DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À S.E. M. PIERRE-MICHEL NGUIMBI,
NOUVEL AMBASSADEUR DE LA RÉPUBLIQUE
DU CONGO PRÈS LE SAINT-SIÈGE*
Jeudi 12 décembre 1996
Monsieur l'Ambassadeur,
Soyez le bienvenu au Vatican, où j'ai le plaisir d'accueillir Votre Excellence à l'occasion de la présentation des Lettres qui l'accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Congo auprès du Siège apostolique.
Je vous remercie de m'avoir transmis les salutations de Son Excellence Monsieur le Président Pascal Lissouba, avec qui j'ai eu l'occasion de m'entretenir dans cette maison le 12 novembre dernier. Je vous saurai gré de bien vouloir lui transmettre les vœux que je forme pour sa personne et pour l'accomplissement de sa tâche au service de son peuple. Je salue également avec cordialité le peuple congolais et ses dirigeants, et je prie Dieu de bénir les efforts de tous pour l'édification d'une société toujours plus fraternelle et prospère.
C'est avec satisfaction que je reçois ce que vous dites des progrès accomplis par votre pays sur les chemins du développement et de la démocratie dans la concorde nationale. Les défis auxquels la nation est affrontée sont encore nombreux et difficiles. Je souhaite vivement que, grâce au sens aigu de la solidarité et de la vie communautaire, qui sont des valeurs profondes de la culture africaine, les obstacles et les résistances à la recherche du bien commun soient rapidement levés. Je forme encore le vœu que les blessures qui, il y a quelques années, ont meurtri le pays se referment vraiment et qu'un climat de paix sociale et de confiance réciproque s'affermisse entre tous les membres et toutes les composantes de la nation, pour que les prochaines échéances électorales se déroulent dans la sérénité. Ce sera un bienfait pour tous que s'instaure une vie collective pacifiée, où toutes les animosités seront dépassées, les convictions de chacun respectées et la compréhension entre les groupes affermie, dans la sage utilisation des différences dues à l'ethnie, aux traditions ou aux langues, qui ne seront plus perçues comme une menace. Vous y avez fait allusion, Monsieur l'Ambassadeur, une bonne gestion des affaires de la nation requiert des hommes intègres et d'abord soucieux de servir leur peuple. L'Église souhaite ardemment que ceux qui ont des responsabilités dans la conduite de la chose publique mettent toujours le bien de l'homme et de la collectivité au centre de leurs préoccupations. J'espère aussi que de meilleures relations socio-politiques entre les nations permettront un développement de la coopération internationale afin de soutenir les efforts des pays les plus défavorisés dans leur lutte pour assurer à leurs peuples des conditions de vie satisfaisantes et une sécurité effective. Comme je le disais dans l'Exhortation apostolique « Ecclesia in Africa » « le fruit de la solidarité est la paix » [
Ioannis Pauli PP. II Ecclesia in Africa, 138].
Votre accréditation auprès du Saint-Siège, en qualité d'Ambassadeur, témoigne de l'estime et de l'ouverture de votre nation aux motivations d'ordre spirituel. Vous avez largement mentionné leur importance dans l'édification de la nation. Je ne doute pas que la mission que vous inaugurez officiellement aujourd'hui, contribuera à approfondir les liens qui unissent le Congo et le Siège apostolique. Celui-ci, pour sa part, a voulu les promouvoir et les favoriser par la récente nomination d'un Représentant pontifical permanent à Brazzaville.
Dans votre courtoise allocution, Monsieur l'Ambassadeur, vous avez fait allusion à la place de l'Église dans l'éducation des consciences aux valeurs d'amour, de respect, de liberté et de justice. La mission de l'Église, en effet, est de porter aux hommes le message de paix et de fraternité qu'elle a reçu de son Fondateur. Comme l'a souligné la récente Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des Évêques, « l'Église avance avec les hommes et vit dans une solidarité totale et intime avec leur histoire » [
Ioannis Pauli PP. II Ecclesia in Africa, 68]. Les catholiques ne peuvent donc négliger les graves questions qui se posent aujourd'hui au continent africain dans le domaine de la justice, du développement et de la paix. Ils ont le devoir de participer pleinement à l'édification d'une société juste et pacifique, à la mesure des moyens dont ils disposent. Ainsi, au Congo, les pasteurs et les fidèles ont apporté une contribution précieuse à la cause de la démocratie et ils ne manqueront pas, dans l'avenir de collaborer, loyalement et cordialement, avec ceux qui ont à cœur le vrai bien du pays, dans le combat pour la dignité humaine et l'épanouissement matériel et spirituel de tous. De tels engagements visent l'homme tout entier, dans toutes ses dimensions, en donnant une place centrale à l'ouverture de la personne et des sociétés vers l'absolu de Dieu. Pour l'Église, annoncer le Christ c'est révéler à l'homme sa dignité inaliénable, car cette dignité lui vient de Dieu lui-même qui a créé la personne humaine à son image et à sa ressemblance.
À travers votre personne, Monsieur l'Ambassadeur je voudrais saluer avec affection les membres de la communauté catholique congolaise. Je les encourage à vivre toujours davantage dans la communion fraternelle et à être au milieu de leurs frères de véritables témoins de l'Évangile du Christ. Unis à leurs pasteurs, qu'ils s'efforcent avec courage de manifester généreusement l'universalisme de l'amour du Christ qui surpasse les barrières des solidarités humaines, signifiant par là l'unité de la famille humaine libérée des clivages anciens. Les chrétiens sont appelés à aller par amour vers chaque être humain, comme le leur enseigne le Seigneur. Je les invite aussi à travailler ardemment avec tous leurs compatriotes à faire disparaître les causes de divisions et à faire grandir une société toujours plus prospère et plus unie.
Au moment où vous commencez votre mission près du Saint-Siège, je vous offre mes meilleurs vœux. Soyez assuré que vous trouverez toujours ici un accueil attentif et une compréhension cordiale auprès de mes collaborateurs.
Sur Votre Excellence, sur le peuple congolais et sur ses dirigeants, j'invoque de grand cœur l'abondance des Bénédictions divines.
*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. XIX, 2 p.974-977.
L'Osservatore Romano. 13.12. 1996 p.6.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.52 p.3.
© Copyright 1996 - Libreria Editrice Vaticana
ADDRESS OF HIS HOLINESS JOHN PAUL II
TO H.E. Mr MULUGETA ETEFFA,
NEW AMBASSADOR OF ETHIOPIA TO THE HOLY SEE*
Thursday,, 12 December 1996
Monsieur l’Ambassadeur,
1. Je vous souhaite une cordiale bienvenue au Vatican, à l'occasion de la présentation des Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République fédérale démocratique d'Éthiopie près le Saint-Siège. Mon estime et mon affection pour le peuple de votre pays sont toujours aussi profondes et je vous prié de bien vouloir transmettre au Président Negasso Gidada et au gouvernement d'Éthiopie mes meilleurs vœux, ainsi que l'assurance de mes prières.
Votre Excellence a rappelé la longue histoire des relations existant entre votre nation et le Saint-Siège. En effet, des liens d'amitié et de coopération existent entre nous depuis de nombreux siècles et remontent même au premier millénaire, où les contacts entre les chrétiens d'Éthiopie et les évêques de Rome n'étaient pas rares. Le Saint-Siège nourrit un profond respect pour les riches traditions culturelles et religieuses du peuple éthiopien et de l'Église orthodoxe éthiopienne, a laquelle appartient un grand nombre de vos concitoyens. Je vous assure que le Saint-Siège continue de nourrir un intérêt profond pour votre pays et une préoccupation ardente pour le bien-être de votre peuple.
2. Le mois dernier, le Sommet mondial sur l'Alimentation, à Rome, promu par l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, a soulevé la question importante du besoin d'assurer la sécurité mondiale en matière d'alimentation. Votre nation est profondément consciente des effets dramatiques et tragiques que la sécheresse et la faim peuvent avoir. La famine catastrophique de 1984-1985 reste gravée dans nos mémoires, et ce terrible spectre est apparu une fois de plus lors des pénuries alimentaires que votre peuple a endurées au cours des dernières années. De plus, partout dans le monde des centaines de millions de personnes souffrent encore de malnutrition et aucune solution n'est encore en vue. C'est pourquoi il est de plus en plus urgent comme je l'ai dit dans mon discours au Sommet mondial de l'Alimentation, que les peuples œuvrent ensemble pour remédier à cette situation «afin qu'il n'y ait plus côte à côte, des personnes qui souffrent de la faim et d'autres qui vivent dans l'opulence [...] des personnes qui manquent du nécessaire et d'autres qui gaspillent largement» (loc. cit., 13 novembre 1996, 2).
3. La justice et la solidarité sont ici en jeu. Ce sont là les vertus sociales qui doivent trouver une expression dans les stratégies et les plans visant à aider les nations les plus pauvres et à déterminer les termes des accords de transactions commerciales et les accords en matière de crédit. Elles devraient également orienter les décisions économiques et politiques des organismes nationaux et internationaux, dans la mise en place de politique visant à affronter les problèmes de la distribution et du partage des ressources nécessaires.
Le progrès de la solidarité constitue précisément l'un des objectifs principaux de la participation du Saint-Siège à la diplomatie internationale. A travers son activité, le Saint-Siège cherche à encourager la coopération mutuelle entre les États souverains, une coopération centrée sur le souci du développement humain et de la défense de la dignité humaine (cf. Constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps, Gaudium et spes, n. 76). L'Église et la communauté politique sont indépendantes et autonomes, chacune dans son domaine propre. Pourtant, toutes deux servent également la vocation personnelle et sociale des mêmes êtres humains. Car l'homme ne se limite pas aux réalités temporelles: bien qu'il vive dans une période spécifique de l'histoire, il est appelé à la transcendance et est destiné à l'éternité. C'est cet appel suprême et ce destin ultime qui doivent informer et définir les actions sociales économiques et politiques entreprises par les individus, les peuples et les nations (cf. ibid )
4. J'ai noté avec plaisir les réflexions de Votre Excellence au sujet du respect et de l'estime de l'Éthiopie pour les différences d'ordre religieux et culturel. En effet, une condition indispensable pour que tout peuple s'assure un ordre social juste et pacifique, est que les fidèles de traditions religieuses différentes s'efforcent de vivre en harmonie. A cet égard, les termes de la nouvelle Constitution éthiopienne sont particulièrement importants car ils garantissent le droit des individus à la liberté de religion, tant au niveau de la croyance que de la pratique, en public et en privé. Cette liberté est l'une des pierres angulaires des droits humains et l'une des composantes nécessaires d'une société véritablement démocratique.
En vivant dans ce climat de liberté et guidés par la lumière de l'Évangile, les catholiques de votre pays continueront à contribuer à l'édification de la société, à travers leur participation dans l'éducation, la santé et le travail des organisations caritatives. J'apprécie vos paroles de gratitude pour ce travail accompli par l'Église.
Monsieur l'Ambassadeur, tandis que vous vous apprêtez à assumer vos nouvelles responsabilités, je vous offre mes meilleurs vœux pour le succès de votre mission et je vous assure de la coopération des bureaux de la Curie romaine. Sur Votre Excellence, ainsi que sur le peuple d'Éthiopie, j'invoque une abondance de Bénédictions divines de Dieu tout-puissant.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.52 pp.8, 9.
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ADDRESS OF HIS HOLINESS JOHN PAUL II
TO H.E. Mr FILIMONE JITOKO,
NEW AMBASSADOR OF FIJI TO THE HOLY SEE*
Thursday, 12 December 1996
Monsieur l’Ambassadeur,
1. C'est pour moi un plaisir de vous accueillir au Vatican et d'accepter les Lettres de Créance par lesquelles S.E. l'honorable Ratu Sir Kamisese Mara vous accrédite comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Fidji près le Saint-Siège. Je me souviens avec une grande joie de ma visite pastorale dans votre pays en 1986, au cours de laquelle j'étais entouré par la beauté de votre pays natal et par l'affection de votre peuple. Je présente à mon tour les vœux du Président et j'exprime avec joie mon estime et mon amitié à tous vos concitoyens. Dans la Communauté des nations, les efforts du Saint-Siège sont fondés sur le désir de l'Église catholique de défendre et de promouvoir «la dignité inaliénable de chaque personne, sans aucune distinction fondée sur son origine raciale, ethnique, culturelle, nationale, ou sur sa croyance religieuse » (Message pour la Journée mondiale de la Paix 1989, n. 3). L'Église se réjouit lorsque les peuples s'unissent pour bâtir une société qui respecte la dignité et les droits de chaque être humain. Il est rassurant de savoir que la République de Fidji est fermement engagée à préserver l'égalité des droits de tous ses citoyens, un principe qui constitue une base essentielle pour une société libre et juste, dont l'objectif essentiel est de permettre à ses membres d'atteindre un total développement humain. Il est également essentiel d'instaurer un climat d'harmonie et de coopération, en particulier entre les groupes d'origine ethnique différente.
2, Comme le démontrent de façon si tragique les récents événements, lorsque l'intolérance s'introduit de façon insidieuse dans la vie d'une nation, l'harmonie sociale s'en trouve ébranlée. Parmi les défis auxquels doit faire face la Communauté internationale au seuil du troisième millénaire, se trouve celui d'encourager le développement pacifique des sociétés multi-religieuses et multi-culturelles. Comme Votre Excellence l'a souligné, il faut viser à atteindre l'unité nationale à travers le respect de la diversité. Les différences culturelles, religieuses et ethniques présentes dans un pays devraient être précieusement préservées comme des dons qui aident les personnes à apprécier cette unité dans la diversité de la famille humaine que Dieu a accordée. Il est plus que jamais nécessaire de promouvoir une estime profonde pour les différentes traditions à travers des programmes d'éducation qui encouragent l'enrichissement réciproque et la poursuite du bien commun (cf. Message pour la Journée mondiale de la Paix l991, n. 7). Ces programmes peuvent aider les personnes à reconnaître a la logique morale qui éclaire l'existence humaine et qui rend possible le dialogue entre les hommes et entre les peuples» (Discours à l'Assemblée générale des Nations unies, 5 octobre 1995, n. 3).
Monsieur l'Ambassadeur, je vous remercie pour l'appréciation que vous avez cordialement exprimée au sujet de la contribution que les catholiques ont apportée à l'édification d'une société juste et pacifique dans vos îles. Si l'Église accorde toujours une priorité à sa vocation évangélisatrice, il est également vrai que de sa mission religieuse "découlent une fonction, des lumières et des forces qui peuvent servir à constituer et à affermir la communauté des hommes selon la loi divine» (Gaudium et spes, n. 42). Les catholiques des îles Fidji sont engagés à œuvrer pour le bien-être de la société tout entière. C'est pourquoi je les ai exhortés, lors de ma visite à Suva, à "œuvrer pour une société plus juste, dans laquelle les biens seront partagés de façon plus équitable et où chacun pourra mener une vie en harmonie avec leur dignité humaine» (Homélie, 21 novembre 1986, n. 7).
3. La liberté de religion dont jouit votre pays a permis aux catholiques d'apporter leur contribution au véritable progrès social, en particulier dans le domaine de la santé, des services sociaux et surtout de l'éducation. Comme vous l'avez remarqué, l'Église a joué un rôle de premier plan dans le domaine de l'éducation, dans lequel elle s'est engagée non seulement à apporter ses connaissances utiles, mais aussi à développer la capacité de la jeunesse de Fidji à rechercher et à connaître la vérité, à grandir dans le respect pour les autres, à œuvrer avec espoir pour un nouvel épanouissement de l'esprit humain. Vous pouvez être assuré que l'Église catholique ‑ ses prêtres, ses religieux et ses laïcs ‑ continueront d’œuvrer pour le bien-être de votre pays en formant la conscience morale de ses citoyens.
Alors que vous commencez votre mission comme Ambassadeur de la République de Fidji près le Saint-Siège, je vous assure de la coopération des différents services de la Curie romaine. Sur vous, Excellence, ainsi que sur tout le peuple de Fidji, j'invoque cordialement la Bénédiction de Dieu tout-puissant.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française 1997 n.2 p.6, 7.
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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À S.E. M. MARC A. TROUILLOT,
NOUVEL AMBASSADEUR DE LA
RÉPUBLIQUE D'HAÏTI PRÈS LE SAINT-SIÈGE*
Jeudi 12 décembre 1996
Monsieur l'Ambassadeur,
Soyez le bienvenu en cette demeure, où j'ai le plaisir d'accueillir Votre Excellence à l'occasion de la présentation des Lettres qui l'accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République d'Haïti près le Saint-Siège.
Je vous remercie vivement de m'avoir transmis les salutations de Son Excellence Monsieur René Préval, Président de la République d'Haïti, que j'ai eu le plaisir de recevoir ici même il y a quelques mois. En retour, je vous saurais gré de bien vouloir lui exprimer les vœux que je forme pour sa personne et pour l'accomplissement de sa haute fonction au service de la nation. Je salue également avec cordialité le peuple haïtien, me souvenant encore de ma visite dans son pays et de l'accueil inoubliable qu'il m'avait réservé.
Ces dernières années, votre pays a connu bien des évolutions, et je me réjouis des efforts qui sont faits pour le conduire sur les difficiles chemins de la démocratie et du développement. Je connais les importants défis auxquels la nation est encore affrontée aujourd'hui. Aussi, j'encourage tous ceux et toutes celles qui travaillent avec générosité à la promotion de la personne humaine et qui luttent contre toutes les formes de pauvreté, obstacles à l'épanouissement de l'homme et au renouveau de la société. Une des exigences indispensables de ce combat pour l'homme est l'unité du peuple tout entier autour des idéaux de fraternité et de coopération dans la concorde et l'établissement de la justice.
C'est dans cet esprit que je souhaite voir le peuple haïtien trouver les conditions d'une vie digne dans une société pacifiée et solidaire. Pour cela, il importe que ceux qui ont une responsabilité dans la vie nationale mettent tout en œuvre pour servir la construction d'un avenir meilleur pour l'ensemble de leurs compatriotes, et tout particulièrement pour les plus défavorisés d'entre eux. Créant ainsi un climat de confiance, ils faciliteront la réalisation concrète des justes aspirations de la population et lui permettront de mener activement une vie sociale conforme à ses vœux.
Monsieur l'Ambassadeur, dans votre discours, vous avez souligné que le peuple haïtien est un peuple de croyants. Je souhaite donc, qu'il découvre en Dieu des raisons profondes d'aimer la vie et de constituer une véritable fraternité entre tous les membres de la nation
Votre accréditation auprès du Saint-Siège est un témoignage de l'importance que votre peuple attache aux valeurs spirituelles et au message évangélique. Je ne doute pas que votre fonction, que vous inaugurez officiellement en ce jour, renforcera les liens de compréhension et d'amitié entre votre pays et le Siège apostolique, au bénéfice de tous les Haïtiens. L'Église, fidèle à sa mission de service de l'homme, souhaite contribuer, à la place qui est la sienne, à promouvoir la dignité et le développement intégral de la personne, pour que chacun puisse pleinement s'épanouir, selon le dessein de Dieu sur sa création tout entière. Son message est la Bonne Nouvelle de l'Évangile qui s'adresse à tous et proclame la paix, l'amour et la liberté. Elle le concrétise à travers ses divers engagements, notamment en privilégiant les plus pauvres de la société. Par ses institutions d'éducation de la jeunesse, elle aide à libérer les personnes de la grave forme de misère qu'est le manque de formation culturelle et religieuse. Par ses œuvres dans les milieux de la santé, elle cherche à promouvoir le respect de la vie humaine et à manifester l'amour de Dieu pour ceux qui souffrent. En travaillant encore à d'autres formes de promotion sociale, elle apporte sa contribution au développement de la nation et au progrès de la justice.
Permettez-moi, Monsieur l'Ambassadeur, de saisir cette occasion pour adresser à travers votre personne mes salutations chaleureuses et mes encouragements à la communauté catholique d'Haïti et à ses Pasteurs. Je les invite à poursuivre généreusement, avec leurs compatriotes, leur engagement au service de leur patrie. Ils trouveront dans le dynamisme de leur foi le courage de répandre autour d'eux les grandes valeurs évangéliques auxquelles ils croient, pour le bien de la nation.
Alors que vous inaugurez votre mission, je vous offre mes vœux les meilleurs pour son bon déroulement et je puis vous assurer que vous trouverez toujours ici, auprès de mes collaborateurs, un accueil attentif et une compréhension cordiale.
Sur Votre Excellence, sur le peuple haïtien et sur ses dirigeants, j'invoque de grand cœur l'abondance des Bénédictions divines.
*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. XIX, 2 p.971-973.
L'Osservatore Romano 13.12.1996 p.5.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.52 p.6.
© Copyright 1996 - Libreria Editrice Vaticana
DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À S.E. M. N'TJI LAÏCO TRAORE,
NOUVEL AMBASSADEUR DE LA RÉPUBLIQUE
DU MALI PRÈS LE SAINT-SIÈGE*
Jeudi 12 décembre 1996
Monsieur l'Ambassadeur,
C'est avec plaisir que j'accueille Votre Excellence au Vatican à l'occasion de la présentation des Lettres qui l'accréditent comme l'Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Mali près le Saint-Siège.
J'ai été très sensible aux paroles courtoises que vous m'avez adressées et je vous en remercie vivement. Je vous sais gré, tout particulièrement, de m'avoir transmis les salutations de Son Excellence Monsieur Alpha Oumar Konaré, Président de la République du Mali, que j'ai eu l'occasion d'accueillir ici au Vatican le 15 novembre dernier. Par votre entremise, il m'est agréable de lui renouveler les vœux chaleureux que je forme pour sa personne et pour l'accomplissement de sa haute charge au service du peuple malien. Je salue également les membres du Gouvernement et j'invoque l'aide de Dieu sur les responsables de la nation et sur tous vos concitoyens.
Dans votre allocution, vous avez rappelé l'œuvre du Siège Apostolique en faveur de la paix entre les nations et pour le développement des peuples dans une solidarité active. De fait, l'Église catholique, agissant selon l'esprit du Christ, souhaite collaborer avec tous les hommes de bonne volonté à réduire les fractures qui conduisent à de graves hostilités entre les nations ou entre les groupes humains. Elle désire ainsi contribuer à l'édification d'une société humaine fraternelle et solidaire. La création de la Fondation pour le Sahel a voulu être un signe de la préoccupation constante du Saint-Siège pour les peuples les plus défavorisés, et de son engagement à susciter des actes concrets d'entraide, tout particulièrement dans cette région de l'Afrique.
Il m'a été agréable de connaître les efforts engagés par votre pays sur les difficiles chemins de la démocratie et du développement. Je souhaite que les idéaux de paix, de fraternité, de compréhension mutuelle et de respect de la spécificité de toutes les communautés humaines et religieuses qui composent la nation, continuent à inspirer toujours plus ceux qui ont la charge de conduire les destinées du peuple malien.
La situation de pauvreté dont souffrent tant de personnes, sous de multiples formes, est un défi moral permanent pour les États et pour l'ensemble de la famille humaine dans la réalisation d'une société vraiment conforme aux aspirations légitimes des hommes. Dans le message que j'ai adressé à l'Église pour la journée mondiale des migrantes et des réfugiés, que vous avez eu l'amabilité d'évoquer, j'émets le vœu que soit portée une attention particulière aux personnes qui vivent dans des conditions précaires, à celles qui sont contraintes de chercher de quoi vivre en dehors de leur pays, ou encore à celles qui ne peuvent rejoindre le sol national, menant la condition difficile des réfugiés. Ces causes nobles devraient susciter chez les responsables des nations et dans l'opinion publique un intérêt et un engagement plus grands afin que chaque personne et chaque groupe humain puissent vivre dans la dignité et le respect de leurs droits fondamentaux.
Votre présence en ces lieux, Monsieur l'Ambassadeur, est le signe que le Mali considère les valeurs spirituelles et religieuses comme profondément nécessaires pour le développement intégral de l'homme et de la société. Les liens entre le Mali et le Siège apostolique ne peuvent que s'en trouver renforcés.
Vous me permettrez, Monsieur l'Ambassadeur, de saluer avec affection, par votre intermédiaire, la communauté catholique malienne. Au début de cette année, j'ai eu la joie d'
accueillir ici-même les membres de la Conférence épiscopale du Mali pour leur visite ad limina. Cette rencontre a été pour moi l'occasion d'être une nouvelle fois proche de vos compatriotes. J'ai constaté avec satisfaction que l'Église jouit de l'estime de la population et de ses gouvernants et que les relations entre la communauté catholique et les croyants de l'Islam sont faites, le plus souvent, de convivialité et d'estime réciproque. Je sais que l'Église peut compter sur la bienveillance des autorités de votre pays pour promouvoir ses œuvres sociales et ses institutions d'éducation qui se veulent au service de la jeunesse et des familles, sans distinction d'origine ou de religion.
Stimulés par leur foi chrétienne, les catholiques veulent répandre au milieu de leurs frères et de leurs sœurs les valeurs de fraternité et de justice dans le respect des convictions de chacun. Je les encourage à continuer à travailler ardemment au développement de leur patrie, avec tous leurs compatriotes qui se rattachent à une autre confession religieuse, musulmans et adeptes de la religion traditionnelle.
Au moment où commence votre mission, je vous offre mes vœux les meilleurs, pour la noble tâche qui vous attend. Je vous assure que vous trouverez toujours ici un accueil attentif et une compréhension cordiale auprès de mes collaborateurs.
Sur Votre Excellence, sur Monsieur le Président de la République du Mali, sur le peuple malien et sur ses dirigeants, j'invoque de grand cœur l'abondance des Bénédictions du Très-Haut.
*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. XIX, 2 p.987-989.
L'Osservatore Romano 13.12. 1996 p.8.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française 1997 n.2 p.5, 8.
© Copyright 1996 - Libreria Editrice Vaticana