Discurso al Embajador de KENIA,
Excmo. Sr. Don Ben Edward MWANGI*
19 de noviembre de 1984
J'ai le grand plaisir de vous saluer aujourd'hui en votre qualité d'Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de la République du Kenya près le Saint-Siège. J'apprécie vivement les sentiments que vous venez d'exprimer et je vous remercie pour les cordiales salutations que vous m’avez transmises de la part de votre Président, Son Excellence M. Daniel Toroitich Aarap Moi, et également, de la part de votre gouvernement et de la population du Kenya. Je voudrais, en échange, leur adresser les vœux les plus cordiaux que je forme pour eux.
La visite pastorale que j'ai faite au Kenya il y a quelques années m'a permis de goûter l'expérience de la chaleureuse cordialité de son peuple, un peuple si riche de promesses, orgueilleux de ses nobles qualités humaines qui le distinguent et lui donnent un caractère de grandeur.
Les garanties démocratiques inscrites dans votre Constitution nationale comprennent la liberté de conscience et de culte pour tous les citoyens et pour tous les habitants. Cette protection constitutionnelle de la libre pratique religieuse manifeste une attitude de respect à l'égard des valeurs spirituelles, valeurs qui sont profondément enracinées dans le cœur de vos concitoyens. Elle implique l'acceptation de la vérité au sujet de l'homme, de sa dignité et de sa destinée éternelle. Elle est également la reconnaissance de la précieuse collaboration que ceux qui croient vraiment en Dieu ont apportée à l'avenir de votre pays.
Je vous suis reconnaissant pour votre aimable rappel de l'importante contribution que l'Église Catholique a apportée durant de nombreuses années au Kenya. L'Église a en effet pour tâche d’œuvrer en faveur du bien-être et de l'harmonie générale des citoyens.
Je pense dès à présent à la prochaine célébration du quarante-troisième Congrès Eucharistique International qui aura lieu à Nairobi en 1985. Je vous remercie pour l'assurance que vous m'avez donnée, comme Représentant de votre gouvernement et de votre population, de votre appui et de votre coopération pour que cet événement important pour l'Église d’Afrique et donc pour l‘Église Universelle puisse réaliser ses objectifs et apporter ainsi de nombreux bénéfices spirituels à ceux qui y prennent part.
Monsieur l'Ambassadeur le Saint-Siège souhaite collaborer avec le Gouvernement du Kenya et soutenir, selon les moyens propres à sa mission, tous les efforts tendant à promouvoir un authentique développement humain. Grâce à son intense engagement pour instaurer une entente réciproque entre tous les peuples et entre toutes les nations, le Saint-Siège désire encourager la cause du juste progrès de chaque personne, sans considération de race, de couleur ou de religion et de même favoriser les conditions qui permettront au Kenya de bénéficier toujours plus de la place qui lui revient de droit dans la communauté des nations.
Pour vous-même, Monsieur l'Ambassadeur, Je demande à Dieu qu'il vous assiste dans votre haute mission et dans votre tâche de parfaire toujours plus la bonne entente et l'amitié entre le Saint-Siège et la République du Kenya. Soyez assuré, de ma personnelle bienveillance et de la disponibilité des Organismes du Saint-Siège qui vous accorderont toute l'assistance en leur pouvoir pour vous permettre d'accomplir efficacement vos devoirs.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française 1985 n.1 p.10.
DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX MEMBRES DU CONSEIL PONTIFICAL POUR LES LAÏCS
Lundi 19 novembre 1984
Chers Frères et Soeurs dans le Christ,
1. C’est une grande joie pour moi que cette rencontre avec vous, membres nouvellement entrés au Conseil pontifical pour les Laïcs et participant pour la première fois à son Assemblée plénière annuelle! Je vous salue tous et de tout cœur. Et je me tourne en particulier vers le Cardinal Eduardo Pironio, qui préside ce Conseil depuis quelques mois, et vers tous les membres qui œuvrent habituellement à l’animation du Conseil pour les Laïcs. Ma reconnaissance s’étend à tous et à chacun. J’apprécie vivement votre collaboration et je mesure les fatigues que vous vous imposez pour servir l’Eglise. Ma gratitude se veut encouragement chaleureux à l’égard des membres nouveaux, pour leur généreuse acceptation de contribuer à la vitalité de l’Organisme romain pour l’apostolat des laïcs.
Chacun de vous a son expérience personnelle, vécue et mûrie dans un engagement au sein de mouvements apostoliques, de conseils nationaux de laïcs et de bien d’autres formes de collaboration à la vie missionnaire de l’Eglise. Chacun a parcouru son itinéraire particulier de foi, a trouvé Dieu à travers le déroulement de son existence.
L’Eglise ne se construit pas sans la coopération de tous les membres du Corps du Christ. De même que tout membre a besoin du Corps, le Corps a également besoin de tous ses membres. C’est ce que l’Apôtre Paul rappelle aux chrétiens de Corinthe: « De même en effet que le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu’un seul ainsi en est-il dans le Christ. Aussi bien est-ce en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés pour ne former qu’un seul corps ... » (1 Cor. 12, 12-13).
Vous êtes insérés dans la vie et dans la mission d’un Organisme de la Curie romaine, voulu par les Pères du Concile Vatican II et institué par mon prédécesseur Paul VI. Cet organisme a grandi en expérience et en maturité. Il a donné les signes évidents d’un service fidèle, de l’importance de ses tâches pour la vie de l’Eglise et le ministère du Pape. Les charges qui lui sont confiées son très exigeantes. Soyez de plus en plus persuadés que je compte sur votre collaboration, mais également que vous pouvez compter vous-mêmes sur mon attention et mon soutien pour le travail des années à venir.
2. Vous êtes appelés à prendre part à la vie du Conseil pontifical pour les Laïcs en un moment privilégié. Voici vingt ans, s’achevait le Concile Vatican II. Et la route de l’Eglise, fécondée par ce grand événement, arrivera bientôt à la date prévue pour le Synode des évêques sur « la mission des laïcs dans l’Eglise et dans le monde ». Ces deux événements sont intimement liés. Vous savez très bien avec quelle profondeur théologique, avec quelle sagesse ecclésiale, avec quel esprit de renouveau, le Concile Vatican II a souhaité et stimulé la participation accrue et consciente des laïcs aux activités apostoliques et missionnaires de l’Eglise.
Dans le plan conciliaire qui comporte deux axes principaux, celui de « Lumen Gentium » et celui de « Gaudium et Spes », et qui a été par la suite enrichi grâce aux Synodes des évêques et vérifié par des expériences positives de renouveau spirituel, se trouve la base féconde d’un nouvel élan de vie chrétienne dans le laïcat. J’ai toujours désiré que mon Pontificat ait comme but fondamental de réaliser pleinement et légitimement le Concile. Et le prochain Synode des évêques nous appelle à avancer sur cette route, en ce qui concerne la mission des laïcs dans l’Eglise et dans le monde.
En anglais
3. L’ensemble de vos expériences, de vos problèmes et de vos demandes doit être regardé et discerné à la lumière de l’Évangile et du magistère de l’Église. Dans les consultations préparatoires au Synode, on doit encourager une très large participation du laïcat et de ses mouvements et associations. Aujourd’hui le laïcat est présent et actif dans la liturgie, les activités catéchétiques et dans les diverses structures des Églises locales. Les laïcs remplissent diverses fonctions dans le ministère non-ordonné, ils encouragent les vocations sacerdotales et religieuses, puisant leur inspiration dans l’Évangile et l’enseignement social de l’Église, ils travaillent à instaurer la justice et à défendre la dignité et la liberté ; ils portent témoignage de leurs convictions chrétiennes dans la famille parmi les pauvres, à l’école, dans le monde du travail — des choses de chaque jour à la vie internationale. Divers mouvements ecclésiaux, en plus des formes traditionnelles d’association, se développent et atteignent leur maturité, enrichissant ainsi les forces vives de l’Église.
Il y a là tant d’expériences, tant de problèmes, tant d’espoirs ! Je souhaite vous laisser aujourd’hui une seule pensée, mais que je considère comme fondamentale en ce domaine. La proclamation dynamique de l’Évangile a commencé avec la venue de l’Esprit-Saint sous la forme du vent et du feu. Le message de la mort et de la résurrection du Christ n’est pas un fait statique. Il requiert le mouvement. Il cherche à atteindre d’autres. Il demande à être répandu de tous côtés. Et le monde est dans l’attente. Car le matérialisme ne peut pas satisfaire le cœur de l’homme.
Comment accroître la quantité et la qualité des laïcs chrétiens, toujours conscients de leur dignité, de leurs responsabilités, de leurs tâches spécifiques, qui aideront à faire des grandes intuitions et des élans du Concile Vatican II une réalité non pas seulement pour une élite minoritaire mais pour tout le Peuple de Dieu ? C’est la tâche et le défi qui vous attendent. La formation des laïcs demande une œuvre catéchétique dans toute l’Église. Elle requiert que soit proscrite toute séparation entre la foi et la vie dans l’expérience du baptisé. L’analyse intellectuelle, bien que nécessaire, n’est pas suffisante. Nous devons créer un environnement qui favorise la conversion, qui soit apte à rajeunir l’élan reçu de la parole de Dieu et qui accueille ses demandes et sa puissance de transformation.
4. Dans cette perspective, nous voyons esquissée une grande tâche pour un nombre toujours croissant de laïcs conscients de leur vocation fondamentale et spécifique : être les constructeurs d’un monde plus adapté à la dignité de tout individu et de tous les êtres humains. Le monde a besoin de la présence et de la contribution particulière des chrétiens en beaucoup de domaines : là où le progrès scientifique et technologique doit être harmonisé avec l’éthique, où se livrent les batailles contre la guerre et la faim, où la valeur humaine du travail est rendue manifeste par la solidarité des travailleurs eux-mêmes ; où une culture qui prend parti pour la vie et non pour la mort est défendue et promue ; où les individus et les peuples deviennent conscients de l’esclavage des différentes formes de matérialisme et résistent aux mensonges des idéologies sur lesquelles se base le matérialisme ; où une vraie fraternité et une véritable communion sont en train de se construire. En un mot, le monde a besoin de la contribution des chrétiens partout où ils sont les signes prometteurs d’une civilisation nouvelle basée sur la vérité et l’amour.
En parcourant ces chemins en compagnie du Christ, c’est avant tout les jeunes qui devraient être interpellés. Comme je l’ai souvent répété, ils sont l’espoir de l’Église, le monde de demain. Et cette conviction qui est mienne est encore plus forte aujourd’hui, après cet événement extraordinaire, le Jubilé des jeunes, organisé par votre Conseil, avec la généreuse collaboration de divers groupes et mouvements de jeunes à Rome. J’ai fait personnellement l’expérience de cet événement avec joie et enthousiasme. J’ai senti le souffle de la Pentecôte qui peut transformer les cœurs. J’ai fait l’expérience de ses fruits quand je regardais les visages de ces jeunes. Ce serait une faute de ne pas saisir l’occasion pastorale qu’offrent de tels rassemblements. C’est pour cette raison que, une fois de plus, je vous encourage à mener à bien le projet, qui me tient beaucoup à cœur, de la Rencontre internationale de la jeunesse qui est proposée par le Conseil pontifical pour le dimanche des Rameaux et le samedi qui précède, en liaison avec l’Année internationale de la jeunesse. C’est mon vif espoir que, pendant que cette Rencontre se tiendra à Rome, des célébrations semblables auront lieu dans toutes les Églises locales, également avec l’aide des organisations catholiques internationales de jeunesse.
Je réalise que je suis en train de beaucoup vous demander, mais je sais que vous confierez au Seigneur vos responsabilités de membres du Conseil pontifical pour les Laïcs, sachant que lui seulement peut rendre fructueux votre travail et vos efforts. Avec le Christ tout devient possible. Demeurez unis, donc, dans votre travail et votre prière. Je compte sur votre service et votre fidélité. Et je compte sur vos prières à mes intentions pour le monde entier. Que la Vierge Marie vous accompagne. Qu’elle soit, elle, la première des disciples, un modèle et un exemple pour chacun d’entre vous, qui vous enseignera à faire tout ce que désire le Seigneur Jésus.
C’est pour la gloire du nom de Jésus que nous peinons et luttons. C’est son mystère que nous nous efforçons de communiquer au monde. « La grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous. » (2 Th 3, 17).
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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PARTICIPANTS À L'ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE
DU CONSEIL PONTIFICAL «COR UNUM»
Samedi 17 novembre 1984
Monsieur le Cardinal,
Chers Frères dans l’épiscopat,
Chers Frères et Sœurs,
1. Voilà la treizième Assemblée plénière que tient le Conseil pontifical “Cor Unum”. Je suis toujours heureux de recevoir à cette occasion les responsables et tous les participants, et, avec eux, ceux qui assurent quotidiennement ici le travail abondant du Secrétariat général. La raison en est l’importance de l’œuvre qui vous est confiée et qui est bien exposée dans la plaquette que vous avez éditée: “La diaconie moderne de la charité au centre même de l’Eglise”. Mais cette audience souligne aussi les services particuliers que le Conseil “Cor Unum” assure au nom du Pape et qui créent des liens spéciaux avec lui: il est l’organisme de sa charité.
Je salue avec joie le nouveau Président, le cher Cardinal Roger Etchegaray, qui a quitté sa ville cosmopolite de Marseille pour se consacrer à cette mission universelle de la charité. Et je salue autour de lui tous les membres de “Cor Unum”, dont beaucoup participent pour la première fois à une Assemblée de ce Conseil. Chers amis, en plus des lourdes charges que vous assurez par ailleurs, vous avez été appelés à ce service de l’Eglise universelle, et nous comptons beaucoup sur votre collaboration. Votre participation à cette réunion n’est pas seulement pour vous une information, mais un engagement.
2. Vous connaissez les buts de la fondation de “Cor Unum”. Comme le Conseil s’est appliqué à le faire jusqu’ici, vous vous efforcerez d’harmoniser les forces et les initiatives des divers organismes catholiques qui travaillent déjà avec ardeur dans les domaines de la charité, de la promotion humaine, de la santé, de manière à favoriser, non pas une centralisation ni une uniformité, mais une concertation nécessaire, et une meilleure répartition des ressources et des moyens d’action, surtout devant les cataclysmes subits, les fléaux naturels de grande envergure, ou les conséquences tragiques des conflits humains. Vous vous mettrez notamment à la disposition des évêques, des Eglises locales, pour leur permettre de bénéficier de ces moyens. Vous chercherez une collaboration avec les frères séparés qui poursuivent une œuvre semblable, comme avec les responsables du bien commun, les organisations de caractère public et international. Vous serez une instance de rencontre, de dialogue, et aussi de réflexion théologique approfondie sur la charité et son enracinement dans le message chrétien, de manière à contribuer à son renouveau et à son développement dans toute l’Eglise.
3. Votre Assemblée vous permet de dresser un bilan de l’œuvre accomplie depuis un an et d’envisager des projets. Je n’ai pas à y revenir dans les détails.
Mais je ne peux m’empêcher de penser avec vous aux grandes urgences qui attendent l’Eglise et le monde, et où il faudra continuer à apporter une part active, à la mesure de nos moyens, et à sensibiliser nos contemporains.
La détresse de régions entières en Afrique, par suite de la sécheresse et de la famine catastrophique qu’elle entraîne, doit mobiliser notre imagination et nos énergies. Avec vos confrères de Caritas internationalis, il y a quelques jours, j’ai lancé un appel pressant pour nos frères de l’Ethiopie où des milliers de personnes, adultes et enfants, sont en danger constant de mort. Et je ne peux oublier les nombreux autres pays de ce continent qui doivent faire face à des situations très difficiles du même genre. Notre “Fondation pour le Sahel” contribue à préparer un avenir meilleur, mais il faut faire face déjà au drame du présent.
Pour des raisons différentes, à la suite des guerres, des conflits, des guérillas, beaucoup d’autres gens vivent aussi dans des situations très précaires, aggravées par l’éloignement de leur pays ou de leur famille: ce sont les réfugiés d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine, et je vous remercie de tout ce que vous avez fait et ferez pour eux.
4. Les besoins sont multiples. Notre action pourrait sembler disproportionnée. Mais de façon réelle, efficace, ponctuelle, elle contribue au soulagement; elle donne l’exemple; elle stimule une reprise en main de l’avenir; elle entraîne un mouvement de charité. Et, tout en gardant ses caractéristiques, elle se conjugue avec ce qui est entrepris par les instances internationales avec lesquelles vous avez à cœur d’entretenir des relations très bénéfiques d’information et de coopération: les organisations spécialisées des Nations Unies, le Haut-Commissariat pour les Réfugiés, l’Organisation des Nations Unies pour les Secours en cas de catastrophes (UNDRO), l’Organisation Mondiale de la Santé, la Communauté Economique Européenne, etc.
Enfin, au-delà des services d’information, de coordination et d’action, vous essayez de promouvoir dans l’Eglise une réflexion, particulièrement dans vos groupes de travail, concernant la promotion humaine intégrale et solidaire, la santé... Il est important que la pastorale de l’Eglise, à ses différents niveaux, bénéficie d’une telle réflexion; c’est une perspective qu’elle ne doit jamais oublier dans ses efforts d’évangélisation.
5. Et vous, vous ne devez jamais perdre de vue que la charité est l’âme de la mission du Conseil pontifical “Cor Unum”. Il vous faut donner avec force le témoignage qui devrait normalement caractériser tous les chrétiens: l’amour du prochain. Vous êtes en quelque sorte l’œil qui discerne les multiples “pauvretés”. Vous êtes le cœur qui compatit et qui veut faire pour l’autre qui est dans le besoin ce qu’on désirerait pour soi-même. Vous êtes la main qui se tend fraternellement et qui aide efficacement.
Voilà la vocation des chrétiens. Et aujourd’hui il est significatif de voir renouvelée la sensibilité de certaines Eglises locales et de certains responsables civils devant les nouvelles pauvretés, devant de réels pauvres, dans une société qui semblait parvenue pourtant à un haut degré d’organisation et de développement, et qui avait cru tout régler en termes de justice.
Mais la raison d’être de notre charité est la dignité inaliénable que nous reconnaissons à tout être humain, créé à l’image et ressemblance de Dieu, aimé de Dieu, sauvé par Dieu, adopté par Dieu comme un fils, et identifié au Christ lui-même. Nous ne pouvons pas nous résigner à laisser dans la misère, dans l’abandon, dans la solitude affective ce frère qui a tant de prix aux yeux de Dieu. Notre charité dépasse la pitié sensible qui est certes une porte naturelle pour la charité. Elle dépasse les solidarités horizontales. Elle s’appuie sur cette transcendance que nous reconnaissons dans chacun de nos frères. Notre fraternité a sa source en Dieu. Tel est le témoignage que vous devez porter, haut et fort, dans l’Eglise, comme une lumière qu’on ne saurait mettre sous le boisseau, comme un flambeau qui doit briller aux yeux des hommes. Et en même temps, nous gardons, en toute humilité, la conscience de n’être que des serviteurs.
Chers Frères et Sœurs, je vous assure de toute ma confiance. Je prie l’Esprit Saint, l’Esprit d’Amour, de vous donner sa lumière et sa force, et de tout cœur, je vous bénis.
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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PARTICIPANTS À L'ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE DU
SECRÉTARIAT POUR L'UNION DES CHRÉTIENS
Vendredi 16 novembre 1984
Chers frères et sœurs dans le Christ,
C’est avec un plaisir particulier que je vous accueille aujourd’hui, membres, consulteurs et personnel permanent du Secrétariat pour l’Unité des chrétiens. C’est un plaisir, car cela me permet de saluer un certain nombre de nouveaux membres, évêques diocésains de différentes parties du monde qui volontiers viennent ici, dans l’exercice de leur responsabilité collégiale, pour aider le Saint-Siège dans sa mission universelle d’unité. C’est un plaisir parce que ma rencontre avec vous survient à quelques jours du 20e anniversaire de la promulgation par le Concile Vatican II de sa Constitution dogmatique sur l’Église et de son décret sur l’œcuménisme, documents fondateurs qui sont, pour ainsi dire, la Magna Charta de votre service particulier de l’Église. Et c’est un plaisir parce que, au cours de cette semaine, vous examinez les dimensions œcuméniques du nouveau Code de droit canon.
Dans la Constitution apostolique promulguant le nouveau Code, Sacrae disciplinae leges, j’ai parlé de lui comme d’« un grand effort pour traduire l’enseignement ecclésiologique du Concile en termes canoniques » et comme d’un « complément à l’enseignement authentique proposé par le Concile Vatican II ». En énumérant les éléments qui caractérisent l’image vraie et authentique de l’Église, j’ai eu soin de mentionner « l’engagement de l’Église à l’égard de l’œcuménisme ».
À cet égard, un canon est particulièrement important. Faisant écho à un souci fondamental d’Unitatis redintegratio, il déclare sans ambiguïté : « Il appartient en premier lieu à tout le collège des évêques et au Siège apostolique de soutenir et de diriger le mouvement œcuménique auprès des catholiques, dont le but est le rétablissement de l’unité (Unitatis redintegratio) entre tous les chrétiens, que l’Église est tenue à promouvoir de par la volonté du Christ. » (Can. 755, § 1.)
La promulgation du Code, une œuvre préparée avec tant de soin et discutée pendant des années, est un exemple de la manière dont notre fidélité à l’Évangile et au mystère de l’Église doit nous mener des paroles aux faits. Inévitablement, le Code est bref et succinct, mais dans son application à la vie pastorale, il entend être « un instrument efficace à l’aide duquel l’Église sera capable de se rendre plus parfaite, dans l’esprit du Concile Vatican II » (Sacrae disciplinae leges). Cela a été votre tâche, au cours de ces journées, de réfléchir plus avant sur les nombreuses manières selon lesquelles les implications œcuméniques de cette « loi du Concile » peuvent et doivent trouver une expression pratique dans la vie quotidienne de l’Église.
Il y a quelques mois, nous avons eu un exemple frappant de ceci. Au cours de la visite du patriarche orthodoxe syrien Moran Mar Ignatius Zakka I Iwas, en juin dernier, nous avons été heureux de signer une déclaration commune. En celle-ci, il nous a été possible, comme résultat d’un dialogue prolongé et sérieux, de professer une seule foi dans le mystère du Verbe incarné. Mais également nous sommes allés plus loin pour donner une expression concrète à cette foi commune, en autorisant une étroite collaboration pastorale entre nos Églises et aussi l’administration des sacrements à ces membres de l’une et l’autre Églises qui ne peuvent rencontrer leurs propres prêtres. Ce n’est pas encore la pleine communion à laquelle nous aspirons ardemment, mais déjà cela donne dans les faits une expression plus pleine à cette communion croissante qui existe déjà entre nous.
Mais, comme cet exemple le montre, les mots peuvent mener aux faits seulement dans la mesure où nous sommes vraiment un dans la foi que nous professons. C’est pour cette raison que les nombreux dialogues dans lesquels l’Église catholique est maintenant engagée à travers le travail de votre Secrétariat et de ses généreux collaborateurs revêtent une telle importance. Ces dialogues sont trop nombreux pour que l’on puisse les énumérer au cours de cette brève allocution, mais je dois néanmoins témoigner ma satisfaction de ce qu’un dialogue officiel ait maintenant commencé avec l’Alliance baptiste mondiale.
Les sujets principaux de notre dialogue de foi avec les Églises orthodoxes concernent le mystère de l’Église et les sacrements. À cause du progrès de ce dialogue j’ai été particulièrement heureux, au cours de ma visite en Suisse au début de cette année, de visiter le Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique à Chambésy. Ma visite fut nécessairement brève, mais par le chaleureux accueil que je reçus alors, j’ai pu revivre quelque chose de l’expérience de ma visite au Patriarcat œcuménique il y a cinq ans, une expérience qui est renouvelée et nourrie au cours des échanges annuels de visites entre Rome et Constantinople pour les fêtes des saints apôtres, nos patrons.
Il est particulièrement encourageant de voir que bien d’autres dialogues sont eux aussi arrivés maintenant, chacun à leur manière, au point où le sujet principal devient le mystère de l’Église elle-même ; ainsi la doctrine qui est au cœur de l’enseignement du Concile est aujourd’hui au cœur du dialogue œcuménique. Cela est vrai, par exemple, de la nouvelle phase du dialogue avec la Communion anglicane, qui a connu un bon début alors même que le rapport final de la Commission précédente est l’objet d’une étude prolongée et d’une évaluation selon la procédure respective de nos deux Commissions.
Comme vous le savez, au cours de ma visite en Suisse, j’ai eu une rencontre d’une très grande importance au Centre œcuménique du Conseil œcuménique des Églises, et là, dans un climat de prière, j’ai pu parler une fois encore de l’engagement de l’Église catholique dans le travail pour l’unité. J’ai pu également parler avec l’équipe dirigeante des divers pas concrets par lesquels notre collaboration croissante s’exprime de plus en plus, que ce soit dans le domaine du dialogue théologique multilatéral ou dans le domaine de la coopération pour satisfaire les besoins innombrables d’une humanité gravement divisée. Une telle rencontre, comme les nombreuses rencontres œcuméniques qui forment une part importante de mes voyages apostoliques, fut vraiment un encouragement et une joie.
Ainsi, nos paroles commencent à trouver une traduction dans les faits. Nos dialogues et d’autres contacts visent à amener, dans la vérité et l’amour, de profonds changements dans les relations avec nos compagnons chrétiens, et je remercie Dieu de ce que, par sa grâce, de tels changements commencent maintenant à devenir manifestes. Mais nous ne devons pas nous réjouir trop facilement de cela : un tel changement dans les relations ne doit pas en rester à une simple question de courtoisie mutuelle qui ne prendrait pas en compte les sérieuses difficultés que nous devons encore affronter. Il doit nous conduire à cette collaboration qui nous rende capables de proclamer la Parole de Dieu d’un seul cœur et d’une seule voix, une collaboration qui, nous l’espérons, car elle progresse, nous mènera à la plénitude de la communion dans la foi et la charité qui est la volonté de Dieu et à laquelle nous aspirons.
Pour cette raison, nous, les évêques, nous avons une grande responsabilité : encourager le désir d’unité parmi le peuple qui nous est confié. L’application prudente et délicate du nouveau Code de droit canon, avec son accentuation constamment mise sur l’importance de la communion ecclésiale, doit être un moyen privilégié pour intensifier cet « esprit du Concile » qui devrait caractériser les catholiques partout. Dans votre collaboration avec le Siège apostolique, par votre travail au Secrétariat pour l’Unité des chrétiens et dans votre travail de pasteurs dans vos propres diocèses et comme membres de vos Conférences épiscopales, je vous encourage à continuer ce grand travail avec courage et fidélité, qui sont des éléments réels d’une vraie prudence pastorale. Saint Paul nous dit à tous non seulement : « Soyez vigilants », mais aussi : « Demeurez fermes dans votre foi, soyez courageux, soyez forts. » « Tout ce que vous faites, faites-le par amour. » (1 Co 16, 13-14.) Comme le canon que j’ai cité le dit déjà : « Il appartient pareillement aux évêques et, selon la norme du droit, aux Conférences épiscopales, de promouvoir cette même unité et, selon que les circonstances l’exigeront ou le conseilleront, de donner des normes pratiques en accord avec les dispositions promulguées par l’autorité suprême de l’Église. » (Can. 755, § 2.)
En rappelant une fois encore le 20e anniversaire du décret conciliaire sur l’œcuménisme, un décret qui prend toujours plus de signification pour nous après la riche expérience de vingt ans de ces nouvelles relations avec nos frères chrétiens, un décret qui constamment nous provoque à une action nouvelle et toujours plus vigoureuse à tous les niveaux de la vie de l’Église, je vous remercie encore une fois de votre présence à cette rencontre plénière. Je demande au Dieu d’unité de vous bénir, vous et tous ceux qui collaborent avec vous au Secrétariat, en travaillant pour la restauration de l’unité entre tous les chrétiens — une tâche « que, par volonté du Christ, l’Église est tenue à promouvoir » (can. 755, § 1).
Et que Marie, la Mère du Verbe incarné de Dieu, vous assiste en dirigeant toutes vos activités à la gloire de la très sainte Trinité : Père, Fils et Esprit-Saint.
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