PARTIE I : LA CATÉCHÈSE DANS LA MISSION ÉVANGÉLISATRICE DE L’ÉGLISE
La catéchèse dans la mission évangélisatrice de l’Église
"
Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création " (
Mc 16,15).
"
Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde " (
Mt 28,19-20).
"
Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins. jusqu’aux extrémités de la terre " (
Ac 1,8).
Le mandat missionnaire de Jésus
34 Jésus, après sa résurrection, envoya l’Esprit-Saint de la part du Père pour qu’il accomplisse de l’intérieur l’œuvre du salut et qu’il stimule les disciples à poursuivre sa mission dans le monde entier, comme lui-même avait été envoyé par le Père. Il fut le premier évangélisateur, le plus grand. Il annonça le Royaume de Dieu
[66] comme étant l’intervention nouvelle et définitive de Dieu dans l’histoire, et il désigna cette annonce comme "
l’Évangile ", c’est-à-dire la Bonne Nouvelle. Il lui consacra toute sa vie terrestre : il fit connaître la joie d’appartenir au Royaume,
[67] les exigences de celui-ci et sa grande charte,
[68] les mystères qu’il contient,
[69] la vie fraternelle de ceux qui y pénètrent,
[70] et sa plénitude future.
[71]
Sens et but de cette partie
35 Cette première partie entend définir le caractère propre de la catéchèse.
Le premier chapitre porte sur la structure théologique ; il rappelle brièvement le concept de Révélation exposé dans le Document conciliaire Dei Verbum. Il précise la manière de concevoir le ministère de la Parole. Les concepts de parole de Dieu, Évangile, Royaume de Dieu et Tradition, présents dans la Constitution dogmatique, fondent le sens de la catéchèse. Avec eux, le concept d’évangélisation devient un repère obligé pour la catéchèse. Sa dynamique et ses éléments sont exposés avec une précision nouvelle et approfondie dans l’Exhortation Apostolique Evangelii Nuntiandi.
Le deuxième chapitre situe la catéchèse dans le cadre de l’évangélisation et la met en relation avec les autres formes du ministère de la parole de Dieu. Grâce à ce rapport, on découvre plus facilement le caractère propre de la catéchèse.
Le troisième chapitre analyse plus directement la catéchèse en tant que telle : sa nature ecclésiale, sa finalité contraignante de communion avec Jésus-Christ, ses devoirs, l’esprit catéchuménal qui l’anime.
La conception que l’on a de la catéchèse conditionne profondément la sélection et l’organisation de ses contenus (cognitifs, expérimentaux, comportementaux), en précise les destinataires et définit la pédagogie requise pour en atteindre les objectifs.
Le terme " catéchèse " a subi une évolution sémantique durant les vingt siècles d’histoire de l’Église. En ce directoire la conception de la catéchèse s’inspire des documents du magistère pontifical post-conciliaire, et surtout d’Evangelii nuntiandi, Catechesi tradendae et Redemptoris missio.
CHAPITRE I La révélation et sa transmission par l’évangélisation
"
Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’il avait formé en lui par avance, pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ " (
Ep 1,3-10) .
La Révélation du dessein providentiel de Dieu
36 " Dieu, qui crée et conserve toute chose par son Verbe, offre aux hommes, dans les choses créées, un perpétuel témoignage de lui-même ".
[72] L’homme est, par nature et vocation " capable de Dieu " ; il peut donc, quand il écoute le message de la Création, parvenir à la certitude que Dieu, cause et fin de tout, existe et peut se révéler à l’homme.
La constitution
Dei Verbum du Concile Vatican II a décrit la Révélation comme l’acte par lequel Dieu se manifeste personnellement aux hommes. Dieu se montre, en effet, comme celui qui veut se communiquer lui-même, en rendant la personne humaine participante à sa nature divine.
[73] Il réalise ainsi son dessein d’amour.
" Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler lui-même aux hommes et de faire connaître le mystère de sa volonté. pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie ".
[74]
37 Ce dessein providentiel
[75] du Père, pleinement révélé en Jésus-Christ, se réalise par la force de l’Esprit Saint.
Il comprend :
- La révélation de Dieu, de sa " vérité profonde ",
[76] de son " secret ",
[77] de la vraie vocation et dignité de la personne humaine ;
[78]
- l’offre du salut à tous les hommes, comme don de la grâce et de la miséricorde de Dieu,
[79] qui implique la délivrance du mal, du péché, de la mort ;
[80]
- l’appel définitif à rassembler, dans la famille de Dieu, tous les fils dispersés, réalisant ainsi l’union fraternelle des hommes.
[81]
La Révélation : faits et paroles
38 Pour se révéler à la personne humaine, Dieu, dans son immensité, a recours à une pédagogie :
[82] il se sert d’événements et de paroles humaines pour communiquer son dessein ; il le fait progressivement et par étapes,
[83] pour mieux se rapprocher des hommes. Dieu agit en effet en sorte que les hommes parviennent à la connaissance de son dessein de salut à travers les événements de l’histoire du salut et les paroles inspirées qui les accompagnent et les expliquent.
" Cette économie de la Révélation comprend des événements et des paroles intimement unis entre eux, de sorte que
- les œuvres réalisées par Dieu dans l’histoire du salut, attestent et corroborent et la doctrine et le sens indiqué par les paroles,
- tandis que les
paroles publient les œuvres et éclairent le mystère qu’elles contiennent ".
[84]
39 L’évangélisation, qui transmet au monde la Révélation, s’accomplit également par des œuvres et des paroles. Elle est, à la fois, témoignage et annonce, parole et sacrement, enseignement et engagement.
De son côté, la catéchèse transmet les faits et les paroles de la Révélation : elle doit les proclamer et les raconter et, en même temps, éclairer les mystères profonds qu’ils renferment. D’autre part, la catéchèse fait mémoire non seulement des merveilles réalisées par Dieu dans le passé, mais, à l’aide de la Révélation qui est source de lumière pour la personne humaine, elle interprète les signes des temps et la vie présente des hommes et des femmes, puisque c’est en eux que s’accomplit le dessein de Dieu pour le salut du monde.
[85]
Jésus-Christ, médiateur et plénitude de la Révélation
40 Dieu s’est révélé progressivement aux hommes, par l’intermédiaire des prophètes et des événements salvifiques, jusqu’à l’accomplissement de sa Révélation par l’envoi de son propre Fils :
[86]
" Jésus-Christ, par toute sa présence et par la manifestation qu’il fait de lui-même en paroles et en œuvres, par signes et miracles, et plus particulièrement par sa mort et par sa résurrection glorieuse d’entre les morts, par l’envoi, enfin, de l’Esprit de vérité, achève en la complétant la révélation ".
[87]
Jésus-Christ n’est pas seulement le plus grand des prophètes, il est le Fils éternel de Dieu fait homme, et, par conséquent, l’événement ultime vers lequel convergent tous les événements de l’histoire du Salut.
[88] Il est, en effet, " la Parole unique, parfaite et indépassable du Père ".
[89]
41 Le ministère de la Parole doit mettre en évidence cette caractéristique admirable, propre à l’économie de la Révélation : le Fils de Dieu entre dans l’histoire des hommes, assume la vie et la mort humaines et réalise l’Alliance Nouvelle et définitive entre Dieu et les hommes. Le rôle propre de la catéchèse est de montrer qui est Jésus-Christ - sa vie et son mystère -, et de présenter la foi chrétienne comme marche à la suite de sa Personne.
[90] La catéchèse doit donc partir toujours des Évangiles, " cœur de toutes les Écritures en tant qu’ils constituent le témoignage par excellence sur la vie et sur l’enseignement du Verbe Incarné, notre Sauveur ".
[91]
Le fait que Jésus-Christ soit la plénitude de la Révélation est le fondement du " christocentrisme "
[92] de la catéchèse : le mystère du Christ, dans le message révélé, n’est pas un élément ajouté à tant d’autres, mais le centre à partir duquel tous les autres éléments reçoivent leur hiérarchie et leur lumière.
La transmission de la Révélation par l’Église, œuvre de l’Esprit Saint
42 La Révélation de Dieu, qui culmine en Jésus-Christ, est destinée à toute l’humanité : " Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité " (
1Tm 2,4). En vertu de cette volonté universelle de salut, Dieu a fait en sorte que la Révélation soit transmise à tous les peuples et à toutes les générations, et qu’elle demeure toujours intègre.
[93]
43 Pour accomplir le dessein de Dieu, Jésus-Christ a institué l’Église sur le fondement des apôtres et, leur envoyant l’Esprit du Père, il leur a ordonné de prêcher l’Évangile dans le monde entier. Les apôtres, par des paroles, des œuvres et des écrits, ont accompli fidèlement ce mandat.
[94]
Cette Tradition apostolique se poursuit dans l’Église et par l’Église. Et l’Église toute entière, pasteurs et fidèles, veille à sa conservation et à sa transmission. Dans l’Église, l’Évangile conserve, en effet, son intégrité et demeure vivant : les disciples de Jésus-Christ le contemplent et le méditent sans cesse, le vivent au quotidien et l’annoncent dans la mission. L’Esprit Saint ne cesse de féconder l’Église quand elle vit l’Évangile ; il la fait grandir continuellement dans la compréhension de l’Évangile, la pousse et la soutient dans la tâche de l’annoncer à toute la terre.
[95]
44 La conservation intègre de la Révélation, parole de Dieu contenue dans la Tradition et dans l’Écriture, ainsi que sa transmission continue, jouissent d’une garantie d’authenticité. Le Magistère de l’Église, soutenue par l’Esprit Saint et doté du " charisme de vérité ", a la charge d’" interpréter de façon authentique la Parole de Dieu ".
[96]
L’Église, " sacrement universel de salut ",
[97] mue par le Saint-Esprit, transmet la Révélation à travers l’Évangélisation : elle annonce la Bonne Nouvelle du dessein de salut du Père et, dans les sacrements, communique les dons divins.
À Dieu qui se révèle est due l’obéissance de la foi, en vertu de laquelle l’homme adhère librement à " l’Évangile de la grâce de Dieu " (
Ac 20,24), avec plein assentiment de l’intelligence et de la volonté. Guidé par la foi, don de l’Esprit, l’homme parvient à contempler et goûter le Dieu d’amour qui dans le Christ a révélé les richesses de sa gloire.
[98]
46 L’Église " existe pour évangéliser ",
[100] c’est-à-dire " pour porter la Bonne Nouvelle à toutes les couches de l’humanité et, sous son influence, transformer de l’intérieur et rendre nouvelle l’humanité elle-même ".
[101] Le mandat missionnaire de Jésus revêt divers aspects intimement liés entre eux : " annoncez " (
Mc 16,15), " faites des disciples et enseignez ",
[102] " soyez mes témoins ",
[103] " baptisez ",
[104] " faites ceci en mémoire de moi " (
Lc 22,19), " aimez-vous les uns les autres " (
Jn 15,12). Annonce, témoignage, enseignement, sacrements, amour du prochain, faire des disciples : autant d’aspects qui sont des chemins et des moyens pour la transmission de l’unique Évangile et constituent les éléments de l’évangélisation.
Certains revêtent une telle importance que l’on a parfois tendance à les identifier avec l’action évangélisatrice. Cependant, " aucune définition partielle et fragmentaire ne donne raison de la réalité riche, complexe et dynamique qu’est l’évangélisation ".
[105] On court le risque de l’appauvrir, de la mutiler même. Or, elle doit développer " sa totalité "
[106] et incorporer sa bipolarité propre : témoignage et annonce,
[107] parole et sacrement,
[108] changement intérieur et transformation sociale.
[109] Les agents de l’évangélisation doivent savoir agir avec une " vision globale "
[110] de l’évangélisation et l’identifier avec l’ensemble de la mission de l’Église.
[111]
Le processus de l’évangélisation
47 L’Église, bien qu’elle contienne en elle-même la plénitude des moyens de salut, œuvre de façon graduelle.
[112] Le décret conciliaire
Ad Gentes a bien expliqué la dynamique du processus d’évangélisation : témoignage chrétien, dialogue et présence de la charité (
AGD 11-12), annonce de l’évangile et appel à la conversion (
AGD 13), catéchuménat et initiation chrétienne (
AGD 14), formation de la communauté chrétienne par le moyen des sacrements et des ministères (
AGD 15-18).
[113] C’est le dynamisme de l’implantation et de l’édification de l’Église.
48 C’est pourquoi, l’évangélisation doit être conçue comme le processus par lequel l’Église, animée par l’Esprit, annonce et diffuse l’Évangile dans le monde entier :
- l’Église, animée par la
charité, imprègne et transforme tout l’ordre temporel, en assumant et en renouvelant les cultures ;
[114]
- elle
témoigne [115] parmi les peuples de la nouvelle manière d’être et de vivre qui caractérise les chrétiens ;
- elle proclame explicitement l’Évangile, au moyen de la "
première annonce ",
[116] en appelant à la conversion ;
[117]
- elle initie à la foi et à la vie chrétienne, par la "
catéchèse "
[118] et les "
sacrements d’initiation ",
[119] ceux qui se convertissent à Jésus-Christ, ou ceux qui recommencent à marcher à sa suite, en incorporant les uns et les autres dans la communauté chrétienne ;
[120]
- elle développe sans arrêt le don de la
communion [121] chez les fidèles, par l’éducation permanente de la foi (homélies, autres formes du ministère de la Parole), les sacrements et l’exercice de la charité ;
- elle ne cesse de promouvoir la
mission,
[122] en envoyant tous les disciples du Christ annoncer l’Évangile, en paroles et en œuvres, dans le monde entier.
49 Le processus d’évangélisation
[123] est, par conséquent, organisé en étapes ou " moments essentiels " :
[124] l’activité missionnaire pour les non-croyants et pour ceux qui vivent dans l’indifférence religieuse ; l’activité catéchistique d’initiation pour ceux qui choisissent l’Évangile et pour ceux qui ont besoin de compléter ou de restructurer leur initiation ; et l’action pastorale pour les fidèles chrétiens ayant déjà atteint la maturité au sein de la communauté chrétienne.
[125] Ces moments ne constituent pas des étapes définitives : ils sont à reprendre, si nécessaire, puisqu’ils apporteront la nourriture évangélique la plus adaptée à la croissance spirituelle de chaque personne ou de la communauté elle-même.
Le ministère de la Parole de Dieu dans l’évangélisation
50 Le ministère de la Parole
[126] est un élément fondamental de l’évangélisation. La présence chrétienne parmi les différents groupes humains et le témoignage de vie ont besoin d’être clarifiés et justifiés par l’annonce explicite de Jésus-Christ, le Seigneur. " Il n’y a pas d’évangélisation vraie si le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu ne sont pas annoncés ".
[127] Même ceux qui sont déjà des disciples du Christ ont besoin d’être sans cesse nourris de la Parole de Dieu pour grandir dans leur vie chrétienne.
[128]
Le ministère de la Parole, dans l’évangélisation, transmet la Révélation par l’Église, en utilisant des " paroles " humaines. Mais celles-ci sont toujours référées aux " œuvres " : à celles que Dieu a accomplies et continue d’accomplir, surtout dans la liturgie ; au témoignage de vie des chrétiens ; à l’œuvre de transformation que ceux-ci, avec tant d’hommes de bonne volonté, réalisent dans le monde. Cette parole humaine de l’Église est le moyen dont se sert l’Esprit Saint pour poursuivre le dialogue avec l’humanité. Il est en effet l’agent principal du ministère de la Parole, celui par qui " la voix vivante de l’Évangile retentit dans l’Église et, par l’Église, dans le monde ".
[129]
Il y a "
bien des manières "
[130] d’exercer le ministère de la Parole. Au temps des Apôtres,
[131] déjà, dans son désir d’offrir la Parole de Dieu de la façon la mieux adaptée, l’Église a réalisé ce ministère sous de nombreuses formes.
[132] Celles-ci servent toutes à véhiculer ces fonctions de base que le ministère de la Parole est appelé à remplir.
Les fonctions et les formes du ministère de la Parole de Dieu
51 Les principales fonctions du ministère de la Parole sont les suivantes :
- Convocation et appel à la foi
C’est la fonction que l’on déduit immédiatement du mandat missionnaire de Jésus. Elle se réalise par la " première annonce ", adressée aux non-croyants : ceux qui ont choisi de ne pas croire, les baptisés qui vivent en marge de la vie chrétienne, ceux qui appartiennent à d’autres religions.
[133] L’éveil religieux des enfants, dans les familles chrétiennes, est aussi une forme très importante de cette tâche.
- L’initiation
Ceux qui, mus par la grâce, décident de suivre Jésus sont " introduits dans la vie de la foi, de la liturgie et de la charité du Peuple de Dieu ".
[134] L’Église réalise cette fonction, fondamentalement, par la catéchèse, en lien étroit avec les sacrements d’initiation, qu’ils aient été reçus ou qu’ils soient encore à recevoir. Parmi les formes importantes : la catéchèse des adultes non-baptisés dans le catéchuménat ; la catéchèse des adultes baptisés qui souhaitent revenir à la foi, ou de ceux qui ont besoin de compléter leur initiation ; la catéchèse des enfants et des jeunes qui a, de par elle-même un caractère d’initiation. De même, l’éducation chrétienne au sein de la famille et l’enseignement de la religion à l’école exercent une fonction d’initiation.
- L’éducation permanente de la foi
En diverses régions elle est appelée aussi " catéchèse permanente ".
[135]
Elle s’adresse aux chrétiens initiés aux éléments de base, qui ont besoin de nourrir et de mûrir sans cesse leur foi, tout au long de leur vie. Cette fonction se réalise sous des formes très variées : " systématiques ou occasionnelles, individuelles ou communautaires, organisées ou spontanées, etc. ".
[136]
- La fonction liturgique
Le ministère de la Parole a également une fonction liturgique car, lorsqu’il est exercé dans une action sacrée, il en est partie intégrante.
[137] Il s’exprime éminemment à travers l’homélie. Les interventions et les exhortations au cours des célébrations de la Parole en constituent d’autres formes. Il faut aussi mentionner la préparation immédiate aux divers sacrements, aux célébrations sacramentelles, et surtout à la participation des fidèles à l’eucharistie, comme une forme première de l’éducation à la foi.
- La fonction théologique
Elle a pour but de développer l’intelligence de la foi en se plaçant dans la dynamique de la " fides quaerens intellectum ", c’est-à-dire de la foi qui cherche à comprendre.
[138] Pour accomplir cette fonction, la théologie doit entrer en contact et dialoguer avec les courants philosophiques de pensée, avec les humanismes qui marquent la culture et avec les sciences humaines. Elle s’articule sous diverses formes qui favorisent " l’exposé systématique et l’étude scientifique des vérités de la foi ".
[139]
52 Les formes importantes du ministère de la Parole sont : la première annonce ou prédication missionnaire ; la catéchèse pré et post-baptismale ; la forme liturgique et la forme théologique. Il arrive souvent que ces formes - pour des raisons pastorales -, doivent assumer plus d’une fonction. La catéchèse, par exemple, en même temps que sa fonction d’initiation, doit accomplir fréquemment des tâches missionnaires. L’homélie elle-même, selon les circonstances, devrait remplir la tâche de convocation et d’initiation organique.
La conversion et la foi
53 En annonçant au monde la Bonne Nouvelle de la Révélation, l’évangélisation invite les hommes et les femmes à la conversion et à la foi.
[140] L’appel de Jésus, " convertissez-vous et croyez à l’Évangile " (
Mc 1,15) retentit aujourd’hui encore, grâce à l’œuvre d’évangélisation de l’Église.
La foi chrétienne est, avant tout, conversion à Jésus-Christ,
[141] adhésion pleine et sincère à sa personne et décision de marcher à sa suite.
[142] La foi est une rencontre personnelle avec Jésus-Christ ; c’est devenir son disciple, à savoir s’engager à penser comme lui, à juger comme lui et à vivre comme il a vécu.
[143] Le croyant s’unit ainsi à la communauté des disciples et fait sienne la foi de l’Église.
[144]
54 Ce " oui " à Jésus-Christ, plénitude de la Révélation du Père, renferme une double dimension : l’abandon confiant à Dieu et l’assentiment amoureux à tout ce qu’il nous a révélé. Cela n’est possible que par l’action de l’Esprit Saint.
[145]
" Par l’obéissance de la foi,
- l’homme s’en remet tout entier et librement à Dieu,
- dans un complet hommage d’intelligence et de volonté à Dieu qui révèle, et dans un assentiment volontaire à la révélation qu’il fait ".
[146]
" Croire a donc une double référence : à la personne et à la vérité ; à la vérité par confiance en la personne qui l’atteste ".
[147]
55 La foi implique un changement de vie, une " metanoïa ",
[148] c’est-à-dire un changement profond du regard et du cœur ; elle conduit le croyant à une " nouvelle manière d’être, de vivre, de vivre ensemble, que l’Évangile inaugure ".
[149] Ce changement de vie se manifeste à tous les niveaux de l’existence du chrétien : dans sa vie intérieure d’adoration et d’accueil de la volonté de Dieu ; dans sa participation à la mission de l’Église ; dans sa vie conjugale et familiale ; dans la vie professionnelle ; dans les activités économiques et sociales.
La foi et la conversion jaillissent du " cœur ", c’est-à-dire du plus profond de la personne humaine, et l’engagent tout entière. Par sa rencontre avec Jésus-Christ et par son adhésion à sa personne, l’être humain voit se combler ses attentes les plus intimes, il trouve ce qu’il a toujours cherché et l’obtient en abondance.
[150] La foi répond à cette " attente ",
[151] souvent inconsciente et toujours limitée, de connaître la vérité sur Dieu, sur l’homme et sur sa destinée. Elle est comme une eau pure
[152] sur le chemin de l’homme, pèlerin à la recherche de son foyer.
La foi est un don de Dieu. Elle ne peut naître à l’intime du cœur de l’homme que comme fruit de la grâce " prévenante et aidante "
[153] et comme réponse, totalement libre, à l’appel de l’Esprit Saint qui touche le cœur et le tourne vers Dieu, en lui donnant " la douceur de consentir et de croire à la vérité ".
[154]
La Vierge Marie a vécu de la manière la plus parfaite ces dimensions de la foi. L’Église vénère en elle " la réalisation la plus pure de la foi ".
[155]
Le processus de conversion permanente
56 La foi est un don destiné à se développer dans le cœur des croyants.
[156] L’adhésion à Jésus-Christ déclenche, en effet, un processus de conversion permanente qui dure toute la vie.
[157] La personne qui accède à la foi est comme un nouveau-né
[158] qui, petit à petit, grandit et devient un adulte à constituer l’" Homme parfait ",
[159] à réaliser la plénitude du Christ.
Dans le processus de foi et de conversion, divers moments essentiels sont à souligner du point de vue de la théologie :
a)
L’intérêt pour l’Évangile : Le premier moment est celui au cours duquel la première annonce fait naître dans le cœur du non-croyant, de l’indifférent ou du membre d’une autre religion, un intérêt pour l’Évangile, sans qu’il s’agisse encore d’une décision ferme. Ce premier mouvement de l’esprit de l’homme vers la foi, qui est déjà un fruit de la grâce, porte plusieurs noms : " inclination à la foi ",
[160] " préparation à l’Évangile ",
[161] inclination à croire, " recherche religieuse ".
[162] L’Église appelle ceux qui manifestent cette préoccupation des " sympathisants ".
[163]
b)
La conversion. Ce premier intérêt pour l’Évangile exige un temps de recherche
[164] avant de devenir un choix ferme. L’option pour la foi est une décision qui doit être bien pesée. Cette recherche, sous l’action de l’Esprit Saint et par l’annonce du kerygme, conduit à la conversion qui sera, bien sûr, " initiale ",
[165] mais qui est déjà adhésion à Jésus-Christ et désir de marcher à sa suite. Cette " option fondamentale " fonde toute la vie chrétienne du disciple du Seigneur.
[166]
c)
La profession de foi. L’abandon à Jésus-Christ engendre chez les croyants le désir de le mieux connaître et de s’identifier à Lui. La catéchèse les initie à la connaissance de la foi et à l’apprentissage de la vie chrétienne, en favorisant un itinéraire spirituel qui entraîne " un changement progressif de la mentalité et des mœurs ",
[167] fait de renoncements et de luttes, mais aussi de joies que Dieu donne sans mesure. Le disciple de Jésus-Christ est alors prêt pour une profession de foi vivante, explicite et agissante.
[168]
d)
Le chemin vers la perfection. Cette maturité initiale, source de la profession de foi, n’est pas la dernière étape du processus permanent de conversion. La profession de foi baptismale est le fondement d’un édifice spirituel destiné à grandir. Le baptisé, toujours animé par l’Esprit, nourri par les sacrements, par la prière et par la pratique de la charité, et aidé par les multiples formes d’éducation permanente à la foi, cherche à faire sien le désir du Christ : " Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait " (
Mt 5,48).
[169] C’est l’appel à la plénitude adressé à tout baptisé.
57 Le ministère de la Parole est au service de ce processus de pleine conversion. La première annonce appelle à la foi ; la catéchèse donne un fondement à la conversion et une structure de fond à la vie chrétienne ; l’éducation permanente à la foi - dans laquelle l’homélie tient une place de choix -, est la nourriture dont tout organisme adulte a besoin pour vivre.
[170]
L’Évangélisation et les diverses situations socio-religieuses
58 Dans le panorama religieux complexe et mouvant qui se présente à l’évangélisation, " trois situations "
[171] exigent tout particulièrement des réponses adéquates et différenciées.
a) La situation des " peuples, des groupes humains, des
contextes socio-culturels dans lesquels le Christ et son Évangile ne sont pas connus, ou dans lesquels il n’y a pas de communautés chrétiennes assez mûres pour pouvoir incarner la foi dans leur milieu et l’annoncer à d’autres groupes ". [172] Cette situation requiert la " mission ad gentes ",
[173] avec une activité évangélisatrice centrée de préférence sur les jeunes et les adultes. Sa particularité tient au fait qu’elle s’adresse aux non-chrétiens en les invitant à la conversion. Dans cette situation, la catéchèse se fait d’ordinaire dans le catéchuménat baptismal.
b) Il est, par ailleurs, d’autres situations où, dans un
contexte socio-culturel déterminé, on trouve " des communautés chrétiennes aux structures ecclésiales fortes et adaptées, à la foi et à la vie ferventes, qui rendent témoignage à l’Évangile de manière rayonnante dans leur milieu et qui prennent conscience du devoir de la mission universelle ". [174] Ces communautés ont besoin d’une intense " activité pastorale de l’Église ", du moment qu’elles sont constituées de personnes et de familles ayant un sens chrétien profond. Dans ce contexte, la catéchèse des petits enfants, des adolescents et des jeunes doit promouvoir de vrais processus d’initiation chrétienne bien organisés, qui leur permettent d’arriver à l’âge adulte avec une foi mûre. D’évangélisés, elle fera d’eux des évangélisateurs. Dans ces situations également, diverses méthodes sont adoptées pour la formation chrétienne des adultes.
c) En de nombreux pays de vieille tradition chrétienne et
parfois aussi dans les Églises plus jeunes, il existe une " situation intermédiaire ", [175] où " des groupes entiers de baptisés ont perdu le sens de la foi vivante ou vont jusqu’à ne plus se reconnaître comme membres de l’Église, en menant une existence éloignée du Christ et de son Évangile ". [176] Cette situation requiert une " nouvelle évangélisation ". Sa caractéristique consiste dans le fait que l’activité missionnaire s’adresse à des baptisés de tous âges qui vivent dans un contexte religieux où les références chrétiennes existent mais ne sont perçues qu’extérieurement. Dans cette situation, la première annonce et une catéchèse de base sont une priorité.
Interdépendance entre les activités évangélisatrices dans ces situations
59 Ces situations socio-religieuses sont évidemment différentes et il ne faut pas les assimiler. Cette diversité, qui a toujours caractérisé la mission de l’Église, revêt aujourd’hui, dans ce monde qui change, un aspect nouveau. En effet, diverses situations coexistent sur un même territoire. Dans les grandes villes, par exemple, il faut faire face à la situation qui requiert une " mission ad gentes " et à celle qui requiert " une nouvelle évangélisation ". Au milieu de celles-ci des communautés chrétiennes missionnaires sont présentes, édifiées par une " activité pastorale " adaptée. Souvent de nos jours, sur le territoire d’une Église particulière, il faut faire face à l’ensemble de ces situations. " Les frontières de la charge pastorale des fidèles, de la nouvelle évangélisation et de l’activité missionnaire spécifique ne sont pas nettement définissables et on ne saurait créer entre elles des barrières ou une compartimentation rigide ".
[177] De fait, " chacune exerce une influence sur l’autre, la stimule et lui vient en aide ".
[178]
C’est pourquoi, en vue d’un enrichissement mutuel des activités évangélisatrices qui coexistent, il faut tenir compte que :
- la mission
ad gentes, quelle que soit la zone ou le milieu dans lequel elle se réalise, est la tâche la plus spécifiquement missionnaire que Jésus ait confiée à son Église ; elle est par conséquent le modèle par excellence de toute l’activité missionnaire de l’Église. La " nouvelle évangélisation " ne peut ni évincer ni remplacer la " mission ad gentes ", qui continue d’être l’activité missionnaire spécifique et première.
[179]
- " Le modèle de toute catéchèse est le catéchuménat baptismal. Il constitue la formation spécifique par laquelle l’adulte converti à la foi est conduit à la profession de foi baptismale pendant la veillée pascale ".
[180] Cette formation catéchuménale doit inspirer les autres formes de catéchèse, dans leurs objectifs et dans leur dynamisme.
- " La catéchèse des adultes, s’adressant à des hommes capables d’une adhésion pleinement responsable, doit être considérée comme la forme privilégiée de la catéchèse, à laquelle toutes les autres - non moins nécessaires -, sont d’une certaine manière ordonnées ".
[181] Cela implique que la catéchèse qui s’adresse aux autres tranches d’âge doit s’y référer et former avec elle un projet catéchistique cohérent de pastorale diocésaine.
Ainsi, la catéchèse qui fait partie de la mission évangélisatrice de l’Église et qui en est un " moment " essentiel, puise dans l’évangélisation le dynamisme missionnaire qui la féconde du dedans et lui donne son identité propre. Le ministère de la catéchèse est donc un service ecclésial fondamental dans l’accomplissement du mandat missionnaire de Jésus.
CHAPITRE II La catéchèse dans le processus d’évangélisation
"
Nous l’avons entendu et connu, nos pères nous l’ont raconté ; nous ne le tairons pas à leurs enfants ; nous raconterons à la génération qui vient la puissance du Seigneur et les merveilles qu’Il a accomplies " (
Ps 78,3-4) .
"
Apollos avait été instruit de la Voie du Seigneur et, dans la ferveur de son âme, il prêchait et enseignait avec exactitude ce qui concerne Jésus " (
Ac 18,25) .
60 Ce chapitre expose le rapport de la catéchèse avec les autres éléments de l’évangélisation dont elle est partie intégrante.
Il commence par décrire le rapport entre la catéchèse et la première annonce, qui se réalise dans la mission. Il souligne ensuite le lien étroit entre la catéchèse et les sacrements de l’initiation chrétienne. Puis il met en évidence le rôle fondamental de la catéchèse dans la vie ordinaire de l’Église, dans sa tâche d’éduquer en permanence à la foi.
Ce chapitre porte une attention particulière au rapport entre la catéchèse et l’enseignement de la religion à l’école car les deux activités sont interdépendantes et, avec l’éducation chrétienne dans la famille, elles sont essentielles à la formation de l’enfance et de la jeunesse.
Première annonce et catéchèse
61 La première annonce est destinée aux non-croyants et à ceux qui, de fait, vivent dans l’indifférence religieuse. Elle a pour objet l’annonce de l’Évangile et l’appel à la conversion. La catéchèse, qui se " distingue de la première annonce de l’Évangile ",
[182] développe et porte à maturité la conversion initiale en éduquant le converti à la foi et en l’incorporant dans la communauté chrétienne. Ainsi, ces deux formes du ministère de la Parole sont distinctes et se complètent.
La première annonce qui est du devoir de chaque chrétien est une réponse à l’appel de Jésus à ses disciples : " Allez ".
[183]
Cette première annonce engage par conséquent à sortir, à se hâter, à proposer. La catéchèse, au contraire, part de la condition mise par Jésus lui-même : " celui qui croira ",
[184] celui qui se convertira, celui qui se décidera. Les deux actions sont essentielles et s’appellent mutuellement : aller et accueillir, annoncer et éduquer, appeler et incorporer.
62 Dans la pratique pastorale, cependant, les frontières entre les deux actions ne sont pas facilement définissables. Souvent, les personnes qui accèdent à la catéchèse ont besoin, de fait, d’une conversion authentique. C’est pourquoi l’Église souhaite, en général, qu’une première étape du processus catéchistique soit consacrée à susciter la conversion.
[185] Dans la " missio ad gentes ", cette tâche s’effectue dans le " pré-catéchuménat ".
[186] Dans la situation qui requiert la " nouvelle évangélisation, on a recours à la catéchèse kérygmatique " que certains appellent " précatéchèse ",
[187] parce que, en s’inspirant du pré-catéchuménat, elle est une proposition de la Bonne Nouvelle en vue d’une option de foi solide. C’est uniquement à partir de la conversion, c’est-à-dire en comptant sur l’attitude intérieure de " celui qui croira ", que la catéchèse proprement dite jouera son rôle spécifique d’éducation à la foi.
[188]
Le fait que la catéchèse accomplisse, en un premier temps, cette tâche missionnaire, ne dispense pas l’Église particulière de promouvoir une intervention action institutionnelle de première annonce comme accomplissement plus direct du mandat missionnaire de Jésus. Le renouveau catéchistique doit se fonder sur cette évangélisation missionnaire préalable.
La catéchèse, " moment " essentiel du processus d’évangélisation
63 L’exhortation apostolique
Catechesi Tradendae, en situant la catéchèse dans la mission de l’Église, rappelle que l’évangélisation est une réalité riche, complexe et dynamique, faite de " moments " essentiels et différents entre eux. Et elle ajoute : " La catéchèse est l’un de ces moments - et combien remarquable - de tout le processus d’évangélisation ".
[189] Cela veut dire qu’il y a des activités qui " préparent "
[190] la catéchèse et d’autres qui en " découlent ".
[191]
Le " moment " de la catéchèse est le temps pendant lequel prend forme la conversion à Jésus-Christ ; il établit les fondements de la première adhésion. Les convertis, par " une formation à la vie chrétienne intégrale et un apprentissage mené de la façon qui convient ",
[192] sont initiés au mystère du Salut et à un mode de vie évangélique. Il s’agit, en effet, de les " initier à la plénitude de la vie chrétienne ".
[193]
64 En exerçant de diverses manières cette tâche d’initiation du ministère de la Parole, la catéchèse établit les fondements de l’édifice de la foi.
[194] D’autres tâches de ce ministère élèveront ensuite les étages de l’édifice.
La catéchèse d’initiation est ainsi le maillon reliant l’activité missionnaire, qui appelle à la foi, à l’activité pastorale qui régénère la communauté chrétienne. Il ne s’agit donc pas d’une activité facultative, mais fondamentale pour développer aussi bien la personnalité du disciple que celle de la communauté. Sans elle, l’activité missionnaire serait vaine. Sans elle, encore, l’activité pastorale n’aurait pas de fondement et serait donc superficielle, vague : le moindre coup de vent ferait s’écrouler l’édifice.
[195]
En vérité, " la croissance intérieure de l’Église, sa correspondance avec le dessein de Dieu, dépendent essentiellement d’elle ".
[196] En ce sens, la catéchèse doit être considérée comme un moment prioritaire dans l’évangélisation.
La catéchèse au service de l’initiation chrétienne
65 La foi, par laquelle l’homme répond à l’annonce de l’Évangile, exige le baptême. Le lien intime entre foi et baptême s’enracine dans la volonté même du Christ qui ordonne à ses apôtres de faire de toutes les nations ses disciples et de les baptiser. " La mission de baptiser, donc la mission sacramentelle, est impliquée dans la mission d’évangéliser ".
[197]
En recevant les sacrements de l’initiation chrétienne - le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie -, ceux qui se sont convertis à Jésus-Christ et ont été éduqués à la foi par la catéchèse, sont " délivrés de la puissance des ténèbres ; morts avec le Christ, ensevelis avec Lui et ressuscités avec lui, ils reçoivent l’Esprit d’adoption des enfants et célèbrent avec tout le Peuple de Dieu le mémorial de la mort et de la résurrection du Seigneur ".
[198]
La catéchèse est ainsi un élément fondamental de l’initiation chrétienne ; elle est étroitement liée aux sacrements de l’initiation, surtout au Baptême, " sacrement de la foi ".
[199] Le maillon qui relie la catéchèse au baptême est la profession de foi ; celle-ci est, à la fois, l’élément intérieur de ce sacrement et l’objectif de la catéchèse. La finalité de l’activité catéchistique est précisément de favoriser une profession de foi vivante, explicite et agissante.
[200] Pour y parvenir, l’Église transmet aux catéchumènes et à ceux qu’il faut catéchiser, son expérience vivante de l’Évangile, sa foi, afin qu’ils se l’approprient en la professant à leur tour. Par conséquent, " la catéchèse authentique est toujours initiation ordonnée et systématique à la Révélation que Dieu a faite de lui-même à l’homme, en Jésus-Christ, Révélation gardée dans la mémoire profonde de l’Église et dans les Saintes Écritures, et constamment communiquée, par une " traditio " vivante et active, d’une génération à l’autre ".
[201]
Caractéristiques fondamentales de la catéchèse d’initiation
67 " Moment essentiel " du processus d’évangélisation, au service de l’initiation chrétienne, la catéchèse revêt certaines caractéristiques.
[202] Elle est :
- Une formation organique et systématique de la foi. Le Synode de 1977 a souligné la nécessité d’une catéchèse " structurée et cohérente ",
[203] étant donné que l’approfondissement du mystère chrétien distingue fondamentalement la catéchèse de toutes les autres formes d’annonce de la Parole de Dieu.
- Cette formation organique est plus qu’un enseignement : elle est un apprentissage de toute la vie chrétienne, " une initiation chrétienne intégrale "
[204] qui permet une vie authentique à la suite du Christ, centrée sur sa Personne. Il s’agit, en effet, d’éduquer à la connaissance et à la vie de foi, de sorte que l’homme tout entier, dans ses expériences les plus profondes, se sente fécondé par la Parole de Dieu. Le disciple du Christ sera ainsi aidé à transformer le vieil homme, à assumer les promesses de son Baptême et à professer la foi à partir du " cœur ".
[205]
- Elle est une formation de base, essentielle,
[206] centrée sur le noyau de l’expérience chrétienne, sur les certitudes de la foi et sur les valeurs évangéliques les plus fondamentales. La catéchèse établit les fondements de l’édifice spirituel du chrétien, nourrit les racines de sa vie de foi, en le préparant à recevoir la nourriture solide dans la vie ordinaire de la communauté chrétienne.
68 En résumé, organique et systématique, la catéchèse d’initiation ne peut être un fait circonstanciel ou occasionnel ;
[207] apprentissage de la vie chrétienne, elle va au-delà - d’un simple enseignement tout en l’incluant - ;
[208] essentielle, elle porte sur ce qui est " ordinaire " pour le chrétien, sans aborder les questions disputées ni se transformer en recherche théologique. Enfin, initiation, elle incorpore dans la communauté qui vit, célèbre et témoigne de la foi. Elle accomplit donc en même temps des tâches d’initiation, d’éducation et d’instruction.
[209] Cette richesse, inhérente au catéchuménat des adultes non-baptisés, doit inspirer les autres formes de catéchèse.
La catéchèse au service de l’éducation permanente de la foi
69 L’éducation permanente de la foi suit l’éducation de base et la suppose. Toutes deux sont des formes du ministère de la Parole, distinctes et complémentaires, au service du processus permanent de conversion.
La catéchèse d’initiation établit les fondements de la vie chrétienne chez les disciples de Jésus. Le processus permanent de conversion va au-delà de ce qu’apporte la catéchèse de base. Pour favoriser ce processus, il faut une communauté chrétienne qui accueille les catéchumènes, les soutienne et les forme dans la foi. " La catéchèse risque de se stériliser si une communauté de foi et de vie chrétienne n’accueille pas le catéchumène à un certain stade de sa catéchèse ".
[210] En accompagnant le catéchumène, la communauté le fait vivre pleinement au milieu d’elle.
L’éducation permanente de la foi dans la communauté chrétienne
70 Dans la communauté chrétienne, les disciples de Jésus s’alimentent à une double table : " tant celle de la Parole de Dieu que celle du Corps du Christ ".
[211] L’Évangile et l’Eucharistie sont la nourriture constante du pèlerin dans sa marche vers la maison du Père. L’action de l’Esprit Saint fait que le don de la " communion " et l’engagement pour la " mission " sont vécus de manière toujours plus profonde et intense.
L’éducation permanente de la foi s’adresse non seulement à chaque chrétien qu’elle accompagne dans sa marche vers la sainteté, mais aussi à la communauté chrétienne qu’elle fait mûrir dans sa vie intime d’amour de Dieu et des frères et dans son ouverture missionnaire au monde. Le désir et la prière de Jésus au Père sont un appel incessant : " Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé ".
[212] Pour s’approcher peu à peu de cet idéal, la communauté a besoin d’une grande fidélité à l’action de l’Esprit Saint, de s’alimenter sans cesse au Corps et au Sang du Seigneur et d’éduquer sa foi en permanence, dans l’écoute de la Parole.
À cette table de la Parole de Dieu, l’homélie occupe une place privilégiée car " elle reprend l’itinéraire de foi proposé par la catéchèse et le porte à son achèvement naturel ; en même temps, elle pousse les disciples du Seigneur à reprendre chaque jour leur itinéraire spirituel dans la vérité, l’adoration et l’action de grâce ".
[213]
Les nombreuses formes de catéchèse permanente
71 Dans l’éducation permanente de la foi, le ministère de la Parole peut compter sur de nombreuses formes de catéchèse, parmi lesquelles :
- L’étude et l’approfondissement de l’Écriture Sainte, lue non seulement dans l’Église, mais avec l’Église et avec sa foi toujours vivante. Cela aide à découvrir la vérité divine, de façon à susciter une réponse de foi. La " lectio divina " est une des formes par excellence de cette étude vitale de l’Écriture.
[214]
- La lecture chrétienne des événements, que réclame la vocation missionnaire de la communauté chrétienne. À ce sujet, l’étude de la doctrine sociale de l’Église est indispensable puisque " son but principal est d’interpréter ces réalités (celles, complexes, de la vie de l’homme dans la société et dans le contexte international), en examinant leur conformité ou leurs divergences avec les orientations de l’enseignement de l’Évangile ".
[215]
- La catéchèse liturgique qui prépare aux sacrements et favorise une compréhension et une expérience plus profonde de la liturgie. Elle explique les contenus des prières, le sens des gestes et des signes, elle éduque à la participation active, à la contemplation et au silence. Elle doit être considérée " comme une forme éminente de catéchèse ".
[216]
- La catéchèse occasionnelle qui aide à interpréter et à vivre dans une vision de foi certaines circonstances de la vie personnelle, familiale et sociale.
[217]
- Les initiatives de formation spirituelle qui renforcent les convictions, ouvrent à de nouveaux horizons et aident à persévérer dans la prière et dans les engagements de la " sequela Christi ".
- L’approfondissement systématique du message chrétien par un enseignement théologique qui éduque vraiment à la foi, qui fait grandir dans l’intelligence de la foi et donne au chrétien la capacité de rendre compte de son espérance dans le monde actuel.
[218] En un certain sens, on pourrait appeler cet enseignement " catéchèse de perfectionnement ".
72 Il est extrêmement important que la catéchèse d’initiation pour les adultes - baptisés ou non -, la catéchèse d’initiation - pour les enfants et les jeunes - et la catéchèse permanente soient reliées entre elles dans le projet catéchistique de la communauté chrétienne, afin que l’Église particulière grandisse harmonieusement et que son activité évangélisatrice découle de sources sûres. " Il importe que catéchèse d’enfants et de jeunes, catéchèse permanente, catéchèse d’adultes ne soient pas des domaines étanches. Il faut favoriser leur parfaite complémentarité ".
[219]
Le caractère propre de l’enseignement de la religion à l’école : Catéchèse et enseignement de la religion à l’école
73 Une attention spéciale mérite d’être portée - au sein du ministère de la Parole - sur le caractère propre de l’enseignement religieux à l’école et sur son rapport avec la catéchèse des enfants et des jeunes.
L’enseignement de la religion à l’école et la catéchèse ont un rapport distinct et complémentaire : " Il existe un lien indissoluble et, à la fois, une nette distinction entre l’enseignement de la religion et la catéchèse ".
[220]
Ce qui confère à l’enseignement de la religion à l’école sa caractéristique, c’est qu’il est appelé à pénétrer le milieu culturel et à entrer en relation avec d’autres formes du savoir. En tant que forme originale du ministère de la parole, en effet, cet enseignement insère l’Évangile dans le processus personnel d’assimilation, systématique et critique, de la culture.
[221]
Dans l’univers culturel intériorisé par les élèves et défini par les connaissances et par les valeurs offertes par d’autres disciplines scolaires, l’enseignement de la religion à l’école dépose le ferment dynamique de l’Évangile et tente de " rejoindre vraiment les autres éléments du savoir et de l’éducation, afin que l’Évangile imprègne la mentalité des élèves sur le terrain de leur formation et que l’harmonisation de leur culture se fasse à la lumière de la foi ".
[222]
D’où la nécessité que l’enseignement de la religion à l’école apparaisse comme une discipline scolaire, avec la même exigence d’ordre et de rigueur qu’ont les autres disciplines. Il doit présenter le message et l’événement chrétien avec le même sérieux et la même profondeur que ceux mis en œuvre par les autres disciplines pour présenter leurs connaissances. À leurs côtés, il ne se situe pas comme une chose accessoire, mais comme l’élément d’un indispensable dialogue interdisciplinaire. Ce dialogue doit s’instaurer, avant tout, à ce niveau où chaque discipline influe sur la personnalité de l’élève. Ainsi, la présentation du message chrétien jouera sur la manière de concevoir l’origine du monde et le sens de l’histoire, le fondement des valeurs éthiques, le rôle de la religion dans la culture, la destinée de l’homme, le rapport avec la nature. L’enseignement religieux à l’école, à travers ce dialogue interdisciplinaire, fonde, renforce, développe et complète l’action éducative de l’école.
[223]
Le contexte scolaire et les destinataires de l’enseignement scolaire de la religion
74 L’enseignement de la religion à l’école s’exerce dans des contextes scolaires différents, ce qui fait que, tout en maintenant son caractère propre, il prend des accentuations diverses. Celles-ci dépendent des conditions juridiques et organisationnelles, de la conception de l’enseignement, des présupposés personnels des enseignants et des élèves, ainsi que des rapports de l’enseignement de la religion à l’école avec la catéchèse familiale et paroissiale.
On ne peut réduire à une seule forme tous les modèles d’enseignement de la religion à l’école qui sont apparus au cours de l’histoire, suite aux conventions avec les États et aux délibérations des conférences épiscopales. Il est pourtant nécessaire de s’engager afin que cet enseignement, selon ses présupposés, réponde à sa finalité et à ses caractéristiques particulières.
[224]
Les élèves " ont le droit d’apprendre avec vérité et certitude la religion à laquelle ils appartiennent. On ne peut négliger leur droit à connaître plus à fond la personne du Christ ainsi que l’intégrité de l’annonce du salut qu’il a apporté. Le caractère confessionnel de l’enseignement de la religion dans l’école, dispensé par l’Église selon les modalités et les formes établies en chaque pays, est donc une garantie indispensable offerte aux familles et aux élèves qui choisissent cet enseignement ".
[225]
Pour l’école catholique, cet enseignement de la religion, en étant qualifié et complété par d’autres formes du ministère de la Parole (catéchèses, célébrations liturgiques, etc.), est une partie indispensable de leur tâche pédagogique et le fondement de leur existence.
[226]
L’enseignement de la religion, dans le cadre de l’école publique et de l’école non-confessionnelle, là où les autorités civiles ou d’autres circonstances imposent qu’il soit commun aux catholiques et aux non-catholiques, aura un caractère plus œcuménique et servira à une connaissance interreligieuse commune.
[227]
En d’autres circonstances, l’enseignement scolaire de la religion pourra prendre un caractère plutôt culturel, s’intéressant à la connaissance des religions, tout en présentant la religion catholique avec l’importance qui lui revient.
[228] Dans ce cas également, surtout s’il est dispensé par un professeur sincèrement respectueux, il garde une dimension de vraie " préparation évangélique ".
75 La situation de vie et de foi des élèves qui fréquentent l’enseignement religieux dans l’école est caractérisée par une mutation continue et considérable. L’enseignement religieux à l’école doit tenir compte de ce donné pour pouvoir rejoindre ses propres finalités.
L’enseignement scolaire de la religion aide les élèves croyants à mieux comprendre le message chrétien par rapport aux grands problèmes de l’existence qui sont communs aux religions et caractéristiques de tout être humain, par rapport aux conceptions de la vie les plus répandues dans la culture, et aux principaux problèmes moraux qui concernent l’humanité actuelle.
Quant aux élèves qui sont en phase de recherche, ou confrontés à des doutes religieux, ils pourront trouver dans l’enseignement religieux scolaire ce qu’est exactement la foi en Jésus-Christ, quelles sont les réponses de l’Église à leurs questions, leur permettant de mieux peser leur décision personnelle.
Enfin, pour les élèves non-croyants, l’enseignement scolaire de la religion revêt les caractéristiques d’une annonce missionnaire de l’Évangile, en vue d’une décision de foi que la catéchèse, de son côté, dans un contexte communautaire, fera grandir et mûrir.
Éducation chrétienne en famille, catéchèse et enseignement de la religion à l’école au service de l’éducation dans la foi
76 L’éducation chrétienne en famille, la catéchèse et l’enseignement de la religion à l’école, chacun selon ses caractéristiques propres, sont intimement liés entre eux, au service de l’éducation chrétienne des enfants, des adolescents et des jeunes. Sur le plan pratique, il faut cependant tenir compte des variations qui se présentent, afin de procéder avec réalisme et prudence pastorale à l’application des orientations générales.
Il appartient, par conséquent, à chaque diocèse ou région pastorale de discerner les diverses circonstances, soit en ce qui concerne l’existence ou non d’une initiation chrétienne dans le milieu familial, soit en ce qui concerne les tâches éducatives exercées dans la tradition ou la situation locale par les paroisses, les écoles, etc.
Les Églises particulières et la conférence épiscopale donneront donc les orientations propres aux divers milieux, en encourageant des activités qui sont, à la fois, distinctes et complémentaires.
CHAPITRE III Nature, but et tâches de la catéchèse
" .
Que toute langue proclame de Jésus-Christ qu’il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père " (
Ph 2,11) .
77 Après avoir défini la place de la catéchèse dans la mission évangélisatrice de l’Église, ses rapports avec les divers éléments de l’évangélisation et avec les autres formes du ministère de la Parole, ce chapitre entend réfléchir particulièrement à ce qui suit :
- la nature ecclésiale de la catéchèse, c’est-à-dire le sujet agissant de la catéchèse : l’Église animée par l’Esprit ;
- la finalité qu’elle poursuit fondamentalement en catéchisant ;
- les tâches par lesquelles elle réalise cette finalité, qui constituent ses objectifs les plus immédiats ;
- la gradualité interne au processus catéchistique et l’inspiration catéchuménale qui l’anime.
D’autre part, ce chapitre approfondit davantage le caractère propre de la catéchèse - déjà décrit dans le chapitre précédent lors de l’étude des relations qu’elle établit avec les autres activités ecclésiales.
La catéchèse, une action de nature ecclésiale
78 La catéchèse est un acte essentiellement ecclésial.
[229] Le vrai sujet de la catéchèse est l’Église qui, continuant la mission du Maître, Jésus, et, sous l’action de l’Esprit, a été appelée à être éducatrice de la foi. Par conséquent, l’Église, en imitant la Mère du Seigneur, conserve fidèlement l’Évangile dans son cœur,
[230] elle l’annonce, le célèbre, le vit et le transmet, par la catéchèse, à tous ceux qui ont décidé de suivre Jésus-Christ.
Cette transmission de l’Évangile est un acte vivant de tradition ecclésiale :
[231]
- En effet, l’Église transmet la foi qu’elle-même vit : son intelligence du mystère de Dieu et de son dessein de salut ; sa vision de la très haute vocation de l’homme ; le style de vie évangélique qui communique la joie du Royaume ; l’espérance qui l’envahit ; l’amour qu’elle ressent pour l’humanité et pour toutes les créatures de Dieu.
- L’Église transmet la foi d’une manière active, elle la sème dans le cœur des catéchumènes et des catéchisés, pour féconder leurs expériences les plus profondes.
[232] La profession de foi reçue de l’Église ("
traditio "), en germant et en grandissant tout au long du processus catéchistique, est restituée ("
redditio "), enrichie des valeurs des différentes cultures.
[233] Le catéchuménat devient ainsi un centre fondamental de développement de la catholicité et un ferment de renouveau de l’Église.
79 En transmettant la foi et la vie nouvelle - par l’initiation chrétienne - l’Église agit comme la mère des hommes qui engendre des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu.
[234] Précisément " parce qu’elle est notre mère, elle est aussi l’éducatrice de notre foi ".
[235] Elle est, à la fois, mère et éducatrice. Par la catéchèse, elle nourrit ses fils de sa propre foi et les incorpore dans la famille de l’Église. En mère pleine de bonté, elle leur offre l’Évangile dans toute son authenticité et sa pureté, comme une nourriture adaptée, culturellement enrichie, comme une réponse aux aspirations les plus profondes du cœur de l’homme.
But de la catéchèse : la communion avec Jésus-Christ
80 " Le but définitif de la catéchèse est de mettre quelqu’un non seulement en contact mais en communion, en intimité, avec Jésus-Christ ".
[236]
Toute l’activité évangélisatrice tend à favoriser la communion avec Jésus-Christ. À partir de la conversion " initiale "
[237] d’une personne au Seigneur, provoquée par l’Esprit Saint avec la première annonce, la catéchèse se propose de donner un fondement à cette première adhésion et de la faire mûrir. Il s’agit d’aider celui qui vient de se convertir à " .mieux connaître ce Jésus auquel il s’est livré : connaître son "mystère", le Royaume de Dieu qu’il annonce, les exigences et les promesses contenues dans son message évangélique, les sentiers qu’il a tracés pour quiconque veut le suivre ".
[238] Le Baptême est le sacrement " par lequel nous sommes conformés au Christ ",
[239] et qui soutient par sa grâce, l’œuvre de la catéchèse.
81 La communion avec Jésus-Christ, de par sa dynamique intrinsèque, pousse le disciple à s’unir à tout ce à quoi Jésus-Christ était lui-même profondément uni : à Dieu, son Père, qui l’avait envoyé dans le monde, et à l’Esprit Saint qui lui donnait l’élan pour la mission ; à l’Église, son corps, pour laquelle il se livra, et aux hommes, ses frères, dont il a voulu partager la condition.
Le but de la catéchèse s’exprime dans la profession de foi au Dieu unique : Père, Fils et Saint-Esprit
82 La catéchèse est la forme particulière du ministère de la Parole qui fait mûrir la conversion initiale, jusqu’à ce qu’elle devienne une profession de foi vivante, explicite et agissante : " La catéchèse naît de la profession de foi et mène à la profession de foi ".
[240]
La profession de foi, lors du Baptême,
[241] est éminemment trinitaire. L’Église baptise "
au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit " (
Mt 28,19),
[242] Dieu un et trine, auquel le chrétien confie sa vie. La catéchèse d’initiation prépare - avant et après le Baptême - à cet engagement décisif. La catéchèse permanente aidera à faire mûrir la profession de foi, à la proclamer dans l’Eucharistie et à renouveler les engagements qu’elle implique. Il est important que la catéchèse sache bien faire le lien entre la profession de foi christologique, "
Jésus est le Seigneur " et la profession de foi trinitaire, "
Je crois au Père, au Fils et au Saint-Esprit ", puisqu’il ne s’agit que de deux manières d’exprimer la même foi chrétienne. Celui qui, dans la première annonce, se convertit à Jésus-Christ et le reconnaît comme Seigneur, entreprend un processus qui, avec l’aide de la catéchèse, conduit nécessairement à la profession explicite de la Trinité.
Par la profession de foi en l’unique Dieu, le chrétien renonce à servir tout autre absolu humain : pouvoir, plaisir, race, ancêtres, État, argent.,
[243] et se libère de toute idole qui le rend esclave. Il proclame sa volonté de servir Dieu et les hommes sans aucune entrave. En professant sa foi en la Trinité, communion de personnes, le disciple de Jésus-Christ manifeste, en même temps, que l’amour de Dieu et du prochain est le principe qui informe son être et son agir.
83 La profession de foi n’est complète qu’en référence à l’Église. Chaque baptisé proclame individuellement le Credo car aucun acte n’est plus personnel. Mais il le récite dans l’Église et par son intermédiaire, en tant que l’un de ses membres. Le " je crois " et le " nous croyons " s’impliquent mutuellement.
[244] En fondant sa profession dans celle de l’Église, le chrétien est incorporé à sa mission : être " sacrement universel de salut " pour la vie du monde. Celui qui proclame la profession de foi prend des engagements qui lui vaudront souvent la persécution. Dans l’histoire chrétienne, les annonciateurs et les témoins par excellence sont les martyrs.
[245]
Les tâches de la catéchèse réalisent son but
84 Le but de la catéchèse est atteint à travers diverses tâches qui s’impliquent mutuellement.
[246] Pour les mettre en œuvre, la catéchèse s’inspirera de la méthode suivie par Jésus pour former ses disciples : il leur faisait connaître les diverses dimensions du Royaume de Dieu ("
À vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu " - Mt 13,1) ;
[247] il leur apprenait à prier (
" Lorsque vous priez, dites : Père. " -
Lc 11,2) ;
[248] il leur proposait les attitudes évangéliques (
" Mettez-vous à mon école car je suis doux et humble de cœur " -
Mt 11,29), il les initiait à la mission (
" Il les envoya deux par deux. " Lc 10,1).
[249]
Les tâches de la catéchèse correspondent à l’éducation des diverses dimensions de la foi, car la catéchèse est une formation chrétienne intégrale, " ouverte à toutes les composantes de la vie chrétienne ".
[250] En vertu de sa dynamique interne, la foi exige d’être connue, célébrée, vécue et traduite en prière. La catéchèse doit promouvoir chacune de ces dimensions. Mais la foi se vit dans la communauté chrétienne et s’annonce dans la mission : c’est une foi partagée et annoncée. Ces dimensions doivent également être favorisées par la catéchèse.
Le Concile Vatican II a exprimé ces tâches ainsi : " la formation catéchistique qui éclaire et fortifie la foi nourrit la vie selon l’Esprit du Christ, achemine à la participation consciente et active au mystère liturgique et incite à l’action apostolique ".
[251]
Les tâches fondamentales de la catéchèse : aider à connaître, à célébrer, à vivre et à contempler le mystère du Christ
85 Les tâches fondamentales de la catéchèse sont :
- Favoriser la connaissance de la foi
Celui qui a rencontré le Christ souhaite le connaître toujours plus, tout comme il souhaite connaître le dessein du Père qu’il a révélé. La connaissance des contenus de la foi (
fides quae) est requise par l’adhésion à la foi (
fides qua).
[252] Dans l’ordre humain déjà, lorsqu’on aime une personne, on souhaite la connaître toujours davantage. La catéchèse doit donc conduire " à faire percevoir peu à peu la vérité tout entière du dessein divin ",
[253] en formant les disciples de Jésus-Christ à la connaissance de la Tradition et des Écritures qui sont " la science éminente de Jésus-Christ " (
Ph 3,8).
[254]
L’approfondissement dans la connaissance de la foi donne une lumière chrétienne à l’existence humaine, nourrit la vie de foi, et permet d’en rendre raison dans le monde. La remise du symbole, synthèse de l’Écriture Sainte et de la foi de l’Église, exprime la réalisation de cette tâche.
- L’éducation liturgique
En effet, " le Christ est toujours là, auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques ".
[255] La communion avec Jésus-Christ conduit à célébrer sa présence salutaire dans les sacrements, et, en particulier, dans l’Eucharistie. L’Église souhaite ardemment que tous les fidèles chrétiens soient conduits à cette participation pleine, consciente et active qu’exige la nature de la liturgie elle-même, comme aussi la dignité de leur sacerdoce baptismal.
[256] Aussi, la catéchèse doit-elle favoriser non seulement la connaissance de la signification de la liturgie et des sacrements, mais aussi éduquer les disciples de Jésus-Christ " à la prière, à l’action de grâce, à la pénitence, aux prières faites avec confiance, au sens communautaire, au langage des symboles. " ;
[257] tout cela est nécessaire à une vie liturgique authentique.
- La formation morale
Se convertir à Jésus-Christ implique de marcher à sa suite. Aussi la catéchèse doit-elle transmettre aux disciples les attitudes mêmes du Maître. Ils suivront ainsi un itinéraire de transformation intérieure, au long duquel, par leur participation au mystère pascal du Seigneur, ils " passent du vieil homme à l’homme nouveau dans le Christ ".
[258] Le Sermon sur la Montagne, dans lequel Jésus reprend le décalogue et le marque de l’esprit des Béatitudes,
[259] est une référence indispensable dans l’éducation morale, aujourd’hui si nécessaire. L’évangélisation, qui " comporte également l’annonce et la proposition de la morale ",
[260] répand toute sa puissance d’interpellation, quand, avec la parole annoncée, elle sait offrir également la parole vécue. Ce témoignage moral, auquel la catéchèse prépare, doit savoir mettre en valeur les conséquences sociales des exigences évangéliques.
[261]
- Enseigner à prier
La communion avec Jésus-Christ conduit les disciples à prendre la même attitude de prière et de contemplation qui fut celle du Maître. Apprendre à prier avec Jésus c’est prier avec les mêmes sentiments qu’il exprimait lorsqu’il s’adressait au Père : d’adoration, de louange, d’action de grâce, de confiance filiale, de supplication, d’admiration pour sa gloire. Ces sentiments se reflètent dans le
Notre Père, la prière que Jésus enseigna à ses disciples et qui est le modèle de toute prière chrétienne. La "
remise du Notre Père ",
[262] synthèse de tout l’Évangile,
[263] est donc l’expression authentique de l’accomplissement de cette tâche. Lorsque la catéchèse est donnée dans un climat de prière, l’apprentissage de toute la vie chrétienne atteint toute sa profondeur. Ce climat devient particulièrement nécessaire lorsque le catéchumène et les catéchisés ont à faire face aux aspects les plus exigeants de l’Évangile et se sentent faibles, ou lorsqu’ils découvrent - avec émerveillement - l’action de Dieu dans leur vie.
Autres tâches fondamentales de la catéchèse : initiation et éducation à la vie communautaire et à la mission
86 La catéchèse rend le chrétien capable de vivre en communauté et de participer activement à la vie et à la mission de
l’Église. Le Concile Vatican II souligne la nécessité, pour les pasteurs, de " développer vraiment l’esprit communautaire ",
[264] et, pour les catéchumènes, d’" apprendre à coopérer activement à l’évangélisation et à la construction de l’Église ".
[265]
- L’éducation à la vie communautaire
a) La vie chrétienne en communauté ne s’improvise pas ; il y faut
éduquer avec soin. Dans cet apprentissage, l’enseignement de Jésus sur la vie communautaire, rapporté dans l’Évangile de Saint Matthieu, appelle certaines attitudes que la catéchèse devra inculquer : l’esprit de simplicité et d’humilité (" si vous ne retournez à l’état des enfants. " -
Mt 18,3) ; le souci des plus petits ("
si quelqu’un scandalise l’un de ces petits. " -
Mt 18,6) ; l’attention particulière pour ceux qui se sont éloignés ("
aller à la recherche de la brebis égarée " - Mt 18,12) ; la correction fraternelle ("
reprends-le,
seul à seul " -
Mt 18,15) ; la prière en commun ("
si deux d’entre vous unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit " - Mt 18,19) ; le pardon réciproque (
" jusqu’à soixante-dix-sept fois. " -
Mt 18,22). L’amour fraternel unifie toutes ces attitudes ("
aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés " - Jn 13,34) .
b) En éduquant au sens communautaire, la catéchèse prendra soin aussi de la dimension œcuménique et encouragera les attitudes fraternelles à l’égard des membres des autres Églises et communautés chrétiennes. Dans ce but, la catéchèse exposera donc clairement toute la doctrine de l’Église catholique en évitant des expressions ou des développements qui risquent d’induire en erreur. Elle favorisera en outre " une bonne connaissance des autres confessions ",
[266] avec lesquelles existent des biens communs tels que " la parole de Dieu écrite, la vie de la grâce, la foi, l’espérance et la charité, et d’autres dons intérieurs du Saint-Esprit ".
[267] La catéchèse aura une dimension œcuménique dans la mesure où elle saura susciter et alimenter un " vrai désir de l’unité ",
[268] non pas en vue d’un irénisme facile, mais en vue de l’unité parfaite, quand le Seigneur le voudra et par les voies qu’il voudra.
- L’initiation à la mission
a) La catéchèse est également ouverte au dynamisme missionnaire.
[269] Elle s’efforce de faire en sorte que les disciples de Jésus sachent être présents, en chrétiens, dans la société, dans la vie professionnelle, culturelle et sociale. Elle les préparera aussi à apporter leur collaboration dans les divers services d’Église, selon la vocation de chacun. Cet engagement pour l’évangélisation découle, chez les fidèles laïcs, des sacrements de l’initiation chrétienne et du caractère séculier de leur vocation.
[270] Il est également important de tout mettre en œuvre en vue de susciter des vocations sacerdotales et de particulière consécration à Dieu dans les diverses formes de vie religieuse et apostolique, et en vue d’allumer dans le secret des cœurs des vocations spécifiquement missionnaires.
Les attitudes évangéliques proposées par Jésus à ses disciples, lorsqu’il les initia à la mission, sont celles-là mêmes que la catéchèse doit promouvoir : aller à la recherche de la brebis égarée ; annoncer et guérir en même temps ; se présenter comme pauvres, sans or ni besace ; savoir accepter le rejet et la persécution ; mettre sa confiance dans le Père et dans le soutien de l’Esprit Saint ; n’attendre en récompense que la joie de travailler pour le Royaume.
[271]
b) En éduquant à ce sens missionnaire, la catéchèse formera au dialogue interreligieux qui peut rendre les fidèles capables d’une communication fructueuse avec les hommes et les femmes appartenant à d’autres religions.
[272] La catéchèse fera ressortir que le lien de l’Église avec les religions non chrétiennes est, tout d’abord, celui de l’origine et de la destinée communes du genre humain, tout comme celui des multiples " semences de la Parole " déposées par Dieu dans ces religions. La catéchèse aidera aussi à savoir concilier, et, en même temps, distinguer, l’" annonce du Christ " et le " dialogue interreligieux ". Ces deux éléments, bien que restant intimement liés, ne doivent être ni confondus ni tenus pour équivalents.
[273] En effet " le dialogue ne dispense pas de l’évangélisation ".
[274]
Quelques considérations sur l’ensemble de ces tâches
87 Les tâches de la catéchèse constituent donc un ensemble, aux aspects riches et variés, qui mérite quelques considérations :
- Les tâches sont toutes nécessaires. Comme l’organisme humain a besoin pour vivre que tous ses organes fonctionnent, la vie chrétienne, pour atteindre sa maturité, a besoin que soient cultivées toutes ses dimensions : la connaissance de la foi, la vie liturgique, la formation morale, la prière, l’appartenance communautaire, l’esprit missionnaire. Si la catéchèse néglige une seule de ces dimensions, la foi chrétienne n’atteindra pas son plein développement.
- Chaque tâche, à sa manière, réalise le but de la catéchèse. La formation morale, par exemple, est essentiellement christologique et trinitaire, pleine de signification ecclésiale et ouverte à la dimension sociale. Il en est de même de l’éducation liturgique, essentiellement religieuse et ecclésiale, mais aussi très exigeante dans son engagement d’évangélisation en faveur du monde.
- Les tâches s’impliquent mutuellement et se développent ensemble. Chaque grand thème catéchistique, comme, par exemple, la catéchèse sur Dieu le Père, a une dimension de connaissance et des implications morales ; elle est intériorisée dans la prière et assumée dans le témoignage. Une tâche en appelle une autre : la connaissance de la foi rend apte à la mission ; la vie sacramentelle donne la force pour la transformation morale.
- Pour réaliser ses tâches, la catéchèse a recours à deux grands moyens : la transmission du message évangélique et l’expérience de la vie chrétienne.
[275] Dans l’éducation liturgique, par exemple, il faut expliquer ce qu’est la liturgie chrétienne et ce que sont les sacrements ; mais il faut aussi faire faire l’expérience des différents types de célébration, faire découvrir et aimer les symboles, le sens des gestes corporels, etc. Dans la formation morale, il faut non seulement transmettre le contenu de la morale chrétienne, mais cultiver activement les attitudes évangéliques et les valeurs chrétiennes.
- On éduque aux différentes dimensions de la foi aussi bien sous leur aspect de " don " que sous leur aspect d’" engagement ", de devoir. La connaissance de la foi, la vie liturgique, la " sequela Christi " sont chacune un don de l’Esprit reçu dans la prière et, en même temps, une incitation à étudier, au niveau spirituel, moral et du témoignage. Il faut cultiver les deux aspects.
[276]
- Chaque dimension de la foi, comme celle-ci dans son ensemble, doit s’enraciner dans l’expérience humaine, et ne pas rester un élément postiche ou isolé. La connaissance de la foi est pleine de sens, elle illumine toute l’existence et elle dialogue avec la culture ; dans la liturgie, toute la vie personnelle est une offrande spirituelle ; la morale de l’Évangile assume et élève les valeurs humaines ; la prière est ouverte à tous les problèmes personnels et sociaux.
[277]
Comme l’indiquait le Directoire de 1971, " il est très important que la catéchèse conserve cette richesse d’aspects variés, de sorte qu’aucun aspect ne soit isolé au détriment des autres ".
[278]
Le catéchuménat baptismal : structure et gradualité
88 La foi, animée par la grâce de Dieu et alimentée par l’action de l’Église, connaît un processus de maturation. La catéchèse, au service de cette croissance, est une activité graduelle. Une catéchèse opportune se fait par degrés.
[279]
Dans le catéchuménat baptismal, la formation s’échelonne sur quatre étapes :
- le
pré-catéchuménat,
[280] temps de la première évangélisation en vue de la conversion, pendant lequel on explicite le kérygme de la première annonce ;
- le
catéchuménat [281] proprement dit, destiné à la catéchèse intégrale et au commencement duquel a lieu la " remise des Évangiles " ;
[282]
- le temps de la
purification et illumination,
[283] qui prépare plus intensément aux sacrements d’initiation, et pendant lequel ont lieu " la remise du Symbole "
[284] et la " remise de la Prière du Seigneur " ;
[285]
- le temps de la
mystagogie,
[286] caractérisé par l’expérience des sacrements et par l’entrée dans la communauté.
89 Ces étapes, pleines de la sagesse de la grande tradition catéchuménale, inspirent la gradualité de la catéchèse.
[287] Au temps des Pères de l’Église, en effet, la formation proprement catéchuménale se faisait par la
catéchèse biblique, centrée sur la narration de l’Histoire du Salut ; la préparation immédiate au Baptême, par la
catéchèse doctrinale, qui expliquait le Symbole et le Notre Père qui venaient d’être remis, ainsi que leurs implications morales ; et l’étape qui suivait les sacrements de l’initiation, par la
catéchèse mystagogique, qui aidait à intérioriser ces sacrements et à s’incorporer dans la communauté. Cette conception patristique continue d’être une source de lumière pour le catéchuménat actuel et pour la catéchèse d’initiation.
Celle-ci, comme accompagnement du processus de conversion, est essentiellement graduelle ; et, étant au service de celui qui a décidé de suivre Jésus-Christ, elle est éminemment christocentrique.
Le catéchuménat baptismal, inspirateur de la catéchèse dans l’Église
90 La
mission ad gentes étant le paradigme de toute l’action missionnaire de l’Église, le catéchuménat baptismal, qui lui est lié, est le modèle dont s’inspire son action catéchistique.
[288] Aussi est-il important de souligner les éléments du catéchuménat qui doivent inspirer la catéchèse actuelle, ainsi que la signification de cette inspiration. Cependant, il faut relever qu’il y a une différence fondamentale entre les catéchisés et les catéchumènes,
[289] et de même entre la catéchèse
post-baptismale et la catéchèse
pré-baptismale qui leur sont respectivement dispensées. Les premiers ont reçu les sacrements d’initiation, ils " ont déjà été introduits dans l’Église et sont devenus fils de Dieu par le Baptême. Le fondement de leur conversion est donc le Baptême déjà reçu, dont ils doivent développer la puissance ".
[290]
91 Face à cette différence substantielle, il est utile de considérer maintenant quelques éléments du catéchuménat baptismal qui doivent inspirer la catéchèse post-baptismale :
- Le catéchuménat baptismal ne cesse de rappeler à toute l’Église l’importance fondamentale de la fonction de l’initiation, avec les facteurs de base qui la constituent : la catéchèse et les sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Eucharistie. La pastorale d’initiation chrétienne est vitale pour chaque Église particulière.
- Le catéchuménat baptismal est une responsabilité
de toute la communauté chrétienne. En effet, " cette initiation chrétienne doit être l’œuvre non pas des seuls catéchistes ou des seuls prêtres, mais de toute la communauté des fidèles, spécialement celle des parrains ".
[291] L’institution catéchuménale accroît ainsi dans l’Église la conscience de la maternité spirituelle qu’elle exerce dans toute forme d’éducation à la foi.
[292]
- Le catéchuménat baptismal est tout imprégné du
mystère de la Pâque du Christ. C’est pourquoi " toute l’initiation doit révéler clairement son caractère pascal ".
[293] La Veillée pascale, centre de la liturgie chrétienne, et sa spiritualité baptismale, sont une source d’inspiration pour toute la catéchèse.
- Le catéchuménat baptismal est aussi le premier lieu
d’inculturation. En suivant l’exemple de l’Incarnation du Fils de Dieu, qui s’est fait homme à un moment concret de l’histoire, l’Église accueille les catéchumènes tels qu’ils sont, avec leurs liens culturels. Toute l’action catéchistique participe à cette fonction d’incorporer dans la catholicité de l’Église les authentiques " semences de la Parole " répandues parmi les individus et les peuples.
[294]
- Enfin, concevoir le catéchuménat baptismal comme "un processus de formation et une véritable école de la foi ", c’est doter la catéchèse post-baptismale d’une dynamique et de certaines notes qui la qualifient : l’intensité et l’intégrité de la formation ; son caractère graduel, avec des étapes définies ; son lien avec des rites, des symboles et des signes, spécialement bibliques et liturgiques ; sa référence constante à la communauté chrétienne.
La catéchèse post-baptismale, sans se calquer sur la configuration du catéchuménat baptismal, et en reconnaissant aux catéchisés leur état de baptisés, fera bien de s’inspirer de cette " école préparatoire à la vie chrétienne ",
[295] en se laissant féconder par les principaux éléments qui la caractérisent.