VOYAGE APOSTOLIQUE À PARIS, À L'OCCASION DE LA
XII JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE
(21-24 AOÛT 1997)
RENCONTRE AVEC LES JEUNES
MÉDITATION DU PAPE JEAN-PAUL II
Champ de Mars
Jeudi 21 août 1997
Chers Jeunes,
1. Nous venons d'entendre l'Évangile du lavement des pieds. Par ce geste d'amour, le soir du Jeudi Saint, le Seigneur nous aide à comprendre le sens de la Passion et de la Résurrection. Le temps que nous allons vivre ensemble est en relation avec la Semaine Sainte et, en particulier, avec les trois journées qui nous rappellent le mystère de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ. Cela se rattache aussi à la démarche de l'initiation chrétienne et du catéchuménat, c'est-à-dire de la préparation des adultes au baptême, qui avait dans l'Église primitive une portée fondamentale. La liturgie du Carême marque les étapes de la préparation des catéchumènes au baptême, célébré pendant la Veillée pascale. Au cours des jours à venir, accompagnons le Christ dans les dernières étapes de sa vie terrestre et contemplons les grands aspects du mystère pascal, pour affermir la foi de notre Baptême; manifestons tout notre amour au Seigneur, comme Pierre l'a fait en lui disant par trois fois au bord du lac, après la Résurrection: « Tu sais bien que je t'aime » (cf. Jn 21, 4-23).
Le Jeudi Saint, par l'institution de l'Eucharistie et du sacerdoce, ainsi que par le lavement des pieds, Jésus a clairement montré aux Apôtres rassemblés le sens de sa Passion et de sa mort. Il les a aussi introduits au mystère de la Pâque nouvelle et de la Résurrection. Le jour de sa condamnation et de sa crucifixion par amour pour les hommes, il a fait don de sa vie au Père, pour le salut du monde. Au matin de Pâques, les saintes femmes, puis Pierre et Jean, ont trouvé le tombeau vide. Le Seigneur ressuscité est apparu à Marie-Madeleine, aux disciples d'Emmaüs et aux Apôtres. La mort n'a pas eu le dernier mot. Jésus est sorti victorieux du tombeau. Après s'être retirés au Cénacle, les Apôtres ont reçu l'Esprit Saint, qui leur a donné la force d'être des missionnaires de la Bonne Nouvelle.
2. Le lavement des pieds, manifestation de l'amour parfait, est le signe de reconnaissance des disciples. « Ce que j'ai fait pour vous, faites-le vous aussi » (Jn 13, 15). Jésus, Maître et Seigneur, quitte sa place à table pour prendre celle du serviteur. Il inverse les rôles, manifestant la nouveauté radicale de la vie chrétienne. Il montre humblement qu'aimer en paroles et en actes, cela consiste avant tout à servir ses frères. Celui qui ne l'accepte pas ne peut pas être disciple. À l'inverse, celui qui sert reçoit la promesse du salut éternel.
Depuis notre Baptême, nous sommes renés à la vie nouvelle. L'existence chrétienne exige de nous d'avancer sur la voie de l'amour. La loi du Christ est la loi de l'amour. Transformant le monde à la manière d'un ferment, elle désarme les violents et donne leur place aux plus faibles et aux plus petits, appelés à annoncer l'Évangile. Par l'Esprit reçu, le disciple du Christ est poussé à se mettre au service de ses frères, dans l'Église, dans sa famille, dans sa vie professionnelle, dans de nombreuses associations et dans la vie publique, au niveau national et international. Cette démarche est en quelque sorte le baptême et la confirmation continués. Servir est le chemin du bonheur et de la sainteté: notre vie devient alors une démarche d'amour envers Dieu et envers nos frères.
En lavant les pieds de ses disciples, Jésus anticipe l'humiliation de la mort sur la Croix, par laquelle il servira le monde de manière absolue. Il montre que son triomphe et sa gloire passent par le sacrifice et par le service: c'est aussi le chemin de tout chrétien. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner librement sa vie pour ses amis (cf. Jn 15, 13), car l'amour sauve le monde, construit la société et prépare l'éternité. Vous serez ainsi les prophètes d'un monde nouveau. Que l'amour et le service soient les règles premières de votre vie! Dans le sacrifice de vous-mêmes, vous découvrirez ce que vous avez vous-mêmes reçu et vous recevrez à votre tour le don de Dieu.
3. Chers jeunes, en tant que membres de l'Église, il vous appartient de continuer le geste du Seigneur: le lavement des pieds préfigure toutes les œuvres d'amour et de miséricorde que les disciples du Christ accompliront tout au long de l'histoire, pour faire grandir la communion entre les hommes. Aujourd'hui, vous êtes vous aussi appelés à vous engager dans ce sens: acceptant de suivre le Christ; vous annoncez que le chemin de l'amour parfait passe par le don total et constant de soi-même. Lorsque des hommes souffrent, lorsqu'ils sont humiliés par la misère ou l'injustice, et qu'ils sont bafoués dans leurs droits, attachez-vous à les servir; l'Église invite tous ses fils à s'engager pour que chaque personne puisse vivre debout et être reconnue dans sa dignité primordiale d'enfant de Dieu. Chaque fois que nous servons nos frères, nous ne nous éloignons pas de Dieu, bien au contraire, nous le rencontrons sur notre chemin et nous le servons. « Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait » (cf. Mt 25, 40). De cette manière, nous rendons gloire au Seigneur, notre Créateur et notre Sauveur, nous faisons grandir le Règne de Dieu dans le monde et nous faisons progresser l'humanité.
Pour rappeler cette mission essentielle des chrétiens envers tout homme, particulièrement envers les plus pauvres, j'ai voulu prier au Trocadéro, sur le parvis des droits de l'homme, dès le début de la Journée mondiale de la Jeunesse. Ensemble, nous prions aujourd'hui spécialement pour les jeunes qui n'ont ni la possibilité ni les moyens de vivre dignement et de recevoir l'éducation nécessaire à leur croissance humaine et spirituelle, à cause de la misère, de la guerre ou de la maladie. Qu'ils soient assurés de l'affection et du soutien de l'Église!
4. Celui qui aime ne calcule pas, il ne recherche pas d'avantages. Il agit dans le secret et gratuitement pour ses frères, sachant que tout homme, quel qu'il soit, a une valeur infinie. Dans le Christ, il n'y a pas de personnes inférieures ou supérieures. Il n'y a que les membres d'un même corps, qui veulent le bonheur les uns des autres et qui désirent construire un monde accueillant à tous. Par des gestes d'attention et par notre participation active à la vie sociale, nous témoignons à notre prochain que nous voulons l'aider à devenir lui-même et à donner le meilleur de lui-même, pour sa promotion personnelle et pour le bien de toute la communauté humaine. La fraternité bannit la volonté de puissance, et le service la tentation du pouvoir.
Chers jeunes, vous portez en vous des capacités extraordinaires de don, d'amour et de solidarité. Le Seigneur veut raviver cette générosité immense qui anime votre cœur. Je vous invite à venir puiser à la source de la vie qui est le Christ, pour inventer chaque jour les moyens de servir vos frères au sein de la société dans laquelle il vous appartient de prendre vos responsabilités d'hommes et de croyants. Dans les domaines sociaux, scientifiques et techniques, l'humanité a besoin de vous. Prenez soin de perfectionner sans cesse vos qualifications professionnelles, afin d'exercer votre métier avec compétence, et, dans le même temps, ne négligez pas d'approfondir votre foi, qui illuminera toutes les décisions que vous aurez à prendre pour le bien de vos frères, dans votre vie personnelle et dans votre travail. Tout en voulant être reconnus pour vos qualités professionnelles, comment n'auriez vous pas aussi le désir d'accroître votre vie intérieure, source de tout dynamisme humain ?
5. L'amour et le service donnent du sens à notre vie et la rendent belle, car nous savons pour quoi et pour qui nous nous y engageons. C'est au nom du Christ qui nous a aimés et servis le premier. Qu'y a-t-il de plus grand que de se savoir aimé? Comment ne pas répondre joyeusement à l'attente du Seigneur? L'amour est le témoignage par excellence qui ouvre à l'espérance. Le service des frères transfigure l'existence; il manifeste que l'espérance et la vie fraternelle sont plus fortes que toute tentation de désespoir. L'amour peut triompher en toute circonstance.
Déconcerté par l'humble geste de Jésus, Pierre lui dit: « Toi, Seigneur, me laver les pieds! », « Me laver les pieds à moi! Jamais! » (Jn 13, 6; 8). Comme lui, nous mettons du temps à saisir le mystère du salut et nous refusons parfois d'entrer dans la petite voie de l'amour. Seul celui qui se laisse aimer peut aimer à son tour. Pierre a permis que le Seigneur lui lave les pieds. Il s'est laissé aimer, puis il a compris. Chers jeunes, faites l'expérience de l'amour du Christ: vous prendrez conscience de ce qu'il a fait pour vous et alors vous comprendrez. Seul celui qui vit en intimité avec son Maître peut l'imiter. Celui qui se nourrit du Corps du Christ trouve la force du geste fraternel. Entre le Christ et son disciple se crée ainsi une relation de proximité et d'union, qui transforme l'être en profondeur pour en faire un serviteur. Chers jeunes, il vous arrive de vous demander comment servir le Christ. Dans le lavement des pieds, vous trouvez la voie royale pour rejoindre le Christ en l'imitant et en le découvrant dans vos frères.
6. Par votre apostolat, vous proposez à vos frères l'Évangile de la charité. Là où le témoignage de la parole est difficile ou impossible dans un monde qui ne l'accepte pas, par votre attitude vous rendez présent le Christ serviteur, car votre action est en harmonie avec l'enseignement de Celui que vous annoncez. C'est une forme éminente de confession de foi, qui a été pratiquée avec humilité et persévérance par les saints. C'est une façon de signifier que l'on peut tout sacrifier à la vérité de l'Évangile et à l'amour de ses frères, comme le Christ. En conformant notre vie à la sienne, en vivant comme lui dans l'amour, nous acquérons la véritable liberté, pour répondre à notre vocation. Cela peut demander parfois l'héroïsme moral qui consiste à nous engager avec courage à la suite du Christ, avec la certitude que le Maître nous montre le chemin du bonheur. C'est seulement au nom du Christ que l'on peut aller jusqu'à l'extrême de l'amour, dans le don et le désintéressement.
Chers jeunes, l'Église a confiance en vous. Elle compte sur vous pour être les témoins du Ressuscité par toute votre vie. Vous allez maintenant rejoindre les lieux des différentes veillées. De manière festive ou dans la méditation, tournez votre regard vers le Christ, pour pénétrer le sens du message divin et pour trouver la force pour la mission que le Seigneur vous confie dans le monde, que ce soit dans un engagement de laïc ou dans la vie consacrée. En relisant aussi votre existence quotidienne avec lucidité et espérance, mais sans amertume ou découragement, en partageant vos expériences, vous percevrez la présence de Dieu, qui vous accompagne avec délicatesse. À la lumière de la vie des saints et d'autres témoins de l'Évangile, aidez-vous les uns les autres à affermir votre foi et à être les apôtres de l'an 2000, rappelant au monde que le Seigneur nous invite à sa joie et que le véritable bonheur consiste à se donner par amour pour ses frères ! Apportez votre contribution à la vie de l'Église qui a besoin de votre jeunesse et de votre dynamisme !
VOYAGE APOSTOLIQUE À PARIS, À L'OCCASION DE LA
XII JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE
(21-24 AOÛT 1997)
ACCUEIL DES JEUNES SUR LE CHAMP DE MARS
SALUT DU PAPE JEAN-PAUL II
Champ de Mars
Jeudi 21 août 1997
Jeunes du monde entier,
L'Évêque de Rome vous salue et vous dit sa confiance et sa joie de vous rencontrer. Vous venez de différents pays et de tous les continents. Vous représentez non seulement la jeunesse française et européenne, mais aussi celle d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et du Sud, des Archipels et des Îles de l'Océan atlantique, la jeunesse de nombreux pays africains, des Îles de l'Océan indien, la jeunesse d'Asie, d'Australie, de l'Orient lointain et de toutes les mers qui entourent le continent asiatique, la jeunesse du Pacifique. C'est une Journée de la jeunesse véritablement mondiale ! Vous êtes l'espérance du monde, vous qui aspirez à une vie toujours plus belle, fondée sur les valeurs morales et spirituelles qui rendent libres et qui dirigent nos pas vers l'éternité.
Vous continuez l'histoire de la Journée mondiale de la Jeunesse. Il vaut la peine de la rappeler. Pour la première fois, elle s'est déroulée à Rome en 1984. La suivante eut lieu à Buenos Aires (1987). Nous nous sommes retrouvés ensuite à Santiago de Compostelle en Espagne (1989) et en 1991 en Pologne à Czestochowa. Cette journée-là a été vraiment particulière, car, pour la première fois, des jeunes de l'ex-Union Soviétique y ont participé : des Russes, des Ukrainiens, des Biélorusses, des Lituaniens, des Lettons, des Estoniens, des représentants du Kazakhstan et des autres républiques d'Asie centrale, et des chrétiens du Caucase. La dimension mondiale de la Journée de la Jeunesse a pris alors une nouvelle ampleur. En 1993, nous nous sommes rencontrés à Denver aux États-Unis, puis en 1995 à Manille, aux Philippines, avec la participation la plus nombreuse, facilitée par le voisinage de grandes métropoles. La rencontre actuelle se déroule à Paris. J'adresse mes remerciements cordiaux au Cardinal Jean-Marie Lustiger, à Monseigneur Michel Dubost et aux organisateurs de cette rencontre, particulièrement aux jeunes des différents diocèses français qui ont préparé la venue de leurs camarades. Je remercie Monseigneur Louis-Marie Billé, Président de la Conférence des Évêques de France, pour son accueil et les évêques français pour l'hospitalité de leurs diocèses à l'égard de leurs hôtes arrivés du monde entier.
J'adresse un salut déférent aux personnalités qui représentent les autres Églises chrétiennes et Communautés ecclésiales, ainsi que celles qui représentent les communautés juives et musulmanes; je les remercie vivement d'avoir bien voulu se joindre à ce rassemblement festif de la jeunesse catholique.
Merci aux jeunes délégués philippin et français qui vous invitent à former la grande chaîne de la foi, de la solidarité, de l'amitié et de la paix entre les pays du monde entier.
Vous prenez la suite des jeunes qui, en portant des rameaux d'olivier, sont venus au devant du Christ qui entrait à Jérusalem. Ils acclamaient le Christ. Aujourd'hui, jeunes de tous les continents, vous reconnaissez le Christ, qui nous unit dans un joyeux échange et dans une forte solidarité, et vous marchez ensemble vers le bonheur qu'il nous offre. Comme signe de votre diversité d'origines et de cultures, vous avez choisi l'arc-en-ciel; vous exprimez par là votre action de grâce pour les alliances de Dieu avec la création jusqu'à l'alliance définitive, scellée par le sang du Sauveur.
Appel des pays
Après avoir accueilli les représentants des différents pays, j'adresse un salut cordial aux délégations des Mouvements, des Associations et des Communautés internationales.
Saluts en plusieurs langues
Chers jeunes, le Christ est notre espérance; il est notre joie. Au cours des jours à venir, ouvrez votre cœur et votre intelligence au Christ. Vous faites partie de l'Église qui veut vous dévoiler le chemin du salut et la voie du bonheur. Je vous invite à vous laisser guider par le Seigneur et à faire route ensemble avec Lui. Au cours de la semaine, je vous souhaite des jours de grâce et de paix.
DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
LORS DE LA RENCONTRE AVEC LE PRÉSIDENT
DE LA RÉPUBLIQUE, M. JACQUES CHIRAC
Palais de l'Élysée, Paris
Jeudi 21 août 1997
Monsieur le Président de la République,
1. Votre accueil et vos paroles me touchent vivement, alors que j'ai la joie de retrouver une nouvelle fois la terre de France à l'occasion de la Douzième Journée mondiale de la Jeunesse. Je vous suis particulièrement reconnaissant pour les attentions délicates que vous me témoignez; et je suis sensible à la présence des nombreuses personnalités qui ont bien voulu prendre part à cette cérémonie.
Il était naturel qu'un jour les jeunes catholiques, représentant leurs camarades de plus de cent trente pays du monde, désirent se rassembler à Paris. Avec eux, je vous remercie, Monsieur le Président, ainsi que les autorités et les services de l'État, de la compréhension manifestée à leur égard. Qu'ils appartiennent à des nations européennes proches ou à des nations d'autres continents, tous sont heureux d'être reçus par les Français de tous âges et de découvrir la valeur de vos traditions spirituelles et culturelles dont ils pourront mieux apprécier l'importance pour l'histoire et pour l'Église, tout en percevant leur influence encore aujourd'hui.
2. En m'adressant à vous, Monsieur le Président, aux premières heures de mon séjour, je tiens à saluer cordialement tous les Français, auxquels je souhaite de connaître la prospérité et de continuer à mettre au service de leurs frères dans leur pays et sur tous les continents leurs qualités et leurs idéaux.
De nombreux jeunes du monde ont été accueillis ces derniers jours dans les différentes régions de France, et ils sont maintenant réunis à Paris. Je tiens ici à dire toute la gratitude de l'Église pour l'hospitalité généreuse accordée à ces visiteurs dans les départements et maintenant en Île-de-France. Et je remercie particulièrement les parisiens et les franciliens qui, sans doute au prix de certains inconvénients, permettent à leurs hôtes de vivre ces jours dans les meilleures conditions possibles.
3. Dans une circonstance aussi exceptionnelle, je suis heureux de retrouver les fidèles de France, gardant le souvenir de l'accueil chaleureux qu'ils m'ont réservé plusieurs fois déjà, et notamment en septembre dernier. Avec la Journée mondiale, deux événements marquent particulièrement cette année pour les catholiques français: je pense d'abord au centenaire de la mort de sainte Thérèse de Lisieux, haute figure spirituelle connue et aimée dans le monde entier, que les jeunes de tous les peuples ont justement célébrée; d'autre part, demain, j'aurai la joie de proclamer bienheureux Frédéric Ozanam, apôtre d'une charité respectueuse de l'homme, et aussi analyste clairvoyant des problèmes sociaux. Ces deux personnalités différentes sont, parmi tant d'autres, des témoins de l'apport fécond des catholiques de France à l'Église universelle.
4. Ma venue à Paris marque une nouvelle étape dans une sorte de vaste itinéraire parcouru avec les jeunes à travers le monde depuis douze ans maintenant, pour un échange toujours renouvelé avec eux. Ils viennent fortifier ensemble leur volonté de bâtir un monde plus hospitalier, un avenir plus pacifique. Beaucoup d'entre eux, dans leur région et dans leurs nations, éprouvent les souffrances qu'entraînent des conflits fratricides et le mépris de l'être humain; trop souvent, ils se heurtent à la précarité de l'emploi, à une pauvreté extrême; leur génération cherche avec difficulté non seulement un minimum de moyens matériels, mais encore des raisons de vivre et des objectifs qui motivent leur générosité. Ils se rendent compte qu'ils ne seront heureux que bien intégrés dans une société où la dignité humaine est respectée et la fraternité réelle. Ils ont ici une occasion privilégiée de mettre en commun leurs aspirations et de se communiquer les uns aux autres les richesses de leurs cultures et de leurs expériences.
Leur recherche a pour ressort intime une interrogation d'ordre spirituel qui les a poussés à prendre leur bâton de pèlerin, à l'image de leurs devanciers qui traversaient les continents en artisans de paix, en frères des hommes et en chercheurs de Dieu.
5. Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, merci d'avoir compris l'importance de ce vaste rassemblement de l'espérance dans votre insigne capitale. Je suis convaincu que les efforts consentis pour recevoir ces hôtes si divers produiront des fruits durables tant pour vos hôtes que pour vos compatriotes.
En vous exprimant à nouveau ma gratitude personnelle, j'invoque de tout cœur sur vous-même et sur tout le peuple français les bienfaits des Bénédictions divines.
MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
POUR LA VEILLÉE DE PRIÈRE SUR LES VOCATIONS
Jeudi 21 août 1997
À Monseigneur Louis-Marie Billé
Archevêque d'Aix, Arles et Embrun
Président de la Conférence des Évêques de France
À l'intention des jeunes rassemblés à Notre-Dame de Paris,
le jeudi 21 août 1997
pour réfléchir et prier sur les vocations
Chers jeunes,
1. Mon cœur d'évêque de Rome se porte vers vous qui vous sentez appelés à suivre le Christ dans le ministère sacerdotal ou dans la vie consacrée. Vous venez en présence du Seigneur, pour lui demander d'envoyer des missionnaires de l'Évangile, pour lui dire votre désir de le servir, pour raviver le don que Dieu a mis en vous (cf. 2 Tm 1, 6) et pour manifester votre disponibilité intérieure: "Seigneur, qu'attends-tu de moi?". Vous êtes rassemblés devant la cathédrale Notre-Dame de Paris. Chaque cathédrale est un lieu particulièrement significatif. Elle est le centre de l'Église diocésaine, le siège de l'Évêque, chargé de l'unité entre toutes les communautés locales. C'est en effet autour des Évêques, successeurs des Apôtres, que se construit l'Église, dont le Christ est la pierre angulaire.
Avec l'Apôtre, je vous exhorte: "Ayez donc d'autant plus de zèle, frères, pour affermir votre vocation et votre élection" (
2 P 1, 10). Mettez-vous à l'écoute de l'Esprit; "c'est lui qui rend vivante et actuelle la parole, aidant à en saisir la valeur et les exigences" (
Message pour la Journée mondiale des vocations 1997). Que votre premier mouvement devant le Seigneur soit l'action de grâce, pour vos familles et pour les communautés chrétiennes qui vous ont aidés et soutenus dans votre croissance humaine et dans la maturation de votre vocation, par leur présence et par leur prière.
Le préalable nécessaire au ministère apostolique et à la vie consacrée est votre formation spirituelle, par laquelle s'unifient votre personnalité et votre existence. Vous découvrez l'importance de la prière pour l'Église et pour le monde. Je vous invite à passer du temps en compagnie du Seigneur, pour apprendre "à vivre une union familière et continuelle avec le Père, par son Fils Jésus Christ, dans l'Esprit Saint" (Conc. œcum. Vat. II, Optatam totius, n. 8). Cherchez le Christ dans une méditation fidèle de la Parole de Dieu, dans la communion active aux mystères de l'Église, et en premier lieu dans l'Eucharistie et l'office divin (cf. ibid.). Dans la chasteté parfaite, vous voulez rappeler que Dieu est préférable à tout, sans pour autant supprimer la valeur d'autres engagements humains, et que l'homme trouve son bonheur en se consacrant au Seigneur.
2. Chers séminaristes,
Au cours de la soirée, vous méditerez le geste du Christ, serviteur de tous les hommes, qui, le Jeudi Saint, a institué l'Eucharistie et le Sacerdoce; ainsi, sa présence réelle se réalise par son Corps et son Sang, et sa tendresse se manifeste dans le pardon. Vous avez entendu l'appel de Dieu et vous souhaitez le suivre. Il est beau de désirer accéder au sacerdoce ministériel, mais il convient que le choix de Dieu soit confirmé par l'Église, à qui il appartient de discerner la qualité de votre vocation. En effet, le Christ appelle à travers son Église, nous signifiant ainsi que nous ne sommes que dépositaires du trésor divin et que la mission est un mandat de la part du Seigneur. Et ce soir, vous voulez en vérité déposer votre vie devant le Christ et lui manifester votre désir de le servir comme il voudra. La disponibilité et la dépossession de soi sont les attitudes fondamentales pour tout homme qui veut faire la volonté du Seigneur.
3. Vous êtes pour vos évêques comme "la pupille de l'œil" (Don et mystère, 10); le séminaire est "une continuation, dans l'Église, de la communauté apostolique groupée autour de Jésus, à l'écoute de sa parole, en marche vers l'expérience de la Pâque, dans l'attente de l'Esprit donné pour la mission" (Pastores dabo vobis, n. 60). Vous êtes la joie de vos évêques, qui regardent l'Église diocésaine à travers le séminaire et qui s'y rendent présents à travers les éducateurs. Vous êtes un don pour l'Église, qui lui permet de se tourner avec confiance vers l'avenir. Le peuple de Dieu tout entier se réjouit lorsque des jeunes acceptent de se préparer au sacerdoce, indispensable pour sa croissance et pour sa sanctification.
4. Pendant vos années de séminaire, vous êtes réunis par l'Esprit Saint en une fraternité unique; ce temps de vie communautaire est une véritable expérience d'Église, vous préparant à la vie au sein du presbytérium, dans la diversité des charismes et des sensibilités qu'il comporte: ainsi, vous vous sentirez chaque jour davantage membres de l'Église diocésaine. Vous avez à acquérir une formation intellectuelle, qui concoure à la connaissance du mystère du Christ et qui vous prépare à l'annonce de l'Évangile, avec un grand amour de la vérité (cf.
Optatam totius, nn. 14-16). Avec l'appui de la communauté du séminaire, vous pourrez atteindre une certaine maturité humaine. Attachez-vous à vivre les vertus théologales et morales, à développer la maîtrise de vous-mêmes et à former votre caractère, pour être des modèles de vie chrétienne, pratiquant dès à présent ce que vous aurez à enseigner (cf. Rituel de l'ordination des prêtres, préliminaires, n. 102; Conc. œcum. Vat. II, Lumen gentium, n. 28). Par le choix libre et mûrement réfléchi du célibat, vous pourrez manifester le don total de vous-mêmes, pour le Seigneur et pour la mission. L'ordination identifie sacramentellement au Christ et confère un caractère qui prend l'être tout entier.
5. Les prêtres ne sont "pas destinés à la domination et aux honneurs mais ils sont voués tout entiers au service de Dieu et au ministère pastoral" (Optatam totius, n. 9). Cela suppose d'être imprégné du mystère de l'Église et d'avoir un profond amour des hommes. "Chacun a l'Esprit Saint dans la mesure où il aime l'Église du Christ" (S. Augustin, Traité sur l'Évangile de Jean, 32, 8). On ne peut annoncer l'Évangile aux hommes que lorsque l'on est proche d'eux et que l'on connaît de l'intérieur la société humaine, ses évolutions, et ses besoins. Dans le même temps, apprenez à travailler avec les laïcs, dont l'influence humaine et spirituelle sera pour vous un grand enrichissement (cf. Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici, nn. 61-63; Lettre apostolique Mulieris dignitatem, nn. 29-31). Car nous sommes tous ensemble engagés dans la même mission.
6. Je vous invite à vivre une relation confiante d'obéissance et de communion avec l'évêque de votre diocèse: il est "le premier représentant du Christ dans la formation sacerdotale" (Pastores dabo vobis, n. 65); c'est à lui qu'il revient, en relation avec les responsables des vocations, de déterminer le lieu et les modalités de votre formation; le dépouillement de soi pour le service de l'Église et la suite du Christ passent par la remise de sa vie et de son avenir entre les mains de son évêque, comme cela se réalise symboliquement au cours de l'ordination, pour conduire son action dans la perspective de la charité pastorale. C'est dans l'obéissance que nous faisons la volonté de Dieu. Une telle attitude renforce le sens du service et de la disponibilité pour la mission ecclésiale et l'ouverture à la pastorale diocésaine; vous serez alors attachés à l'évêque "comme des coopérateurs sûrs [qui] apportent leur concours en commun avec leurs frères" (Optatam totius, n. 9).
7. Chers jeunes qui pensez à la vie religieuse ou à l'engagement dans un Institut de vie consacrée,
L'Église tient en grande estime la vie consacrée, dont le Christ est le modèle (cf. Conc. œcum. Vat. II, Perfectae caritatis, n. 25). C'est une grande grâce d'avoir été choisis par le Seigneur. Par la pratique des conseils évangéliques, par votre vie de prière et par l'exercice de la charité, vous dévoilez aux hommes le visage de Dieu et vous participez activement à la croissance du peuple de Dieu. Vous voulez vous donner au Seigneur avec un cœur 'sans partage' (cf. 1 Co 7, 34), comme les Apôtres qui ont tout quitté pour demeurer avec le Christ et se mettre, comme lui, au service de Dieu et de leurs frères. Ainsi, vous contribuerez à manifester le mystère et la mission de l'Église par les multiples charismes de vie spirituelle et apostolique que donne l'Esprit Saint, et vous apporterez votre contribution au renouvellement de la société (cf. Vita consecrata, n. 1).
8. Je vous invite tous à prier pour les jeunes qui, à travers le monde, entendent l'appel du Seigneur et pour ceux qui peuvent avoir peur d'y répondre. Qu'ils trouvent autour d'eux des éducateurs pour les guider ! Qu'ils perçoivent la grandeur de leur vocation: aimer le Christ par-dessus tout comme un appel à la liberté et au bonheur ! Priez pour que l'Église vous aide dans votre démarche et opère un juste discernement! Priez pour que les communautés chrétiennes sachent toujours retransmettre l'appel du Seigneur aux jeunes générations ! Avec moi, remerciez le Seigneur "pour le don de la vocation, pour la grâce du sacerdoce, pour les vocations sacerdotales dans le monde entier" (Don et mystère, 10) ! Remerciez-le pour les personnes consacrées ! Remerciez-le pour les familles, pour les paroisses et pour les mouvements, berceaux de vocations !
Affermissez votre confiance filiale en la Mère de Dieu, car les ministres ordonnés et l'Église tout entière ont beaucoup à apprendre de Marie (cf. Redemptoris Mater, n. 43). Soyez de vrais témoins de la foi et de la charité, prêts à donner votre vie pour la gloire de Dieu et pour le salut du monde. Que Dieu poursuive en vous ce qu'il a déjà commencé !
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