DISCOURS DE JEAN-PAUL II
AU CORPS DIPLOMATIQUE ACCRÉDITÉ
AUPRÈS DU GOUVERNEMENT DU ZAÏRE*
Kinshasa
Samedi, 3 mai 1980
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
1. Dans le cadre de la visite que j’effectue, en tant que Chef spiritual, au Zaïre et aux communautés catholiques qui vivent dans ce territoire, je me félicite de la possibilité qui m’est donnée de rencontrer et de saluer le Corps Diplomatique accrédité auprès du Gouvernement de Kinshasa. Et je voudrais commencer par remercier votre Doyen qui a su, avec tant de courtoisie, se faire votre interprète en m’adressant des paroles auxquelles j’ai été très sensible.
Le Saint-Siège lui-même, soucieux de favoriser un climat de dialogue avec les instances civiles responsables de la société, est heureux d’établir, avec les États qui le souhaitent, des relations stables, comme un instrument, fondé sur la compréhension et la confiance mutuelles, au service de l’avenir et du progrès de l’homme dans toutes ses dimensions. Tel a été et tel est le cas du Zaïre, et je me réjouis des contacts rendus possibles avec ses dirigeants par la présence en ce pays d’un Représentant pontifical. Ce dernier a un rôle particulier auprès des pasteurs des divers diocèses, mais, comme vous, il doit aussi chercher à mieux connaître la réalité intérieure de ce pays qui dispose de beaucoup de potentialités humaines et naturelles, à mieux découvrir les aspirations de ses citoyens, et à promouvoir un esprit d’entente et de coopération au plan international.
2. Investis dans cette grande capitale d’une mission s’inspirant des plus nobles idéaux de la fraternité humaine, il me semble que vous êtes tous conscients Mesdames et Messieurs, de l’ampleur de l’enjeu, qui dépasse le cadre immédiat. Vous vous trouvez, nous nous trouvons au cœur de l’Afrique. C’est pour moi l’occasion de vous faire part d’une conviction très forte, et en même temps d’une nécessité impérieuse. La conviction qu’aucune situation locale n’est aujourd’hui sans répercussion à une échelle plus vaste; j’en vois pour preuve les événements qui marquent, parfois douloureusement, une partie ou une autre du continent, et ne peuvent pas ne pas blesser la dignité de l’âme africaine ni même la conscience de l’humanité.
3. Faut-il évoquer les problèmes liés au racisme, que tant de voix à travers le monde ont dénoncé, et que l’Église catholique, pour sa part, réprouve de la manière la plus ferme? Mes prédécesseurs sur le Siège de l’Apôtre Pierre, le Concile Vatican II et les évêques directement concernés ont eu maintes occasions de proclamer le caractère anti-évangélique de cette pratique[
1].
Certains commentateurs ont également souligné mon souci de défendre en tous points les droits de l’homme, selon Dieu; je puis vous dire que, à mon sens, c’est bien en luttant contre ce fléau du racisme que j’entends aussi agir pour promouvoir leur respect. Fort heureusement, des signes sont donnés, comme au Zimbabwe, que des efforts patients peuvent parfaitement fonder des espoirs réalistes.
4. Faut-il évoquer encore le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, sans renier pour autant - car la sagesse ne doit pas être absente - ce qui est issu des vicissitudes de l’histoire? Comment ne pas désirer, en stricte justice, accéder à la maîtrise réelle, et dans tous les domaines, de son propre destin?
L’Afrique a connu, depuis vingt ans surtout, des modifications indéniables de sa structure politique et sociale. Il demeure cependant des motifs de grave préoccupation, soit que de jeunes nations aient éprouvé quelque difficulté à atteindre en une si brève période leur équilibre intérieur, soit que, malgré les initiatives des instances internationales, le processus vers la souveraineté s’avère trop long ou dépourvu de garanties suffisantes.
5. Parmi de nombreux sujets, j’ai voulu vous entretenir explicitement de ceux-ci en raison de leur importance primordiale, mais il est temps, pour ne pas abuser de votre bienveillance, d’en venir à la nécessité urgente à laquelle je faisais allusion. Elle naît d’une vision globale du monde. En la formulant, je ne prétends nullement rivaliser avec les stratèges de la communauté internationale. Ce n’est ni ma mission, ni mon propos, ni de ma compétence. Je viens ici, en Afrique, avec pour tout bagage la force de l’Évangile, celle de Dieu[
2]. Je voudrais susciter en l’homme, mon frère, qui m’écoute peut-être’ le sens du respect véritable et de la dignité du frère africain.
C’est avec un étonnement empreint de tristesse que l’on constate que ce continent est lui aussi marqué par des influences dirigées de l’intérieur ou de l’extérieur, sous couvert d’aide économique souvent, en réalité dans la perspective d’un intérêt qui n’a de vraiment humanitaire qui son étiquette. Comme on souhaiterait que les diverses nations qui le composent puissent vivre et grandir dans la paix, à l’écart des conflits idéologiques ou politiques qui sont étrangers à sa mentalité profonde! Qu’elles ne soient pas amenées à consacrer aux armements, par exemple, une part démesurée des moyens parfois réduits dont elles disposent[
3], ou que l’assistance qu’elles reçoivent ne soit pas subordonnée à une quelconque forme d’allégeance!
6. De tels facteurs ne peuvent engendrer à terme que la violence, ou même donner à celle-ci un caractère endémique: une violence ouverte, qui oppose entre eux des nations ou des groupes ethniques, et une violence plus sournoise parce que moins visible, qui affecte jusqu’aux mœurs, en devenant - c’est terrible à dire! - un moyen pratiquement normal de s’affirmer face à autrui.
Cela n’est pas digne de l’homme, et cela n’est pas digne en particulier de l’homme africain, qui a le sens de ce qu’on appelle, je crois, la palabre, c’est-à-dire de la confrontation loyale par la conversation et la négociation. On doit commencer par discuter pour se connaître, et non pas s’affronter. On doit commencer par aimer avant de juger. On doit rechercher inlassablement toutes les pistes pouvant mener à la paix et à l’entente, et, si le chemin semble encore long, entreprendre des efforts nouveaux.
Les luttes et les conflits n’ont jamais résolu aucun problème en profondeur. Lors de mon voyage en Irlande, l’an dernier, j’ai dit avec insistance et je répète ici “que la violence est un mal, que la violence est inacceptable comme solution aux problèmes, que la violence n’est pas digne de l’homme”[
4]. Je me ferai, ici comme ailleurs, un messager inlassable d’un idéal excluant la violence, un idéal fondé sur la fraternité qui tire son origine de Dieu.
7. Oui, une observation et une “pratique” plus réelles de l’ensemble des droits de l’homme sont bien ces objectifs qui me conduisent à prendre fréquemment le bâton de pèlerin, pour éveiller ou réveiller la conscience de l’humanité. Il y va de la grandeur de l’homme. C’est par là que l’homme s’affirmera, et non par la course vers une puissance illusoire et fragile.
L’homme a droit en particulier à la paix et à la sécurité. Il a droit à ce que l’État, responsable du bien commun, l’éduque à pratiquer les moyens de la paix. L’Église a toujours enseigné, écrivais-je dans mon encyclique “Redemptor Hominis”, que “le devoir fondamental du pouvoir est la sollicitude pour le bien commun de la société... Au nom de ces prémisses relatives à l’ordre éthique objectif, les droits du pouvoir ne peuvent être entendus que sur la base des droits objectifs et inviolables de l’homme... Autrement on arrive à la désagrégation de la société, à l’opposition des citoyens à l’autorité, ou alors à une situation d’oppression, d’intimidation, de violence, de terrorisme, dont les totalitarismes de notre siècle nous ont fourni de nombreux exemples”[
5].
8. Tout cela, avec une distribution plus équitable des fruits du progrès, me paraît constituer autant de conditions d’une accélération d’un développement plus harmonieux de ceste terre que j’éprouve tant de joie à fouler en ces jours. Dieu veuille soutenir les efforts des responsables, aussi bien aux échelons nationaux qu’à l’échelon international, en particulier dans le cadre de l’Organisation de l’Unité Africaine, afin que l’Afrique puisse mûrir dans la sérénité, et trouver, dans le concert des nations, le rôle et le poids qui doivent être les siens. Ainsi elle sera mieux à même de faire bénéficier les autres peuples de son génie propre et de son patrimoine particulier.
Je vous renouvelle, Mesdames et Messieurs, ma profonde satisfaction d’avoir pu vous saluer et vous exprimer quelques-unes des pensées qui me tiennent le plus à cœur, et, en vous offrant mes vœux fervente pour les hautes fonctions que vous assumez, je demande au Tout-Puissant de vous assister ainsi que tous les vôtres.
[
1] Cfr. Pii XI
Mit brennender Sorge, 2-3; Ioannis XXIII
Pacem in Terris, 86; Pauli VI
Africae Terrarum, 17; Eiusdem
Allocutio ad honorabiles Viros e publico Legumlatorum Coetu Reipublicae Ugandensis, die 1 aug. 1969:
AAS 61 (1969) 580-586.
[
2] Cfr.
1 Cor. 1, 26-29.
[
3] Cfr. Ioannis Pauli PP. II
Allocutio ad Nationum Unitarum Legatos, 10, die 2 oct. 1979:
Insegnamenti di Giovanni Paolo II, II, 2 (1979) 528-529.
[
4] Eiusdem
Homilia in urbe "Drogheda" habita, 9, die 29 sept. 1979:
Insegnamenti di Giovanni Paolo II, II, 2 (1979) 428.
[
5] Eiusdem
Redemptor Hominis, 17.
AAS 72 (1980), p. 445-448.
Insegnamenti III, 1 pp. 1104-1108.
L'Osservatore Romano 5-6.5.1980 p.3.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française 20 p.5.
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DISCOURS DU SAINT PÈRE
AU CORPS DIPLOMATIQUE DU BRÉSIL*
Brasilia
Lundi, 30 juin 1980
Excellences,
Mesdames,
Messieurs,
Dès cette première journée passée dans la capitale brésilienne je suis très heureux de rencontrer les Chefs et les membres des missions diplomatiques accréditées auprès du Gouvernement de ce pays. Je vous remercie vivement d’être venus ce soir á ce rendez-vous avec le Pape, qui a lui-même des représentants dans la plupart de vos pays.
En vous exprimant, à tous et à chacun, mes salutations cordiales, je pense aussi à toutes les nations dont vous êtes les fils et que vous représentez auprès du Brésil. Et c’est à tous ces peuples dispersés dans le continent américain et dans les autres continente que j’exprime l’estime et les vœux sincères de l’Eglise; celle-ci se veut catholique, c’est-à-dire universelle, ouverte à toutes les sociétés humaines dont elle souhaite l’épanouissement original, grâce au développement de ce qu’il y a de meilleur dans leur pays, dans leur culture, dans les hommes eux-mêmes.
Votre tâche de diplomate prend place parmi les nobles moyens qui concourent au rapprochement des peuples, à leur estime réciproque et leur entente, à leurs échanges, à leur collaboration culturelle ou économique, disons à la paix.
La voie diplomatique est une voie de sagesse en ce sens qu’elle mise sur la faculté des hommes de bonne volonté à s’écouter, à se comprendre, à trouver des solutions négociées, à progresser ensemble, au lieu d’en venir à des affrontements. Aujourd’hui plus que jamais, les problèmes de paix, de sécurité, de développement ne se limitent pas aux relations bilatérales: c’est un ensemble complexe où chaque pays doit apporter sa contribution à l’amélioration des relations internationales, non seulement pour écarter les conflits ou diminuer les tensions, mais pour faire face de façon solidaire aux grande problèmes de l’avenir de l’humanité qui nous concernent tous.
Et là il faut souhaiter que chaque homme, particulièrement les responsables des nations et donc leurs représentants, aient des convictions, des principes, aptes à promouvoir le bien véritable des personnes, des peuples, à l’intérieur de la Communauté internationale. C’est ce dont veut aussi témoigner le Saint-Siège en apportant au niveau des consciences sa contribution spécifique.
Dans le cadre de cette brève rencontre, je ne peux guère qu’évoquer ces principes de paix à l’intérieur et de paix à l’extérieur. Il peut paraître banal de souligner que chaque pays a le devoir de préserver sa paix et sa sécurité à l’intérieur. Mais il doit en quelque sorte “mériter” cette paix, en assurant le bien commun de tous et le respect des droits. Le bien commun d’une société exige que celle-ci soit juste. Là où manque la justice, la société est menacée de l’intérieur. Cela ne veut pas dire que les transformations nécessaires pour amener une plus grande justice doivent s’opérer dans la violence, la révolution, l’effusion de sang, car la violence prépare une société de violence et nous, les chrétiens, nous ne pouvons y souscrire. Mais cela veut dire qu’il y a des transformations sociales, parfois profondes, à réaliser constamment, progressivement, avec efficacité et réalisme, par des réformes pacifiques.
Tous les citoyens ont part à ce devoir, mais évidemment à un titre particulier ceux qui exercent le pouvoir, car celui-ci est au service de la justice sociale. Le pouvoir a le droit de se montrer fort vis-à-vis de ceux qui cultivent un égoïsme de groupe, au détriment de l’ensemble. Il doit de toute façon se montrer au service des hommes, de chaque homme, et d’abord de ceux qui ont davantage besoin de soutien; l’Eglise, pour sa part, s’efforcera sans cesse de rappeler la préoccupation des “pauvres”, de ceux qui sont désavantagés de quelque façon. En aucun cas le pouvoir ne peut se permettre de violer les droits fondamentaux de l’homme, et je n’ai pas ici à énumérer ceux que j’ai souvent mentionnés, en particulier dans mon discours du 2 Octobre de l’an dernier devant les Nations Unies.
Vis-à-vis des autres pays, on doit reconnaître à chaque nation le droit de vivre dans la paix et la sécurité, sur son propre sol, sans subir d’injustes menaces extérieures, qu’elles soient d’ordre militaire, économique ou idéologique. Ce point capital devrait faire l’unanimité des hommes de bonne volonté, et j’ose dire, d’abord des diplomates. Mais la non-ingérence ne suffit pas; car elle ne saurait signifier indifférence au sort des peuples que la nature ou les circonstances historiques ont défavorisés au point qu’aujourd’hui un grand nombre de leurs fils manquent du minimum nécessaire à une digne vie humaine, qu’il s’agisse de pain, d’hygiène ou d’instruction. Il y a une solidarité internationale à promouvoir. On en parle beaucoup, mais la réalisation est trop mesurée ou grevée de conditions qui font peser de nouvelles menaces. La paix, ici, passe par un développement solidaire, et non par l’accumulation des armes de la peur, ou des poussées de révolte, comme je le rappelais récemment à l’UNESCO.
C’est en nous mettant constamment devant cette tâche mondiale de paix dans la justice et le développement que nous trouverons les mots et les gestes qui, de proche en proche, construiront un monde digne des humains, celui que Dieu veut pour les hommes et dont il leur confie la responsabilité, en éclairant leur conscience. C’est la confiance que je vous fais, chers diplomates, qui m’a poussé à partager avec vous cet idéal. Que Dieu vous inspire et vous bénisse! Qu’il bénisse vos familles! Qu’il bénisse et protège vos patries! Qu’il guide la Communauté internationale sur les chemins de la paix et de la fraternité!
*AAS 72 (1980), p. 834-836.
Insegnamenti III, 1 pp.1953-1955.
L'Osservatore Romano 2.7.1980 p.3.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue français n. 28 p.10.
La Documentation Catholique n.1791 p.738.
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DISCOURS DE JEAN-PAUL II À LA DÉLÉGATION
DU PATRIARCAT ŒCUMÉNIQUE DE CONSTANTINOPLE
Samedi, 28 juin 1980
Eminence,
C’est avec une joie accrue que j’ai le plaisir de rencontrer la délégation du Patriarcat œcuménique que mon frère Dimitrios Ier et son synode ont envoyée à l’Église de Rome à l’occasion de la fête des Saints Apôtres Pierre et Paul.
La joie est en effet plus grande parce que cette année l’expérience des liens communs entre nos Églises a été plus intense et parce que notre engagement commun de vivre ensemble la communion de foi déjà existante entre nous a été plus explicite. Cela nous permette d’aller plus avant vers la plénitude de l’unité dans la plénitude de la vérité et de la charité. La participation réciproque, chaque année, aux fêtes patronales de l’Église de Rome et de l’Église de Constantinople nous donne l’occasion de nous rencontrer dans la prière pour demander et recevoir l’aide du Seigneur qui nous illumine sur la route à suivre et nous donne la force d’aller de l’avant selon sa volonté.
Dans nos rencontres fraternelles nous percevons toujours mieux sa présence efficiente: “Et moi, je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde”[
1]. Je voudrais que ces rencontres, selon les lieux et les circonstances, mais dans le même esprit, se réalisent là où vivent catholiques et orthodoxes pour créer progressivement les conditions nécessaires pour la pleine unité. Le dialogue de la charité doit continuer et s’étendre entre tous les membres de nos Eglises. Dans la déclaration commune avec le Patriarche Dimitrios I
er qui a heureusement couronné ma visite au Patriarcat œcuménique, nous avons explicitement affirmé:
“Ce dialogue de la charité doit continuer et s’intensifier dans la situation complexe que nous avons héritée du passé et qui constitue la réalité dans laquelle doit se dérouler aujourd’hui notre effort”.
Tous les chrétiens sont appelés à la pleine unité.
Le dialogue théologique qui s’est ouvert officiellement dans l’île de Patmos est un événement important et dans les rapports entre catholiques et orthodoxes, il est l’événement majeur non seulement de cette année, mais depuis des siècles jusqu’à aujourd’hui. Nous entrons dans une nouvelle phase de nos rapports car le dialogue théologique constitue un aspect essentiel d’un dialogue plus ample entre nos Églises. Dans ce dialogue sont engagées l’Église catholique et l’Église orthodoxe dans son ensemble. Nous avons ainsi trouvé le cadre général et l’instrument efficace pour identifier, dans leur contexte réel, au-delà de préjugés et de réserves préliminaires, les difficultés de tout genre qui empêchent encore la pleine communion.
Le thème choisi pour la première phase du dialogue est celui-ci: “Le mystère de l’Église et de l’Eucharistie à la lumière du mystère de la Sainte Trinité”. Ce thème mérite la plus profonde considération, car il nous porte au cœur même de l’identité chrétienne. Le fait d’avoir accueilli la proposition faite par les deux commissions préparatoires, catholique et orthodoxe, de partir dans le dialogue théologique, de ce que nous avons en commun, offre à ce dialogue la base la plus solide et la perspective la plus prometteuse.
Le programme de travail établi d’un commun accord par la commission mixte lors de sa première réunion, la répartition des tâches à travers les sous-commissions, et la coordination confiée à un comité mixte, assureront certainement au travail théologique une efficacité de développement et une harmonie d’orientation.
De tout cela nous rendons grâces à Dieu, car c’est Lui qui nous conduit. Chaque jour nous continuerons à invoquer son aide, toujours nécessaire pour surmonter les inévitables difficultés que l’on rencontrera sur la route de l’unité. Pour cela notre prière devient plus intense.
De notre côté, attentifs à ce que voudra dire l’Esprit, nous n’épargnerons, soyez-en sûrs, aucun effort pour la recherche de la pleine unité. La perspective ultime du dialogue théologique, comme celle de nos rencontres pour la fête de saint André au Patriarcat œcuménique et des saints Pierre et Paul à Rome, demeure celle de la célébration eucharistique, après avoir surmonté les difficultés qui font qu’aujourd’hui la communion entre nos deux Églises n’est pas encore pleine et parfaite.
Je vous remercie, frères bien-aimés dans le Seigneur, pour votre présence, pour votre visite, pour les sentiments que vous avez voulu exprimer.
Je vous prie de porter mon salut fraternel et cordial au Patriarche Dimitrios et à son synode et mes remerciements chaleureux pour son message de communion, de charité et d’engagement dans la recherche de la pleine unité.
Le Seigneur soit toujours avec nous!
DISCOURS DE JEAN-PAUL II
AUX REPRÉSENTANTS DE L'ASSOCIATION
JOURNALISTES CATHOLIQUES DE LA BELGIQUE
Samedi, 28 juin 1980
Mesdames,
Messieurs,
Votre démarche, les sentiments que vous venez de m’exprimer témoignent d’un attachement profond au Successeur de Pierre que j’apprécie beaucoup. Et votre amour ne se contente pas de paroles: vous apportez, pour les œuvres de charité du Souverain Pontife, une somme importante qui concrétise cet attachement et manifeste votre compréhension des besoins qui sont effectivement soumis au Pape et du rôle de charité qui est éminemment le sien.
Ce faisant, vous continuez la très belle tradition des “Etrennes pontificales”: elles font honneur aux journalistes catholiques de Belgique qui en sont les promoteurs; c’est donc à vous que j’exprime d’abord mes félicitations et ma gratitude. Elle fait honneur aussi au peuple beige.
Car au-delà de vos personnes et de celles de vos collègues de la presse que vous représentez au sein de votre Association, je pense à tous vos compatriotes pour lesquels vous avez été à la fois un appel et un canal de transmission, et qui ont saisi cette occasion de manifester leur générosité envers le Saint-Siège. Dans ce cas, on peut dire que les mass-media ont vraiment bien joué leur rôle: celui de la “communication”. Par les souscriptions proposées, vous avez mis tous ces gens en communication avec le Pape et avec ceux qu’il voudrait aider. Le Livre d’or que vous m’apportez est un signe éloquent qui me rend présents en quelque sorte tous ces donateurs, avec les intentions qui leur tiennent à cœur. Je suis très sensible à ce réseau de charité qui s’est ainsi tissé. Je voudrais remercier spécialement chaque personne, chaque famille, de sa participation spontanée. Je voudrais dire moi aussi à tous mes souhaits de paix, de joie; je demande à Dieu de les récompenser de cette aumône et de les affermir dans leur foi, dans leur sens de l’Église, dans leur souci du prochain. Je prierai à leurs intentions et je leur envoie de tout cœur ma Bénédiction Apostolique, avec une pensée spéciale pour ceux qui sont dans l’épreuve.
C’est donc vous encore qui serez auprès d’eux l’interprète de mes sentiments de gratitude. Que Dieu vous bénisse vous aussi! Qu’il bénisse vos familles! Qu’il vous assiste dans votre tâche de journalistes catholiques, au service de la vérité et d’une civilisation de l’amour!
Ik dank van harte alle katholieke journalisten die hun edelmoedige bijdrage hebben geleverd tot dit initiatief. Mogen zij in de trouw aan hun geloof en aan de hoogste morele princiepen de kracht vinden om altijd de dienaars van de waarheid te zijn. Hun taak is zo belangrijk, speciaal in deze tijd. Van harte verleen ik aan alle journalisten en aan hun families mijn Apostolische Zegen.
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DISCOURS DE JEAN-PAUL II
À S.E. M. ALBERT SATO, AMBASSADEUR DE LA RÉPUBLIQUE
CENTRAFRICAINE PRÈS LE SAINT-SIÈGE*
Vendredi 27 juin 1980
Monsieur l’Ambassadeur,
C’est avec une grande joie que j’accueille Votre Excellence qui va désormais représenter la République Centrafricaine auprès du Saint-Siège, en tant qu’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire. C’est en effet la première fois que l’événement se produit dans l’histoire de votre pays. Je sais par ailleurs les qualités humaines et chrétiennes avec lesquelles vous entendez accomplir vos fonctions et j’ai été profondément touché de la noblesse de vos paroles pleines d’estime pour l’Eglise catholique et de satisfaction pour ce qu’elle a réalisé chez vous.
Je vous saurais gré de bien vouloir être mon interprète auprès de Son Excellence Monsieur David Dacko, Président de la République, en lui exprimant ma gratitude pour ses salutations déférentes et mes vœux cordiaux pour sa personne et l’accomplissement de la haute charge qui est la sienne, au service de tous ses compatriotes.
Je salue à travers lui tout le Peuple Centrafricain, auquel je souhaite une ère de paix et de prospérité. Les catholiques, parmi eux, sont fort nombreux, alors que l’œuvre d’évangélisation a commencé voilà à peine un siècle; en cette occasion solennelle, je suis heureux de leur exprimer, et spécialement à leurs Pasteurs, aux prêtres centrafricains et aux missionnaires, aux religieux et religieuses, aux catéchistes, des sentiments d’affection et des vœux particuliers, pour leur sérénité chrétienne, pour la vigueur et le rayonnement de leur foi. J’ai rencontré les Evêques et des fidèles à Brazzaville, au cours de mon récent voyage au cœur de l’Afrique qui m’a familiarisé avec ce continent et me l’a rendu encore plus proche. Mais aujourd’hui, c’est vers tous les citoyens de Centrafrique que se tournent la pensée et le cœur du Pape.
Le Saint-Siège s’intéresse en effet à tout ce qui marque la vie de vos compatriotes, à ce qui représente pour eux une valeur et une chance. Il n’ignore pas les difficultés que rencontre votre pays pour donner à chacun de ses fils de dignes conditions de vie, au plan de la nourriture, de l’instruction, de la santé. Je souhaite que la Nation Centrafricaine puisse consacrer toutes ses forces aux lourdes tâches du développement, en s’appuyant sur les efforts de tous, dans un climat de confiance, de paix, de justice, en comptant aussi sur une solidarité internationale qui respecte sa liberté et sa personnalité. L’Eglise, qui n’a pas ménagé sa contribution aux plans social, caritatif et éducatif, notamment à l’égard des personnes les plus défavorisées, est évidemment prête à continuer de réaliser, dans la mesure de ses moyens, ce qui fait partie intégrante de son témoignage d’amour qui est le cœur de l’Evangile.
L’épanouissement culturel, moral et spirituel est non moins nécessaire au bonheur et à la dignité de la vie, à l’avenir de la Nation. Les consciences ont besoin d’être formées au sens de leurs droits et de leurs devoirs dans toutes les tâches familiales et civiques, et aussi pour répondre, de manière personnelle et communautaire, aux exigences de la destinée en Dieu. C’est un service que l’Eglise se sent particulièrement appelée à rendre. Vous avez vous-même parlé de sa “mission salvatrice”.
C’est dire que l’Eglise apprécie les garanties de liberté et de bienveillance qui sont nécessaires à sa mission et dont les Autorités actuelles se montrent soucieuses. C’est dire aussi que l’Eglise souhaite poursuivre son œuvre éducatrice, et en particulier pouvoir donner, d’une façon adaptée aux jeunes scolarisés, la formation religieuse qui correspond aux besoins des consciences et à la vie de foi des chrétiens.
Oui, l’Eglise prend très à cœur le développement humain et spirituel de votre pays. Elle est sûre que l’idéal, enseigné et vécu, du respect de l’homme, l’idéal de la justice, l’idéal de la fraternité, basés sur la même dignité d’enfants de Dieu, préparent les conditions d’un avenir meilleur pour la République Centrafricaine, un avenir de stabilité et de véritable progrès, et je n’oublie pas non plus la contribution que ce pays peut apporter à la paix dans le continent africain, que vit des heures à la fois semées d’embûches et pleines de promesses, et aussi au niveau des grande problèmes internationaux.
Je forme les meilleurs vœux pour la mission que vous inaugurez aujourd’hui, et qui, j’en suis convaincu, renforcera les relations cordiales et fructueuses du Saint-Siège avec la République Centrafricaine. Je prie Dieu de bénir spécialement votre personne, votre famille, votre pays et ses responsables.
*AAS 72 (1980), p. 640-641.
Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. III, 1 pp. 1872-1874.
L'Attività della Santa Sede 1980 pp. 450-451.
L’Osservatore Romano 28.6.1980 pp.1, 2.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.28 p.6.
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