DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
À LA COMMUNAUTÉ AFRICAINE DE ROME
Vendredi 2 février 1980
Monsieur le Cardinal,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
Vous êtes les bienvenus! Je connais l’hospitalité africaine, si cordiale et si généreuse. Aujourd’hui, vous êtes mes hôtes. Puissiez vous vous sentir heureux, à l’aise, comme chez vous, dans cette maison qui se veut accueillante à l’univers entier, accueillante comme le cœur du Christ dont je suis le serviteur.
1. Je remercie votre digne interprète de ses paroles pleines de délicatesse et de sagesse. Et je suis très touché de ce désir que nombre d’entre vous avaient manifesté de me rencontrer. A vrai dire, vous êtes venus au-devant de mon propre souhait. Depuis longtemps, je voulais réserver un temps et des contacts, sinon à tel ou tel pays africain - ils sont si nombreux - du moins à l’ensemble des fils de ce grand continent qui résident à Rome.
Je vous salue donc très cordialement dans la diversité de vos fonctions, dans la diversité des peuples, des ethnies, des communautés religieuses que vous représentez. Les Chefs des Missions diplomatiques accréditées près le Saint-Siège sont déjà familiarisés avec cette maison, et je suis heureux de saluer aujourd’hui à côté d’eux tous leurs collaborateurs et le personnel de leurs Ambassades. Puis il y a les diplomates des autres Ambassades en Italie, les experts des missions auprès de la FAO ou d’autres organismes internationaux, tous ceux que leur travail, leurs études ont fixés pour quelque temps à Rome, avec leurs familles. Je fais une place à part aux prêtres, séminaristes, religieuses, catéchistes, laïcs qui poursuivent ici leur formation chrétienne-ecclésiastique, religieuse, apostolique: ils ont un titre particulier à se réunir eux aussi autour du Pape. A tous, merci de votre visite.
Certes, vous n’avez pas tous les mêmes convictions religieuses; votre histoire, vos traditions, votre appartenance ethnique, vous ont marqués de caractéristiques assez diverses. Il ne s’agit pas d’ignorer ces différences, mais bien plutôt de se reconnaître ainsi, de se respecter, de se vouloir du bien, de vivre une certaine solidarité, et surtout de découvrir les lignes convergentes de vos richesses morales et de vos projets capables d’assurer aujourd’hui et demain le bonheur durable, le progrès humain et spirituel des Africains.
2. Tout d’abord, je souhaite à chacun de vous, à chacun de vos foyers, de trouver ici, à Rome, les conditions de son épanouissement. Bien que la population soit ici familière et accueillante, il y a toujours, comme pour toute colonie étrangère, un dépaysement à surmonter pour ce qui est des habitudes, de la langue. J’espère qu’aucune famille africaine ne reste isolée, mais que vous avez l’occasion de nouer, avec vos hôtes romains, et entre vous d’abord, des relations amicales, d’organiser des rencontres, de vous apporter l’entraide nécessaire, dans la ligne de la solidarité africaine qui ne laisse de côté aucun des parents ou amis. Je souhaite aussi, en ce qui concerne les chrétiens, que vous arriviez toujours à établir les liens nécessaires avec une communauté chrétienne, paroissiale ou autre, afin que vous puissiez entretenir votre foi, la développer, en témoigner. En effet, loin d’être une parenthèse dans votre vie spirituelle, votre séjour romain devrait lui donner une dimension nouvelle, grâce aux témoignages de la foi qui sont inscrits dans l’histoire et dans l’art de cette ville, ou qui sont vécus aujourd’hui par les personnes et les institutions catholiques. Mes vœux se font particulièrement chaleureux pour vos enfants, si naturellement débordants de joie et de vitalité, afin qu’ils bénéficient de ce qui est essentiel en cette période importante de leur formation.
3. Mais vous portez, ou devez porter des soucis qui débordent le cadre de vos personnes, de vos familles. Beaucoup d’entre vous sont ici-même au service de leur pays, délégués par lui pour une mission de diplomates ou d’experts. Beaucoup viennent se préparer à mieux le servir, à mieux servir l’Afrique, grâce à la formation théologique ou pastorale qu’ils parachèvent dans les instituts romains d’éducation catholique. Que puis-je souhaiter pour tous et chacun de vos pays, pour l’ensemble du continent africain? Mes vœux se résument en une phrase: que vos peuples sachent assumer les mutations souvent accélérées qui leur sont nécessaires ou imposées par les circonstances, avec le maximum de sagesse et d’humanité, en sauvegardant et même en développant, quitte à les purifier, les valeurs authentiques de l’âme africaine.
4. Pour tout le continent africain, c’est un passage qui est à la fois plein d’espoir et semé d’embûches. Vos pays s’ouvrent désormais, de par leur propre choix, aux possibilités du développement de la science, de la technique, de l’instruction, et à beaucoup d’influences extérieures. Mais le progrès qui peut et doit en résulter en multipliant les biens matériels et le savoir, demeure très inégal, selon les possibilités des pays et l’entraide dont ils disposent; et il s’accompagne d’un certain nombre de phénomènes qu’il est difficile de maîtriser pour les rendre vraiment humains: transformation de l’économie rurale, industrialisation avec le caractère plus mécanique du travail, urbanisation massive avec le déracinement et l’anonymat qui affectent les banlieues des grandes métropoles, nombre de jeunes instruits devenus plus allergiques au travail manuel et se trouvant sans emploi correspondant à leurs capacités... Il y a un risque de matérialisme (cf. encyclique Populorum Progressio, 41), d’individualisme, de désagrégation de la famille, d’affaiblissement des valeurs morales et spirituelles, qui contrecarrent la vision spirituelle et le sens de la solidarité si ancrés dans l’âme africaine. L’Occident lui-même, par exemple, il faut bien l’avouer, n’a pas toujours su, ne sait pas toujours vivre de façon satisfaisante cette mutation inéluctable. Je souhaite de tout cœur que l’Afrique y réussisse, avec son génie propre.
5. La tâche est d’autant plus délicate qu’un certain nombre de pays africains se heurtent eux aussi à des difficultés qui leur sont propres. Les luttes idéologiques, souvent apportées de l’extérieur, ont pénétré dans certains milieux. Dans certaines régions, la discrimination raciale s’est démesurément accrue et a suscité à juste titre l’indignation et la condamnation de l’opinion publique internationale. Elle a également provoqué de courageuses réactions de la part des Évêques et aussi du Saint-Siège. Mon but, en rappelant tout cela, est de souligner la nature urgente du travail à accomplir par les Africains eux-mêmes, le sens civique, le sens du service de la nation. Des accords déjà conclus, des arrangements équitables et des systèmes politiques et sociaux vraiment démocratiques montrent qu’il est possible, malgré les obstacles et les difficultés rencontrés tout au long de la route, d’unir les forces vivantes de manière à édifier des nations solides, caractérisées par l’humanité de leur civilisation.
6. Ces espoirs sont d’autant mieux fondés que l’âme africaine a des ressources qui doivent être sauvegardées, développées et j’oserais dire libérées. Mon prédécesseur Paul VI y a fait écho dans son message à l’épiscopat et à tous les peuples d’Afrique, le 29 octobre 1967, et par la suite à plusieurs occasions au cours de son pontificat, notamment pendant son voyage en Ouganda. D’une manière presque spontanée, les Africains relient leur vie au monde de l’invisible, ils reconnaissent la présence universelle de Dieu, ils le prient spontanément. Ils ont le sens de la dignité humaine, du respect de la vie humaine.
Pour eux, les enfants sont une bénédiction. Sous l’autorité des parents, la famille joue un grand rôle, non seulement de protection, mais aussi d’initiation aux choses de la vie, à la solidarité concrète. Et le partage de la vie communautaire, considérée comme un prolongement de la famille, est une tendance naturelle. Je n’ai pas besoin de m’étendre sur ces valeurs traditionnelles, religieuses et morales, qui vous sont familières. Le développement de ces valeurs, religieuses et morales, apportera une aide précieuse au développement de votre civilisation, au mélange harmonieux de l’ancien et du nouveau.
7. Assurément, comme dans les autres continents, en Europe, en Amérique et en Asie, ces tendances ancestrales ont besoin d’être dégagées des limites dont elles ont pu souffrir dans la pratique. C’est ce que, au point de vue chrétien, nous appelons l’évangélisation des cultures. Pour nous, l’évangile de Jésus-Christ, sa « Bonne Nouvelle », ne vient pas remplacer ces traditions, mais les éclairer, renforcer leurs éléments positifs, les purifier des contre-valeurs dont le péché les a souillées, en les aidant à dépasser leurs traits déficients, voire inhumains, et en communiquant à leurs valeurs légitimes la plénitude du Christ (cf. Exhortation Catechesi Tradendae, 53). Cela est vrai du sens de Dieu, dont Jésus nous révèle la paternité d’une manière inouïe. Cela est vrai de la famille, qui doit être renforcée dans les nouvelles conditions sociales : à Nairobi, en 1978, l’Assemblée des Évêques africains a étudié cette question, et le prochain Synode des Évêques la traitera d’une manière particulière. Cela est vrai du sens de solidarité, qui doit conduire à une plus large coopération dans le respect des individus et d’une liberté bien comprise.
Contribuer à sauver l’âme africaine, c’est ce que l’Église s’attache à faire dans les centres de formation théologique et pastorale, fréquentés par les Africains, que ce soit à Rome ou en Afrique. C’est ce qu’elle désire réaliser au niveau local en Afrique, par la catéchèse, l’éducation, le témoignage donné par tant de communautés. Elle sait que, dans ce continent, d’autres grandes religions aident aussi les hommes à vivre la réalité humaine dans un esprit fraternel et spirituel. Et c’est pourquoi elle comprend l’urgence d’un dialogue entre ces grandes religions, et aussi une collaboration concrète respectueuse du caractère spécifique de la foi.
Dans ces conditions, les pays africains pourront apporter dans le concert des nations une contribution spécifique. Ce sera une contribution de grande valeur, car elle portera la marque des valeurs africaines dont j’ai parlé. L’Église universelle, elle aussi, espère s’enrichir du témoignage des communautés chrétiennes d’Afrique. Cela inclut les pays qui, jusqu’à une date récente, apportaient l’Évangile à ces communautés.
8. En retour, il est naturel et souhaitable, comme l’a déclaré votre porte-parole, que des prêtres, des religieux et des missionnaires laïcs continuent d’apporter leur soutien aux ouvriers africains, qui ne sont pas encore assez nombreux pour subvenir aux besoins religieux, et en particulier qu’ils assistent dans un esprit désintéressé le clergé local, qui est à présent entré en fonction. La nouvelle vision ouverte par mon vénéré prédécesseur Pie XII dans l’encyclique Fidei Donum est plus que jamais valable et je ne manquerai pas de le rappeler. L’Église d’aujourd’hui doit être éduquée à ce partage fraternel.
9. J’ai déjà eu l’occasion d’adresser mes meilleurs vœux aux étudiants des facultés ecclésiastiques. Aux laïcs, qui exercent actuellement leur mission ou pratiquent leur profession à Rome, je présente également mes souhaits les plus chaleureux et les encourage à mettre en œuvre, dans la mesure de leurs responsabilités, les idéaux sans lesquels notre monde ne pourrait vivre en paix : le développement de l’alimentation et des autres ressources, leur répartition, l’établissement de relations justes, la sauvegarde des droits de l’homme, le progrès et la nécessaire solidarité entre les peuples.
Enfin, vous avez pu sentir que je souhaite visiter l’Afrique, comme j’ai commencé de le faire, en particulier pour l’Europe et l’Amérique. La difficulté, c’est qu’il y a tellement de pays dans votre continent — on n’en compte pas moins de 31 —, chacun ayant ses propres mérites et ses raisons particulières pour recevoir la visite du Pape.
Au début, je serai obligé de limiter mon voyage à quelques pays. Mais je souhaite, à travers eux, honorer et encourager l’ensemble de l’Afrique, comme je le fais aujourd’hui. Et je puis déjà vous dire que j’escompte visiter cette année votre continent.
Je dois vous quitter pour aujourd’hui. Mais je ne voudrais pas partir sans prier Dieu d’inspirer, d’assister et de bénir abondamment vous-mêmes, vos familles, vos compatriotes et tous ceux qui vous sont chers. Puisse Dieu toujours conduire les peuples d’Afrique sur les sentiers du bonheur et de la paix.
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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
À L'ENVOYÉ EXTRAORDINAIRE ET MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE
DE SAINT-MARIN, LE PROFESSEUR GIOVANNI GALASSI*
Samedi 29 mars 1980
M. le Ministre plénipotentiaire,
Les nobles paroles que vous m'avez adressées en présentant les Lettres qui vous accréditent comme Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire de la République de Saint-Marin près le Saint-Siège ont confirmé en moi cette vive sympathie et ce sincère respect que mes Prédécesseurs ont toujours démontrés à l'égard de la petite et glorieuse Communauté du Mont Titan.
Je tourne en ce moment ma pensée vers les illustres Capitaines que vous représentez dignement, mais aussi vers chaque habitant de la République de Saint Marin, afin de leur exprimer mes sentiments d'admiration et de satisfaction pour l'intrépide fidélité qu'ils ont démontrée tout au long des siècles à l'égard des valeurs fondamentales de la vie civile, et je cite notamment leur désir sincère et tenace de la liberté et de la justice, vécues et défendues non comme des biens à posséder égoïstement mais au contraire à partager grâce à un esprit d'ouverture de disponibilité, de respect à l'égard d'autrui.
Aussi ne saurais-je manquer d'exprimer ma cordiale estime pour toute la population de Saint-Marin, chez qui – comme mon Prédécesseur Paul VI le dit en juillet 1963 – le noble héritage d'un passé libre et généreux, la nature ouverte et honnête, la célèbre hospitalité faite de grâce et de distinction, et surtout la fidélité aux grands idéaux de droiture, de liberté et de paix enrichissent de mérites exceptionnels la pureté de l'antique foi que cette cité a reçue de son fondateur
C'est pourquoi je souhaite à la République de Saint-Marin qu'elle sache toujours unir à ses beautés naturelles et artistiques, les habitudes laborieuses, la sagesse la courtoise et généreuse hospitalité dont elle a donne un magnifique exemple durant les jours sombres et pénibles de la deuxième guerre mondiale en offrant un asile sûr et une protection désintéressée à de nombreux réfugiés politiques. Je souhaite également qu'elle veuille rester toujours attachée aux nobles traditions séculaires qui trouvent la racine de leur féconde vitalité spirituelle, historique, culturelle et politique dans la foi chrétienne qu'ont sereinement et ouvertement professé et professent encore tous ceux qui considèrent que c'est un titre de gloire d'avoir un Saint pour initiateur et fondateur de sa propre communauté politique.
Et que ce soit encore Saint Marin qui montre à ses fils la voie sûre a parcourir en ces temps difficiles: la voie de l'honnêteté, du respect des valeurs de l'esprit, de l'amour, afin que tout le peuple de Saint-Marin vive en pleine sérénité, dans une concorde fraternelle et continue ainsi à être pour les autres peuples un exemple digne d'admiration.
De tout cœur je souhaite à la République de Saint-Marin un avenir de prospérité et de paix; je fais surtout des vœux pour que se développent sans cesse tous les éléments qui constituent sa foi et sa tradition catholique et ce, pour le plus grand bien de la vie civile.
Et en même temps que je forme ces vœux, j'invoque bien volontiers pour vous même, Monsieur le Ministre, et pour votre délicate mission d'abondantes grâces divines et la bénédiction apostolique que vous avez implorée je vous la donne à vous-même et à toute la population de Saint-Marin ainsi qu'aux autorités que vous représentez ici.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.19 p.12.
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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
À L'AMBASSADEUR DU NICARAGUA,
S.E.M. RICARDO AUGUSTÍN PETERS SILVA*
Jeudi 27 mars 1980
1. Au moment de recevoir les Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire du Nicaragua près le Saint-Siège, je souhaite cordialement la bienvenue à Votre Excellence et forme les meilleurs vœux pour l'heureux accomplissement de la mission que vous inaugurez aujourd'hui.
Votre Excellence vient d'un pays, le Nicaragua, que le Saint-Siège a toujours tenu en haute considération et en profonde estime, en harmonie avec les sentiments du peuple nicaraguayen qui, en immense majorité catholique, se tourne avec une attention toute particulière vers ce siège de Pierre, il se sent uni à lui par des liens particulièrement solides qui le touchent intimement dans ses plus profondes convictions et dans son existence.
Ce sera donc pour ce peuple une grande satisfaction de savoir que vous voulez faire tous vos efforts pour promouvoir de bonnes et harmonieuses relations entre le Nicaragua et le Saint-Siège, pour le plus grand bien humain et spirituel des habitants de votre pays.
2. Dans son discours, Votre Excellence a fait allusion aux conditions actuelles de son pays et à la volonté des Autorités d'atteindre de nouveaux objectifs pour les citoyens, en vue du développement de chaque personne dans un climat social de participation active de tous les Nicaraguayens
Comme j'ai eu l'occasion de le dire récemment à la Délégation du Conseil de Gouvernement du Nicaragua au cours de la visite qu'elle a voulu me faire, l'Église encourage toutes les initiatives qui servent vraiment la cause de l'homme, sa dignité, sa promotion humaine et qui, en même temps respectent et favorisent la dimension spirituelle et religieuse de la personne, sous son aspect individuel, familial, et dans les légitimes manifestations de son esprit social.
Il est, à cet égard très intéressant d'apprendre que - comme l'a relevé Votre Excellence - l'on s'efforce avec le plus grand soin de mettre au point des programmes tendant à canaliser et à distribuer les taches qui permettent une constante élévation de tous les citoyens, avec une particulière sollicitude pour les classes sociales les moins favorisées.
3. Doté de précieuses réserves d'ordre culturel, moral et spirituel, le peuple du Nicaragua est digne de ces nobles préoccupations. Il en attend non seulement une progressive amélioration des conditions matérielles de son existence mais aussi un nouvel élan intérieur afin que les personnes et les institutions réalisent un peu plus chaque jour leurs légitimes aspirations, conformément à la dignité propre de l'être humain; aspirations qui correspondent, dans l'esprit du peuple, aux fruits tangibles d'une tradition profondément chrétienne. Dans ce sentiment l'Église pleine de confiance, compte continuer sa mission de service, avec la liberté nécessaire dans l'exercice de sa tache ecclésiale.
Monsieur l'Ambassadeur: Je prie le Dispensateur de tout bien qu'il vous assiste dans votre mission; et je vous remercie pour les vœux que vous avez aimablement formulés, également au nom du peuple et du gouvernement du Nicaragua. Mes propres vœux y répondent cordialement.
Je demande à Dieu d'accorder à votre noble pays la conquête de buts toujours plus élevés de justice, fraternité et progrès, en renforçant en même temps les réalisations établies tout au long de son histoire chrétienne.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.18 p.12.
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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
EN CONCLUSION DU SYNODE EXTRAORDINAIRE
DES ÉVÊQUES UKRAINIENS
Jeudi 27 mars 1980
Vénérables Frères dans l’épiscopat,
Nous voici arrivés de manière heureuse, avec l’assistance du Seigneur, au but que nous nous étions fixé par la convocation de ce Synode extraordinaire, à savoir la nomination d’un archevêque-coadjuteur avec droit de succession pour notre vénéré Frère, M. le cardinal Joseph Slipyj, archevêque majeur de Leopoli des Ukrainiens.
Je désire vous manifester avant tout ma vive satisfaction pour avoir pu voir avec quel sens des responsabilités vous vous êtes acquittés de votre tâche.
Le Seigneur vous en récompensera certainement.
En voyant votre assemblée, il m’est venu spontanément à la pensée la phrase du psalmiste : « Quel plaisir et quel bonheur de se trouver entre frères. « (Ps 132, 1.)
Après avoir longuement réfléchi et après avoir invoqué l’aide du Seigneur dans la prière, j’en suis venu à me déterminer à nommer comme coadjuteur avec droit de succession de M. le cardinal Slipyj, Mgr Myroslav Ivan Lubachivsky, métropolite de Philadelphie des Ukrainiens. Il est le premier des trois noms présentés. Sa piété claire, son zèle pastoral, sa préparation scientifique et les belles qualités de douceur et d’humilité qui ornent son esprit, le rendent, du reste, digne d’une charge aussi haute. À lui vont ma confiance et mon souhait le plus vif et le plus cordial.
Maintenant, vous tous, vénérables Frères, retournez à vos charges pastorales, heureux d’avoir pu contribuer d’une manière aussi tangible à une disposition qui constitue pour votre Église une protection efficace et une dignité singulière.
Cet heureux moment du Synode devra demeurer comme un gage d’unité, d’action et de communion des âmes « dans le lien de la paix » et orienter votre apostolat en étroite union de sentiment et de résolutions dans cette partie choisie de l’Église universelle.
Dans la préoccupation commune de mon esprit et du vôtre et pour le bien de l’Église ukrainienne, je recommande à votre zèle pastoral la « sainte cause » des vocations sacerdotales avec le vœu et la prière que les candidats « appelés à avoir le Seigneur en partage » augmentent et se forment « selon les espérances de l’Église ukrainienne ».
Par l’intercession de la Mère de Dieu, nous implorons le Seigneur pour qu’il vous donne à tous ainsi qu’au clergé, aux religieux et aux religieuses et à tous les fidèles de l’Église ukrainienne, la joie de l’amour de Pâques et la plénitude de toute consolation.
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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
À L'OCCASION DE LA PREMIÈRE SÉANCE DU
SYNODE EXTRAORDINAIRE DES ÉVÊQUES UKRAINIENS
« Sala Bologna » du Palais apostolique
Lundi 24 mars 1980
Monsieur le Cardinal, vénérables frères,
Par ma lettre « Probe nostis » du 1er mars, je vous ai convoqués ici en Synode extraordinaire, et j’ai le plaisir de saluer fraternellement mon vénérable Frère, Joseph Slipyj, archevêque majeur de Leopoli des Ukrainiens, vous-mêmes métropolites, exarques et éparques, ainsi que l’auxiliaire et le visiteur apostolique. En même temps, avec mes prières et mes meilleurs souhaits, j’adresse mon salut de loin à leurs Excellences Malanzuk, Martenetz et Gabro, que leur état de santé a empêchés de venir à Rome.
Ce matin, dans la chapelle Sixtine, en tant que pasteur de l’Église tout entière, je vous ai exhortés et encouragés selon le commandement nouveau qui nous a été confié à nous les premiers, successeurs de Pierre et des apôtres : le commandement qui consiste à nous aimer, comme Notre-Seigneur Jésus nous a aimés le premier, et qui doit être vécu surtout autour de l’Eucharistie dans l’unité des coeurs et des esprits, à tous les plans de notre vie humaine, chrétienne et ecclésiale.
Dès le début de cette session solennelle, je désire vous déclarer, à vous prélats et à toute l’Église catholique ukrainienne, à quel point je l’estime et, en même temps, souligner avec quelle attention je suis les nouvelles qui me parviennent des conditions de vie des fidèles en Ukraine et dans la dispersion. C’est avec la plus vive admiration que je suis votre marche, déjà millénaire, dans la foi : j’ai déjà pu en parler dans la lettre que, l’année dernière, j’ai remise à l’archevêque majeur de Leopoli. Je voudrais en outre vous persuader que vos inquiétudes sont les miennes et que vos soucis pastoraux — de même que ceux de vos collaborateurs prêtres et religieux, religieuses et laïcs — sont pleinement partagés par moi et par les divers organismes du Siège apostolique.
La raison de ce Synode extraordinaire vous est fort bien connue : il s’agit de désigner des candidats qui soient vrai ment aptes selon les exigences des saints canons, et parmi lesquels sera choisi celui qui aidera efficacement — au titre de coadjuteur à l’archevêque majeur de Leopoli des Ukrainiens —, mon très aimé cardinal Joseph Slipyj, pour lui succéder ensuite dignement.
J’ai voulu que tout cela fasse l’objet d’un Synode, d’une part en raison de l’importance de l’événement, d’autre part pour permettre à l’Église catholique ukrainienne, par le moyen de mon intervention, de jouir d’un moment d’unité synodale comme manifestation de sa communion autour du Vicaire du Christ.
Je ressens, en effet, vivement avec vous la nécessité d’assurer la continuité de la haute charge de l’archevêque majeur de Leopoli.
Ce Synode, qui se réunit à ma convocation et sous ma présidence, est un Synode extraordinaire parce qu’il s’agit de procéder à la nomination d’un coadjuteur avec droit de succession de l’archevêque majeur. C’est là un acte qui exige l’exercice de l’autorité pontificale, de même que la convocation, en ce cas obligatoire, des évêques ukrainiens se trouvant en dehors du territoire de l’archidiocèse majeur de Leopoli. Et ce Synode se tient ici à Rome, au siège du Pape, où tous les évêques et tous les fidèles catholiques sont comme dans « la maison du Père » ; au siège de Rome, avec lequel toutes les autres Églises doivent s’accorder, pour reprendre les paroles de saint Irénée : « Car avec cette Église, en raison de son origine plus excellente, doit nécessairement s’accorder toute Église. » (Adversus haereses, 3, 3, 2.)
Je suis conscient d’agir comme humble successeur du bienheureux apôtre Pierre, en vertu du mandat divin : « Confirme tes frères » (Lc 22, 32), heureux de pouvoir vous soutenir dans vos angoisses, de vous protéger au milieu de tant de difficultés, aussi bien extérieures qu’intérieures et de vous donner un témoignage de particulière sympathie.
Du reste, ce Synode extraordinaire pourra être suivi d’autres, comme j’ai déjà eu l’occasion de le préciser à l’archevêque majeur : il s’agit de Synodes qu’il pourra convoquer, quand le besoin s’en fera sentir après avoir obtenu l’accord du Souverain Pontife.
La communion avec Rome a été pendant des siècles et reste, aujourd’hui plus que jamais, un élément fondamental et distinctif de la foi de l’Église catholique ukrainienne. L’Évêque de Rome, dans sa charge de « principe et de fondement de la communion ecclésiale » (Lumen gentium, 23), a un devoir particulier de reconnaissance et de sollicitude à l’égard de ses frères de l’Épiscopat ukrainien, et parmi eux en tout premier lieu le vénérable archevêque, le cardinal Slipyj, ainsi qu’à l’égard de toute l’Église catholique ukrainienne, si éprouvée, si fidèle.
Je désire, monsieur le Cardinal, vous adresser un mot de particulière estime. Je voudrais vous rendre hommage pour tant d’années de service et de sacrifice consacrées à la cause du Christ et de son Évangile. Je voudrais rappeler l’estime et la considération qu’ont témoignées mes prédécesseurs à votre personne vénérée : le Pape Pie XII, qui vous a nommé coadjuteur avec droit de succession au siège archiépiscopal de Leopoli des Ukrainiens ; le Pape Jean XXIII, qui a obtenu votre libération après un long emprisonnement ; le Pape Paul VI, qui a voulu reconnaître vos mérites et vos souffrances en vous élevant à la dignité d’archevêque majeur (1963) et de cardinal (1964). Je voudrais remercier le Seigneur, avec nos frères ukrainiens présents et absents, pour ce qu’il a réalisé en vous. Nous le prions avec ferveur de vous combler de toute grâce, afin que vous puissiez continuer à recueillir avec joie toutes sortes de bénédictions « ad multos annos ». J’ai convoqué ce Synode en tant que pasteur de l’Église universelle pour apporter un soutien à vos forces et une vigueur renouvelée à la vie religieuse de l’Église catholique ukrainienne.
Le Pape exhorte pasteurs et fidèles à ne pas perdre l’espérance : il y a une Providence qui guide les peuples et qui prend soin de manière particulière des communautés des croyants. « Dieu est fidèle », comme dit saint Paul (1 Co 10, 13). Les afflictions, les privations, les hostilités sont des épreuves mais ce sont aussi des stimulants pour une fidélité plus grande : fidélité à la foi catholique elle-même, à l’attachement à son rite, aux antiques traditions, en un mot à une identité spirituelle qui trouve dans la communion avec le Pape et avec tous les évêques de l’Église catholique romaine l’élément distinctif de son propre patrimoine de foi et de vie.
Le Pape voudrait que cette identité n’apparaisse pas aux yeux de nos frères de l’Église orthodoxe comme un signe d’antagonisme et presque comme une méconnaissance de la vie et des traditions glorieuses de l’Église d’Orient, et cela il l’espère en vertu de l’esprit œcuménique d’aujourd’hui qui suit la voie du dialogue, de la compréhension mutuelle, de la reconnaissance mutuelle — c’est la réalité — d’être des frères dans la foi commune au Christ sauveur, des membres de l’Église qui tendent à rétablir la pleine communion voulue par le Christ.
Telle est la commune espérance dont nos chers fils ukrainiens doivent nourrir leur vie ecclésiale, dans la confiance qu’un jour leur constance donnera des fruits « à la louange de la gloire de la grâce du Christ » (Ep 1, 6).
Vénérables frères, avant d’aller plus loin, nous voulons prier Dieu le Père Tout-Puissant afin que ce Synode extraordinaire soit vraiment fécond dans l’histoire millénaire de l’Église catholique ukrainienne si riche de traditions religieuses, si féconde en confesseurs et en martyrs méritants de la foi, dont le plus illustre est saint Josaphat. Nous demandons instamment à Notre Seigneur Jésus-Christ, tête du Corps mystique, qui nous a appelés au service d’amour et m’a confié la charge de « confirmer les frères » de bénir cet événement important et historique pour l’Église catholique ukrainienne. Ouvrons-nous sans réserve à l’Esprit-Saint pour qu’il nous éclaire et nous guide dans nos délibérations et nos décisions. Invoquons enfin le patronage de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu. Demain nous commémorerons le mystère de l’Annonciation, qui marque le début du plan de la Rédemption. La liturgie byzantine en souligne particulièrement l’importance dans l’économie divine, à tel point que le Vendredi saint n’est plus « aliturgique » lorsque les deux commémorations coïncident, puisque la Passion et la mort du Christ n’auraient pas eu lieu si le Verbe ne s’était pas incarné dans le sein virginal de Marie. Implorons donc la Mère de Dieu, Marie, toujours Vierge, afin qu’elle intercède en notre faveur et implore de la Très Sainte Trinité d’abondantes grâces pour nous et pour l’Église catholique ukrainienne, dans la mère-patrie et dans la dispersion à travers le monde.
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