Ressources Catholiques Magistère

précédent
DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À S.E. M. J. FERNAND TANGUAY,
NOUVEL AMBASSADEUR DU CANADA PRÈS LE SAINT-SIÈGE*
Vendredi 31 octobre 1997

Monsieur l'Ambassadeur,
1. Recevant les Lettres qui accréditent Votre Excellence au près du Siège apostolique, en qualité d'Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Canada, il m'est agréable de vous souhaiter la bienvenue dans la Ville éternelle. Je vous remercie vivement des paroles que vous m'avez adressées, et qui manifestent intérêt et compréhension pour la vie et l'action de l'Église catholique.
Sensible aux messages dont vous êtes porteur de la part de Son Excellence Monsieur le Premier Ministre et d'autres personnalités gouvernementales, je vous saurais gré de leur en exprimer toute ma gratitude.
Vous vous êtes fait l'interprète de l'attachement au Siège de Pierre des catholiques des Premières Nations de votre terre que j'ai été heureux de saluer lors de mes visites au Canada comme à l'occasion de diverses rencontres ici même; vous voudrez bien leur dire mon bon souvenir et mes remerciements cordiaux pour ces marques d'attention à mon égard. Je suis touché par les vœux que vous me transmettez de la part de vos compatriotes d'origine polonaise et je leur suis reconnaissant de leur fidélité à l'Église, comme á la terre et à la culture qui nous sont si chères.
2. Vous avez bien voulu, Monsieur l'Ambassadeur, évoquer divers aspects de l'action de l'Église, et particulièrement du Saint-Siège, en faveur de la paix; et vous avez souligné que l'esprit qui y préside s'accorde avec le rôle de votre pays dans la vie internationale et ses principes. Il me plaît de constater ainsi une nouvelle fois la convergence entre les préoccupations de l'Église catholique et celles de votre pays en ce qui concerne l'œuvre toujours inachevée de la consolidation de la paix dans le monde et du développement que devrait durablement assurer le bien-être des peuples. Le Canada prend part aux débats des instances internationales et vos compatriotes n'hésitent pas à s'engager généreusement sur les fronts de l'aide humanitaire et du maintien de la paix, parfois fort loin de leur pays et au prix de réels sacrifices. Leur dévouement pour les grandes causes de l'humanité est largement apprécié et, nous l'espérons, incitera beaucoup d'autres à poursuivre efficacement les mêmes objectifs.
Dans le domaine important et délicat du désarmement dont l'humanité devrait mieux comprendre la nécessité, vous avez opportunément attiré l'attention sur le processus enfin entrepris pour bannir l'arme terrible des mines antipersonnel. Ottawa, votre capitale, recevra bientôt les signataires d'un accord destiné à éviter la mort ou la mutilation de nombreux innocents dans beaucoup de régions du monde. Je forme le vœu ardent que tous les pays adhèrent à un tel pacte et que l'on ne tarde pas à libérer des foules d'hommes, de femmes et d'en fonts de ces engins destructeurs insidieusement: placés sous leurs pas.
Lorsque l'on considère les conflits qui continuent de déchirer des peuples sur les différents continents, je puis comprendre votre amère constatation qu'en bien des lieux se transmet « de génération en génération un héritage de haine et de vengeance ». Nul ne peut se résigner à la poursuite de ces affrontements. L' effort des artisans de paix ne doit pas en rester à limiter les effets des conflits, à soigner les blessés, à parer aux carences alimentaires ou à accueillir le mieux possible les réfugiés, même si les efforts en ce sens doivent être maintenus et intensifiés. Au nom du message évangélique, l'Église ne cesse d'appeler nos contemporains à s'accepter et à se respecter mutuellement, à considérer avec lucidité les origines historiques des oppositions afin de mieux les surmonter, à développer la convivialité à laquelle est appelée l'unique famille humaine de par sa profonde communauté de destin. C'est dans cet esprit que l'intensification des relations entre personnes et peuples de bonne volonté a sa plus grande raison d'être; et je suis sûr que vos compatriotes et leurs dirigeants rencontrent ici les préoccupations de l'Église catholique pour le bien commun de l'humanité.
3. Une partie importante de vos concitoyens, vous l'avez souligné, Monsieur l'Ambassadeur, est constituée de membres de l'Église catholique, solidement enracinée sur votre terre depuis les premières générations de pionniers de l'Évangile venus d'Europe au XVIIe siècle. Par votre entremise, je voudrais adresser à tous les catholiques du Canada les salutations amicales de l'Évêque de Rome. Je sais les fruits de sainteté et de dynamisme missionnaire qu'ont produits leurs devanciers. Ils y sont attachés, comme en témoigne leur ferveur quand ils célèbrent les anniversaires des fondations qui ont progressivement structuré leurs diocèses et leurs communautés.
Aujourd'hui, je les encourage à poursuivre cette construction, moins offerte aux regards peut-être que naguère, mais fondée dans les cours par l'adhésion a la vérité de l'Évangile et rendue ferme et rayonnante par la communion fraternelle.
L'histoire de votre terre est telle que, chez vous, l'Église elle-même connaît une diversité sensible: les origines culturelles sont multiples, et les traditions rituelles orientales y demeurent vivantes. Cette situation représente une vraie richesse et aide certainement les catholiques canadiens à prendre conscience de l'unité dans la diversité qui caractérise les disciples du Christ.
4. Aujourd'hui, ma pensée se porte aussi vers vos compatriotes qui relèvent d'autres Églises ou communautés ecclésiales; je les salue ai a comme des frères, dans le désir que les échanges se poursuivent entre eux et les catholiques, afin de rechercher la vérité, condition essentielle pour avancer vers la pleine communion tant désirée et pour fonder la vie sociale sur une base humaine solide.
Avec ceux qui appartiennent à d'autres traditions religieuses, les catholiques s'attachent à approfondir le dialogue, celui de la convivialité quotidienne dans les mêmes cités comme celui d'une connaissance mutuelle plus élaborée; ainsi il devient possible à toutes les personnes de convictions religieuses différentes d'œuvrer ensemble en vue de rendre la vie sociale toujours plus humaine. Au Canada, je suis sûr que les catholiques tiennent à progresser en profondeur sur la voie de ces différentes relations et dialogues qui ne peuvent qu'être bénéfiques pour tous.
5. Votre mission, Monsieur l'Ambassadeur, commence peu de temps avant que se tienne à Rome l'Assemblée spéciale pour l'Amérique du Synode des Évêques. Préparé par votre expérience de la vie internationale et par votre connaissance de la vie ecclésiale, vous pourrez suivre les échanges de cette réunion exceptionnelle des Pasteurs de l'Église catholique en Amérique du Nord, du Centre et du Sud. Vous contribuerez certainement à faire saisir à vos compatriotes le caractère propre de la recherche d'ordre pastoral qui sera conduite par les membres de cette Assemblée, en commun avec l'Évêque de Rome et ses collaborateurs, et aussi en liaison avec des représentants de l'épiscopat des autres continents Par des consultations approfondies de ce type, l'Église catholique désire se rendre toujours plus fidèle à sa mission au service de ses frères et sœurs de ce temps, notamment dans ce cas en renforçant la solidarité qui unit les diverses communautés de votre continent
6. Au moment où vous entrez en fonction, Excellence, je vous souhaite un heureux accomplissement de vos tâches, pour que s'affermissent sans cesse les relations du Saint-Siège avec le Canada. J'espère que vous retirerez les satisfactions que vous attendez de votre séjour à Rome, auprès du Siège de Pierre.
De la part de mes collaborateurs, soyez assuré que vous trouverez un accueil prévenant et l'assistance dont vous pourrez avoir besoin.
En votre personne, je salue le Très Honorable Gouverneur général, les Autorités et tout le peuple canadien, en offrant à tous mes meilleurs vœux de bonheur et de prospérité.
Que Dieu vous accorde tous les bienfaits de ses Bénédictions, ainsi qu'à vos proches, aux membres de votre Ambassade, aux Autorités de votre pays et à vos compatriotes.

*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol.  XX, 2 p. 710-714.
L'Osservatore Romano 1.11.1997 p.4.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.47 p.5.

© Copyright 1997 - Libreria Editrice Vaticana



DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX PARTICIPANTS AU SYMPOSIUM SUR
« RACINES DE L'ANTIJUDAÏSME EN MILIEU CHRÉTIEN »
Salle des Papes
Vendredi 31 octobre 1997

Messieurs les Cardinaux,
Chers Frères dans l'Épiscopat,
Chers amis
,
1. Au cours de votre symposium sur les racines de l'antijudaïsme, je suis heureux de vous accueillir. Je salue particulièrement Monsieur le Cardinal Roger Etchegaray, Président du Comité du Grand Jubilé de l'An 2000, qui préside vos travaux. Je vous remercie tous d'avoir consacré ces journées à une étude théologique de grande importance.
Votre colloque s'inscrit dans la préparation du grand Jubilé, pour laquelle j'ai invité les fils de l'Église à faire le bilan du millénaire écoulé, et spécialement de notre siècle, dans l'esprit d'un nécessaire « examen de conscience », au seuil de ce qui doit être un temps de conversion et de réconciliation [1].
L'objet de votre symposium est l'interprétation théologique correcte des rapports de l'Église du Christ avec le peuple juif, dont la déclaration conciliaire « Nostra Aetate » a posé les bases et sur lesquels, dans l'exercice de mon magistère, j'ai moi-même eu l'occasion d'intervenir a plusieurs reprises. En effet, dans le monde chrétien ― je ne dis pas de la part de l'Église en tant que telle ― des interprétations erronées et injustes du Nouveau Testament relatives au peuple juif et à sa prétendue culpabilité ont trop longtemps circulé, engendrant des sentiments d'hostilité à l'égard de ce peuple. Ils ont contribué à assoupir bien des consciences, de sorte que, quand a déferlé sur l'Europe la vague des persécutions inspirées par un antisémitisme païen qui, dans son essence, était également un antichristianisme, à côté de chrétiens qui ont tout fait pour sauver les persécutés jusqu'au péril de leur vie, la résistance spirituelle de beaucoup n'a pas été celle que l'humanité était en droit d'attendre de la part de disciples du Christ. Votre regard lucide sur le passé, en vue d'une purification de la mémoire, est particulièrement opportun pour montrer clairement que l'antisémitisme est sans justification aucune et absolument condamnable.
Vos travaux complètent la réflexion menée notamment par la Commission pour les Rapports religieux avec le Judaïsme, traduite, entre autres, dans les Orientations du 1° décembre 1974 et dans les Notes pour une correcte présentation des Juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l'Église catholique du 24 juin 1985. J'apprécie le fait que la recherche de nature théologique accomplie par votre symposium entend être conduite avec une grande rigueur scientifique, dans la conviction que servir la vérité, c'est servir le Christ lui-même et son Église.
2. L'Apôtre Paul, en conclusion des chapitres de la Lettre aux Romains [2], dans lesquels il nous apporte des lumières décisives sur les destinées d'Israël selon le plan de Dieu, fait retentir un chant d'adoration: « Abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! » [3]. Dans l'âme ardente de Paul, cet hymne est en écho au principe qu'il vient d'énoncer et qui est comme le thème central de toute l'épître: « Car Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde » [4]. L'histoire du salut, même lorsque ses péripéties nous semblent déroutantes, est conduite par la miséricorde de Celui qui est venu sauver ce qui était perdu. Une attitude d'adoration devant les insondables profondeurs de la Providence aimante de Dieu permet seule d'entrevoir quelque chose de ce qui est un mystère de foi.
3. À l'origine de ce petit peuple situé entre de grands empires de religion païenne qui l'emportent sur lui par l'éclat de leur culture, il y a le fait de l'élection divine. Ce peuple est convoqué et conduit par Dieu, Créateur du ciel et de la terre. Son existence n'est donc pas un pur fait de nature ni de culture, au sens où par la culture l'homme déploie les ressources de sa propre nature. Elle est un fait surnaturel. Ce peuple persévère envers et contre tout du fait qu'il est le peuple de l'Alliance et que, malgré tes infidélités des hommes, le Seigneur est fidèle à son Alliance. Ignorer cette donnée première, c'est s'engager sur la voie d'un marcionisme contre lequel l'Église avait réagi aussitôt avec vigueur, dans la conscience de son lien vital avec l'Ancien Testament, sans lequel le Nouveau Testament lui-même est vidé de son sens, Les Écritures sont inséparables du peuple et de son histoire, laquelle conduit au Christ, Messie promis et attendu, Fils de Dieu fait homme. L'Église ne cesse de le confesser quand, dans sa liturgie, elle reprend quotidiennement les psaumes, ainsi que les cantiques de Zacharie, de la Vierge Marie et de Siméon [5].
C'est pourquoi ceux qui considèrent le fait que Jésus fut Juif et que son milieu était le monde juif comme de simples faits culturels contingents, auxquels il serait possible de substituer une autre tradition religieuse dont la personne du Seigneur pourrait être détachée sans qu'elle perde son identité, non seulement méconnaissent le sens de l'histoire du salut, mais plus radicalement s'en prennent à la vérité elle-même de l'Incarnation et rendent impossible une conception authentique de l'inculturation.
4. À partir de ce qui précède, nous pouvons tirer des conclusions susceptibles d'orienter l'attitude du chrétien et le travail du théologien. L'Église condamne avec fermeté toutes les formes de génocide, ainsi que les théories racistes qui les ont inspirées et qui ont prétendu les justifier. On pourrait rappeler l'encyclique de Pie XI « Mit Brennender Sorge » [6] et celle de Pie XII « Summi Pontificatus » [7]; ce dernier rappelait la loi de la solidarité humaine et de la charité envers tout homme, à quelque peuple qu'il appartienne. Le racisme est donc une négation de l'identité la plus profonde de l'être humain, qui est une personne créée à l'image et à la ressemblance de Dieu. À la malice morale de tout génocide s'ajoute, avec la shoah, la malice d'une haine qui s'en prend au plan salvifique de Dieu sur l'histoire. Par cette haine, l'Église se sait elle aussi directement visée.
L'enseignement de Paul dans la Lettre aux Romains nous apprend quels sentiments fraternels, enracinés dans la foi, nous devons porter aux fils d'Israël [8]. L'Apôtre le souligne: « A cause de leurs pères », ils sont aimés de Dieu, dont les dons et l'appel sont irrévocables [9].
5. Soyez assurés de ma gratitude pour les travaux que vous menez sur un thème de grande portée et qui me tient à cœur. Vous contribuez ainsi à l'approfondissement du dialogue entre les catholiques et les Juifs, dont nous nous félicitons qu'il se soit positivement renouvelé ou cours des dernières décennies.
Je forme pour vos personnes et pour vos proches les meilleurs vœux et je vous accorde bien volontiers la Bénédiction Apostolique.

[1] Cfr. Ioannis Pauli PP. II Tertio Millennio Adveniente, 27-35.
[2] Cfr. Rom. 11, 33.
[3] Rom. 11, 33.
[4] Ibid. 11, 32.
[5] Cfr. Ps 132 (131), 17; Luc. 1, 46-55; 1, 68-79; 2, 29-32.
[6] Anno MCMXXXVII.
[7] Anno MCMXXXIX.
[8] Cfr. Rom. 9, 4-5.
[9] Cfr. ibid. 11, 28-29.


© Copyright 1997 - Libreria Editrice Vaticana




DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX PARTICIPANTS À LA XVII
e ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE
DU CONSEIL PONTIFICAL POUR LES LAÏ
CS
Jeudi 30 octobre 1997
 
Chers Frères dans l'Épiscopat,
Chers amis
,
1. Je suis heureux de vous accueillir, vous qui prenez part à la dix-septième Assemblée plénière du Conseil pontifical pour les Laïcs.
Je salue très spécialement les nouveaux membres et les nouveaux consulteurs du Conseil, réunis pour la première fois depuis le commencement de leur mandat quinquennal. C'est aussi la première Assemblée plénière que conduit votre Président, Mgr James Francis Stafford, avec Mgr Stanislaw Ryłko en qualité de Secrétaire. Je vous remercie tous pour votre précieuse collaboration; j'exprime aussi ma gratitude à ceux qui travaillent au service du Conseil à Rome. Et je tiens à dire ici que je me sens proche, par l'affection fraternelle et la prière, de M. le Cardinal Eduardo Pironio, qui a longtemps dirigé votre Dicastère avec compétence et dévouement.
Chers frères et sœurs, vous avez une responsabilité particulière: les nominations que vous avez reçues font de vous des collaborateurs du Successeur de Pierre, dans son ministère pastoral, pour servir la réalité vaste et diversifiée du laïcat catholique. Je vous suis reconnaissant d'avoir accepté cette charge avec une généreuse disponibilité. Vous avez été appelés à titre personnel; le Conseil compte donc sur votre expérience chrétienne, sur votre sensus Ecclesiae, sur votre aptitude à comprendre et à faire connaître la richesse de la vie chrétienne dans la diversité des peuples et des cultures, les expériences de pédagogie, de vie associative et d'entraide menées dans tous les milieux. Votre Assemblée est un temps fort d'écoute et de discernement des besoins et des attentes des fidèles laïcs, afin d'encourager leurs témoignages et leurs actions, et afin de mieux définir les tâches du Conseil qui est à leur service, à la lumière du Magistère doctrinal et pastoral de l'Église.
2. Trente ans ont passé depuis la fondation du Conseil par le Pape Paul VI, répondant à un désir des Pères du Concile Vatican II. J'en ai été naguère consulteur et je puis témoigner à la fois de la continuité du travail accompli au cours de ces trois décennies et de son constant renouvellement; j'en rends grâce avec vous.
Le Conseil pontifical pour les Laïcs s'inspire d'enseignements essentiels du Concile Vatican II : l'Église a pris plus vivement conscience d'être mystère de communion et d'être de nature missionnaire; la dignité, la coresponsabilité et le rôle actif des laïcs ont été mieux reconnus et mis en valeur. Ces trente années nous donnent bien des motifs d'espérance: aujourd'hui, la maturité des fidèles laïcs se manifeste par leurs activités dans les communautés, les institutions et les services ecclésiaux les plus divers. Ils participent plus intensément à la vie liturgique et sacramentelle de l'Église, source et sommet de la vie chrétienne. Ils désirent une formation méthodique et complète. Compte tenu de la pluralité des charismes, des méthodes et des engagements, on voit s'épanouir une nouvelle génération d'associations de fidèles, qui produisent des fruits abondants de sainteté et d'apostolat, et qui donnent un élan nouveau à la communion et à la mission du peuple chrétien.
Les Journées mondiales de la Jeunesse ― nous avons en mémoire celle de Paris, toute récente et impressionnante ― ont montré que les jeunes sont bien l'espérance de l'Église qui va entrer dans le troisième millénaire. Les jeunes expriment vigoureusement leur besoin de sens et d'idéal, leur désir d'une vie plus humaine et plus vraie: ce sont des sentiments enracinés dans le cœur des hommes et dans la culture des peuples, plus profonds et plus vivaces que le conformisme nihiliste qui semble envahir nombre d'esprits.
Ces dernières années, le processus d'affirmation de la vraie dignité de la femme a rencontré la sympathie active de l'Église, car le « génie féminin » enrichit toujours davantage la communauté chrétienne et la société. Par ailleurs, il faut admirer l'engagement de nombreux chrétiens dans les œuvres les plus variées pour l'entraide humaine et sociale, montrant la créativité constructive de la charité et se mettant au service du bien commun dans les institutions politiques, culturelles et économiques. L'exhortation apostolique Christifideles Laici a analysé ces signes d'espérance dans l'itinéraire post-conciliaire du laïcat catholique. Il vous revient maintenant de poursuivre dans cette voie. Toute l'Église compte sur un engagement encore plus actif des fidèles, à tous les avant-postes du monde.
3. Dans le cadre de la préparation au grand Jubilé, votre Assemblée a lieu au cours de l'année consacrée au Christ Jésus [1]. Le Jubilé invite à faire mémoire, dans l'action de grâce, de la présence du Verbe incarné: il s'agit de la mémoire vivante de sa Présence, ici et maintenant, aussi vraie et aussi nouvelle qu'il y a deux mille ans. Approfondir le mystère de l'Incarnation amène à insister cette année « sur la redécouverte du Baptême comme fondement de l'existence chrétienne » [2]. À Paris, au cours de la veillée de la Journée mondiale de la Jeunesse, la célébration du baptême de dix jeunes a appelé vigoureusement des centaines de milliers de jeunes rassemblés, mais aussi tous les chrétiens, à reprendre conscience du don qu'est leur baptême et des responsabilités qui en découlent.
Aujourd'hui, le défi majeur est celui d'une déchristianisation diffuse. Le Jubilé appelle donc à un sérieux engagement catéchétique et missionnaire. Il faut que tout homme puisse découvrir la présence du Christ et le regard d'amour du Seigneur sur chacun, qu'il entende à nouveau sa parole, « viens et suis-moi ». C'est pourquoi le monde attend un témoignage plus clair d'hommes et de femmes libres, rassemblés dans l'unité, qui montrent par leur manière de vivre que Jésus Christ apporte en toute gratuité une réponse qui comble leurs désirs de vérité, de bonheur et d'épanouissement humain. Il est donc essentiel pour les fidèles, comme le dit le thème de votre Assemblée, d'« être chrétiens au seuil du troisième millénaire », de vivre leur baptême, leur vocation et leur responsabilité chrétienne.
On voit malheureusement croître le nombre de ceux qui ne sont pas baptisés, même dans les régions de tradition chrétienne séculaire. En outre, beaucoup de baptisés se laissent entraîner à oublier ce qu'ils sont devenus par la grâce reçue, c'est-à-dire des « créatures nouvelles » [3] qui ont revêtu le Christ. Ces situations demandent plus que jamais d'être analysées attentivement. Il convient de raviver l'élan missionnaire par la proposition d'itinéraires d'initiation chrétienne pour les jeunes et les adultes nombreux qui demandent le baptême, et d'un renouvellement de la formation chrétienne pour ceux qui se sont éloignés de la foi reçue.
Il s'agit, en effet, de la question capitale de l'éducation à la foi et dans la foi, a une époque où la capacité de transmettre la foi dans la continuité de la tradition semble avoir perdu de sa vigueur. Je suis heureux du thème choisi par votre Conseil; je ne doute pas que vos réflexions et vos recommandations finales seront d'une grande utilité.
Votre Assemblée a aussi pour tâche de définir les programmes de travail du Dicastère pour les années à venir. Je sais que l'on prépare le Congrès mondial des mouvements et leurs pèlerinages à Rome; ce sont des initiatives de grande portée. Les deux événements que vous prévoyez pour le grand Jubilé auront également une particulière importance: le Congrès mondial de l'Apostolat des Laïcs, reprenant la tradition de rencontres périodiques commencée dès avant le Concile Vatican II, et le Jubilé des Jeunes sur la route d'une Église jeune en marche.
Je vous remercie d'être venus ici aujourd'hui. Dans la prière, je confie au Seigneur, par l'intercession de Marie, Mère de l'Église, les travaux du Conseil pontifical pour les Laïcs. Et à vous tous ici présents, à vos proches et à vos frères et sœurs des différentes Églises particulières, je donne de grand cœur la Bénédiction Apostolique.

[1] Cf. Tertio millennio adveniente, nn. 40-43.
[2] Ibid., n. 41.
[3] Ga 6, 15.

© Copyright 1997 - Libreria Editrice Vaticana




DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À S.E. M. TEODOR BACONSKY, NOUVEL AMBASSADEUR
DE LA ROUMANIE PRÈS LE SAINT-S
IÈGE*
Lundi 27 octobre 1997

Monsieur l'Ambassadeur,
1. Je suis heureux d'accueillir Votre Excellence à l'occasion de la présentation des Lettres qui L'accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Roumanie auprès du Siège apostolique. Cette rencontre constitue un nouveau jalon dans les relations entre le Saint-Siège et la noble nation roumaine, jalon qui ouvre la voie à un dialogue sans cesse plus développé et plus confiant.
2. Je suis particulièrement sensible aux sentiments dans lesquels vous commencez votre nouvelle mission, aux convictions contenues dans les paroles que vous venez de m'adresser, ainsi qu'à votre attention à l'action du Successeur de Pierre et du Siège apostolique dans la vie internationale et dans les relations œcuméniques. Je vous saurais gré de transmettre à Son Excellence Monsieur Emil Constantinescu, Président de la Roumanie, mes salutations déférentes. Je forme les meilleurs vœux pour ceux qui ont la haute charge de servir la nation roumaine et pour tous les habitants du pays.
3. Depuis le mois de décembre 1989, la Roumanie a retrouvé son autonomie et s'attache à développer tous les secteurs d'activité, afin que les richesses nationales soient mises à la disposition de tous les citoyens. Je me réjouis des efforts faits par les Autorités pour affermir les institutions démocratiques et pour aider l'ensemble du peuple à prendre une part active à la vie publique, avec de justes sentiments patriotiques. Comme tous nos contemporains, vos compatriotes, en particulier les jeunes, ont besoin de recevoir une profonde éducation morale. Cette formation fournit les principes capables de les guider dans leurs choix personnels, dans leurs engagements au service de leur pays et dans les relations fraternelles et solidaires qu'ils ont à développer avec toutes les personnes qui résident sur le territoire de la Roumanie.
Ainsi que vous venez de le souligner, ils doivent acquérir un sens profond de la responsabilité personnelle et collective. En outre, cela ne manquera pas de faire grandir le dialogue et l'entente entre toutes les composantes de la nation, pour son unité interne et pour sa participation active à l'édification de la grande Europe.
4. Vous savez L'attention que porte le Saint-Siège à la dignité et à la promotion des personnes et des peuples, ainsi que son désir que chacun ait sa place dans la vie nationale et internationale, et puisse y apporter sa contribution. Dans votre pays, comme dans d'autres régions du continent, il existe des minorités culturelles et ethniques, et des communautés humaines issues de l'immigration. Elles sont une richesse à mettre au bénéfice de tous, car elles apportent leurs spécificités et leur savoir-faire, participant à la croissance nationale et au resserrement des liens entre les hommes.
Au sein d'une société, toute opposition entre des groupes de personnes, toute velléité de penser qu'une communauté particulière venue de l'extérieur et soucieuse de s'intégrer représente un danger, ne peut qu'affaiblir le pays et ses institutions, à l'intérieur comme au-delà de ses frontières.
5. En Roumanie, même si les orthodoxes sont majoritaires, les catholiques constituent une communauté vivante. Ils ont le souci de se mettre au service de leurs frères, par leurs engagements dans tous les domaines de la vie sociale.
En particulier, par leurs réseaux caritatifs, signes de l'amour que le Christ a manifesté aux hommes de son temps, les communautés catholiques ont à cœur de venir en aide aux plus démunis, sans distinction de culture ou de religion. Elles n'ont ainsi d'autre désir que de soulager la misère et, en même temps, de contribuer à la solidarité et à l'entraide fraternelles entre tous les habitants du pays, qui favorisent l'unité nationale.
D'autre part, les différentes entités catholiques locales s'attachent à former intellectuellement, moralement et spirituellement les jeunes Roumains, pour qu'ils soient demain des acteurs et des partenaires dans la vie publique, respectueux de leur patrie, et qu'ils donnent un sens à leur vie personnelle et communautaire. Pour remplir cette tâche d'utilité publique, selon les principes énoncés par le Concile œcuménique Vatican II [1], l'Église a besoin que se développent une pratique authentique de la liberté religieuse, une véritable vie démocratique offrant à tous les mêmes possibilités d'initiatives et les mêmes chances, ainsi que la liberté d'action de ses ministres du culte. Car, « la liberté de l'Église est un principe fondamental dans les relations de l'Église avec les Pouvoirs publics et tout l'ordre civil » [2]. En particulier, vu sa longue expérience de l'enseignement scolaire et universitaire, il importe que l'Église puisse maintenir et développer les propositions éducatives qui sont les siennes auprès de la jeunesse de Roumanie et offrir aux enfants et aux adolescents catholiques l'enseignement catéchétique auquel ils ont droit, comme leurs compatriotes des autres confessions religieuses. Dans cet esprit, je souhaite vivement que soient levés les obstacles à la restitution des biens nécessaires à la liberté de culte et de religion, biens qui appartenaient à l'Église catholique avant 1948 et qui lui furent pris injustement. Dans un avenir proche, grâce à la poursuite d'un dialogue constructif avec les Autorités civiles, j'ai confiance que les communautés catholiques pourront percevoir des signes concrets et positifs dans ce sens.
6. En vue de l'An 2000, reprenant l'appel lancé par le deuxième Concile œcuménique du Vatican, j'ai souhaité ardemment exhorter tous les disciples du Christ au dialogue, pour parvenir à la pleine unité qui sera pour le monde un témoignage [3]. Pour cela, j'ai invité les membres de l'Église catholique à intensifier leurs collaborations avec les autres Églises et communautés chrétiennes, en s'engageant dans un œcuménisme qui rapproche de la pleine communion, dans le respect des sensibilités et des traditions propres, et avec le souci de prendre appui sur ce qui déjà nous unit.
Vous savez que les fidèles catholiques des différents rites sont toujours prêts à poursuivre dans cette voie. Dans cette perspective, je me réjouis vivement des dispositions spirituelles dans lesquelles vous abordez votre mission et de votre désir d'apporter une contribution significative à la démarche œcuménique.
7. Vos compétences en anthropologie, en histoire chrétienne et en patristique vous permettent de connaître les cultures philosophiques et spirituelles orientales et latines. Vous saurez donc mieux que quiconque, Monsieur l'Ambassadeur, contribuer à multiplier les ponts entre les différentes traditions chrétiennes de l'Orient et de l'Occident, et à intensifier les relations diplomatiques confiantes entre le Saint-Siège et votre pays, fondées sur le désir de défendre l'homme et les peuples. En effet, le service primordial que les Autorités ont à rendre à leurs peuples est de les aider à faire grandir la paix et l'entraide, sources de joie profonde et d'épanouissement pour les personnes, et de développement pour les communautés nationales.
8. Au moment où vous commencez votre mission de Représentant de la Roumanie auprès du Saint-Siège, permettez-moi de vous offrir mes vœux cordiaux. Soyez assuré, Monsieur l'Ambassadeur, que vous trouverez toujours auprès de mes collaborateurs le soutien attentif et la compréhension cordiale dont vous pourrez avoir besoin pour que votre activité soit fructueuse et vous apporte toutes les satisfactions que vous pouvez en attendre.
Sur Votre Excellence, sur le peuple roumain et sur ses dirigeants, j'invoque de grand cœur l'abondance des bénédictions divines.

[1] Cfr. Dignitatis Humanae, 1-2. 13.
[2] Ibid. 13.
[3] Cfr. Ioannis Pauli PP. II Ut Unum Sint, 1.

*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. XX, 2 p. 685-689.
L'Osservatore Romano27-28.10. 1997 p.6.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.47 p.4.
La Documentation catholique n.2171 p.1004-1006.

© Copyright 1997 - Libreria Editrice Vaticana



suivant