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VOYAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE
DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX JEUNES COUPLES ET À LEURS
ENFANTS
Sainte-Anne-d'Auray
Vendredi 20 septembre 1996
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Chers parents, Chers enfants,
« Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde » [1].
1. Le Christ adresse ces paroles aux disciples qui le suivaient et qui l'avaient entendu proclamer les Béatitudes [2]. Aujourd'hui, il vous adresse ce même message, à vous, jeunes familles ici rassemblées. Je suis heureux de vous rencontrer au cours de ma visite. Votre présence nombreuse montre la vitalité des familles françaises.
Certes, la famille, en France comme ailleurs, traverse de multiples difficultés qui parfois la fragilisent. Votre région est particulièrement éprouvée par la situation économique qui provoque le chômage et qui contraint des jeunes à la quitter. Vous rencontrez des problèmes complexes concernant la santé, le logement, le travail des femmes. Je comprends vos inquiétudes pour l'avenir de vos enfants. Comme de nombreux parents, vous êtes confrontés à la question de l'éducation humaine et morale des jeunes, alors qu'autour de vous s'affaiblit le sens spirituel et que sont remises en cause bien des valeurs essentielles comme l'indissolubilité du mariage ou le respect de la vie.
2. Chères familles, je vous redis les paroles du Christ: vous êtes le sel de la terre » et « la lumière du monde ». Le Verbe incarné est le Maître de la parole dont il donne lui-même l'interprétation. Que nous soyons enfant ou adulte, nous pouvons comprendre les deux comparaisons données par Jésus: « Vous êtes le sel de la terre »; nous savons tous que des aliments sans sel n'ont pas de saveur. Un plat correctement assaisonné a du goût et il est agréable à consommer. S'il lui manque du sel, il est fade. Si le sel se dénature et ne peut plus servir à relever les plats, « il n'est plus bon à rien: on le jette dehors et les gens le piétinent » [3].
« Vous êtes la lumière du monde ». Qu'est-ce donc que la lumière? Nous le découvrons aussi par l'expérience: la lumière brille et éclaire. C'est grâce à elle que nos villes et nos rues ne demeurent pas dans l'obscurité. La lumière est vue de loin. Elle chasse les ténèbres et permet de voir le visage de l'autre. Le soir, en famille, dans la lumière du foyer, il est agréable de se rassembler. Avec ces images du sel et de la lumière, le Christ s'adresse aujourd'hui à vous, familles ici rassemblées. Soyez le sel de la terre! Soyez la lumière du monde! Qu'est ce que cela veut dire? Le Seigneur nous l'explique: «Que votre lumière brille devant les hommes; en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux » [4].
3. Laissez moi vous redire ces paroles du Seigneur: vous êtes «le sel de la terre» et « la lumière du monde» . L'Église vous fait confiance et compte sur vous, parents, tout spécialement dans la perspective du troisième millénaire, pour que les jeunes puissent connaître le Christ et le suivre généreusement. Par votre façon de vivre, vous témoignez de la beauté de la vocation au mariage. L'exemple quotidien de couples unis nourrit chez les jeunes le désir de les imiter. Les jeunes, en recevant dans leur famille le témoignage de l'amour de Dieu, seront conduits à en découvrir les profondeurs.
La préparation du grand Jubilé passe par chaque personne et par chaque famille, pour que le monde accueille la lumière du Christ, qui, seul, donne le sens ultime de l'existence [5]. Comme le manifestent de nombreux témoignages présentés aujourd'hui, vous êtes porteurs d'un riche dynamisme spirituel. Vos enfants ont dans leur cœur le désir de faire de leur vie quelque chose de grand. C'est souvent dans des familles à la foi épanouie que naissent aussi les vocations au sacerdoce ou à la vie religieuse.
4. Vous êtes « le sel de la terre » et « la lumière du monde ». Par ces paroles, le Seigneur vous invite à être des témoins et des missionnaires auprès de vos frères. Que votre vie, qui tient son sens du Christ, ait de la saveur pour ceux qui vous entourent! Que votre vie rayonne, car au fond de votre cœur le Seigneur est présent; il vous aime et il vous appelle à sa joie! C'est bien le fait de se savoir aimé qui permet d'avancer sur la route avec confiance. La vie des baptisés consiste tout d'abord à être relié au Christ, source de la vie, à recevoir de Lui la vie en abondance et à en devenir les témoins. « Le sacerdoce baptismal des fidèles, vécu dans le mariage-sacrement, constitue pour les époux et pour la famille le fondement d'une vocation et d'une mission sacerdotales » [6].
Plusieurs des témoignages que nous avons entendus soulignent la place essentielle de l'Eucharistie. Vous avez raison, car elle est une source à laquelle puisent les époux chrétiens. Dans le sacrifice de la nouvelle Alliance que le Christ scelle avec l'humanité, ils découvrent un modèle pour leur amour, qui est un don gratuit et une action de grâce. La relation conjugale ne peut pas reposer sur les seuls sentiments amoureux; elle se fonde avant tout sur l'engagement définitif clairement voulu, sur l'alliance et sur le don, qui passent par la fidélité. Par leur vie conjugale, les époux témoignent de l'amour vrai, qui intègre toutes les dimensions de la personne, spirituelle, intellectuelle, volontaire, affective et corporelle.
5. La relation amoureuse participe à la croissance du conjoint. Elle est un service de l'autre, prenant exemple sur le Christ serviteur qui a lavé les pieds de ses Apôtres, au soir du Jeudi saint. La vie conjugale n'est jamais exempte d'épreuves, qui font passer par des moments douloureux où l'amour et la confiance en l'autre comme en soi-même semblent vaciller. Les époux puiseront leur force en s'unissant aux sentiments du Christ au cours de la nuit du Vendredi saint. Beaucoup en ont fait l'expérience: la traversée de l'épreuve peut contribuer à purifier l'amour. Mais il y a aussi d'intenses moments de joie, qui proviennent de la communion dans l'amour. Ces instants rappellent que, au-delà de toute souffrance, il y a la lumière éclatante et la victoire définitive du matin de Pâques. Ainsi, le sacrement du mariage a une structure pascale.    
La vie conjugale et familiale est un chemin spirituel. En effet, en couple et en famille, toute rencontre nécessite d'accueillir l'autre avec délicatesse. Vous savez la place du dialogue au sein du couple et de la famille. Dans notre monde où le souci de la rentabilité dans toutes les activités laisse peu d'espace aux rencontres gratuites, il est important que les couples et les familles puissent se ménager des temps d'échanges, qui permettent d'affermir leur amour.
6. La vie conjugale passe aussi par l'expérience du pardon, car, que serait un amour qui n'irait pas jusqu'au pardon? Cette forme la plus haute de l'union engage tout l'être qui, par volonté et par amour, accepte de ne pas s'arrêter à l'offense et de croire qu'un avenir est toujours possible. Le pardon est une forme éminente du don, qui affirme la dignité de l'autre en le reconnaissant pour ce qu'il est, au-delà de ce qu'il fait. Toute personne qui pardonne permet aussi à celui qui est pardonné de découvrir la grandeur infinie du pardon de Dieu. Le pardon fait retrouver la confiance en soi et la communion entre les personnes, car il n'y a pas de vie conjugale et familiale de qualité sans conversion. permanente, ni sans dépouillement de ses égoïsmes. C'est en contemplant le Christ en Croix qui pardonne que le chrétien trouve la force du pardon. En 1986, au cours de la Messe des familles à Paray-le-Monial, j'avais montré que l'amour du cœur de Jésus doit être la source de tout amour humain.
7. Dans la vie conjugale, les relations charnelles sont le signe et l'expression de la communion entre les personnes. Les manifestations de tendresse et le langage du corps expriment le pacte conjugal et représentent le mystère de l'alliance et celui de l'union du Christ et de l'Église. Les moments de profonde communion donnent à chaque membre du foyer une force réelle pour sa mission auprès de ses frères, ainsi que pour son travail quotidien.
Vous êtes invités à manifester au monde la beauté de la paternité et de la maternité, et à favoriser la culture de la vie qui consiste a accueillir les enfants qui vous sont donnés et à les faire grandir. Tout être humain déjà conçu a droit à l'existence, car la vie donnée n'appartient plus à ceux qui l'ont fait naître. Votre présence ici avec vos enfants est un signe du bonheur qu'il y a à. donner la vie de façon généreuse et à vivre dans l'amour.
8. Vous, les jeunes, vous êtes aussi le sel de le terre et la lumière du monde. Pour chacun d'entre vous, la maison est un lieu prive ou vous aimez et où vous êtes aimés. Vos parents vous ont appelés à la vie et désirent vous guider dans votre croissance. Sachez les remercier et rendre grâce au Seigneur! Même dans les moments difficiles, prenez conscience que vos parents veulent vous aider a être heureux, mais que l'accès au bonheur a aussi des exigences! Comme vos parents, vous êtes responsables de la vie en famille et de l'existence d'un climat de plus en plus pacifié, qui laisse à chacun assez d'espace pour donner le meilleur de lui-même et pour épanouir sa personnalité.
Comme nous l'avons entendu précédemment au moment où la vie spirituelle s'éveille chez les enfants et où ils s'interrogent sur Dieu, grâce à eux, des parents retrouvent le chemin de l'Église et de la foi qu'ils avaient laissé s'estomper en eux. Le Seigneur réalise ainsi des merveilles par les tout-petits et confie à chacun, dans sa famille, un rôle d'évangélisation. Certains témoignages précisent que des familles ont un coin de prière que les enfants ont de la joie à décorer et où ils se rendent volontiers pour rencontrer Jésus dans le silence. Je me réjouis de cette place accordée au Christ et à la Vierge Marie dans vos foyers.
9. La société doit reconnaître la haute valeur du rôle des parents, qui prépare l'avenir d'une nation. En effet, vous êtes les premiers responsables de l'éducation humaine et chrétienne de vos enfants. La communauté familiale fondée sur l'amour et la fidélité offre aux enfants la sécurité et la stabilité qui leur permettent d'accéder à la vie adulte. C'est dans un climat d'amour et de tendresse, de don et de pardon, que les personnalités peuvent se forger et se développer harmonieusement.
Dans l'Ouest de la France, l'école catholique a une riche tradition; des communautés religieuses n'ont pas ménagé leurs efforts pour la rendre dynamique. Elle a un projet pédagogique spécifique à développer, pour proposer aux jeunes les valeurs chrétiennes, mais d'abord une découverte de la personne du Christ; car les valeurs non reliées à la source vivante qu'est le Seigneur risquent de se dénaturer. Cela n'empêche pas que des jeunes non catholiques soient largement accueillis et soutenus avec sollicitude dans leurs études par ces établissements scolaires dans le respect des perspectives chrétiennes qui les caractérisent.
Je voudrais saluer également le travail accompli par les aumôneries de l'enseignement public, qui offrent aux jeunes l'éducation religieuse nécessaire au développement de leur vie de foi. Elles sont confrontées aux nombreuses activités parascolaires dans lesquelles les enfants sont engagés et qui laissent peu de place à la catéchèse. Des mouvements remplissent aussi une mission inestimable, tels l'Action catholique de l'Enfance, le Mouvement eucharistique des jeunes ou le Scoutisme.
10. De nombreux couples participent activement à la vie de l'Église, dans les services diocésains, dans les mouvements et dans les paroisses, je rends grâce pour tout le travail accompli et  toutes les familles à poursuivre leur action, En particulier, votre expérience vous autorise à proposer à vos contemporains un cheminement sur les questions conjugales et familiales. Dans cet esprit, les centres de préparation au mariage offrent des lieux de réflexion et de formation, pour des jeunes qui se préparent à s'engager définitivement par le sacrement de mariage. Ils proposent avec clarté le message chrétien sur l'amour vrai et sur l'exercice de la sexualité dans la chasteté, qui donne toute sa dignité à la vie conjugale. Les mouvements familiaux stimulent la réflexion et la vie spirituelle des couples. Je salue aussi le travail réalisé par les groupes qui organisent des sessions et des retraites pour les couples, pour les familles et pour les jeunes.
11. Ma pensée rejoint les couples et les familles qui portent de lourdes charges, en particulier les parents qui ont à accueillir un enfant handicapé et les familles qui accompagnent avec dévouement des malades ou des personnes âgées de leur entourage. Je rends grâce au Seigneur pour leur disponibilité et pour la grandeur de leur amour. Ils savent reconnaître en l'être blessé un fils particulièrement aimé de Dieu. Je mesure aussi la souffrance de ceux qui vivent douloureusement l'absence d'enfants. Puissent-ils trouver des personnes attentives au sein de la communauté chrétienne et découvrir la joie de se donner au service de leurs frères! Je ne veux pas oublier non plus ceux qui vivent dans la solitude, parce qu'ils n'ont pas pu réaliser leur projet conjugal. Ils doivent trouver auprès des famines réconfort et amitié.
L'Église a aussi le souci de ceux qui sont séparés, divorcés et divorcés remariés; ils restent membres de la communauté chrétienne. En effet, « ils peuvent et même ils doivent, comme baptisés, participer à sa vie » [7], tout en accueillant dans la foi la vérité dont l'Église est porteuse dans sa discipline du mariage.
Parler de la famille, c'est aussi évoquer les grands-parents. Par la sagesse qui leur vient de leur longue vie en couple, ils sont pour leurs enfants un soutien et pour leurs petits-enfants des points de référence et de stabilité et souvent les premières personnes qui leur parlent du Christ. Le dialogue et la proximité entre les générations demeurent des aspects non négligeables de la vie familiale.
12. La famille est un lieu d'épanouissement incomparable. Puissiez-vous, grâce au Christ et à l'amour qui vous unit, vivre dans la joie! Dans ce lieu de pèlerinage, le peuple chrétien honore sainte Anne, mère de la Vierge Marie, et il vient filialement se mettre sous sa protection. Je confie vos familles à son intercession et je vous accorde de grand cœur ma Bénédiction Apostolique, ainsi qu'à toutes les personnes qui vous sont chères.
Grand grand merci pour cette grande rencontre. Je veux vous remercier pour votre présence, pour ce que vous êtes comme familles, comme mouvements, comme Église domestique, l'Église-Famille: pour tout ce que vous portez dans la vie de votre nation, de votre patrie, de l'Église en France, de l'Église dans tout le monde. Grand, grand merci. Autour de Sainte-Anne-d'Auray, nous avons vécu une journée d'espérance. Ce matin je ne pouvais pas imaginer, en quittant Tours, que je trouverais ici le soleil, alors nous avons tous beaucoup de raisons pour remercier le Seigneur, remercier pour son amour et les responsabilités que vous incarnez, remercier aussi pour le soleil à Sainte-Anne-d'Auray. En vous remerciant, nous allons vous bénir, vous tous ici présents, vos familles, vos chapelets, vos maisons, votre patrie, tout se qui se crée et se développe à travers votre vie.


[1] Matth. 5, 13-14.
[2] Cfr. ibid. 5, 3-12.
[3] Ibid. 5, 13.
[4] Ibid. 5, 16.
[5] Ioannis Pauli PP. II Tertio Millennio Adveniente, 28.
[6] Eiusdem Familiaris Consortio, 84.
[7] Ibid.




VOYAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE
CÉRÉMONIE DE CONGÉ
DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
Aéroport de Reims-Champagne
Dimanche 22 septembre 1996

Monsieur le Premier Ministre,
1. Au terme de ma visite pastorale en France, je vous remercie vivement d'être venu me saluer ici tandis que je prends congé; je suis sensible aux paroles que vous venez de m'adresser. Vous voudrez bien exprimer ma gratitude à Monsieur le Président de la République pour l'accueil délicat qu'il m'a réservé. Mes remerciements s'étendent à vous-même, aux membres du Gouvernement et aux Pouvoirs publics pour toutes les prévenances dont j'ai bénéficié au cours de ces journées.
2. Les étapes de mon voyage ont été riches de sens. Je suis heureux d'avoir pu me rendre à Saint-Laurent-sur-Sèvre, où la présence de nombreuses personnes engagées dans la vie consacrée a manifesté la générosité et la fidélité de serviteurs de l'Église qui font honneur à leur pays en perpétuant les traditions de soutien et d'aide à leurs frères, dans leurs régions comme dans leurs missions â l'extérieur. A Sainte-Anne d'Auray, les catholiques de l'Ouest de la France, et de nombreuses familles venues de plus loin encore, ont montré par leur ferveur le sérieux de leurs engagements. Les célébrations de Tours ont été placées sous le signe du grand évêque saint Martin, dont l'influence a été déterminante pour le développement de l'Église dans vos régions et pour l'entraide à l'égard des plus démunis, constamment pratiquée par le peuple de France. À Reims, aujourd'hui, la commémoration du baptême de Clovis a été l'occasion, pour de nombreux catholiques, de reprendre conscience du sens de leur propre baptême, à la suite de générations de fidèles qui ont joué un rôle dans l'histoire de la nation et dans l'élaboration de sa haute conception de l'homme et de sa culture.
3. Les différents thèmes de mes rencontres se complètent en évoquant beaucoup des qualités reconnues de ce que j'ai appelé « l'âme française ». Je me réjouis de l'occasion qui m'a été donnée de mettre en valeur tant d'acquis, tout en encourageant vos compatriotes à poursuivre leurs engagements en faveur d'une solidarité humaine dont le monde entier a besoin en notre temps.
4. Je tiens à exprimer a nouveau ma vive gratitude aux Évêques de France, qui ont préparé intensément cette visite avec la collaboration de nombreuses personnes. Touché par la qualité de leur accueil, je voudrais assurer tous les catholiques de l'Église en France, clergé et laïcs, de mon affection dans une profonde communion spirituelle. Je les invite à s'engager pour que leurs communautés ecclésiales développent leur dynamisme, dans la foi et avec l'esprit de service des disciples du Christ. Ils ont reçu un bel héritage; qu'ils continuent â le faire fructifier de manière toujours nouvelle!
J'aimerais aussi adresser un salut respectueux aux chrétiens des autres confessions, aux croyants du Judaïsme et à ceux de l'Islam, en souhaitant que le dialogue religieux et la collaboration se développent entre tous, pour une harmonieuse cohésion de la société française dans son ensemble.
5. Monsieur le Premier Ministre, à travers votre personne, je salue tous les Français, et je leur offre mes vœux fervents de prospérité dans une entente fraternelle. Que votre nation demeure accueillante, qu'elle continue à faire partager sa culture, qu'elle contribue à faire progresser sans cesse les idéaux de liberté, d'égalité et de fraternité qu'elle a su présenter au monde!
En vous renouvelant l'expression de ma gratitude pour l'accueil de la France, j'appelle sur tous vos compatriotes l'abondance des Bénédictions de Dieu.




VOYAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE
DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX AGENTS DE LA PASTORALE DIOCÉSAIN
E
Cathédrale de Reims
Dimanche 22 septembre 1996

Chers Frères et Soeurs,
1. Il est heureux que vous ayez choisi de méditer la conversation si importante de Jésus avec la femme de Samarie, pour cette rencontre où vous témoignez de la « démarche synodale » du diocèse de Reims, je remercie votre Archevêque, Monseigneur Gérard Defois, de son accueil, ainsi que tous ceux qui ont présenté cette ample réflexion sur la vie de l'Église en Champagne et dans les Ardennes. À travers vous, rassemblés dans votre prestigieuse cathédrale, je tiens à saluer tous les fidèles de ce diocèse aux racines chrétiennes antiques et profondes.
2. Avec vous, je voudrais poursuivre la méditation de la grande page de l'Évangile que nous avons écoutée. Nous voyons Jésus, fatigué par la route, s'arrêter au bord d'un puits; arrive alors une femme de Samarie, venue puiser de l'eau. Jésus lui dit: «Donne-moi à boire » [1]. La Samaritaine lui dit: « Comment! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine? » [2]. Jésus lui répond: « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit: "Donne-moi à boire", c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive » [3]. En effet, «tout homme qui boit de cette eau aura encore soif; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif; et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle » [4].
Jésus ne parle pas ici de l'eau que les habitants de Samarie venaient puiser au puits de Jacob. Comme le chante une hymne liturgique, il parle de l'eau qui nous donne, « dans le labeur, le repos; dans la fièvre, la fraîcheur; dans les pleurs, le réconfort » [5]. Cette eau est le symbole de l'Esprit Saint. Celui qui boit de cette eau n'aura plus jamais soif, car l'Esprit est la source qui apaise la soif de l'âme des hommes. Il est la fontaine de la connaissance et de l'amour, qui coule à jamais.
Au cours des réflexions que vous avez poursuivies ces dernières années, vous avez dû puiser abondamment à cette fontaine d'eau vive. Je suis sûr que l'Esprit Saint était avec vous, qu'il agissait dans vos paroisses ou dans vos lieux d'accueil. Il animait vos rencontres avec ces horaires et ces femmes à qui vous devez faire découvrir que seul le Seigneur peut combler leurs attentes et leurs soifs et qu'il frappe à la porte de tout homme. L'Esprit Saint vous guidait et vous soutenait de ses dons: les dons de la sagesse et de l'intelligence, de la science et du conseil, de la force, de la piété et de la crainte de Dieu.
3. Continuons à suivre le dialogue extraordinaire que le Christ a entrepris avec la Samaritaine au bord du puits de Jacob. A un moment donné, cette femme reconnaît que Jésus n'est pas un marcheur ordinaire qui cherche à se reposer près du puits. Elle découvre qu'il est un prophète et le lui dit sans détour: « Seigneur, je le vois, tu es un prophète » [6]. Les prophètes appartiennent à la tradition d'Israël. Ce sont eux qui parlent au nom de Dieu et qui guident le Peuple de Dieu sur la voie de l'adoration. C'est pourquoi la femme dit: « Nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l'adorer est à Jérusalem » [7]. Ces paroles font écho à la querelle qui opposait les Samaritains aux Juifs sur le Temple, sur le lieu du culte véritable. Alors Jésus répond: « Femme, crois-moi: l'heure vient où vous n'irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. ... Mais l'heure vient et c'est maintenant où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, c'est en esprit et en vérité qu'ils doivent l'adorer » [8]. À ce moment, le Christ confie à cette femme ― une pécheresse ― l'une des plus grandes vérités de la Bonne Nouvelle: l'adoration de Dieu ne dépend pas du lieu, du temple construit par les mains des hommes; l'Esprit Saint lui-même construit ce temple intime en tout homme qui cherche Dieu sincèrement et qui ne ferme pas son cœur aux appels de la grâce. Et ce temple spirituel est le lieu de l'adoration que l'homme doit rendre à Dieu le Père « en esprit et: en vérité ».
4. Le Concile Vatican II a renouvelé l'enseignement sur le sacerdoce universel de tous les croyants et sur le sacerdoce ministériel. Vos travaux, j'en suis sûr, se sont inspirés de ce magistère conciliaire, exprimé surtout dans la Constitution « Lumen Gentium » sur l'Église. Cet enseignement est admirable, il libère notre manière de penser et notre expérience chrétienne de tout ritualisme étroit. Il nous apprend à faire de nos vies une offrande spirituelle [9].
La démarche conciliaire nous invite aussi à participer de la manière la plus profonde possible à la vie sacramentelle de l'Église, spécialement à l'Eucharistie. Pour prolonger votre démarche synodale, reprenez la lecture des documents conciliaires essentiels qui traitent du sacerdoce. Il faut sans cesse approfondir le sens du sacerdoce, aussi bien du sacerdoce universel des fidèles, lié au baptême, que du sacerdoce ministériel. Fidèles laïcs, vous serez plus assurés dans votre vie et votre activité si vous comprenez mieux ce que comportent votre consécration baptismale et votre mission dans la communauté ecclésiale. Réfléchissez aussi au rôle irremplaçable de l'évêque et des prêtres: ils sont ordonnés pour célébrer l'Eucharistie du Seigneur et transmettre les dons de la grâce dans les autres sacrements, pour rassembler les fidèles au nom du Christ et pour être les premiers porteurs de la Parole de Dieu. Je tiens à saluer ici le dévouement des prêtres, des diacres, des religieux et des religieuses de votre diocèse; et je prie avec vous pour que des jeunes entendent l'appel du Seigneur à se mettre totalement à son service dans son Église en acceptant de s'engager dans les ministères ordonnés ou dans la vie consacrée.
5. Nous lisons dans l'Évangile de saint Jean que la Samaritaine, après avoir entendu tout cela, abandonna sa cruche et revint à la ville pour parler aux gens de sa rencontre extraordinaire [10]. « Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Messie? » [11]. Venez voir un Homme. Venez voir le Messie, le Christ. Cet appel s'adresse à toute la communauté de l'Église à Reims: venez voir le Christ.
Un jour, Pilate demandera à Jésus: « Es-tu le roi des Juifs? » [12]. Il entendra cette réponse: si je l'étais, «j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs » [13]. Vois, je me trouve devant toi attaché, accusé, et l'on réclame pour moi une condamnation à mort; humainement parlant, il n'y a en moi rien de royal. Pilate reprend la même question: «Alors, tu es roi? ». Le Christ répond: « C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci: rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix » [14]. Je pense qu'il y a un lien significatif entre cet événement du Vendredi saint et le dialogue qui eut lieu au bord du puits de Jacob: venez voir l'homme qui m'a dit toute la vérité [15]. C'est cet Homme qui dira devant Pilate: « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci: rendre témoignage à la vérité » [16].
En suivant ces deux dialogues, vous aurez pu vous convaincre une fois encore que le Christ est le premier et le dernier Témoin de la Vérité divine. Les Samaritains avaient cru au Christ et disaient à la femme: « Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant, nous l'avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde » [17].
Chers Frères et Sœurs, je souhaite que votre recherche commune contribue à vous faire approfondir votre foi, à en témoigner sans crainte dans la société française et à vous rendre plus attentifs aux besoins de votre époque, dans la certitude que seul le Christ, mort et ressuscité, est le Sauveur du monde; qu'il a les paroles de la vie éternelle; que celui qui le suit « ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie » [18]. Je fais mienne ici votre prière: « Seigneur, fais-nous devenir des prophètes de vie, d'amour et de joie, alors l'Église resplendira de la foi des jeunes! ».
6. Que Jésus, le Christ, qui est la Voie, la Vérité et la Vie, vous accorde de la connaître et de le suivre, d'être ses témoins en partageant avec tous vos frères la lumière de la foi, la force de l'espérance et le don suprême de l'amour du Père!
C'est le souhait que je voulais vous laisser pour la conclusion de cette belle rencontre. Que Dieu vous bénisse!


[1] Io. 4, 7.
[2] Ibid. 4, 9.
[3] Ibid. 4, 10.
[4] Ibid. 4, 13-14.
[5] Sequentia « Veni, Sancte Spiritus » sollemnitatis Pentecostes.
[6] Io. 4, 19.
[7] Ibid. 4, 20.
[8] Ibid. 4, 21. 23-24.
[9] Cfr. Rom. 12, 1.
[10] Cfr. Io. 4, 28.
[11] Ibid. 4, 29.
[12] Ibid. 18, 33.
[13] Ibid. 18, 36.
[14] Io. 18, 37.
[15] Cfr. ibid. 4, 29.
[16] Ibid. 18, 37.
[17] Ibid. 4, 42.
[18] Ibid. 8, 12.




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