Discours à l’Ambassadeur de CHYPRE,
S.E.M. Theophilos V. THEOPHILOU*
24 avril 1997
Monsieur l'Ambassadeur,
En cette heureuse occasion, je vous souhaite une cordiale bienvenue et j'accepte les Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Chypre près le Saint-Siège. Avec une profonde reconnaissance pour les salutations que vous m'avez transmises de la part de votre gouvernement et du peuple, je vous prie de bien vouloir transmettre au Président, S.E. M. Glafcos Clerides, l'assurance de ma bienveillance et de mes prières.
Votre présence au Vatican aujourd'hui, en tant que Représentant d'un peuple fier de son antique civilisation et de ses valeurs culturelles, nous rappelle que les peuples et les cultures s'épanouissent lorsque la dimension spirituelle de la personne reçoit la place qui lui est due dans la vie de la société. Le respect de la dignité et des droits humains va de pair avec la vision transcendante du destin de l'homme qui, depuis le début de l'ère chrétienne, est profondément enracinée dans l'esprit et dans le cœur des Chypriotes. En effet, la reconnaissance de la dignité unique de l'homme en tant que personne créée à l'image de Dieu (cf. Gn 1, 26‑27), fournit les bases solides pour l'édification d'une société fondée sur la liberté, la justice et la paix. Dans cet esprit le véritable progrès matériel et moral dépend du respect des «droits humains universels, enracinés dans la nature de la personne, qui reflètent les exigences objectives et inaliénables d'une loi morale universelle» (Discours à l'Assemblée générale des Nations unies, 5 octobre 1995, n. 3).
La paix, qui a été définie «la tranquillité de l'ordre» (Saint Augustin, De Civitate Dei, XIX, 13), n'est pas un état passif, mais l'accomplissement des efforts conscients et assidus de ceux qui, avec l'aide de Dieu, luttent pour l'atteindre. n n'est pas suffisant - bien que ce soit une première étape indispensable - d'arrêter les guerres, de cesser les hostilités et de garantir la sécurité. Il est également nécessaire de soutenir des initiatives concrètes visant à conduire à la réconciliation des cœurs. Le défi immense qui consiste à œuvrer pour la réconciliation ne peut être relevé que si les parties en conflit sont déterminées à se libérer des conditionnements du passé. A l'approche du troisième millénaire chrétien, j'ai demandé que l'on réexamine l'histoire avec une nouvelle attitude d'ouverture et un désir de "guérir les mémoires» (cf. Message pour la Journée mondiale de la Paix, 1er janvier 1997, n. 3). Si l'on veut que le troisième millénaire débute dans la paix, les peuples et les nations doivent être convaincus de la nécessité d'offrir et d'accepter le pardon, «préalable indispensable pour s'acheminer vers une paix authentique et stable» (ibid., n. 1).
Monsieur l'Ambassadeur, la division permanente de Chypre nous rappelle qu'une solution doit être encore trouvée à ce douloureux problème. A cet égard, je répète ce que je disais en 1996 au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège: «Une telle situation, qui empêche des populations séparées ou dépossédées de leurs biens de construire leur avenir ne peut être maintenue indéfiniment. Que les négociations entre les parties concernées s'intensifient et soient animées d'une sincère volonté d'aboutir!» (Discours, 13 janvier 1996, n. 4). Nous devons être convaincus que si le respect mutuel, la bonne volonté, la disponibilité à admettre les erreurs passées et un ferme engagement à la paix prévalent, il sera possible de trouver une solution pour aller de l'avant. Les efforts courageux de chefs clairvoyants peuvent conduire à des solutions justes, même dans le cas de conflits et de divisions de longue date.
Les fidèles catholiques de Chypre désirent ardemment coopérer avec leurs frères et sœurs orthodoxes pour offrir le témoignage de vies inspirées par les valeurs de leur foi chrétienne. Tandis que les catholiques et les orthodoxes se préparent à célébrer le grand Jubilé de l'An 2000, puissent-ils prier ensemble pour que l'Esprit Saint les conduise à une coopération plus efficace au service de l'Évangile de la Paix. De plus, dans l'esprit des Béatitudes, ils devraient s'efforcer de créer un climat de dialogue interreligieux avec les disciples d'autres religions, afin d'ouvrir à tous les Chypriotes la voie qui leur permettra de surmonter les blessures de la division et de s'engager dans des actions concrètes de réconciliation.
Monsieur l'Ambassadeur, en cette occasion solennelle, je vous offre mes meilleurs vœux pour la noble tâche que vous vous apprêtez à accomplir, certain que vous ferez tout votre possible pour renforcer les liens d'amitié existant entre le Saint-Siège et la République de Chypre. Soyez assuré que lors de l'accomplissement de votre fonction, vous serez toujours accueilli cordialement par les différents services de la Curie romaine. Sur Votre Excellence et vos concitoyens, j'invoque les Bénédictions de Dieu tout-puissant.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.21 pp.6, 10.
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Discours à l’Ambassadeur de l’île MAURICE,
S.E.M. Satcam BOOLELL*
24 avril 1997
Monsieur l'Ambassadeur,
Je vous souhaite une cordiale bienvenue à l'occasion de la présentation des Lettres qui vous accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire tentiaire de l'île Maurice près le Saint-Siège. J'apprécie profondément les sentiments que vous avez exprimés, ainsi que les salutations que vous m'avez transmises de la part du Président, S.E. M. Cassam Uteem et du gouvernement. C'est avec plaisir que je leur transmets en retour l'assurance de mes prières pour le bien-être du peuple de votre pays.
Vous avez aimablement fait référence aux relations cordiales existant entre l'île Maurice et le Saint-Siège, et je suis certain que votre mission renforcera les liens qui nous unissent dans la poursuite du progrès de la famille humaine. Avec un profond respect pour les différentes cultures et civilisations, l'Église cherche à promouvoir la compréhension et à encourager la solidarité concrète entre les peuples et les nations. Elle le fait avant tout en contribuant à la formation et au développement de l'esprit humain, et en s'efforçant d'insuffler chez les personnes une ardeur à œuvrer de façon généreuse et responsable pour le bien commun.
Chaque nation doit apporter sa propre contribution à l'édification et au renforcement de la civilisation de la paix. Vivant à l'un des carrefours du monde, les Mauriciens incarnent des valeurs et des traditions à la fois de l'Est et de l'Ouest et ils ont montré de façon admirable que des personnes de différentes races et cultures peuvent vivre ensemble de façon pacifique et productive. Les catholiques de l'île Maurice jouent également un rôle actif dans la vie de votre nation. Inspirés par le dynamisme de leur foi, un dynamisme dont j'ai eu le privilège d'être le témoin direct il y a sept ans, lorsque la Divine Providence m'a permis de visiter votre pays, les catholiques mauriciens sont profondément engagés dans l'éducation et dans les œuvres de charité en faveur des personnes dans le besoin. Dans toutes ses activités, l'Église s'efforce de promouvoir la compréhension et l'harmonie entre les différents groupes ethniques et religieux, convaincue que seules la paix et la coopération peuvent apporter le développement et le progrès que les personnes désirent.
Ceci est également la motivation qui est à l'origine de la présence de l'Église dans la Communauté internationale, où son activité a pour but de promouvoir le dialogue entre les nations afin d'atteindre une paix véritable et durable dans le monde. L'engagement ferme en vue d'un développement humain intégral demeure un élément essentiel de cette paix, car il ne peut y avoir de paix que lorsque chacun reçoit une part équitable des bénéfices du progrès. Il existe un lien fondamental entre le développement et le respect de la dignité humaine et des droits humains. En effet, le développement ne peut être limité uniquement au domaine matériel mais il doit être également fondé sur l'accomplissement véritable de la personne. Un système économique qui ferait des personnes de simples moyens de production et de profit ne pourrait jamais satisfaire leurs aspirations les plus profondes à une vie meilleure. Nous voyons ici qu'il existe une dimension morale du développement, qui exige qu'un respect absolu soit porté à toutes les exigences qui découlent de l'ordre de la vérité et du bien propres à la personne humaine. (cf. Sollicitudo rei socialis, 33).
De plus, le progrès social légitime auquel aspire chaque pays ne peut être poursuivi de façon irresponsable au détriment de l'environnement naturel. Des régions entières du globe sont menacées par l'exploitation abusive des ressources naturelles et par une pollution mal contrôlée. Les nations et chaque personne ont le devoir moral de protéger le patrimoine commun de la vie animale et végétale et d'éviter la contamination de la terre, de la mer et de l'air. En rappelant l'immense beauté de votre île, j'exprime le souhait que la Communauté internationale tout entière applique sans délai les politiques nécessaires afin de s'assurer que les générations futures recevront en héritage un environnement naturel sain.
Monsieur l'Ambassadeur, au début de votre mission comme Représentant de votre pays auprès du Saint-Siège, je vous offre mes meilleurs vœux et je vous assure que les différents services de la Curie romaine seront toujours prêts à vous assister dans l'accomplissement de votre mission. En vous exprimant une fois de plus mon estime pour le peuple mauricien, j'invoque d'abondantes Bénédictions divines sur Votre Excellence et sur toute la nation.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.21 pp.5, 10.
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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À S.E. M. MOHAMED-SALAH DEMBRI, NOUVEL
AMBASSADEUR DE LA RÉPUBLIQUE ALGÉRIENNE
DÉMOCRATIQUE ET POPULAIRE PRÈS LE SAINT-SIÈGE*
Jeudi 24 avril 1997
Monsieur l'Ambassadeur,
C'est avec plaisir que j'accueille Votre Excellence au Vatican à l'occasion de la présentation des Lettres qui L'accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République Algérienne Démocratique et Populaire près le Saint-Siège.
Je vous saurais gré de transmettre à. Son Excellence Monsieur le Président Liamine Zéroual, ainsi qu'au peuple algérien, les vœux de bonheur et de prospérité que je forme pour toute la nation, priant le Très-Haut de lui accorder le don de la paix tant désirée.
2. Vous avez souligné, Monsieur l'Ambassadeur, la nécessité du respect des convictions de chacun ainsi que des libertés individuelles et collectives afin d'établir un véritable État de droit. Pour avancer sur les chemins du progrès et de la concorde, il est indispensable, en effet, de satisfaire les justes aspirations du peuple, en ouvrant des perspectives d'avenir fondées sur une réelle solidarité entre tous les citoyens et sur une acceptation mutuelle des diverses sensibilités. Mais les réponses à ces attentes ne peuvent se limiter à des dimensions purement économiques et matérielles, elles doivent prendre en compte tous les aspects de l'existence humaine, notamment en permettant une satisfaction légitime des besoins spirituels et culturels essentiels des personnes et de la société.
3. Je me réjouis de ce que vous avez dit de l'engagement de votre pays afin de prendre part à l'édification d'un monde plus solidaire et plus juste. Pour parvenir à la stabilité et à la paix entre les nations, c'est une nécessité aujourd'hui de promouvoir l'entente et la coopération. Dans cette perspective, on ne peut que soutenir les efforts faits entre les pays riverains de la Méditerranée pour favoriser une meilleure compréhension réciproque et le bien-être des populations. Le dialogue entre les croyants des différentes traditions religieuses doit aussi permettre une ouverture spirituelle qui favorise une collaboration fructueuse au service des peuples de la région.
4. Alors que nous nous approchons du troisième millénaire, l'Église catholique souhaite que les nations et les communautés humaines entreprennent ensemble « un véritable pèlerinage de paix, chacun partant de la situation concrète dans laquelle il se trouve » (Ioannis Pauli PP. II
Nuntius ob diem ad pacem fovendam dicatum pro a. D. 1997, 1, die 8 dec. 1996:
Insegnamenti di Giovanni Paolo II, XIX, 2 (1996) 928). Pour trop de personnes, la violence est devenue la tragique réalité quotidienne. Les souffrances qu'elle cause en appellent à la conscience de tout homme de bonne volonté et invitent à rechercher avec constance les chemins de la réconciliation. Cette voie est difficile et parsemée d'obstacles; pourtant, la culture de la violence doit laisser place à la « culture de la paix ». Seule une volonté sincère de parvenir à une réconciliation effective peut permettre de surmonter les résistances et de rechercher le bien commun avant les intérêts particuliers.
Par votre présence en ces lieux, votre pays manifeste sa volonté de donner une place importante aux valeurs spirituelles et morales sans lesquelles une société ne peut s'établir durablement. Je souhaite que les liens, déjà anciens, entre le Siège apostolique et l'Algérie permettent une compréhension toujours plus grande, qui contribue à la concorde entre les communautés humaines.
5. Par votre entremise, permettez-moi, Monsieur l'Ambassadeur, d'adresser un salut affectueux à la petite communauté catholique de votre pays. Au cours des derniers mois, à plusieurs reprises, elle a été tragiquement frappée par la violence aveugle, partageant ainsi la condition de tant de vos compatriotes. Je souhaite que le sacrifice de l'Évêque d'Oran, des moines trappistes de Notre-Dame de l'Atlas, ainsi que celui de plusieurs autres religieux et religieuses soit pour votre pays un gage d'espérance et de foi dans un avenir de justice et de respect mutuel. Aux Évêques et aux catholiques d'Algérie je redis mes encouragements dans leur généreux témoignage de fraternité avec le peuple algérien tout entier. Je reste proche d'eux, et je prie Dieu pour que vienne rapidement sur cette terre, qui a connu tant d'épreuves, le moment de la réconciliation et de la paix.
6. Alors que commence votre mission, je vous offre mes vœux les meilleurs pour la noble tâche qui vous attend. Je vous assure que vous trouverez toujours auprès de mes collaborateurs un accueil attentif et une compréhension cordiale.
Sur Votre Excellence et sur tout le peuple algérien, j'invoque de grand meut l'abondance des Bénédictions du Tout-Puissant.
*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. XX, 1 p. 785-787.
L'Osservatore Romano 25.4.1997 p.8.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.21 pp.9, 11.
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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À S.E. M. OLLI MENNANDER, NOUVEL AMBASSADEUR
DE FINLANDE PRÈS LE SAINT-SIÈGE*
Jeudi 24 avril 1997
Monsieur l'Ambassadeur,
1. C'est avec grand plaisir que je souhaite la bienvenue à Votre Excellence, au moment où Elle présente les Lettres qui L'accréditent auprès du Saint-Siège, en qualité d'Ambassadeur extraordinaire notre et plénipotentiaire de Finlande.
Je vous prie de bien vouloir transmettre à Son Excellence Monsieur Martti Ahtisaari, Président de la République de Finlande, mes remerciements cordiaux pour l'aimable message dont vous vous êtes fait l'interprète. À mon tour, je forme des vœux cordiaux pour l'heureux accomplissement de sa tâche au service de tous ses compatriotes. Je vous remercie des paroles courtoises que vous avez eues à mon égard. Elles témoignent de nobles sentiments que j'ai vivement appréciés; elles manifestent aussi votre attention et votre compréhension pour l'action et la mission spirituelles et morales du Siège apostolique en faveur de la paix, de la solidarité entre les peuples, des droits de l'homme et de la dignité de tout être.
2. Vous avez évoqué, Monsieur l'Ambassadeur, quelques aspects de la vie internationale, en rappelant opportunément le rôle joué par votre pays dans le développement des relations en Europe, en particulier au sein de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, dont la fondation reste liée à votre terre par la signature de l'acte final, à Helsinki, le 1er août 1975. Tous les pays du continent sont invités à s'engager dans la construction d'une Europe de paix et de solidarité, pour que les institutions mises en place soient réellement au service des peuples. À ce propos, je sais gré à votre Gouvernement et à vos compatriotes d'avoir participé aux efforts de paix en Bosnie-Herzégovine, par le dialogue avec les forces antagonistes et par une assistance technique soutenue, afin que les hommes de cette terre puissent se doter d'institutions démocratiques indispensables à la vie publique et relancer leur économie, pour le bien de tous.
Pour l'avenir du continent européen dans lequel existent encore d'inquiétants foyers de tension, ainsi que pour la paix et l'amitié entre les peuples, il est plus que jamais important que les nations se donnent ensemble des moyens institutionnels solides; cela affermira la collaboration confiante entre les différentes Autorités gouvernementales, ainsi qu'entre les hommes qui vivent sur le continent. Une telle démarche sera bénéfique pour tous les Européens et elle favorisera la croissance spirituelle, morale et économique, essentielle dans une période où la crise atteint de nombreuses personnes et de nombreuses familles.
3. Vous avez évoqué, Monsieur l'Ambassadeur, la question des droits de l'homme, à laquelle le Saint-Siège est fortement attaché, car elle est l'expression de la grandeur et de la dignité inaliénable de tout être humain, du sens moral et de l'attention à la place de chacun dans la société. En effet, il y a un lien étroit entre la valeur de la personne et le service qu'elle est appelée à rendre en vue du bien commun. Comme on peut le constater dans un certain nombre de conflits, le refus de garantir l'inviolabilité de l'être humain ne peut qu'avoir des conséquences néfastes sur la vie sociale. Car, en tant que membre d'une nation, l'homme doit travailler avec et pour ses frères, mais, créé à l'image de Dieu, son être et sa vie ne se limitent pas à leur aspect communautaire. L'homme spirituel est au service de l'humanité, mais la société est ordonnée à la promotion de l'homme.
4. Ainsi que je l'écrivais déjà dans l'encyclique « Evangelium Vitae », je me réjouis de « la progression d'un sens moral plus disposé à reconnaître la valeur et la dignité de tout être humain en tant que tel, sans aucune distinction de race, de nationalité, de religion, d'opinion politique ou de classe sociale » (Ioannis Pauli PP. II
Evangelium Vitae, 18). Plus que jamais, nos contemporains sont donc appelés à lutter pour que le droit primordial à la vie et la dignité humaine de tout être déjà conçu soient protégés et que les sociétés développent une culture de la vie. Dans cet esprit, il importe que se poursuive la formation de la conscience morale de nos contemporains, afin qu'ils puissent inlassablement réagir lorsque la dignité humaine est bafouée. Cela doit pouvoir aller, en particulier pour les personnels de santé, jusqu'à la possibilité, librement reconnue d'exercer leur devoir d'objection de conscience, pour ne pas commettre des actes que leurs convictions philosophiques et que leur foi réprouvent. En effet, ceux qui sont chargés de soigner leurs frères définissent avant tout leur profession comme un « oui » passionné et tenace à la vie et à sa beauté, quelle que soit la perception que les autres peuvent en avoir. Ce consentement à la vie donnera aux jeunes une espérance renouvelée et leur permettra de prendre courage en eux-mêmes.
5. Votre venue dans la maison du Successeur de Pierre me permet d'évoquer la présence des fidèles catholiques dans votre pays. Ils sont peu nombreux, mais ils apprécient la liberté qui leur est laissée dans l'exercice de leur vie chrétienne; en promouvant les valeurs morales primordiales qui fondent la dignité de l'homme et qui ouvrent à la-vie fraternelle, ils ont avant tout le désir de participer activement à la vie sociale de leur terre, dans un dialogue cordial et constructif avec toutes les composantes de la nation, notamment, en un esprit œcuménique, avec les différentes communautés religieuses qui se trouvent en Finlande.
Ma pensée se tourne aussi vers l'ensemble de vos compatriotes dont un nombre important subit aujourd'hui les effets de la crise économique qui frappe le continent. Je souhaite que, dans un élan constant de solidarité nationale, chacun puisse trouver la place qui lui revient au sein de la société et avoir les moyens de vivre dans la dignité avec les membres de sa famille. Grâce à leur sens convivial et aux valeurs de l'accueil et du partage qui les caractérisent, vos concitoyens sont aussi invités à apporter leur contribution spécifique à la construction de l'Europe des peuples. Ils découvriront ainsi que les échanges entre les nations du continent sont sources de bienfaits pour tous les hommes et ils feront avancer la cause de la justice et de la paix, pour être heureux de vivre sur leur terre.
6. Au moment où commence votre mission de Représentant de la République de Finlande, je vous souhaite, Monsieur l'Ambassadeur, un heureux séjour à Rome. Je puis vous assurer que vous trouverez toujours auprès de mes collaborateurs un soutien attentif et un accueil cordial.
Sur Votre Excellence, sur le peuple finlandais et sur ceux qui ont en charge ses destinées au seuil du troisième millénaire, j'invoque de grand cœur l'abondance des Bénédictions divines.
*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. XX, 1 p. 763-766.
L'Osservatore Romano 25.4.1997 p.5.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.21 p.6, 10.
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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À S.E. M. ELIAS NAJMEH, NOUVEL AMBASSADEUR
DE LA RÉPUBLIQUE ARABE SYRIENNE PRÈS LE SAINT-SIÈGE*
Jeudi 24 avril 1997
1. C'est avec joie que j'accueille Votre Excellence à l'occasion de la présentation des Lettres qui L'accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République Arabe Syrienne auprès du Saint-Siège.
Je vous remercie, Monsieur l'Ambassadeur, de m'avoir transmis les vœux de Son Excellence Monsieur Hafez Al Assad, Président de la République Arabe Syrienne. Je vous saurais gré de lui exprimer en retour mes souhaits déférents pour sa personne et pour son long engagement au service de tous ses compatriotes, ainsi que les vœux que je forme pour ceux qui ont la charge de servir la nation et pour tout le peuple de Syrie.
2. Vous avez évoqué l'importance des valeurs spirituelles et morales qui appartiennent aux traditions de vos compatriotes et des habitants de votre région, marquée par l'histoire de saint Paul, une des colonnes de l'Église, qui s'est inlassablement attaché à développer ces mêmes valeurs auprès des peuples qu'il rencontrait. Aujourd'hui encore, il est essentiel de privilégier ces valeurs, qui favorisent un dialogue authentique entre les membres des religions monothéistes et qui mettent à parité les personnes et les différents groupes religieux au sein de la société. Comme je le rappelais récemment, les dirigeants des Nations ont la grave responsabilité « d'orienter par leurs décisions l'harmonie entre les peuples, les cultures et les diverses religions » [
1].
3. Le dialogue, dont vous avez souligné l'importance, suppose la liberté de conscience et la liberté religieuse des personnes et des familles. Cette liberté fondamentale est pour tous les croyants une école d'humanité et de fraternité [
2]. Elle contribue à l'édification d'une société toujours plus conviviale. En effet, par le respect de leur identité spirituelle propre, les hommes et les femmes se sentent valorisés dans leur être et sont ainsi plus aptes à s'engager dans le développement social de leur pays, qu'ils aiment parce qu'il est leur terre d'origine. Cette vision doit inspirer la situation régionale et chacun doit s'efforcer, malgré les difficultés, de soutenir la recherche d'une paix globale, juste et durable.
Mais, dans toutes les nations, « la paix ne pourra être juste et durable que si elle repose sur le dialogue loyal entre partenaires égaux, dans le respect de l'identité et de l'histoire de chacun, si elle repose sur le droit des peuples à la libre détermination de leur destin, sur leur indépendance et sur leur sécurité » [
3].
Comme leurs frères musulmans, les catholiques de Syrie puisent leur dynamisme dans la pratique religieuse, nécessaire à leur foi, au sein de communautés vivantes appelées à se réunir régulièrement autour de leurs pasteurs. Bien que peu nombreux dans votre pays, ils souhaitent s'engager au service de la paix et de la construction nationale, aux côtés de leurs compatriotes. Vous savez, Monsieur l'Ambassadeur, que les efforts de l'Église et des chrétiens sont particulièrement orientés vers le bien intégral des personnes et des peuples, en raison même de la mission spirituelle, religieuse et morale de l'Église au sein de la Communauté internationale, mission à laquelle vous avez aimablement fait référence.
4. Je suis particulièrement sensible aux paroles d'estime de votre Gouvernement à l'égard des efforts déployés par le Siège apostolique en faveur de la paix, de la justice et du dialogue interreligieux. Partout dans le monde, l'Église catholique s'efforce de se faire l'interprète de la soif de dignité et de justice de ses contemporains, et de conduire les hommes sur le chemin de la paix; elle reconnaît et salue l'attention de la Communauté internationale et les nombreuses actions entreprises dans ce domaine au cours des années écoulées. Mais elle mesure aussi le chemin qu'il reste encore à parcourir pour que chaque peuple retrouve sa liberté sans ambiguïté et chaque pays sa souveraineté complète [
4]. Dans la cause de la paix, l'Église, qui a un rôle distinct de celui des Autorités civiles, souhaite uniquement servir le bien communs [
5].
C'est en raison de cette attention spécifique à l'homme que, sans prendre la place des Autorités légitimes des pays, l'Église et les fidèles du Christ présents dans les différentes nations souhaitent aussi participer à l'éducation des consciences aux principes essentiels et aux valeurs fondamentales de la vie sociale, comme le respect de la dignité inaliénable de tout être humain, la solidarité et la fraternité entre toutes les composantes humaines d'une nation.
5. Au moment où commence votre mission, je vous offre mes vœux les meilleurs. Soyez assuré que vous trouverez toujours auprès de mes collaborateurs un accueil attentif et une compréhension cordiale, pour mener à bien votre activité. Sur Votre Excellence, sur les dirigeants et sur le peuple de Syrie, j'invoque de grand cœur les Bienfaits du Tout-Puissant.
[
5] Cfr.
Gaudium et Spes, 76.
*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. XX, 1 p. 773-775.
L'Osservatore Romano 25.4. 1997 p.6.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.21 pp. 7, 10.
© Copyright 1997 - Libreria Editrice Vaticana