE D'UNE SEULE PIÈCE À PARTIR DU HAUT. ILS SE DIRENT DONC L'UN À L'AUTRE : « NE LA DÉCHIRONS PAS ; MAIS TIRONS AU SORT À QUI ELLE SERA. » AFIN QUE S'ACCOMPLÎT L'ÉCRITURE DISANT : « ILS SE SONT PARTAGÉ MES VÊTEMENTS, ET MON VÊTEMENT ILS L'ONT TIRÉ AU SORT. » ET C'EST BIEN CE QUE FIRENT LES SOLDATS. (19, 23-24)

 

2425. L'Évangéliste présente ce qui suivit la crucifixion quant aux soldats ; et d'abord le partage des vêtements, ensuite le tirage au sort de la tunique sans couture [n° 2427] ; enfin il rappelle une annonce prophétique [n° 2433].

 

ILS PRIRENT SES VÊTEMENTS (ET ILS EN FIRENT QUATRE PARTS, UNE PART POUR CHAQUE SOLDAT).

 

2426. Quant au premier point, nous pouvons saisir deux choses, à savoir l'abjection de la mort du Christ par le fait qu'ils l'ont dénudé, ce qui se faisait seulement pour les personnes méprisables ; deuxièmement la rapacité des soldats parce qu'ILS PRIRENT SES VÊTEMENTS (ET ILS EN FIRENT QUATRE PARTS, UNE PART POUR CHAQUE SOLDAT). En effet ce genre d'homme est très rapace, aussi Jean Baptiste leur a-t-il dit : Ne molestez personne (...) contentez-vous de votre solde5. - Ils renvoient des hommes tout nus, enlevant les vêtements à ceux qui n’ont pas de quoi se couvrir pendant le froid6.

 

ET SA TUNIQUE

 

2427. Quant au deuxième point, il nous donne d'abord la description de la tunique, puis rapporte son tirage au sort [n° 2430].

 

2428. Il dit donc : ET SA TUNIQUE qu'ils prirent en même temps que les autres vêtements. OR LA TUNIQUE ÉTAIT SANS COUTURE, TISSÉE D'UNE SEULE PIÈCE À PARTIR DU HAUT. Et cela, il le dit pour montrer la raison pour laquelle on ne la divisa pas. À cause de cela, comme certains le disent, on peut deviner le grand prix de la tunique.

Mais Chrysostome7 au contraire dit que l'Évangéliste, en disant cela, suggère de manière cachée le peu de valeur du vêtement. Car en Palestine il existe un genre de vêtement pour les pauvres, fait de plusieurs pièces de tissu assemblées les unes aux autres comme une seule pièce - En effet nous connaissons la grâce de Notre-Seigneur Jésus Christ qui riche en tout s'est fait indigent (egenus) pour nous1.

 

1. Ps 58, 2.

2. Ps 56, 2.

3. Ps 57, 2.

4. Tract, in Io., CXVII, 5, BA 75, p. 297.

5. Lc 3, 14.

6. Jb 24, 7.

7. In Ioannem hom., LXXXV, 2, PG 59, col. 461.

2429. Au sens mystique, cela peut se rapporter au Corps mystique du Christ ; et ainsi, les vêtements sont répartis en quatre parts parce que l'Église s'est répandue aux quatre coins du monde2 -Je suis vivant, moi, dit le Seigneur : de tous ceux-ci, comme d'un ornement, tu seras revêtue, et tu t'en pareras comme une épouse3.

LA TUNIQUE (...) SANS COUTURE qui n'est pas divisée signifie la charité, parce que les autres vertus ne sont pas unies en elles-mêmes, mais sont unies par autre chose, dans la mesure où toutes se rassemblent dans la fin ultime, à laquelle seule la charité unit4. Car même si la foi met en évidence la fin ultime et que l'espérance nous fait tendre vers elle, cependant seule la charité nous y unit - Gardant par-dessus tout la charité, qui est le lien de la perfection5. Et il est dit qu'elle est TISSÉE (...) À PARTIR DU HAUT parce que la charité est au-dessus de toutes les autres vertus - Je vais vous montrer une voie encore plus excellente6. - Connaître l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez comblés de toute la plénitude de Dieu7. Ou bien parce que la charité ne vient pas de nous-mêmes mais de l'Esprit Saint8 - La chanté de Dieu a été répandue dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné9.

 

1. 2 Co 8, 9. En commentant ce verset, saint Thomas souligne que l'Apôtre emploie l'adjectif egenus et non pauper pour désigner la pauvreté du Christ : « Et il dit : egenus - indigent -, qui est plus que pauvre. Car est dit indigent celui qui non seulement a peu mais est dans le besoin ou manque de quelque chose, alors que le pauvre est celui qui a peu. C'est donc pour signifier la plus grande pauvreté qu'il est dit : il s'est fait indigent, à savoir à l'égard des biens temporels - Le Fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer la tête (Le 9, 58). - Me souvenir de ma misère et de ma vie errante, c'est absinthe et fiel (Lm 3, 19). Or il s'est fait indigent non par nécessité, mais par sa volonté, car [autrement] cette grâce ne serait plus une grâce, et c'est pourquoi il dit : Lui qui était riche en tout, à savoir riche de biens spirituels - Dieu est le même, riche envers tous ceux qui l'invoquent (Rm 10, 12). - Avec moi sont les richesses (Pr 8, 18). Or il dit était, non "avait été", pour qu'on ne croie pas que le Christ ait perdu des richesses spirituelles en assumant la pauvreté. Car il a assumé cette pauvreté de telle manière qu'il n'a pas perdu ces inestimables richesses : tout à la fois riche et pauvre (Ps 48, 3), riche de biens spirituels, pauvre de biens temporels. Et il ajoute la cause pour laquelle le Christ a voulu se faire indigent : pour que par sa pauvreté nous devenions riches, c'est-à-dire pour que par sa pauvreté à l'égard des biens temporels vous deveniez riches de biens spirituels » {Ad 2 Cor. lect., VIII, nos 294-295).

2. Cf. saint Augustin, Tract, in Io., CXVIII, 4, Β A 75, p. 309-311.

3. Is 49, 18.

4. Voir Somme théol, II-II, q. 23, a. 8, où saint Thomas montre que la charité est la forme des vertus.

Cela peut encore se rapporter au vrai corps du Christ, et ainsi elle est TISSÉE (...) À PARTIR DU HAUT parce que le corps du Christ a été formé par une puissance venue d'en haut, à savoir celle de l'Esprit Saint - Ce qui est né en elle vient de l'Esprit Saint10.

 

5. Col 3, 14. Saint Thomas commente : « Selon la Glose, l'homme est perfectionné par toutes les vertus, mais la charité les lie les unes aux autres et les rend stables (perseverantes), et c'est pourquoi elle est appelée lien. Ou bien par nature elle est un lien puisqu'elle est amour et que l'amour est ce qui unit l'être aimé à l'ami - Par des liens humains je les attirerai, par les liens de la charité (Os 11, 4). Mais il ajoute de la perfection car une chose est parfaite quand elle adhère à la fin ultime, c'est-à-dire Dieu, ce que fait la charité » {Ad Col. lect., III, n° 163). Sur la foi formée par la charité, voir vol. I, n° 1396, note 7.

6. 1 Co 12, 31. Saint Thomas commente : « à savoir la charité, par laquelle on va plus directement en Dieu - J'ai couru dans la voie de tes commandements (Ps 118, 32). - Voici la voie, marchez-y (Is 30, 21) » {Ad 1 Cor. lect., XII, n° 758).

7. Ep 3, 19. Saint Thomas commente : « Ici il faut savoir que tout ce qui est dans le mystère de la Rédemption humaine et de l'Incarnation du Christ est tout entier l'œuvre de la charité. Car le fait qu'il s'est incarné a procédé de la charité - À cause de la trop grande charité dont il nous a aimés (Ep 2, 4). Qu'il soit mort, cela a procédé aussi de la charité - Personne n'a de plus grand amour que celui qui livre son âme pour ses amis (Jn 15, 13). - Le Christ nous a aimés et s'est livré lui-même pour nous en oblation et en hostie à Dieu (Ep 5, 2). À cause de cela Grégoire dit : "Ô inestimable amour de charité ! Pour racheter l'esclave, tu as livré le Fils". Et c'est pourquoi, connaître la charité du Christ c'est connaître tous les mystères de l'incarnation du Christ et de notre rédemption, qui ont procédé de l'immense charité de Dieu, charité qui assurément dépasse toute intelligence créée et la science de toutes choses, puisqu'elle est incompréhensible pour la pensée. Et voilà pourquoi il dit : surpassant toute connaissance, c'est-à-dire naturelle, et dépassant toute intelligence créée - Et la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment (Ph 4, 7) -, la charité du Christ, c'est-à-dire que Dieu le Père a réalisée par le Christ - C'était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde (2 Co 5, 19) » {Ad Eph. lect., III, n° 178).

8. Cf. THÉOPHYLACTE, Enarr. in Ev. S. Ioannis. In h. loc, PG 124, col. 278 A.

9. Rm 5, 5. Cf. vol. I n° 1234, note 8.

10. Mt 1, 20. Saint Thomas commente : « Cela est ineffable et incompréhensible, non seulement pour l'homme mais aussi pour les anges eux-mêmes » {Sup. Matth. lect., I, n° 131).

ILS SE DIRENT DONC L'UN À L'AUTRE : « NE LA DÉCHIRONS PAS ; MAIS TIRONS AU SORT À QUI ELLE SERA. »

 

2430. Il existe en effet un sort divinatoire, et celui-ci, parce qu'il n'a pas de nécessité, est illicite. Il existe aussi un autre sort permettant de diviser ; et celui-ci est licite pour les réalités du monde mais non pour les réalités spirituelles, en ce sens que les réalités que les hommes ne sont pas aptes à diviser selon leur propre jugement, ils les confient au jugement et au conseil divins - Les sorts se jettent dans le pli du vêtement, mais c'est par le Seigneur qu'ils sont dirigés1, et encore : Le sort apaise la contradiction et décide entre les puissants2.

 

2431. Cependant, on voit en Matthieu qu'ils tirèrent au sort ses vêtements3. Réponse : il faut dire que Matthieu ne dit pas qu'ils les tirèrent tous au sort mais que, tandis qu'ils se partagèrent les autres vêtements, ils tirèrent au sort la tunique.

 

2432. En outre, Marc insiste encore davantage : Ils tirèrent au sort ce que chacun prendrait4, donc toutes les parts. Réponse : il faut, selon Augustin5, comprendre et présenter ainsi les paroles de Marc : Ils tirèrent au sort, c'est-à-dire [pour désigner] qui aurait quoi, c'est-à-dire lequel d'entre eux prendrait la tunique.

 

AFIN QUE S'ACCOMPLÎT L'ÉCRITURE DISANT : « ILS SE SONT PARTAGÉ MES VÊTEMENTS, ET MON VÊTEMENT ILS L'ONT TIRÉ AU SORT. » ET C'EST BIEN CE QUE FIRENT LES SOLDATS. (19, 24)

 

2433. Puis il expose la prophétie de l'Écriture quand il dit : AFIN QUE S'ACCOMPLÎT L'ÉCRITURE. D'abord est présentée l'annonce prophétique dans laquelle on remarque la diligence du prophète6 lorsqu'il annonçait aussi certains événements fâcheux qui allaient survenir concernant le Christ. Il est manifeste aussi que les choses prédites ne sont pas arrivées par hasard.

 

Et c'est pourquoi il dit AFIN QUE S'ACCOMPLÎT L'ÉCRITURE, c'est-à-dire suite à ce qu'a dit le psaume 21 – Ils se sont partagé mes vêtements7 - il ne dit pas « mon vêtement » parce qu'il y en avait plusieurs -, et sur mon vêtement, c'est-à-dire ma tunique, ils ont jeté le sort.

Ensuite est exposé l'accomplissement de la prophétie 8 – ET C'EST BIEN CE QUE FIRENT LES SOLDATS. Par là nous comprenons que l'Écriture divine s'accomplit aussi dans les petites choses - Pas un iota, pas un trait de la Loi ne passera avant que toutes choses se réalisent9. - II faut que s'accomplisse tout ce qui est écnt de moi dans la Loi, les Prophètes et les Psaumes10.

 

1. Pr 16, 33.

2. Pr 18, 18.

3. Cf. Mt 27, 35.

4. Mc 15, 24.

5. Tract, in Io., CXVIII, 3, BA 75, p. 309. Dans ce passage, saint Augustin propose une solution au problème des différences qu'on lit dans les quatre récits évangéliques rapportant la division des vêtements du Christ.

6. Sur la prophétie, voir vol. I, n° 1579.

7. Ps 21, 19. Saint Thomas commente : « Ils se sont partagé mes vêtements - qui étaient nombreux et partageables - et sur ma robe, sans couture, ils ont jeté le sort, et ils firent cela par cupidité, ou bien par une certaine dérision. À travers ces vêtements partagés sont signifiés les sacrements de l'Église, mais par la robe qui n'est pas déchirée est signifiée l'unité de l'Église que chacun croit détenir ; mais il n'en existe qu'une seule, car unique est l'unité de l'Église - Unique est ma colombe, ma parfaite (Ct 6, 8) » (Exp. in Psalmos, 21, n° 14).

8. Cf. saint Jean Chrysostome, In Ioannem hom., LXXXV, 1, PG 59, col. 461.

9. Mt 5, 18.

10. Lc 24, 44.

Ce qui suit la crucifixion quant aux amis qui se tenaient là.

 

OR PRÈS DE LA CROIX DE JÉSUS SE TENAIENT SA MÈRE, ET LA SŒUR DE SA MÈRE, MARIE, FEMME DE CLÉOPHAS, ET MARIE DE MAGDALA. QUAND DONC JÉSUS EUT VU SA MÈRE ET, SE TENANT PRÈS D'ELLE, LE DISCIPLE QU'IL AIMAIT, IL DIT À SA MÈRE : « FEMME, VOICI TON FILS. » PUIS IL DIT AU DISCIPLE : « VOICI TA MÈRE. » ET À PARTIR DE CETTE HEURE-LÀ, LE DISCIPLE LA PRIT CHEZ LUI – (19, 25-27)

 

2434. Jean présente en troisième lieu ce qui suit la crucifixion quant aux amis. Et d'abord il montre la présence des femmes qui se tenaient là ; puis l'attention pleine de sollicitude du Christ à l'égard de sa mère [n° 2439] ; enfin l'obéissance prompte du disciple [n° 2443].

 

OR PRÈS DE LA CROIX DE JÉSUS SE TENAIENT SA MÈRE, ET LA SŒUR DE SA MÈRE, MARIE, FEMME DE CLÉOPHAS, ET MARIE DE MAGDALA.

 

2435. Or les femmes présentes auprès de la croix sont au nombre de trois : SA MÈRE, ET LA SŒUR DE SA MÈRE, MARIE, FEMME DE CLÉOPHAS, ET MARIE DE MAGDALA. Mais remarquons que, alors que les autres évangélistes 1 font mention de nombreuses femmes se tenant auprès du Christ, aucun ne fait mention de la bienheureuse Vierge, excepté Jean. Aussi, à cause du récit des deux autres2, surviennent deux doutes.

 

2436. Le premier parce que Matthieu et Marc disent que les femmes se tenaient à distance, mais Jean, qu'elles se tenaient PRÈS DE LA CROIX.

 

On peut répondre à cela que, autres étaient ces femmes dont font mémoire Matthieu et Marc, autres celles dont Jean fait mémoire. Mais à cela s'oppose le fait que Marie de Magdala est comptée parmi les femmes dont font mémoire Matthieu et Marc, et Jean également. Et c'est pourquoi il faut comprendre que ces femmes-ci sont les mêmes que celles-là. Et en cela il n'y a pas de contradiction, car « près de » et « à distance » sont dits de manière relative. Et rien n'empêche qu'une chose soit dite d'une certaine manière « à distance » et d'une autre « près ». Il est dit qu'elles étaient « près » parce qu'elles étaient sous le regard de Jésus, mais « à distance » parce qu'entre lui et ces femmes il y avait des intermédiaires3.

Ou bien on peut dire que dès le début de la crucifixion elles se tenaient tout près de lui, si bien qu'il pouvait leur parler. Mais ensuite, la multitude des moqueurs arrivant, elles se retirèrent et se tinrent à distance. Jean raconte donc ce qui eut lieu d'abord, les autres ce qui eut lieu ensuite.

 

2437. La seconde question est que Jean fait mémoire de Marie, femme de Cléophas, mais que Matthieu et Marc font mémoire à sa place de Marie, femme de Jacques, qui était appelé Alphée. Là il faut dire4 que Marie, femme de Cléophas, que Jean nomme, est la même que Marie, femme d'Alphée, que nomme Matthieu. Elle eut en effet deux maris, à savoir Alphée et Cléophas. Ou bien on peut dire que Cléophas fut son père.

 

2438. Le fait que les femmes se tenaient près de la croix alors que les disciples, ayant abandonné le Christ, avaient fui, met en lumière la constance dévouée des femmes5 - Ma chair étant consumée, mes os s'attachent à ma peau1, c'est-à-dire comme si les disciples, désignés par la chair, étaient partis alors que les femmes, signifiées par la peau s'attachèrent.

 

1. Voir Mt 27, 55-56 ; Me 15, 40-41 ; Le 23, 49.

2. Les trois autres évangélistes évoquent les femmes se tenant auprès du Christ, mais Luc, lui, ne nomme aucune d'entre elles.

3. Cette interprétation et la suivante proviennent de saint Augustin, De consensu Evangelistarum, III, XXI, 58, PL 34, col. 1194-1195.

4. Cf. SAINT Jérôme, Adversus Helvidium de Mariae virginitate perpetua, XIII-XIV, PL 23, col. 196-197.

5. Cf. saint Jean Chrysostome, In Ioannem hom., LXXXV, 2, PG 59, col. 462.

QUAND DONC JÉSUS EUT VU SA MÈRE ET, SE TENANT PRÈS D'ELLE, LE DISCIPLE QU'IL AIMAIT, IL DIT À SA MÈRE : « FEMME, VOICI TON FILS. » PUIS IL DIT AU DISCIPLE : « VOICI TA MÈRE. »

 

2439. Ensuite est montrée sa sollicitude envers sa Mère. D'abord est montrée cette sollicitude quant au disciple dont il remit le soin à sa Mère, puis quant à sa mère dont il confia le soin au disciple [n° 2442].

 

2440. Quant au premier point, il dit : QUAND DONC JÉSUS EUT VU SA MÈRE ET, SE TENANT PRÈS D'ELLE, LE DISCIPLE QU'IL AIMAIT, IL DIT À SA MÈRE : « FEMME, VOICI TON FILS », comme pour dire : Jusqu'à présent j'ai pris soin de toi, aussi je me suis souvenu de toi, je te laisse celui-là. Par là est montrée la dignité de Jean.

Mais sois attentif car plus haut, quand sa mère a dit : Ils n'ont plus de vin2, il dit : Mon heure, c'est-à-dire l'heure de la Passion que je souffrirai selon ce que j'ai reçu de toi3, n'est pas encore venue 4 ; mais quand cette heure sera venue, alors je te reconnaîtrai5. Et c'est pourquoi, à présent, il la reconnaît comme MÈRE. Car faire des miracles ne me convient pas selon ce que j'ai reçu de toi, mais selon que j'ai de mon Père la génération éternelle, c'est-à-dire selon que je suis Dieu.

 

1. Jb 19, 20.

2. Jn2, 3.

3. Saint Thomas évoque ici le mystère de l'Incarnation où la Vierge Marie a donné au Christ sa nature humaine, nature selon laquelle il souffrirait la Croix. Voir vol. I, n" 352.

4. Jn2, 4.

5. Cf. saint Augustin, Tract, in Io., CXIX, 1, BA 75, p. 319-321, qui ajoute : à Cana, le Seigneur, « sur le point de faire des œuvres divines, repoussait [comme] une inconnue la mère non de sa divinité mais de sa fragilité ; maintenant au contraire, souffrant déjà de douleurs humaines, celle de laquelle il a été fait homme, il la recommande à l'affection humaine ».

2441. Et remarque, selon Augustin6, que le Christ suspendu à la croix se comporta comme un maître en chaire. C'est aussi pourquoi il nous enseigne qu'il nous faut subvenir à nos parents dans la nécessité et prendre soin d'eux - Honore ton père et ta mère7. Et l'Apôtre : Si quelqu'un n'a pas soin des siens et surtout de ceux de sa maison, il n'a plus la foi et il est pire qu'un infidèle8.

Mais cependant il est dit : Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère et sa femme et ses fils, et encore sa propre âme, il ne peut être mon disciple9. Réponse : il faut dire que, de même que le Seigneur nous commande de haïr nos parents, de même il nous commande de haïr aussi notre âme, et en cela il nous commande d'aimer la nature et de haïr l'iniquité et ce qui détourne de Dieu. Et ainsi nous devons soutenir nos parents, les aimer et les respecter quant à la nature, mais les haïr quant à leurs vices et ce par quoi ils nous détournent de Dieu.

 

2442. Quant au second point, IL DIT AU DISCIPLE : « VOICI TA MÈRE », c'est-à-dire pour que celui-ci la serve autant qu'un fils sa mère, que celle-ci l'aime comme une mère aime son fils.

 

ET À PARTIR DE CETTE HEURE-LA, LE DISCIPLE LA PRIT CHEZ LUI (IN SUA).

 

2443. Ici est montrée l'obéissance du disciple. Et, selon Bède 10, il faut dire « pour sienne » (in suam), et ainsi le sens est : LE DISCIPLE, Jean, LA PRIT, c'est-à-dire la mère de Jésus, pour sienne, c'est-à-dire pour mère, assurément, et comme confiée à ses soins.

 

6. Loc. cit., 2, BA75, p. 321.

7. Ex 20, 12.

8. 1 Tm 5, 8. Saint Thomas commente : « L'état du fidèle par rapport à l'infidèle peut être considéré de deux manières. Premièrement, quant à l'état de péché, et ainsi les infidèles sont dans un état pire, puisqu'ils ne font rien qui soit accepté par Dieu ; deuxièmement, quant au péché dans sa singularité, et alors c'est le contraire ; en effet, si le fidèle et l'infidèle commettent l'adultère, le fidèle pèche plus, parce qu'il fait injure à la foi. Et il dit ainsi que si le fidèle méprise le soin de ses parents, il pèche plus gravement que si un infidèle faisait cela - Mieux valait pour eux n'avoir pas connu la voie de la justice que de se détourner, après l'avoir connue, du saint commandement qui leur avait été transmis (2 Ρ 2, 21) » (Ad 1 Tim. lect., V, n° 192).

9. Lc 14, 26.

10. In S. Ioannis Εν. exp. In h. loc, PL 92, col. 914 B-C.

Mais, selon Augustin1, comme on le trouve en grec, on doit dire CHEZ LUI (IN SUA), non pas, certes, dans ses biens, parce qu'il était de ceux qui avaient dit : Voici que nous avons tout quitté pour te suivre2 - car il est dit que Jacques et Jean, ayant tout quitté, ont suivi Jésus3 -, mais CHEZ LUI, c'est-à-dire en se mettant à son service, lui obéissant avec empressement et respect.

 

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