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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
 AU CONSEIL DE L’UNION MONDIALE
DES ENSEIGNANTS CATHOLI
QUES
Mercredi, 29 avril 1992

Mesdames, Messieurs,
Je suis heureux de vous accueillir en ces jours où le nouveau Conseil de l’«Union mondiale des Enseignants catholiques» se réunit à Rome, après son quatorzième Congrès général. Vous avez souhaité rencontrer le Successeur de Pierre pour manifester votre attachement et votre fidélité à l’Église. Je salue particulièrement Monsieur Harry Mellon qui achève son mandat à la Présidence de votre Union. Je le remercie vivement pour son dévouement et pour le dynamisme dont il a fait preuve dans l’exercice de ses hautes fonctions. Je remercie également Monsieur Arnoldus Backs qui assume la charge de guider l’Union jusqu’à la prochaine Assemblée générale. Dites aussi à tous les enseignants catholiques de vos Associations nationales l’estime et la confiance du Pape pour l’apostolat auquel ils se consacrent.
Dans le cadre scolaire, que ce soit dans l’École catholique ou dans l’Enseignement laïc, vous avez le souci d’être au service des jeunes pour contribuer au développement global de leur personnalité, pour garantir le respect des personnes, pour promouvoir la liberté religieuse et pour rendre possible l’enseignement de la religion catholique. Par leur mission spécifique, les enseignants catholiques réalisent cette part importante de la mission de l’Église qu’est l’éducation humaine, morale et spirituelle[1]. L’accès au savoir et plus généralement à la culture accroit la dignité des personnes.
L’objectif primordial de vos Associations est la formation permanente des maîtres. Vous vous attachez spécialement à former des enseignants qui seront des éducateurs et des témoins, des maîtres en matière de doctrine chrétienne et des témoins par toute leur vie. Les jeunes générations ont aujourd’hui besoin que leurs aînés leur montrent les valeurs et les exigences de vie qui conduisent au bonheur mais elles ont aussi besoin que les adultes soient, par une vie morale droite et fidèle au Magistère de l’Église, des modèles à suivre pour construire leur personnalité. En tant qu’enseignants mais aussi en tant que parents chrétiens, il vous revient d’accompagner avec patience les jeunes jusqu’aux portes de l’âge adulte afin qu’ils sachent discerner l’appel du Christ et faire les choix de vie qui leur permettront de répondre à leur vocation propre dans le mariage, dans la vie religieuse ou dans le sacerdoce.
Votre mission éducative s’enracine dans votre mission baptismale. Pour devenir chaque jour témoins, il est nécessaire d’être d’abord disciples de l’unique Maître, le Christ. Pour cela, il convient de nourrir sa vie spirituelle par la prière, par l’écoute de la Parole de Dieu, par la participation à la vie sacramentelle ainsi que l’adhésion à l’enseignement de l’Église.
Après le retour à la liberté dans les pays d’Europe orientale, des enseignants catholiques de ces nations ont adhéré à votre Union. Je voudrais vous dire que j’apprécie particulièrement l’aide précieuse que vous leur apportez en assurant la formation permanente de nombreux maîtres, en vous rendant chez eux ou bien en les accueillant chez vous. Vos traditions d’enseignants chrétiens sont une contribution inégalable pour former des générations qui demain auront la charge de conduire des pays qui retrouvent peu à peu un régime démocratique, ayant reconquis leur liberté. Par ces gestes, vous mettez en pratique une solidarité chrétienne en aidant les peuples et les personnes à construire une société dans laquelle chacun peut faire grandir les talents qu’il a reçus et donner le meilleur de lui-même à ses frères.
Votre Conseil a la charge de soutenir les différentes Associations adhérant à votre Union et de les encourager pour que, par leurs actions, elles s’attachent à promouvoir l’éducation et les valeurs chrétiennes. Au sein des Organisations internationales vouées à l’instruction et au développement de la culture, vous apportez votre savoir et votre expérience fondée sur les principes évangéliques. En communion avec les Organisations internationales catholiques et les organismes du Saint-Siège vous participez à la belle tâche qui consiste à développer en chaque homme le germe de vie déposé par le Créateur.
Au terme de cette rencontre, je voudrais vous encourager pour les différents domaines d’activité que je viens d’évoquer. Que l’Esprit Saint éclaire la réflexion que vous menez au cours de votre rencontre pour que vous soyez des témoins du Ressuscité! De grand cœur, je vous bénis, je bénis vos familles et tous ceux qui à travers le monde œuvrent au sein de l’UMEC pour l’éducation des hommes de demain.

[1] Gravissimum Educationis, 7-8.


© Copyright 1992 - Libreria Editrice Vaticana




DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX ÉVÊQUES DE GRÈCE

EN VISITE «AD LIMINA APOSTOLORUM»
Jeudi, 9 avril 1992

Chers Frères dans l’Épiscopat et dans le Sacerdoce,
1. En cette année où il m’est donné d’accueillir tous les évêques d’Europe, je suis heureux de vous recevoir au cours de votre visite «ad limina». Vous venez d’un pays pour lequel le Pape a une très grande estime. Vous représentez la culture grecque qui est à l’origine de la culture européenne et qui est un trésor pour l’humanité entière. Nous nous reconnaissons héritiers de la tradition hellène.
Nous sommes redevables à votre pays de l’évangélisation de l’Occident. En effet, c’est à l’appel d’un homme de votre nation que Paul a entrepris sa mission de porter la Bonne Nouvelle aux limites de l’Empire romain: «Passe en Macédoine, viens à notre secours»[1]. Puis, les saints Cyrille et Méthode, pleins d’amour pour la communion de l’Église en Orient comme en Occident, ont porté l’Évangile aux peuples slaves d’Europe centrale, mais aussi la culture grecque qui constituait comme un écrin pour la pensée chrétienne.
Votre visite est l’occasion de renforcer vos liens de collaboration et d’unité, par la prière commune, par la Messe célébrée sur la tombe des Apôtres ainsi que par les rencontres avec les différents Dicastères de la Curie romaine. Nos rencontres permettent d’accroître la communion entre vous-mêmes, les communautés catholiques de Grèce et le Successeur de Pierre. Vous repartirez confortés dans votre ministère pour exercer la charge confiée à Pierre et au collège des Douze, dans votre diocèse et dans le cadre de la Conférence épiscopale.
Je remercie votre Président, Monseigneur Antoine Varthalitis, pour les paroles qu’il vient de m’adresser en votre nom. Les rapports que vous m’avez fait parvenir pour préparer notre rencontre me permettent d’être proche de vous par la prière, et de mesurer les signes d’espérance qui germent au sein de vos communautés chrétiennes et les questions parfois douloureuses qui vous préoccupent.
2. Ma pensée rejoint d’abord ceux qui sont vos plus proches collaborateurs, les prêtres. Malgré leur très petit nombre et les difficultés qu’ils peuvent rencontrer, rappelez-leur toujours que le Christ n’abandonne pas son troupeau et que, par son Esprit, il aide ses serviteurs à porter le poids du jour. Compte tenu de la dispersion des fidèles de leurs communautés, leur ministère est précieux, mais il peut leur imposer une grande solitude. Il est important que, grâce à des contacts réguliers, ils puissent, entre eux et avec vous, vivre une affection fraternelle pour exercer la mission commune que le Christ a confiée à son Église. Il vous appartient de veiller avec sollicitude à ce qu’ils ne manquent pas du nécessaire, tant sur le plan spirituel que matériel, pour accomplir avec joie et dynamisme leur tâche quotidienne.
L’absence cruciale de séminaristes demeure pour chacun d’entre vous une question grave. Vous constatez combien la jeunesse est davantage attirée par les miroirs de bonheur que propose la vie moderne. Vous prenez soin de détacher des personnes compétentes pour accompagner les jeunes et pour leur transmettre l’appel du Christ. Le Seigneur les invite à réaliser leur vocation chrétienne dans le mariage, dans la vie religieuse ou dans le sacerdoce. Dans une vie exigeante et orientée vers le bien, ils trouveront le vrai bonheur. Seuls l’Évangile et la marche à la suite du Christ peuvent offrir une vie pleinement épanouie. N’ayez pas peur de rappeler aux communautés qu’elles ont la charge de susciter chez les jeunes l’amour de Jésus et d’implorer le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la moisson.
3. Vous appréciez grandement le travail des religieux et des religieuses qui collaborent à la pastorale diocésaine, dans la vie apostolique ou dans la vie contemplative. Par leurs communautés fraternelles, ils manifestent que l’Église est appelée à devenir une grande famille dans laquelle chacun contribue à la construction du Royaume. Ils se dévouent dans de nombreux secteurs d’activité. Rappelez-leur, ainsi qu’aux Supérieurs généraux des Congrégations, combien vous appréciez leur présence et leur action, en particulier dans les domaines de l’éducation de la jeunesse, de l’intelligence de la foi, des œuvres hospitalières et de la vie liturgique. Portez-leur les encouragements du Pape pour qu’ils n’aient pas la tentation de baisser les bras lorsque les fruits de leur travail ne sont pas immédiatement à la mesure des efforts entrepris. Que tous soient sûrs que c’est Dieu qui, dans le secret, par l’action de l’Esprit, donne la croissance à l’œuvre que chacun fait par amour pour le Christ et pour son Église!
Je voudrais saluer tout spécialement ceux qui s’emploient à diffuser la culture, la théologie et la spiritualité de l’Église catholique, dans le but d’une meilleur compréhension de ce qui fait la richesse de sa tradition. J’adresse un encouragement particulier à l’équipe qui assure la rédaction, la composition et la diffusion du journal hebdomadaire «Katholiki». C’est un organe appréciable pour l’information sur la vie et le Magistère de l’Église. Il est aussi un lien entre toutes les communautés et un moyen de formation pour chacun de ses membres. Il permet à nos frères des autres communautés ecclésiales de connaître l’action pastorale et la réflexion théologique qui sont propres au catholicisme.
4. Dans vos rapports, vous soulignez combien les relations avec les chrétiens orthodoxes sont, en règle générale, fraternelles et pleines de respect mutuel. J’en rends grâce au Seigneur. Vous avez parfois l’occasion de vous connaître davantage par des actions caritatives communes. Dans les écoles et les foyers d’étudiants catholiques, l’accueil de nombreux jeunes orthodoxes manifeste le désir de l’Église de Rome d’être au service de l’œcuménisme et de participer à la construction de la Grèce de demain pour que chacun soit fidèlement attaché à servir son pays au sein de la grand Europe.
Le dialogue œcuménique est un chemin difficile et souvent douloureux. Au moment où le Christ affronte la terrible épreuve de la Croix, il intercède auprès de son Père pour l’unité des enfants dispersés. C’est au pied de la Croix que nous devons réaliser l’unité. Il faut beaucoup de patience, d’humilité, d’amour de l’autre, de respect des sensibilités et des démarches pastorales spécifiques, ainsi que de prière, pour faire un pas vers l’autre, selon la volonté de Dieu.
Toute reconnaissance mutuelle suppose d’abord un approfondissement théologique et spirituel de sa propre tradition religieuse. Le dialogue œcuménique doit se situer avant tout sur le terrain religieux et pastoral. De part et d’autre, tout doit être tenté pour que la réconciliation des frères désunis, qui a pris un tournant nouveau depuis mon Prédécesseur le Pape Paul VI, s’accomplisse enfin.
5. Comme vous me l’avez dit, vos communautés sont peu nombreuses et n’ont pas toujours les moyens et les ressources humaines nécessaires pour réaliser des actions pastorales de grande ampleur. Qu’elles ne désespèrent pas. Le grain de blé tombé en terre donnera du fruit en son temps. Transmettez à tous vos diocésains les encouragements du Pape! Parmi les signes d’espérance, vous notez que des laïcs, toujours plus nombreux, prennent part à la vie sociale en ayant le souci de réfléchir aux liens essentiels entres les réalités humaines et le Donné révélé. Vous soulignez aussi leur participation accrue aux tâches pastorales et à la vie liturgique. Leur engagement sera d’autant plus intense qu’ils auront une formation spirituelle et théologique plus profonde, source d’une indéniable vitalité. Ils ont particulièrement à cœur de puiser le dynamisme nécessaire à l’accomplissement de leur mission baptismale dans la célébration des Saints Mystères pour lesquels vous vous attachez à réaliser des traductions des livres liturgiques.
Je salue aussi les efforts déployés pour une plus grande collaboration entre les prêtres et les laïcs. Dans le cadre de la prochaine rencontre de Syros, sur le thème «Église, communauté, communion», vous souhaitez unir vos forces pour préparer des chemins nouveaux et engager l’action pastorale des dix prochaines années. À tous les membres de cette assemblée, portez les vœux de l’Évêque de Rome.
6. Votre pays, grâce à sa tradition d’hospitalité, attire de nombreux immigrés qui veulent s’y établir pour vivre en paix et pour nourrir leur famille. Malgré la faiblesse de vos moyens, veillez à ce qu’ils ne manquent pas d’assistance spirituelle; c’est d’autant plus important que l’absence de racines peut diminuer leur attachement aux valeurs chrétiennes et morales.
Votre terre, avec ses paysages évocateurs et les richesses culturelles et spirituelles dont l’Europe actuelle a tant reçu du point de vue politique, philosophique et religieux, attire beaucoup de touristes. Vous ne pouvez faire face, seuls, à l’accueil, pastoral et au besoin d’évangélisation de ces nombreux hôtes dont vous avez un grand souci. Il appartient à la Pastorale des migrants et du tourisme des différents pays d’Europe de vous aider à élaborer de nouveaux programmes dans lesquels chacun pourra prendre une part active. Ainsi un pas de plus se fera dans le sens de l’Europe chrétienne où il n’y aura plus de barrière linguistique et culturelle, où Dieu sera tout en tous.
7. Au terme de notre entretien, je voudrais vous renouveler ma confiance et mon soutien pour votre ministère accompli dans la fidélité à la mission reçue du Seigneur et en attachement au Siège de Pierre, le Prince des Apôtres auquel Jésus a confié l’Église. Je demande au Christ de vous assister de son Esprit et de vous combler de sa joie, une joie qui demeure. Aux prêtres, aux religieux et aux religieuses, à tous vos diocésains, portez le salut cordial du Pape. Qu’ils maintiennent vivante en eux l’espérance du salut! À l’approche des fêtes pascales, je souhaite que chacun accueille la lumière de la Résurrection pour en être témoin jusqu’aux extrémités de la terre. En vous confiant à la garde de la «Théotokos» et des saints de vos diocèses, j’invoque sur vous tous la Bénédiction de Dieu.

[1] Act. 16, 9.

© Copyright 1992 - Libreria Editrice Vaticana




DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX ÉVÊQUES DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE
DE LA RÉGION APOSTOLIQUE
«MIDI» DE FRANCE
EN VISITE «AD LIMINA APOSTOLORUM»
Samedi, 4 avril 1992

Chers Frères dans l’Épiscopat,
1. Votre visite ad Limina vous amène à prendre appui sur ces colonnes de l’Église que sont les Apôtres Pierre et Paul pour un élan nouveau de votre ministère pastoral. Nos rencontres me permettent de mieux connaître vos inquiétudes et vos motifs d’espérance et de confirmer les liens forts qui unissent les évêques avec le successeur de Pierre et qui situent les Églises particulières dans la communion de l’Église universelle.
En vous écoutant, je mesure le poids de votre charge, mais j’entrevois en même temps votre ardeur, la vitalité de vos communautés dans la foi et le courage désintéressé des ouvriers qui sont à la tâche dans le champ du Seigneur. Je remercie votre Président, Monseigneur Jacques de Saint-Blanquat de m’avoir présenté votre région, avec ses contrastes, vos diocèses, avec le dépouillement qu’ils connaissent, mais aussi avec leur fidélité active à la mission confiée par le Christ.
Je voudrais adresser un salut particulier à Monseigneur André Lacrampe, Prélat de la Mission de France, qui accomplit sa visite ad Limina en même temps que les évêques de la Région apostolique du Midi. En sa personne, je salue les prêtres, les séminaristes et tous les associés de la Mission de France; je leur adresse mes encouragements à approfondir sans cesse leur grande tradition missionnaire, leur dialogue avec la culture contemporaine souvent marquée par l’incroyance, et leur vie spirituelle solidement fondée sur la personne du Christ.
2. En attendant de conclure mes entretiens avec les évêques de France à la fin de cette année, j’ai choisi d’aborder avec vous quelques aspects de la vocation et de la mission des laïcs, pour reprendre le thème de l’exhortation post-synodale «Christifideles Laici». Comme vos rapports le soulignent, l’activité des laïcs dans l’Église s’est enrichie et diversifiée depuis Vatican II, et le panorama de vos communautés diocésaines a notablement évolué.
À bien des égards, en parlant aujourd’hui des laïcs, je rejoins les propos que j’ai tenus avec vos confrères d’autres régions de France venus avant vous. En effet, nous avons évoqué, au sujet du ministère des prêtres, la collaboration avec les laïcs. Devant les caractéristiques présentes de la société dans votre pays, dans les villes comme dans les zones rurales, il est clair que le témoignage spécifique des fidèles laïcs apparaît primordial pour affirmer, et défendre, les valeurs évangéliques qui contribuent à la pleine humanisation de la vie économique, sociale ou culturelle. Les relations de votre Église avec celles des autres pays d’Europe ou du reste du monde concernent non seulement les clercs mais chaque chrétien, solidaire de ses frères en humanité. Par ailleurs, vous êtes amenés à opérer des réorganisations de paroisses ou d’autres instances ecclésiales qui impliquent tous les membres du peuple de Dieu. Il en va de même encore de la pastorale des jeunes, de la famille, de la santé, de la réflexion et de l’enseignement dans les divers domaines de la morale. Pour tout cela, les laïcs ont une mission active à remplir qui s’intègre dans l’ensemble de la mission ecclésiale. Sans revenir sur ces points, je voudrais maintenant poser quelques jalons pour une perspective d’ensemble.
3. La multiplicité des tâches et des services confiés aux fidèles laïcs les plus disponibles ne peut faire perdre de vue que ce sont tous les baptisés qui, par vocation, ont à prendre leur part de la mission de l’Église. Un certain nombre de laïcs ont renouvelé leur conscience de la responsabilité qui résulte de leur baptême; mais trop d’entre eu restent assez passifs. On se trouve en face de la baisse de la pratique religieuse et de communautés peu nombreuses où les différentes générations sont inégalement représentées. La tendance se répand de revendiquer une autonomie de jugement du point de vue du contenu de la foi et des règles de vie. Cela revient, au nom d’une subjectivité souveraine, à prendre ses distances par rapport à l’institution ecclésiale, tout en maintenant souvent une certaine demande de sacrements qui n’implique pas une adhésion personnelle au Christ.
Dans les conditions particulières de vos diocèses, vous analysez cette situation et ses motifs. Cela vous invite à déployer d’autant plus d’efforts dans les divers domaines de la pastorale, en étroite collaboration entre les prêtres, les personnes consacrées et les laïcs engagés. L’annonce de l’Évangile dépend largement de la cohésion et du dynamisme de chaque communauté, appelée à rendre compte de l’espérance fondée sur le Rédempteur et à rayonner l’amour qui a été mis dans nos cœurs par l’Esprit Saint.
Parmi les tâches qui s’imposent, vous soulignez souvent celles qui sont liées à la formation des laïcs. De fait, je vous encourage à maintenir une véritable dynamique catéchuménale. Devant la faiblesse de la culture religieuse et la confusion ambiante, il faut que l’effort d’intelligence de la foi atteigne le plus grand nombre, en allant à l’essentiel, en évitant les polémiques dommageables; il s’agit de faire percevoir la vérité qui rend libre. Et lorsqu’on parle de formation, il ne faut pas négliger l’initiation au sens de la pratique sacramentelle et du cycle liturgique, et à la prière privée, pour la maturation de la personnalité spirituelle. Seuls des chrétiens qui vivent une ardente communion dans l’Église peuvent être des témoins convaincants de la Bonne Nouvelle auprès de leurs frères: il faut retrouver l’esprit des Actes des Apôtres.
À ce sujet, je salue volontiers les efforts faits dans de nombreux diocèses pour constituer une Église plus accueillante et plus ouverte, pour prendre en compte ce qu’il y a de meilleur dans la piété populaire, pour ranimer les pèlerinages significatifs ou pour organiser de grands rassemblements qui manifestent la communion du diocèse dans la diversité et les richesses dont il est dépositaire afin de les offrir à tous. Que toutes ces initiatives, des plus modestes aux plus amples, convergent pour renforcer la vitalité du peuple de Dieu chez vous!
4. L’exhortation «Christifideles Laici» a repris les termes dans lesquels Paul VI avait présenté «le champ propre de l’activité évangélisatrice des laïcs», c’est-à-dire, pour résumer, les différents domaines de la vie sociale, familiale, culturelle ou du monde professionnel[1]. Il faut inlassablement encourager les fidèles laïcs à se laisser éclairer par la lumière de l’Évangile dans leur vie quotidienne, afin d’y être, là aussi, pleinement chrétiens et témoins des dons reçus. Pour beaucoup, il est vrai que des choix difficiles se présentent; le risque existe d’une certaine marginalisation à cause d’options spécifiquement chrétiennes, voire d’un certain découragement devant des oppositions plus ou moins déclarées. Ces difficultés ne doivent pas faire fuir le monde ni provoquer une privatisation des convictions religieuses. Les laïcs doivent remplir leurs rôles d’hommes et de femmes avec compétence et clairvoyance. Et pour l’unité de leur vie et la fermeté de leur foi, il importe qu’ils puissent trouver un appui solide non seulement dans leur vie spirituelle personnelle mais aussi dans les apports de leurs communautés. Ils sont dans le monde des témoins d’autant plus crédibles qu’ils sont affermis par leur participation active à la vie de l’Église, que leur amour de l’homme se fonde sur l’amour de Dieu, que leurs solidarités sont nourries par la communion dans le Christ.
Comme vous le soulignez vous-mêmes, on est souvent confronté aujourd’hui à un véritable désert spirituel ou bien à un individualisme religieux qui laisse le champ libre à la séduction des sectes, ou encore au matérialisme pratique qui donne l’illusion du bonheur. Nous croyons que la mission des baptisés les amène à sortir de ces voies sans issue. L’enseignement de l’Église jalonne leurs chemins; je pense à tout ce qui précise la vocation humaine, que ce soit le respect et l’amour des plus pauvres, le sens de la dignité de la personne et de ses tâches, la solidarité sans frontières et la construction de la paix. La conception de l’homme aimé et sauvé par Dieu ou les différents aspects de la doctrine sociale, tout cela devrait contribuer à un dialogue vrai avec la culture de notre temps et à un apport substantiel de l’Église aux recherches des hommes, non seulement au niveau intellectuel, mais aussi au niveau de la vie partagée dans les villes ou les campagnes. Je le dis sommairement, mais je crois qu’il est essentiel que les pasteurs appellent sans cesse les fidèles à partager avec leurs frères les richesses humaines et spirituelles de l’Évangile au jour le jour, notamment en fonction de leur sensibilité d’hommes ou de femmes, c’est leur première et commune mission.
5. Le développement des mouvements de laïcs constitue une des grandes richesses de l’Église à notre époque. Avec la diversité de leurs inspirations, ils offrent à beaucoup de fidèles un soutien irremplaçable pour progresser dans leur vie chrétienne et remplir leur mission évangélisatrice. Les mouvements d’action catholique, les mouvements familiaux, les mouvements spirituels, les mouvements caritatifs, tous permettent à leurs membres de mieux répondre à leur vocation. Ils font grandir l’ensemble de l’Église. À la suite du synode de 1987, l’exhortation «Christifideles Laici» a rappelé que, dans les associations de laïcs très diverses, on «découvre les lignes d’une convergence large et profonde dans la finalité qui les inspire: celle de participer de façon responsable à la mission de l’Église»[2]. Et ce document a précisé les «critères d’ecclésialité» qui sont nécessaires à leur reconnaissance[3], dans le prolongement du «Code de Droit Canonique».
Je relève avec satisfaction dans vos rapports que la concertation entre les associations de fidèles progresse ainsi que leurs liens organiques avec l’Église diocésaine. La mission s’exerce de nombreuses manières et elle évolue en fonction de l’évolution même de la société et des attentes des hommes. Ainsi l’action catholique, qui permet une présence chrétienne dans les divers milieux, a davantage le souci d’éclairer sa démarche propre par la Parole de Dieu et l’expérience ecclésiale. D’autres mettent l’accent sur la vie spirituelle de leurs membres et les entraînent à une annonce plus directe de la Bonne Nouvelle. D’autres encore s’efforcent de répondre à des besoins particulièrement urgents d’entraide et de solidarité. C’est dans l’unité des différents charismes que se construit le Corps du Christ.
Il appartient à votre charge pastorale d’accueillir les initiatives et de favoriser la complémentarité entre les mouvements d’inspirations différentes. Vous avez à veiller à l’accompagnement de ces groupes, à la formation théologique et spirituelle de leurs animateurs et à la bonne insertion de tous dans la communauté diocésaine.
6. Le Concile Vatican II a bien souligné que la mission des laïcs s’exerce dans le monde et à l’intérieur de l’Église. Depuis, on a vu se développer heureusement de nouvelles formes de participation responsable des laïcs, hommes et femmes, à la vie de l’Église. Ils entrent dans les conseils pastoraux paroissiaux ou diocésains; ils jouent un rôle croissant dans divers services spécialisés comme les secrétariats de pastorale, l’animation de la liturgie ou de la catéchèse, les aumôneries scolaires dans l’enseignement catholique ou dans les écoles publiques, les aumôneries d’hôpitaux ou de prisons, les services de presse, les services économiques, et d’autres encore. Pour une part, il s’agit de suppléances en raison du manque de prêtres ou de religieux; mais de nombreuses missions ecclésiales reviennent naturellement à des laïcs. Un certain nombre d’entre eux acceptent de s’y consacrer à plein temps pendant plusieurs années.
Évêques, vous avez à l’égard de ces laïcs une responsabilité directe dans cette situation assez nouvelle. En premier lieu, il importe d’assurer une bonne collaboration entre prêtres et laïcs, en veillant à bien distinguer ce qui relève de la spécificité du ministère sacerdotal des missions confiées à d’autres fidèles: la structure sacramentelle de l’Église impose un tel discernement. La mission confiée nécessite aussi une vie digne dans l’esprit de ce que demande l’Église. Il convient de préciser clairement les responsabilités confiées à des laïcs, ce que vous faites par la lettre de mission ordinairement donnée pour un temps limité. Le bénévolat n’étant souvent pas possible, la communauté doit prendre en charge une rémunération et une protection sociale convenables, sans que l’on puisse pour autant constituer des carrières au sens «professionnel» du terme, car prendre en charge un service de nature ecclésiale, c’est répondre à un appel et cela suppose un certain désintéressement.
D’autre part, si l’on confie des charges importantes à des laïcs, il importe aussi de veiller à ce qu’ils puissent recevoir une formation adaptée; j’apprécie les initiatives prises dans les diocèses ou les régions, souvent au prix de sacrifices considérables, pour donner à des responsables laïcs, plus qu’une compétence technique, celle d’aider leurs frères moins formés à progresser dans l’intelligence de la foi. Enfin, il est naturel que les pasteurs soient attentifs à soutenir particulièrement sur le plan spirituel ceux qui collaborent de plus près à la mission ecclésiale.
7. Chers Frères dans l’Épiscopat, je rends grâce au Seigneur avec vous pour tout ce que les laïcs accomplissent dans vos communautés et pour leur témoignage de fidélité active et responsable à leur vocation. Portez aux prêtres, aux religieux et aux religieuses, aux laïcs engagés et à toute la communauté de vos diocèses l’expression de mon estime et de mes encouragements.
À l’approche de la grande célébration du Mystère pascal, prions la Bienheureuse Vierge Marie, les Apôtres ainsi que les saints de vos régions de soutenir par leur intercession le développement de la communion missionnaire dans l’Église, afin que soit rendu plus visible par elle le visage du Christ Sauveur. De grand cœur j’invoque sur vous tous la Bénédiction de Dieu.

[1] Ioannis Pauli PP. II Christifideles Laici, 23; cfr. Pauli VI Evangelii Nuntiandi, 70.
[2] Ioannis Pauli PP. II Christifideles Laici, 29.
[3] Cfr. ibid. 30.


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