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Jean 1, 3-4 – LE VERBE DIVIN ET LA CREATION

 

68. Après nous avoir parlé de l’être et de la nature du Verbe divin, autant qu’il est possible de les exprimer, l'Évangéliste poursuit en montrant sa puissance et son opération : sa puissance d’abord à l’égard de tout ce qui vient à l’être [c'est l’objet de cette leçon], puis spécialement à l’égard des hommes [ce sera l’objet de la suivante : n° 95].

Sur la puissance du Verbe à l’égard de tout ce qui vient à l’être, Jean se sert de trois propositions que nous ne ponctuons pas pour le moment puisqu’il faudra les séparer selon les diverses manières de les comprendre.

I

 

TOUT A ETE FAIT PAR LUI

69. L’Évangéliste introduit cette première affirmation pour montrer trois choses au sujet du Verbe de Dieu.

En premier lieu, selon Chrysostome In Ioanneni hom., 5, ch. 3, PG 59, col. 56, l’égalité du Verbe avec le Père. Comme nous l’avons dit plus haut Mt 17, 22, Jean avait exclu l’erreur d’Arius en montrant la coéternité du Fils et du Père, par ces paroles : IL ETAIT DANS LE PRINCIPE AUPRES DE DIEU. Il exclut ici la même erreur, mais cette fois en montrant la toute-puissance du Fils, en disant : TOUT A ETE FAIT PAR LUI – En effet, être le principe de tout ce qui a été fait, c’est le propre du Dieu grand et tout-puissant. Tout ce que le Seigneur a voulu, Il l’a fait au ciel et sur la terre 3. Donc le Verbe, par qui tout a été fait, est "le grand Dieu", égal au Père.

70. En second lieu, selon Hilaire 4, l’affirmation de l’Évangéliste montre la coéternité du Verbe avec le Père. En effet, parce que Jean a dit précédemment AU COMMENCEMENT ETAIT LE VERBE, on pourrait dire qu’Il a été au commencement des créatures et que cependant il y a eu un temps, avant les créatures, où le Verbe n’était pas. C’est pour exclure cette interprétation que l’Évangéliste a dit : TOUT A ETE FAIT PAR LUI – Si tout [été fait par le Verbe], le temps aussi a été fait par lui. D’où l’argument : si tout temps a été fait par Lui, aucun temps n’a été avant Lui, et Lui-même n’a pas été dans un temps ni n’a commencé d’être dans un siècle ; Il a donc été, de toute éternité, coéternel au Père.

71. En troisième lieu, selon Augustin 5, l’affirmation de l’Évangéliste montre la consubstantialité du Verbe avec le Père. En effet, si TOUT A ETE FAIT par le Verbe, on ne peut dire que le Verbe Lui-même ait été fait : car s’Il a été fait, il faut qu’Il ait été fait par un Verbe, puisque TOUT A ETE FAIT par le Verbe. Il faut donc qu’il y ait un autre Verbe, par lequel le Verbe dont nous parlons, ait été fait. Mais ce Verbe-là, par qui celui ci a été fait, je dis qu’Il est le Fils unique de Dieu par qui TOUT A ETE FAIT ; or si ce Verbe, par qui TOUT

A ETE FAIT, n’a pas été fait, Il n’est pas une créature ; et s’Il n’est pas une créature, il est nécessaire de dire qu’Il est de la même substance que le Père, puisque toute substance, excepté l’essence divine, a été faite. En effet, une substance qui n’est pas une créature, est Dieu. Donc le Verbe par qui TOUT A ETE FAIT est consubstantiel au Père, puisqu’Il n’a pas été fait et n’est pas une créature.

3. Ps 134, 6.

4. De Trin., 2, ch. 17, PL 10, col. 62.

5. De Trin., 1, ch. 6, § 9 ; BA 15, p. 109.

72. Par l’affirmation de l'Évangéliste : TOUT A ETE FAIT PAR LUI, nous connaissons donc l’égalité du Verbe avec le Père, selon Chrysostome ; sa coéternité, selon Hilaire ; et sa consubstantialité, selon Augustin.

73. Il faut ici prendre garde à trois erreurs. En premier lieu, l’erreur de Valentin. Ces paroles de l’Évangéliste : TOUT A ETE FAIT PAR LE VERBE, furent comprises par Valentin comme si le Verbe avait été pour le Créateur la cause pour laquelle Il aurait créé le monde, de telle sorte que tout serait dit fait par le Verbe, comme si le fait que le Créateur de ce monde visible ait créé ce monde, venait du Verbe. Il semble du reste que cela revienne à l’opinion de ceux qui affirmaient que Dieu a fait le monde pour une cause qui lui est extérieure ; ce qui contredit l’Écriture : LE SEIGNEUR A FAIT TOUTES CHOSES POUR LUI-MEME 6. Mais [ce que dit Valentin ici] est faux. En effet, comme le dit Origène, si le Verbe avait été pour le Créateur une cause lui donnant matière à créer le monde, l'Évangéliste n’aurait pas dit : TOUT A ETE FAIT PAR LUI, mais à l’inverse : "Tout a été fait par le Créateur à cause du Verbe."

 

6. Prov 16, 4.

7. Sur saint Jean, 2, § 75, p. 257.

74. Il faut, en second lieu, éviter l’erreur d’Origène 7 qui, en lisant TOUT A ETE FAIT PAR LUI, comprend que l’Esprit aussi est du nombre de toutes ces réalités faites par le Verbe, d’où il suit, et c’est ce que dit aussi Origène, que l’Esprit Saint est Lui-même une créature. Cela est hérétique. L’Esprit Saint, en effet, a la même gloire, la même substance et la même dignité que le Père et le Fils : De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ; et : Ils sont trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe et l’Eprit Saint, et ces trois sont un 8. Donc, lorsque l’Évangéliste dit TOUT A ETE FAIT PAR LUI, par ce mot TOUT, il ne faut pas comprendre : TOUT absolument A ETE FAIT PAR LUI, mais seulement ce qui appartient au genre des créatures, des réalités faites. C’est comme si Jean disait : TOUT ce qui a été fait A ETE FAIT PAR LUI – Autrement, si on comprend "tout" d’une manière absolue, le Père aussi aurait été fait par Lui, ce qui est faux. Donc, ni le Père, ni ce, qui est consubstantiel au Père, n’a été fait par le Verbe.

75. Il faut encore éviter une autre erreur du même Origène 9. Tout, a-t-il prétendu, a été fait PAR le Verbe, à la façon dont une chose est faite par quelqu’un de supérieur au moyen d’un autre qui lui est inférieur, comme si le Fils par qui TOUT A ETE FAIT était inférieur au Père, et son instrument. Mais cela est faux et n’est même pas cohérent, parce que dans l’Écriture nous lisons, non seulement que certaines choses ont été faites par le Fils, mais encore par le Père. L’Apôtre dit en effet [en parlant du Père] : Dieu est fidèle, par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils 10. Si donc nous avons été appelés par le Père à la communion de son Fils et si celui par qui quelque chose est fait a un agent qui lui est supérieur, le Père aussi aura donc quelqu’un qui lui sera supérieur. Or cela est faux. Donc il est faux que le Fils par qui TOUT A ETE FAIT soit moindre que le Père.

8. Mt 28, 19 et 1 Jean 5, 7.

9. Sur saint Jean, 2, § 72, pp. 251-253.

10. 1 Corinthiens 1, 9.

76. Pour rendre cette vérité plus manifeste, il faut savoir ceci : quand on dit que "quelque chose est fait par quelqu’un", la préposition par implique indirectement une causalité qui a rapport à l’opération, mais de diverses manières. En effet, puisque l’opération, selon notre manière de la saisir, est intermédiaire entre celui qui opère et ce qui est opéré — par exemple, lorsque je dis : le bâtisseur bâtit par la hache, l’opération est regardée comme intermédiaire entre celui qui opère et ce qui est opéré —, l’opération peut être considérée de deux manières : soit comme provenant de celui qui opère, soit comme se terminant à ce qui est opéré. La préposition par signifie donc la cause de l’opération tantôt en tant qu’elle provient de celui qui opère, tan tôt en tant qu’elle se termine à ce qui est opéré.

La préposition par signifie la cause de l’opération en tant qu’elle provient de celui qui opère, quand ce qui est ainsi désigné par cette proposition est, pour celui qui opère, cause efficiente ou cause formelle qu’il opère. Cause formelle : par exemple, puisque le feu chauffe par la chaleur, la chaleur est cause formelle du feu, en ce sens qu’elle est ce par quoi le feu chauffe. Cause motrice, ou efficiente : par exemple, si je dis que le bailli opère par le roi, le roi est pour le bailli cause efficiente de son action. C’est ainsi que Valentin a compris TOUT A ETE FAIT PAR LUI, comme si le Verbe était pour le Créateur cause de l’action par laquelle Il crée toutes choses.

La préposition par désigne la causalité de l’opération en tant qu’elle se termine à son effet, quand ce qui est signifié par la causalité elle-même n’est pas cause pour l’opérant de son opération, mais cause de l’opération en tant qu’elle se termine à l’effet. Par exemple, lorsque je dis : "le menuisier fait le banc par la hache", celle-ci n’est pas cause, pour le menuisier, qu’il opère, mais elle est plutôt cause de ce que le banc est fait par l’ouvrier.

Donc, lorsque Jean dit : TOUT A ETE FAIT PAR LUI, si la préposition PAR indique la cause efficiente qui meut le Père à opérer, il faut dire que le Père ne fait rien PAR le Fils, mais qu’Il fait tout par Lui-même, comme nous l’avons dit. Si au contraire la préposition PAR indique la cause formelle, alors, puisqu’Il opère par sa sagesse, qui est son essence, le Père opère par sa sagesse comme Il opère par son essence ; et puisque la sagesse et la puissance du Père sont attribuées au Fils — l’Écriture dit en effet que le Christ est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu 11— nous disons par mode d’appropriation que le Père fait toutes choses PAR le Fils, c’est-à-dire par sa sagesse. C’est la raison pour laquelle, à propos du texte : C’est de Dieu, par Lui et en Lui que sont toutes choses 12, Augustin dit que "De qui sont toutes choses", "par qui sont toutes choses" et "en qui sont toutes choses" sont appropriés aux trois Personnes, c’est-à-dire respectivement au Père, au Fils et à l’Esprit 13. Cependant, si la pré position PAR désigne la causalité du côté de ce qui est opéré, alors, lorsque nous disons que le Père fait tout le Fils, nous ne disons pas cela du Verbe par appropriation, mais au sens propre, car si le Verbe est cause des créatures, Il le tient d’un autre, c’est-à-dire du Père de qui Il reçoit l’être. Il ne s’ensuit pas pour autant que le Fils soit l’instrument du Père, bien que tout ce qui est mû par un autre pour faire quelque chose ait, d’une façon générale, ce qu’il faut pour être comme un instrument. En effet, dire que quelqu’un agit par une puissance reçue d’un autre peut se comprendre de deux façons. On peut entendre par là que la puissance de celui qui reçoit est absolument la même que la puissance de celui qui donne ; et de cette manière celui qui opère par la puissance reçue d’un autre n’est pas inférieur, mais égal à celui dont il la reçoit. Donc, parce que le Père donne au Fils la puissance même qu’Il possède et par laquelle le Fils agit, quand nous disons que le Père agit PAR le Fils, il ne faut pas pour cela en conclure que le Fils soit inférieur au Père, ni qu’Il soit son instrument — comme l’est celui qui reçoit d’un autre, non la même puissance, mais une puissance autre et causée. Ainsi, il est donc évident que l’Esprit Saint n’a pas été fait, que le Fils n’est pas pour le Créateur cause qu’Il opère, et qu’Il n’est du Père ni le ministre ni l’instrument, comme le disait Origène 14

 

11. 1 Corinthiens 1, 24.

12. Ro 11, 36.

13. Cf. De Trin., 6, ch. 10, n° 12, BA 15, p. 501 ; Contra Maximin., 2, ch. 23, n" 4, PL 42, col. 800.

77. À bien considérer les paroles citées précédemment : TOUT A ETE FAIT PAR LUI, il apparaît avec évidence que l’Évangéliste s’est exprimé dans les termes les plus propres. En effet, quiconque fait une chose doit la concevoir d’abord dans sa sagesse. Car jamais quelqu’un ne ferait quelque chose si ne préexistait une conception actuelle de sa sagesse qui soit forme et idée de la réalité faite ; par exemple, la forme du coffre préconçue dans l’esprit de l’artiste est l’idée du coffre qui sera réalisé 15, Ainsi donc Dieu ne fait rien, si ce n’est par ce que conçoit son intelligence et qui est la Sagesse conçue de toute éternité, c’est-à-dire le Verbe de Dieu et Fils de Dieu ; c’est pourquoi il lui est impossible de faire quelque chose si ce n’est par son Fils. C’est ce qui fait dire à Augustin 16 que le Verbe est "l’Idée contenant parfaitement ce que sont les êtres vivants". Ainsi tout ce que le Père fait, A ETE FAIT PAR LUI –

14. Sur saint Jean, 2, § 104, p. 275.

15. Voir Tract, in Johannis Evangelium, 1, 17 ; trad. M. -F. Berrouard, Homélies sur l’Évangile de saint Jean, Bibliothèque Augustinienne vol. 71, Desclée De Brouwer 1969, pp. 163-165. Nous renverrons à cette traduction sous l’abréviation Tract. tn Jo.

16. De Trin., 6, 10, n° 11, BA 15, p. 497.

78. Il faut remarquer, selon Chrysostome 17, que tout ce que Moïse énumère en de nombreuses paroles sur la production des réalités par Dieu, en disant : Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut (...) Qu’il y ait un firmament au milieu des eaux (...) Que les eaux s’amassent en une seule masse... 18, l'Évangéliste, allant bien au-delà, l’embrasse dans cette parole : TOUT A ETE FAIT PAR LUI – La raison en est que Moïse, voulant enseigner l’émanation des créatures à partir de Dieu, les énumère une à une. Mais Jean, se hâtant vers un sujet plus élevé, veut dans ce livre nous mener spécialement à la connaissance du Créateur Lui-même.

II

 

[3b] SANS LUI RIEN N’A ETE FAIT.

79. L énonce ici sa seconde affirmation [concernant la puissance du Verbe]. Certains, comme le dit Augustin 19, l’ont mal comprise. En effet, à cause de la construction utilisée ici par Jean, plaçant le mot RIEN [NIHIL] en fin de phrase [IPSO FACTUM EST NIHIL], ils ont cru que le mot RIEN était pris affirmativement, comme si RIEN était quelque chose qui aurait été fait sans le Verbe. Aussi ont-ils prétendu que l’Évangéliste avait mis ce membre de phrase pour exclure quelque chose qui n’aurait donc pas été fait par le Verbe. De sorte que, d’après eux, l’Évangéliste, après avoir dit : TOUT A ETE FAIT PAR LUI, ajoute : SANS LUI RIEN N’A ETE FAIT, comme pour dire : "en affirmant que TOUTES CHOSES ONT ETE FAITES PAR LUI, je veux cependant dire que sans Lui quelque chose a été fait, à savoir le RIEN lui-même."

 

80. De là proviennent trois hérésies. D’abord celle de Valentin 20 qui, selon Origène 21 admet plusieurs principes et affirme que de ces principes procèdent trente siècles. Valentin soutient en effet qu’il y a deux premiers principes : l’Abîme, qu’il appelle Dieu le Père, et le Silence. De ces deux principes procédèrent dix siècles. De l’Abîme et du Silence viennent deux autres principes : l’Intelligence et la Vérité, d’où procédèrent huit siècles. Et de l’Intelligence et de la Vérité viennent encore deux autres principes : le Verbe et la Vie, d’où procédèrent douze siècles, ce qui fait donc en tout trente. Or, du Verbe et de la Vie procédèrent, d’après lui, l’homme-Christ et l'Église. Ainsi donc, selon Valentin, il s’est écoulé de nombreux siècles avant que le Verbe soit "dit". Voilà pourquoi il explique : Comme l'Évangéliste avait affirmé TOUT A ETE FAIT PAR LUI, pour qu’on ne comprît pas que les siècles précédents auraient été faits par le Verbe, il ajoute ET SANS LUI [LE] RIEN A ETE FAIT, c’est-à-dire tous les siècles qui préexistent et ce qui les a remplis. L’Évangéliste les nomme RIEN, parce qu’ils dépassent notre raison et que notre intelligence ne peut saisir ce qu’ils sont.

17. In Ioannem hom., 5, eh. 1, PG 59, col. 53.

18. Gn 1, 3-9.

19. De Natura boni contra Manichaeos, ch. 25, PL 42, col. 559.

20. Valentin est un théologien et un mystique, originaire d’Égypte, venu à Rome vers les années 140. Sa doctrine propre, difficile à déterminer, se rattache au gnosticisme archaïque des Séthiens. C’est une doctrine" très cohérente dans ses grandes lignes et c’est le génie de Valentin d’avoir été l’auteur de cette conception. Par lui la gnose séthienne, qui n’était qu’une des formes du gnosticisme judéo-chrétien, est devenue une puissante synthèse. Les éléments essentiels sont ceux-ci : transcendance absolue du Père et de sa pensée (ennoia), production du plérôme des éons, au nombre de trente, dont le dernier est Sophia ; recherche du Père par Sophia ; ce désir devient le principe du monde d’en bas où des éléments spirituels sont emprisonnés ; envoi du Seigneur qui apporte la gnose grâce à laquelle les spirituels sont sauvés" (cf. J. DANIÉL0u et H. MARROU, Nouvelle Histoire de l’Église, Seuil, Paris 1963, t. I, p. 130.).

21. Voir Sur saint Jean, 2, § 155, p. 309. Voir aussi SAINT IRÉNÉE, Adversus Haereses I, 11, 1, éd. A. Rousseau et L. Doutreleau, coli. Sources chrétiennes 264, Le Cerf 1979, pp. 167-171. Voir aussi I, 1, 1, pp. 29 ss.

81. Le fait de donner au mot RIEN, dans le texte de Jean, un sens positif, a engendré une seconde erreur celle des Manichéens 22, qui admettaient deux principes contraires, un pour les réalités corruptibles et un autre pour les incorruptibles. Ils disaient donc que, après avoir dit TOUT A ETE FAIT PAR LUI, Jean, pour que l’on ne risque pas de comprendre que le Verbe serait cause des réalités corruptibles — lesquelles [eux] proviennent d’un principe contraire — a ajouté ET SANS [LE] LUI RIEN, c’est-à-dire les réalités corruptibles, A ETE FAIT, comme pour dire : Tout ce qui retourne au néant a été fait sans Lui.

82. Une troisième erreur est commise par ceux qui prétendent que RIEN désigne le diable, selon cette parole : Ils habitent dans la tente de leur compagnon, qui n’est pas 23. Ils affirment donc que TOUT A ETE FAIT par le Verbe, excepté le diable. C’est pourquoi, d’après eux, Jean a ajouté : SANS LUI A ETE FAIT [LE] RIEN, c’est-à-dire le diable.

83. En fait ces trois erreurs proviennent d’une même source, à savoir que toutes trois prennent le mot RIEN affirmativement ; mais cela même les exclut toutes trois, puisqu’ici le mot RIEN n’a pas un sens affirmatif, mais seulement négatif. SANS LUI RIEN N’A ETE FAIT signifie alors : je dis que TOUT A ETE FAIT PAR LUI de telle sorte que SANS LUI RIEN N’A ETE FAIT.

84. On objectera peut-être que, puisque cela pouvait se comprendre du seul fait qu’il avait dit TOUT A. ETE FAIT PAR LUI, cette fin de phrase négative n’était pas nécessaire : il y a donc une raison spéciale qui légitime cette addition. Selon de nombreux Pères, il y a de multiples manières de comprendre cette addition. En effet, selon Chrysostome 24, l’Évangéliste, qui avait dit TOUT A ETE FAIT PAR LUI, ajoute SANS LUI RIEN N’A ETE FAIT pour que celui qui lit l’Ancien Testament et n’y voit énumérées par Moïse [le récit de la création] que des réalités visibles, ne croie pas que celles-ci seulement ont été faites par le Verbe. Voilà pourquoi l’Évangéliste, après avoir affirmé TOUT A ETE FAIT PAR LUI, à savoir tout ce que Moïse énumère, ajoute ET SANS LUI RIEN N’A ETE FAIT, pour dire : RIEN de ce qui est, que ce soit visible ou spirituel, N’A ETE FAIT SANS LE VERBE. L’Apôtre parle de la même manière : Toutes choses, dit-il, ont été créées dans le Christ, au ciel et sur la terre, les visibles et les invisibles 25 ; l’Apôtre fait ici mention spéciale des réalités invisibles, parce que Moïse ne les avait pas explicitement nommées, en raison de la faiblesse et de la grossièreté de l’intelligence des Juifs à qui il transmettait la doctrine.

Chrysostome 26 indique encore une autre raison. À la lecture, dans les autres Évangiles, des nombreux signes et miracles accomplis par le Christ — par exemple : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris 27 —, on aurait pu croire, en effet, que ces paroles de l'Évangéliste : TOUT A ETE FAIT PAR LUI devaient s’entendre seulement des miracles rapportés dans les autres Évangiles, et que rien d’autre n’avait été fait par le Verbe. Pour que personne ne fasse cette supposition, l’Évangéliste affirme ensuite : ET SANS LUI, RIEN N’A ETE FAIT, comme pour dire : Non seulement ce que contiennent les Évangiles en fait d’actes du Christ, A ETE FAIT PAR LUI, mais RIEN de ce qui a été fait N’A ETE FAIT SANS LUI – Ainsi, selon Chrysostome 24, l’Évangéliste introduit ce petit membre de phrase pour montrer que la causalité du Verbe est totale ; et ces paroles, ainsi, complètent les précédentes : TOUT A ETE FAIT PAR LUI –

23. Jb 18, 15.

24. In Ioannem hom., 5, ch. 1, PG 59, col. 53 et 56.

25. Col 1, 16. Les Manichéens constituent une secte d’origine païenne mais qui, ayant fait des emprunts au christianisme, se présenta comme une religion hérétique. Son fondateur, Mani, né en Perse en 216 et mis à mort en 277, combina" des éléments de judaïsme et de christianisme hérétique (dans le sens du gnosticisme) avec un fond d’idées mazdéennes (dualistes) et extrême-orientales (en particulier bouddhistes). Le trait principal en est un dualisme métaphysique radical, supposant un principe bon, spirituel et lumineux, dans une lutte sans fin avec un principe mauvais, matériel et obscur. " L’église manichéenne est partagée en parfaits, les ascètes, qui constituent seuls à proprement parler l’Église, et en imparfaits, qui sont les auditeurs ou catéchumènes (cf. L. Bou Dictionnaire théologique, Desclée, Tournai 1963, art. Manichéisme, p. 412).

85. Selon Hilaire 28, l’Évangéliste introduit ce membre de phrase SANS LUI, RIEN N’A ETE FAIT, pour montrer que le Verbe tient sa puissance créatrice d’un autre. En effet, Jean ayant dit : TOUT A ETE FAIT PAR LUI, on pourrait comprendre que le Père est exclu de toute causalité. L’Évangéliste ajoute donc ET SANS LUI, RIEN N’A ETE FAIT, pour dire : TOUT A ETE FAIT PAR LUI, de telle sorte, cependant, que le Père a tout fait avec Lui. Les paroles SANS LUI ne signifient en effet pas autre chose que : "Il n’était pas seul". Le sens est donc le suivant : Le Verbe n’est pas le seul PAR QUI TOUT A ETE FAIT, mais Il est l’autre SANS qui RIEN N’A ETE FAIT, autrement dit : SANS LUI, coopérant avec un autre, à savoir le Père, RIEN N’A ETE FAIT : J’étais avec Lui, réglant toutes choses 29.

26. Op. cit., col. 57.

27. Mt 11, 5.

28. De Trin., 2, eh. 18, PL 10, col. 62.

86. Dans une homélie attribuée à Origène 30, on trouve une autre explication assez belle. Nous y lisons que là où en grec il y a khoris, nous avons SANS. Or le grec khoris équivaut à "en dehors" ou "hors de". Le sens des paroles de Jean est donc : TOUT A ETE FAIT PAR LUI, de telle sorte qu’en dehors de Lui RIEN N’A ETE FAIT. L’Évangéliste s’exprime ainsi pour montrer que la conservation des réalités dans l’être a lieu par Lui 31. Certaines réalités, en effet, n’ont besoin d’un agent que pour leur devenir, puisqu’elles peuvent subsister, après avoir été faites, sans l’influx de cet agent : la maison, par exemple, n’a besoin de l’artisan que pour son devenir, mais elle persiste dans son être sans l’in fluence de l’artisan. Donc, pour qu’on ne croie pas que l’action du Verbe sur toutes choses se limite à leur devenir, sans s’étendre à leur conservation dans l’être, Jean a ajouté : ET SANS LUI RIEN N’A ETE FAIT, c’est-à-dire : Rien n’a été fait en dehors de Lui, car Il embrasse toutes choses, en les conservant dans l’être.

29. Prov 8, 30.

30. Il s’agit en réalité de Jean Scot Érigène : Homélie sur le Prologue de Jean, 8, PL 122, coI – 288 A, trad. Ed. Jeauneau, SC n° 151, P. 241.

31. " Le Père soutient toutes choses par la puissance de son Verbe" (He 1, 3).

32. Tract, in Jo., 1, 13, pp. 153 ss.

33. Sur saint Jean, 2, § 92-96, pp. 269-271.

87. D’autre part, Augustin 32, Origène 33 et plusieurs autres, quand ils expliquent ce verset, entendent par RIEN le péché. En effet, lorsque Jean dit : TOUT A ETE FAIT PAR LUI, on pourrait comprendre que le péché et le mal ont été faits par le Verbe. C’est pour quoi il a ajouté. ET [qui n’est] RIEN, c’est-à-dire le péché, A ETE FAIT SANS LUI – Parce que ce n’est pas le défaut qui provient de l’art, mais la forme. Les défauts, en effet, ne sont pas causés par l’art, ils échappent à l’efficacité de l’art, par exemple du fait d’un man que de disposition de la matière, ou autre chose de ce genre. Et c’est pourquoi, du Verbe, qui est l’Idée contenant parfaitement ce que sont les vivants, ne pro vient rien de désordonné ni aucun mal ou péché, qui sont non-être selon cette parole de l’Apôtre : "Nous savons que l’idole n’est rien dans le monde 34". En effet l’idole, en tant qu’elle est péché et mal, n’a pas été faite par le Verbe, bien que la forme de l’idole, en tant qu’elle est une certaine forme, soit par le Verbe.

88. Ainsi l’Évangéliste ajoute les paroles : SANS [LE VERBE] RIEN N’A ETE FAIT, pour montrer : la causalité universelle du Verbe, selon Chrysostome ; l’uni té d’opération avec le Père, selon Hilaire ; la puissance du Verbe dans la conservation des créatures, selon Origène ; et enfin, selon Augustin, la pureté de sa causalité, parce qu’Il est cause de ce qui est bon, de telle sorte qu’Il n’est pas cause du péché.

III

 

CE QUI A ETE FAIT EN LUI ETAIT VIE. [4a]

 

89. L’Évangéliste avance ici une troisième affirmation, où il faut éviter la fausse interprétation des Manichéens 35 ; ces paroles, en effet, les avaient amenés à affirmer que tout ce qui existe vit : par exemple une pierre, du bois, un homme et toute autre réalité existant dans le monde. Et ils ponctuaient ainsi : CE QUI A ETE FAIT EN LUI — ETAIT VIE. Or il n’y a de vie que dans ce qui vit ; et donc tout CE QUI A ETE FAIT EN LUI, vit. Ils prétendent aussi que dire EN LUI est la même chose que dire PAR LUI, puisque l’Écriture emploie souvent EN LUI avec le sens de PAR LUI, comme dans ce texte : En lui, c’est-à-dire par Lui, toutes choses ont été créées 36. Mais l’expérience même montre que cette interprétation est fausse.

90. On peut cependant, sans commettre d’erreur, expliquer l’affirmation de Jean de bien des manières. L’homélie attribuée à Origène 37 lui donne le sens suivant : CE QUI A ETE FAIT EN LUI, c’est-à-dire par Lui, ETAIT VIE, non pas en soi-même, mais dans sa cause. Car toutes les réalités causées ont ceci de commun que les effets produits par la nature ou par l’intelligence sont dans leur cause, non pas selon leur être propre, mais selon le mode d’être de leur cause en tant que cause. Ainsi, les effets produits sur la terre sont dans le soleil comme dans leur cause, non selon leur être propre, mais selon le mode d’être du soleil comme cause. Donc, puisque la cause de tous les effets produits par Dieu est une Vie et une Idée contenant parfaitement ce que sont les vivants, tout CE QUI A ETE FAIT EN LUI, c’est-à-dire par Lui, ETAIT VIE dans sa cause, à savoir en Dieu même.

35. Cf. ci-dessus n" 81, note 22.

36. Col 1, 16.

37. JEAN SCOT ERIGÈNE, Homélie sur le Prologue de Jean, 9. P. L. 122, col. 288 B, trad. (SC 151), p. 243.

91. Augustin 38, lui, lit ces paroles de Jean en les ponctuant ainsi CE QUI A ETE FAIT EN LUI ETAIT VIE. En effet, on peut considérer les réalités de deux manières : selon qu’elles existent en elles-mêmes et selon qu’elles existent dans le Verbe. Si on les considère selon qu’elles existent en elles-mêmes, alors, toutes les réalités ne sont pas vie, ni même vivantes ; certaines manquent de vie et d’autres vivent. Par exemple, la terre, les métaux ont été faits, mais ils ne sont pas vie, ni ne vivent ; les animaux, les hommes ont été faits, mais en eux-mêmes ils ne sont pas vie, ils vivent seulement.

Cependant, si on considère les réalités en tant qu’elles sont dans le Verbe, non seulement elles sont vivantes, mais encore elles sont VIE. Car les idées qui existent de manière spirituelle dans la Sagesse de Dieu et par lesquelles les réalités ont été faites par le Verbe, sont vie ; de même que le coffre fait par l’artisan, en lui-même certes, ne vit pas et n’est pas vie, tandis que l’idée du coffre qui a précédé dans l’esprit de l’artisan vit, d’une certaine manière, en tant qu’elle a un être intelligible dans l’esprit de l’artisan ; et cependant elle n’est pas vie, parce que l’acte d’intelligence de l’artisan n’est pas son essence, ni son être. Au contraire, en Dieu, l’acte d’intelligence est sa vie et son essence ; c’est n’est pas son essence, ni son être. Au contraire, en Dieu, non seulement vit, mais est la vie elle-même, puisque tout ce qui est en Dieu est son essence. Par suite, la créature en Dieu est l’essence créatrice. Si donc on considère les réalités selon qu’elles sont dans le Verbe, elles sont VIE 39.

92. Origène 40, dans son Commentaire sur Jean, lit autrement les paroles de l’Évangéliste ; il les ponctue ainsi : CE QUI A ETE FAIT EN LUI — ETAIT VIE. Il faut remarquer ici que certaines choses sont dites du Fils de Dieu considéré en Lui-même : quand, par exemple, on Le dit Dieu tout-puissant et autres choses semblables ; mais que d’autres sont dites de Lui par rapport à nous : quand, par exemple, on Le dit Sauveur et Rédempteur ; enfin d’autres Lui conviennent de l’une et l’autre façon : quand, par exemple, on Le dit Sagesse et Justice. Or, dans tout ce qui se dit du Fils considéré en Lui-même et d’une façon absolue, on ne dit pas qu’Il a été fait ; ainsi on n’affirme pas : le Fils a été fait Dieu, ou tout-puissant. Mais dans tout ce qui se dit de Lui par rapport à nous, ou de l’une et l’autre manière, on peut ajouter le terme fait ; ainsi Paul écrit : Lui, le Christ Jésus, a été fait pour nous, de par Dieu, sages se, justification, sanctification et rédemption 41. Ainsi, bien qu’Il ait toujours été en Lui-même Sagesse et Justice, on peut cependant dire que, d’une nouvelle manière, Il a été fait pour nous Justice et Sagesse. D’après ce que nous venons de dire, Origène 42 explique ainsi les paroles de l’Évangéliste : Le Verbe, bien qu’il soit vie en Lui-même, a été fait cependant vie pour nous, du fait qu’Il nous a vivifiés, conformément à ces paroles : De même que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ 43. C’est pourquoi l’Évangéliste dit : Ce Verbe qui pour nous a été fait vie, ETAIT LA VIE en Lui-même, précisément afin qu’un jour Il devînt vie pour nous. Aussi ajoute-t-il tout de suite : Et la vie était la lumière des hommes.

38. Tract. in J 1, 17, BA 71, pp. 163. 165.

39. On trouve cette interprétation chez Hilaire (De Trin., 1, ch. 9, PL 10, col 31 et 63), Ambroise et Gaudeutius de Brescja (Tract. XIX ; PL 20, col. 987), Clément d’Alexandrie (Pédag., 1, ch. 6, § 27, 1 ; 2, eh. 9, § 79, 3 ; SC 70, p. 160 ; SC 108, p. 158), et Origène (, 2, ch. 19, § 132, P. 295).

40Sur saint Jean, 2, ch. 16, § 114, pp. 283-285.

41. 1 Corinthiens 1, 30.

42. Op. cit., 3, § 128, SC 120, p. 293

 

93. Quant à Hilaire 44, il ponctue ce passage ainsi ET SANS LUI RIEN N’A ET. E FAIT, QUI N’AIT ETE FAIT EN LUI, pour dire ensuite IL ETAIT LA VIE. Comme il le dit en effet, les paroles SANS LUI RIEN N’A ETE FAIT pourraient susciter le doute suivant outre ce qui a été fait par le Verbe, peut-être certaines choses n’ont pas été faites PAR Lui, bien qu’elles n’aient pas été faites SANS Lui ; mais pour ces choses, Il s’est associé à Celui qui les a faites. Jean aurait alors ajouté ET SANS LUI RIEN N’A ETE FAIT, pour corriger les paroles précédentes : TOUTES CHOSES ONT ETE FAITES PAR LUI – Pour écarter cette ambiguïté, l’Évangéliste, après avoir dit : TOUT A ETE FAIT PAR LUI, ajoute donc : ET SANS LUI RIEN N’A ETE FAIT, qui cependant N’AIT ETE FAIT EN LUI, c’est-à-dire par Lui ; et la raison en est qu’Il ETAIT LA VIE.

Il est manifeste en effet, d’après cette interprétation, que Jean dit : TOUT A ETE FAIT PAR [LE VERBE], en tant que le Verbe procédant du Père est Dieu. Supposons qu’un père ait un fils qui ne soit pas parfaitement capable d’agir en homme, mais le devienne peu à peu ; il est clair que le père fera bien des choses, non par son fils lui-même, mais pas non plus sans lui. Donc, parce que le Fils de Dieu a de toute éternité, du fait qu’Il est Fils, la vie parfaite, la même que le Père — Comme le Père a la vie en Lui-même, ainsi Il a donné au Fils d’avoir la vie en Lui-même 45— on ne peut dire que Dieu le Père, bien qu’Il n’ait rien fait sans le Fils, ait cependant fait quelque chose sans que ce soit PAR Lui, parce qu’IL ETAIT LA VIE. En effet, dans la réalité vivante, il peut arriver qu’une vie imparfaite précède la vie parfaite ; mais pour [celui qui est] la vie par soi et d’une manière absolue, il n’y a en aucune manière une vie imparfaite antérieure. Donc, parce que le Verbe est la vie par soi, la vie en Lui ne fut jamais imparfaite, mais toujours parfaite. C’est pourquoi RIEN N’A ETE FAIT SANS LUI, qui n’ait ETE FAIT EN LUI, c’est-à-dire par Lui.

43. 1 Corinthiens 15, 22.

44. De Trin., 2, eh. 20 ; PL 10, col. 63 B.

45. Jean 5, 26.

94. Chrysostome 46, lui, lit ce texte d’une autre manière et le ponctue ainsi : ET SANS LUI RIEN N’A ETE FAIT DE CE QUI A ETE FAIT. En effet, quelqu’un pour rait croire que l’Esprit Saint a été fait par le Verbe. C’est pourquoi, voulant exclure cela, l’Évangéliste, après les paroles SANS LUI RIEN N’A ETE FAIT, ajoute celles-ci : DE CE QUI A ETE FAIT, car l’Esprit Saint n’est pas quelque chose qui ait été fait. Vient ensuite EN LUI ETAIT LA VIE. Jean ajoute ces paroles pour deux raisons.

D’abord pour montrer qu’après la production de toutes réalités, il n’y a aucune déficience d’influence ou de causalité ; et cela non seulement à l’égard des réalités déjà produites, mais encore à l’égard de celles qui doivent être produites. Cela revient à dire EN LUI ETAIT LA VIE, une vie par laquelle non seulement Il a pu produire toutes choses, mais encore une vie 47 qui a, pour produire de façon continue les réalités, un flux sans déficience et une causalité que n’affaiblit aucun changement, comme une source vive dont le flux continu ne baisse pas ; tandis que l’eau recueillie et non vive [d'une citerne] insuffisamment alimentée, baisse et vient à manquer. Voilà pourquoi il est écrit En toi est la source de la vie 48.

De plus, Jean dit : [LE VERBE] ETAIT LA VIE, pour montrer que le gouvernement des réalités se fait par le Verbe. En effet, par ces paroles, il fait voir que le Verbe n’a pas produit les réalités par une nécessité de nature, mais par la volonté et l’intelligence, et qu’Il gouverne les réalités qu’Il a produites. [On lit en effet dans l’Epître aux Hébreux] : La parole de Dieu est vivante 49.

Et parce que chez les Grecs l’autorité de Chrysostome dans ses commentaires est telle que, là où il a expliqué un passage de l'Écriture sainte, ils n’admettent aucune autre explication que la sienne, dans aucun livre grec on ne trouve ce texte ponctué d’une autre manière que la sienne, c’est-à-dire : SANS LUI RIEN N’A ETE FAIT DE CE QUI A ETE FAIT.

46. In Ioannem hom., 5, eh. 2 ; PG 59, coL 55-56.

47. Nous suivons ici le texte de l'éditio Marietti, en lisant quae habet et non quod habet.

48. Ps 35, 10.

49. He 4, 12.

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