DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX PARTICIPANTS À LA IIe SESSION PLÉNIÈRE
DE L'ACADÉMIE PONTIFICALE DES SCIENCES SOCIALES
Salle du Consistoire
Vendredi 22 mars 1996
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Académiciens,
1. La deuxième session plénière de l'Académie pontificale des Sciences sociales, par laquelle vous inaugurez le travail normal de votre institution après une première période d'organisation, me donne l'occasion de vous exprimer toute ma gratitude. Mes remerciements s'adressent tout d'abord à vous, Monsieur le Président, pour vos paroles courtoises. Je tiens à vous dire toute mon estime, car vous veillez à mettre en place une méthode de travail rigoureuse et une collaboration intense entre les membres de l'Académie, pour favoriser une recherche fructueuse. J'adresse mes salutations cordiales à tous les membres de votre nouvelle institution; je les remercie d'avoir accepté de scruter, avec compétence et avec une grande disponibilité intellectuelle, les réalités sociales modernes, dans le but d'aider l'Église à remplir sa mission auprès de nos contemporains.
2. Constatant l'augmentation rapide des inégalités sociales, entre le Nord et le Sud, entre les pays industrialisés et les pays en voie de développement, mais aussi au sein même des nations habituellement considérées comme riches, vous avez choisi comme premier thème de réflexion celui de l'emploi. Cela est particulièrement opportun dans la société contemporaine où les bouleversements politiques, économiques et sociaux nécessitent une nouvelle répartition du travail. J'apprécie ce choix, qui répond à un souci constant de l'Église; comme je le rappelais dans l'encyclique
Laborem Exercens, par le travail, « non seulement l'homme transforme la nature en l'adaptant à ses propres besoins, mais encore il se réalise lui-même, comme homme et même, en un certain sens, il devient plus homme » [
1]. Cette préoccupation était l'un des axes de l'encyclique
Rerum Novarum, où Léon XIII affirmait avec force que, dans la vie économique, il est primordial de respecter la dignité de l'homme [
2].
Dans votre démarche, vous prenez soin de relier la Doctrine sociale de l'Église avec les aspects scientifiques et techniques. Vous manifestez ainsi le véritable statut de la Doctrine sociale, qui n'a pas de propositions concrètes à présenter et qui ne se confond pas « avec des attitudes tactiques ni avec le service d'un système politique » [
3]. L'Église n'entend pas se substituer aux Autorités politiques ni aux décideurs économiques, pour engager des actions concrètes qui relèvent de leurs compétences ou de leur responsabilité dans la gestion du bien public. Le Magistère veut rappeler les conditions de possibilité, sur le plan anthropologique et éthique, d'une démarche sociale qui doit placer en son centre l'homme et la collectivité, pour que chaque personne s'épanouisse pleinement. Il offre « des principes de réflexion, des critères de jugement et des directives d'action », manifestant que la Parole de Dieu s'applique à «la vie des hommes et de la société comme aussi aux réalités terrestres qui s'y rattachent » [
4].
3. C'est donc d'abord une anthropologie qui appartient à la longue tradition chrétienne que les scientifiques et les responsables de la société doivent pouvoir accueillir; car « toute action sociale engage une doctrine » [
5]. Cela n'exclut pas la pluralité légitime des solutions concrètes, dans la mesure où les valeurs fondamentales et la dignité de l'homme sont respectées. L'homme de science ou celui qui a une responsabilité dans la vie publique ne peut fonder son action uniquement sur des principes tirés des sciences positives; ceux-là font abstraction de la personne humaine, mais considèrent les structures et les mécanismes sociaux. Ils ne peuvent pas rendre compte de l'être spirituel de l'homme, de son désir profond de bonheur et de son devenir surnaturel, dépassant les aspects biologiques et sociaux de l'existence. S'en tenir à cette attitude, légitime comme instance épistémologique serait traiter l'homme « comme un instrument de production »[
6]. Tout ce qui a trait au Bien, aux valeurs et à la conscience excède la démarche scientifique et relève de la vie spirituelle, de la liberté et de la responsabilité des personnes qui, de par leur nature, sont portées à rechercher le bien.
De ce fait, la prospérité et la croissance sociales ne peuvent se réaliser au détriment des personnes et des peuples. Si le libéralisme ou tout autre système économique ne privilégie que les possesseurs de capitaux et ne fait du travail qu'un instrument de production, il devient source de graves injustices. La concurrence légitime, qui stimule la vie économique, ne doit pas aller contre le droit primordial de tout homme à avoir un travail qui puisse le faire vivre avec sa famille. Car, comment une société peut-elle se juger riche si, en son sein, de nombreuses personnes manquent du nécessaire vital? Tant qu'un être humain sera blessé et défiguré par la pauvreté, c'est, d'une certaine manière, toute la société qui en sera blessée.
4. En ce qui concerne le travail, tout système économique doit avoir comme principe premier le respect de l'homme et de sa dignité. « Le but du travail . . . reste toujours l'homme lui-même » [
7]. Il convient de rappeler à ceux qui, à un titre ou à un autre, sont des pourvoyeurs d'emplois les trois grandes valeurs morales du travail. Tout d'abord, le travail est le moyen principal d'exercer une activité spécifiquement humaine. Il est « dimension fondamentale de l'existence humaine, par laquelle la vie de l'homme est construite chaque jour, où elle puise sa propre dignité spécifique » [
8]. C'est aussi pour toute personne le moyen normal de couvrir ses besoins matériels et ceux de ses frères placés sous sa responsabilité. Mais le travail a encore une fonction sociale. Il est un témoignage de la solidarité entre tous les hommes; chacun est appelé à apporter sa contribution à la vie commune et aucun membre de la société ne devrait être exclu des circuits du travail ni marginalisé. Car l'exclusion des systèmes de production entraîne presque inéluctablement une exclusion sociale plus large, avec en particulier des phénomènes de violence et des fractures familiales.
Dans la société contemporaine où l'individualisme est de plus en plus fort, il importe que les hommes prennent conscience que leur action personnelle la plus humble et la plus discrète, en particulier dans le monde du travail, est un service de leurs frères en humanité et une contribution au bien-être de la communauté tout entière. Cette responsabilité relève du devoir de justice. En effet, chacun reçoit beaucoup de la société et il doit être en mesure de donner à son tour, en fonction des talents qui sont les siens.
5. L'absence de travail, le chômage et le sous-emploi conduisent beaucoup de nos contemporains, dans les sociétés industrielles comme dans les sociétés à économie traditionnelle, à douter du sens de leur existence et à désespérer de l'avenir. Il convient de reconnaître que, pour que le progrès soit vraiment au service de l'homme, il faudrait que tous les hommes soient organiquement insérés dans les processus de production ou de service du corps social, afin d'en être les auteurs et d'en partager les fruits. Cela est particulièrement important pour les jeunes qui souhaitent justement gagner leur vie, s'insérer dans le tissu social et fonder une famille. Comment peuvent-ils prendre confiance en eux et être reconnus par autrui si les moyens ne leur sont pas donnés de s'insérer dans les réseaux professionnels? Dans les périodes où le plein emploi n'est plus possible, l'État et les entreprises ont le devoir de réaliser une meilleure répartition des tâches entre tous les travailleurs. Les institutions professionnelles et les travailleurs eux-mêmes doivent savoir, pour le bien de tous, accepter ce partage et peut-être une perte relative d'avantages acquis. C'est un principe de justice humaine et de morale sociale tout autant que de charité chrétienne. Personne ne peut raisonner dans une perspective purement individualiste ou dans un esprit trop fortement corporatiste; chacun est invité à tenir compte de l'ensemble de ses frères. Il convient donc d'éduquer nos contemporains, afin qu'ils puissent prendre conscience du caractère limité de la croissance économique, pour ne pas induire la perspective erronée et illusoire que semble offrir le mythe du progrès permanent.
6. Vous avez souhaité élargir votre recherche à ses implications politiques et: démographiques. Vos appréciations sur la situation internationale seront une contribution précieuse pour faire apparaître les nombreux facteurs liés au développement économique. Devant la mondialisation des problèmes, j'apprécie votre souci de proposer une démarche qui tienne davantage compte de la répartition démographique du travail, et de la situation des pays en voie de développement qui ne peuvent pas être ignorés dans le choix des stratégies internationales; devant les difficultés qu'ils rencontrent dans leurs lentes transitions politiques et économiques, on ne peut se désolidariser.
7. Mesdames et Messieurs les Académiciens, à l'occasion de votre deuxième session plénière, je tiens à vous renouveler ma confiance et mon estime. L'Église compte sur vous poux être éclairée dans des domaines où se font de plus en plus sentir l'urgence et la nécessité de décisions qui ouvriront un avenir plus solidaire et plus fraternel au sein des nations et entre tous les peuples de la terre. En vous exprimant mes vœux fervents pour vos travaux, j'invoque sur vous l'assistante de l'Esprit de vérité et les Bénédictions du Seigneur.
[
3] Pauli VI,
Evangelii nuntiandi, n. 38.
[
5] Paul VI,
Populorum progressio, n. 39.
[
6] Pie XI,
Quadragesimo anno.
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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX MEMBRES DU «GROUPE RAOUL FOLLERAU»
Salle Clémentine
Samedi 27 avril 1996
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
1. C'est avec grande joie que je vous accueille en ce lieu et, à travers vous, c'est l'ensemble du «Groupe Raoul Follereau » qu'il me plaît de saluer dans la multiplicité de ses ramifications, avec les membres qui le composent, les familles qu'il représente, les donateurs qui le soutiennent et les centaines de milliers de malades guéris ou en cours de traitement qui constituent sa première raison d'être. Je vous remercie vivement, Monsieur le Président, pour votre présentation chaleureuse de la personne et de l'action de votre fondateur, ainsi que du groupe humanitaire que vous animez.
Je tiens tout d'abord à rendre grâce à Dieu pour les résultats obtenus en un demi-siècle, depuis le jour où Raoul Follereau décida de se consacrer à la lutte contre le fléau de la lèpre qui ravageait des pays entiers et interdisait à des milliers d'êtres humains de mener une existence digne de ce nom. Saisi par la détresse de ces pauvres dont le corps était devenu la plus contraignante des limites, il se mit à leur service avec une ardeur communicative. Comme tout véritable chrétien, il prit au sérieux la phrase du Christ: « Ce que vous aurez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'aurez fait » [
1].
Riche personnalité aux nombreuses facettes, Raoul Follereau sut allier des qualités complémentaires dont l'union permit de magnifiques réalisations. Il avait la vertu de compassion: « J'ai toujours été obsédé, écrivit-il, par la misère et plein d'admiration et d'amitié pour ceux qui la combattent à quelque stade que ce soit ». Même s'il avait conscience qu'« on ne peut pas envelopper toute la misère du monde », il n'en fit pas moins le don total de sa personne pour faire reculer la misère: « J'ai pensé qu'il y avait là de quoi remplir largement la vie d'un jeune homme, que j'étais alors. Et je m'y suis consacré ».
2. Forts de cet exemple entraînant, vous avez à cœur de poursuivre son action et vous avez encore devant vous un champ immense, puisque, non contents de combattre la lèpre, vous vous attaquez également à toutes les lèpres! Vous rayonnez depuis Adzopé, premier village des lépreux fondé en 1942, jusque sur tous les continents. Dans les pays lointains comme dans vos villes et dans leurs banlieues, il ne manque pas de détresses cachées, de situations désespérées, de vies brisées auxquelles vous cherchez à apporter le réconfort de la parole et du geste, du sourire et de l'amitié, de la compassion et de l'offrande de vous-mêmes.
Je vous félicite et je vous encourage à œuvrer avec persévérance dans les pays dévastés par la guerre ou ravagés par les épidémies. «Notre appel, disait Raoul Follereau, gardera toujours sa même actualité ». Il se faisait ainsi l'écho des paroles du Christ: « Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous » [
2]. Et vous saurez associer les pus démunis au patient travail qui leur permet de retrouver leur dignité, car vous n'avez jamais affaire à des cas, mais à des personnes.
3. Comme vous l'avez déjà fait, vous coopérerez avec les églises sur tous les continents pour unir vos forces et remporter les victoires de la vie. je tiens à vous dire avec force mon estime, ma confiance et ma reconnaissance pour tout ce que vous faites. Raoul Follereau vous a tracé un chemin, car il avait lui-même suivi le Christ qui est le Chemin [
3]. À son école, vous pourrez discerner ce qui est juste et bon et l'accomplir dans l'enthousiasme.
Que Dieu vous accompagne, chers amis! Qu'Il achève par vous ce qu'Il a Lui-même commencé! Pour vous encourager dans votre action, qui est source d'espérance, je vous donne de grand cœur ma Bénédiction Apostolique et je l'étends à tous ceux qui vous sont chers.
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DISCORSO DI GIOVANNI PAOLO II
AI MEMBRI DEL «GROUPE RAOUL FOLLERAU»
Sabato, 27 aprile 1996
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
1. C'est avec grande joie que je vous accueille cri ce lieu et, à travers vous, c'est l'ensemble du «Croupe Raoul Follereau » qu'il me plaît de saluer dans la multiplicité de ses ramifications, avec les membres qui le composent, les familles qu'il représente, les donateurs qui le soutiennent et les centaines de milliers de malades guéris ou en cours de traitement qui constituent sa première raison d'être, je vous remercie vivement, Monsieur le Président, pour votre présentation chaleureuse de la personne et de l'action de votre fondateur, ainsi que du groupe humanitaire que vous animez.
Je tiens tout d'abord à rendre grâce à Dieu pour les résultats obtenus en un demi-siècle, depuis le jour où Raoul Follereau décida de se consacrer à la lutte contre le fléau de la lèpre qui ravageait des pays entiers et interdisait à des milliers d'êtres humains de mener une existence digne de ce nom. Saisi par la détresse de ces pauvres dont le corps était devenu la plus contraignante des limites, il se mit à leur service avec une ardeur communicative. Comme tout véritable chrétien, il prit au sérieux la phrase du Christ: « Ce que vous aurez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'aurez fait ».
Riche personnalité aux nombreuses facettes, Raoul Follereau sut allier des qualités complémentaires dont l'union permit de magnifiques réalisations. Il avait la vertu de compassion: e j'ai toujours été obsédé, écrivit-il, par la misère et plein d'admiration et d'amitié pour ceux qui la combattent à quelque stade que ce soit ». Même s'il avait conscience qu'« on ne peut pas envelopper toute la misère du monde », il n'en fit pas moins le don total de sa personne pour faire reculer la misère: « j'ai pensé qu'il y avait là de quoi remplir largement la vie d'un jeune homme, que j'étais alors. Et je m'y suis consacré ».
2. Forts de cet exemple entraînant, vous avez à cc-eut de poursuivre son action et vous avez encore devant vous un champ immense, puisque, non contents de combattre la lèpre, vous vous attaquez également à toutes les lèpres! Vous rayonnez depuis Adzopé, premier village des lépreux fondé en 1942, jusque sur tous les continents. Dans les pays lointains comme dans vos villes et dans leurs banlieues, il ne manque pas de détresses cachées, de situations désespérées, de vies brisées auxquelles vous cherchez à apporter le réconfort de la parole et du geste, du sourire et de l'amitié, de la compassion et de l'offrande de vous-mêmes.
Je vous félicite et je vous encourage à œuvrer avec persévérance dans les pays dévastés par la guerre ou ravagés par les épidémies. «Notre appel, disait Raoul Follereau, gardera toujours : 'e actualité ». Il se faisait ainsi l'écho des paroles du Christ: « Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous », El vous saurez associer les pus démunis au patient travail qui leur permet de retrouver leur dignité, car vous n'avez jamais affaire à des cas, mais à des personnes.
3. Comme vous l'avez déjà fait, vous coopérerez avec les églises sur tous les continents pour unir vos forces et remporter les victoires de la vie. je tiens à vous dire avec force mon estime, ma confiance et ma reconnaissance pour tout ce que vous faites. Raoul Follereau vous a tracé un chemin, car il avait lui-même suivi le Christ qui est le Che min.' À son école, vous pourrez discerner ce qui est juste et bon et l'accomplir dans l'enthousiasme.
Que Dieu vous accompagne, chers amis! Qu'Il achève par vous ce qu'Il a Lui-même commencé! Pour vous encourager dans votre action, qui est source d'espérance, je vous donne de grand cœur ma Bénédiction Apostolique et je l'étends à tous ceux qui vous sont chers.
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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AU GROUPE DE SPIRITUALITÉ DES
ASSEMBLÉES PARLEMENTAIRES DE FRANCE
Salle du Consistoire
Mardi 2 avril 1997
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
l. Je suis heureux de vous accueillir au cours de votre pèlerinage à Rome, sur la tombe des Apôtres Pierre et Paul. Vous effectuez cette démarche dans une période liturgique importante pour la vie spirituelle et pour l'action que tout chrétien est appelé à mener dans ses responsabilités quotidiennes.
Le nom de votre association, Groupe de Spiritualité des Assemblées parlementaires, rappelle que toute responsabilité chrétienne s'enracine dans la rencontre personnelle avec le Christ, qui unifie l'être et oriente l'action. Pour un chrétien engagé dans la vie publique, l'Évangile est une puissance inspiratrice de l'action politique. Et, dans la perspective de Pâques, nous sommes invités à une démarche spirituelle radicale; en prenant exemple sur le Christ, il nous faut nous dépouiller de toute vaine gloire, pour nous dépenser sans compter pour nos frères, car il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l'on veut servir [1]. Aussi, en contemplant la vie, la mort et la Résurrection du Fils de Dieu, trouverez-vous le sens profond de votre mission: elle est un engagement évangélique pour l'homme, auquel le Seigneur fait confiance, au-delà du péché qui l'habite. Il remet entre ses mains la conduite de la Création. Cette confiance ouvre à l'espérance. Elle est le moteur de l'action droite, en vue d'édifier la cité présente, illuminée par l'espérance de la cité future.
2. Tenant votre mandat de vos électeurs, votre mission primordiale est de servir l'ensemble nationale du peuple français et tous ceux qui sont accueillis sur le sur le territoire national, en vous fondant sur le principes spirituels et moraux qui viennent du christianisme. Dès les origines de l'Église, saint Paul, écrivant à Philémon, énonçait la valeur chrétienne fondamentale de la fraternité dans les relations entre les personnes, particulièrement importante dans la gestion du bien commun; il lui demandait en effet de recevoir désormais Onésime, qui fut son esclave et qui s'était enfui, « comme un frère très cher » [2]. La vie publique est ainsi un service des frères, pour que, sans que le statut social de chacun ne soit nécessairement changé, triomphent la justice et la charité, et que se réalise un autre mode de relations, fondées sur la dignité naturelle de tout être humain, sur la filiation divine et sur l'alliance, qui est la modalité première et la compréhension pratique des relations des hommes entre eux et de leur confiance mutuelle.
3. Dans votre activité d'hommes politiques, vous avez à cœur d'être attentifs â tous vos concitoyens, aux détresses auxquelles ils peuvent être confrontés dans ce monde où la crise économique atteint de plus en plus de personnes et contribue à de nombreuses ruptures familiales. Le législateur est appelé à favoriser pour l'ensemble de ses compatriotes un « bien vivre en homme », matériellement, moralement et spirituellement, condition pour que se réalisent l'unité et la fraternité nationales. Comme le soulignait Jacques Maritain, même si l' l'homme n'est pas totalement ordonné à la communauté politique, « la raison d'être de l'État est de l'aider à une conquête ... d'une vie véritablement humaine » personnelle et collective [3]. Parce que la vie politique consiste aussi à penser l'universel, les Pouvoirs publics doivent s'attacher à promouvoir toutes les formes de solidarité au sein d'un pays, mais aussi entre les nations. Par sa tradition démocratique, la France a le devoir d'aider les États encore fragiles à se doter d'institutions nationales qui leur permettent d'avoir une forme de gouvernement stable et un développement harmonieux.
Parmi vos missions, une des plus importantes est sans doute le perfectionnement permanent du corpus législatif, pour que les lois soient au service de la vie et au service de toutes les personnes. Une législation positive ne peut être constituée indépendamment du respect de la loi naturelle et des valeurs morales fondamentales; au nom du principe démocratique, on ne peut pas bafouer la dignité inaliénable de tout être humain. L'État se doit aussi de respecter la conscience humaine. En effet, la raison et la conscience morales sont deux éléments essentiels du pacte social et de la confiance nécessaires à la vie en société. Le relativisme éthique est un danger pour la démocratie [4]. Ainsi que je l'écrivais dans l'Encyclique « Centesimus Annus », « une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois » [5].
4. Dans le service de vos frères, il vous appartient de manifester une haute forme de désintéressement, c'est-à-dire non seulement ne pas rechercher votre intérêt ou ne pas privilégier quelques personnes, mais surtout faire prévaloir la vie fraternelle et la solidarité, faire triompher la paix sociale, engager inlassablement le dialogue et la négociation avec toutes les composantes de la société pour que chacun voie ses droits reconnus et que les conflits soient réglés pacifiquement. Cela doit s'accompagner du souci de la vérité et du sens de la responsabilité personnelle.
Comme le soulignait déjà Aristote [6], la conduite des affaires publiques exige de la part des dirigeants, et cela est a fortiori vrai pour ceux qui sont chrétiens, une vie personnelle de probité et de rectitude, avec le souci de la vérité et de la transparence dans l'administration; c'est d'abord un témoignage courageux, qui permet de gagner loyalement la confiance du peuple, et la manifestation que votre mission est essentiellement un service du bien commun et de l'homme.
5. Il vous appartient aussi d'être attentifs à l'éducation du sens civique et des valeurs morales de vos compatriotes, particulièrement des jeunes générations. Tous seront ainsi en mesure de participer activement à la vie associative, expression du principe de subsidiarité, dans les différents rouages de la société. Ils manifesteront toujours plus leur solidarité par des actes concrets et ils accepteront ce qui peut contribuer au bien commun, même si cela comporte des exigences.
Au terme de notre rencontre, mon cœur se tourne vers les catholiques de France que je m'apprête à visiter en septembre prochain, pour m'associer à leur prière et à la célébration de grands événements de la tradition spirituelle de votre pays. Invoquant sur vous l'assistance de l'Esprit Saint, pour qu'il vous aide toujours à vivre en conformité avec l'Évangile et à mettre les valeurs chrétiennes au cœur de votre action quotidienne, je vous accorde volontiers ma Bénédiction Apostolique, ainsi qu'à vos familles.
[
3] Jacques Maritain,
Christianisme et démocratie, p. 57.
[
6] Cfr. Aristotelis
Ethica ad Nicomachum, I, 3, 1095, aa. 2-8.
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DISCORSO DI GIOVANNI PAOLO II
A S.E. IL SIGNOR DOJČILO MASLOVARIĆ
AMBASCIATORE DELLA REPUBBLICA FEDERALE DI JUGOSLAVIA
PRESSO LA SANTA SEDE*
Giovedì, 25 aprile 1996
1. Je suis heureux de vous souhaiter cordialement la bienvenue à l'occasion de la présentation des Lettres de créance qui vous accréditent auprès du Saint-Siège comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République fédérale de Yougoslavie.
Je vous remercie des paroles courtoises que vous avez bien voulu m'adresser et, en particulier, des salutations que vous m'avez transmises de la part de M. le président Zona Lilic, du gouvernement et de toute la population de votre pays. Je vous prie de transmettre à M. le président de la République et à ses collaborateurs l'expression de mon estime, que j'accompagne d'une prière spéciale au Seigneur pour qu'il accorde à tous prospérité et paix.
2. En cette circonstance solennelle qui marque, M. l’ambassadeur, le commencement de votre haute mission, je vous exprime mes souhaits les plus fervents de travail fécond, avec la joie de voir que s'approfondissent les rapports bilatéraux entre ce Siège apostolique et la République fédérale de Yougoslavie. Le pays que vous représentez exerce en effet une influence évidente dans la zone des Balkans et peut ainsi contribuer avec une efficacité particulière à la construction de la paix dans cette zone, en favorisant le respect réciproque et une collaboration effective entre les peuples qui y résident.
En cet important moment historique que connaissent les peuples des Balkans auquel vous avez fait allusion au début de votre allocution, des espoirs concrets de paix semblent finalement se faire jour. Aussi est-il plus que jamais nécessaire que tous les Slaves du Sud apportent leur active collaboration, chacun selon ses responsabilités spécifiques, à la consolidation du processus de pacification et de réconciliation qui a commencé. Comme je l'ai souligné dans mon homélie à Assise lors de la « Rencontre de prière pour la paix en Europe et en particulier dans les Balkans », « les peuples, les nations de cette terre qui connaît un horrible conflit... constituent des communautés qui sont unies par de nombreux liens inscrits non seulement dans la mémoire du passé mais aussi par l'espoir commun d'un avenir meilleur, fondé sur les valeurs de la justice et de la paix » (janvier 1993).
L'Église catholique n'a jamais cessé de travailler pour que l'on parvienne à une paix juste et stable dans cette zone martyrisée qui se trouve aussi, géographiquement, au cœur de l'Europe. La rencontre solennelle de ce jour me donne l'occasion de réaffirmer, une fois encore, la volonté arrêtée du Saint-Siège de poursuivre son engagement, en favorisant par tous les moyens le dialogue et la réconciliation, afin que puissent être cicatrisées les douloureuses blessures occasionnées par le récent conflit, et que s'ouvre pour tous une nouvelle ère de prospérité, dans le respect réciproque et la collaboration.
3. La vocation chrétienne du peuple serbe comme celle des habitants du Montenegro offre un riche patrimoine de valeurs humaines et spirituelles auxquelles on peut recourir dans la phase actuelle de la crise balkanique, alors que se met difficilement en route, également avec le soutien de la communauté internationale, le processus de reconstitution de la vie sociale et économique.
A cet égard, je voudrais vous donner l'assurance que les citoyens catholiques ne manqueront pas d'apporter leur contribution à la vie sereine de la Fédération. La présence catholique dans cette zone a des racines très anciennes qui remontent à la fin du premier millénaire. Dans un esprit de collaboration, les catholiques veulent aujourd'hui encore poursuivre sur cette route, en recherchant une entente avec toutes les institutions sociales et religieuses du pays, afin de favoriser toute initiative visant au bien-être commun et à la réconciliation.
La Fédération de Serbie-Montenegro est appelée à démontrer que deux Républiques peuvent coopérer, pour le bien de chacune d'elles, grâce à un cadre juridique respectueux des légitimes attentes de chacun. Des peuples différents sont ainsi mis en mesure de surmonter la tentation de s'enfermer dans des formes d'autosuffisance nationaliste, porteuses de misère sociale et de destruction, comme le montrent les douloureuses expériences récentes. La coopération de tous les citoyens exige, pour réussir, non seulement patience et clairvoyance, mais aussi sacrifice et respect authentique des diversités multiformes des composantes sociales, selon ce qui est proposé par de nombreuses Déclarations d'Organisations internationales.
Ce témoignage de collaboration sera de plus renforcé par un climat de respect des droits des minorités ethniques. Il s'agit là d'un point d'une importance vitale, aussi bien pour une gestion correcte des institutions d'État que pour l'instauration, dans toute la région, d'un climat de dialogue plus intense et d'une plus grande confiance réciproque entre les différentes nationalités présentes.
4. Après ces années difficiles au cours desquelles les populations de la République fédérale de Yougoslavie ont dû, à cause de la guerre mais aussi en raison des conséquences de l'embargo international, affronter de terribles souffrances, les esprits recommencent maintenant à s'ouvrir à l'espoir. Il est urgent que chacun s'efforce de cicatriser les blessures du passé, pas seulement en diminuant le souvenir des souffrances subies, mais surtout en se rendant disponible à la réconciliation et au pardon mutuel. A cet égard, j'ai apprécié les paroles par lesquelles vous avez souligné la nécessité de parvenir à une réconciliation qui aille au-delà des torts et des revendications, en s'appuyant sur tout ce qui unit plutôt que sur ce qui divise.
L'effort pour vaincre l'injustice et la violence par le pardon et la collaboration constitue la route principale qui pourra conduire à une nouvelle ère de progrès et de paix pour tout le Sud-Est européen. Je souhaite que cette conviction soit toujours davantage partagée par tous ceux qui, de toutes les manières, ont été impliqués dans la crise des Balkans, de sorte que soient soutenus de manière valable les efforts qui se font jour, de divers côtés, pour rétablir dans la région les conditions absolument nécessaires à une convivance pacifique et fructueuse.
5. En vous remerciant une fois encore de notre rencontre de ce jour, je souhaite à la Fédération que vous représentez ici de savoir affronter avec courage et générosité les graves défis qui l'attendent. J'élève à cette intention ma prière au Seigneur afin qu’il soutienne tous les intéressés dans la marche qu'ils ont entreprise vers une paix juste et durable.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.19 p.3.
La Documentation catholique n.2139 p.503-504.
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