309. Après avoir exposé le fruit de la prédication de Jean-Baptiste et de son disciple [n° 284], l’Évangéliste manifeste le fruit de la prédication du Christ : il rapporte d’abord la conversion d’un disciple grâce à la prédication du Christ ; ensuite la conversion des autres grâce à la prédication du disciple converti au Christ [n° 315].
I
LE LENDEMAIN, JESUS, VOULANT PARTIR POUR LA GALILEE, TROUVE PHILIPPE ET LUI DIT : "SUIS-MOI". PHILIPPE ETAIT DE BETHSAIDE, LA VILLE D’ANDRE ET DE PIERRE.
A ce propos, l'Évangéliste considère trois choses.
En premier lieu, il expose l’occasion de l’appel du disciple ; ensuite l’appel lui-même [n° 311] ; enfin sa condition [n° 3141.
LE LENDEMAIN, JESUS, VOULANT PARTIR POUR LA GALILEE...
310. L’occasion de l’appel fut le départ de Jésus de la Judée. C’est pourquoi l'Évangéliste dit : VOULANT PARTIR de la Judée POUR LA GALILEE.
On peut donner trois raisons à ce départ de Jésus pour la Galilée, dont deux sont littérales.
La première est que, après avoir été baptisé par Jean, Jésus, voulant rendre honneur au Baptiste, partit pour la Galilée, se retirant de Judée pour ne pas le gêner par sa présence ni amoindrir l’autorité de maître de Jean, tant que celui-ci devait l’exercer. Le Seigneur nous enseigne par là à nous prévenir d’honneur les uns les autres, comme saint Paul le recommande 1.
La seconde raison du départ de Jésus est l’absence, en Galilée, de personnalités remarquables — Cherche bien, disent les Pharisiens à Nicodème, et tu verras que de Galilée il ne se lève pas de prophète 2. Jésus voulut donc partir pour ce pays et y choisir les princes de toute la terre 3 qui sont plus grands que les prophètes et, par ce choix, manifester sa puissance — Du désert, il a fait jaillir une source 4.
La troisième raison du départ de Jésus est mystique. Galilée, en effet, signifie "passage". Jésus voulut donc partir de Judée en Galilée pour faire comprendre que le lendemain, c’est-à-dire au jour de la grâce, au jour de l’Évangile, Il partirait de Judée POUR LA GALILEE, c’est-à-dire pour sauver les nations — Ira t-Il vers ceux qui sont dispersés parmi les nations ? 5
IL TROUVE PHILIPPE ET LUI DIT "SUIS-MOI".
311. L’appel de Jésus au disciple est donc un appel à Le suivre ; remarquons que tantôt l’homme trouve Dieu, mais comme inconnu — Qui m’aura trouvé trouvera la vie et obtiendra son salut du Seigneur 6 ; tantôt c’est Dieu qui trouve l’homme, mais pour le mettre en évidence et le rendre grand — J’ai trouvé David mon serviteur 7. C’est ainsi que le Christ TROUVE PHILIPPE pour l’appeler à la foi et à la grâce ; et c’est pourquoi Il dit aussi tôt : "SUIS-MOI".
1. Ro 12, 10.
2. Jean 7, 52.
3. Ps 44, 17.
4. Ps 106, 35.
5. Jean 7, 35. Pour l’étymologie de" Galilée", voir n° 338, note 12.
6. Prov 8, 35.
312. On peut se demander pourquoi Jésus n’a pas appelé ses disciples dès le début. À cette question Chrysostome 8 répond : Jésus ne voulut appeler personne avant qu’on ne se joigne à Lui spontanément grâce à la prédication de Jean ; les hommes en effet sont plus attirés par l’exemple que par les paroles.
313. On peut se demander aussi pourquoi Philippe suivit le Christ sur une seule parole alors qu’André Le suivit en entendant Jean parler du Christ, et Pierre en entendant André. À cette question on peut donner trois réponses 9.
Voici la première : Philippe suivit Jésus aussitôt parce qu’il avait déjà été instruit par Jean ; en effet, selon une explication donnée plus haut, cet autre qui, avec André, avait suivi le Christ, était Philippe.
La seconde raison est que la voix du Christ avait la puissance non seulement d’attirer extérieurement, mais encore de mouvoir intérieurement le cœur — Mes paroles ne sont-elles pas comme un jeu ? 10 La voix du Christ, en effet, ne s’adressait pas seulement aux sens, mais enflammait de son amour le cœur des fidèles.
La troisième raison est que peut-être Philippe avait déjà été instruit au sujet du Christ par André et Pierre, car tous trois étaient de la même ville ; l’Évangéliste semble l’indiquer par les paroles qu’il ajoute : PHILIPPE ETAIT DE BETHSAIDE.
7. Ps 88, 21.
8. In Ioannem hom., 20, ch. 1, PG 59, col. 123.
9. Saint Thomas ajoute, comme s’il s’agissait d’une citation de l'Écriture cortina cortinam trahit. Cette formule, qui ne se trouve pas littéralement dans l’Écriture, est citée plusieurs autres fois par saint Thomas (voir notamment Somme théol., II-II, q. 189, a. 9, sed contra ; Commentaire de la Deuxième Epître aux Corinthiens, 10, leç. 3, n° 369 ; voir aussi le Commentaire sur l’Évangile de saint Matthieu, 9, n 758). On la trouve également chez saint Bonaventure (Comm. in Ioannem, 1, 44, n° 91, Opera omnia, éd. Quaracchi, 6, p. 266). Tous ces lieux renvoient à Ex 26, ou plus précisément 26, 3 – "Cinq tentures seront jointes ensemble, l’une à l’autre (quinque cortinae sibi jungentur mutuo), et les cinq autres seront assemblées de la même manière. " Il semble que saint Thomas s’inspire ici de l’interprétation spirituelle que donne Bède de ce passage dans son De tabernaculo et vestibus sacris, 2, ch. 2-4, PL 91, col. 425-436 (en particulier 427-429). Voir aussi la Glossa ordinaria attribuée à Walafrid Strabon, Ex 26, PL 113, col. 271-272.
[44] PHILIPPE ETAIT DE BETHSAIDE, LA VILLE D’ANDRE ET DE PIERRE.
314. Par ces mots Jean exprime la condition du disciple appelé. Cela s’accorde avec le mystère de sa vocation, car Bethsaïde signifie "demeure des chasseurs", ce qui montre de quel esprit étaient animés Philippe, Pierre et André ; il convenait en effet que, de la demeure des chasseurs, le Christ appelât des chasseurs pour prendre les âmes et les conduire à la vie — J’enverrai mes chasseurs... 11.
II
PHILIPPE TROUVA NATHANAEL ET LUI DIT : "CELUI DONT IL EST PARLE DANS LA LOI DE MOISE ET DANS LES PROPHETES, NOUS L’AVONS TROU VE ; C’EST JESUS, LE FILS DE JOSEPH, DE NAZARETH". NATHANAEL LUI DIT : "DE NAZARETH ? PEUT-IL SORTIR QUELQUE CHOSE DE BON ?" — " VIENS ET VOIS" LUI DIT PHILIPPE. JESUS VIT NATHANAEL QUI VENAIT À LUI ET IL DIT À SON SUJET : "VOICI UN VERITABLE ISRAELITE, UN HOMME SANS ARTIFICE. " — " D'OÙ ME CONNAIS-TU ?" LUI DIT NATHANAËL. " AVANT QUE PHILIPPE T’APPELAT, REPONDIT JESUS, QUAND TU ETAIS SOUS LE FIGUIER, JE T’AI VU. " NATHANAEL LUI REPONDIT : "RABBI, TU ES LE FILS DE DIEU, TU ES LE ROI D’ISRAEL. " JESUS REPRIT : "PARCE QUE JE T’AI DIT : JE T’AI VU SOUS LE FIGUIER, TU CROIS ; TU VERRAS MIEUX ENCORE. " ET IL AJOUTA : "EN VERITE, EN VERITE JE VOUS LE DIS, VOUS VERREZ LE CIEL OUVERT ET LES ANGES MONTER ET DES CENDRE AU-DESSUS DU FILS DE L’HOMME. "
315. L’Évangéliste expose maintenant le fruit pro duit par le disciple converti au Christ ; il en montre d’abord les débuts, puis l’achèvement par le Christ [n° 320].
Le premier sujet est traité en trois points : la nouvelle qu’annonce Philippe à Nathanaël, la réponse de celui-ci [n° 318], enfin l’invitation que lui adresse Phi lippe [n° 319].
PHILIPPE TROUVA NATHANAEL ET LUI DIT : "CELUI DONT IL EST PARLE DANS LA LO1 DE MOISE ET DANS LES PROPHETES, NOUS L’AVONS TROUVE ; C’EST JESUS, LE FILS DE JOSEPH, DE NAZARETH. "
316. Au sujet de la nouvelle annoncée à Nathanaël, remarquons que, de même qu’André parfaitement converti s’efforça d’amener son frère au Christ, de même Philippe Lui conduisit son frère Nathanaël. C’est pour quoi Jean dit : PHILIPPE TROUVA NATHANAEL, qu’il cherchait peut-être. Nathanaël signifie "don de Dieu" ; or la conversion de quelqu’un au Christ est un don de Dieu.
Philippe annonce à Nathanaël : CELUI DONT IL EST PARLE DANS LA LOI ET LES PROPHETES, NOUS L’AVONS TROUVE ; C’EST JESUS. Ces paroles montrent que Nathanaël connaissait parfaitement la Loi et que Philippe, qui le savait et qui lui-même était déjà instruit au sujet du Christ, voulut conduire Nathanaël au Christ à partir de ce que Nathanaël connaissait, c’est-à-dire la Loi et les prophètes ; aussi lui dit-il : CELUI DONT MOISE... En effet Moïse a écrit au sujet du Christ [comme Lui-même le dira] : Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez aussi en moi, car il a écrit de moi 12 De même les prophètes ont écrit au sujet du Christ — Tous les prophètes (...) Lui rendent témoignage 13.
317. Remarquons encore que Philippe dit du Christ trois choses qui sont bien conformes à la Loi et aux prophètes.
Tout d’abord son nom : NOUS AVONS TROUVE JESUS. Ce nom [qui signifie Sauveur 14] est en accord avec les dires des prophètes ; Isaïe disait en effet : Je leur enverrai un sauveur 15, et Habacuc : J’exulterai de joie en Dieu mon sauveur [mon Jésus] 16
Philippe nomme ensuite la famille d’où le Christ a tiré son origine humaine, en disant : LE FILS DE JOSEPH. En effet il est dit : On le croyait fils de Joseph Il n’est pas étonnant que Philippe nomme le Christ FILS DE JOSEPH ; car sa mère elle-même, consciente de l’Incarnation divine de son fils, l’appelait aussi fils de Joseph : Ton père et moi, tout angoissés, nous te cherchions 18. Certes, si celui qui est élevé par un autre peut s’appeler son fils, à plus forte raison Joseph pouvait-il être dit le père de Jésus bien qu’il ne fût pas son père selon la chair, car il avait élevé Jésus et, de plus, il était l’époux de la Vierge Mère. D’ailleurs, si Philippe parle ainsi, ce n’est pas qu’il veuille dire que le Christ était né de l’union de Joseph et de la Vierge, mais parce qu’il savait que le Christ devait naître de la race de David, de la maison et de la famille de qui était Joseph, dont Marie était l’épouse : Je susciterai à David un héritier juste 19.
Enfin Philippe fait mention de la patrie [de Jésus] DE NAZARETH, non parce qu’Il y était né, car ce fut à Bethléem, mais parce qu’Il y avait été élevé. Le lieu de naissance de Jésus était en effet ignoré de beaucoup ; au contraire le lieu où Il avait été élevé était connu de beaucoup. À cause de cela Philippe passe Bethléem sous silence, et nomme Nazareth. Cette précision est en harmonie avec les oracles des prophètes : Un rejeton sort de la souche de Jessé, et une fleur (ou, selon une autre leçon : un Nazaréen) pousse de ses racines 20.
12. Jean 5, 46.
13. Ac 10, 43.
14. Mt 1, 21.
15. Isaïe 19, 20.
16. Hab 3, 18 ; cf. Luc 1, 47.
17. Luc 3, 23.
18. Luc 2, 48.
19. Jérémie 23, 5.
NATHANAEL LUI DIT : "DE NAZARETH PEUT-IL SORTIR QUELQUE CHOSE DE BON ?"
318. On peut lire cette réponse soit comme une affirmation, soit comme une interrogation ; dans les deux cas cette réponse s’accorde bien avec les paroles de Philippe. En effet, si nous la lisons comme une affirmation, selon l’interprétation d’Augustin 21, le sens est alors : de Nazareth, il peut sortir quelque chose de bon ; c’est-à-dire, de la cité qui porte un tel nom, il peut se faire que surgisse pour nous la plus grande grâce, ou un docteur éminent pour nous enseigner la fleur des vertus et la pureté de la sainteté. Nazareth en effet signifie "fleur". Par là il nous est donné à entendre que Nathanaël très savant dans la Loi, avait scruté les Écritures et savait d’avance qu’il fallait attendre le Sauveur de Nazareth, ce que les autres Scribes et les Pharisiens ne reconnaissent pas facilement ; aussi, lorsque Philippe eut dit : NOUS AVONS TROUVE JESUS DE NAZARETH, [transporté d’espérance, répondit assurément, de Nazareth il peut sortir quelque chose de bon.
Mais si on lit la réponse de Nathanaël selon Chrysostome 22, comme une interrogation, le sens est alors : DE NAZARETH PEUT-IL SORTIR QUELQUE CHOSE DE BON ? Comme s’il disait : "tout le reste de tes paroles me paraît digne de foi : son nom et sa famille en effet s’accordent avec les oracles des prophètes ; mais qu’Il soit de Nazareth, comme tu l’affirmes, ne semble pas possible". Nathanaël en effet avait appris par les Écritures que le Christ devait venir de Bethléem — Et toi Bethléem, terre de Juda, tu n’es pas la moindre parmi les principales villes de Juda ; car c’est de toi que sortira le chef qui fera paître mon peuple Israël 23. Aussi Nathanaël, trouvant que l’affirmation de Philippe ne correspond pas à l’enseignement des prophètes, l’interroge avec prudence et douceur sur la vérité de son dire : DE NAZARETH PEUT-IL SORTIR QUELQUE CHOSE DE BON ?
20. Isaïe 11, 1.
21. Tract, in Ioann., 7, 16, p. 443 ; voir aussi Enarr. in Ps. 65, 4, PL 36, coI – 788-789.
"VIENS ET VOIS", LUI DIT PHILIPPE.
319. Jean rapporte ici l’invitation de Philippe à Nathanaël Cette invitation convient aux deux interprétations possibles de la réponse de Nathanaël. Si celle-ci est affirmative, en voici alors le sens : Tu affirmes que de Nazareth il peut sortir quelque chose de bon ; mais moi je dis que le bien que je t’annonce est tel, et si grand, que je suis incapable de l’exprimer ; aussi, VIENS ET VOIS. Si la réponse de Nathanaël est interrogative, le sens en est alors : Tu demandes : DE NAZARETH PEUT-IL SORTIR QUELQUE CHOSE DE BON ? VIENS ET VOIS, et tu sauras que ce que je dis est vrai.
Philippe entraîne Nathanaël vers le Christ sans être découragé par ses questions, car il sait que Nathanaël ne le contredira plus lorsqu’il aura goûté aux paroles et à l’enseignement du Christ : en cela Philippe suit l’exemple du Christ qui, à ceux qui L’interrogeaient tout à l’heure sur sa demeure, avait répondu : Venez et voyez 24. Allez à lui, dit le Psaume, et vous serez illuminés 25.
JESUS VIT NATHANAEL QUI VENAIT À LUI ET IL DIT À SON SUJET : "VOICI UN VERITABLE ISRAELITE, UN HOMME SANS ARTIFICE". — "D'OÙ ME CONNAIS-TU" LUI DIT NATHANAEL. "AVANT QUE PHILIPPE T’APPELAT, REPONDIT JESUS, QUAND TU ETAIS SOUS LE FIGUIER, JE T’AI VU". NATHA NAEL LUI REPONDIT : "RABBI, TU ES LE FILS DE DIEU, TU ES LE ROI D’ISRAEL. " JESUS REPRIT : "PARCE QUE JE T’AI DIT : JE T’AI VU SOUS LE FIGUIER, TU CROIS : TU VERRAS MIEUX ENCORE. " ET IL AJOUTA : "EN VERITE, EN VERITE JE VOUS LE DIS, VOUS VERREZ LE CIEL OUVERT ET LES ANGES MONTER ET DESCENDRE AU-DESSUS DU FILS DE L’HOMME. "
320. L’Évangéliste montre ici l’achèvement du fruit porté par la prédication de Philippe.
A ce propos il faut savoir que l’on peut se convertir au Christ de deux manières : certains sont convertis grâce à des miracles, d’autres par le moyen de la prophétie ou de la prescience d’événements futurs encore cachés.
Mais pour se convertir, les prophéties ou la prescience des choses futures sont une voie plus efficace que les miracles. En effet les démons eux-mêmes et des hommes aidés par eux peuvent faire miroiter des prodiges, mais prédire les événements futurs est le fait de la seule puissance divine — Annoncez ce qui arrivera et nous dirons que vous êtes des dieux 26. Les prophéties ne sont pas pour les infidèles, mais pour les fidèles 27, Voilà pourquoi le Seigneur attire Nathanaël à la foi non par des miracles, mais en lui annonçant à l’avance des choses cachées ; aussi dit-Il de lui : VOICI UN VERITABLE ISRAELITE, UN HOMME SANS ARTIFICE.
22. In Ioannem hom., 20, ch. 1, PG 59, col. 125.
23. Mic 5, 1 ; cf. Mt 2, 6 ; Jean 7, 42.
24. Jean 1, 39.
25. Ps 33, 6.
321. Le Seigneur révèle ici intérieurement à Nathanaël trois vérités qui lui sont cachées : celles du présent qui sont dans son cœur, puis des faits passés, enfin des réalités célestes à venir ; or connaître ces trois choses cachées est quelque chose de divin.
Assurément le Christ révèle à Nathanaël le présent caché lorsqu’Il déclare : VOICI UN VERITABLE ISRAELITE, UN HOMME SANS ARTIFICE. À ce sujet, l’Évangéliste expose en premier lieu l’annonce du Christ ; ensuite la question de Nathanaël [n° 324] : D'OÙ ME CONNAIS-TU ?
322. L’Évangéliste dit en effet : JESUS VIT NATHANAEL QUI VENAIT À LUI, comme pour dire : avant que Nathanaël ne fût arrivé jusqu’à Lui, Jésus avait dit à son sujet : VOICI UN VERITABLE ISRAELITE, UN HOMME SANS ARTIFICE. Jésus a dit cela de Nathanaël avant que celui-ci ne soit auprès de Lui, car s’Il avait dit ces paroles après son arrivée, Nathanaël aurait pu croire que Jésus avait appris cela de Philippe.
Au sujet des paroles de Jésus : VOICI UN VERITABLE ISRAELITE, notons qu’"Israël" peut s’interpréter de deux manières. Il peut signifier "très droit". [nous lisons en effet dans Isaïe] : Ne crains pas, mon serviteur, toi le très droit que j’ai choisi 28 ; or la Glose dit ici que "très droit" est le sens du [mot hébreu] Israël. D’autre part, "Israël" peut signifier" l’homme qui voit Dieu". Or, selon ces deux acceptions d’"Israël", Nathanaël est UN VERITABLE ISRAELITE ; en effet on qualifie d’homme droit celui qui est sans artifice, et c’est pour cela que le Seigneur dit : VOICI UN VERITABLE ISRAELITE, UN HOMME SANS ARTIFICE, comme pour dire : tu représentes véritablement ta race, parce que tu es droit et sans artifice. D’autre part, c’est par la pureté et la simplicité que l’homme voit Dieu ; aussi Jésus dit-Il : VOICI UN VERITABLE ISRAELITE, c’est-à-dire : tu es un homme qui voit Dieu véritablement, parce que tu es simple et sans artifice. Jésus dit encore UN HOMME SANS ARTIFICE pour qu’on ne croie pas que Nathanaël ait dit avec une mauvaise intention sur un ton interrogatif : DE NAZARETH PEUT-IL SORTIR QUELQUE CHOSE DE BON ?
26. Isaïe 41, 23.
27. 1 Corinthiens 14, 22.
323. Augustin 29 explique autrement les paroles de Jésus. Manifestement, tous naissent dans le péché ; et on dit pleins d’artifice ceux qui cachent le péché dans leur cœur et qui extérieurement feignent d’être justes ; mais celui qui est pécheur et le confesse est exempt d’artifice. Si donc Jésus a dit : VOICI UN VERITABLE ISRAELITE, UN HOMME SANS ARTIFICE, ce n’est pas que Nathanaël n’eût pas de péché, ni que le médecin ne lui fût nécessaire, car personne en effet n’est né tel qu’il n’ait besoin d’aucun médecin ; mais ce que le Christ loua en lui, ce fut l’aveu du péché.
28. Isaïe 44, 2.
29. Tract, in Jo. 7, 18, pp. 447-449.
324. L’Évangéliste rapporte ensuite l’interrogation de Nathanaël : D'OÙ ME CONNAIS-TU ? Nathanaël reconnaît avec étonnement la puissance de Dieu dans la manifestation des choses cachées, car c’est bien le fait de Dieu seul — Pervers est le cœur de l’homme et insondable. Qui peut le pénétrer ? Moi, le Seigneur, je scrute le cœur et je sonde les reins 30 ; L’homme ne voit que l’apparence, mais Dieu pénètre le cœur 31. C’est pourquoi Nathanaël demande : D'OÙ ME CONNAIS-TU ? Ces paroles font valoir son humilité car, malgré la louange du Seigneur, il ne s’est pas enorgueilli ; il a plutôt tenu pour suspecte la louange qu’on lui adresse ; [C'est dans ce sens que le Seigneur parle par la bouche du prophète] : Mon peuple, ceux qui te disent heureux te séduisent 32.
325. Jean expose maintenant le dévoilement des faits passés en l’absence de Jésus : AVANT QUE PHILIPPE T’APPELÂT, QUAND TU ETAIS SOUS LE FIGUIER, JE T’AI VU ; puis la confession de Nathanaël : NATHANAEL LUI REPONDIT : "RABBI, TU ES LE FILS DE DIEU, TU ES LE ROI D’ISRAEL".
326. Concernant le premier point, il faut savoir que Nathanaël pouvait avoir deux soupçons au sujet du Christ : l’un, que le Christ aurait dit ces paroles : VOICI UN VERITABLE ISRAELITE, UN HOMME SANS ARTIFICE, dans l’intention de le flatter ; l’autre, que Jésus aurait connu antérieurement par un autre qu’il était un homme sans artifice. Pour écarter tout soupçon et élever son esprit à des réalités plus hautes, Jésus lui manifeste des faits cachés que nul n’aurait pu savoir si ce n’est divinement, c’est-à-dire ce qui venait juste de lui arriver.
Et voici ce qu’Il dit : AVANT QUE PHILIPPE T’APPELAT, QUAND TU ETAIS SOUS LE FIGUIER, JE T’AI VU. En effet, au sens littéral, Nathanaël était sous un figuier quand il fut appelé par Philippe et le Christ l’avait su par sa puissance divine — car Les yeux du Seigneur sont infiniment plus lumineux que le soleil 33.
Au sens mystique, le figuier représente le péché : soit parce que nous voyons en Matthieu que le figuier maudit ne portait que des feuilles et pas de fruits 34, ce qui eut lieu pour figurer le péché ; soit encore parce que, lorsqu’Adam et Eve eurent péché, ils se firent des ceintures de feuilles de figuier 35.
Aussi Jésus dit-Il à Nathanaël : QUAND TU ETAIS SOUS LE FIGUIER, c’est-à-dire à l’ombre du péché, avant d’avoir été appelé à la grâce, JE T’AI VU, c’est-à-dire des yeux de la miséricorde ; car la prédestination de Dieu à l’égard des hommes demeure même quand ils sont dans le péché — Dieu le Père (...) nous a élus [dans le Christ] avant la fondation du monde, (...) nous ayant prédestinés à être pour Lui des fils adoptifs par Jésus-Christ 36.
C’est de ce regard que Jésus parle ici : JE T’AI VU, c’est-à-dire en te prédestinant de toute éternité. Ou bien, selon Grégoire 37. QUAND TU E TAIS SOUS LE FIGUIER, c’est-à-dire à l’ombre de la Loi, je t’ai vu, car la Loi n’a que l’ombre des biens à venir 38.
30. Jérémie 17, 9-10.
31. 1 Sam 16, 7.
32. Isaïe 3, 12.
327. Aussitôt converti par les paroles du Christ et reconnaissant en Lui la puissance divine, Nathanaël proclame sa foi et sa louange : RABBI, TU ES LE FILS DE DIEU. Ce faisant, il reconnaît dans le Christ trois choses. D’abord la plénitude de sa science, lorsqu’il l’appelle RABBI (ce qui veut dire Maître), comme pour dire : tu possèdes la perfection de toute science. Déjà Nathanaël pressentait ce que dirait le Seigneur : Vous n’avez qu’un Maître, le Christ 39.
Ensuite l’excellence de la grâce qui est propre au Christ : TU ES LE FILS DE DIEU. Car ce n’est que par grâce qu’un homme est fils adoptif de Dieu ; et même, être Fils de Dieu par l’union [hypostatique], ce qui est propre à l’homme-Christ, se réalise encore par la grâce : en effet, ce n’est pas par des mérites antérieurs mais par la grâce de l’union que cet homme est Fils de Dieu.
Enfin l’immensité de la puissance du Christ : TU ES LE ROI D’ISRAEL, c’est-à-dire Celui qu’attendait Israël comme roi et défenseur — Sa puissance, dit Daniel, est une puissance éternelle 40.
33. Sir 23, 28 (LXX 23, 19).
34. Mt 21, 18-19.
35. Cf. Gn 3, 7. Voir SAINT AUGUSTIN, Tract. in J 7, 21, p. 453.
36. Eph 1, 4.
37. Moralium lib., 18, eh. PL 76, col. 70 C-D.
38. He 10, 1.
328. À ce propos, Chrysostome 41 se pose une question : Pierre, qui avait vu beaucoup de miracles, entendu de nombreux enseignements, fit sur le Christ la même confession de foi que fit ici Nathanaël : TU ES LE FILS DE DIEU, et pour cela il mérita d’être proclamé bien heureux par le Seigneur : Bienheureux es-tu, Simon fils de Jonas... 42. Pourquoi alors Nathanaël, qui avait parlé de même sans avoir vu de signes ni reçu d’enseignement, ne fut-il pas proclamé bienheureux ?
C’est que, répond Chrysostome, Nathanaël et Pierre avaient bien prononcé les mêmes paroles, mais sans que leur intention fût la même. Pierre confessa que le Christ était le vrai Fils de Dieu par nature, c’est-à-dire qu’Il était homme de telle manière que cependant Il était vrai Dieu ; tandis que Nathanaël confessa que Jésus est fils de Dieu par adoption, d’après ce Psaume : J’ai dit : Vous êtes des dieux, et tous des fils du Très-Haut 43. Les paroles que prononce ensuite Nathanaël le montrent clairement. Si en effet il avait compris que Jésus était Fils de Dieu par nature, il n’aurait pas conclu seulement TU ES LE ROI D’ISRAEL, mais : "Tu es le Roi de tout l’univers". Cela apparaît nettement aussi dans le fait que le Christ n’ajouta rien à la foi de Pierre, à cause de sa perfection, mais au contraire dit qu’Il bâtirait son Église sur sa confession de foi. Tandis qu’à celle de Nathanaël, il manquait le plus important ; aussi Jésus l’élève-t-Il à des vérités plus grandes, c’est-à-dire à la connaissance de sa divinité.
39. Mt 23, 10.
40. Dan 7, 14.
41. In Ioannem hom., 21, ch. 1, PG 59, col. 127-128.
42. Mt 16, 17.
329. Voilà pourquoi Jésus déclare : TU VERRAS MIEUX ENCORE. Jésus révèle ici intérieurement à Nathanaël des réalités futures, comme s’Il disait : parce que je t’ai révélé des événements passés, tu me crois fils de Dieu par adoption et roi d’Israël seulement ; mais je te mènerai à une connaissance plus grande, et alors tu croiras que je suis par nature le Fils de Dieu et le Roi de tous les siècles.
Aussi Jésus ajoute-t-Il : EN VERITE, EN VERITE JE VOUS LE DIS, VOUS VERREZ LE CIEL OUVERT ET LES ANGES DE DIEU MONTER ET DESCENDRE AU-DESSUS DU FILS DE L’HOMME. Par ces paroles, le Seigneur, selon Chrysostome 44, veut prouver qu’Il est vrai Fils de Dieu et Dieu Lui-même ; c’est en effet le propre des anges de servir le Seigneur et de Lui être soumis — Bénissez le Seigneur, vous tous ses anges, ses ministres, qui accomplissez sa volonté 45. C’est comme si le Seigneur disait : Lors donc que vous verrez les anges me servir, vous serez certains que je suis le vrai Fils de Dieu. [L'épître aux Hébreux dira :] Lorsqu’il introduit le Premier-né dans le monde, Dieu dit : "Que tous les anges de Dieu L’adorent" 46.
43. Ps 81, 6.
44. In Ioannem hom., 21, ch. 1, PG 59, col. 129.
45. Ps 102, 20.
330. Mais quand les Apôtres virent-ils cela ? Ils le virent dans sa passion, quand un ange du Seigneur fut présent auprès de Lui, qui Le réconfortait 47. De nouveau à la Résurrection, lorsque les Apôtres trouvèrent deux anges qui se tenaient sur le sépulcre 48. Enfin, à l’Ascension, quand les anges dirent aux Apôtres : Hommes de Galilée, que restez-vous là à regarder le ciel ? Ce Jésus, qui du milieu de vous a été enlevé au ciel, en reviendra de la même manière que vous L’avez vu monter 49.
331. Et parce qu’au sujet des événements passés Jésus avait déjà dit la vérité, ce qu’Il annonce à Nathanaël de l’avenir en disant VOUS VERREZ LE CIEL OUVERT, lui paraît plus croyable. En effet, si quelqu’un a manifesté des faits cachés du passé, c’est une preuve évidente de la vérité de ce qu’il dit au sujet des événements futurs.
Le Seigneur dit : VOUS VERREZ (...) LES ANGES MONTER ET DESCENDRE AU-DESSUS DU FILS DE L’HOMME. En effet, bien que, selon la chair mortelle, Il soit un peu au-dessous des anges 50 — et c’est pourquoi en tant qu’Il est le FILS DE L’HOMME, les anges MONTENT ET DESCENDENT AU-DESSUS DE LUI —, cependant, en tant qu’Il est le Fils de Dieu, Il est Lui-même au-dessus des anges, comme on l’a déjà dit.
332. Selon Augustin 51, le Christ manifeste sa divinité par les paroles précédentes de façon très heureuse.
On lit en effet dans la Genèse que Jacob vit une échelle (...) et des anges monter et descendre 52. Comprenant ce qu’il avait vu, Jacob se leva, oignit d’huile la pierre sur laquelle reposait sa tête et dit : En vérité le Seigneur est en ce lieu 53. Cette pierre que les bâtisseurs ont rejetée, c’est le Christ 54 ; elle est ointe de l’huile invisible du Saint-Esprit ; mais elle est dressée comme une stèle 55, car elle devait être le fondement de l'Église, ainsi que le dit l’Apôtre : Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, à savoir Jésus-Christ 56. Les anges cependant montent et descendent au-dessus de Lui en tant qu’ils Lui sont présents pour faire sa volonté et Le servir. Jésus affirme donc : EN VERITE, EN VERITE JE VOUS LE DIS, VOUS VERREZ LE CIEL OUVERT..., comme pour dire : Nathanaël, parce que tu es un véritable Israélite, sois donc attentif à ce qu’Israël 57 a vu, afin de croire que je suis Celui que pré figure la pierre ointe par Jacob ; en effet, toi aussi tu verras au-dessus d’elle monter et descendre les anges.
46. He 1, 6.
47. Luc 22, 43.
48. Cf. Luc 24, 4 ; Jean 20, 12 ; Mt 28, 2.
49. Ac 1, 11.
50. He 2, 7 citant Ps 8, 6.
51. Sermo. supposit., 11, ch. 2, PL 39, col. 1761.
333. Selon Augustin 58, les anges sont les prédicateurs prêchant le Christ — Allez, messagers rapides, vers le peuple renversé et déchiré 59.
Or les prédicateurs montent par la contemplation, comme Paul était monté jusqu’au troisième ciel 60, et descendent pour instruire les peuples sur LE FILS DE L’HOMME, c’est-à-dire pour l’honneur du Christ, car, comme le dit l’Apôtre : Ce n’est pas nous-mêmes que nous prêchons, mais le Christ Jésus notre Seigneur 61.
Or, pour permettre [aux anges] de monter et de descendre, le ciel a été ouvert, car il faut que la grâce céleste soit donnée aux prédicateurs pour qu’ils montent et qu’ils descendent — Les cieux se fondirent devant Dieu (...) Tu fis tomber une pluie bienfaisante, ô Dieu ! 62— Je vis (...) le ciel ouvert, dit Jean 63.
334. La raison pourquoi Nathanaël ne fut pas choisi comme Apôtre après une telle confession de foi, c’est que le Christ ne voulut pas que la conversion du monde à la foi fût attribuée à la sagesse humaine, mais à la seule puissance de Dieu. C’est pour cela qu’Il ne voulut pas choisir comme Apôtre Nathanaël, qui était très versé dans la Loi, mais qu’Il choisit des gens simples et incultes — Il n’y a pas beaucoup de sages (...) mais ce que le monde tient pour insensé, Dieu l’a choisi 64.
Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée, et la Mère de Jésus y était. 2 aussi fut invité à ces noces, ainsi que ses disciples. 3 vin venant à manquer, la Mère de Jésus Lui dit : "Ils n’ont plus de vin". 4 lui répondit : "Femme, qu’y a-t-il entre toi et moi ? Mon heure n’est pas encore venue". 5 Mère dit aux serviteurs : "Faites tout ce qu’Il vous dira". 6 Or il y avait là six urnes de pierre destinées aux purifications des Juifs, et contenant chacune deux ou trois mesures. ’ Jésus dit aux serviteurs : "Remplissez d’eau ces urnes". Ils les remplirent jusqu’au bord. 8" Puisez maintenant, leur dit-Il, et portez-en à l’intendant du festin". Ils en portèrent. 9 l’intendant eut goûté l’eau changée en vin (il ne savait pas d’où cela venait, mais les serviteurs le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau), il appelle l’époux'°et lui dit : "Tout le monde sert d’abord le bon vin, et quand les gens sont enivrés, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jus qu’à présent". 11 Tel fut le premier des signes de Jésus ; Il le fit à Cana de Galilée. Ainsi Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en Lui. 12 Après cela, Il descendit à Capharnaüm avec sa Mère, ses frères et ses disciples, et ils n’y restèrent que peu de jours. Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem. 14 Il trouva dans le Temple des gens qui vendaient des bœufs, des brebis et des colombes, et les changeurs assis. 15 Et se faisant un fouet avec des cordes, Il les chassa du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; Il jeta par terre la monnaie des changeurs et renversa leurs tables. 16 Et Il dit à ceux qui vendaient des colombes : "Enlevez cela d’ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic". Ses disciples se souvinrent qu’il est écrit : Le zèle de ta maison me dévorera. 18 Les Juifs répliquèrent donc et dirent à Jésus : "Quel signe nous montres-tu pour agir ainsi ?" 19 répondit et leur dit : "Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai'". 20 Les Juifs Lui dirent alors : "On a mis quarante-six ans pour bâtir ce Temple et toi, en trois jours tu le relèverais !" 21 Mais Lui parlait du Temple de son corps. Lors donc qu’Il fut ressuscité d’entre les morts, ses disciples se souvinrent qu’Il avait dit cela, et ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite. Comme Il était à Jérusalem pour la Pâque pendant la fête, beaucoup crurent en son nom, en voyant les signes qu’Il accomplissait. Mais Jésus, Lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’Il les connaissait tous et qu’Il n’avait pas besoin qu’on Lui rendît témoignage au sujet de l’homme : car Il savait, Lui, ce qu’il y a dans l’homme.
335. Plus haut l’Évangéliste a montré de différentes manières la dignité du Verbe incarné et l’évidence de sa manifestation. Ici, il commence à préciser les effets et les œuvres qui manifestèrent au monde la divinité du Verbe incarné. Il rapporte d’abord ce que le Christ a fait en ce monde, en y vivant, pour manifester sa divinité [ch. 2 au ch. 11] ; puis il expose comment Il l’a manifestée en mourant [ch. 12 au ch. 19].
En ce qui concerne les effets et les œuvres accomplis par le Christ pendant sa vie, Jean montre la divinité du Christ premièrement dans le pouvoir souverain qu’Il a exercé sur la nature [2], et ensuite par les effets de sa grâce [ch. 3 au eh. 11].
En changeant la nature, le Christ nous révéla son pouvoir souverain sur elle, et de ce changement Il fit un signe pour confirmer ses disciples dans la foi [l’objet de la présente leçon] et pour amener les foules à croire [n° 2, 12-25].
Le changement de la nature destiné à affermir la foi de ses disciples fut accompli au cours des noces où Jésus changea l’eau en vin ; Jean y parle d’abord des noces [n° 336], puis de ceux qui y étaient présents [n° 339] ; enfin il décrit le miracle même que Jésus y accomplit [n° 344].
[la-b] LE TROISIEME JOUR, IL Y EUT DES NOCES À CANA DE GALILEE.
336. L’Évangéliste commence ici une description des noces. D’abord quant au temps : LE TROISIEME JOUR, IL Y EUT DES NOCES, c’est-à-dire le troisième jour après les événements qu’il vient de raconter au sujet de la vocation des disciples de Jean. En effet le Christ, après avoir été manifesté par le témoignage de Jean-Baptiste, voulut aussi se manifester Lui-même. Puis quant au lieu : À CANA DE GALILEE, la Galilée étant une province, et Cana un bourg de cette province.
[la] LE TROISIEME JOUR, IL Y EUT DES NOCES
337. Concernant le sens littéral, il faut savoir qu’il y a deux opinions sur la durée de la prédication du Christ. Certains disent que depuis le baptême du Christ jusqu’à sa passion, deux ans et demi s’écoulèrent ; et, d’après eux, ce qu’on lit ici au sujet des noces se passa l’année même de son baptême. Mais ils ont contre eux la sentence et l’usage de l’Église, puisqu’en la fête de l'Épiphanie on commémore trois événements admirables : celui de l’adoration des Mages qui eut lieu l’année même de la naissance du Seigneur, le baptême qui eut lieu ce même jour, mais trente ans plus tard, et les noces célébrées en ce même jour, un an après.
Il s’ensuit qu’une année au moins s’écoula entre le baptême et les noces. Les Évangiles ne nous rapportent des actions du Seigneur durant cette année que son jeûne dans le désert et la tentation par le diable 1, ainsi que ce que Jean rapporte ici du témoignage du Baptiste et de la conversion des disciples 2 À partir de ces noces, Jésus commença à prêcher en public et à accomplir des miracles jusqu’à la passion ; et ainsi sa prédication publique dura deux ans et demi.
1. Mt 4, 1-11.
2. Jean 1, 35-51.
338. Au sens mystique, les noces signifient l’union du Christ et de l’Église — C’est là un grand mystère, je l’entends du Christ et de l’Église 3. À la vérité, ces épousailles eurent leur commencement dans le sein de la Vierge 4, lorsque Dieu le Père unit la nature humaine à son Fils dans l’unité de la personne, en sorte que le lit nuptial de cette union — Dans le soleil, il dressa sa tente 5 — fut ce sein virginal. De ces noces il est dit : Le Royaume des cieux ressemble à un roi qui fit les noces de son fils 6, ce qui se réalisa à l’heure où Dieu le Père a uni à son Verbe la nature humaine dans le sein virginal. Ce mariage fut rendu public lorsque l’Église s’est unie au Verbe par la foi — Je t’épouserai dans la foi [dit le Seigneur] 7.
De ces noces, l’Écriture dit : Elles sont venues les noces de l’Agneau, et son épouse s’y est préparée 8. Et ces épousailles seront consommées lorsque l’épouse, c’est-à-dire l’Église, sera introduite dans le lit nuptial de l’Époux, dans la gloire céleste : Heureux ceux qui ont été appelés au repas des noces de l’Agneau 9.
Le fait que ces noces eurent lieu le troisième jour n’est pas sans signification. Le premier jour est en effet le temps de la loi naturelle, le second celui de la Loi écrite ; quant au troisième, c’est le temps de la grâce où le Seigneur né dans la chair célébra ses noces — Après deux jours, Il nous rendra la vie ; le troisième jour Il nous relèvera et nous vivrons en sa présence 10.
3. Eph 5, 32.
4. Cf. SAINT AUGUSTIN, Tract. in Jo., 8, 4, BA 71, pp. 475-477.
5. Ps 18, 5.
6. Mt 22, 2.
7. Os 2, 22.
8. Ap 19, 7.
9. Ap 19, 9.
[lb] À CANA DE GALILEE
Le lieu convient au mystère de ces noces : en effet Cana a [en hébreu] le sens de "ferveur, zèle" 11 et Galilée le sens de "passage" 12. Ces noces se célèbrent donc dans la ferveur d’un passage ; c’est pour nous avertir que les plus dignes de l’union au Christ sont ceux qui, brûlant du zèle d’une appartenance filiale et sans réserve, passent de l’état de péché à la grâce — Venez à moi, vous tous qui me désirez, et de mes fruits rassasiez-vous 13 — et de la mort à la vie, c’est-à-dire de l’état de mortalité et de misère à celui d’immortalité et de gloire — Voici que je fais toutes choses nouvelles 14.
II
ET LA MERE DE JESUS Y ETAIT. JESUS AUSSI FUT INVITE À CES NOCES, AINSI QUE SES DISCIPLES.
339. L’Évangéliste décrit ensuite les personnes invitées à ces noces, c’est-à-dire la Mère de Jésus [n° 340], Jésus Lui-même [n° 341] et ses disciples [n° 342].
10. Os 6, 2.
11. En latin zelus. On sait en effet que qannâ signifie en hébreu" zélé". Cf. Ex 20, 5 ; JOSÈPHE, Bell. jud. IV, 3, 9 ; Ga 1, 14. Voir F. VIGounoux, Dict. de la Bible, Paris 1899.
12. En latin transmigratio. La racine hébraïque gâlil, qui signifie" ce qui est rond, ce qui tourne" et, par extension, "circonscription, région", provient elle-même d’une racine plus primitive, gâlâh, qui signifie" émigrer, être emmene en captivité, être exilé" (cf. Isaïe 8, 23 ; Jos 20, 7 ; 1 Rs 9, 11). D’où l’interprétation de transmigratio que donne ici saint Thomas.
13. Sir 24, 26 (LXX 24, 19).
14. Ap 21, 5.
340. Jean commence en effet par dire : ET LA MERE DE JESUS Y ETAIT. Il la mentionne la première, pour montrer que Jésus était encore inconnu et qu’Il n’avait pas été invité aux noces comme une personne insigne mais uniquement en raison de certaines relations amicales, comme une personne de connaissance, mais une parmi d’autres. Comme on avait invité la Mère, on invita aussi le Fils.
341. Le Christ voulut prendre part aux noces, d’abord pour nous donner un exemple d’humilité : car II n’avait pas égard à sa propre dignité. Au contraire, comme le dit Chrysostome 15, Celui qui n’a pas dédaigné de prendre la condition de serviteur, ne dédaigna pas de venir aux noces de ses serviteurs.
C’est pourquoi Augustin 16 dit : "Que l’homme rougisse d’être orgueilleux, puisque Dieu s’est fait humble". Parmi tous les autres actes d’humilité que le Fils de la Vierge a accomplis, Il vint aux noces, Lui qui, auprès de son Père, institua les noces dans le paradis. Au sujet de cet exemple il est dit : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur 17. Ensuite, le Christ voulut empêcher l’erreur de ceux qui condamnent les noces puisque, comme le dit Bède, 18 "si dans une union sans tache et des noces célébrées avec la chasteté requise il y avait péché, le Seigneur n’aurait voulu s’y rendre en aucune manière". Aussi, par le fait même qu’Il s’y est rendu, Il donne à entendre qu’on doit réprouver l’erreur perfide de ceux qui dénigrent le mariage — La femme qui se marie ne pèche pas 19.
15. In Ioannem hom., 21, ch. 1, PG 59, col. 129.
16. Sermo, supposit, 92, ch. 1, PL 39, coI – 1922.
17. Mt 11, 29.
18. Hornjjja XIII in Dom. secund. post Epiphan., PL 94, col. 19. 1 Corinthiens 7, 28 et 36.
342. Au sujet des disciples, Jean dit : AINSI QUE SES DISCIPLES. Ceux-ci furent également invités.
343. Au sens mystique, [il faut comprendre qu’]aux noces spirituelles la Mère de Jésus, la Vierge bienheureuse, est présente en qualité de conseillère des noces, car c’est par son intercession que nous sommes unis au Christ par la grâce — En moi est toute espérance de vie et de force 20. Le Christ, Lui, y est présent en tant que véritable Époux de l’âme, comme le dit Jean-Baptiste : Celui qui a l’épouse est l’époux 21. Quant aux disciples, ils sont là en qualité de compagnons des noces, pour unir l'Église au Christ, comme le dit l’un d’entre eux : Je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ 22.
20. Sir 24, 25.
21. Jean 3, 29.
22. 2 Co 11, 2.
III
LE VIN VENANT À MANQUER, LA MERE DE JESUS LUI DIT : "ILS N’ONT PLUS DE VIN. " JESUS LUI REPONDIT : "FEMME, QU’Y A-T-IL ENTRE TOI ET MOI ? MON HEURE N’EST PAS ENCORE VENUE. " SA MERE DIT AUX SERVITEURS : "FAITES TOUT CE QU’IL VOUS DIRA. " OR IL Y AVAIT LA SIX URNES DE PIERRE DES TINEES AUX PURIFICATIONS DES JUIFS, ET CONTE NANT CHACUNE DEUX OU TROIS MESURES. JESUS DIT AUX SERVITEURS : "REMPLISSEZ D’EAU CES URNES. " ILS LES REMPLIRENT JUSQU’AU BORD. " PUISEZ MAINTENANT, LEUR DIT-IL, ET PORTEZ-EN À L’INTENDANT DU FESTIN. " ILS EN PORTERENT. QUAND L’INTENDANT EUT GOUTE L’EAU CHANGEE EN VIN (IL NE SAVAIT PAS D'OÙ CELA VENAIT, MAIS LES SERVITEURS LE SAVAIENT BIEN, EUX QUI AVAIENT PUISE L’EAU), IL APPELLE L’EPOUX ET LUI DIT : "TOUT LE MONDE SERT D’ABORD LE BON VIN, ET QUAND LES GENS SONT ENIVRES, LE MOINS BON. TOI, TU AS GARDE LE BON VIN JUS QU’A PRESENT. " TEL FUT LE PREMIER DES SIGNES DE JESUS ; IL LE FIT À CANA DE GALILEE. AINSI IL MANI FESTA SA GLOIRE, ET SES DISCIPLES CRURENT EN LUI –
344. Et parce que dans ces noces considérées dans leur fait historique, une part du miracle revient à la Mère du Christ, une autre part au Christ et une autre part encore aux disciples, l'Évangéliste montre ici ce qui revient à la Mère du Christ, au Christ et aux disciples. À la Mère revient le soin de solliciter le miracle [n° 345], au Christ de l’accomplir [n° 355], aux disciples de l’attester [n° 364].
LE VIN VENANT À MANQUER, LA MERE DE JESUS LUI DIT : "ILS N’ONT PLUS DE VIN".
La Mère du Christ a, dans le miracle, le rôle de médiatrice ; c’est pourquoi elle accomplit deux choses : elle adresse en premier lieu une demande pressante à son Fils, puis elle donne des instructions aux serviteurs [n° 354].
L’Évangéliste rapporte la demande de la mère, puis la réponse du Fils [n° 348].
345. Dans la demande pressante de la Mère, remarquons d’abord sa bonté et sa miséricorde. Il appartient en effet à la miséricorde de regarder comme sienne l’indigence d’autrui : on appelle miséricordieux celui dont le cœur s’afflige du malheur d’autrui — Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui vient à tomber, qu’un feu ne me brûle ? [Paul]. Aussi, parce qu’elle était remplie de miséricorde, la bienheureuse Vierge voulut-elle subvenir à l’indigence des autres, ce que l’Évangéliste exprime ainsi : LE VIN VENANT À MANQUER, LA MERE DE JESUS LUI DIT : "ILS N’ONT PLUS DE VIN."
Considérons ensuite son amour respectueux à l’égard du Christ. Dans l’amour respectueux que nous avons envers Dieu, il nous faut simplement Lui présenter notre indigence, suivant ce verset : Seigneur, tout mon désir est devant toi 24. De quelle manière Dieu nous viendra en aide, il ne nous appartient pas de chercher à le savoir, car, comme le dit l’Apôtre, nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières 25. C’est pourquoi la Mère de Jésus présenta uniquement au Christ l’indigence des autres en disant : ILS N’ONT PLUS DE VIN.
Notons enfin la sollicitude et le zèle aimant de la Vierge : car elle n’attendit pas pour intervenir que la nécessité fût extrême, mais elle le fit LE VIN VENANT À MANQUER, c’est-à-dire comme il commençait à manquer [imitant Dieu dont il est dit :] Le Seigneur vient au secours du pauvre dans ses nécessités et au temps de l’affliction 26.
346. Chrysostome 27 se pose cette question : pour quoi la Vierge n’a-t-elle pas incité le Christ à accomplir des miracles avant [ce moment] ? En effet elle avait été instruite par l’Ange de sa puissance, et les nombreuses choses qu’elle avait vu s’accomplir à son sujet lui en donnèrent la confirmation, car elle gardait toutes ces choses et les méditait dans son cœur 28. La raison en est que Jésus s’était comporté jusque-là comme un homme au milieu des autres : aussi, parce qu’elle n’avait pas jugé le moment opportun, la Vierge avait-elle différé. Mais à présent, après le témoignage de Jean, après la conversion des disciples, elle invite avec confiance le Christ à opérer des miracles, représentant en cela la synagogue, qui est la mère du Christ 29 – les Juifs ont l’habitude, en effet, de demander des miracles, comme le dit Paul : Les Juifs demandent des signes 30.
23. 2 Co 11, 29.
24. Ps 37, 10.
25. Ro 8, 26.
26. Ps 9, 10.
27. In Ioannem hom., 21, ch. 2, PG 59, col. 130.
347. La Mère de Jésus Lui dit donc : ILS N’ONT PLUS DE VIN. Ici, nous devons savoir qu’avant l’Incarnation du Christ, trois sortes de vin manquaient : le vin de la justice, celui de la sagesse et celui de la charité ou de la grâce. Le vin en effet est âpre, et c’est à ce titre que la justice est appelée vin. Le bon Samaritain versa du vin et de l’huile sur les plaies du blessé 31 c’est-à-dire la sévérité de la justice mêlée à la douceur de la miséricorde — Seigneur, tu nous as fait boire un vin de larmes 32. Le vin, d’autre part, réjouit le cœur de l’homme 33. C’est en cela que la sagesse est vin, car sa méditation apporte la joie la plus vive — Sa société ne cause aucune amertume, ni son commerce aucun ennui, mais le contentement et la joie 34. De même le vin enivre — Amis, buvez, enivrez-vous, mes bien-aimés ; pour cette raison, on dit de la charité qu’elle est un vin — J’ai bu mon vin avec mon lait 35. Et la charité est encore dite "Vin" en raison de l'ardeur de la ferveur que celui-ci apporte – Le vin ait s'épanouir les vierges 36.
Certes le vin de la justice manquait dans l’Ancienne Loi, sous laquelle la justice était imparfaite : mais le Christ l’a rendue parfaite, Lui qui a dit : Si votre justice ne surpasse pas celle des Scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux 37. Le vin de la sagesse manquait aussi car elle était cachée et figurative : puisque, comme le dit l’Apôtre [au sujet des Juifs] : Tout leur arrivait en figure 38. Mais le Christ l’a rendue manifeste, car Il les enseignait en homme qui a autorité 39. Enfin le vin de la charité faisait aussi défaut, car [les Juifs] avaient reçu un esprit de servitude qui les laissait dans la crainte ; mais le Christ changea l’eau de la crainte en vin de la charité, puisqu’Il nous donna un esprit d’adoption filiale qui nous fait crier : Abba, Père 40 et que la charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné 41.
28. Luc 2, 19.
29. Voir Préface, note 106.
30. 1 Corinthiens 1, 22.
31. Luc 10, 34.
32. Ps 59, 5.
33. Ps 103, 15.
34. Sag 8, 16.
35. Cant 5, 1.
FEMME, QU’Y A-T-IL ENTRE TOI ET MOI ? MON HEURE N’EST PAS ENCORE VENUE.
348. L’Évangéliste rapporte ici la réponse du Christ à Marie. On a pris occasion de cette réponse pour tomber dans trois hérésies.
349. Les Manichéens 42 disent que le Christ n’a pas eu un corps véritable mais imaginaire. Valentin 43, lui, affirme que le Christ avait assumé un corps céleste, en prétendant que, corporellement, Il ne devait rien à la Vierge. Il tire argument, pour son erreur, de la réponse de Jésus à Marie : FEMME, QU’Y A-T-IL ENTRE TOI ET MOI ? comme si le Christ disait : Je n’ai rien reçu de toi.
Mais les Manichéens et Valentin ont contre eux l’autorité de l’Écriture sainte. L’Apôtre dit en effet : Dieu envoya son Fils, né d’une femme 44 ; or il ne pouvait dire né d’une femme que si le Christ avait reçu d’elle quelque chose.
Augustin 45, de son côté, réfute leurs arguments en disant : Comment savez-vous que le Seigneur a dit : FEMME, QU’Y A-T-IL ENTRE TOI ET MOI ? Vous répondez que c’est l’Évangéliste qui nous le rapporte. Or ce même Évangéliste dit aussi de la Vierge qu’elle était la MERE DE JESUS. Si donc vous vous fiez à Jean lorsqu’il rapporte que Jésus a dit à sa Mère : FEMME, QU’Y A-T-IL ENTRE TOI ET MOI ?, croyez-le encore lorsqu’il vous dit : ET LA MERE DE JESUS Y ETAIT.
36. Zach 9, 17.
37. Mt 5, 20.
38. 1 Corinthiens 10, 11.
39. Mt 7, 29.
40. Ro 8, 15.
41. Ro 5, 5.
42. Voir ci-dessus n° 81, note 22.
43. Voir ci-dessus n° 80, note 20.
350. Ebion 46, lui, prétend que le Christ a été conçu d’une semence virile ; quant à Elvidius, il affirme que la Vierge ne demeura pas vierge après l’enfantement ; tous deux fondent leur erreur sur le mot "femme" employé par Jésus, qui leur paraît impliquer la corruption.
Or cela est inexact, puisque le mot "femme" est parfois employé dans la Sainte Écriture pour désigner uniquement le sexe féminin [par exemple dans ce texte] Lorsque vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme 47. On le voit encore manifestement d’après ces paroles adressées à Dieu par Adam au sujet d’Eve : La femme que tu m’as donnée pour compagne m’a donné du fruit de l’arbre et j’en ai mangé 48 – car il est évident que, se trouvant encore au paradis, où Adam ne l’avait pas connue, Eve était restée vierge jus qu’alors. C’est pourquoi ici l’appellation de "femme" n’implique pas la corruption, mais désigne le sexe féminin.
44. Ga 4, 4.
45. Tract. in Jo., 8, 7, BA 71, p. 487.
46. Voir ci-dessus n° 10, note 29.
47. Ga 4, 4.
351. Les Priscillianistes 49 eux aussi ont pris occasion de ces paroles du Christ : MON HEURE N’EST PAS ENCORE VENUE, pour tomber dans l’erreur. Ils affirment que tout arrive selon le destin : les actions des hommes, même celles du Christ, sont soumises à des heures déterminées ; c’est pour cette raison que Jésus aurait dit : MON HEURE N’EST PAS ENCORE VENUE. Mais cela n’est vrai pour personne ; en effet, puisque l’homme est capable d’un choix libre et que ce choix libre dépend de sa raison et de sa volonté, facultés immatérielles, il est évident que l’homme, dans son choix, n’est soumis à aucun élément corporel, mais qu’il en est plutôt le maître ; car les réalités immatérielles sont plus nobles que les matérielles ; et voilà pourquoi Ptolémée déclare que le sage est maître des astres.
De plus, cette fausse théorie convient d’autant moins au Christ qu’Il est le Créateur des astres ; aussi, lors qu’Il dit MON HEURE N’EST PAS ENCORE VENUE, ces paroles doivent-elles s’entendre de l’heure de sa passion, heure déterminée non par la nécessité du destin, mais par la divine Providence.
A ces hérétiques, on peut encore opposer ces paroles de l’Ecclésiastique : Pourquoi un jour l’emporte-t-il sur un autre ? C’est [répond-il] la science du Seigneur qui a établi entre eux des distinctions 50 ; autrement dit : n’est pas le hasard qui les distingue l’un de l’autre, mais la divine Providence.
352. Ces opinions étant donc réfutées, cherchons la raison de cette réponse du Seigneur : FEMME, QU’Y A-T-IL ENTRE TOI ET MOI ?
Il y a en Jésus deux natures, dit Augustin 51, la divine et l’humaine, et bien que le même Christ soit dans les deux natures, pourtant ce qui Lui convient selon la nature humaine est distinct de ce qui Lui convient selon la nature divine. Ainsi, faire des miracles Lui appartient selon la nature divine qu’Il a reçue du Père ; mais souffrir Lui revient selon la nature humaine qu’Il a reçue de sa Mère. C’est pourquoi, à sa Mère qui Lui réclame un miracle, Il répond : FEMME, QU’Y A-T-IL ENTRE TOI ET MOI ?, comme s’il disait : ce qui en moi fait des miracles, je ne l’ai pas reçu de toi ; mais ce que je souffre, c’est-à-dire ce qui me rend capable de souffrir, la nature humaine, je l’ai reçue de toi ; c’est pourquoi je te reconnaîtrai lorsque cette faiblesse sera suspendue à la croix. Aussi le Seigneur ajoute-t-Il : MON HEURE N’EST PAS ENCORE VENUE, c’est-à-dire : quand arrivera l’heure de ma passion, alors je te reconnaîtrai pour ma Mère. Et c’est pour cela que, suspendu à la croix, Jésus confia sa Mère à son disciple.
353. Chrysostome 52 explique autrement ce passage : il pense que la bienheureuse Vierge, brûlant de zèle pour l’honneur de son Fils, voulut qu’aussitôt, sans attendre le moment opportun, le Christ fît des miracles ; et que le Christ, évidemment plus sage que sa Mère, la reprit. En effet, Il ne voulut pas opérer le miracle avant qu’on ne connût le manque de vin, car ce miracle eût alors été moins éclatant et moins digne de créance. Il dit donc : FEMME, QU’Y A-T-IL ENTRE TOI ET MOI ? autrement dit : pourquoi m’importuner ? MON HEURE N’EST PAS ENCORE VENUE, c’est-à-dire : je ne suis pas encore connu de ceux qui sont ici et ils ne se sont pas aperçus du manque de vin ; laisse-les d’abord s’en rendre compte afin que, ayant connu la nécessité, ils apprécient davantage le bienfait qu’ils recevront : Il y a en effet pour toute chose un temps et un jugement 53.
48. Gn 3, 12.
49. Priscillien, "homme instruit et des plus recommandables par l’austérité de ses mœurs, commença à propager ses idées vers 370-375". Condamné en 380 par un concile réuni à Saragosse (puis par un autre réuni à Bordeaux), il fut condamné à mort et exécuté avec six de ses partisans (en 385 à Trêves), au milieu de nombreuses intrigues. " En 563 on se représentait le priscillianisme comme une forme à peine renouvelée du manichéisme ; ce qu’on lui reprochait surtout c’était l’enseignement du dualisme, la condamnation absolue de la matière et du monde matériel, avec les conséquences naturelles de cette condamnation : interdiction du mariage, ascétisme exagéré, etc. " (voir G. BARDY, art. " Prisciflien", Dict. de théol. cath., t. 13, col. 391-399).
50. Sir 33, 7-8.
51. Sermo de Symbolo ad Catechum., 5, eh. 14, PL 40, col. 644.
52. In Ioannem hom 22 eh 1 PG 59 col 134
[5] SA MERE DIT AUX SERVITEURS : "FAITES TOUT CE QU’IL VOUS DIRA".
354. Mais ainsi rebutée, la Mère de Jésus ne doute pourtant pas de la miséricorde de son Fils ; c’est pour quoi elle avertit les serviteurs en disant : FAITES TOUT CE QU’IL VOUS DIRA. Ces paroles, à la vérité, renferment la perfection de toute justice, puisque la justice parfaite, c’est d’obéir en toutes choses au Christ — Moïse vint apporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et toutes les lois ; et le peuple tout entier d’une seule voix répondit : Toutes les paroles qu’a dites le Seigneur, nous les accomplirons 54. La parole [de Marie] : TOUT CE QU’IL VOUS DIRA, FAITES-LE, ne peut s’adresser qu’à Dieu seul, car l’homme peut par fois se tromper ; et c’est pourquoi, dans ce qui s’oppose à Dieu, nous ne sommes pas tenus d’obéir aux hommes — Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes 55. Mais à Dieu qui ne se trompe pas, ni ne peut être trompé, nous devons obéir en tout.
355. L’Évangéliste rapporte ensuite l’accomplissement du miracle par le Christ ; il décrit d’abord les vases dans lesquels fut effectué le miracle ; il indique ensuite la matière du miracle [n° 358] ; enfin, il nous fait connaître comment ce miracle fut manifesté et confirmé [n° 359].
53. Qo 8, 6.
54. Ex 24, 3.
55. Ac 5, 29.
OR IL Y AVAIT LA SIX URNES DE PIERRE DESTI NEES AUX PURIFICATIONS DES JUIFS, ET CONTE NANT CHACUNE DEUX OU TROIS MESURES.
356. Les vases dans lesquels fut accompli le miracle sont au nombre de six. Les Juifs, en effet, comme le dit Marc 56, observaient de nombreuses ablutions corporelles et purifiaient de même les coupes et les vases : aussi, habitant la Palestine où l’eau est rare, ils avaient des vases pour conserver l’eau parfaitement pure afin de pouvoir souvent faire leurs ablutions et purifier leurs vases. C’est pourquoi l'Évangéliste dit : IL Y AVAIT LA SIX URNES DE PIERRE, récipients servant à conserver l’eau (en latin hydriae, du grec hydros, qui signifie "eau"), DESTINEES AUX PURIFICATIONS DES JUIFS, c’est-à-dire à l’usage de la purification, ET CONTENANT CHACUNE DEUX OU TROIS MESURES (en latin metretas, qui vient du mot grec metros, lequel signifie "mesure."
Comme le dit Chrysostome 57, l’Évangéliste rapporte ce qu’étaient ces urnes pour écarter tout doute sur la réalité du miracle ; d’une part leur propreté empêche de soupçonner que l’eau avait pris le goût du vin à cause de la lie du vin qu’elles auraient contenu auparavant : en effet ces vases DESTINES AUX PURIFICATIONS devaient être parfaitement propres ; d’autre part leur nombre montre à l’évidence qu’une si grande quantité d’eau ne pouvait être changée en vin que par l’effet de la puissance divine.
56. Mc 7, 3-4.
57. In Ioannem hom., 22, ch. 2, PG 59, col. 135.
357. Au sens mystique, les SIX URNES signifient les six époques de l’Ancien Testament durant lesquelles avaient été préparés et proposés en exemple de vie, comme le dit la Glose, les cœurs des hommes réceptifs aux Écritures. Le terme même de MESURES, d’après Augustin 58, se rapporte à la Trinité des personnes. Et Jean dit DEUX OU TROIS, parce que la Sainte Écriture nomme clairement tantôt trois Personnes, comme le fait Matthieu rapportant ces paroles du Christ : De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, tantôt deux seulement, le Père et le Fils, avec lesquels est sous-entendue la Personne du Saint Esprit 59, qui est le lien des deux autres ; c’est ainsi qu’il sera dit plus loin : Si quelqu’un garde ma parole, mon Père l’aimera et nous viendrons en lui et nous ferons chez lui notre demeure 60. On peut dire aussi : DEUX mesures, en raison des deux conditions des hommes, Juifs et Gentils, à partir desquelles fut construite l’Église ; ou TROIS, à cause des fils de Noé par qui fut propagé le genre humain après le déluge.
58. Tract. in Ioann., 9, 7, BA 71, p. 521.
59. Mt 28, 19.
60. Jean 14, 23.
[7] JESUS DIT AUX SERVITEURS : "REMPLISSEZ D’EAU CES URNES".
358. Il s’agit ici de la matière du miracle. On peut à ce propos se demander pourquoi le Christ n’a pas opéré ce miracle à partir de rien, mais à partir d’une matière déjà existante. Nous répondrons en donnant trois raisons.
La première est de Chrysostome 61 et se rapporte au sens littéral : il est certes plus grand et plus admirable de faire quelque chose de rien, que de le faire à partir d’une matière préexistante ; mais ce n’est pas aussi manifeste et croyable pour la plupart des hommes. C’est donc pour rendre son action plus digne de foi que Jésus fit le vin à partir de l’eau, s’adaptant ainsi à la capacité des hommes.
La deuxième raison, c’est l’intention de réfuter des doctrines perverses. Il s’est trouvé en effet des hommes, comme Marcion 62 et les Manichéens 63, pour dire que le Créateur du monde était un autre que Dieu et que cet autre, c’est-à-dire le diable, avait fait toutes les choses visibles. C’est ce qui explique également pourquoi le Seigneur a fait de nombreux miracles à partir des substances créées et visibles, afin de montrer qu’elles étaient bonnes et créées par Dieu.
Il y a une autre raison, qui est mystique : Jésus n’a pas voulu faire le vin à partir de rien, mais à partir de l’eau, pour montrer qu’Il ne voulait pas établir une doctrine entièrement nouvelle ni réprouver l’ancienne, mais l’accomplir 64 — Je ne suis pas venu abolir [la Loi et les Prophètes], mais accomplir. Ce que l’Ancienne Loi figurait et promettait, le Christ le manifesta et le révéla — Il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures 65.
De plus, Jésus voulut que les urnes fussent remplies par les serviteurs, afin de les avoir comme témoins de ce qui s’accomplissait ; d’où ce qui est dit plus loin : LES SERVITEURS LE SAVAIENT BIEN, EUX QUI AVAIENT PUISE L’EAU. "PUISEZ MAINTENANT, ET PORTEZ-EN À L’INTENDANT DU FESTIN".
61. In. Ioannem hom., 22, ch. 2, PG 59, col. 135.
62. Marcion est un hérétique du JJ0 siècle, venu à Rome vers dont la doctrine est une réaction contre les formes extrêmes du gnosticisme, mais qui en garde l’essentiel. En effet, il veut retrancher du christianisme tout lien avec les origines juives, ce qui lui fait supprimer l’Ancien Testament et ne garder du Nouveau que l’Évangile de Luc et dix Epîtres de Paul. On retrouve chez lui le dualisme gnostique opposant le Dieu cruel de l’Ancien Testament, créateur d’un univers imparfait et limité, et le Dieu du Nouveau Testament, tout-puissant et miséricordieux, dont nous ne saurions rien si Jésus n’était venu le révéler. On y retrouve aussi un modalisme (c’est le Père qui est présent en Jésus sous une enveloppe humaine) et un docétisme (l’Incarnation n’est qu’une apparence) strict. Il y eut une Église marcioniste séparée, mais elle eut plus de catéchumènes que de fidèles initiés, à cause des renoncements pénibles qui étaient demandés.
63. Voir ci-dessus n° 81, note 22.
359. Jean montre ici comment le miracle fut rendu public. Car au moment même où les urnes furent pleines [ILS LES REMPLIRENT JUSQU’AU BORD], l’eau fut changée en vin, et c’est pourquoi le Seigneur, aussitôt, rend public le miracle.
Jean rapporte en premier lieu l’ordre du Christ choisissant celui qui doit constater le miracle ; puis la sentence de l’intendant, lorsqu’il eut goûté l’eau changée en vin [n° 362].
360. Jésus dit donc aux serviteurs : PUISEZ MAIN TENANT, c’est-à-dire du vin dans les urnes, ET PORTEZ-EN À L’INTENDANT DU FESTIN (en latin archi triclinus). À ce sujet, il faut savoir qu’on appelle triclinium un lieu où se trouvent trois rangs de tables, le mot triclinium désignant lui-même une rangée de trois lits (du grec clinè, qui signifie "lit"). Les anciens, en effet, avaient coutume de prendre leurs repas étendus sur des lits, comme le raconte Maxime Valère. C’est pourquoi l’Écriture parle de ceux qui s’étendent ou sont couchés pour manger. On appelle donc architriclinus le premier des convives qui préside le repas. Ou encore, d’après Chrysostome 66, ce titre désignait l’ordonnateur et l’in tendant du festin. Parce que ce dernier, très occupé, n’avait encore goûté à rien, le Seigneur voulut qu’il jugeât lui-même ce qui avait été fait et non les convives, en sorte que nul ne puisse contester le miracle en disant qu’ils étaient ivres et que leur goût altéré par la nourriture ne leur permettait plus de discerner l’eau du vin. Augustin, lui, pense que l’architriclinus était le principal parmi ceux qui s’étendent pour le repas, comme on l’a dit plus haut, et que Jésus voulut recueillir de celui qui présidait le jugement sur ce qui avait été fait, pour que le jugement fût mieux accueilli.
64. Mt 5, 17.
65. Luc 24, 45.
66. In Ioannein hom., 22, ch. 2, PG 59, col. 135.
67. Isaïe 12, 3.
361. Au sens mystique, les serviteurs qui puisent l’eau sont les prédicateurs — Vous puiserez les eaux avec joie aux sources du Sauveur 67. Or l’intendant du festin représente celui qui est expert dans la Loi, comme Nicodème, Gamaliel ou Paul ; lorsque la parole évangélique, qui était cachée sous la lettre de la Loi, est confiée à de tels hommes, c’est comme le vin fait avec l’eau et versé à l’intendant du festin : l’ayant goûté, celui-ci approuve la foi au Christ.
QUAND L’INTENDANT EUT GOUTE L’EAU CHANGEE EN VIN (IL NE SAVAIT PAS D'OÙ CELA VENAIT, MAIS LES SERVITEURS LE SAVAIENT BIEN, QUI AVAIENT PUISE L’EAU), IL APPELLE L’EPOUX ET LUI DIT : "TOUT LE MONDE SERT D’ABORD LE BON VIN, ET QUAND LES GENS SONT ENIVRES, LE MOINS BON. TOI, TU AS GARDE LE BON VIN JUSQU’A PRESENT".
362. L’Évangéliste rapporte ici le jugement de l’expert. Celui-ci s’enquiert d’abord de la vérité du fait, puis il rend sa sentence.
Il faut ici, selon Chrysostome 68, remarquer que, dans les miracles du Christ, tout fut absolument parfait : Il rendit une parfaite santé à la belle-mère de Pierre qui aussitôt levée les servait, comme le disent Marc 69 et Matthieu 70. De même, Il rendit si parfaitement le para lytique à la santé que, se relevant sur le champ, il prit son grabat et rentra chez lui 71. Cela apparaît aussi dans ce miracle, puisque Jésus ne fit pas de l’eau un vin quel conque, mais le meilleur qui pût être. C’est pourquoi l’intendant du festin dit : TOUT LE MONDE SERT D’ABORD LE BON VIN, ET QUAND LES GENS SONT ENIVRES, LE MOINS BON.
363. Tout cela convient au mystère. Car, au sens mystique, on dit de quelqu’un qu’il sert d’abord le bon vin lorsque, ayant l’intention de tromper les autres, il ne leur expose pas d’emblée l’erreur où il a l’intention de les faire tomber, mais ce qui peut les séduire ; car une fois enivrés et séduits, ils consentent à son intention, et c’est alors qu’il manifeste sa perfidie. C’est de ce vin que la Sainte Écriture dit : Il entre agréablement, mais à la fin il mordra comme un serpent et il répandra son venin comme un basilic 72.
On dit encore de quelqu’un qu’il sert d’abord le bon vin lorsque, dans les débuts de sa conversion, ayant inauguré une vie de sainteté et toute spirituelle, il retombe finalement dans une vie charnelle — Etes-vous tellement insensés qu’après avoir commencé par l’Esprit, vous acheviez maintenant par la chair 73 ?
Le Christ, Lui, ne sert pas d’abord le bon vin ; au commencement Il propose des réalités amères et dures — car resserrée est la voie qui mène à la vie 74. Mais plus l’homme progresse dans la foi et la doctrine du Christ, plus il acquiert de douceur et y goûte une grande suavité — Je vous conduirai dans les sentiers de la droiture et lorsque vous y serez entrés, vos pas ne seront pas à l’étroit 75. De même, tous ceux qui veulent vivre avec piété dans le Christ 76 souffrent en ce monde amertumes et tribulations. Le Christ l’a annoncé : En vérité, en vérité je vous le dis : vous pleurerez et vous lamenterez. Mais dans le monde futur, les jouissances et les joies seront leur partage ; c’est pourquoi le Seigneur ajoute : Mais votre tristesse se changera en joie. J’estime [dit Paul] que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit se révéler en nous 78.
68. In Ioannem hom., 22, ch. 3, PG 59, col. 136.
69. Mc 1, 29-31.
70. Mt 8, 14-15.
71. Jean 5, 9.
72. Prov 23, 32.
73. Ga 3, 3.
TEL FUT LE PREMIER DES SIGNES DE JESU5 ; IL LE FIT À CANA DE GALILEE. AINSI IL MANIFESTA SA GLOIRE, ET SES DISCIPLES CRURENT EN LUI –
364. Le témoignage des disciples sur ce miracle permet de reconnaître la fausseté de l’histoire de L’enfance du Sauveur, où l’on cite beaucoup de miracles accomplis par le Christ encore enfant. Si c’était vrai, l’Évangéliste n’aurait sûrement pas dit : TEL FUT LE PREMIER DES SIGNES DE JESUS. Nous avons donné plus haut la. raison pour laquelle Il n’opéra aucun miracle durant son enfance : de peur que les hommes ne les considèrent comme imaginaires ; c’est pourquoi Jésus fit à Cana de Galilée ce miracle de l’eau changée en vin, qui est LE PREMIER DES SIGNES qu’Il fit par la suite. Ainsi IL MANIFESTA SA GLOIRE, c’est-à-dire sa puissance qui Le glorifie — Le Seigneur des puissances, c’est Lui, le roi de gloire 79.
74. Mt 7, 14.
75. Prov 4, 11-12.
76. 2Tm3, 12.
77. Jean 16, 20.
78. Ro 8, 18.
79. Ps 23, 10.
365. ET SES DISCIPLES CRURENT EN LUI – Mais comment crurent-ils ? Car ils étaient déjà disciples et avaient cru auparavant. Il faut répondre qu’on nomme parfois une chose non selon ce qu’elle est maintenant, mais selon ce qu’elle sera. Ainsi on dit : l’Apôtre Paul est né à Tarse en Cilicie, non qu’il y soit né Apôtre, mais parce que c’est là que naquit le futur Apôtre. De même on dit ici : ET SES DISCIPLES CRURENT EN LUI, c’est-à-dire ceux qui seraient plus tard ses disciples. Ou encore, il faut dire qu’ils avaient d’abord cru en Lui comme à un homme de bien, prêchant une doctrine juste et droite, mais qu’ils croient désormais en Lui comme Dieu.