DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI
À SA GRÂCE ROWAN WILLIAMS,
ARCHEVÊQUE DE CANTERBURY
Jeudi 23 novembre 2006
Votre Grâce,
Chers amis,
Grâce et paix à vous dans le Seigneur Jésus Christ! Votre visite ici aujourd'hui rappelle l'importante tradition établie par nos prédécesseurs au cours des récentes décennies. Elle nous rappelle également l'histoire beaucoup plus longue des relations entre le Siège de Rome et le Siège de Canterbury, qui a commencé lorsque le Pape Grégoire le Grand envoya saint Augustin dans la terre des Anglo-saxons, il y a plus de 1400 ans. Je suis heureux de vous accueillir aujourd'hui, ainsi que l'éminente délégation qui vous accompagne. Ce n'est pas la première fois que nous nous rencontrons. En effet, j'ai apprécié votre présence, ainsi que celle d'autres représentants de la Communion anglicane, aux funérailles du Pape Jean-Paul II, et également lors de l'inauguration de mon Pontificat il y a un an et demi.
Votre visite au Saint-Siège coïncide avec le quarantième anniversaire de la visite de celui qui était alors l'Archevêque de Canterbury, D. Michael Ramsey, au Pape Paul VI. Ce fut une visite pleine de grandes promesses, car les Anglicans et l'Eglise catholique entreprirent d'instaurer un dialogue sur les questions qui devaient être affrontées dans la recherche de l'unité pleine et visible.
Il existe de nombreux motifs de satisfaction dans nos relations au cours de ces quarante dernières années. Le travail de la commission pour le dialogue théologique a été une source d'encouragement dans l'examen des questions liées à la doctrine qui, dans le passé, nous ont séparés. L'amitié et les bonnes relations existant dans de nombreux lieux entre les anglicans et les catholiques ont contribué à créer un nouveau contexte dans lequel notre témoignage commun à l'Evangile de Jésus Christ a été alimenté et promu. Les visites des Archevêques de Canterbury au Saint-Siège ont servi à renforcer ces relations et ont joué un rôle important pour affronter les obstacles qui nous séparent. Cette tradition a contribué à la réalisation d'une rencontre constructive entre les évêques anglicans et catholiques à Mississauga, au Canada, en mai 2000, où il a été décidé de créer une commission commune d'évêques en vue d'identifier les moyens appropriés pour manifester dans la vie ecclésiale les progrès déjà accomplis. Nous rendons grâce à Dieu pour tout cela.
Dans le contexte actuel, toutefois, et en particulier dans le monde occidental sécularisé, il existe de nombreuses influences et pressions négatives qui touchent les chrétiens et les communautés chrétiennes. Au cours des trois dernières années, vous avez parlé ouvertement des tensions et des difficultés qui pèsent sur la Communion anglicane, et par conséquent, de l'incertitude liée à l'avenir de la Communion elle-même. Les récents développements, spécialement en ce qui concerne le ministère ordonné et certains enseignements moraux, ont affecté non seulement les relations internes au sein de la Communion anglicane, mais également les relations entre la Communion anglicane et l'Eglise catholique. Nous croyons que ces questions, qui font actuellement l'objet de discussions au sein de la Communion anglicane, revêtent une importance vitale pour prêcher l'Evangile dans son intégrité, et que vos débats actuels façonneront l'avenir de nos relations. Souhaitons que le travail du dialogue théologique, qui a enregistré un degré important de consensus sur ces questions ainsi que sur d'autres questions théologiques importantes, continuera de faire l'objet d'un discernement attentif de votre part. Notre prière sincère vous accompagne dans ces débats. Nous formons le voeu fervent que la Communion anglicane demeure enracinée dans les Evangiles et la Tradition apostolique, qui forment notre patrimoine commun et qui constituent la base de notre aspiration commune à travailler au service de l'unité pleine et visible.
Le monde a besoin de notre témoignage et de la force qui provient d'une proclamation unanime de l'Evangile. Les immenses souffrances de la famille humaine et les formes d'injustice qui frappent de façon négative la vie de tant de personnes constituent un appel urgent en vue de notre témoignage et de notre service communs. C'est précisément pour cette raison, même parmi les difficultés actuelles, que nous poursuivons notre dialogue théologique. Je souhaite que votre visite contribue à trouver des façons constructives de progresser dans les conditions actuelles.
Puisse le Seigneur continuer de vous bénir, ainsi que votre famille, et puisse-t-il vous renforcer dans votre ministère au service de la Communion anglicane!
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DISCOURS DE L'ARCHEVÊQUE DE CANTERBURY
Votre Sainteté,
Je suis très heureux de pouvoir vous rencontrer dans cette ville, qui a été sanctifiée dès les origines de l'ère chrétienne par le ministère des Apôtres Pierre et Paul, et où tant de vos prédécesseurs ont rendu un noble témoignage de l'Evangile de Notre Seigneur Jésus Christ, qui appelle à la conversion.
Au début de mon ministère d'Archevêque de Canterbury, j'ai eu l'opportunité de rendre visite à votre bien-aimé et vénéré prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, et de lui transmettre les salutations des Eglises de la famille anglicane dans le monde, qui réunissent près de quatre-vingts millions de chrétiens. Le Pape Jean-Paul II a inspiré un grand nombre de personnes à travers le monde par son dévouement au Christ et, comme vous le savez, il a gagné une place particulière dans le coeur de nombreuses personnes, au-delà de l'Eglise catholique romaine, par la compassion et la ténacité qu'il a manifestées à tous dans son ministère.
Notre rencontre est aussi l'occasion de rappeler et de célébrer la visite que rendit il y a quarante ans, mon prédécesseur, l'Archevêque Michael Ramsey au Pape Paul VI, rencontre entre les responsables des Eglises anglicane et catholique romaine qui instaura un processus de réconciliation et d'amitié qui se poursuit encore aujourd'hui. L'anneau que je porte aujourd'hui est l'anneau épiscopal que le Pape Paul VI offrit à l'Archevêque Michael, cette croix est le don du Pape Jean-Paul II, symbole de notre engagement commun à oeuvrer ensemble à l'unité pleine et visible de la famille chrétienne.
C'est dans ce même esprit fraternel que j'accomplis à présent cette visite, car je crois que nous devrions poursuivre ensemble le chemin d'amitié qu'ils commencèrent. J'ai été encouragé par la manière dont, dès le début de votre ministère comme Evêque de Rome, vous avez souligné l'importance de l'oecuménisme dans votre ministère. Si la Bonne Nouvelle de Jésus Christ doit être intégralement proclamée à un monde qui en a besoin, la réconciliation de tous les chrétiens dans la vérité et l'amour de Dieu est alors un élément vital de notre témoignage.
Je l'affirme en ayant conscience que le chemin vers l'unité n'est pas un chemin facile, et que les discussions sur la façon dont nous appliquons l'Evangile aux défis que pose la société moderne peuvent souvent obscurcir, voire menacer les résultats du dialogue, du témoignage commun et du service. Dans le monde moderne, aucune partie de la famille chrétienne n'agit sans que cela n'ait un impact profond sur nos partenaires oecuméniques; seule une solide base d'amitié dans le Christ pourra nous permettre d'être honnêtes dans notre dialogue les uns avec les autres sur ces difficultés, et de rechercher des façons de progresser qui s'efforcent d'être pleinement fidèles à la charge qui est la nôtre en tant que disciples du Christ. Je viens donc ici aujourd'hui, afin de célébrer la poursuite de la collaboration entre les anglicans et les catholiques romains, mais aussi en étant prêt à écouter et à comprendre les préoccupations que vous souhaiteriez partager avec moi.
Quoi qu'il en soit, il s'agit d'une tâche qui nous revient à tous deux en tant que pasteurs de la famille chrétienne: être des avocats de la réconciliation, de la justice et de la compassion dans ce monde - être les ambassadeurs du Christ - et je suis certain qu'un échange honnête de nos préoccupations ne pourra pas affaiblir ce que nous pouvons affirmer et proclamer ensemble - l'espérance du salut et de la guérison qui se trouve dans la Grâce et l'Amour de Dieu révélé dans le Christ.
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VISITE OFFICIELLE DE S.E. M. GIORGIO NAPOLITANO,
PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ITALIENNE
DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI*
Lundi 20 novembre 2006
Monsieur le Président de la République,
Je vous suis vivement reconnaissant de cette visite, dont vous me faites l'honneur aujourd'hui, et je vous adresse mes salutations cordiales et, à travers vous, à tout le peuple italien, dont les représentants - au mois de mai dernier - vous ont appelé à assumer la plus haute charge de l'Etat. En cette circonstance solennelle, je souhaite vous renouveler personnellement mes vives félicitations pour la haute charge qui vous a été confiée. J'étends mes salutations également aux membres éminents de la délégation qui vous accompagne. Dans le même temps, je voudrais aussi manifester à nouveau, à l'égard de tous les Italiens, la gratitude que j'ai déjà eu l'occasion d'exprimer au cours de ma visite au Quirinal, le 24 juin 2005. En effet, depuis mon élection, ils me démontrent presque quotidiennement, avec chaleur et enthousiasme, leurs sentiments d'accueil, d'attention et de soutien spirituel dans l'accomplissement de ma mission. Du reste, dans cette réelle proximité avec le Pape trouve une expression significative ce lien particulier de foi et d'histoire qui, depuis des siècles, lie l'Italie au Successeur de Pierre, qui a dans ce pays, par la grâce de la Providence, son siège. Afin d'assurer au Saint-Siège "l'indépendance absolue et visible" et de "lui garantir une souveraineté indiscutable également dans le domaine international", à travers le Traité du Latran a été constitué l'Etat de la Cité du Vatican. En vertu de ce Traité, la République italienne offre à différents niveaux et selon diverses modalités une précieuse et constante contribution à l'accomplissement de ma mission de Pasteur de l'Eglise universelle. La visite au Vatican du chef de l'Etat italien est donc pour moi une heureuse occasion d'adresser ma pensée déférente à toutes les instances de l'Etat, en les remerciant de leur collaboration concrète au service du ministère pétrinien et de l'oeuvre du Saint-Siège.
Votre visite d'aujourd'hui, Monsieur le Président, n'est pas seulement l'heureuse confirmation d'une tradition désormais pluridécennale de visites réciproques, échangées entre le Successeur de Pierre et le plus haut représentant de l'Etat italien, mais elle revêt une signification importante, parce qu'elle permet un temps de réflexion sur les raisons profondes des rencontres qui adviennent entre les représentants de l'Eglise et ceux de l'Etat. Celles-ci me semblent exposées avec clarté par le Concile Vatican II, qui affirme dans la Constitution pastorale "Gaudium et spes": "Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l'Eglise sont indépendantes l'une de l'autre et autonomes. Mais toutes deux, bien qu'à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exerceront d'autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu'elles rechercheront davantage entre elles une saine coopération, en tenant également compte des circonstances de temps et de lieu" (n. 76).
Il s'agit d'une vision partagée également par l'Etat italien qui, dans sa Constitution, affirme avant tout que "l'Etat et l'Eglise catholique sont, chacun dans leur ordre, indépendants et souverains" et elle réaffirme ensuite que "leurs relations sont réglées par les Accords du Latran" (art. 7). Cette définition des relations entre l'Eglise et l'Etat a inspiré également l'Accord qui apporte des modifications au Concordat du Latran, signé par le Saint-Siège et l'Italie le 18 février 1984, dans lequel ont été réaffirmées tant l'indépendance et la souveraineté de l'Etat et de l'Eglise que la "collaboration réciproque pour la promotion de l'homme et pour le bien du pays" (art. 1). Je m'associe volontiers au voeu que vous avez formulé, Monsieur le Président, au début de votre mandat, afin que cette collaboration puisse continuer à se développer de façon concrète. Oui, l'Eglise et l'Etat, tout en étant pleinement distincts, sont tous deux appelés, selon leur mission respective et avec les fins et les moyens qui leur sont propres, à servir l'homme qui est à la fois destinataire et responsable de la mission salvifique de l'Eglise et citoyen de l'Etat. C'est en l'homme que ces deux sociétés se rencontrent et collaborent pour mieux en promouvoir le bien intégral.
Cette sollicitude de la communauté civile à l'égard du bien des citoyens ne peut pas se limiter à certaines dimensions de la personne, telles que la santé physique, le bien-être économique, la formation intellectuelle ou les relations sociales. L'homme se présente devant l'Etat également dans sa dimension religieuse, qui "consiste avant tout en des actes intérieurs volontaires et libres par lesquels l'homme s'ordonne directement à Dieu" (Dignitatis humanae, n. 3). De tels actes "ne peuvent être ni imposés ni interdits" par l'autorité humaine qui, au contraire, est tenue de respecter et de promouvoir cette dimension: comme l'a enseigné avec autorité le Concile Vatican II à propos du droit à la liberté religieuse, personne ne peut être contraint "d'agir contre sa conscience", mais on ne doit pas "être empêché non plus d'agir selon sa conscience, surtout en matière religieuse" (ibid.). Il serait toutefois réducteur de penser que soit suffisamment garanti le droit à la liberté religieuse, lorsqu'on ne lutte pas ou lorsque l'on n'intervient pas sur les convictions personnelles ou que l'on se limite à respecter la manifestation de la foi qui a lieu dans le cadre du lieu de culte. En effet, on ne peut pas oublier que "la nature sociale de l'homme elle-même requiert qu'il exprime extérieurement ces actes internes de religion, qu'en matière religieuse, il ait des échanges avec d'autres, qu'il professe sa religion sous une forme communautaire" (ibid.). La liberté religieuse est donc un droit non seulement de l'individu, mais également de la famille, des groupes religieux et de l'Eglise elle-même (cf. Dignitatis humanae, nn. 4-5.13) et l'exercice de ce droit a une influence sur de nombreux domaines et situations où le croyant peut se trouver et agir. Un respect adapté du droit à la liberté religieuse implique donc l'engagement du pouvoir civil à "assurer des conditions favorables au développement de la vie religieuse en sorte que les citoyens soient à même d'exercer effectivement leurs droits et de remplir leurs devoirs religieux, et que la société elle-même jouisse des biens de justice et de la paix découlant de la fidélité des hommes envers Dieu et sa sainte volonté" (Dignitatis humanae, n. 6).
Ces principes élevés proclamés par le Concile Vatican II sont, du reste, le patrimoine de nombreuses sociétés civiles, y compris l'Italie. Ils sont en effet présents à la fois dans la Charte constitutionnelle italienne et dans les nombreux documents internationaux qui proclament les droits de l'homme. Et vous aussi, Monsieur le Président, vous n'avez pas manqué de rappeler de manière opportune la nécessité de la reconnaissance qu'il faut donner à la dimension sociale et publique du fait religieux. Le Concile lui-même rappelle que, lorsque la société respecte et promeut la dimension religieuse de ses membres, elle reçoit en échange les "biens de justice et de la paix découlant de la fidélité des hommes envers Dieu et sa sainte volonté" (ibid.). La liberté que l'Eglise et les chrétiens revendiquent, ne porte pas préjudice aux intérêts de l'Etat ou d'autres groupes sociaux et ne vise pas à une suprématie autoritaire sur ceux-ci, mais elle est plutôt la condition afin que, comme je l'ai dit au cours du récent Congrès national ecclésiastique qui s'est tenu à Vérone, puisse être mené à bien ce précieux service que l'Eglise rend à l'Italie et à chaque pays où elle est présente. Ce service rendu à la société, qui consiste principalement à "donner des réponses positives et convaincantes aux attentes et aux interrogations de notre peuple" (cf. Discours aux participants au Congrès national ecclésial à Vérone) en offrant à leur vie la lumière de la foi, la force de l'espérance et la chaleur de la charité, s'exprime également dans le domaine civil et politique. En effet, s'il est vrai que par sa nature et sa mission "l'Eglise n'est pas et n'entend pas être un agent politique", elle a toutefois "un intérêt profond pour le bien de la communauté politique" (ibid.).
Cette contribution spécifique est offerte principalement par les fidèles laïcs qui, en agissant en toute responsabilité et en faisant usage du droit de participation à la vie publique, s'engagent avec les autres membres de la société à "construire un ordre juste dans la société" (ibid.). Par ailleurs, dans leur action, ils s'appuient sur "des valeurs fondamentales et des principes anthropologiques et éthiques enracinés dans la nature de l'être humain" (ibid.), également reconnaissable à travers le juste usage de la raison. Ainsi, lorsqu'ils s'engagent par la parole et par l'action à affronter les grands défis actuels, représentés par les guerres et par le terrorisme, par la faim et par la soif, par l'extrême pauvreté de tant d'êtres humains, par certaines épidémies terribles, mais aussi par la protection de la vie humaine à toutes ses étapes, de la conception à la mort naturelle, et par la promotion de la famille, fondée sur le mariage et première responsable de l'éducation, ils n'agissent pas dans leur propre intérêt particulier ou au nom de principes perceptibles uniquement par ceux qui professent une croyance religieuse déterminée: ils le font au contraire dans le contexte et selon les règles de la coexistence démocratique, pour le bien de toute la société et au nom de valeurs que toute personne ayant une juste sensibilité peut partager. La preuve en est apportée par le fait que la plupart des valeurs que j'ai mentionnées sont proclamées par la Constitution italienne qui fut rédigée, il y a bientôt soixante ans, par des hommes ayant des positions et des idées différentes.
Monsieur le Président, je voudrais conclure ces réflexions par le souhait cordial que la nation italienne sache avancer sur la voie du progrès authentique et puisse offrir à la Communauté internationale sa précieuse contribution, en promouvant toujours ces valeurs humaines et chrétiennes qui nourrissent son histoire, sa culture, son patrimoine d'idées, son patrimoine juridique et artistique, et qui sont, toujours à présent, à la base de l'existence et de l'engagement de ses citoyens. Dans cet effort, bien sûr, la contribution loyale et généreuse offerte par l'Eglise catholique à travers l'enseignement de ses Evêques, que je rencontrerai prochainement lors de leur visite ad limina Apostolorum, et grâce à l'oeuvre de tous les fidèles, ne fera pas défaut. C'est ce souhait que je forme également à travers la prière par laquelle j'implore de Dieu tout-puissant une Bénédiction particulière sur ce noble pays, sur ses habitants et en particulier sur ceux qui en conduisent la destinée.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.48 p.5.
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CONCERT OFFERT AU PAPE BENOÎT XVI
PAR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBBLIQUE D'ALLEMAGNE
DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI
Salle Clémentine
Samedi 18 novembre 2006
Monsieur le Président de la République,
Messieurs les Cardinaux,
Vénérés Frères dans l'épiscopat,
Mesdames et Messieurs,
Je désire tout d'abord exprimer mes remerciements personnels et particuliers aux quatre musiciens du "Philharmonia Quartett Berlin", Daniel Stabrawa, Christian Stadelmann, Neithard Resa et Jan Diesselhorst, pour ce concert magistral qu'ils nous ont offert. Messieurs, au cours des vingt années de votre activité commune de concertistes, en tant que quatuor d'instruments à corde, vous avez acquis une renommée au niveau international, que vous avez également confirmée aujourd'hui par votre style raffiné, votre manière parfaite de jouer ensemble, la grande richesse d'expression dans les nuances délicates du son et la merveilleuse harmonie de votre ensemble. Jouer ensemble en solistes exige de la personne non seulement l'exercice de toutes ses capacités techniques et musicales dans l'exécution de sa propre partie, mais aussi de savoir toujours se mettre en retrait dans une écoute attentive des autres. Ce n'est que si l'on parvient à cela, c'est-à-dire si chacun ne se met pas au centre, mais, dans un esprit de service, s'insère dans l'ensemble et, pour ainsi dire, se met à disposition comme "instrument", afin que la pensée du compositeur puisse devenir son et rejoindre le coeur des auditeurs, que l'on parvient à une interprétation véritablement magistrale - comme celle que nous venons d'entendre. Et cela représente une belle image également pour nous qui, dans le cadre de l'Eglise, nous engageons à être des "instruments" afin de communiquer aux hommes la pensée du grand "Compositeur", dont l'oeuvre est l'harmonie de l'univers.
Je vous remercie, Monsieur le Président de la République, car vous nous avez permis de vivre cette intense expérience d'écoute musicale précieuse, et je vous suis également reconnaissant des paroles courtoises avec lesquelles vous nous avez salués et avez préparé notre âme à l'écoute de cette interprétation musicale magistrale. J'adresse également un remerciement sincère à tous ceux qui ont contribué à la réalisation du concert. Cher Président, vous ne pouviez pas me faire de plus beau cadeau.
Les compositions que nous venons d'écouter nous ont aidés à méditer sur la complexité de la vie et sur les petits événements quotidiens. Chaque journée est un mélange de joie et de douleur, d'espérance et de déception, d'attentes et de surprises, qui s'alternent de manière mouvementée et qui éveillent en nous les questions fondamentales sur "d'où" venons-nous, "vers où" allons-nous et sur le sens véritable de notre existence elle-même. La musique, qui exprime toutes ces perceptions de l'âme, offre à l'auditeur en une heure comme celle-ci la possibilité de scruter, comme dans un miroir, les événements de sa propre histoire et de l'histoire universelle. Mais elle nous offre encore plus: à travers ses sons, elle nous conduit comme dans un autre monde et apporte en nous l'harmonie. Ayant ainsi atteint un tel moment de paix, nous sommes en mesure de voir, comme d'un point élevé, les réalités mystérieuses que l'homme cherche à déchiffrer et que la lumière de la foi nous aide à mieux comprendre. En effet, nous pouvons imaginer l'histoire du monde comme une merveilleuse symphonie que Dieu a composée et dont il dirige lui-même l'exécution, en sage chef d'orchestre. Même si la partition nous semble parfois complexe et difficile, Il la connaît de la première à la dernière note. Nous ne sommes pas appelés à prendre en main la baguette du chef d'orchestre, et encore moins à changer les mélodies selon notre goût. Mais nous sommes appelés, chacun à notre place et avec nos propres capacités, à collaborer avec le grand Maître dans l'exécution de son merveilleux chef-d'oeuvre. Au cours de l'interprétation, il nous sera aussi donné de comprendre peu à peu le dessein grandiose de la partition divine.
Ainsi, chers amis, nous voyons comment la musique peut nous conduire à la prière: elle nous invite à élever l'esprit vers Dieu pour trouver en Lui les raisons de notre espérance et le soutien face aux difficultés de la vie. Fidèles à ses commandements et respectueux de son plan salvifique, nous pouvons construire ensemble un monde dans lequel retentisse la mélodie réconfortante d'une symphonie d'amour transcendante. Ce sera même l'Esprit divin qui nous fera tous devenir des instruments bien accordés et des collaborateurs responsables d'une merveilleuse interprétation, à travers laquelle s'exprime au cours des siècles le dessein du salut universel.
En renouvelant l'assurance de ma gratitude aux membres du "Philharmonia Quartett Berlin" et à ceux qui ont contribué à la réalisation de cette soirée musicale, j'assure chacun de mon souvenir dans la prière et je donne à tous avec affection ma Bénédiction.
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DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI
AUX PARTICIPANTS À L'ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE DU
CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION DE
L'UNITÉ DES CHRÉTIENS
Salle Clémentine
Vendredi 17 novembre 2006
Monsieur le Cardinal,
Vénérés frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
chers frères et soeurs!
"A vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ" (Rm 1, 7). C'est avec ce souhait de saint Paul aux Romains que je m'adresse à vous, qui consacrez votre intelligence, votre amour et votre zèle à la promotion de la pleine communion de tous les chrétiens, selon la volonté du Seigneur lui-même qui a prié pour cette unité à la veille de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Je remercie avant tout votre Président, Monsieur le Cardinal Walter Kasper, pour son salut et son riche compte-rendu du travail de votre Assemblée plénière, et je vous remercie, vous tous qui avez apporté à cette rencontre votre expérience et votre espérance, en vous engageant à identifier les réponses adaptées à une situation en évolution. C'est précisément sur cela que porte le thème que vous avez choisi et étudié: "La situation oecuménique en évolution". Nous vivons une période de grands changements dans presque tous les domaines de la vie; il ne faut donc pas s'étonner si cela a une influence également sur la vie de l'Eglise et sur les relations entre les chrétiens.
Toutefois, il faut dire dès le départ que, en dépit des changements de situations, de sensibilités et de problématiques, le but du mouvement oecuménique demeure inchangé: l'unité visible de l'Eglise. Comme on le sait, le Concile Vatican II considéra comme l'un des ses principaux objectifs le rétablissement de la pleine unité entre tous les chrétiens (cf. Unitatis redintegratio, n. 1). Cela est également mon intention. Je profite volontiers de cette occasion pour répéter et confirmer, avec une conviction renouvelée, ce que j'ai affirmé au début de mon ministère sur la Chaire de Pierre: "Son successeur actuel [de Pierre] - ai-je dit - prend comme premier engagement de travailler sans épargner ses forces à la reconstruction de l'unité pleine et visible de tous les fidèles du Christ. Telle est son ambition, tel est son devoir pressant". Et j'ai ajouté: "Le Successeur actuel de Pierre se laisse interpeller personnellement par cette question et il est disposé à faire tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir la cause fondamentale de l'oecuménisme" (Insegnamenti, vol. I, 2005, p. 11).
En vérité, du Concile Vatican II à nos jours, de nombreux pas vers la pleine unité ont été accomplis. J'ai devant les yeux l'image de la Salle du Concile où les Observateurs délégués des autres Eglises et communautés ecclésiales étaient attentifs, mais silencieux. Cette image a laissé la place, dans les décennies successives, à la réalité d'une Eglise en dialogue avec toutes les Eglises et communautés ecclésiales d'Orient et d'Occident. Le silence s'est transformé en une parole de communion. Un immense travail a été accompli au niveau universel et au niveau local. La fraternité entre tous les chrétiens a été redécouverte et rétablie comme condition de dialogue, de coopération, de prière commune, de solidarité. C'est ce que mon prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, de vénérée mémoire, a mis en évidence dans l'Encyclique sur l'engagement oecuménique, dans laquelle il a, entre autres, affirmé de façon explicite que "la progression de la communion est le fruit précieux des relations entre les chrétiens et du dialogue théologique qu'ils entretiennent. Les relations et le dialogue ont rendu les chrétiens conscients des données de la foi qu'ils ont en commun" (Enc. Ut unum sint, n. 49). Cette Encyclique soulignait les fruits positifs des relations oecuméniques entre les chrétiens tant d'Orient que d'Occident. Comment ne pas rappeler, dans ce contexte, l'expérience de communion vécue avec les représentants des autres Eglises et communautés ecclésiales venus de tous les continents pour prendre part aux funérailles de l'inoubliable Pape Jean-Paul II et également à l'inauguration de mon pontificat? Le partage de la douleur et de la joie est un signe visible de la nouvelle situation créée parmi les chrétiens. Que Dieu en soit béni! Ma visite imminente à Sa Sainteté Bartholomaios I et au Patriarcat oecuménique constituera un signe supplémentaire de considération pour les Eglises orthodoxes, et agira comme un encouragement - nous en sommes certains - pour hâter le pas vers le rétablissement de la pleine communion.
De façon réaliste, toutefois, nous devons reconnaître que beaucoup de chemin reste encore à accomplir. Depuis le Concile Vatican II, la situation a changé sous de nombreux aspects et le Cardinal Kasper nous a décrit les grandes lignes de ces changements. Les bouleversements rapides dans le monde ont eu des répercussions également sur l'oecuménisme. Un grand nombre des vénérables Eglises d'Orient, à l'époque du Concile, vivaient dans des conditions d'oppression à cause des régimes dictatoriaux. Aujourd'hui, elles ont retrouvé leur liberté et sont engagées dans un vaste processus de réorganisation et de revitalisation. Nous sommes proches d'elles à travers nos sentiments et notre prière. La partie orientale et la partie occidentale de l'Europe se rapprochent; cela encourage les Eglises à coordonner leurs efforts en vue de la sauvegarde de la tradition chrétienne et pour l'annonce de l'Evangile aux nouvelles générations. Une telle collaboration devient particulièrement urgente du fait de la situation de sécularisation avancé, notamment dans le monde occidental. Heureusement, après une période de nombreuses difficultés, le dialogue théologique entre les Eglises catholiques et les Eglises orthodoxes a connu un nouvel élan. La Commission mixte internationale de dialogue a pu se rencontrer de façon positive à Belgrade, bénéficiant de l'accueil généreux de l'Eglise orthodoxe de Serbie. Nous nourrissons de grandes espérances pour le chemin futur qui sera accompli dans le respect des légitimes différences en matière de théologie, de liturgie et de discipline, en vue d'atteindre une communion de foi et d'amour toujours plus pleine, dans laquelle un échange toujours plus profond entre les richesses spirituelles de chaque Eglise est possible.
Avec les communautés ecclésiales d'Occident également, nous avons instauré divers dialogues bilatéraux, ouverts et amicaux, qui enregistrent des progrès dans la connaissance réciproque, dans le dépassement des préjugés, dans la confirmation de certaines convergences, et dans l'identification plus précise des véritables divergences. Je voudrais mentionner en particulier la "Déclaration commune sur la Doctrine de la Justification", à laquelle nous sommes parvenus dans le dialogue avec la Fédération luthérienne mondiale et le fait que le Conseil méthodiste mondial, pour sa part, a donné son assentiment à cette Déclaration. Entre-temps sont apparues diverses problématiques importantes, qui exigent un approfondissement et un accord. Il reste avant tout la difficulté de trouver une conception commune sur la relation entre l'Evangile et l'Eglise et, en relation à cela, sur le mystère de l'Eglise et de son unité et sur la question du ministère dans l'Eglise. De nouvelles difficultés sont ensuite apparues dans le domaine éthique; ainsi, les différentes positions adoptées par les confessions chrétiennes sur les problématiques actuelles ont affaibli leur influence sur la formation de l'opinion publique. Précisément de ce point de vue, un dialogue approfondi sur l'anthropologie chrétienne est nécessaire, ainsi que sur l'interprétation de l'Evangile et sur son application concrète.
Ce qui, de toutes façons, doit être avant tout promu, est l'oecuménisme de l'amour, qui découle directement du commandement nouveau laissé par Jésus à ses disciples. L'amour accompagné de gestes cohérents engendre la confiance, ouvre les coeurs et les yeux. Le dialogue de la charité, de par sa nature, promeut et illumine le dialogue de la vérité: c'est en effet dans la pleine unité qu'aura lieu la rencontre définitive à laquelle conduit l'Esprit du Christ. Ce ne sont certainement pas le relativisme ou un irénisme facile et faux qui résolvent la recherche oecuménique. Au contraire, ceux-ci la déforment et la désorientent. Il faut ensuite intensifier la formation oecuménique, en partant des fondements de la foi chrétienne, c'est-à-dire de l'amour de Dieu qui s'est révélé dans le visage de Jésus Christ et qui a en même temps révélé, dans le Christ, l'homme à l'homme et lui a fait comprendre sa très haute vocation (cf. Gaudium et spes, n. 22). Ces deux dimensions essentielles sont soutenues par la coopération pratique entre les chrétiens, qui "exprime vivement l'union déjà existante entre eux, et [elle] met en plus lumineuse évidence le visage du Christ serviteur" (Unitatis redintegratio, n. 12).
En conclusion de ces paroles, je veux répéter l'importance tout à fait particulière de l'oecuménisme spirituel. C'est donc à juste titre que le Conseil pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens s'engage dans celui-ci, en s'appuyant sur la prière, sur la charité, sur la conversion du coeur pour un renouveau personnel et communautaire. Je vous exhorte à poursuivre sur cette voie, qui a déjà porté tant de fruits, et qui en portera d'autres encore. Pour ma part, je vous assure du soutien de ma prière tandis que, en gage de ma confiance et de mon affection, je donne à tous ma Bénédiction apostolique particulière.
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