DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AU CARDINAL JEAN CLAUDE TURCOTTE,
ARCHEVÊQUE DE MONTR
ÉAL
Salle des Papes
Mardi 29 novembre 1994
Monsieur le Cardinal,
Au lendemain du Consistoire qui a vu votre accession à la dignité cardinalice, je suis heureux d’accueillir en vous le Pasteur de l’Eglise qui est dans l’illustre cité de Montréal. Je ne puis manquer d’évoquer, même d’un mot, la belle tradition d’évangélisation et de sainteté dont votre diocèse est héritier. Et comment oublier l’accueil qui m’y a été réservé naguère?
C’est avec plaisir que je vous salue, en vous disant combien sera utile, au sein du Collège des Cardinaux, votre expérience pastorale. Je tiens à souhaiter très cordialement la bienvenue à toutes les personnes qui vous entourent, d’abord à votre vénérée mère et à vos proches, aux représentants de la société civile, à vos confrères et à vos collaborateurs.
Je forme des vœux fervents pour votre ministère à Montréal et pour les services que vous serez appelé à rendre à l’Eglise de Rome. Portez au clergé de votre diocèse et à tous les baptisés les encouragements du Successeur de Pierre: qu’ils poursuivent leur route, fidèles à l’Evangile, en communion avec toute l’Eglise, avec l’audace de l’espérance dans le Seigneur qui vient!
Monsieur le Cardinal, chers amis, que la Mère du Sauveur soit votre guide! Que le Seigneur vous comble de ses Bénédictions!
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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AU CARDINAL NASRALLAH-PIERRE SFEIR,
PATRIARCHE D'ANTIOCHE DES MARONIT
ES
Salle Clémentine
Mardi 29 novembre 1994
Monsieur le Cardinal,
L’entrée du Patriarche d’Antioche des Maronites dans le Collège cardinalice, que nous venons de célébrer, constitue un événement que je suis heureux de souligner à l’occasion de cette brève rencontre.
Alors que je vous accueille, avec plusieurs membres de la hiérarchie maronite, avec des représentants de la société civile, ainsi qu’avec vos collaborateurs et certains de vos proches, ma pensée se tourne avec émotion vers votre patrie, constamment présente dans ma prière. Puisse votre cardinalat renforcer encore le lien historique confiant entre la communauté maronite et l’Eglise de Rome!
Le salut affectueux que je vous adresse, Monsieur le Cardinal, ainsi qu’aux personnes qui vous entourent, je vous demande de le transmettre à tous vos compatriotes, en signe d’encouragement dans l’espérance, en attendant qu’il me soit donné de visiter votre pays très aimé.
Je confie à l’Apôtre Pierre, dont les patriarches maronites prennent le nom, votre personne, l’Eglise maronite et l’ensemble de vos frères libanais; je le prie en particulier pour ceux qui préparent l’acte important que sera le Synode pour le Liban.
De grand cœur, je vous accorde, ainsi qu’à vos proches et à vos compatriotes, la Bénédiction Apostolique.
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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AU CARDINAL PIERRE EYT,
ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
Salle Clémentine
Lundi 28 novembre 1994
Monsieur le Cardinal,
En la demeure du Successeur de Pierre, avec tous ceux qui sont venus vous entourer de leur amitié, soyez le bienvenu! C’est une vraie joie pour moi de vous recevoir au lendemain du jour où vous êtes entré dans le Collège des Cardinaux!
Plusieurs fois, au cours des dernières années, j’ai eu l’occasion d’apprécier votre compétence théologique et votre dévouement pastoral. Déjà, dans le passé, le diocèse de Bordeaux avait donné un Pape à l’Eglise, Clément V, qui vous est cher comme premier Pape d’Avignon, ainsi que de nombreux Cardinaux. Vous vous inscrivez désormais dans cette longue tradition, en assurant les missions qui vous seront demandées pour le service du Siège de Pierre.
Témoignage de foi, votre ministère s’exerce dans le diocèse de Bordeaux: chacun des fidèles est appelé à rendre comme vous un témoignage, à la place où il se trouve et avec les moyens qui sont les siens. Béni soit Dieu qui nous rend forts à son service! A chacun d’entre vous, chers frères et sœurs, au clergé et à tous les fidèles du diocèse de Bordeaux, je donne de grand cœur la Bénédiction Apostolique.
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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AU CARDINAL PAUL PHAM D
ÌNH TUNG,
ARCHEVÊQUE DE HA NÔI
Lundi 28 novembre 1994
Monsieur le Cardinal,
C’est avec beaucoup de joie que je vous accueille en ces lieux aujourd’hui. Permettez-moi de présenter mes salutations déférentes à Son Excellence l’Ambassadeur Nguyên Manh Dung, qui nous fait l’honneur d’être des nôtres.
Egalement, je salue cordialement votre Auxiliaire, Monseigneur Paul Lê Dac Trong, ainsi que vos proches, vos amis et toutes les personnes qui sont avec vous.
Voici donc que vous prenez le relai du regretté Cardinal Joseph Marie Trinh Van Can, et l’Eglise qui est au Viêt-Nam sera ainsi présente dans le conseil entourant l’Evêque de Rome. Je suis très heureux que vous nous apportiez ici votre expérience pastorale unique: celle de vos nombreuses années passées à Bac-Ninh et celle de pasteur d’un important diocèse, dans un pays d’Asie particulièrement cher au cœur du Pape.
Je saisis cette occasion pour exprimer ma profonde affection aux fidèles de l’Eglise catholique au Viêt Nam et pour leur dire qu’en ce temps de l’Avent, dans ma prière, je présente tous leurs espoirs au Dieu Sauveur.
A l’approche de la fête du Têt, je souhaite déjà une heureuse année nouvelle à toutes les populations vietnamiennes, priant Monsieur l’Ambassadeur de bien vouloir se faire auprès des hautes Autorités du Viêt Nam l’interprète de mes vœux fervents de prospérité et de paix.
De grand cœur, je vous donne ma Bénédiction Apostolique.
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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AU CARDINAL ARMAND-GA
ÉTAN RAZAFINDRATANDRA,
ARCHEVÊQUE D'ANTANANARIVO
Lundi 28 novembre 1994
Monsieur le Cardinal,
C’est avec beaucoup de joie que je vous accueille en ces lieux avec toutes les personnes de votre famille, que je salue cordialement. Je suis heureux de saluer également les évêques de Madagascar et de l’Ile Maurice, ainsi que les prêtres et les délégués des communautés catholiques de Paris et de Rome, venus pour cette circonstance solennelle.
Il m’est agréable aussi d’adresser mes salutations déférentes à Leurs Excellences les Ambassadeurs de la République malgache près le Saint-Siège et près la République italienne ainsi qu’aux personnalités officielles de Madagascar ici présentes.
Par votre promotion au cardinalat, voici que vous êtes lié davantage encore au service de l’Eglise et du Siège de Pierre. Laissez-moi vous dire combien je suis heureux que le successeur du regretté Cardinal Razafimahatratra puisse, à son tour, nous faire bénéficier de l’expérience pastorale de la Grande Ile.
Cette rencontre ravive en moi le souvenir de mon inoubliable visite à Madagascar en 1989. Au cours de ce voyage, j’ai eu la joie de béatifier Victoire Rasoamanarivo, à la riche personnalité de laïque engagée. Puissiez-vous, au sein du Collège des Cardinaux, apporter un peu de la patience paisible et de la confiance optimiste qui habitaient la bienheureuse Victoire!
Sur vous-même, Monsieur le Cardinal, et sur toutes les personnes qui vous entourent, j’invoque de grand cœur l’abondance des Bénédictions divines.
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Discours au Président de la République d’AUTRICHE,
S.E.M. Thomas KLESTIL*
25 novembre 1994
M. le Président,
1. C’est avec une grande joie que je reçois aujourd’hui le chef de l’État de la République d’Autriche, accompagné du ministre des Affaires étrangères et d’autres personnalités importantes. C’est avec plaisir que j’ai accédé à votre désir de me rencontrer et c’est avec mes sincères remerciements que je vous souhaite la bienvenue.
2. J’ai encore présentes à la mémoire les deux visites pastorales que j’ai effectuées dans votre pays, et qui m’ont donné une nouvelle fois un large aperçu du riche héritage chrétien et culturel de l’Autriche. Faire entrer et conserver cet héritage dans le cadre de l’Union européenne constituera un devoir et une responsabilité pour la République d’Autriche. Dans ce contexte, je peux aussi rappeler le haut degré de maturité politique qu’ont démontré les citoyens de votre pays en ce qui concerne son entrée au sein de l’Union européenne.
En considérant l’héritage de l’Autriche, il est tout à fait clair que l’aspect éthique de la culture joue un rôle important. La culture, dans ses expressions plus ou moins exigeantes, a un rapport avec les valeurs et en fait avec la vérité: «Dans le dialogue avec les autres, attentif à tout élément de la vérité qu’il (le chrétien) découvre dans l’expérience de la vie et de la culture des personnes et des nations, il ne renoncera pas à affirmer tout ce que sa foi et un sain exercice de la raison lui ont fait connaître» (Encyclique Centesimus annus, 46). L’importance de la culture ne réside pas seulement dans l’intensité et la qualité de l’expérience vécue mais aussi dans le degré d’intérêt qu’elle suscite. Si votre pays entend satisfaire les exigences de sa culture, vos concitoyens, M. le Président, sauront prendre soin du précieux héritage de la foi chrétienne dans son riche développement culturel et dans les valeurs qui lui sont inhérentes.
Même si la foi ne saurait en aucun cas être enfermée dans aucune intervention ni forme d’expression culturelles déterminées et doit par conséquent s’ouvrir à des formes d’expressions nouvelles et peut-être inhabituelles, il est cependant indispensable de prendre grand soin de l’héritage culturel riche et multiforme. Il existe aujourd’hui une certaine réflexion sur le développement de la culture, une crainte face au désir du sensationnel, à la recherche du plaisir pur et du vide transcendantal, et aussi face à un rapport en partie oublieux du christianisme comme ferment de la culture européenne. Vos concitoyens ont développé pendant des siècles une culture de la vie fondée sur la foi. Façonner à nouveau cette culture de la vie, prendre en charge la différence quotidienne des esprits, et préciser les valeurs fondamentales dans la famille et dans l’éducation, cela sera au rendez-vous de l’avenir de l’Europe. Les chrétiens ne peuvent pas rendre de service plus important à notre culture. M. le Président, j’ai confiance dans le fait que les responsables de votre cher pays se consacreront tout entier à cet objectif.
3. Dans les relations politiques et socio-éthiques, la priorité de l’homme comme sujet personnel doit être clairement établie. Au cours des dernières décennies, la République d’Autriche a dans une large mesure tenu compte de la réalisation de ce principe. Votre pays a ouvert ses portes aux réfugiés qui étaient persécutés et faisaient l’objet de discrimination dans leur pays. Votre pays a ancré par des lois une protection exemplaire des minorités ethniques et enfin, il a accompli un travail admirable dans l’aide humanitaire aux personnes en détresse. Pour tout cela, mes sincères remerciements vont à tous les responsables et à tous les citoyens. Puisse Dieu leur donner une juste récompense.
Grâce à sa haute considération de l’homme et de sa dignité, votre pays pourra vaincre certains symptômes de violence et de disposition à la violence contre les étrangers et d’autres groupes marginaux. La violence ne pourra être maîtrisée que par l’éducation aux relations pacifiques et par la suprématie du droit. C’est l’un des devoirs primordiaux dans le domaine de l’éducation. Ce n’est qu’ainsi que l’homme sera en mesure d’»honorer» d’autres hommes: «Le «principe d’honorer», c’est-à-dire la reconnaissance et le respect de l’homme comme homme, est la condition fondamentale de tout processus éducatif authentique» (Lettre aux Familles n.16)
4. Par l’intercession de la Mère de Dieu et de tous les saints patrons de votre pays, je demande pour vous, M. le Président, ainsi que pour tous les croyants et tous les hommes de bonne volonté de votre cher pays, la protection fidèle de Dieu. De grand cœur, je vous donne ma Bénédiction apostolique.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.51 p.6.
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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX PARTICIPANTS À LA SESSION INAUGURALE DE
L'ACADÉMIE PONTIFICALE DES SCIENCES SOCIALES
Vendredi 25 novembre 1994
Messieurs les cardinaux,
Mesdames, Messieurs les académiciens,
1. C’est pour moi une grande joie de vous rencontrer à l’occasion de la session inaugurale de l’Académie pontificale des Sciences sociales, instituée par le Motu proprio Socialium Scientiarum Investigationes du 1er janvier 1994. Devant l’ampleur que prennent les questions sociales, en 1991, à l’occasion du centenaire de l’Encyclique Rerum Novarum, j’avais annoncé mon intention de créer une Académie rassemblant des spécialistes en sciences sociales du monde entier. Vous avez accepté mon invitation à en devenir les premiers membres; vous y représentez les grandes disciplines des sciences sociales: philosophie, sociologie, démographie, histoire, droit, politique, économie, dont les développements récents font apparaître des interrogations décisives pour l’avenir de l’humanité. Je vous remercie vivement d’apporter votre concours à l’Eglise, qui a besoin de votre réflexion, nourrie par le contact approfondi avec les réalités sociales modernes.
Je voudrais exprimer ma vive gratitude à votre Président, Monsieur le Professeur Edmond Malinvaud, pour les paroles chaleureuses qu’il m’a adressées et pour avoir accepté d’animer les premières recherches de votre noble assemblée. Je suis heureux de saluer Monsieur le Cardinal Roger Etchegaray, Président du Conseil pontifical « Justice et Paix », avec lequel l’Académie coordonnera la programmation de ses différentes initiatives et auquel elle se référera pour ses activités.
2. Au cours du dix-neuvième siècle, l’Eglise a été interpellée par les conséquences souvent dramatiques de la première industrialisation pour la condition des travailleurs, comme par l’anthropologie qui s’est alors développée. Sa réaction a été avant tout motivée par son souci pastoral: projeter la lumière de l’Evangile sur les défis toujours nouveaux que doivent relever les hommes; elle s’est attachée à dénoncer les injustices criantes auxquelles conduisaient les théories aussi bien libérales que socialistes; car l’avènement de l’ère industrielle coïncide avec l’apparition des idéologies du libéralisme et du socialisme, qui réapparaissent malheureusement sous différentes formes dans le monde contemporain[
1]. Dans le même temps, le Magistère et de nombreux épiscopats ont perçu la nécessité de promouvoir la réflexion et la formation humaines et spirituelles, indispensables pour que chaque être puisse trouver sa juste place au sein de la société.
3. En cette fin du deuxième millénaire, le développement de la société technicienne et matérialiste fait encore peser sur nos contemporains de nombreuses menaces: l’extension du chômage qui met dans des situations de précarité et qui fragilise les êtres, particulièrement les jeunes, et les familles, la multiplication des exclusions qui marginalisent de plus en plus de personnes, la montée de radicalismes qui font croître les tensions, le déséquilibre persistant entre le Nord et le Sud qui conduit des peuples entiers à une pauvreté toujours plus grande.
A partir de l’Encyclique
Rerum Novarum, « la Grande Charte qui doit être le fondement de toute activité chrétienne en matière sociale » (Pie XI,
Quadragesimo anno), l’Eglise a articulé en une doctrine cohérente l’ensemble des principes moraux contenus dans la révélation et développés par le Magistère au cours de l’histoire; cette doctrine sociale donne les critères moraux pour la décision et l’action dans la vie personnelle, familiale et sociale; elle présente la vision intégrale de l’homme, sa dignité intrinsèque, sa nature spirituelle et sa destinée ultime[
2].
4. Depuis l’apparition de ces « choses nouvelles », le Magistère n’a cessé de rappeler, à temps et à contretemps, le principe essentiel de sa doctrine sociale: l’homme est toujours antérieur aux systèmes socio-économiques auxquels il participe; les réalités humaines sont pour l’homme, qui « est situé au centre de la société »[
3] et qui ne peut pas en être considéré comme un simple rouage[
4]: il a une dignité naturelle inaliénable[
5].
Particulièrement à partir des Encycliques
Quanta Cura et
Quod Apostolici Muneris, mes prédécesseurs Pie IX et Léon XIII ont manifesté avec force l’attention de l’Eglise à la question sociale et aux dangers des philosophies qui donnent le primat absolu à l’économie et au politique, au détriment de la personne humaine, « qui est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions sociales »[
6].
5. Un regard sur les situations sociales dans le monde, que ce soit dans les pays industrialisés ou dans les pays en voie de développement, montre combien il est important de renforcer la contribution des sciences sociales, pour envisager des solutions aux problèmes concrets des personnes, solutions fondées sur la justice sociale.
Il est notoire, par exemple, que les effets négatifs de la conjoncture économique actuelle de nombreux pays compromettent trop souvent en premier les programmes sociaux, qui devraient avoir comme raison d’être la défense des plus faibles. L’Eglise est profondément sensible à ce facteur. Au niveau international, il apparaît que de nombreux projets de réformes macro-économiques ne prennent pas en considération la dimension humaine, de sorte que ce sont toujours les plus faibles qui ressentent les effets néfastes des fortes diminutions des dépenses publiques. De ce fait, il convient de rappeler qu’aucun modèle de croissance économique, qui négligerait la justice sociale ou qui marginaliserait des groupes de personnes, ne pourrait à long terme être soutenable, même du point de vue purement économique.
La prochaine Conférence des Nations Unies à Copenhague sur le développement social sera un moment important pour la Communauté internationale: il conviendra, en effet, de réfléchir sur les conditions de l’aménagement d’un milieu humain, économique et politique favorable à ce développement social, notamment grâce à un ferme engagement dans la lutte contre la pauvreté et pour la création d’emplois.
Une telle Conférence au sommet entre dans une série d’événements de portée internationale destinés à influer sur la philosophie sociale dans le monde de cette fin de siècle. Comme on a pu l’observer lors de la Conférence internationale sur la Population et le Développement au Caire, dans tous les Etats il existe une réelle prise de conscience que les nouveaux défis dans le domaine politique posent des questions techniques, mais impliquent aussi la manière de comprendre la vie de l’homme et la défense des valeurs essentielles. Votre Académie aidera à comprendre la place centrale de la personne humaine dans tout programme de développement.
6. Cependant, comme elle l’a maintes fois souligné, l’Eglise n’a pas compétence pour conduire des analyses scientifiques; elle n’a pas non plus de solutions techniques à offrir; elle ne veut cautionner aucun modèle théorique d’explication des phénomènes sociaux, ni aucun système concret de société[
7]. Mais elle défend la place primordiale de l’homme, selon le dessein de Dieu, et elle rappelle les devoirs qui découlent de sa dignité de personne vivant en société.
L’économie, les systèmes de production et d’échange, l’Etat et le droit, sont toujours au service de l’homme concret, et non l’inverse. En vertu de sa dignité propre, l’homme a des droits inaliénables. Il a aussi le devoir de travailler au bien commun, de porter du fruit[
8], de transformer l’ordre social[
9] et de permettre à chacun, par un partage juste et équitable, d’avoir sa place dans la société et de jouir des fruits de la terre; dans cette perspective, se situent quelques principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Eglise comme le droit à la propriété privée, cependant subordonné à la destination universelle des biens[
10]. D’autre part, selon le principe de subsidiarité, l’être humain jouit d’une légitime autonomie de décision et d’action et de la faculté d’exercer pleinement ses droits; il doit être protégé de l’éventuel pouvoir arbitraire des institutions et des structures sociales et politiques. En effet, l’homme garde sa part de responsabilité dans les différentes communautés auxquelles il appartient naturellement: la famille, le milieu culturel, les mouvements associatifs, la nation et la communauté des nations[
11]. Cependant, ce principe ne peut être séparé de celui de solidarité, qui requiert de chaque personne, comme membre de la communauté humaine, d’être partie prenante du destin de la société et de se sentir responsable du salut de tous.
7. Le Magistère de l’Eglise considère que les sciences, quels que soient leur objet et leurs méthodes d’investigation, sont au service de l’homme. Néanmoins, aucune science ne peut prétendre expliquer la totalité du réel. Dans le cas contraire, sortant de son statut de science, elle devient alors une idéologie qui prétend expliquer l’ensemble de l’univers et de l’histoire[
12]. Cependant, la prise de conscience des limites de la démarche scientifique ne doit pas devenir un refus de l’ouverture à la dimension transcendante.
8. Plus encore que pour les sciences de la nature, l’épistémologie joue un rôle primordial pour les sciences sociales. Les mêmes outils d’analyse peuvent être utilisés diversement, selon la vision de l’homme qu’elles entendent servir.
D’autre part, si l’Eglise attend beaucoup des analyses proposées par les sciences sociales, elle est également convaincue que sa doctrine sociale peut fournir des principes méthodologiques aptes à orienter les recherches et à procurer des éléments utiles pour l’édification d’une société plus juste et plus fraternelle, d’une société vraiment digne de l’homme. En travaillant dans la perspective de la doctrine sociale de l’Eglise, qui affirme que l’ordre dans la vie collective n’est pas arbitraire, vous montrerez que les sciences sociales déploient toute leur fécondité lorsqu’elles travaillent dans la perspective de l’ordre de la création.
La doctrine sociale de l’Eglise entend concilier l’affirmation de la liberté de l’homme, de sa nature spirituelle faite pour la vie relationnelle, de sa capacité de progresser dans la connaissance, avec le caractère objectif de l’ordre créé. Aussi ne craint-elle pas de s’appuyer sur une anthropologie à la fois métaphysique et rationnelle, qui permet de rendre compte du mystère de l’homme et de sa destinée, irréductible à tous les conditionnements culturels particuliers et à tous les déterminismes. Les principes de la dignité de la personne, de sa nature sociale, de la destination universelle des biens, de la solidarité, de la subsidiarité, que la doctrine sociale de l’Eglise déduit de l’anthropologie de la création, demeurent valides dans toutes les formes de société comme des appels au dépassement des contraintes que les systèmes pratiques finissent toujours par faire peser sur les hommes.
9. Parmi les valeurs fondamentales de la doctrine sociale de l’Eglise, il convient de réserver une place particulière à la charité, car elle constitue la catégorie première de la vie en société; elle permet de rendre compte de l’action libre et volontaire qui consiste à aimer le prochain pour lui-même. Elle est la vertu qui restera jusqu’au terme de l’histoire[
13] et le devoir qui fonde la vie morale[
14]. La charité est « comme la reine de toutes les vertus, de tous les commandements, de tous les conseils, (... elle) donne à tous et à toutes le rang, l’ordre, le temps et la valeur »[
15]. L’amour se manifeste par la bienveillance à l’égard d’autrui, le souci de la réciprocité dans les relations et le sens de la communication vraie[
16]. Ainsi, cette société que vous étudiez ne se compose pas d’étrangers[
17], mais de frères en humanité, rachetés par le Christ.
10. Dans l’Encyclique Centesimus Annus, j’ai dit que le Magistère souhaitait encourager l’analyse des conditions complexes dans lesquelles les hommes travaillent, produisent et échangent des biens et des services, satisfont leurs besoins vitaux, répartissent les ressources dégagées par le travail, déterminent les pouvoirs et les responsabilités respectives des familles, des entreprises, des syndicats et de l’Etat. Par l’examen et par l’interprétation des données scientifiques, il vous revient d’apporter votre contribution à la démarche de l’Eglise. Selon l’article premier de ses statuts, l’Académie est instituée « avec pour but de promouvoir l’étude et le progrès des sciences sociales, économiques, politiques et juridiques, et d’offrir de cette manière les éléments dont l’Eglise pourra se servir pour approfondir et développer sa doctrine sociale ». C’est pourquoi votre Académie est ouverte à des savants de différentes compétences, désireux de servir la vérité. Notre volonté est d’accueillir tous les germes de vérité présents dans les diverses démarches intellectuelles et empiriques, à l’image de saint Thomas d’Aquin, qui reste un modèle pour la réflexion philosophique et théologique.
La création de l’Académie pontificale des Sciences sociales atteste l’attitude bienveillante de l’Eglise envers les sciences positives et humaines, qui ont droit à une juste autonomie. Elle s’inscrit dans la ligne des efforts de l’Eglise, qui cherche inlassablement à éclairer les consciences sur la dimension éthique des choix concrets que sont amenés à faire les hommes et les sociétés. Par ses recherches, l’Académie fera apparaître l’harmonie et la continuité entre les découvertes des sciences sociales au service de l’homme, les principes de la morale naturelle et la doctrine sociale de l’Eglise.
En faisant aujourd’hui appel à vos compétences, l’Eglise désire intensifier le dialogue avec les chercheurs en sciences sociales[
18], pour l’enrichissement réciproque et pour le service du bien commun. Elle souhaite encore mieux percevoir la complexité des causes qui entraînent des situations quelquefois inhumaines et qui peuvent faire peser sur des personnes ou sur des institutions des menaces, risquant de compromettre gravement la dignité des êtres et l’avenir du monde. Cette compréhension des réalités sociales permettra de discerner les enjeux éthiques et de les présenter de façon plus claire à nos contemporains. Et il importe à l’Eglise de poursuivre l’élaboration de sa doctrine sociale et de la perfectionner, grâce à une collaboration étroite avec les mouvements sociaux catholiques et avec les experts dans les disciplines sociales, dont vous êtes les illustres représentants au sein de cette nouvelle Académie.
Mesdames et Messieurs les académiciens, au terme de notre entretien, en vous renouvelant mon estime et en vous exprimant mes vœux pour vos travaux, j’invoque sur vous l’assistance de l’Esprit de vérité et les Bénédictions du Seigneur.
[
5] Conc. Œcum. Vat. II,
Gaudium et spes, 84
[
6]
Gaudium et spes, 25, 1.
[
8] Cf. Conc. Œcum. Vat. II,
Optatam totius, 16.
[
9] Cf. Paul VI,
Populorum progressio, 42.
[
12] Cf. Pie XI,
Mit brennender Sorge; Jean XXIII,
Mater et magistra, chap. IV.
[
15] S. François de Sales,
Traité de l'amour de Dieu, 8, 6.
[
16] S. Thomas d'Aquin,
Somme théologique, II-II, q. 23, a. 1.
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