Ressources Catholiques Magistère

précédent
DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À UN GROUPE DE JEUNES
DE L'ARCHIDIOCÈSE DE ROUEN
Salle Clémentine
Samedi 13 avril 1996

Cher Frère dans l'Épiscopat,
Chers amis
,
 l.. Je suis vraiment heureux de vous accueillir, jeunes du diocèse de Rouen, dans cette maison du successeur de Pierre. Et je remercie votre Archevêque, Monseigneur Joseph Duval, de m'avoir présenté votre groupe nombreux et enthousiaste.
Vous êtes venus à Rome, « à la découverte de l'Église ». Votre pèlerinage vous conduit auprès des tombeaux des Apôtres, parce que Pierre et Paul sont les disciples de Jésus vivant, le Ressuscité que nous acclamons en ce temps pascal, et parce qu'ils sont les véritables colonnes de l'Église.
2. Saint Paul a achevé en cette ville le long itinéraire de ses missions; il a su entrer en dialogue avec les hommes de son temps; il a su témoigner inlassablement de la rencontre décisive de sa vie, celle du Christ, lumière pour les nations, Sauveur du monde. Ayez, vous aussi, l'assurance de l'Apôtre qui disait: « je sais en qui j'ai mis ma confiance » [1].Conscient de sa faiblesse, Paul a eu la force d'être un témoin fidèle et audacieux, parce qu'il comptait plus sur la présence du Seigneur en lui que sur ses propres capacités. Je vous invite à faire confiance au Christ, comme saint Paul qui était totalement uni à Lui, pour développer les talents qui sont en vous et pour servir vos frères.
3. Pierre, vous le savez, n'avait pas suivi sans difficultés le Seigneur sur les routes de Galilée et de Judée. Mais, comme dit l'Évangile, il est « revenu » [2], pour affermir ses frères. Son humble fidélité dans l'amour de Jésus lui a valu de se voir confier la conduite de l'Église [3]. Il est venu à Rome où il a versé son sang comme Évêque de l'Église qui « préside â la charité » pour toutes les Églises répandues dans le monde. En ce temps de Pâques, retenez le message fort de la première Lettre de Pierre. Soyez les « pierres vivantes » jointes à la «pierre angulaire » qu'est le Christ pour bâtir l'Église [4]. Formez de vraies communautés de frères et sœurs, e en esprit d'union, dans la compassion, l'amour fraternel, la miséricorde, l'esprit d'humilité... » [5].
4. Plusieurs d'entre vous vont recevoir le sacrement de confirmation, dans une des catacombes qui rappellent le témoignage radical des martyrs des premières générations. Avec votre Évêque, je prie l'Esprit Saint de vous combler de ses dons, pour que vous soyez fidèles au Christ tout au long de votre route, membres de son Corps, et pour que vous répondiez généreusement aux appels qu'il vous adressera. Vos itinéraires serons divers, mais, comme le dit encore saint Paul, « en un seul Esprit nous avons tous été baptisés en un seul corps..., et tous nous avons été abreuvés d'un seul Esprit » [6].
5. Chers amis, poursuivez tout au long de votre vie la route de l'Église, dont j'ai souvent dit qu'elle est la route de l'homme! Demeurez fermes dans la foi, assurés dans l'espérance, unis dans la charité. Ce sont les vœux affectueux que je confie à Marie, la Mère de Jésus qui nous précède dans le pèlerinage de la foi.
De tout cœur, je vous donne la Bénédiction Apostolique.

[1] 2 Tim. 1, 12.
[2] Luc. 22, 31.
[3] Cfr. Io. 21, 15-19.
[4] 1 Petr. 2, 4-6.
[5] Ibid. 3, 8.
[6] 1 Cor. 12, 13.


© Copyright 1996 - Libreria Editrice Vaticana
 



DISCOURS DE SA SAINTETÉ JEAN-PAUL II
AUX CHEFS DES FORCES DE POLICE
DES PAYS MEMBRES DE L'UNION EUROPÉENNE
Mardi 2 avril 1996

Ladies and Gentlemen,
I am happy to have this opportunity to welcome to the Vatican the Heads of the Police Forces from the fifteen member nations of the European Union, on the occasion of your Meeting in Rome. The ideal of European unity, as envisaged by its founding fathers, undoubtedly depends greatly on heightening respect for the rules which govern people's living together in community. Otherwise, it is impossible to have effective justice, peace and fraternity. It is in this perspective that your profession has an invaluable role to play. I wish to assure you of my esteem for the work done day after day by so many generous men and women in the police. The great challenge which engages their talents and sometimes their very lives is the protection of the inalienable freedom of everyone, without regard for race, culture or religion, which must never be reasons for discrimination. You and your colleagues place your skills and dedication at the service of building a better society for all.
In recent decades most countries have gone through crises of one kind or another-cultural, social, political-which have left individuals and families more vulnerable, and have given rise to new forms and levels of crime in society. Your task is immense, especially when honest citizens begin to feel that they are caught up in an overwhelming spiral of violence, drugs, corruption and lack of mutual trust. The temptation to discouragement affects even some members of your police forces, and this is a personal challenge to your own leadership.
Certes, il appartient aux Autorités politiques de prendre les décisions qui s'imposent pour refaire et affermir le tissu social, afin que chacun soit reconnu et aimé par ses frères, quelque soient sa position et son statut dans la société. Tout en poursuivant la répression contre toutes les formes de crime et d'actes contraires aux règles de la morale communautaire la plus élémentaire, vos services sont aussi appelés à privilégier la prévention et l'éducation civique, par la proximité avec l'ensemble du peuple, afin de faire découvrir à tous la beauté et la joie des relations conviviales qui supposent des droits et des devoirs. Les jeunes, en particulier, doivent retenir toute votre attention. Leur fragilité personnelle et les difficultés de nombreuses familles font d'eux une proie facile pour ceux qui veulent en tirer profit, par l'attrait illusoire de l'argent et de la violence gratuite ou par des plaisirs faciles. Les jeunes entrent parfois très rapidement dans la délinquance et les aider à en sortir demande une longue patience et un sens pédagogique profond, pour qu'ils puissent réintégrer les réseaux relationnels et trouver leur place dans la société, en particulier dans les zones défavorisées des villes.
Le souci de l'ordre public et des droits de l'homme sont des éléments fondamentaux de l'harmonie sociale. Les services de police ont la charge d'offrir à leurs concitoyens une terre où il est possible de vivre en sécurité et où tous soient respectés dans leur dignité de personne humaine. Ils sont les garants du respect de la loi édictée par un État, fondement du pacte social, pour que la justice soit égale pour tous; mais, dans le même temps, chacun doit pouvoir bénéficier des droits qui garantissent son intégrité personnelle et sa défense. Votre mission auprès des hommes est donc un véritable service de la société.
En vous souhaitant des travaux fructueux, pour le bien de tous vos compatriotes et pour l'affermissement des relations entre les personnes au sein de la Communauté européenne, je vous accorde bien volontiers ma Bénédiction Apostolique, ainsi qu'à tous les policiers que vous représentez et aux membres de vos familles.
© Copyright 1996 - Libreria Editrice Vaticana
 



DISCOURS DE SA SAINTETÉ JEAN-PAUL II
AUX JEUNES PARTICIPANT AU CONGRÈS « UNIV '96 » 
Mardi 2 avril 1996

Carissimi universitari!

Sono lieto di incontrarvi anche quest’anno per il vostro consueto raduno. Vi siete riuniti a Roma dalle oltre quattrocento sedi universitarie del mondo alle quali appartenete per mettere in comune e discutere le conclusioni alle quali siete giunti, dopo un intenso lavoro di preparazione, sul tema: "Comunicare: imparare a vivere". E al vostro Congresso romano avete voluto che non mancasse un incontro col Papa. Perché? Perché desiderate comunicare con lui, per dare e ricevere, ascoltare e meditare, così da fare della verità di Cristo la guida della vostra vita.
Vi ringrazio per questa vostra visita molto gradita e vi saluto uno ad uno cordialmente. Desidero anch’io, in un certo modo, prendere parte al vostro Congresso, rinnovando a ciascuno l’annuncio della verità di Cristo, che è insieme verità su Dio e sull’uomo, verità che dona la vita e, al tempo stesso, impegna la vita. Annunciare Cristo costituisce il culmine della comunicazione e, allo stesso tempo, il modello di ogni comunione. Avete avuto modo di approfondire questo tema durante i giorni del vostro incontro.
2. Como hacen notar algunos estudiosos, existe una distinción entre « informar » y « comunicar »; en el primer caso se trata de la transmisión de datos objetivos y neutrales; en el segundo, se produce una propuesta de valores. Esta distinción tiene sín duda su fundamento, pero parece, en parte, abstracta. En efecto, el hombre lleva siempre consigo o dentro de sí mismo un bagaje de verdades, de ideales y de normas éticas que continuamente evalúa, profundiza y reformula en su confrontación con la realidad.
Se puede, pues, afirmar que el acercamiento a la realidad nunca es rigurosamente neutral. Desde este punto de vista la tesis según la cual quien informa debe actuar como simple espejo de la sociedad no parece realista; en cierto sentido podría incluso ser juzgada oportunista, y como un pretexto para evitar tener que asumir la propia responsabilidad moral en la relación con los demás. El cristiano, por el contrario, sabe que no puede ignorar nunca la propia conciencia en todos los actos que realiza y que lo ponen en relación con los otros hombres. Esto no excluye, por lo demás, el respeto a la objetividad.
La fe pone en la mente una especie de inclinación connatural a la verdad, que consiente ir más allá de los estratos intermedios y provisionales de lo real para llegar al nivel donde cada significado alcanza su propia plenitud.
Aquí la comunicación se desarrolla hasta llegar a ser comunión, donación de sí mismo, intercambio recíproco, participación profunda y vital en la que uno se da, y recibe del otro. Precisamente porque contrasta con este dinamismo interior, el individualismo debe ser considerado como incompatible con un auténtico cristianismo.
Comunicar, pues, es aprender a vivir según la lógica de la entrega personal, es decir, del amor. La verdad plena de la comunicación se encuentra en la comunión. Su modelo supremo es la Trinidad, comunión total del Padre con el Hijo en el Espíritu Santo, comunión que en la Redención se abre al hombre. Dios no se limita a comunicarle desde fuera algunas verdades o principios morales, sino que con la gracia se entrega a Sí mismo y hace al hombre partícipe de su propia vida. La Revelación, pues, es parte integrante de la Redención, de la cual representa como un primer paso. El hombre redimido, que acogiendo en sí la gracia de la salvación vive en Dios, está en condiciones de penetrar con la mirada de la fe en el misterio revelado.
3. Chers amis, il importe de communiquer pour apprendre à vivre et de vivre dans la communion pour apprendre à communiquer. Transposé pour la vie spirituelle, cela signifie qu'il faut accueillir Dieu qui se donne et se donner à son tour à Dieu, en se mettant à l'école de Celui qui est l'Amour, pour vaincre tout égoïsme.
La contemplation de la Passion du Seigneur, à laquelle nous sommes invités par la liturgie des jours saints, nous aide à pénétrer dans le mystère de communion auquel Dieu nous appelle: mort sur la croix et ressuscité par la puissance de Dieu, le Christ nous plonge, par le baptême, dans sa mort, pour nous faire participer à sa résurrection. Dans le sacrement de Pénitence, par la grâce vivifiante du pardon, il vient au secours de nos faiblesses qui demeurent; dans l'Eucharistie, il se fait notre nourriture, pour nous soutenir dans notre marche sur les routes du monde et pour nous donner la force, afin que nous puissions rendre témoignage à l'Évangile. L'homme racheté est engagé dans une dynamique complexe. Dieu ne se contente pas d'une réponse partielle.
Il veut l'engagement de tout l'être. La communion à laquelle il nous invite ne se réalise pas seulement en paroles; elle ne peut pas non plus rester du domaine des sentiments; quelques gestes de générosité ne suffisent pas pour satisfaire les exigences qui surgissent pour celui qui a été régénéré ontologiquement par le Christ. Le discours de l'Apôtre Paul à ce sujet est très clair: par le baptême, nous avons été régénérés, « pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts » [1].
4. This is the effective expression: a new life, the supreme law of which is the new commandment of love. But in order to learn to love we need to communicate with God.
In practice, we have to meditate on his word, pray, listen to what God is asking from each of us, so that our communion may grow ever stronger through responses of real love. It is necessary to receive the Sacraments frequently, because through them Christ shares his very life with those who believe. 
5. Die Gemeinschaft mit Gott führt zu einem unaufhaltsamen Dynamismus. Der Liebe kann man nicht Untätigkeit oder Stillschweigen auferlegen, wie es auch nicht möglich ist, der Lebensgemeinschaft eine Grenze zu setzen. Ihr Ziel ist ja in der Tat das Einswerden. Je näher wir Christus sind, desto mehr wächst in uns das Verlangen nach Gott und die Sehnsucht nach Heiligkeit. So wird man gewahr, daß der Herr sich unser bedienen will, um den Menschen seine Liebe mit zuteilen.
Wenn man in der Liebe Gottes lebt, wird es offensichtlich, daß Berufung und Sendung eine Einheit bilden. Der Gleichformung Christi, die durch die Sakramente in uns geschieht, muß die Zeugnisbereitschaft entsprechen, die wir mit unserem ganzen Sein leben.
6. Lembrava o Beato Josemaria Escrivá que « quando se saboreia o amor de Deus, sente-se o peso das almas », e acrescentava: « Não se pode dissociar a vida interior do apostolado, como não é possível separar em Cristo o seu ser de Deus-Homem da sua função de Redentor ... Para o cristão, o apostolado é algo congênito: não tem nada de artificial, de justaposto, não é externo à sua atividade diária, à sua ocupação profissional » [2].

Carissimi, sarà nei rapporti con i vostri amici, i vostri colleghi di studio e di lavoro, i vostri familiari che potrete in qualche modo, esprimere la comunione di vita con Gesù Cristo. Vi invito, pertanto, a trasformare la comunicazione umana in amicizia e ad elevarla a Dio. Solo in Lui, solo nel Cuore sacratissimo di Gesù e nel Cuore dolcissimo di Maria l’amore umano diventa comunione nel pieno senso della parola.
Vi affido alla protezione della Santissima Vergine che, in quanto Madre di Dio, rappresenta il vertice supremo a cui la creatura può giungere nella comunione con la Trinità e, in quanto Madre degli uomini, è il luogo in cui tale comunione si traduce in pienezza di condizione, di comprensione e di misericordia. "La grazia del Signore Gesù Cristo, l’amore di Dio e la comunione dello Spirito Santo siano con tutti voi" ( 2 Cor 13, 13 ).
A tutti imparto di cuore la mia Benedizione.
[1] Rom. 6, 4.
[2] B. Josemaría Escrivá de Balaguer, É Cristo que passa, n. 122.

© Copyright 1996 - Libreria Editrice Vaticana 




ADDRESS OF HIS HOLINESS JOHN PAUL II
AT THE PRESENTATION OF THE LETTERS
ACCREDITING NEW AMBASSADORS TO THE HOLY SEE*
Thursday, 23 May 1996



Monsieur l’Ambassadeur,

1. Je suis heureux de vous accueillir aujourd'hui au Vatican et d'accepter les Lettres de Créance qui vous nomment Ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires de vos pays respectifs: le Kenya, le Malawi, la Nouvelle-Zélande et le Royaume hachémite de Jordanie. Je renouvelle l’expression de mon estime et de mon amitié à l'égard de vos peuples des valeurs dont ils témoignent et dé leurs réalisations dans les domaines historique, culturel et religieux, de leurs espoirs et de leurs efforts dans la tâche urgente de construire un monde de paix, de justice et de prospérité sociale. Je vous remercie des salutations que vous m'avez transmises au nom de vos chefs d'État respectifs et je leur adresse en retour l'expression de mon amitié cordiale, ainsi qu'aux nations que vous représentez.

2. Lors du Sommet mondial pour le Développement social, qui s'est tenu à Copenhague au mois de mars de l'an dernier, sous l'égide des Nations unies, et auquel ont participé les dirigeants de vos pays, la Communauté internationale s'est engagée à accomplir des efforts renouvelés et déterminés en vue de promouvoir le développement des peuples. Le Sommet s'est fixé l'objectif louable d'affronter sérieusement le problème de la pauvreté dans le monde. Chacun peut constater la gravité et l'ampleur du problème. La triste réalité est qu'une part considérable de la famille humaine vit dans la pauvreté absolue, n’ayant pas même accès aux niveaux élémentaires d'alimentation, de santé ou d'éducation. Une autre injustice est que la plupart des déshérités de la planète sont en majorité des femmes et des jeunes filles. Si seulement une partie de ce que le Sommet a propose pouvait devenir une réalité, la famille humaine accomplirait un grand pas en avant vers le progrès économique et social auquel tous les peuples aspirent.

3. Pour le Saint-Siège, un tel engagement semble représenter un signe authentique d'espérance et une base solide sur laquelle s'organiser pour éliminer, de façon juste et efficace, les nombreux obstacles, anciens et nouveaux, qui se trouvent sur le chemin du combat pour une vie plus sûre et plus digne. En vous rencontrant, représentants de pays de trois continents, différents par votre organisation politique et sociale, ainsi que par les profondes traditions culturelles et religieuses de vos peuples, mes pensées se tournent vers cette vérité fondamentale de tout développement, c'est-à-dire le caractère central de la personne humaine. Toute politique économique et sociale devrait servir le bien véritable de la personne, et non pas le contraire. Cela vaut pour toutes les parties du monde, et pour tous les systèmes et communautés.

4. Le véritable progrès, même matériel, exige un respect primordial pour la dimension spirituelle de l'homme. Il exclut une vision de la vie simplement ou principalement matérielle et économique. C'est précisément la nature spirituelle de l'homme qui le conduit à concevoir, à rechercher, et à poursuivre le progrès dans tous les autres domaines. Dans mon discours à l'Assemblée générale des Nations unies en octobre 1995, j'ai essayé de souligner le besoin essentiel, dans tous les aspects de la vie publique et internationale, du respect pour la nature spirituelle inaliénable des êtres humains: «Les actions politiques des nations [...] impliquent toujours la dimension transcendante et spirituelle de l'expérience humaine, et elles ne pourraient l'ignorer sans porter préjudice à la cause de l’homme et de la liberté humaine. Tout ce qui diminue l'homme porte préjudice à la cause de la liberté. Pour retrouver notre espérance et notre confiance au terme de ce siècle de souffrances, il nous faut rentrer à nouveau dans la perspective transcendante des possibilités ouvertes à l'esprit humain» n. 16).

5. En tant que diplomates, vous comprenez facilement le sens de cette vérité. Les relations entre les individus, les communautés et les nations, ne peuvent pas être jugées simplement en termes de pouvoir ou d'intérêts économiques. L'espérance et la confiance sont des vertus personnelles et sociales essentielles pour permettre, à tous les niveaux, la coopération et la solidarité, et les rendre fructueuses. Je suis certain que votre mission en tant que représentants diplomatiques de vos pays près le Saint-Siège vous offrira de nombreuses occasions de réfléchir sur ces hautes valeurs spirituelles. J'espère que vous vous engagerez toujours plus à les confirmer dans les relations entre les nations et entre les personnes.
Alors que vous vous apprêtez à remplir vos responsabilités, j'invoque l'abondance des Bénédictions divines sur vous et sur vos familles, ainsi que sur les peuples que vous représentez.

*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.24 p.6.

© Copyright 1996 - Libreria Editrice Vaticana



ADDRESS OF HIS HOLINESS JOHN PAUL II
TO H.E. MR GEOFFREY GACHUKU CHIPUNGU
AMBASSADOR OF MALAWI TO THE HOLY SEE*
Thursday, 23 May 1996

 
 
Monsieur l’Ambassadeur,

1. Je vous souhaite une cordiale bienvenue à l'occasion de la présentation des Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Malawi près le Saint-Siège. Je profite de cette occasion pour réaffirmer mon estime et mon amitié pour le peuple de votre pays et je suis sensible aux sentiments d'amitié transmis par votre Président S.E. M. Bakili Muluzi. Je vous prie de l'assurer de ma prière constante pour la paix et la prospérité de votre nation.

2. Le défi de bâtir un monde toujours plus uni, juste et pacifique exige que tous les secteurs de la société, tant au niveau national qu'international, œuvrent ensemble pour le bien de l'humanité. La vision qui forme et qui guide cette œuvre ne peut être fondée sur les seuls intérêts économiques, mais doit avoir pour objectif ultime le véritable développement humain, c'est-à-dire un développement qui réponde aux besoins culturels, éthiques et spirituels de tous les hommes et les femmes. Les ressources économiques et politiques sont importantes dans cette tâche, mais la dimension humaine du développement, les ressources humaines qui doivent être exploitées et qui doivent viser au progrès, sont encore plus importantes. Celles-ci, pour n'en citer que quelques-unes, comportent l'initiative créative, le sacrifice, l'engagement à l'éducation et à la recherche, ainsi qu'une résolution sans faille à atteindre les objectifs de la justice sociale et de l'autorité de la loi.

3. Le véritable développement exige que chaque nation acquière une plus grande auto-détermination. Cela demande une coopération internationale qui permette aux nations en voie de développement elles-mêmes de décider des moyens appropriés de poursuivre leur progrès. Mais cela exige également qu'au sein de chaque nation, les citoyens puissent développer l'exercice responsable de leurs libertés personnelles. Ainsi, l'établissement de structures politiques favorisant une plus grande participation, fondées sur une constitution civile qui défende et honore la dignité humaine, "est une condition nécessaire et une garantie sûre du développement de tout l'homme et de tous les hommes» (Lettre encyclique Sollicitudo rei socialis, n. 44).

4. A la lumière de cette vérité sur l'individu et la société, je suis heureux de remarquer que les efforts du peuple du Malawi pour atteindre une forme de gouvernement plus représentative et démocratique, portent leurs fruits. Vous avez montré qu'à travers le dialogue, la bonne volonté et la coopération sincère, les changements sociaux et politiques qui s'imposent peuvent être réalisés, dans le cadre d'un échange d'idées pacifique et non-violent. De plus, tout en affrontant vos propres difficultés et problèmes, vous avez aidé vos voisins dans le besoin: ce fut le cas, par exemple, lorsque votre pays a ouvert ses frontières au plus d'un million de réfugiés qui cherchaient refuge loin de la violence et des bouleversements qui ravageaient le Mozambique; c'est également le cas de l'engagement actuel du Malawi dans diverses initiatives de paix organisées par la Communauté internationale.

5. J'ai noté la référence que Votre Excellence a faite au sujet de la contribution importante que l'Église catholique a apportée et continue d'apporter dans la vie de votre pays. En effet, l'engagement de l'Église en vue de promouvoir la dignité de la personne humaine et le bien de la société se manifeste à travers son action dans le domaine de l'éducation de la santé, et des services sociaux. Cet engagement témoigne de l'esprit de coopération dont font preuve les fidèles catholiques en œuvrant pour un avenir meilleur, pour eux-mêmes ainsi que pour leurs concitoyens. En raison de leur profonde conviction en ce qui concerne la fraternité universelle de tous les hommes et de toutes les femmes, en tant que fils bien-aimés de Dieu, les citoyens catholiques du Malawi se consacrent à promouvoir le bien commun en éprouvant une fierté saine et légitime pour leur propre pays et héritage.
Monsieur l'Ambassadeur, alors que vous commencez votre mission, je vous assure que les différents bureaux de la Curie Romaine seront prêts à vous aider dans l'accomplissement de votre tâche. Je suis certain que votre activité servira de toutes les façons possibles à renforcer les bonnes relations qui existent déjà entre le Saint-Siège et le Malawi. J'invoque sur vous, Excellence, ainsi que sur le Président, le gouvernement et le peuple de votre pays, les Bénédictions divines de paix et de prospérité.

*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.25 p.9.

© Copyright 1996 - Libreria Editrice Vaticana




ADDRESS OF HIS HOLINESS JOHN PAUL II
TO H.E. MR STEVEN A. LOYATUM
AMBASSADOR OF THE REPUBLIC OF KENYA TO THE HOLY SEE*
Thursday, 23 May 1996

 
Monsieur l’Ambassadeur,

1. Je suis heureux de vous accueillir au Vatican et d'accepter les Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Kenya près le Saint-Siège. Je vous remercie des salutations que vous me transmettez de la part de votre Président, S.E. M. Daniel Toroitich arap Moi, du gouvernement et du peuple du Kenya, et je vous prie de bien vouloir lui transmettre mes salutations et l'assurance de mes prières pour le progrès, la paix et la prospérité de votre nation.
Votre présence ici aujourd'hui ravive en moi le souvenir de ma visite pastorale de l'an dernier à Nairobi: ainsi que vous l'avez aimablement remarqué c'était la troisième fois que la Divine Providence m'accordait l'occasion de visiter le Kenya. Je me souviens de la grande joie et de l'enthousiasme qui régnaient, de l'amabilité qui m'a été réservée et de la vitalité spirituelle des fidèles catholiques. Le but de ce voyage était de célébrer l'Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des Évêques, qui a réaffirmé l'engagement de l'Église catholique à sa mission religieuse et humanitaire sur votre continent.

2. Comme vous l'avez souligné, diverses parties d'Afrique sont malheureusement encore le théâtre de situations de conflits et de violences qui provoquent la mort et l'extermination d'innombrables personnes, dont des femmes, des enfants et les membres les plus vulnérables de la société. Votre pays a été engagé – et continue de l'être – dans les efforts remarquables de paix déployés dans les pays voisins touchés par les conflits et la guerre civile. De plus, dans le monde actuel, les nations africaines luttent afin de s'organiser sur des bases économiques et sociales plus solides. La Communauté internationale a le devoir de soutenir ces efforts, consciente du fait qu'une solidarité internationale efficace est essentielle si l'on veut garantir une paix et une harmonie durables pour toute la famille humaine.
Au nom de notre humanité commune, la Communauté internationale ne peut ignorer les appels des nations en voie de développement qui doivent affronter les graves défis de la malnutrition, d'une baisse généralisée du niveau de vie, de moyens insuffisants pour éduquer les jeunes, d'une absence de système de santé de base, de la propagation du SIDA, du poids souvent insurmontable de la dette internationale, de l'horreur des guerres fratricides fomentées par un trafic d'armes sans scrupules, du spectacle honteux de personnes déplacées et réfugiées. Ce ne sont là que quelques-uns des domaines où une intervention s'impose d'urgence.
Il est important de ne pas trahir les espoirs soulevés par le Somment mondial sur le Développement social de l'an dernier. Le septième des dix engagements adoptés par les participants au Sommet traitait de la situation spécifique en Afrique, en ce qui concerne les problèmes que je viens de mentionner.

3. La Communauté internationale est donc consciente de ses obligations et a rédigé un accord reconnaissant ses responsabilités. Le Saint-Siège s'appliquera à rappeler à la Communauté internationale la nature urgente de l'engagement qu'elle a pris. Et il ne manquera pas d'offrir l'assistance et la compétence qui lui sont propres. C'est précisément en raison de "la fin salvifique qui lui est propre» (Gaudium et spes, n.40), que l'Église fait continuellement entendre sa voix et offre le témoignage de son action en faveur de la solidarité internationale. Dans votre pays, comme dans d'autres régions d'Afrique et d'ailleurs, l'activité de l'Église comprend un engagement dans le domaine de l'éducation, de la santé et des programmes sociaux au profit des individus et de toute la société. C'est un service que l'Église ne peut manquer de rendre à la famille humaine, car son Fondateur divin lui-même l'a invitée à répondre aux besoins des autres: «Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous» (cf. Jn 13, 15).

4. Bien que sa mission dans le monde soit éminemment spirituelle et donc séparée de l'ordre politique, l'Église offre toutefois à la société la contribution de son enseignement et de son expérience. Elle le fait car elle sait que la société ne s'épanouira que dans la mesure où elle reflète l'ordre moral établi par le Créateur. L'Église s'efforce de transmettre la vérité qu'elle a reçue de son Seigneur, la vérité sur le destin transcendant de tous les hommes et de toutes les femmes, créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. C'est pourquoi le Saint-Siège parle avec tant d'insistance du respect de la dignité humaine et des droits humains, particulièrement du droit à la vie et à la liberté religieuse. C'est également la raison pour laquelle les Évêques catholiques du Kenya appellent continuellement leurs concitoyens à œuvrer ensemble avec encore plus de générosité en vue du développement humain intégral, de la démocratie authentique et de l'harmonie sociale. Ils invitent en permanence chacun à surmonter les tensions et les hostilités qui résultent parfois de l'appartenance à différents groupes ethniques, ayant des traditions, une langue, et parfois même une religion différentes; autant de différences qui peuvent menacer la paix et la poursuite du bien commun (cf. Ecclesia in Africa, n. 49).
Monsieur l'Ambassadeur, je suis certain que votre mission renforcera davantage encore les liens d'amitié qui existent déjà entre le Kenya et le Saint-Siège. Je vous assure que les différents bureaux de la Curie Romaine seront toujours prêts à vous assister dans votre tâche. J'invoque sur vous, sur votre famille et sur le peuple bien-aimé du Kenya l'abondance des Bénédictions de Dieu tout-puissant.

*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.25 p.8.

© Copyright 1996 - Libreria Editrice Vaticana




suivant