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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX RELIGIEUX DES INSTITUTS CLÉRICAUX ET LAÏCS
Samedi 12 janvier 1980

Fils très chers !
1. Je suis vraiment heureux de me trouver avec vous ce matin dans la familiarité de cette audience. J’accorde à cet entretien une signification et une affection toutes particulières. Il vous est tout entier consacré aujourd’hui, vous Frères laïcs de différentes congrégations dont la contribution est si importante pour la vie et les activités de vos familles religieuses respectives et, d’une manière plus générale, pour la vie de toute l’Église. En vous recevant, c’est mon intention de souligner l’estime que l’Église porte à votre fonction et de vous proposer une réflexion qui mette en relief les aspects propres de votre choix de vie.
En vous ouvrant donc les portes de ma maison, Frères très chers, je vous ouvre grandes également celles de mon cœur et je vous adresse un salut affectueux qui, à travers vos personnes, entend atteindre tous les religieux laïcs éparpillés dans le monde et leur apporter le témoignage de mon estime sincère et de ma haute considération.
2. Vous êtes appelés à cheminer vers la perfection sur la route des conseils évangéliques professés avec un engagement généreux et total. Vous faites en effet pleinement partie des « religieux ». Le Concile Vatican II, comme vous le savez, a confirmé solennellement le principe selon lequel votre choix de vie a constitué en soi un état complet de profession des Conseils évangéliques » (décret Perfectae caritatis, n. 10) et il a employé un mot particulier pour vous « confirmer » dans votre vocation (cf. ibid.) afin que votre « certitude » renouvelée au sujet de la validité de votre engagement puisse consolider vos résolutions et leur imprimer un élan plus dynamique et plus généreux.
Pour cela, ranimez en vous la conscience et la joie de votre état de personne consacrée : le Christ doit être le but et la mesure de votre vie. Votre vocation a eu son origine dans la rencontre avec Lui : la foi en Lui a déterminé le « oui » de votre engagement, l’espérance de son aide et soutient maintenant la réalisation persévérante, l’amour qu’il a allumé dans vos cœurs alimente l’élan nécessaire pour le dépassement des difficultés inévitables et pour le renouvellement quotidien de votre don.
3. Dans le Christ qui « est descendu du ciel pour nous les hommes et pour notre salut » vous avez découvert aussi la raison profonde de votre don à vos frères. C’est un point qui mérite que l’on s’y arrête et que l’on y réfléchisse. Votre consécration religieuse a non seulement renforcé le don baptismal d’union à la Trinité mais il vous a également appelés à un plus grand service du Peuple de Dieu.
Vous devez vivre votre service, quel qu’il soit avec l’esprit ouvert sur toute l’Église : vous contribuez à sa vie par votre activité et par votre témoignage (cf. Lumen gentium, 44). Il est opportun ici de descendre dans le concret pour essayer de mettre en lumière quelques aspects caractéristiques de la richesse que votre vie religieuse laïque représente pour l’Église.
Votre profession religieuse se situe, avant tout, dans la ligne de la consécration baptismale et exprime la bipolarité du sacerdoce universel qui se fonde dans cette consécration. C’est, en effet dans la vie religieuse laïque que se réalisent l’offrande du sacrifice spirituel, l’exercice du culte en esprit et en vérité auxquels chaque chrétien est appelé. En même temps, c’est en elle que résonne devant le monde la proclamation très claire des merveilles du salut. Une double direction caractérise donc votre vie : vers Dieu et vers les hommes, et à la base de l’une et de l’autre il y a le même et unique sacerdoce baptismal ; dans l’une et l’autre s’exprime le même amour répandu dans le cœur de l’Esprit (cf. Rm 5, 5) ; dans l’une et l’autre se trouve vécu en plénitude le charisme identique du « laïcat » donné par la grâce des sacrements de l’initiation chrétienne.
Il y a plus. Le texte du décret Perfectae caritatis mentionne une forme particulière de « service ecclésial » que les religieux laïcs sont appelés à développer. Ils participent de manière très utile « à la charge pastorale de l’Église dans l’éducation de la jeunesse, le soin des malades et d’autres formes d’apostolat » (n. 10) qui ne sont pas spécifiés par la suite mais que chacun de vous peut illustrer en pensant à l’activité qu’il développe. Il est alors important que chacun de vous soit pleinement conscient du caractère essentiellement ecclésial de son travail, quel qu’il soit.
C’est surtout vrai selon le dynamisme intérieur de la grâce, puisque votre consécration religieuse, par sa nature, oriente vers la vie du Corps mystique chaque forme d’activité à laquelle vous êtes appelés en vertu de l’obéissance. Le croyant sait bien que l’importance de sa contribution à la vie de l’Église ne dépend pas tant du type d’activités qu’il développe que du poids de foi et d’amour qu’il sait mettre dans l’accomplissement de son service, aussi humble qu’il puisse apparaître.
Je tiens à souligner ensuite la « complémentarité » qui existe entre votre témoignage et celui du laïcat « séculier ». En effet, le témoignage des laïcs qui vivent dans le monde peut vous être utile pour vous rappeler que votre consécration ne doit ni vous rendre indifférents au salut des hommes ni aux progrès terrestres, qui sont aussi voulus par Dieu. Réciproquement, au laïcat engagé dans le monde, votre témoignage peut rappeler avec profit que le progrès terrestre n’est pas une fin en soi.
Ceci vous met, si vous me permettez l’expression, au point de « soudure » entre les réalités humaines et les réalités ecclésiales, entre le royaume de l’homme et le Royaume de Dieu : par vos tâches matérielles qui conditionnent la bonne marche de la Communauté tout entière, par votre service apostolique à côté de vos confrères prêtres, par votre présence dans le monde scolaire, celui du travail, de la technologie, vous êtes appelés à développer une fonction de raccordement, soit à l’intérieur de vos familles religieuses respectives en vue d’une meilleure unité organique, soit dans le monde extérieur des professions et du travail où vous pouvez jouer un rôle très important pour favoriser un rapprochement de ces milieux avec l’Église.
4. Il est clair que la délicatesse d’une position semblable comporte aussi des risques : il subsiste, en effet, toujours la tentation de perdre de vue « les choses éternelles », de « se laïciser » en laissant refroidir les rapports vitaux avec Dieu et en perdant ainsi le contact avec la Source d’où proviennent l’aliment et le soutien pour chaque activité.
Votre travail, en effet, ne devient une expression vivante de la consécration au Seigneur que s’il se réfère explicitement à lui dans une volonté consciemment renouvelée de vie consacrée. Cela suppose, avant tout, une révision de vie quotidienne sur la fidélité aux engagements pris lors de la profession religieuse. Soyez généreux, fils très chers, dans la fidélité à la voix du Christ qui vous a appelés à le suivre de près par la pratique de la pauvreté, de la chasteté et de l’obéissance.
5. Sachez en outre conserver cette « primauté de la vie spirituelle » dont parle le décret Perfectae caritatis (cf. n. 6). La vie intérieure trouve son aliment — le texte le rappelle — dans le recours assidu aux sources authentiques de la spiritualité chrétienne que sont la Sainte-Écriture et la liturgie.
À propos de cette dernière, rappelez-vous toujours que la participation consciente à la prière liturgique vous aidera à vous comprendre vous-mêmes plus à fond et à comprendre le sens de votre présence dans l’Église. Il est cependant nécessaire d’ajouter qu’une telle participation ne serait pas possible s’il manquait l’habitude de la prière personnelle. Il faut que chacun apprenne aussi à prier à l’intérieur de lui-même et à partir de lui-même. La dévotion personnelle, la méditation cultivée dans l’intimité de son esprit, l’entretien filial et spontané avec Dieu Un et Trine, habitant dans la profondeur de l’âme, constituent la condition d’une prière authentiquement liturgique.
Je désire encore indiquer une condition pour l’authenticité de votre témoignage et pour sa pleine efficacité apostolique : offrir votre adhésion cordiale et responsable à la vie commune. La vie dans une communauté religieuse est une expression concrète d’amour pour les autres et le secret de la maturité personnelle sereine et harmonieuse. L’acceptation du Frère avec ses qualités et ses limites, l’effort pour coordonner ses propres initiatives avec les décisions mûries ensemble, l’autocritique imposée par la confrontation continuelle avec les évaluations et les points de vue des autres, constituent non seulement une gymnastique très efficace de vertus humaines et chrétiennes mais encore une occasion précieuse de constante vérification du sérieux avec lequel on s’engage à traduire dans la vie les obligations prises dans la profession religieuse.
6. Fils très chers qui consacrez les meilleures énergies de votre esprit et de votre cœur pour l’éducation de la jeunesse ; vous qui vous occupez de soigner les malades avec un dévouement fraternel et patient, en voyant en eux le Christ souffrant (cf. Mt 25, 36) ; et vous encore qui travaillez de manière aussi précieuse qu’humble à côté de vos confrères prêtres, soyez conscients de la mission particulière qui vous est confiée par le Seigneur dans la vie de son Église.
Sachez vous adonner à une spiritualité qui, en s’ouvrant à la perception de l’action de Dieu dans le monde, se reconnaisse responsable de la charge de coopérer à la mise en œuvre de ses desseins de salut. Vous devez vous employer, avec toutes les ressources de votre perspicacité, à saisir les exigences des hommes, vos contemporains, pour ensuite chercher à y correspondre avec toute la richesse de votre cœur. Il vous appartient de vous engager à faire fructifier toutes les qualités de votre intelligence pour que votre service soit toujours plus qualifié et donc plus digne de ce Jésus que vous savez rencontrer dans chaque Frère, vers lequel vous allez, poussés par l’amour.
Soyez heureux dans l’exercice quotidien de vos fonctions parce qu’il est écrit que « Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Co 9, 7). Avec ce souhait, je confie les intentions généreuses que vous gardez dans vos cœurs à la maternelle intercession de la Vierge Très Sainte, votre patronne particulière et votre modèle continuel dans la vie cachée de Nazareth. Et pendant que j’invoque sur vous et sur votre travail l’abondance des dons et des réconforts célestes, je vous donne ma bénédiction apostolique, comme gage de ma spéciale bienveillance.

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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II 
AUX FILLES DE LA CHARITÉ DE SAINT-VINCENT DE PAUL
Vendredi 11 janvier 1980

Ma Révérende Mère,
Mes Sœurs,

Imaginez avec moi que saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac, vos deux fondateurs si unis dans leur passion évangélique de servir les pauvres et qui retournèrent vers le Seigneur à quelques mois d’intervalle voici déjà plus de trois siècles, soient présents à cette rencontre de famille! Mais ils sont avec nous mystérieusement. Permettez-moi de leur laisser la parole, me faisant seulement leur interprète.
Alors que vous poursuivez les travaux de l’Assemblée générale de la Compagnie, ceux que vous vénérez comme votre Père et votre Mère veulent d’abord vous affermir dans l’actualité de votre vocation. La chaleur de la charité est bien ce dont les humains ont le plus grand besoin aujourd’hui comme toujours.
Certes, les misères sociales du dix-septième siècle et de l’époque de la Fronde sont bien lointaines. Mais “les pauvres sont toujours parmi nous”! Qui nous donnera des statistiques précises sur la pauvreté réelle en chaque pays et à l’échelon du monde? Des chiffres sont souvent publiés qui concernent le commerce, l’agriculture, l’industrie, les banques, l’armement, etc. Mais, à l’époque des ordinateurs, savons-nous le nombre précis d’analphabètes, d’enfants abandonnés, de sous-alimentés, d’aveugles, d’infirmes, de foyers disloqués, de prisonniers, de marginaux, de prostituées, de chômeurs, de gens vivant dans les bidonvilles du monde entier! ... Chères Sœurs n’ayez d’yeux et de cœur que pour les pauvres, comme Monsieur Vincent et Mademoiselle Legras!
Et pour vous stimuler encore - si besoin était - ils vous disent: Contemplez Notre Seigneur Jésus-Christ, écoutez-le vous redire le sens de sa mission: “L’Esprit du Seigneur est sur moi... Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, rendre la liberté aux opprimés...”[1]. C’est vrai, l’Evangile nous présente presque toujours le Christ parmi les pauvres. C’est son milieu de vie.
Il me semble également que ces deux grands saints de la charité vous adjurent avec tendresse et fermeté de défendre et de développer votre appartenance radicale à Jésus-Christ, selon les promesses que vous renouvelez chaque année le 25 mars. La chasteté, à cause du Christ et de l’Evangile, en est le signe plus profond. Et loin d’être une aliénation de la personne il est une étonnante promotion des capacités et des besoins de maternité de toute femme! Vous êtes mères.
Vous collaborez à la protection, à l’orientation, à l’épanouissement, à la guérison, à l’achèvement paisible de tant de vies humaines, au plan physique, moral et religieux! Voyez toujours votre célibat consacré comme un chemin de vie pour les autres, et révélez ce secret aux jeunes qui hésitent à entreprendre la voie que vous avez suivie. Aimez non seulement les pauvres, aimez vous-mêmes être pauvres, en esprit et en actes. Saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac en ont plus dit par leur service concret des pauvres - de jour et de nuit - que par de longs traités sur la pauvreté.
De même saint François d’Assise a été plus éloquent en se dépouillant de ses vêtements que s’il avait fait paraître une revue périodique sur le détachement des biens terrestres. Et Charles de Foucauld a plus apporté par son sourire et sa bonté au milieu des pauvres qu’en publiant son autobiographie de jeune officier converti ayant choisi d’être à la dernière place et parmi les pauvres. On pourrait rappeler aussi que mon très vénéré prédécesseur Paul VI, abandonnant sa tiare, a posé un geste qui n’a pas fini de porter ses fruits dans l’Eglise.
Vous entendez enfin vos deux modèles de vie vous presser de ne point laisser s’évanouir l’esprit de dépendance, alors que la tendance actuelle est de se réserver un espace libre où l’on ne dépend de personne, pour mieux se livrer à son imagination et à sa fantaisie. L’obéissance religieuse, vous le savez, est sans doute le plus aigu des trois clous d’or qui attachent à la volonté de Jésus-Christ ses imitateurs et ses imitatrices. Est-il possible de regarder la croix du Seigneur Jésus, sans se conformer à son mystère d’obéissance au Père? Que les supérieurs religieux soient humains et compréhensifs, c’est leur devoir! Mais que les sujets soient eux-mêmes toujours plus adultes et responsables, au point d’approfondir et de vivre la valeur oblative de l’obéissance!
En un mot, vos fondateurs vous disent à vous et à toutes vos compagnes: “Soyez dans le monde, sans jamais vous laisser contaminer par l’esprit du monde dont parle saint Jean”. Vous savez que le sel, une fois dilué, s’affadit. Ce qui rayonne, c’est la pureté du cristal!
A vous ma révérende Mère, qui venez d’être réélue, je suis particulièrement heureux d’adresser mes souhaits de fructueux service de la Compagnie. Aux Capitulantes que je remercie de leur visite, et à toutes les Filles de la Charité qui servent le Christ dans ses pauvres à travers le monde entier - sans oublier leur service très apprécié au Vatican - je donne mon affectueuse Bénédiction Apostolique.

 [1] Luc. 4, 18.

 
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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AU CONSEIL DU SECRÉTARIAT GÉNÉRAL DU SYNODE DES ÉVÈQUES
Samedi 23 février 1980

Chers Frères dans l’Episcopat,
Chers amis,

I
C’est avec joie que je vous rencontre ce matin dans cette selle qui a vu se dérouler le premier Synode général, et où vous avez eu l’aimable attention de tenir la dernière session de votre Conseil, ce qui me permet de m’associer pour un moment à vos travaux.
Le prochain Synode a pour sujet: “Les fonctions de la famille chrétienne dans le monde d’aujourd’hui”. Notre époque requiert en effet qu’on mette en pleine lumière, de manière compréhensible et adaptée, la signification permanente de cette institution définie depuis longtemps avec raison comme “l’Eglise domestique”. De toutes parts, le Secrétariat du Synode a recueilli les observations des Conférences épiscopales, l’expérience des pasteurs, la manière dont le ferment évangélique est à l’œuvre dans des situations très diverses. A partir de là, vous élaborez le document de travail qui permette aux membres du Synode un travail approfondi et fructueux.
Je tiens donc tout d’abord à vous remercier, Membres du Conseil du Secrétariat général du Synode, experts et membres de ce Secrétariat, pour le service que vous rendez ainsi à l’organisme qui est une expression privilégiée de la collégialité épiscopale, par laquelle les pasteurs des diocèses partagent avec l’Evêque de Rome la sollicitude pour toutes les Eglises.

II
Je ne veux pas reprendre ici toute la richesse de vos discussions ni m’étendre sur tous les problèmes que vous croyez devoir soumettre au prochain Synode.
Ce Synode comportera d’abord une description de la situation des familles et des divers problèmes qu’elle pose: il faut commencer en effet par regarder bien en face la façon dont sont vécues aujourd’hui les réalités familiales, en analyser autant que possible les causes et les lignes d’évolution, afin que l’évangélisation pénètre vraiment ce monde.
Une partie importante sera consacrée à la théologie, à la doctrine catholique sur la famille. Le Synode doit en effet fortifier les convictions des chrétiens. Il s’agit sans doute moins de refaire un exposé systématique de données déjà bien connues et bien établies - comme si l’on commençait à zéro, alors que l’Eglise en vit depuis deux mille ans -, mais de trouver le langage et les motivations profondes qui illustrent la doctrine permanente de l’Eglise d’une façon qui atteigne et si possible convainque les hommes d’aujourd’hui, dans leurs situations concrètes, qui leur permette de répondre par exemple à certaines tendances qui se répandent comme celle de s’installer dans l’union libre.
Le Synode ne sera pas un instrument de réponse à tous les problèmes, mais il devra mettre en évidence ce que signifie suivre le Christ en ce domaine, il devra dégager les valeurs sans lesquelles la société s’enfonce aveuglément dans une impasse, il devra aider les chrétiens et les hommes de bonne volonté à se former sur ces points une conscience bien éclairée et ferme, selon les principes chrétiens.
Enfin et surtout, le Synode cherchera de façon réaliste comment permettre aux familles de retrouver ou de maintenir ces valeurs, d’en vivre, de les rayonner autour d’elles, de proche en proche. Ce sera la partie directement pastorale.

III
Je me contente de souligner quelques aspects qui me paraissent particulièrement importants.
1. Les considérations sur la famille chrétienne ne peuvent pas être séparées du mariage, car le couple constitue la première forme de la famille et garde sa valeur, même en l’absence d’enfants. Et là, il faut en venir au sens profond du mariage, qui est alliance et amour; alliance et amour entre deux sujets, homme et femme, signe de l’alliance entre le Christ et son Eglise, amour enraciné dans la vie trinitaire. Les caractères de cette union doivent alors apparaître dans toute leur clarté: l’unité du foyer, la fidélité de l’alliance, la permanence du lien conjugal.
2. La famille doit être envisagée comme institution, non seulement en ce sens qu’elle a sa place et ses fonctions dans la société et dans l’Eglise, qu’elle doit bénéficier de garanties juridiques pour l’accomplissement de ses devoirs, pour avoir la stabilité et le rayonnement qu’on attend d’elle, mais en ce sens qu’en soi elle transcende la volonté des individus, les projets spontanés des couples, les décisions des organismes sociaux et gouvernementaux: le mariage est “une sage institution du Créateur pour réaliser dans l’humanité son dessein d’amour”[1]. Il conviendra d’approfondir cet aspect institutionnel, qui, loin d’être une entrave à l’amour, en est le couronnement.
3. Il faudra donner une attention particulière à la préparation à l’amour et au mariage, qui est nécessairement aussi une préparation à la vie en famille et aux responsabilités familiales. Comment assurer aujourd’hui cette préparation? C’est un point capital de la pastorale.
4. Les prêtres, pour leur part, doivent être préparés et formés à l’apostolat familial, car une partie primordiale de leur rôle consiste à soutenir les laïcs dans leurs propres responsabilités, personnelles et sociales certes, mais aussi familiales. Apprécient-ils suffisamment cet apostolat familial? Sont-ils initiés à ses problèmes complexes? Comme pasteurs, nous n’avons pas à résoudre nous-mêmes, tous les problèmes des foyers, mais nous devons être très présents à leurs difficultés comme à leurs joies, et être en mesure de les aider, comme le veut le Seigneur.
5. Les laïcs évidemment doivent pouvoir aussi trouver les conditions de leur formation doctrinale, spirituelle et pédagogique pour leur vie de couple, comme pour leurs responsabilités de pères et mères de famille aux prises avec tous les problèmes d’éducation de leurs enfants au fur et à mesure de leur croissance. Il s’agit encore, d’éclairer leur attitude vis-à-vis de tous les membres de la famille au sens large, entre lesquels doit exister une réelle solidarité; notamment avec les malades, les handicapés, les vieillards: ceux-ci attendent d’en recevoir une affection et un soutien particuliers, tout en apportant eux-mêmes une contribution de choix, par leur expérience et leur amour.
La formation de ces laïcs est doublement importante, pour les initier aux véritables valeurs chrétiennes, et leur permettre d’en témoigner, car, dans les conditions actuelles, l’évangélisation des familles se fera surtout par d’autres familles.
6. Enfin nous n’oublierons pas la sollicitude pastorale que requièrent les cas difficiles: celui des foyers qui connaissent la séparation; celui des personnes divorcées et remariées civilement, qui, sans pouvoir accéder pleinement à la vie sacramentelle, doivent être accompagnées dans leurs besoins spirituels et l’apostolat qui leur est possible; le cas des veufs et des veuves; le cas des personnes seules qui ont charge d’enfants, etc.
Ces quelques mots, Frères vénérés et chers amis, vous laissent deviner tout l’intérêt que le Pape porte à ce Synode, et les grands espoirs qu’il y met pour l’Eglise. J’adresse mes plus vifs encouragements à ceux qui ont maintenant la tâche de mettre au point la dernière préparation. Je pense aussi à tous les futurs participants qui s’y préparent dans la réflexion et l’entraide de leur peuple chrétien.
Tous, nous prierons Dieu d’éclairer les esprits, de disposer les cœurs, pour que l’expérience du Synode entraîne un surcroît de convictions, de résolutions et d’encouragements pour la sainteté des familles. Nous confions cette œuvre à l’intercession de la Mère du Christ qui est Mère de l’Eglise.

 [1] Pauli VI Humanae Vitae, 8.


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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AU CLERGÉ DE ROME
Latran
Jeudi 21 février 1980

Chers frères dans le sacerdoce,
« À tous les bien-aimés qui sont à Rome, aux saints par l’appel de Dieu à vous, grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ. » (Rm 1, 7)
C’est par ces paroles de saint Paul que je vous présente ma salutation affectueuse et cordiale dans le Seigneur au début de cette rencontre fraternelle.
1. J’ai beaucoup désiré cette rencontre d’aujourd’hui avec vous. En cela, nous nous référons à la tradition de rencontres analogues au début du Carême que ce soit avec les prédicateurs de retraites ou avec le clergé de Rome. Mais en même temps nous cherchons aussi une dimension et un contexte un peu différents des rencontres précédentes. Pour cela, cette rencontre a lieu ici, au Latran, où se trouve le siège de l’Évêque du diocèse de Rome et de l’évêché de Rome. C’est ici le centre du diocèse, c’est-à-dire de l’Église particulière qui est à Rome.
Je désire mettre en relief cette réalité d’une manière spéciale. L’Église a sa dimension universelle et, en même temps, sa dimension locale. « Le diocèse — a affirmé le Concile Vatican II — est une portion du peuple de Dieu confiée à un Évêque pour qu’avec l’aide de son presbyterium, il en soit le pasteur : ainsi, le diocèse lié à son pasteur et par lui rassemblé dans le Saint-Esprit grâce à l’Évangile et à l’Eucharistie, constitue une Église particulière en laquelle est vraiment présente et agissante l’Église du Christ, une sainte, catholique et apostolique. » (Décr. Christus Dominus, n. 11.)
Si l’Église de Rome, précisément parce qu’elle est le siège de saint Pierre, a une importance aussi fondamentale pour l’universalité de l’Église, elle est cependant, avant tout, l’Église d’un « lieu » : l’Église qui est à Rome. C’est ainsi que Pierre a été à son origine ici et c’est ainsi que tous ses successeurs l’ont eue en héritage.
2. En vérité ce n’est pas la première fois que je souligne le fait que je me sente surtout l’Évêque de Rome et que je considère, pour cela, le service de cette Église comme ma première obligation et mon premier devoir. Je peux accomplir cette tâche, qui est en soi très vaste, grâce à la collaboration continuelle et inlassable du cardinal vicaire, de l’archevêque vice-gérant et des Évêques auxiliaires qui œuvrent tous avec moi dans le service épiscopal et qui partagent systématiquement avec moi le travail pastoral. On sait que la plus grande partie de cette tâche pèse sur leurs épaules et c’est pour cela que je veux leur exprimer aujourd’hui ma satisfaction sincère et mon vif remerciement.
Pour une part cependant et autant qu’il m’est possible, je cherche à apporter ma contribution personnelle, à savoir par les visites des paroisses. Mais également pour ces visites, une part considérable du travail est accompli par les Évêques de chaque zone : on peut affirmer que toute la préparation, longue et méthodique, de la visite est confiée à leur zèle et à leur diligence. Il me reste, d’une certaine manière, l’acte final, la conclusion qui, en même temps, est toujours « une synthèse ». Dans les limites de mes engagements, j’ai cherché et je cherche à faire le plus possible de visites aux paroisses. Grâce à elles, j’ai déjà acquis une certaine orientation dans ce domaine dont j’ignorais presque tout auparavant. Je suis en train d’apprendre à connaître Rome comme le diocèse du Pape, comme mon Église. Dans ces rencontres dominicales avec les communautés du peuple de Dieu et de la société romaine, je suis en train de faire profondément l’expérience de ses besoins, de ses angoisses et de ses attentes. Au cours de la première année, c’est-à-dire jusqu’à la fin du mois de décembre dernier, j’ai visité dix-huit paroisses. Je rappelle la visite à la paroisse de Garbatella et de Testaccio, à celle de San Basilio et de San Luca, à celle de San Clemente ai Prati Fiscali et de l’Addolorata a Villa Giordani, de Spinaceto, de Rustica, de Trullo, de la Madonna del Divino Amore, à celle des Dodici Apostoli. Cette année, j’ai déjà visité la paroisse de l’Immacolata al Tiburtino, celle de la Madonna di Guadalupe, celle de l’Ascensione al Quarticciolo, de San Timoteo a Casalpalocco et, enfin, celle de San Martino ai Monti.
Dans ces visites, j’ai rencontré les curés, les prêtres qui les aident dans le ministère, les fidèles : les parents, les jeunes, les enfants, les malades, les différents groupes engagés, les catéchistes. Chacune de ces visites me donne, toujours en particulier, une nouvelle occasion pour collaborer directement avec vous, prêtres de cette Église « qui est à Rome ». C’est sur ces expériences personnelles que je désire baser notre rencontre d’aujourd’hui qui ne veut pas être une audience mais un entretien.
3. Bien que ces moments que je peux consacrer à la collaboration immédiate avec vous à l’occasion des visites des paroisses, soient objectivement et relativement modestes par rapport à mes autres occupations, j’entends assurer avant tout que je les considère cependant comme très essentielles et fondamentales pour ma mission apostolique. La mission de l’Évêque est de présider son Église, d’en être le Pasteur avec l’aide des prêtres comme collaborateurs directs de son ministère. « Les Évêques dirigent les Églises particulières qui leur sont confiées comme vicaires et légats du Christ » (Const. dogm. Lumen gentium n. 27), a proclamé le Concile. Telle est la vision théologique du ministère pastoral de l’Évêque dans l’Église. Les prêtres sont l’achèvement et le complément de ce sacerdoce qu’il possède dans la plénitude pastorale à l’égard de l’Église — seul le Christ le possède dans la plénitude ontologique. Les prêtres sont ses fils en ce que, par le sacrement de l’Ordre, il les engendre, dans un certain sens, à la vie du sacerdoce. Ils sont ensuite ses frères dans ce sacerdoce. « Pour vous, je suis Évêque, avec vous, je suis prêtre » vous ai-je rappelé en adaptant les paroles de saint Augustin (cf. Serm. 340, 1 : PL 38, 1483) dans la lettre que j’ai adressée à tous les prêtres de l’Église à l’occasion du Jeudi saint, l’année dernière. À chaque visite que j’accomplis dans une paroisse du diocèse, je me rends de nouveau compte de cette vérité apostolique de la vie de l’Église et je me lie à vous toujours plus étroitement dans cette unité du ministère hiérarchique que nous constituons dans notre Église qui est à Rome. Chaque visite me fait méditer encore plus profondément sur les paroles du même saint Augustin : « En effet, nous ne sommes pas Évêques pour nous mais pour ceux à qui nous servons la parole et le sacrement du Seigneur »; et encore : « Nous ne sommes pas Évêques pour nous mais pour les autres ». (Contra Cresconium Donatistam, II, 11 : PL 43, 474.)
4. Comme il a été noté dans les différents rapports, le clergé de Rome est très différencié et lié à différents domaines du travail apostolique. Une partie seulement se consacre à la pastorale paroissiale, et dans un pourcentage mineur. Il y a environ 5 280 prêtres, séculiers et religieux, qui résident à Rome. Mais parmi ceux-ci, il n’y a que 1 153 qui ont charge d’âmes dans les paroisses. À ces derniers, il faudrait ajouter les étudiants prêtres qui, en plus de fréquenter les athénées pontificaux, apportent une certaine contribution à la pastorale paroissiale. D’autre part, le diocèse de Rome est structuré en paroisses qui, selon la terminologie adoptée par le professeur J. Majka dans son livre intitulé Sociologia della parrochia, se trouvent dénommées « paroisses géantes » : à Rome, il y en a 47 qui ont de 15 000 à 20 000 fidèles ; 31 de 20 000 à 30 000 fidèles ; 14 de 30 000 à 40 000 fidèles et cinq qui ont plus de 40 000 fidèles.
Dans ce panorama si bref mais nécessaire nous ne pouvons pas oublier qu’il existe 70 paroisses qui ont des locaux impropres pour le culte et dont les fidèles participent à la célébration de la sainte messe et des sacrements dans des salles, des entrepôts, etc. Quinze quartiers de Rome nouvellement fondés sont encore sans lieux de culte.
De ces quelques statistiques approximatives découle la gravité des problèmes religieux et pastoraux du diocèse. Il existe de ce fait une disproportion objective entre le nombre des fidèles et celui des prêtres qui se consacrent au ministère. Non seulement la pastorale fondamentale mais aussi la pastorale spécialisée deviennent précaires et comportent des carences malgré la disponibilité occasionnelle des autres prêtres l’aide offerte par les religieuses et les laïcs engagés. Je voudrais à ce sujet m’adresser aux chers frères prêtres religieux qui résident à Rome. Ils sont aujourd’hui environ 3644. Le diocèse attend beaucoup d’eux, de leur générosité, de leur sens ecclésial et de l’ardeur apostolique qui les anime.
Il y a peu de temps, il a été rappelé que dans les premiers jours du mois de janvier dernier s’est déroulée la première rencontre des religieux et des religieuses de Rome qui portait sur leur présence et sur leur mission dans la ville. Ce Congrès a été fécond en indications et en résolutions. Je souhaite que les religieux et les religieuses de Rome, dans le plein respect du charisme spécifique de leurs Instituts sachent s’insérer dans la pastorale d’ensemble de ce diocèse sur lequel se fixent les yeux du monde.
5. En parlant aujourd’hui, de cœur à cœur à vous, prêtres de Rome, je considère qu’il est juste que je vous exprime ma plus sincère gratitude et ma plus profonde admiration pour le témoignage sacerdotal de générosité, d’engagement et de pauvreté qui vous caractérise. Vous devez proclamer, vivre et faire vivre le message évangélique dans une ville qui a bien derrière elle, même dans son sang, deux mille sept cents ans d’histoire parmi les plus complexes et les plus prestigieuses : une ville qui est aujourd’hui une authentique mégalopole qui, en 1881, c’est-à-dire il y a cent ans, comptait environ 274 000 habitants et qui, aujourd’hui en compte dix fois plus, à savoir 2 900 000, une ville dans laquelle se manifestent et explosent de manière toujours plus aiguë les tensions et les contradictions de la société contemporaine, les problèmes de l’urbanisation, de l’immigration, du manque de logements suffisants, d’emplois, de travail, de la violence et du terrorisme armé.
Appelé à affronter pastoralement et évangéliquement l’énorme masse des problèmes humains et sociaux le clergé de Rome n’est pas, dans une bonne partie, homogène en ce sens qu’il provient de presque toutes les régions d’Italie. Ce phénomène qui se manifeste dans la ville à un degré peut-être supérieur à n’importe quel diocèse urbain dans le monde, a certainement ses côtés positifs : chaque prêtre porte en lui la diversité des traditions, des expériences, des écoles de vie spirituelle et de la pastorale. Tout cela, on ne peut le nier ; particulièrement à Rome, un tel phénomène est juste. Mais il comporte, en même temps, de plus grandes exigences pour ce qui concerne la construction et la sauvegarde de l’unité, si indispensable dans la pastorale de cette ville. Il faut entreprendre, avec courage et constance, des efforts appropriés qui conduisent à cette unité d’orientation dans la pastorale globale. Il est nécessaire, dans ce domaine qui devient toujours plus délicat et plus problématique, d’étudier ensemble, de réfléchir ensemble, d’examiner ensemble, de travailler ensemble.
Un de ces efforts veut être précisément cette rencontre d’aujourd’hui.
Cette unité doit être avant tout la réponse concrète et personnelle de chacun de nous à la prière de Jésus à son Père : « Que tous soient un. » (Cf. Jn 17, 11, 21-22.) Elle doit être une réponse mûrie dans l’amour réciproque et en relation avec les différents problèmes qui concernent le clergé de Rome : problèmes de caractère spirituel, culturel, pastoral, humain et économique. Elle doit être une réponse qui fasse dépasser certaines tentations individualistes et qui nous ouvre à la pleine disponibilité aux plans organiques indiqués ou préparés par le centre et qui ne nous mette pas dans une position continuelle de critique et de polémique par rapport aux directives qui viennent indubitablement après une réflexion méditée et longue.
Frères très chers ! Conservez, autour de l’Évêque, l’unité du presbyterium, unité qui est tellement plus nécessaire dans un diocèse comme celui de Rome, entraîné par ses structures sociologiques et culturelles vers un type de pluralisme qui est quelquefois ambigu.
« Or, celui qui abandonne l’unité viole la charité et de quelque don qu’il soit orné, s’il viole la charité, il n’est rien » — nous avertit saint Augustin qui, citant l’hymne de saint Paul sur la charité (cf. 1 Co 13, 13 s.), continue : « Tous les dons qu’il possède lui sont inutiles parce qu’il n’a pas la seule chose qui lui donne d’en faire un usage utile. » (Serm. 88, 18, 21 ; PL 38, 550.)
Au milieu des profondes et continuelles mutations dans tous les domaines, le clergé éprouve le besoin de marcher au rythme vertigineux de ce temps. Il éprouve le besoin de se mettre continuellement à jour de manière à être prêt et attentif pour savoir interpréter les événements à la lumière de la Parole de Dieu, c’est-à-dire dans une perspective chrétienne.
L’urgence et la nécessité d’une « formation permanente » spirituelle et culturelle du clergé et aussi du laïcat engagé dans l’apostolat sont toujours davantage senties. Nous devons reconnaître que Rome, avec les richesses culturelles de ses universités et de ses athénées pontificaux, pourrait imposer des initiatives vraiment adéquates. Dans ce domaine aussi, une disponibilité et une collaboration cordiale et réciproque seraient nécessaires.
6. Parmi les tâches prioritaires qui incombent à l’Évêque, au presbyterium, à toute l’Église de Rome, il y a celle des vocations sacerdotales et religieuses.
Dans le rapport spécifique, il a été souligné ma préoccupation constante pour ce problème et je vous en suis reconnaissant. Lors de ma première rencontre avec le clergé de Rome, je vous ai ouvert mon cœur avec beaucoup de sincérité et de franchise et je vous ai demandé, dans une invitation pressante, de participer à ma sollicitude. Je suis souvent revenu sur ce thème, et il y a encore quelques jours, en parlant aux membres du Conseil et aux secrétaires régionaux qui étaient réunis à Rome par les soins de la Conférence italienne des supérieurs majeurs pour réfléchir ensemble sur les problèmes concernant « la promotion des vocations ». À cette occasion, je me suis adressé idéalement à tous les prêtres et religieux qui « vivent sereinement leur vocation, jour après jour, fidèles aux engagements pris, constructeurs humbles et cachés du Royaume de Dieu, qui illuminent par leurs paroles, par leur comportement et par leur vie la joie éclatante du choix qu’ils ont fait. Ce sont précisément ces religieux et ces prêtres qui, par leur exemple, encourageront beaucoup à accueillir dans leur cœur le charisme de la vocation » (cf. l’Osservatore romano, 17 février 1980, p. 2).
Le diocèse a deux séminaires : le grand séminaire qui accueille actuellement 85 étudiants, dont 22 romains, et le petit séminaire qui accueille 13 internes qui constituent la communauté stable. En outre, 70 jeunes de l’enseignement secondaire du premier et de second cycle forment la communauté vocationnelle : ils se rencontrent souvent au séminaire. Autour d’eux gravitent 200 autres jeunes de l’enseignement secondaire que les membres du séminaire rencontrent dans les paroisses ou au séminaire lui-même pour les aider à approfondir avec sérieux l’étude de leur vocation.
De ces données statistiques ressort la nécessité urgente d’un « éveil des vocations », d’un effort conscient, constant, réfléchi et organisé pour que, spécialement dans ce domaine, le diocèse de Rome soit également fécond et fertile et que les séminaires diocésains, riches de glorieuses traditions de formation culturelle et spirituelle, deviennent toujours davantage le reflet de la vitalité de notre Église particulière. La vitalité et la maturité d’un diocèse sont proportionnels au nombre et à la qualité de ses vocations sacerdotales et religieuses. Au cours des quinze dernières années, 122 prêtres diocésains sont venus des séminaires romains. Le diocèse de Rome sera-t-il aussi généreux pour donner encore de nombreux et de saints prêtres pour la construction du Royaume de Dieu ?
7. Les différentes visites dans les paroisses m’ont encore fourni la possibilité de constater que des groupes de laïcs, engagés dans l’apostolat, sont actifs dans ces communautés.
Les laïcs redécouvrent la paroisse. C’est une réalité consolante parce qu’elle montre combien les fidèles éprouvent le besoin d’un point de référence stable. Il y a bien 70 associations à caractère national qui sont présents, selon un nombre qui varie, dans les différentes paroisses. Il en résulte qu’il existe environ 10 groupes locaux engagés dans l’apostolat. Mon encouragement va à ces groupes qui, sur le plan de la foi chrétienne, entendent donner un témoignage particulier par la prière communautaire, par l’écoute religieuse de la Parole de Dieu ou par l’engagement dans des œuvres caritatives à l’égard des frères qui sont dans le besoin. Mais je voudrais que dans aucune paroisse il ne manque « le groupe des catéchistes », composé d’adultes — pères et mères de famille — et de jeunes, sérieusement préparés et généreusement disponibles pour faire la catéchèse aux enfants et aux jeunes. « La communauté paroissiale doit demeurer l’animatrice de la catéchèse et son lieu privilégié… Qu’on le veuille ou non, la paroisse demeure une référence majeure pour le peuple chrétien, même pour les non-pratiquants » voilà ce que j’ai écrit dans ma récente exhortation apostolique sur la catéchèse dans notre temps (Catechesi tradendae, n. 67). Dans nos paroisses existent les éléments fondamentaux de ces structures qui font d’elles une unité missionnaire d’évangélisation et de catéchèse. Bien que les statistiques indiquent que le degré de pénétration de la « masse » de ce vaste ensemble de paroissiens est inférieur à ce que l’on pourrait désirer, il faut pourtant ne pas perdre courage et consacrer un grand effort au problème de la catéchèse.
8. Je pense en ce moment d’une manière particulière aux jeunes, destinataires privilégiés de ma sollicitude apostolique de prêtre, d’Évêque et de pasteur de l’Église universelle. Comme vous l’avez appris dans le rapport il y a à Rome, sur 2 900 000 habitants, 500 000 jeunes de 15 à 30 ans ! Et sur ceux-ci, il y en a bien 200 000 qui sont en attente d’un travail ! Leurs problèmes humains sont graves. Leurs problèmes spirituels sont encore plus graves. Il s’agit de leur éducation et de leur maturation dans la foi chrétienne, de leur préparation au mariage, de leur insertion dans la société des adultes qui les a parfois fortement déçus. Que fera l’Église de Rome, que feront les prêtres de Rome pour venir à la rencontre, d’une manière adéquate et moderne, des aspirations, des attentes religieuses, culturelles, sociales de ces jeunes, en bonne partie déçus par les idéologies et tentés de changer la société à n’importe quel prix et par n’importe quel moyen, même par la violence ?
Je m’adresse aux jeunes prêtres de Rome pour qu’ils consacrent leurs meilleures énergies à l’apostolat des jeunes avec générosité, avec enthousiasme et constance sans se laisser décourager par les inévitables insuccès humains. Aimez les jeunes ! Sachez les écouter ! Sachez les comprendre ! Ils ont des trésors cachés et inépuisables de générosité et d’enthousiasme. Présentez-leur le Christ, Homme-Dieu, notre frère ! Proclamez-leur le message évangélique avec toute la vigueur et toute la rigueur de ses exigences !
9. Chers frères dans le sacerdoce !
J’ai écouté avec grand intérêt et grande attention ce que vos représentants, en votre nom, m’ont exposé au sujet de la situation du clergé romain, des paroisses, du programme d’organisation dans le diocèse, des vocations sacerdotales à Rome, de la présence des religieux et des religieuses dans la ville, de la condition de la jeunesse.
Pour ma part, j’ai cherché à me faire la voix de votre propre voix, de vos pensées, de vos désirs, de vos espérances, mais en particulier de votre engagement à être d’authentiques prêtres dans cette Église qui est à Rome.
Continuons ensemble notre route de foi, d’engagement pastoral, forts de la puissance du Christ qui s’est manifesté dans sa faiblesse humaine.
L’Église célèbre aujourd’hui la fête de saint Pierre-Damien, l’ermite austère de Fonte Avellana, appelé par Dieu à s’insérer dans de dramatiques événements de l’Église de l’an 1000, dans une période historique difficile et périlleuse.
Écoutons et faisons nôtre son invitation à aimer l’Église unie par le lien de la charité réciproque : « Car, dans l’Église, les membres sont liés les uns aux autres par le lien d’une si grande charité qu’elle est une en plusieurs et, par mystère, tout entière en chacun… Qu’elle soit une en tous et tout entière en chacun : assurément, elle est unique dans plusieurs par l’unité de la foi et différente en chacun par le lien de la charité et les divers dons des charismes ; en effet, elle l’est parce que tous proviennent d’un seul. » (Liber qui appellatur Dominus vobiscum, 5 : PL 145, 235.)
Que dans l’Église de Dieu qui est à Rome la diversité des charismes soit toujours cimentée par la charité.
Que du ciel la Vierge, « Salut du peuple romain » et Mère de la confiance, nous protège.
Je vous donne ma bénédiction apostolique.

© Copyright 1980 - Libreria Editrice Vaticana
      



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