CÉRÉMONIE DE BIENVENUE
DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
Aéroport International de Lomé - Tokoin (Togo)
Jeudi, 8 août 1985
Monsieur le Président,
Chers Frères dans l’épiscopat,
Chers Frères et Sœurs, chers amis,
1. Ma joie est grande et je rends grâce au Seigneur de me trouver aujourd’hui accueilli au Togo! Accueilli chaleureusement, comme sait le faire ce peuple hospitalier! Je sais que vous aviez une certaine impatience de voir le Pape chez vous, après sa visite aux deux pays voisins du Ghana et du Bénin, et à plusieurs autres communautés africaines. Moi aussi, j’étais impatient de vous rencontrer. Aujourd’hui, vous êtes le premier pays que je visite au cours de ce troisième voyage en Afrique. Il me conduira en six autres nations africaines et notamment au Kenya où je vais m’associer, avec des frères et sœurs catholiques du monde entier, au culte que nous rendons au Christ, présent dans le saint sacrement de l’Eucharistie. C’est Lui qui est le Chef invisible de l’Eglise. C’est Lui que nous adorons, que nous suivons, que nous servons dans tous nos frères humains.
L’étape du Togo inaugure ce grand périple missionnaire. Et je me réjouis de passer deux jours chez vous.
2. Je le dois aux invitations convergentes de Son Excellence le Président de la République et de la Conférence épiscopale.
Oui, Monsieur le Président, vous avez manifesté votre disponibilité à me recevoir dès que vous avez rencontré le premier Pro-Nonce Apostolique auprès du Togo, en janvier 1983. Je vous remercie de cette aimable invitation, que vous avez renouvelée depuis lors, et je suis touché de l’accueil que vous m’avez préparé aujourd’hui, de la confiance que vous me faites, et de toutes les dispositions que vous avez prises pour assurer le bon déroulement de ce voyage en plusieurs lieux de votre pays, du sud au nord.
Les évêques, à plusieurs reprises, notamment par la voix de Monseigneur Robert Casimir Dosseh Anyron, m’avaient exprimé le désir de cette visite pastorale, lors de leur venue à Rome.
3. Votre pays a accédé à l’indépendance civile voilà vingt-cinq ans. C’était pour lui une étape importante, exigeante mais nécessaire, pour prendre en mains son destin et pour jouer son rôle sur le plan international. Mais je n’oublie pas qu’il est l’héritier de dynasties prestigieuses et remarquablement structurées, remontant au moins à quatre ou cinq siècles. Votre passé est tissé de gloire et aussi de souffrances. Vous ne voulez pas perdre le bénéfice de la sagesse de votre culture ancestrale et d’autre part vous ne voulez pas manquer non plus l’ouverture aux possibilités de développement que vous offre le monde moderne.
La cité de Lomé s’est justement rendue célèbre en servant de cadre à nombre de réunions régionales et internationales. Son nom est devenu le symbole de la rencontre Nord-Sud, entre les pays industrialisés de la Communauté européenne et les pays africains.
Je sais que je visite ici un peuple à la religiosité très spontanée, un peuple formé de beaucoup de jeunes avides d’apprendre, un peuple de gens qui travaillent souvent avec des moyens pauvres. Succédant à l’Apôtre Pierre, qui avait été choisi par Jésus parmi les pécheurs de Galilée pour être le Pasteur de son Eglise, je me trouve heureux au milieu de vous.
4. Ma visite pastorale s’adresse avant tout à ceux qui partagent pleinement ma foi catholique. Je viens d’embrasser la terre de votre pays. Toute terre est à Dieu, et toute terre est belle, qui est peuplée d’hommes créés à l’image de Dieu, et elle est sainte en quelque sorte, puisque Dieu établit son Alliance sainte avec ces hommes.
Je réalise aujourd’hui comme un pèlerinage à cette terre qui a reçu l’Evangile. Je refais, dans des conditions faciles et sympathiques, la démarche humble et courageuse qui était celle des cinq premiers missionnaires de la Société du Verbe divin, envoyés par le bienheureux Arnold Janssen, leur fondateur, le 27 août 1892. A partir d’eux, et de bien d’autres disciples du Christ, hommes et femmes, la Parole de Dieu s’est répandue ici, a été accueillie, a produit ses fruits. Et aujourd’hui, moins de cent ans après, je viens admirer les fruits de cette évangélisation. Je rencontre une communauté catholique bien africaine, forte en nombre et en vitalité. Dieu soit loué!
5. C’est le Pape Léon XIII qui, en 1887, avait demandé à la Société du Verbe divin d’entreprendre cette évangélisation, et c’est le Saint-Siège qui, cinq années plus tard, avait établi la Préfecture Apostolique du Togo. Le successeur de Pierre ne peut demeurer indifférent lorsqu’un pays entier n’a pas eu la grâce d’entendre la Bonne Nouvelle de Jésus, pour pouvoir y adhérer librement.
Aujourd’hui, l’Evêque de Rome vous rend visite, comme Pierre et Paul visitaient les premières communautés chrétiennes, où parfois ils n’avaient ni semé ni arrosé. Chers Frères et Sœurs, je viens recevoir le témoignage de votre Eglise, prier avec vous, affermir votre foi et resserrer vos liens avec l’Eglise universelle. Selon le thème de vos réunions préparatoires, je vous donne l’occasion de “faire Eglise avec Pierre”.
Les Eglises en Afrique, remarquables par leur jeunesse, arrivent à un stade où leur foi doit mûrir et porter des fruits authentiquement africains et authentiquement chrétiens. Nous approfondirons ce problème.
6. Dans ce pays, je rencontre également des frères protestants qui ont donné eux aussi leur foi au Christ Sauveur. Je rencontre des adorateurs du Tout-Puissant et miséricordieux selon la religion musulmane. Je rencontre un grand nombre de gens qui expriment leur sentiment religieux dans le cadre des religions traditionnelles. Je les salue tous de grand cœur. Chers amis, le Pape vient à vous avant tout comme un homme religieux, un serviteur de Jésus Christ; il vient à vous avec des souhaits de paix, espérant promouvoir en ce pays l’attachement au Dieu vivant et l’amour fraternel qui est sa loi.
Que Dieu bénisse mon ministère au milieu de vous! Qu’il vous bénisse chacun, selon vos besoins! Qu’il bénisse ce cher pays du Togo!
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MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
AU PEUPLE D’AFRIQUE
Mercredi 7 août 1985
Chers Amis d’Afrique,
Je m’apprête à visiter pour la troisième fois votre continent. Je m’arrêterai dans sept pays, dont les Evêques et les Autorités civiles m’avaient depuis longtemps invité. Pour certains de ces pays, c’est ma première visite: le Togo, le Cameroun, la République Centrafricaine, le Maroc; d’autres célèbrent un événement spécial: l’inauguration de la cathédrale d’Abidjan en Cote d’Ivoire, la première béatification d’une Soeur au Zaïre, la célébration du XLIIIème Congrès eucharistique international au Kenya. Ce Congrès a motivé ma venue en cette période de l’année. Le Christ, présent dans l’Eucharistie, est le centre de la vie des chrétiens; c’est Lui que nous adorons, que nous suivons, que nous cherchons à servir dans la personne de tous nos frères humains.
Je me réjouis de recevoir le témoignage de la vitalité de ces Eglises qui sont florissantes, alors qu’elles se sont développées depuis à peine cent ans. Elles vont maintenant vers leur pleine maturité, authentiquement africaine et authentiquement chrétienne. Je viens confirmer les catholiques dans leur dynamisme missionnaire, et resserrer leurs liens avec leurs frères de toute l’Eglise.
Je rencontrerai volontiers les autres personnes ou les groupes qui sont animés de sentiments religieux ou qui cherchent sincèrement le bien de leur pays, comme les chrétiens s’en font également un devoir. Vos pays entretiennent des relations suivies avec le Saint-Siège, notamment par leurs représentants diplomatiques. Je suis heureux de me rendre moi-même auprès de leurs peuples.
Chacun sait que je viens en responsable religieux, témoin de Jésus Christ et de l’Eglise, serviteur de la paix, désirant la liberté et le respect des personnes, le bien commun des nations l’instauration de l’amour fraternel. Les pays africains aspirent à la paix, au développement de leurs ressources, à la reconnaissance de leur dignité et de leurs valeurs ancestrales. Dans leur sagesse, ils ne veulent pas séparer l’essor culturel, économique et social du progrès moral et spirituel.
Je les remercie déjà de leur bienveillance, de leur confiance, et de l’accueil qu’ils ont préparé au Pasteur de l’Eglise, successeur de Pierre sur le Siège Apostolique. A tous je dis mon estime, mon salut, mes voeux cordiaux, en attendant de leur tendre la main chez eux, et de prier au milieu d’eux.
Que Dieu vous bénisse et vous donne sa paix!
Qu’il bénisse chacun de vos pays!
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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PARTICIPANTS AU COLLOQUE SUR
LA PERSONNALITÉ D'ADRIENNE VON SPEYR
Samedi, 28 septembre 1985
Messieurs les Cardinaux,
Monsieur le Professeur,
Mes Révérends Pères,
Je suis heureux de vous accueillir au terme de votre Colloque sur la personnalité d’Adrienne von Speyr, cette femme-médecin d’origine suisse qui a cherché la vérité catholique avec tant d’ardeur, jusqu’à sa conversion en 1940.
1. Un regard sur le programme de votre rencontre m’a permis de voir que chacun de vous a apporté une contribution qualifiée au délicat travail d’approfondissement et de discernement de l’expérience spirituelle et des écrits d’Adrienne von Speyr. Dans le cadre de cette audience amicale, je sais que vous n’attendez pas de ma part un jugement qui ferait autorité. Pourtant, je me réjouis de votre labeur. Vous avez cherché ensemble à mieux cerner l’action mystérieuse et impressionnante du Seigneur dans une existence humaine assoiffée de Lui. Ce disant, sans doute parce que Adrienne von Speyr est Suisse, je songe à la merveilleuse histoire de la mystique rhénoflamande du XIII et surtout du XIV siècle. C’est vous qui pouvez dire si ces sommets de la théologie mystique ont été fréquentés par cette fervente convertie. Je me réjouis en fin, parce que l’Eglise a toujours besoin de proposer en exemple des laïcs à la fois très enracinés dans leur vocation socio-professionnelle et immergés en Dieu. N’est-ce pas Eckhart qui enseigne à ses disciples: “Tout ce que Dieu te demande de la façon la plus pressante, c’est de sortir de toi-même . . . et de laisser Dieu être Dieu en toi”? (Cfr. ECKHART, Traités et Sermons)On pourrait penser qu’en se séparant des créatures, le mystique délaisse ses frères les hommes. Le même Eckhart affirme que, bien au contraire, il leur est merveilleusement présent, au seul niveau où il puisse les atteindre vraiment, c’est-à-dire en Dieu.
2. Je forme également des vœux pour les membres de la Communauté Saint-Jean, issue d’une inspiration profonde d’Adrienne. Elle avait une prédilection pour “le disciple que Jésus aimait”, et le voyait comme le dernier et le plus profond interprète du mystère de Jésus, de l’amour du Père pour le monde, du rôle de l’Esprit Saint comme introducteur parfait dans la pleine lumière de la révélation du Père et du Fils. Adrienne a aussi très vivement pénétré la profonde communion de foi et de cœur entre la Mère de Jésus et le seul Apôtre demeuré avec elle au pied de la Croix. Elle y voyait comme l’origine virginale de l’Eglise, de cette Eglise qui devait être confiée à Pierre. Que cette spiritualité, intensément vécue par Adrienne von Speyr, vous aide à toujours mieux incarner votre souci de vie évangélique et ecclésiale dans les réalités du monde contemporain!
3. Vous me permettrez de saluer tout spécialement Monsieur le Professeur Hans Urs von Balthasar. Je lui présente mes félicitations et mes vœux pour son 80ème anniversaire, et je le remercie encore pour son immense travail théologique, comme je l’avais fait l’an passé en lui remettant le prix de l’Institut Paul VI.
Et j’invoque de tout cœur sur les organisateurs du Colloque et sur tous ses participants l’abondance des grâces divines.
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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX ANCIENS DÉPORTÉS DE LA 2ème GUERRE MONDIALE
Jeudi, 26 septembre 1985
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Au terme de votre croisière amicale en Méditerranée, organisée pour raviver vos liens profonds et votre action humanitaire d’anciens déportés ou résistants de la guerre 39-45, vous avez voulu faire escale à Rome. Je vous remercie de votre visite. Elle est certainement inspirée par le désir de rendre hommage à la mission spirituelle que je dois assumer au service de l’Eglise, mais aussi pour le bien de l’humanité. En outre, vous ne pouvez oublier que, sur ma terre natale - à Auschwitz -, des millions d’hommes, de femmes, d’enfants, d’origine juive et polonaise et de bien d’autres pays, ont vécu le calvaire de l’anéantissement systématique. J’ai souvent médité en ce lieu, songeant à tant d’autres, également marqués par les atrocités sans doute les plus grandes de l’histoire. Vous avez probablement vu le film “La Shoah”, “L’Anéantissement”, réalisé pour marquer le quarantième anniversaire de la libération des camps de la mort. L’auteur, en recueillant avec un soin assidu les témoignages des survivants et même des bourreaux, a voulu aider la conscience humaine à ne jamais oublier, à ne jamais s’habituer à la perversité du racisme et à ses monstrueuses capacités de destruction. Votre Comité international de Mauthausen, pour sa part, veut contribuer à cette œuvre de vigilance éclairée et agissante face aux exclusions ou aux marginalisations, hélas! encore si fréquentes.
En cette brève rencontre, je voudrais précisément encourager votre action, qui est d’ailleurs notre mission à tous. Nous devons être les défenseurs de l’homme, de chaque homme, de tous les hommes. Nous devons les restituer à eux-mêmes, partout où leur dignité sacrée est mise à mal, partout où leurs libertés fondamentales sont injustement réduites ou même anéanties, partout où leur besoin inné d’ouverture à l’Absolu est traité d’illusion aliénante et méthodiquement combattu.
Pour des raisons philosophiques déjà, on peut affirmer que tout homme est sujet de droits fondamentaux, antérieurement à la reconnaissance qui en est faite par une autorité politique et indépendamment d’elle. C’est même cette thèse de philosophie politique qui sous-tend les grands documents contemporains portant sur les droits de l’homme. La vision de foi sur l’homme, tirée de la Révélation chrétienne, apporte une confirmation théologale à la position philosophico-politique évoquée à l’instant. Si l’homme est créé à l’image de Dieu, il a par naissance une dignité qu’un empire ou un Etat ne sauraient lui octroyer ou lui dénier. Et si tous les hommes sont fils de Dieu, ils sont appelés à la fraternité; alors les frontières qui les séparent doivent être relativisées.
De nombreux chrétiens, imprégnés de cette anthropologie biblique, se consacrent totalement à la sauvegarde et à la promotion de la dignité et de l’égalité de tous les hommes, de leur liberté et de leur responsabilité. Ils croient fermement que ces valeurs ne seraient que des mots vides si elles ne reposaient sur un fondement transcendant. Il arrive que ces mêmes chrétiens se retrouvent coude à coude avec des non-croyants, qui accomplissent le même service de l’homme sans puiser lumière et force à la même source divine. Cependant, ne serait-il pas du plus haut intérêt de découvrir des raisons ultimes qui mobilisent les uns et les autres? Dans le plus grand respect de ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne, je le souhaite vivement. Un fait demeure certain, c’est que la cause des droits de l’homme est celle de l’humanité entière. Déjà portée par un mouvement historique, son avenir est plus que jamais en nos mains, dans une époque où les dictatures et les totalitarismes continuent leurs ravages. Je demande à Dieu d’accompagner et de faire fructifier ce que vous avez fait et ce que vous ferez encore pour témoigner du primat du spirituel en tout homme et dans une civilisation digne de passer à l’histoire.
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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PARTICIPANTS À UNE SESSION
DU FONDS DE RÉTABLISSEMENT DU CONSEIL DE L’EUROPE*
Castel Gandolfo
Mardi, 10 septembre 1985
Monsieur le Président,
Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Votre visite m’est très agréable et je vous en remercie cordialement.
Elle est assurément digne d éloge, la mission que le Fonds de Rétablissement du Conseil de l’Europe s’efforce d’accomplir en faveur des populations qui sont contraintes à l’exil pour raison politique ou par nécessité de trouver un emploi, ou, hélas, qui sont victimes de catastrophes sismiques, d’inondations, de sécheresses endémiques, de graves épidémies. Cette mission n’est pas seulement humanitaire; elle est également-je me permets de le souligner dans le respect de vos crayonnes-en consonance avec le message évangélique, dont l’Eglise doit fidèlement garder le dépôt et proclamer la valeur en s’efforçant de se convertir elle-même à ses exigences. Certes, l’Eglise a exercé, au cours de sa longue histoire, des taches de suppléance. Aujourd’hui, la plupart des nations assument elles mêmes la gestion des services publics. Pourtant, si l’Eglise a d’abord comme mission fondamentale l’évangélisation des peuples, ses ressources spirituelles et morales la qualifient pour contribuer au sursaut collectif dont l’humanité contemporaine a besoin en vue de remédier au désordre économique qui l’accable. Le rôle de l’Eglise est un rôle de coopération à la réflexion et à l’action des responsables des sociétés modernes.
Ceci dit, il me semble que le choix de Rome pour la réunion annuelle du Comité de Direction et du Conseil d’Administration du Fonds de Rétablissement est, en partie, un hommage au Saint-Siège, qui adhéra à cet Organisme du Conseil de l’Europe le 15 juillet 1973. Si sa participation financière est très modeste, son soutien moral est sans équivoque. La rencontre de ce jour me donne l’heureuse occasion de vous féliciter pour la bonne gestion du Fonds de Rétablissement, et donc pour tous les prêts de capitaux consentis aux Etats adhérents et destinés à l’accueil des malheureux réfugiés et de tant de personnes affligées par le chômage en expansion. Comment ne pas vous encourager à élargir toujours le champ de vos interventions secourables? Comme moi et mieux que moi, vous savez que les nations économiquement avancées connaissent le phénomène paradoxal de groupes sociaux marginalisés, souvent très misérables et même ignorés du grand public. Tous ces gens portent les conséquences d’une absence de formation première, d’événements qui dépassent leurs capacités de faire front, est - il faut bien le dire - d’une société qui devient très sélective. On a longtemps parlé du tiers-monde. Impossible de l’abandonner à son destin! Aujourd’hui, on découvre également le quart-monde, constitué par les nouveaux pauvres de nos pays de vieille civilisation. Connaissant ce qu’il y a dans l’homme, ses capacités d’amour fraternel et, hélas, d’égoïsme renaissant, le Christ disait prophétiquement à l’Apôtre scandalisé de voir Marie de Magdala briser un vase de parfum précieux à ses pieds: « Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous . . . » (Io. 12, 8). Ces paroles du Rédempteur de l’humanité ne sont pas une sorte de concession aux fatalités de l’histoire. Elles révèlent une profonde connaissance du cœur humain et de son inclination à l’égoïsme individuel et collectif. Le réalisme, très différent du pessimisme, nous oblige tous à faire quelque chose pour aider une grande partie de l’humanité à sortir de ses impasses que sont l’indifférence aux pauvres, le gaspillage éhonté des biens de première nécessité, l’aberration de la fabrication et du commerce d’armes extrêmement dangereuses. Je vous encourage vivement à poursuivre votre service. Pour votre part, identifiez les pauvres de ce temps, et allez à leur secours! Intéressez aussi à leur sort misérable ceux qui ont des richesses. En un sens, ceux qui possèdent, possèdent pour tous.
J’exprime encore un souhait, alors que vous êtes à la veille du trentième anniversaire de l’institution du Fonds de Rétablissement. Sans doute, d’ailleurs, y pensez-vous spontanément: choisissez judicieusement les œuvres auxquelles il convient de prêter des fonds. Sans négliger des cas individuels particulièrement douloureux, il importe d’accorder une priorité aux familles. Le relèvement et la vitalité de celles-ci doivent requérir toute votre attention. Ne sont-elles pas le lieu naturel et sacré où se forment les fils d’une nation? Il est même indispensable de veiller de manière adéquate à la meilleure utilisation des prêts consentis.
Mesdames et Messieurs, vous sentez tous les exigences et la noblesse de votre institution humanitaire, si proche des appels évangéliques au partage des biens pour le bonheur de tous. Puisiez-vous donner à vos activités un souffle toujours neuf, fait de créativité, de discernement, de souci éducatif. Encore une fois, votre mission fait partie de la vaste symphonie de justice et de charité qui doit se faire entendre dans les zones trop nombreuses et scandaleuses de la misère humaine. Je demande à Dieu de vous accompagner dans vos efforts concertés et permanents de réflexion et d’action.
*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. VIII, 2 p. 644-646.
L'Osservatore Romano 11.9.1985 p.5.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.38 pp.1, 2.
La Documentation catholique, n.1904 pp.957.
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VISITA PASTORALE NEL LIECHTENSTEIN
INCONTRO DI GIOVANNI PAOLO II
CON I PARLAMENTARI E I RAPPRESENTANTI DEL GOVERNO*
Vaduz (Liechtenstein)
Domenica, 8 settembre 1985
Votre Altesse ! Excellence !
Monsieur le Chef du gouvernement
Mesdames et Messieurs !
1. C’est avec un grand intérêt que j’ai suivi, Monsieur le Chef du gouvernement, l'exposé que vous venez de donner, au nom des organes de l'État et des autorités du Liechtenstein, en présence de votre Altesse le Prince et de son représentant, le prince héritier, de Mesdames vos épouses, ainsi que de l'évêque de ce diocèse et des autres représentants de l’Église. Pour les paroles d’accueil que vous avez prononcées, je vous exprime, à vous et à tous, mes sincères remerciements.
Votre exposé a mis en évidence les rapports particulièrement étroits qui existent dans la Principauté du Liechtenstein entre l'État et l'Église. Cet état de fait prend racine dans l'histoire chrétienne vieille de plusieurs siècles de ce pays, qui vénère comme patron saint Luzius, un des premiers messagers de la foi dans la région rhétique. Cette région des contreforts de la Rhétie et du cours supérieur du Rhin, christianisée au temps des Romains déjà, a, dans les temps qui suivirent, continué sans interruption sur le même chemin. La foi chrétienne a porté ici au Cours des différentes époques de l'histoire, de nombreux fruits et a laisse une trace significative aussi bien dans l'art chrétien que dans les coutumes religieuses. La vie de l'Église s'est consolidée et marque encore aujourd'hui la société de son empreinte. Plus récemment, la présence de la famille princière dans ce pays a également été dans ce domaine d'une signification particulière. La Maison princière du Liechtenstein, qui s'est toujours engagée pour la foi catholique et est restée fidèle à l'Église catholique, a toujours entretenu d'étroites et bonnes relations avec le Saint-Siège. Si l'on prend tout cela en considération, il est facile de comprendre que dans la principauté du Liechtenstein, le législateur garantit la protection particulière de l'État à l'égard de l'Église catholique reconnue comme "Église nationale", tout en garantissant à chacun la liberté religieuse et la liberté de conscience et se portant garant du droit des autres confessions à la liberté de culte dans les limites de la moralité et de l'ordre public. C'est volontiers que j'adresse ici un salut particulièrement fraternel d'estime et de solidarité à tous les citoyens non-catholiques de ce pays.
2. Comme successeur de Pierre à qui la Providence divine a confié le soin d'être le pasteur suprême de toutes les Églises, je suis venu aujourd'hui pour une visite pastorale dans votre cher Pays, pour lequel vous portez une lourde responsabilité en tant que députes au Parlement, membres du gouvernement et des autorités civiles. Votre mission pleine de responsabilité prend sa source dans la définition contenue dans la Constitution de votre État selon laquelle la Principauté du Liechtenstein est une monarchie constitutionnelle héréditaire à base parlementaire et démocratique et le pouvoir de l'État est ancré dans le Prince et dans le peuple (article 2 de la Constitution). Mais au fond, votre mission a un fondement encore plus profond. En effet, voici ce qu'on lit dans la Lettre aux Romains: "Car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu et celles qui existent sont constituées par Dieu" (Rm 13, 1). Cette affirmation de l'apôtre des nations a été malheureusement ébranlée par de nombreuses expériences historiques négatives et aujourd'hui nombreux sont ceux qui la mettent fondamentalement en cause.
Il y a exactement cent ans, en l'année 1885, mon vénéré prédécesseur le Pape Léon XIII, dans son Encyclique "Immortale Dei" a présenté quelques réflexions fondamentales sur l'organisation chrétienne de l'État et notamment sur le fonde ment théologique de l'autorité publique. Il exhorte à cette occasion les hommes d'État à prendre avant tout en considération Dieu et sa volonté, le Souverain suprême du monde. Je sais que les problèmes qu'un politicien doit maîtriser à l'heure actuelle et pour lesquels il doit trouver des solutions, sont très complexes. Je vois pourtant aussi qu'aujourd'hui les responsables au niveau de l'État et de la société, lorsqu'ils recherchent des solutions aux problèmes, sont sans cesse ramenés aux données historiques éthiques et religieuses. Le politicien chrétien doit justement avoir un flair aiguisé pour les conditions sociales fondamentales qui passent avant la politique quotidienne. Il doit agir à partir d'une solide conscience des valeurs et de la responsabilité. Il ne saurait jamais se passer, lors de l'élaboration et de la prise de décisions, de sa conscience qui a été marquée par la foi chrétienne et qui doit continuer d'en être nourrie. C'est justement en cette époque de multiplicité des idées et des desseins que le chrétien convaincu qui occupe une position dirigeante dans la société, doit avoir un point de vue sans équivoque.
3. En tant que chef visible de l'Église du Christ, qui possède comme signes distinctifs l'Unité, la Sainteté, la Catholicité et l'Apostolicité, j'ai d'une manière particulière le devoir d'élever la voix pour que partout où cette Église vit dans ses membres, apparaisse aussi vraiment parmi eux le fait qu'elle est une, sainte catholique et apostolique. A l'occasion de la célébration eucharistique de ce matin, cela s'est passé au milieu de nous de façon exceptionnelle. Mais c'est toute la vie des croyants et l'organisation de la cité qui doivent en être marquées et imprégnées.
J'ai fait allusion au début à la tradition chrétienne de ce pays et je souhaite de tout cœur que les Liechtensteinois et les Liechtensteinoises d'aujourd'hui continuent de s'appuyer sur cet héritage précieux et vigoureux. Cela est nécessaire pour que cette petite nation puisse garder son identité. Les influences idéologiques négatives auxquelles sont aussi exposés maintenant les hommes de ce pays, ne doivent jamais ronger la saine substance morale seule capable de garantir un futur plein d'espérance et digne de l'homme.
4. Par la collaboration sur la scène internationale, avant tout en ce qui concerne la question de la sécurité et de l'avenir de l'Europe et de la communauté européenne en général, des contacts précieux se sont développés récemment entre la Principauté du Liechtenstein et le Saint-Siège. Un heureux concours de circonstances a voulu que ces contacts aient abouti depuis peu à leur confirmation solennelle par l'institution de relations diplomatiques officielles. C'est le but commun de fournir de notre mieux une contribution efficace pour la justice et la paix dans le monde. Par cet effort, l'Église répond à une préoccupation vitale, abordée par le Concile Vatican II -- qui s'est achevé il y a vingt ans-- dans un chapitre particulier de la Constitution pastorale "Gaudium et spes" sous le titre "La sauvegarde de la paix et la construction de la communauté des nations". On y lit ceci: "Que les citoyens cultivent avec magnanimité et loyauté l'amour de la patrie, mais sans étroitesse d'esprit, c'est-à-dire de telle façon qu'en même temps ils prennent toujours en considération le bien de toute la famille humaine qui rassemble races, peuples et nations, unis par toute sorte de liens" (no. 75).
La famille humaine, construite à partir des différentes familles des nations, a -- si grande soit-elle -- toujours comme fondement naturel la famille. Sa constitution morale est par conséquent en rapport étroit avec la qualité religieuse et morale de la famille individuelle. Vous permettez que je le répète aussi ici et, en considérant l'intégrité morale de la famille et de toute la cité, je souligne combien il est décisif aujourd'hui de s'engager avec toute la fermeté possible pour la défense des valeurs morales fondamentales dans la société, en particulier pour la protection de la vie de l'enfant avant sa naissance. Le Concile Vatican II s'exprime clairement à ce sujet: "En effet, Dieu maître de la vie, a confié aux hommes le noble ministère de la vie, et l'homme doit s'en acquitter d'une manière digne de lui. La vie doit donc être sauvegardée avec un soin extrême dès la conception: l'avortement et l'infanticide sont des crimes abominables" ("Gaudium et spes, no. 51).
5. La voix claire avec laquelle l'Église s'engage en faveur de l'enfant faible et sans défense ne doit pas rester sans écho; c'est la voix de l'enfant lui-même, que Dieu a "tissé au sein de sa mère", comme le dit le Psalmiste (cf. Ps 139,131). Personne ne saurait blesser ce sein de façon immorale; celui qui le fait blesse le sein de la famille elle même, la famille naturelle aussi bien que la famille des nations et la famille humaine. C'est pourquoi, puisse aussi la Principauté du Liechtenstein -- à partir du fondement moral de son héritage chrétien tout entreprendre pour protéger et défendre efficacement la valeur et la dignité de la vie humaine dans toutes ses phases. La "Charte des droits de la Famille", qui a été remise en octobre 1983 par le Saint-Siège, à toutes les personnes, institutions et autorités qui ont pour tâche de s'occuper de la famille dans le monde actuel, doit être comprise comme une indication "en faveur de l'institution familiale qui doit être respectée et défendue contre toute atteinte" (cf Introduction).
Le droit à la vie de l'enfant avant sa naissance fait partie des droits inaliénables de la personne humaine pour la protection et la défense desquels votre pays précisément, dans l'histoire et surtout dans un passé récent, s'est engagé de façon exemplaire, à travers de multiples initiatives courageuses et désintéressés. Je rappelle les secours généreux apportés aux réfugiés et aux blessés de la dernière guerre mondiale par le biais de la Croix-Rouge liechtensteinoise, l'accueil offert de grand cœur aux persécutés, auxquels vous avez accordé l'hospitalité à l'intérieur de vos frontières, et rendu possible une existence nouvelle et sûre. Cela fait honneur durablement à la Principauté du Liechtenstein. Puisse cet engagement courageux en faveur de la dignité et des droits de l'homme dans le passé, servir d'exemple pour aujourd'hui et pour demain et guider votre peuple et en particulier les responsables de cet État, dans leurs décisions. Cela je vous le souhaite de tout cœur et je demande au Seigneur, juge de l'histoire et de tout destin humain.
Mesdames et Messieurs, je vous remercie sincèrement de votre présence et de votre attention. Que Dieu tout-puissant accompagne toujours de sa bénédiction votre travail plein de responsabilité au service de l’État et de la société. Que Marie, reine de la Paix, vous accorde, à vous et à vos proches ainsi qu’à tous ceux qui sont confiés à vos soins, sa protection maternelle et son secours dans cette chère Patrie (cf. Hymne national).
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.38 pp. 5, 6.
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