MESSAGE DE JEAN-PAUL II
AUX HANDICAPÉS DE "FOI ET LUMIÈRE"
Aux chers handicapés de “ Foi et Lumière ” réunis à Lourdes,
à leurs parents et amis.
Par la pensée et la prière, je rejoins votre grand rassemblement de pèlerins, auprès de la grotte de Lourdes, en ces jours qui sont saints pour toute l’Eglise et qui vous apportent à vous, sur votre chemin de croix, une paix et une lumière nouvelles.
Jésus, ayant aimé les siens, les aima jusqu’au bout. Cet amour, il est pour vous aussi, pour vous d’abord, qui faites partie des “ pauvres ”, de ceux qui souffrent de limites dans leur esprit et dans leur corps, mais qui comprenez souvent mieux que d’autres le besoin de rapports simples et vrais, d’une amitié fidèle, d’un service gratuit, d’une confiance à toute épreuve. Entrez donc avec Jésus dans cette charité reçue et donnée.
Avec Lui, vous traversez des moments plus sombres, qui vous rapprochent du soir de l’agonie et du Vendredi Saint: solitude, difficulté de communiquer, peur de ne pas recevoir des autres la compréhension et l’amour auquel vous aspirez, contraintes de toutes sortes qui vous sont imposées par l’infirmité et les conditions de vie. Jésus vous invite à garder toute votre confiance dans le Père du Ciel, à lui offrir avec amour ce qui vous blesse, à pardonner aux autres s’il le faut, à attendre patiemment la lumière qui ne saurait manquer de venir. Vous vous tenez au pied de la Croix avec Marie, Mère de Jésus. Vous vous en approchez avec sainte Bernadette, si simple, si humble, si pauvre et si sereine.
Enfin, vous participerez à la grande joie de Pâques. Dieu a ressuscité Jésus, son Fils bien aimé; il en a fait le Seigneur et le Sauveur de tous, parce qu’il est le Fils unique de Dieu, et l’a fait asseoir à sa droite, pour toujours, dans la lumière. Et à vous, il donne déjà d’être ses enfants; le baptême, le pardon, la communion sont autant de signes qui manifestent son amour et mettent en vous la vie du Christ glorieux en vous reliant à son Corps. Il renouvelle vos cœurs par son Esprit Saint. Il vous promet de transfigurer tout votre être, corps, intelligence et esprit, dans une rencontre face à face.
Déjà vous prenez place au cœur de l’Eglise, pour vivre cette Pâque, ce passage du Seigneur, avec tous vos frères et sœurs chrétiens. Avec eux, chantez les merveilles de Dieu! Donnez gratuitement la joie que vous recevez gratuitement! Ceux qui vous entourent vous apportent beaucoup d’aide et d’affection; pensez à la part originale que vous aussi pouvez leur apporter! Et le Pape, le Successeur de Pierre, qui a voulu vous redire l’amour privilégié de Dieu, compte aussi sur votre prière.
Je m’adresse également aux parents, aux éducateurs, aux accompagnateurs bénévoles, aux amis, si nombreux à Lourdes. J’aurais beaucoup de choses à vous dire. Mais déjà le long document que le Saint-Siège a publié le 4 mars dernier, pour “ tous ceux qui se dévouent au service des personnes handicapées ” en cette année qui leur est consacrée dans le monde entier, vous a exprimé la “ sollicitude vivante et vigilante ” de l’Eglise. Sa lecture fortifiera les convictions qui vous animent déjà, sur la dignité et la valeur unique de chaque vie humaine, sur le climat de respect et d’amour dont doivent être entourées les personnes handicapées, sur les efforts d’intégration, de normalisation, de personnalisation dont elles doivent bénéficier.
Aujourd’hui, à vous surtout qui les accompagnez de si près dans toute leur vie, je voudrais exprimer la compréhension, la sympathie et les encouragements de l’Eglise. L’accueil et la prise en charge de votre enfant ou ami blessé dans son intelligence ou son psychisme vous ont engagés sur un chemin difficile et exigeant, qui comporte chaque jour ses “ ombres ” et ses “ lumières ”. Vous avez compris toute l’importance de l’entourage familial pour cet handicapé, ou du moins, lorsque cela n’est pas possible, d’une institution ou d’une petite communauté qui se rapproche du modèle familial, où les rapports personnalisés et la chaleur humaine lui permettent de satisfaire comme il convient son profond besoin d’amitié et de sécurité, en développant ses qualités humaines, morales et spirituelles dans la mesure du possible.
Il faut souhaiter que beaucoup d’“ éducateurs volontaires ” vous viennent en aide, que les voisins intègrent de plus en plus ces handi capés dans des relations normales au lieu de les marginaliser, que la société tout entière se montre de plus en plus solidaire de votre dévouement en contribuant à fournir les moyens adéquats.
Mais j’espère aussi que la foi chrétienne vous aide à porter votre épreuve avec courage, sérénité et amour, car vous êtes auprès de ces enfants les témoins et les coopérateurs de la tendresse de Dieu. La blessure que vous portez vous-mêmes est une participation à la Passion du Christ qui a pris sur lui la souffrance innocente; elle est aussi une invitation continuelle à l’amour gratuit, une ouverture au don de Dieu, un appel à l’espérance. Vous prendrez soin de les initier vous-mêmes à ces réalités, dont ils sont d’ailleurs mystérieusement proches, et l’Eglise vous secondera par une catéchèse adaptée. Vous les aiderez aussi à devenir ceux qui donnent et qui collaborent, à leur mesure, à un monde plus humain.
Que les communautés “ Foi et Lumière ” et les autres initiatives en faveur des handicapés mentaux vous permettent, au-delà de ce grand rassemblement joyeux et réconfortant à Lourdes, de trouver encore et d’apporter à d’autres parents le soutien nécessaire dans la vie quotidiene! Que l’Esprit Saint vous donne sa force et sa paix! Que Marie, Notre-Dame de Lourdes, maintienne vos cœurs tournés vers le Sauveur, dans l’espérance!
Comme mon prédécesseur Paul VI, j’implore sur vous tous, chers fils et filles handicapés, parents et amis, la Bénédiction du Christ mort et ressuscité pour nous.
Du Vatican, le 6 avril 1981.
JEAN-PAUL II
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DISCOURS DE JEAN-PAUL II
AUX JEUNES DU DIOCÈSE DE ROUEN
Lundi, 13 avril 1981
Chers Amis du diocèse de Rouen!
Vous êtes les bienvenues. Je suis toujours heureux de rencontrer des jeunes qui décident de réfléchir et de prier ensemble, à la lumière de l’Evangile, et de le faire en Eglise, avec leur Archevêque, avec leurs prêtres, avec les religieuses et les aînés qui les aident dans leur foi.
Vous venez d’Assise. Vous avez mis vos pas dans ceux de saint François: il a su répondre à l’appel du Christ avec un amour et une disponibilité qui continuent à nous émerveiller. Pour lui, l’Evangile, et en particulier celui des Béatitudes, n’est pas resté un beau texte, ni même un idéal, mais il signifiait des attitudes à réaliser très concrètement, presque à la lettre. Parce qu’il a été un témoin hors pair du Christ, il a suscité dans l’Eglise un mouvement spirituel que beaucoup n’osaient plus espérer. Avec François d’Assise, devenez des disciples du Christ.
Mais en même temps, vous savez comment François, très différent en cela d’autres personnes qui avaient des velléités de réforme de l’Eglise, a toujours tenu à articuler son action et sa prédication sur le ministère des prêtres, des Evêques et du Pape, de ceux qui ont été constitués Pasteurs par l’Esprit Saint pour construire l’Eglise, la guider, l’aider à être fidèle et unie autour du Christ, son chef invisible. C’est dans l’Eglise que nous recevons la véritable foi, les sacrements du Christ et le discernement de ce qui est véritablement chrétien. Je vous félicite donc de terminer votre retraite par la rencontre avec le Successeur de Pierre, chargé, comme le premier Apôtre, d’affermir ses frères dans la foi.
Nous commençons la Semaine Sainte, où nous allons suivre pas à pas le Christ: il nous donne son testament, celui du plus grand amour; il offre sa vie, pour que nous soyons pardonnés et renouvelés par son Esprit; de là surgissent les sacrements qui vont régénérer l’Eglise, celui de la réconciliation et celui de l’Eucharistie; il ressuscite dans la gloire qui sied au Fils unique de Dieu, et à laquelle il nous fera participer. Vivons intensément ces grands moments liturgiques. C’est aussi toute la vie du monde actuel, avec ses épreuves et ses joies, qu’il nous faut associer à la Pâque du Sauveur. Je souhaite que chacun de vous écoute l’appel que le Christ vous adresse, pour votre vie chrétienne, et pour la vocation particulière qui vous est destinée au service humain ou au service spirituel de vos frères. Priez aussi pour moi. De tout cœur, avec votre Archevêque, je vous bénis au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
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DISCOURS DE JEAN-PAUL II
AUX ELÈVES DE "L'ÉCOLE ROYALE DES CADETS" DE BRUXELLES
Samedi, 4 avril 1981
Chers amis,
A l'occasion de votre bref séjour à Rome, vous avez manifesté le désir d’être accueillis dans la maison du Père commun de tous les fidèles catholiques. Je suis heureux de pouvoir vous saluer quelques instants ce matin, et de vous encourager, vous qui êtes à l’âge où se prennent les grandes orientations d’avenir, à vous renouveler dans votre foi chrétienne, à l’approfondir.
Oui, une des tâches des jeunes, dans notre société sécularisée, est de rejeter le conformisme et le respect humain pour retrouver un véritable état d’esprit chrétien, c’est-à-dire une manière de comprendre et soi-même et le monde à la lumière de l’Evangile. Un tel comportement entraîne nécessairement un mode de vie souvent austère, mais dynamique, cohérent avec la foi et supérieurement épanouissant au vrai sens du mot.
Comme le dit saint Paul, il nous faut “ être renouvelés par la transformation spirituelle de l’intelligence ” qui est l’œuvre du Saint-Esprit, qui introduit dans le mystère du Seigneur Jésus-Christ et de son Eglise. Car on ne peut les séparer: la médiation de l’Eglise est nécessaire pour connaître le Christ et vivre de sa vie.
Je souhaite que votre séjour à Rome vous permette de découvrir très concrètement quelques aspects de cette réalité vivante de l’Eglise à travers les lieux sanctifiés par les apôtres Pierre et Paul, les martyrs et tant de saints. Puissiez-vous découvrir que le Seigneur a vraiment donné à son Eglise les paroles de la vie éternelle!
Voici quelques-uns des vœux que je forme pour vous, chers amis, en ce temps de carême, qui invite à une révision de vie salutaire. Je recommande au Seigneur vos personnes et votre avenir, que je souhaite toujours et totalement fondé sur le sens du service. A vous-mêmes, aux membres de votre Ecole Royale des Cadets et particulièrement aux membres de son encadrement qui vous accompagnent, et à toutes vos familles, je donne de grand cceur la Bénédiction Apostolique.
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DISCOURS DE JEAN-PAUL II
À LA COMMISSION DES PROGRAMMES DE RADIO
DE L'UNION EUROPÉENNE DE RADIODIFFUSION
Vendredi, 3 avril 1981
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
1. JE VEUX TOUT D’ABORD VOUS souhaiter la plus cordiale bienvenue dans cette maison, à vous qui avez entrepris il y a quelques jours, au sein même de la Cité du Vatican, les travaux de la trente-quatrième session ordinaire de la Commission des Programmes de Radio de l’Union Européenne de Radiodiffusion. Vous êtes les hôtes appréciés d’un minuscule Etat, la Cité du Vatican, minime expression territoriale d’une souveraineté dont le but principal est d’assurer la pleine autonomie à l’exercice d’une autorité spirituelle, le Saint-Siège, centre et cœur d’une communauté pacifique de croyants qui ne connaît pas de frontières mais qui les réunit tous dans une même foi. Le Siège Apostolique se place au-delà de toute diversité d’idéologie, mais en même temps il nourrit, comme il l’a toujours fait, un profond respect pour la grande variété des cultures dans lesquelles s’incarne le message évangélique chez les divers peuples, et il est ouvert à toute forme de collaboration fructueuse avec les chrétiens d’autres confessions, avec les croyants d’autres grandes religions et avec tous les hommes de bonne volonté.
Je ne puis relever sans satisfaction une certaine correspondance, sur un plan différent il est vrai, avec les buts de l’Union que vous représentez si dignement ici. Celle-ci, en effet, est une organisation internationale non gouvernementale, ouverte à tous les organismes de radiodiffusion de service public de l’Europe entière et même du bassin méditerranéen, comportant de nombreux membres associés d’autres zones géographiques et ayant des liens étroits avec les Unions régionales créées par la suite dans d’autres parties du monde. Votre association se propose d’assurer à ses membres, tout en respectant pleinement leur autonomie, le réseau le plus vaste possible de services dans le domaine de la technologie la plus avancée, des informations de tous genres et des échanges de programmes. Vous favorisez ainsi le développement des organismes nationaux de radiodiffusion qui trouvent, dans cette ambiance de collaboration internationale, une aide efficace pour leur tâche ardue: celle de répondre aux exigences et aux défis toujours nouveaux imposés à la radiodiffusion par les développements rapides qui se réalisent continuellement à notre époque.
2. L’Eglise catholique regarde avec un vif intérêt, avec respect et sympathie ceux qui travaillent dans le domaine des mass media, tout en se montrant exigeante et soucieuse en ce qu’elle attend d’eux. Le Concile Vatican II a voulu consacrer aux instruments de communication sociale le décret “ Inter Mirifica ”, dont le thème a été ensuite développé par l’Instruction pastorale “ Communio et Progressio ”, rédigée par la Commission pontificale pour les Communications Sociales. Son titre comporte déjà en lui-même une vision confiante de ce qu’on attend des instruments de communication sociale, sans qu’on oublie pour autant les obstacles nombreux et de poids qui s’opposent à la réalisation de ce noble but. Une section de cette Instruction est consacrée spécialement aux transmissions de la radio et de la télévision[
1].
3. But there can be adduced no more expressive proof of the Holy See’s interest in your field of competence than the creation in this tiny State of a Radio Station, almost immediately after the stipulations of the Lateran Treaty, which sanctioned the State’s territorial sovereignty. This was the fruit of the farsightedness of Pius XI, and of the collaboration of Guglielmo Marconi himself, to whom that great Pope had entrusted the direction of the work of setting up Vatican Radio. It is not by mere chance that your meeting, which for the first time has given the Holy See the pleasant opportunity of welcoming to the Vatican a body of the European Broadcasting Union, is being held precisely in the year when Vatican Radio is celebrating the fiftieth anniversary of its inauguration, which took place on 12 February 1931. It is equally significant that, by the express wish of Pius XII, Vatican Radio has from the very beginning belonged to the European Broadcasting Union as a founder member.
Vatican Radio of course has a special character: its first and fundamental task is to spread the teaching and the very voice of the Pope, and to contribute to strengthening ecclesial communion. This it does especially through the broadcasting of wide-ranging, regular and timely information, which is specially valuable for local communities that live in precarious conditions of religious freedom and which lack other sources. Also with regard to the international services of other broadcasting bodies, which likewise come within the wide range of your interests though perhaps to a lesser degree, Vatican Radio differs not only by the absence of political or economic interests, however legitimate such may be, but also and above all because it cannot be the expression of a national culture to be spread beyond the boundaries of its own country: no nation and no culture is “foreign” as far as the Holy See is concerned, since it embraces them all in its essential “catholicity”.
4. You exercise functions of high responsibility in broadcasting bodies at the public service. The occasion of this special meeting induces me to tell you of something that deeply concerns me, namely the risk of an ever widening gap between the existence and needs of society and of the human beings that make it up, and the forms in which this reality is presented by the means of social communications. These means wield an enormous power in today’s world, a power that can be easily misused by giving in to the temptation to employ them in order to dominate public opinion and in order to manipulate people’s orientations, scale of values and conduct. May I be permitted to repeat to you what I recently said to the representatives of the mass media in Hiroshima: “This power belongs to the people. Like all created things, it is universal in its destination, and is meant for the good of all. You are, therefore, stewards of the people’s power and servants of their well-being. Yours is indeed a great calling, a splendid mission; but it requires an upright and frequently renewed dedication, and constant accountability to the people. And so I ask you to continue generously to devote efforts to the cause of the people, to the betterment of society, to the promotion of the unity of the entire human family”[
2]. In carrying out your delicate responsibilities may you ever have in mind your children, and in this way it will be easier for you to contribute, as far as it depends on you, to the building of a society that is more just, more free and more united a society in which everyone’s children can live lives that are in harmony with the sublime dignity of man, full of meaning and open to hope.
At this time I wish to thank you warmly for the coverage given by your programmes to my apostolic journeys, and in particular for the ready collaboration offered, on the occasion of such journeys, by the broadcasting bodies of all the countries visited.
Finally, dear friends, I ask you to accept my most cordial good wishes for the success of the work of your Commission. I invoke the abundant blessings of God, who is merciful love, upon yourselves, your families, your colleagues, your broadcasting bodies and upon the countries that you represent.
[
1] Cfr. Pontifici Consilii Instrumentis Communicationis Socialis Praepositi
Communio et Progressio, 148-157.
[
2] Ioannis Pauli PP. II
Allocutio ad operatores communicationis socialis in urbe «Hiroshima» habita, die 25 febr. 1981: vide
supra, pp. 538-539.
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DISCOURS DE JEAN-PAUL II
AUX PARTICIPANTS À L'ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE
DU SECRÉTARIAT POUR LES NON-CROYANTS
Jeudi, 2 avril 1981
Messieurs les Cardinaux,
chers Frères dans l’épiscopat,
chers amis,
1. C’EST UNE JOIE pour moi de rencontrer ce matin, pour la première fois, les participants à l’Assemblée plénière du Secrétariat pour les non-croyants, avec son nouveau Pro-Président et ses nouveaux membres. Il s’agit en effet de développer l’impulsion déjà donnée par le Pape Paul VI avec le cher Cardinal Franz König et le regretté Père Vincenzo Miano.
Le thème que vous étudiez présentement, “ Science et non-croyance ”, est d’une importance capitale, et le Saint-Siège est désireux depuis longtemps d’en promouvoir l’approfondissement. Il se situe bien dans la finalité de votre Secrétariat qui a reçu pour tâche à la fois l’étude de l’athéisme et le dialogue avec les non-croyants. Il est bien clair pour vous tous, je le sais, qu’il ne s’agit pas d’une étude poursuivie de façon académique, mais d’un travail de réflexion pastorale, ce qui n’exclue ni rigueur des méthodes ni recherche approfondie. Certes, vous ne pouvez dialoguer, comme les deux autres Secrétariats, avec des instances internationales adéquates; votre travail implique plutôt des rapports avec les Conférences épiscopales selon les diverses situations socio-culturelles.
2. Sous ce dernier aspect, votre thème de recherche est très riche, si l’on considère que la science est un fait de culture, comportant des conséquences importantes sur les mentalités, qu’il s’agisse des sciences de la nature ou des sciences humaines.
Chercher à comprendre la totalité du réel est une ambition légitime qui honore l’homme et que partage le croyant. Il n’y a donc pas d’opposition à ce niveau, mais plutôt à celui des mentalités, lorsque ces dernières sont dominées par une conception scientiste, selon laquelle le domaine du vrai s’identifierait à ce qui peut être connu et vérifié expérimentalement. Une telle mentalité positiviste marque en profondeur la culture moderne dérivée de la philosophie dite “ des lumières ”. C’est alors une certaine philosophie qui s’oppose de manière idéologique à la foi, mais non pas la science elle-même. Bien au contraire, la recherche passionnée des “ comment ” appelle une réponse aux “ pourquoi ”.
Il en va de même, en un certain sens, pour les sciences humaines, qui connaissent un essor croissant et dont le domaine est d’ailleurs plus difficile à définir. Ne succombent-elles pas à une prétention scientiste bien plus qu’elles ne font preuve de leur réelle scientificité, lorsque leurs promoteurs tendent à présenter comme modèle idéal de ce type de connaissance une conception réduisant l’homme – qui est sujet – à un objet d’études, de recherches et d’expérimentations, à l’exclusion de la réalité proprement spirituelle?
3. Le développement des sciences, par le surcroît de rationalité qu’il apporte, en appelle finalement à une visée de totalité qu’il ne fournit pas: le sens du sens. Car s’il est vrai que la science est la forme privilégiée de connaissance, il ne s’ensuit pas pour autant que le savoir scientifique soit la seule forme légitime de savoir. Dans cette perspective radicalement réductionniste, la foi n’apparaîtrait plus que comme une représentation naïve de la réalité, liée à une mentalité mythologique. Dans une perspective totalisante au contraire, il importe de bien discerner les ordres spécifiques, et, loin d’opposer les contenus, de proposer leur intégration dans une épiphanie du vrai.
Il est certain que la prise en considération de la totalité du réel est délicate et difficile. Parfois il y a réduction d’un ordre à l’autre; parfois au contraire on pense pouvoir faire fi de toute articulation. Il faut reconnaître là une double tentation pour les croyants: le rationalisme et le fidéisme.
4. Au reste, plus que d’une confrontation abstraite entre l’incroyance scientifique et la foi chrétienne, c’est d’un dialogue entre les hommes qu’il s’agit, où la dynamique de la rationalité ne s’oppose nullement à la transcendance de la foi dans sa spécificité, mais, en un sens, l’appelle. C’est dans l’expérience de la vie qu’il apparaît nécessaire de surmonter le vide intérieur apporté par l’effondrement du sens, lorsque la totalisation des activités des hommes se situe dans un univers clos et n’est plus assumée dans une perspective qui les dépasse, dans un supra-rationnel qui, loin d’être un non-rationnel, ou un infra-rationnel, est le fondement et la fin de la rationalité.
5. Il faut signaler aussi un risque inhérent à la méthode d’investigation scientifique elle-même. Elle a son objet et ses exigences propres. Mais, dans la mesure où elle imprègne toute la pensée, toute la manière de voir l’existence, elle peut entraîner dans le domaine de la foi la perte de la certitude propre à cette dernière, où le savoir est aussi amour. Ainsi, cet esprit de recherche perpétuelle peut amener à remettre en cause les données essentielles de la foi et, sans les nier, à suspendre le jugement et l’affirmation, tant qu’on n’a pas élucidé soi-même toutes les raisons de croire et tous les aspects du mystère chrétien, comme si on attendait d’autres découvertes touchant le credo lui-même. Certes il faut, comme disait l’apôtre Pierre, être toujours capable de rendre compte de l’espérance qui est en nous. Et il y a un véritable travail scientifique à poursuivre assidûment en théologie, en exégèse, en morale; mais en s’appuyant sur un donné révélé, et à l’intérieur d’une adhésion globale déjà donnée à Jésus-Christ et à son Eglise qui ne met pas provisoirement entre parenthèses les affirmations certaines du Magistère. C’est pour vous, bien sûr, une évidence; mais les esprits imbus de recherche scientifique peuvent y trouver une gêne ou un obstacle, faute de comprendre le spécifique et la transcendance de la foi, et ils risquent de demeurer sur le seuil de celle-ci.
6. Cette difficulté, comme celles plus radicales que je signalais plus haut, il importe de les éclairer et d’aider nos générations à les surmonter.
Comme je le disais le 11 octobre dernier, à propos du thème que vous étudiez, “ une catéchèse insuffisamment informée de la problématique des sciences exactes comme des sciences humaines, dans leur diversité, peut accumuler les obstacles dans une intelligence, au lieu d’y frayer le chemin à l’affirmation de Dieu ”. C’est le cas lorsqu’il s’agit d’un véritable décalage entre l’image actuelle du monde véhiculé par les sciences – et surtout par la vulgarisation des sciences dans le grand public – et les expressions traditionnelles de la foi, répétées parfois sans souci des mentalités réelles.
7. Enfin, comment oublier que des savants eux-mêmes reconnaissent que l’objectivité et la rationalité, si importantes soientelles, ne comblent pas le besoin qu’a l’homme de l’intelligence de son destin? Mais cela ne suffit pas à les conduire à reconnaître un Dieu personnel et transcendant. Et certains se tournent vers une sorte de panthéisme à coloration mystique. Répudiant le scientisme, cette science égarée au-delà de ses frontières, ils rejettent tout autant les Eglises instituées, en raison d’une revendication d’autonomie humaine et de critiques d’ordre socio-politique, conjugées avec le relativisme qu’engendrent la découverte des diverses religions et le foisonnement des sectes.
La rencontre entre la science et la foi pose des problèmes que le croyant peut résoudre raisonnablement. Mais le mystère de la foi ne peut se vivre que de manière existentielle. Et la rencontre multiforme de l’athéisme, de l’incroyance, de l’indifférence requiert l’existence de croyants aux convictions bien charpentées et vivant une expérience chrétienne, autrement dit possédant une formation solide, qui ne soit pas séparée de la prière et du témoignage évangélique. La foi est un don de Dieu, une grâce, et encore une fois, elle suppose l’amour.
8. Les universités catholiques, les philosophes et les théologiens, les penseurs et les écrivains, pour leur part, ont un rôle considérable à remplir: présenter une anthropologie vraie et crédible, à travers les diverses cultures, ce terrain fondamental de rencontre. Comme je l’ai dit à l’UNESCO le 2 juin dernier: “ L’homme vit d’une vie vraiment humaine grâce à la culture ”, Il s’agit de montrer comment l’homme – et aujourd’hui l’homme marqué par les sciences et l’esprit scientifique – devient pleinement homme en s’ouvrant à la plénitude du Verbe Incarné: “ Voici l’homme ”.
C’est dire l’importance pour l’Eglise d’une pastorale de l’intelligence. Et le Secrétariat pour les non-croyants se doit d’y jouer un rôle important d’incitation, d’approfondissement, de suggestions, de proposition, au sein de la Curie romaine et au service des Eglises locales affrontées au défi de l’athéisme et au drame de l’incroyance, en liaison bien sûr avec les compétences universitaires. Il pourra ainsi aider de nombreux croyants à témoigner des valeurs qui constituent leurs raisons de vivre, à trouver les mots pour les faire partager, et à ne pas craindre de s’affirmer comme témoins de Dieu au nom même de la quête obstinée de la Vérité qui, à travers des siècles de recherche scientifique, fait la grandeur de l’humanité.
Ces réflexions n’épuisent évidemment pas ce vaste sujet. Nous y reviendrons. Je souhaite que vous y trouviez aujourd’hui un encouragement à poursuivre votre travail. Continuez à frayer un chemin à l’Evangile, à jeter des ponts. Que l’Esprit Saint vous éclaire et vous fortifie! Avec mon affectueuse Bénédiction Apostolique.
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