01 Une seule mouche morte
infeste et gâte l’huile du parfumeur.
Un petit grain de folie
pèse plus que sagesse et plus que gloire.
02 Le raisonnement du sage est droit,
le raisonnement du fou va de travers.
03 Quand le fou marche sur la route,
le bon sens lui fait défaut,
et il dit aux autres qu’ils sont fous.
04 Si la colère du chef s’allume contre toi,
ne quitte pas ton poste :
le sang-froid fait éviter de grandes fautes.
05 Il est un mal que j’ai vu sous le soleil,
comme une erreur échappée au souverain :
06 la folie placée au plus haut rang
et des riches assis au plus bas.
07 J’ai vu des esclaves sur des chevaux,
et des princes aller à pied comme des esclaves.
08 Qui creuse un trou tombera dedans ;
qui perce un mur, un serpent le mordra.
09 Qui extrait des pierres s’y blessera ;
qui fend du bois court un danger.
10 Si la lame est émoussée,
que son tranchant n’est pas affûté,
il faut redoubler d’efforts.
Y remédier est sagesse.
11 Si le serpent mord, faute d’être charmé,
il ne rapporte rien au charmeur.
12 Les paroles du sage le gratifient,
les lèvres du fou le dévorent.
13 Il commence par débiter des sottises
et termine en proférant des insanités.
14 Le fou multiplie ses prédictions.
Mais l’homme ignore l’avenir :
ce qui arrivera après lui,
qui peut le lui révéler ?
15 Le travail du fou le fatigue,
lui qui n’est même pas capable d’aller en ville.
16 Malheur à toi,
pays dont le roi n’est qu’un enfant
et dont les princes festoient dès l’aurore !
17 Heureux es-tu,
pays dont le roi est de noble race
et dont les princes mangent au moment voulu
pour reprendre des forces et non pour s’enivrer !
18 Entre des mains paresseuses, la charpente s’écroule ;
entre des mains nonchalantes, la maison prend l’eau.
19 Pour s’amuser, on fait un bon repas,
le vin égaie la vie,
l’argent permet tout.
20 Même en pensée, ne maudis pas le roi ;
même en privé, ne maudis pas le riche,
car un oiseau du ciel colporterait ta voix,
tout ce qui vole divulguerait tes propos.
01 Risque ta fortune sur les mers :
après de longs jours, tu la retrouveras.
02 Divise ton bien en sept ou même huit parts :
tu ne sais quel malheur peut arriver dans le pays.
03 Quand les nuages sont gorgés d’eau,
ils déversent leur pluie sur la terre.
Qu’un arbre tombe au nord ou au midi,
là où il est tombé, il restera.
04 Qui attend le bon vent, jamais ne sèmera ;
qui scrute les nuages, jamais ne moissonnera.
05 De même que tu ignores les routes du vent
et comment se forment les os de l’enfant dans le ventre de la mère,
de même tu ne comprends pas l’œuvre de Dieu qui fait toute chose.
06 Dès le matin, sème tes semences,
et jusqu’au soir n’arrête pas ton ouvrage,
car tu ignores ce qui réussira,
ceci ou cela,
ou si les deux ensemble seront bons.
07 Oui, douce est la lumière !
Quel bonheur pour les yeux de voir le soleil !
08 L’homme vivrait-il de longues années,
qu’il se réjouisse de chacune d’elles !
Qu’il songe aussi aux jours de ténèbres,
car ils seront nombreux.
Tout ce qui arrive n’est que vanité.
09 Réjouis-toi, jeune homme, dans ton adolescence,
et sois heureux aux jours de ta jeunesse.
Suis les sentiers de ton cœur
et les désirs de tes yeux !
Mais sache que pour tout cela
Dieu t’appellera en jugement.
10 Éloigne de ton cœur le chagrin,
écarte de ta chair la souffrance
car l’adolescence et le printemps de la vie
ne sont que vanité.
01 Souviens-toi de ton Créateur,
aux jours de ta jeunesse,
avant que viennent les jours mauvais,
et qu’approchent les années dont tu diras :
« Je ne les aime pas » ;
02 avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière,
la lune et les étoiles,
et que reviennent les nuages après la pluie ;
03 au jour où tremblent les gardiens de la maison,
où se courbent les hommes vigoureux ;
où les femmes, l’une après l’autre, cessent de moudre,
où le jour baisse aux fenêtres ;
04 quand la porte se ferme sur la rue,
quand s’éteint la voix de la meule,
quand s’arrête le chant de l’oiseau,
et quand se taisent les chansons ;
05 lorsqu’on redoute la montée
et qu’on a des frayeurs en chemin ;
l’amandier est en fleurs,
la sauterelle s’alourdit,
et la câpre ne produit aucun effet ;
lorsque l’homme s’en va vers sa maison d’éternité,
et que les pleureurs sont déjà au coin de la rue ;
06 avant que le fil d’argent se détache,
que la lampe d’or se brise,
que la cruche se casse à la fontaine,
que la poulie se fende sur le puits ;
07 et que la poussière retourne à la terre
comme elle en vint,
et le souffle de vie, à Dieu qui l’a donné.
08 Vanité des vanités, disait Qohèleth,
tout est vanité !
09 Qohèleth ne fut pas seulement un sage,
il a encore enseigné son savoir au peuple.
Il a pesé, scruté et serti lui-même
un grand nombre de proverbes.
10 Qohèleth a cherché et trouvé de belles sentences,
il a écrit des mots justes et vrais.
11 Les paroles des sages sont des aiguillons
et les recueils de dictons, des clous bien plantés
– présents d’un incomparable Berger.
12 Prends garde, mon fils, à n’y rien ajouter.
Écrire de nombreux livres est une tâche sans fin.
À trop étudier, le corps s’épuise.
13 Pour conclure ces paroles, et tout bien considéré,
crains Dieu et observe ses commandements.
Tout est là pour l’homme.
14 Dieu mettra en jugement toutes les actions,
tout ce qui est caché, bon ou mauvais.