Ressources Catholiques Magistère

précédent
DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX ÉTUDIANTS DE LA FACULTÉ ORTHODOXE
DE THÉOLOGIE DE THESSALONI
QUE
Samedi 5 mars 1994

Chers amis,
«A vous grâce et paix»[1]: avec ces paroles de l’Apôtre Paul aux Thessaloniciens, je vous souhaite la bienvenue, à vous, étudiants de la faculté de théologie de Thessalonique.
A Rome, vous découvrez un patrimoine chrétien, sans doute différent du vôtre, mais complémentaire; vos contacts personnels favoriseront le partage fraternel des démarches théologiques et spirituelles, qui est une contribution et un enrichissement pour la vie de nos Eglises en vue de l’unité, ainsi que pour la construction de l’Europe des peuples et de la foi. Dans cette perspective, l’œuvre des saints Cyrille et Méthode, que j’ai voulu proclamer patrons de l’Europe avec saint Benoît, est pour nous exemplaire; en partant de votre cité, ils sont venus à Rome, avant d’aller dans la région du Danube pour annoncer l’Evangile, dans le respect des cultures rencontrées. A la suite des saints frères de Thessalonique, puissiez-vous être comme des traits d’union entre nos deux traditions et entre nos Eglises!
Des liens spirituels et historiques nous unissent. En effet, à Thessalonique comme à Rome, Paul a prêché l’Evangile. Ses Lettres aux Thessaloniciens et aux Romains demeurent un appel vigoureux à saisir, grâce à l’intelligence, la profondeur du mystère de Dieu, pour y adhérer pleinement. Vos recherches en théologie doivent pouvoir vous conduire jusqu’à une compréhension toujours plus profonde de la Parole vivante, pour en être les témoins auprès des hommes de notre temps, qui attendent de connaître le Sauveur du monde.
Dès votre retour dans votre patrie, je vous demande de transmettre mon salut cordial à vos évêques, en particulier au Métropolite Panteleimon de Thessalonique, ainsi qu’à l’ensemble des professeurs et des étudiants de la faculté de théologie. En terminant, je vous confie à la miséricorde de la sainte Trinité et à l’intercession de la Theotokos, en reprenant les paroles de l’Apôtre Paul: «Nous faisons mention de vous dans nos prières, sans cesse, nous gardons le souvenir de votre foi active, de votre amour qui se met en peine, et de votre persévérante espérance, qui nous viennent de notre Seigneur Jésus-Christ»[2].

[1] 1 Thess. 1, 1.
[2] 1 Thess. 1, 2-3.

© Copyright 1994 - Libreria Editrice Vaticana
  



Discours au Président de la République Fédérale d’ALLEMAGNE,
S.E. M. Richard von WEIZSACKER*
 3 mars 1994

1. C’est pour moi une grande joie et un grand honneur de pouvoir recevoir aujourd’hui le chef de l’État de la République fédérale d’Allemagne, en compagnie de son épouse, du ministre fédéral de la Santé et d’autres hautes personnalités du gouvernement et de l’administration. J’ai volontiers accueilli votre demande de me rencontrer et je joins à mes remerciements sincères pour cette visite un salut cordial de bienvenue.
2. Votre présence me ramène à l’esprit le vif souvenir de mes deux Visites pastorales dans votre pays, pendant lesquelles j’ai pu connaître, dans toute leur profondeur, la noble hospitalité et les valeurs humaines et chrétiennes qui caractérisent les Allemands dans leur vie individuelle et sociale. Mes remerciements et ma considération vont à toutes les femmes et tous les hommes de votre pays bien-aimé, qui se trouve dans une phase décisive, quoiqu’en même temps difficile, de son histoire.
Après quatre décennies d’une division forcée, le mur entre l’Est et l’Ouest a été abattu. La volonté de liberté des hommes dans les pays d’Europe centrale et centro-orientale était plus forte que le système des dictateurs protégés par le béton, le fil de fer barbelé et les armes. Après cette phase chargée d’histoire de l’auto libération des peuples opprimés par le poids de la tyrannie politique imposée, vous pouviez, M. le Président, fêter sur le marches du Reichstag à Berlin, le premier véritable a jour de l’unité allemande ». Ainsi vous êtes aussi le premier Président dé tous les Allemands.
La Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne garantit le plein exercice de la liberté de religion. Le rapport et l’action commune de l’Église et de l’État en Allemagne sont fondés et la moindre des raisons n’en sont pas les amères expériences historiques sur l’intérêt des deux parties pour un fondement solide. L’Église et l’État comprennent leur action commune en fonction des principes de respect mutuel, de subsidiarité et de solidarité, sans empiéter sur les compétences exclusives de l’autre.
L’idée de la Loi fondamentale ne peut être garantie que si elle prend une figure et une acceptation vivante renouvelée dans chaque génération. Sinon l’idée et la réalité politique se sépareraient l’une de l’autre au fil du temps. Comme chrétien convaincu et à travers votre position d’homme d’État, vous avez apporté, M. le Président, un témoignage persuasif du fait que les affaires sociales et politiques, sans le recours à une très haute autorité, courent le risque de rester sur place et de perdre leur lien nécessaire et existentiel. Il en va finalement de la question fondamentale de savoir si toute structure politique réside uniquement dans le pouvoir discrétionnaire sur l’homme, ou s’il y a une autorité préalable et générale l’autorité de Dieu, à laquelle il faut mesurer la volonté de réalisation humaine dont il doit se justifier et dans laquelle la liberté de réalisation trouve nécessairement ses limites.
3 L’heureuse réalisation de l’unité de votre pays dans la liberté place le peuple allemand face à des défis particuliers. Cela signifie des responsabilités supplémentaires que vous avez assumées, M. le Président. Vous l’avez fait face aux signes certains d’une crise d’identité, qui entraîne, et ce n’est pas la moindre de ses conséquences, une perte de l’échelle des valeurs morales.
Il est du devoir de l’Église aussi bien que de toutes les forces responsables dans l’État et la société, de jouer le rôle de créateur d’identité lorsque les hommes, après la disparition du modèle de pensée habituel, qui permet un développement historique, ne pensent plus trouver aucune aide pour s’orienter et en même temps, ne savent plus très bien où pourrait se trouver l’identité propre du peuple. La perte des racines spirituelles peut rapidement détourner le regard de la vérité et du bien. Un développement de ce genre requiert chez tous les responsables une bonne dose de prudence. Toutes les marques distinctives, décrites comme des vertus secondaires, ne peuvent être réalisées qu’avec bon sens si elles sont unies aux vertus cardinales de prudence, de justice, de force et de tempérance (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1805). C’est tout d’abord du cœur de ce véritable comportement humain qu’elles tirent leur force. Sinon elles demeurent de vaines formes de comportement, qui dissimulent en elles le danger du cloisonne¬ment et de la manipulation.
En ces temps de bouleversement et de perte du sens de l’orientation, vous avez considéré, M. le Président, qu’il était de votre devoir de vous engager en faveur de l’accueil de l’ordre moral ou de son rétablissement. Vous l’avez aussi fait en ayant conscience du fait que l’ordre démocratique de l’État ne peut exister sans ces valeurs qui lui sont accordées.
4. La redécouverte des vertus cardinales et des véritables idéaux est aujourd’hui pressante et nécessaire. Les tentations auxquelles il faut résister dans la vie publique, sont sans nul doute importantes et dangereuses.
Le débat sur la protection de la vie peut peut-être parfois entraîner, même chez les hommes politiques chrétiens, la peur de s’opposer avec fermeté, lorsque surgit l’impression qu’une majorité démocratique est en faveur du meurtre de la vie humaine menacée et qui doit être protégée, des malades en phase terminale ou des enfants à naître. La Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne, adoptée au terme d’une triste expérience de restriction des libertés fondamentales, est née d’une haute attention portée à la vie et à la famille en tant que fondement de la société, qui protège les personnes individuelles du totalitarisme. L’Allemagne est appelée à ne pas s’engager sur des voies qui blessent les valeurs vitales de la vie, qui furent reconnues comme fondement par les générations qui nous ont précédées.
Le prétexte de la perte de l’échelle des valeurs ne peut en aucun cas justifier le silence de l’homme politique qui se sent responsable des hommes et de l’ordre moral face à Dieu. La sagesse de celui qui a des responsabilités politiques s’exprime dans la mesure où il est capable d’aller même à l’encontre d’une majorité favorable en théorie, lorsqu’il en va des valeurs fondamentales de la culture humaine. Plus exactement sur les cas limites de la vie, à propos desquels on ne trouve plus nécessairement de consensus social, il faut parfois prononcer des paroles désagréables.
5. M. le Président, vous avez toujours eu le désir de prendre position en faveur des faibles de la société. Vous avez pris sous votre protection les demandeurs d’asile et les immigrés, et attiré l’attention sur leurs droits inaliénables, tels que surtout la question des droits de l’homme et la protection des minorités, qui furent une préoccupation fondamentale de votre action politique. Permettez-moi, dans ce contexte, d’adresser un mot cordial de remerciement aux responsables politiques et sociaux de la République fédérale d’Allemagne, pour avoir accepté un grand nombre de demandeurs d’asile. L’Allemagne a en effet accueilli plus de personnes quittant des régions en crise que tous les autres pays européens mis ensemble. Ainsi, les remerciements et la reconnaissance sont dus à votre pays pour l’aide qu’il a apportée aux pays en voie de développement et à la population tombée, à cause des malheurs de la guerre dans l’ex-Yougoslavie, dans une détresse incommensurable et un désarroi indescriptible.
6. Cette année nous rappelons sur le plan international et au sein de l’Église, la famille et sa signification pour l’Église et pour la société. Comme je l’ai indiqué dans ma Lettre aux Familles, il est d’une importance fondamentale pour l’Église tout comme pour la société dans son ensemble, de ne pas « courir le risque de la permissivité dans des questions de fond concernant l’essence du mariage et de la famille ! » (n. 17).
En ce qui concerne l’éducation des enfants, les anciennes vertus secondaires comme le devoir et l’obéissance, ne peuvent pas être prises en considération en les isolant de l’ensemble des vertus chrétiennes. Il s’agit aujourd’hui tout d’abord du diagnostic d’une image de la maladie de toute la société, à la base de laquelle se trouve l’égocentrisme et le simple consumérisme, le manque de solidarité et le penchant pour les intérêts particuliers dont la raison prédominante est le calcul coût-profit.
Il est important de conduire les enfants et les jeunes à l’autonomie de jugement et l’indépendance, afin qu’ils acquièrent une personnalité qui leur permette de se développer de manière autonome. De même la conception selon laquelle les jeunes sont respectés dans leur dignité et leur accueil, condition de toute action éducative, est importante. Parents et enseignants doivent eux-mêmes en placer le contenu, les objectifs et l’autorité sous l’exigence de la crédibilité et de la raison.
D’un autre côté, l’action d’éducation est liée à la reconnaissance du fait que toute liberté connaît ses limites. Dans l’ivresse de la liberté de ces dernières années, il y a eu le risque de poursuivre trop rapidement l’erreur consistant à croire que la liberté signifie une carte blanche donnée à tous et pour tout. Mais la liberté est et demeure toujours liberté lorsqu’elle est liée à la responsabilité et est réalisée à partir de celle-ci. Et la responsabilité ne peut enfin être due qu’à quelqu’un qui est en même temps le garant de la véritable liberté: Dieu lui-même. Son Verbe est Vérité (cf. Jn 17 17), et celui qui agit dans la vérité, vient véritablement à la lumière (cf. Jn 3, 21).
7. M. le Président, comme dans d’autres pays, les conséquences de la Réforme se font sentir en Allemagne. Restaurer l’unité de la foi autrefois brisée est l’un des grands souhaits de bien des chrétiens. Ce n’est enfin qu’à partir du cœur de la foi, du Christ lui-même, que l’unité est possible. Les chrétiens de toute confession peuvent toujours se retrouver avec confiance en lui. Il sera alors un jour possible de célébrer ensemble l’Eucharistie comme fête de l’unité reconquise.
8. Avant de conclure cette rencontre, je souhaite vous remercier de tout cœur, M. le Président, pour votre aimable visite. En votre personne, je dépose ma haute considération pour la nation allemande tout entière. Pour vous et votre épouse j’implore la protection fidèle de Dieu et demande pour vous, ainsi que pour tous les croyants et hommes de bonne volonté de votre pays bien-aimé, l’intercession de la Mère de Dieu, de l’apôtre des Allemands saint Boniface, et de tous les saints patrons de votre patrie, et une abondance de grâces célestes. De tout cœur, je vous donne ma Bénédiction apostolique.

*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue frança n.11 pp.2, 3.

© Copyright 1994 - Libreria Editrice Vaticana




DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX ÉVÊQUES DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU
BURUNDI EN VISITE «AD LIMINA APOSTOLORUM»
Vendredi 29 avril 1994


Chers frères dans l’épiscopat,
1. Je suis heureux de vous accueillir en ces lieux pour votre visite ad limina, la première depuis mon mémorable voyage pastoral dans votre pays, en septembre 1990, et la rencontre privée que nous avons eue à la Nonciature de Bujumbura. Je remercie de tout cœur Monseigneur Bernard Bududira, Evêque de Bururi et Président de la Conférence des Evêques catholiques du Burundi, des paroles très aimables qu’il m’a adressées en votre nom.
Cette année, votre venue à Rome coïncide avec la tenue de l’Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques, en un moment où l’Eglise universelle est en quelque manière invitée à vivre à l’heure de votre continent. C’est une conjoncture bénie pour exprimer vos liens de communion avec le Successeur de Pierre, entouré, en ces jours, de tant de membres du collège épiscopal. Ce temps de grâce vous permet de partager vos préoccupations et vos espoirs avec des pasteurs d’autres pays, tout en recevant d’eux encouragement et soutien fraternels. C’est une occasion favorable de rendre encore plus éloquente votre prière aux tombeaux des saints Apôtres, alors que de nombreux amis de l’Afrique intercèdent avec vous. Puisse votre visite ad limina de 1994 compter parmi les plus fructueuses, pour le bien de l’Eglise qui est au Burundi et pour le bien de votre nation!
2. Certes, nous aurions aimé que cette réunion se fasse dans une atmosphère toute sereine. Malheureusement, elle demeure empreinte de gravité, en raison du drame que vit depuis quelques mois le peuple burundais, aux côtés d’une nation sœur déchirée par une guerre civile atroce.
Je renouvelle aujourd’hui devant vous les appels que j’ai récemment lancés en faveur du Burundi. Plus de massacres, ni de violences, ni de pillages. Je forme le vœu ardent que l’on renonce aux pensées de haine et de vengeance, et que, pratiquant le pardon, à l’exemple du Christ, on s’engage sur la voie du dialogue, afin que la paix devienne réalité au Burundi - cette paix qui est le don du Christ ressuscité, comme nous le rappelle le temps pascal.
3. Abordant avec vous, il y a cinq ans, la grave question ethnique, je vous disais que la patience en même temps que la détermination étaient nécessaires pour réussir à faire vivre en frères tous les habitants du Burundi, et je sais les efforts que vous avez déployés dans ce sens.
Dans l’actuelle période de crise, vous œuvrez sans relâche, au niveau diocésain comme au niveau national, pour adopter une ligne d’action claire, dans le but de contribuer à éloigner des maux encore plus graves et de faciliter le rapprochement entre les diverses instances politiques, administratives et militaires. L’ouragan de violence qui s’est abattu sur le pays a non seulement semé la mort et fait un nombre considérable de veuves, d’orphelins, de réfugiés et de sans-abri, mais elle a profondément affecté le tissu social en révélant au grand jour une grave crise morale. Je souhaite vivement que le programme d’action pastorale que vous avez établi pour cette année suscite une profonde révision de vie et le redressement des consciences. En particulier, je forme le vœu que vous favorisiez le climat de compassion nécessaire à l’accueil charitable de tant de réfugiés ou de personnes déplacées, victimes de l’instabilité régionale.
Laissez-moi vous encourager à être toujours et partout porteurs d’espérance, afin que les membres de vos communautés diocésaines, réalisant une sincère conversion du cœur, s’engagent résolument sur la voie de la réconciliation fraternelle et cherchent à bâtir un Burundi meilleur, dans la collaboration avec leurs compatriotes d’autres croyances.
En ce temps pascal, où nous célébrons la victoire du Christ sur les forces du mal et les divisions des hommes, il convient de se rappeler les fortes paroles de saint Paul: « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi au Christ Jésus. Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ: il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus »[1].
4. A la lecture de vos rapports quinquennaux, il apparaît qu’au nombre de vos priorités pastorales vous mettez en premier lieu la formation du clergé, tant à son stade initial dans les séminaires qu’au niveau de l’accompagnement après l’ordination.
Parmi les divers moyens indiqués dans l’Exhortation apostolique Pastores Dabo Vobis afin de promouvoir la pédagogie dans les séminaires, la préparation spécifique des éducateurs vient en tête, car ils occupent à cet égard une position-clef, qui détermine l’esprit et l’efficacité de la formation. Permettez-moi de vous renvoyer au document que la Congrégation pour l’Education Catholique a publié le 4 novembre 1993 à l’intention des évêques pour faciliter la préparation professionnelle des équipes éducatives. Egalement, étant donné l’importance que revêt la charge d’éducateur des séminaristes, je vous invite à accepter généreusement de désigner pour cette mission les prêtres de vos diocèses que vous jugeriez aptes.
En ce qui concerne la formation permanente du clergé, tout ce que vous faites pour soutenir la vie de prière des prêtres, leur ressourcement par la fréquentation de la Parole de Dieu ou leur réflexion grâce à des instances de concertation et d’étude, favorisera leur équilibre personnel et enrichira leur ministère. Le « Directoire pour le ministère et la vie des prêtres », publié le 31 mars dernier par la Congrégation pour le Clergé, vous sera utile pour cette formation permanente, qui est « un droit-devoir du prêtre » et « un droit-devoir de l’Eglise »[2].
5. Comme dans bien des pays africains, on compte chez vous, parmi les principaux acteurs de l’évangélisation, l’«armée des catéchistes hommes et femmes qui, pénétrés de l’esprit apostolique, apportent par leurs labeurs considérables une aide singulière et absolument nécessaire à l’expansion de la foi et de l’Eglise »[3]. J’ai relevé avec satisfaction que vous vous employez à donner une sérieuse formation de base aux débutants et que vous cherchez à procurer le renouvellement nécessaire à ceux qui sont déjà à l’œuvre sur le terrain.
La préparation adéquate des catéchistes et des autres agents pastoraux, afin qu’ils s’acquittent au mieux de leur mission, est d’autant plus nécessaire qu’ils se trouvent en première ligne face au défi des sectes. En pasteurs avertis de l’ampleur de ce phénomène préoccupant, vous saurez former les uns et les autres pour qu’ils répondent avec sagesse aux besoins spirituels qui se manifestent chez les croyants et aux questions vitales posées, entre autres, sur la souffrance, la maladie et la mort.
6. Parmi les autres priorités de la pastorale diocésaine se trouve la formation des fidèles laïcs, comme le demande l’exhortation Christifideles Laici. Elle doit avoir comme objectif fondamental la découverte toujours plus claire de leur vocation personnelle et la disponibilité toujours plus grande à la vivre dans l’accomplissement de leur mission propre.
Il convient d’aider les laïcs, et tout particulièrement les élites, à rechercher l’unité de leur existence. «Il ne peut y avoir deux vies parallèles: d’un côté, la vie qu’on nomme "spirituelle" avec ses valeurs et ses exigences; et de l’autre, la vie dite "séculière", c’est-à-dire la vie de famille, de travail, de rapports sociaux, d’engagement politique, d’activités culturelles»[4]. Une foi qui ne devient pas culture est une foi qui n’est ni pleinement pensée ni fidèlement vécue.
Comme je l’ai souligné dans mon homélie à la messe d’ouverture du Synode, il importe d’appliquer les principes de la doctrine sociale catholique aux nécessités de l’Afrique. Je souhaite donc que, avec les méthodes pédagogiques qui conviennent, vous donniez aux fidèles les moyens de bien connaître l’enseignement social de l’Eglise afin qu’ils sachent remplir, en baptisés, tous leurs devoirs de citoyens. La construction politique et l’organisation de la vie sociale relèvent de leur compétence.
7. La solidité de la communauté familiale a longtemps été une des richesses de la société traditionnelle burundaise. En cette Année internationale de la Famille, je ne puis que vous encourager à évangéliser cette cellule de base et à être des animateurs de la pastorale familiale, dans toutes ses dimensions: la vie chrétienne des époux, leurs responsabilités pour l’accueil de la vie et l’éducation des enfants.
Comme je l’écrivais dans ma « Lettre aux Familles », il faut inviter les hommes et les femmes de notre temps à comprendre « la grandeur des biens que sont le mariage, la famille et la vie; le grand péril constitué par le refus de respecter ces réalités et par le manque de considération pour les valeurs suprêmes qui fondent la famille et la dignité de l’être humain »[5]. Les fils et les filles d’Afrique aiment la vie: puissent-ils être fidèles à ces valeurs traditionnelles et les transmettre à nos contemporains!
8. En m’adressant à vous, à Bujumbura, lors de ma visite pastorale, je m’étais étendu assez longuement sur la pandémie du SIDA, qui atteint un nombre impressionnant de vos compatriotes. La pastorale de l’Eglise dans ce domaine, vous disais-je, est confrontée à un ensemble de défis. Il faut informer et éduquer sans accepter que le problème soit traité au mépris de l’éthique; il faut guider les hommes et les femmes vers la maturité affective et la sexualité ordonnée.
Enfin, en attendant que vienne le jour où le fléau du SIDA sera vaincu, cherchons à aider ceux qui souffrent, à soutenir les familles brisées, à prendre en charge les orphelins et à demeurer proches des personnes que certains seraient tentés de fuir. Essayons de nous faire tout à tous, à l’exemple de l’admirable apôtre des lépreux, le Père Damien de Veuster que j’aurai la joie d’inscrire au nombre des bienheureux très prochainement. Les progrès de la médecine ont permis de vaincre la lèpre, cette plaie des âges: prions afin que les scientifiques d’aujourd’hui trouvent les remèdes nécessaires pour juguler le nouveau mal des temps modernes.
9. La perspective des assises synodales d’octobre prochain me donne l’occasion de vous encourager dans votre souci de développer la vie religieuse.
Les personnes consacrées, loin d’être considérées comme de simples auxiliaires de l’apostolat dans le diocèse, attendent des pasteurs qu’ils cherchent à promouvoir leur vie religieuse comme école de sainteté, car les évêques sont eux-mêmes avant tout des maîtres spirituels.
La consécration religieuse fait aussi des personnes qui la reçoivent des artisans d’unité, des témoins des valeurs de liberté, de justice, de miséricorde et de paix. Puissent les religieux et les religieuses de votre pays apporter toujours leur bienfaisante contribution, suivant leurs charismes spécifiques, à la reconstruction d’une société burundaise pacifique, juste et fraternelle!
10. Les catholiques burundais vont célébrer, en 1998, le centenaire de l’évangélisation du pays. Je souhaite qu’ils se préparent à cet événement dans la ferveur de la prière et que tous approfondissent leur foi afin qu’elle soit la source d’un dynamisme capable de transformer la société. Confiant vos initiatives à Notre-Dame, je donne à tous, pasteurs et fidèles, ma Bénédiction Apostolique.

[1] Gal. 3, 26-28.
[2] Cfr. Congr. pro Clericis Directorium pro Presbyterorum Ministerio et vita, 19, die 31 ian. 1994.
[3] Ad Gentes, 17.
[4] Ioannis Pauli PP. II Christifideles Laici, 59.
[5] Eiusdem Gratissimam Sane, 23.

© Copyright 1994 - Libreria Editrice Vaticana




DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À UN GROUPE DE JEUNES DE ROUEN
Lundi 25 avril 1994
 
Chers amis,
Je remercie votre Archevêque, Monseigneur Duval, de vous conduire jusqu’à moi. C’est avec un vif plaisir que je vous accueille ici. Je souhaite que votre pèlerinage à Rome soit une belle occasion de bien saisir toutes les dimensions de l’Eglise. Vous venez auprès des tombeaux de Pierre et de Paul: ils sont les premiers qui ont établi l’Eglise à Rome. Ils demeurent des colonnes du Corps du Christ, répandu à travers le monde. Vous marchez ici sur les traces de nombreux martyrs et de saints aux vocations très diverses: ils ont modelé le visage de l’Eglise en reflétant, chacun à sa manière, le visage du Christ.
A Rome aussi, vous pouvez entrevoir ce qui fait la vitalité de l’Eglise aujourd’hui: c’est un carrefour pour les chrétiens de tous les continents. En ce moment, se déroule l’Assemblée pour l’Afrique du Synode des Evêques; mais l’Eglise universelle est concernée: priez pour vos frères et sœurs d’Afrique, priez pour leurs Eglises, pour la paix et le développement humain de leurs pays trop souvent blessés et défavorisés; inspirez-vous aussi de leur enthousiasme pour la foi et de leur sens très vif de la communauté.
Vous êtes à des étapes fondamentales de votre formation: je vous invite à recevoir la Parole de Dieu qui est parole de vie: par les Apôtres et les Evangélistes, le Seigneur s’adresse à vous, il vous appelle à le suivre, il vous transmet les dons de la foi, de l’espérance et de l’amour.
Chers amis, puissiez-vous dire avec saint Paul: « Je sais en qui j’ai mis ma foi »[1]! A partir de là, vous saurez reconnaître la grandeur de la vocation de l’homme. Vous vous engagerez à toujours respecter sa vie. Vous vous préparerez à fonder une famille qui reflète la communion d’amour qui est en Dieu. Vous serez des artisans de relations sociales justes et fraternelles. Vous défendrez la dignité du travail pour le bien de tout homme. Vous participerez activement à la vie de l’Eglise, et, si l’appel vous est adressé, vous vous engagerez totalement à son service.
La communauté ecclésiale compte sur vous. En confiant votre avenir chrétien au Seigneur, mort et ressuscité pour que nous ayons la vie, je vous bénis de tout cœur.

[1] 2 Tim. 1, 12.


© Copyright 1994 - Libreria Editrice Vaticana
 



suivant