Ressources Catholiques Magistère

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Discours (prononcé par le Cardinal Angelo SODANO, au nom du Pape) lors de la session inaugurale de la 29e Conférence générale de la FAO*
8 novembre 1997
 
 


Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur général,
Messieurs les Délégués et Observateurs,
Mesdames et Messieurs,

Je voudrais d'abord vous remercier, Monsieur le Président, de m'avoir donné la parole devant cette éminente assemblée qui réunit les représentants de tous les pays du monde, signe concret d'universalité et aussi d'adhésion effective aux idéaux qui animent la FAO depuis sa fondation.

A vous, Monsieur le Directeur général, va ma vive gratitude pour l'accueil que vous m'avez réservé, et surtout pour avoir permis cette rencontre au moment de l'ouverture solennelle de la 29ème Session de la Conférence de la FAO.

Les paroles que vous venez de prononcer pour présenter à la Conférence les lignes d'action de l'Organisation en vue des deux prochaines années sont une garantie de continuité dans une oeuvre méritoire et pour chacun un appel vigoureux à ses devoirs et à ses responsabilités.

1. Le salut du Pape

Ma présence entre dans le cadre de la solide tradition qui depuis 1951, année de l'arrivée de la FAO à Rome, assure lors de chaque Conférence une rencontre avec le Successeur de Pierre.

Cette année, des circonstances particulières ne permettent pas au Pape de renouveler personnellement cette rencontre et d'encourager par sa parole les efforts que vous accomplissez. Le Saint-Père m'a donc chargé de vous transmettre ses salutations et de vous renouveler l'expression de son estime.

Au nom du Souverain Pontife, je voudrais vous proposer quelques points de réflexion, à la lumière du Magistère de l'Église.

2. L'engagement de la FAO

Il ne fait pas de doute que, à travers la création de la FAO, la Communauté internationale a mis en lumière le devoir de tout faire pour atteindre l'objectif essentiel de délivrer de nombreux êtres humains de la malnutrition et de la menace de souffrances causées par la faim.

En même temps, l'action récemment entreprise par l'Organisation a marqué une évolution importante, et non seulement conceptuelle, pour la culture des relations internationales. Celle-ci a été trop souvent oubliée, pour faire place à un pragmatisme privé d'un solide fondement éthique et moral.

Dans les conclusions du Sommet mondial sur l'Alimentation, il a été souligné, en effet, que la faim et la malnutrition ne sont pas uniquement des phénomènes naturels ni même directement un mal endémique dans des régions déterminées. En réalité, c'est plutôt le résultat d'un état plus complexe de sous-développement, de pauvreté et d'une dégradation de la situation. La faim fait donc partie d'une situation structurelle - économique, sociale, culturelle - fortement opposée à la pleine réalisation de la dignité humaine.

Une telle perspective est du reste synthétisée dans le Préambule de la Constitution de la FAO, qui proclame l'engagement de chaque pays à augmenter son niveau de nutrition, à améliorer les conditions de l'activité agricole et des populations rurales, de manière à accroître la production et à stimuler une distribution efficace des aliments dans toutes les parties de la planète.

3. Le droit à la nutrition

Parmi les premiers droits fondamentaux de l'homme se trouve justement le droit à la nutrition, qui, non seulement est une part intégrante du droit à la vie de tout être humain, mais, oserais-je dire, en est une condition essentielle.

Comment oublier cette réalité au moment où la Communauté internationale s'apprête à mettre opportunément en relief la Déclaration universelle des Droits de l'Homme cinquante ans après sa proclamation? D'autre part, les engagements souscrits récemment dans les conclusions du Sommet sur l'Alimentation ont bien montré la dimension communautaire que revêt le droit fondamental des peuples, des groupes et des nations, à la sécurité alimentaire.

L'objectif de la FAO reste donc primordial, et il est devenu aujourd'hui plus nécessaire que jamais de l'atteindre. Car c'est un fait tangible que le sous-développement, la pauvreté et par suite la faim, qui minent à la racine la convivialité normale des peuples et des nations, peuvent devenir autant de causes de tension et de ce fait menacer la paix et la sécurité internationales.

Nous avons sous les yeux les tristes situations dans lesquelles on meurt de faim parce que la paix est oubliée et que la sécurité n'est pas garantie, ou encore les circonstances dans lesquelles, pour se nourrir, les hommes en arrivent à se combat­tre jusqu'à oublier leur propre humanité.

Même le pain quotidien pour tout homme sur la terre, ce “Fiat panis" que la FAO a voulu comme devise, est un instrument de paix, une garantie de sécurité. Tel est l'objectif à atteindre, et les travaux de cette Conférence ont pour tâche de préciser les chemins à parcourir.

4. L'exigence de la solidarité

Un élément significatif sur lequel il me semble important d'attirer l'attention ressort de la documentation préparatoire à vos travaux: la réalité mondiale doit être modifiée si l'on veut garantir une activité agricole équilibrée et par suite une lutte efficace contre la faim. La situation actuelle, sur le plan économique et social, nous rend tous conscients du fait que la faim et la malnutrition de millions d'êtres humains sont les fruits de mécanismes injustes des structures économiques, de critères inégaux dans la distribution des ressources, et de la mise en oeuvre de politiques réalisées exclusivement pour sauvegarder des intérêts particuliers ou des formes multiples de protectionnisme restreintes a des régions déterminées.

Une telle situation, analysée à travers des catégories d’ordre moral, manifes­te le lien avec certaines manières d'être comme l'utilitarisme ou, plus radicalement encore, l'égoïsme et même la négation, en fait, du principe de la solidarité.

Car la solidarité est un choix de vie qui s'accomplit dans la pleine liberté de celui qui donne et de celui qui reçoit. Mais il s'agit d'une liberté authentique, capable de se réaliser spontanément parce que prête à saisir les besoins, à faire apparaître les nécessités, à montrer les possibilités concrètes de partage.

Réaliser concrètement la solidarité dans les rapports internationaux exige de dépasser les limites étroites dictées par une affirmation limitée du principe de réciprocité qui veut à tout prix considérer comme étant sur le même plan des pays qui sont en réalité inégaux à cause d'un degré différent de développement humain, social et économique.

5. Il y a de la nourriture pour tous

Il est nécessaire de comprendre les raisons d'un ensemble aussi complexe afin de modifier le comportement de chacun d'entre nous, à commencer par l'attitude intérieure. Si nous voulons que le monde soit libéré de la faim et de la malnutrition, nous devons nous interroger sur nos convictions les plus profondes, sur ce qui inspire notre action, et nous demander dans quelle mesure notre talent est mis au profit de la famille humaine, pour le présent et l'avenir.

Nombreux sont en effet les paradoxes qui sous-tendent les causes de la faim, à commencer par celui de "l'abondance" (cf. Jean-Paul ll, Discours à la Conférence internationale sur la Nutrition, 5 décembre 1992). Je crois pouvoir interpréter ici les sentiments de ceux qui prennent connaissance de votre documentation, quand ils lisent avec étonnement que, actuellement, la terre, avec ses produits, est en mesure de nourrir les habitants de la planète. Bien qu'en certaines régions les niveaux de la production continuent à osciller et, à leur suite, les paramètres de sécurité alimen­taire, la production globale est suffisante. Pourquoi alors, face à cette disponibilité potentielle, ceux qui souffrent de la faim sont-ils si nombreux?

Les causes, vous les connaissez bien; tout en étant diverses, elles ont à leur racine une conception de l'homme privée de raisons éthiques et de fondement moral, qui se reflète sur la structure des relations internationales et sur les valeurs qui devraient les guider.

Dans un récent message pour la Journée mondiale de l'Alimentation, le 16 octobre dernier, Jean-Paul II a voulu souligner qu'il est prioritaire d'édifier des rapports entre les peuples sur la base d'un constant «échange de dons». A l'appui de cette attitude se trouve le présupposé qui considère la personne comme fondement et fin de toute activité, qui affirme la suprématie du don sur l'avoir, la disposition à aider ou à établir des politiques d'assistance, le partage de ce qui fait la réalité de tout ce qui est notre "prochain": personne, communauté, nation. Ce sont là divers éléments qui seuls peuvent inspirer une vraie et efficace "culture du don" disposant chaque pays à partager les besoins de l'autre (cf. Jean-Paul II, Discours a l'occasion de l'anniversaire de la FAO, 23 octobre 1995).

6. La sauvegarde des ressources

Pour une lutte efficace contre la faim, il ne suffit pas de rechercher une organisa­tion correcte des mécanismes du marché ou d'atteindre des niveaux de production toujours plus élevés et efficaces. Il faut bien sûr donner une place convenable au travail agricole en valorisant toujours plus les ressources humaines qui jouent un rôle primordial dans cette activité; mais il est nécessaire de retrouver le vrai sens de la personne humaine, sa place centrale en tant que fondement et objectif prioritaire de toute action.

On trouve un exemple concret d'une telle perspective dans l'ordre du jour des travaux de cette Conférence dont l'attention se porte sur la question de l'environnement, entendue comme sauvegarde du «milieu humain». C'est une action par laquelle la FAO s'engage dans le contrôle des dommages causés à l'écosystème agricole, en le protégeant de phénomènes comme la désertification et l'érosion, ou d'une activité humaine inconsidérée; et aussi en permettant un usage réduit et plus rationnel de substances fortement polluantes, grâce à des "Codes de conduite" spécifiques qui apparaissent comme un instrument efficace, inscrit dans les politiques des États membres.

Dans ce secteur délicat, le défi de demain résulte surtout des engagements pris sur le plan international pour défendre l'environnement naturel. Ils font ressortir le rôle central de la FAO dans la réalisation de la plupart des programmes de l'"Action 21" de Rio de Janeiro et dans la conservation des diverses espèces biologiques.

Ce dernier point demande un effort ultérieur, afin de prendre la nécessaire disposition d'ordre éthique et conceptuel pour admettre que la disponibilité commune du patrimoine génétique naturel est une question de justice internationale.

La disponibilité des ressources biologiques appartient à l'humanité, en tant qu'elle fait partie de son patrimoine commun, comme la FAO l'a souligné en 1983 en adoptant son propre «International Undertaking on Plant Genetic Resources" .

Réaliser une justice effective dans les relations entre les peuples signifie qu'on est conscient de la destination universelle des biens et que le critère vers lequel il faut orienter la vie économique et la vie internationale est toujours celui de la communauté des biens eux-mêmes.

7. La collaboration de l'Église

Dans vos efforts, l'Église catholique vous est proche. C'est ce dont témoigne aussi l'attention et l'implication du Saint-Siège qui, pour sa part, suit depuis 1947 - il y a maintenant cinquante ans - l'action de la FAO, première des Organisations intergouvernementales du système des Nations unies avec lesquelles il a établi des rapports formels.

En poursuivant sa mission d'annoncer la Bonne Nouvelle à tous les peuples, l'Église ne manque pas de se souvenir de l'invitation du Christ à demander au Père qui est dans les cieux le "pain quotidien". C'est pourquoi elle est proche des plus petits, des laissés-pour-compte; elle connaît aussi la vie de ceux qui travaillent la terre dans la peine et l'effort, et elle est prête à soutenir l'initiative de ceux qui veillent à procurer leur pain quotidien à tous les hommes. Ils collaborent ainsi dans une action qui, selon le message chrétien, constitue la première des oeuvres de miséricorde, puisque la véritable mesure de l'agir humain demeure la réponse immédiate au “j'avais faim" (Mt 25, 42).

Ce thème semble accompagner toute l'action de la FAO, par un effort parfaitement réaliste et en même temps sereinement optimiste. Comme le montre votre présence et votre engagement, la FAO ne semble pas être découragée par les nombreux obstacles qu'elle rencontre sur son chemin, ni se laisser arrêter par les difficultés objectives: elle préfère plutôt les affronter.
Fidèle à son message, l'Église ne peut que saluer cet esprit positif, ce service désintéressé, ce défi raisonnable soutenu par une profonde confiance dans la possibilité de résoudre un des grands problèmes de la famille humaine.

Que Dieu tout-puissant et riche en miséricorde fasse descendre les grâces de sa Bénédiction sur vos personnes et sur vos travaux. Tel est le souhait que je suis chargé de vous apporter de la part de Sa Sainteté Jean-Paul II.

*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.46 p.2, 6.

© Copyright 1997 - Libreria Editrice Vaticana 



DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX ÉVÊQUES DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DE
BELGIQUE EN VISITE « AD LIMINA APOSTOLORUM
»
Vendrei 7 novembre 1997

Monsieur le Cardinal,
Chers Frères dans l'épiscopat
,
1. C'est avec une grande joie que je vous accueille dans la maison du Successeur de Pierre, vous qui avez reçu la charge de conduire le peuple de Dieu qui est en Belgique. Votre présence me rappelle mon voyage dans votre pays, en juin 1995, à l'occasion de la béatification d'un de vos compatriotes, le Père Damien de Veuster, figure spirituelle marquante et témoin exemplaire de la charité envers les malades. Je remercie le Cardinal Godfried Danneels, Président de votre Conférence épiscopale, pour ses paroles chaleureuses et je tiens à lui adresser tous mes vœux cordiaux au moment de sa fête. Vous êtes venus à Rome accomplir votre visite auprès du tombeau des Apôtres, afin de trouver lumière et soutien dans votre mission épiscopale « en vue de l'édification du Corps du Christ » [1], en communion avec l'Église universelle, et de reprendre courage, pour guider, réconforter et affermir l'espérance de vos collaborateurs, les prêtres et les diacres, ainsi que celle de l'ensemble du peuple de Dieu.
2. Dans vos rapports quinquennaux, vous me faites part des différentes initiatives que prennent vos diocèses dans la perspective du grand Jubilé, nouvel Avent pour l'Église; je me réjouis de l'accueil qu'elles ont trouvé auprès de vos diocésains et du dynamisme qu'elles suscitent au sein des communautés chrétiennes. C'est un signe tangible du désir spirituel des fidèles, de leur soif de découvrir de manière renouvelée le mystère trinitaire, pour en vivre et en être les témoins dans leur vie quotidienne.
À la veille de la deuxième année de préparation au grand Jubilé, je demande à l'Esprit Saint de vous éclairer et de vous soutenir dans le ministère que vous avez à accomplir. En tant que pasteurs, vous avez à conforter les prêtres dans leur mission, en étant proches d'eux, en les encourageant et en les soutenant, afin qu'ils poursuivent l'annonce de l'Évangile dans les taches qui leur incombent et qu'ils continuent à donner inlassablement l'exemple d'une vie de prière authentique et d'une existence conforme a leur engagement. Dans le respect des personnes et selon la discrétion requise, il vous appartient aussi de corriger par des monitions insistantes et de redresser des situations morales erronées, pour que nul ne soit objet de scandale pour ses frères et que personne ne soit perdu, comme je l'avais déjà souligné dans une lettre du 11 juin 1993, adressée a l'épiscopat américain, affronté à des problèmes de sociétés proches des vôtres [2].
3. Je salue les efforts importants faits dans vos diocèses pour intensifier la catéchèse des enfants et des jeunes, que vous considérez comme une des priorités pastorales. La démarche de nombreux jeunes, au cours des récentes Journées mondiales de la Jeunesse pourrait vous offrir l'occasion d'intensifier cette pastorale, en particulier par une formation spirituelle et religieuse plus approfondie. Cette dernière est en effet un des domaines essentiels et une clé de voûte de la mission évangélisatrice de l'Église, comme le souligne le récent « Directoire général pour la Catéchèse », réalisé par la Congrégation pour le Clergé. Ce document est un instrument précieux et un guide qui rappelle opportunément que le Christ et son message sont le centre de tout enseignement de la foi. Le ministère de la catéchèse doit donc occuper une place de choix dans la mission de toute la communauté chrétienne. Sous la responsabilité de l'évêque, il requiert la participation des parents, des prêtres, des personnes consacrées et de fidèles qui, acceptant de devenir catéchistes, recevront la formation appropriée.
En outre, j'apprécie l'attention que vous portez à la formation théologique et morale des laïcs, par des publications et par les différents enseignements organisés dans vos diocèses. Vous accompagnez cette formation d'une initiation à la prière et à la liturgie, afin que la découverte du Christ ne soit pas seulement de l'ordre de la connaissance, mais engage aussi la volonté et les sentiments, jusqu'à transformer la vie quotidienne. Dans votre récente déclaration « Au souffle de l'Esprit vers l'An 2000 », vous avez opportunément rappelé aux fidèles que l'espérance est un don de l'Esprit, qui se fonde sur la fidélité de Dieu, qu'il nous faut demander sans cesse. C'est à travers la vie sacramentelle et la participation à la communauté ecclésiale que les chrétiens en reçoivent de nombreux fruits. L'approfondissement du mystère chrétien et une vie spirituelle authentique permettent de trouver l'élan pour coopérer activement à la mission d'évangélisation de l'Église et, de manière spécifique, au développement de la société civile. A la lumière de l'Évangile et de la doctrine sociale de l'Église, les laïcs sont appelés à concourir au bien commun par un engagement dans l'ordre temporel, avec l'ensemble de leurs compatriotes, en promouvant les principes fondamentaux concernant la fin de la création et la façon de vivre dans le monde, ainsi que les valeurs morales [3].
Je vous encourage particulièrement à développer la pastorale des jeunes, en prenant soin de nommer des prêtres capables de les accompagner avec la délicatesse requise pour des êtres dont la personnalité est en train de se construire. Cela est important pour que les jeunes puissent découvrir le Christ et affronter avec sérénité les problèmes liés à la société moderne. Et je me réjouis de l'engagement renouvelé des catéchistes, des parents, des professeurs de religion et d'autres enseignants, qui ont le souci de l'éducation religieuse dans les écoles et dans les paroisses; il faut se féliciter aussi de la vitalité manifestée par les différents mouvements qui proposent à la jeunesse des activités grâce auxquelles les valeurs chrétiennes et une démarche spirituelle peuvent être découvertes et vécues.
4. Vous m'avez exprimé vos craintes concernant la diminution croissante du nombre de prêtres et les lourdes tâches qu'il leur faut remplir actuellement, parfois jusqu'à l'extrême limite de leurs forces et à un âge très avancé. Connaissant les conditions pénibles dans lesquelles ils vivent, je salue leur dévouement, leur persévérance et leur fidélité, les invitant à demeurer dans l'espérance et à puiser dans la prière personnelle et liturgique, et particulièrement dans la célébration de l'Eucharistie, la force pour vivre en conformité au Christ dont ils sont une icône vivante, pour être des serviteurs de l'Évangile et pour manifester aux hommes qu'une vie donnée à Dieu dans le célibat est source de joie profonde et d'équilibre intérieur. Comme vous le faites déjà, il vous revient de vous soucier de la qualité de leur vie matérielle, de les rendre attentifs à conserver une juste harmonie entre la vie spirituelle, la vie pastorale, les loisirs et les relations amicales.
D'autre part, il importe de favoriser tout ce qui peut affermir l'unité et le sens fraternel au sein du « presbytérium, qui est accordé à l'évêque comme les cordes à la cithare » [4]. Les prêtres sont unis à leurs confrères «par un lien de charité, de prière et de coopération » [5]. De ce fait, les relations doivent être empreintes d'amitié et d'attention des uns aux autres, les plus jeunes demandant à être épaulés dans les débuts de leur ministère et dans leurs premières responsabilités, et les plus âgés pouvant apporter toute leur expérience. Tout cela est favorisé par des moments de retraite et des temps de formation théologique proposés à l'ensemble du clergé, pour que son enseignement soit fortifié et capable de répondre plus précisément aux interrogations de nos contemporains. Transmettez aux prêtres et aux diacres mes encouragements chaleureux et l'assurance de ma prière, en particulier à ceux qui sont malades et à ceux qui connaissent des difficultés dans le ministère. Adressez mes salutations les meilleures aux membres des Instituts de vie consacrée, qui, malgré le manque de vocations, poursuivent leurs missions au prix de durs efforts, par amour du Christ et de l'Église. Je souhaite qu'ils trouvent les moyens éventuels de regrouper leurs forces et de transmettre leurs spiritualités aux laïcs travaillant avec eux, comme ils le réalisent déjà.
5. U hebt besloten om in ieder bisdom een grootseminarie te handhaven, een wezenlijke en centrale instelling die deelt in de zichtbaarheid van de Kerk en haar apostolische dynamiek. Het is een moedige keuze die laat zien dat u aanzienlijke aandacht besteedt zien aan de vorming van de toekomstige priesters, en ook de zorg voor een goede onderscheiding. Dankzij deze nabijheid kunnen de jonge mannen hun vertrouwelijke relatie met en hun kinderlijke gehoorzaamheid aan hun bisschop bevestigen, en de realiteit in een diocees leren kennen, waarin zij uiteindelijk zullen gaan leven. Wat de vorming betreft, is het raadzaam om meteen de juiste intentie van de priesterkandidaten en de voldoende mate van rijpheid bij hen na te gaan, en om hen te helpen hun persoonlijkheid te structureren [6]. Daarom zou het nadelig zijn voor de jonge mannen om zelf hun plaats van vorming te kiezen, volgens de criteria die gebonden zijn aan hun subjectiviteit, hun gevoeligheden en hun levensgeschiedenis. Dit kan het onderscheidingsvermogen beperken en de de dimensie van dienstbaarheid die het priesterlijke dienstwerk vereist, verzwakken. Ik waardeer de aandacht die u aan het filosofische en theologische onderwijs besteedt, alsmede aan de spirituele vooruitgang van de toekomstige priesters, waarbij u professoren en geestelijke leidsmannen uitkiest, die speciaal voor dit delicate dienstwerk zijn toegerust.
De aanwezigheid van een seminarie is ook een gelegenheid voor alle gelovigen om degenen die hun herders zullen worden, nabij te zijn en hen te steunen door hun broederlijk gebed. Alle christenen, en onder hen de ouders, moeten er zich op toeleggen roepingen in de gezinnen op te wekken, en de jongeren die zich geroepen voelen tot het priesterschap of het religieuze leven, te begeleiden. In deze geest verheug ik mij over het nieuwe elan dat u aan de verschillende Roepingendiensten hebt willen geven.
6. De huidige situatie heeft u ertoe gebracht de parochies te reorganiseren en te herstructureren, rekening houdend met de mogelijkheden die u ter beschikking staan, en met de pastorale noden. De parochie is niet zomaar een vereniging. Zij is een teken van de zichtbaarheid van de Kerk, en een haard waarin de communio tussen alle leden van de gemeenschap tot uitdrukkhig wordt gebracht. Zij is de basiseenheid die zich moet verzekeren van de belangrijke ambten van de kerkelijke zending, maar die daarom een zekere capaciteit van levende krachten moet bezitten. Het is derhalve van belang dat deze reorganisaties rekening houden met het aantal gelovigen, met de mogelijkheid om de verschillende onontbeerlijke pastorale diensten te garanderen, en met het netwerk van mensen dat een deel van haar vitaliteit ontleent aan de zondagse liturgie en aan de activiteiten van de parochie.
7. In uw rapporten brengt u uw ongerustheid en dat van een belangrijk deel van de Belgen tot uitdrukking met betrekking tot de ontwikkelingen in de maatschappij. U benadrukt de groei van de verschijnselen van armoede, die verbonden zijn aan de economische conjunctuur en aan de toename van de werkeloosheid, en die een toename van alle vormen van misdaad voortbrengen en de verleiding om aan de toekomst te wanhopen. U stelt ook de vervlakking van de morele waarden vast, die aan de basis liggen van een geordend persoonlijk leven, van de onderlinge relaties tussen uw medeburgers, van de noodzakelijke solidariteit binnen de nationale gemeenschap, en van de leiding van de res publica. De Kerk moet aandacht hebben voor alle mensen, in het bijzonder voor hen die aan de rand van de maatschappij leven. Ik spoor daarom de christenen aan om zich altijd meer in dienst van hun broeders en zusters te stellen, en om attent te zijn op de noodzaak van een rechtvaardige bijstand aan ieder, door een inzet op alle terreinen van het leven in de maatschappij, met een grote zin voor rechtschapenheid die eigen moet zijn aan eenieder die geroepen is om deel te nemen aan het beheer van het algemeen goed. Een dergelijke gang van zaken zal er ongetwijfeld toe bijdragen om het vertrouwen van uw landgenoten in de nationale instellingen meer en meer te bevestigen.
De Kerk dient er ook onvermoeibaar aan te blijven herinneren dat iedere mens beschermd moet worden, in het bijzonder de kinderen, die, juist omdat zij kwetsbaar en weerloos zijn, vaak het doelwit zijn van ontaarde volwassenen, die jonge kinderen ernstig en duurzaam schenden, om vrij spel te kunnen geven aan hun lusten. Op dit moment denk ik in het bijzonder aan de gezinnen die recentelijk getroffen zijn door misdadige gedragingen waarvan hun kinderen het slachtoffer geworden zijn. Geef hen de verzekering dat de Paus met hen verbonden is door het gebed, en dat hij zeer gevoelig is geweest voor de grote moed waarvan zij blijk hebben gegeven in hun smart, terwijl al hun landgenoten tot een diepgaande morele herleving en tot vergeving worden uitgenodigd.
8. De toekomst van de maatschappij plaatst al onze tijdgenoten voor een grote uitdaging op het ethische vlak; daarom is het passend om een aanzet te geven tot een hernieuwde morele bezinning, die aan eenieder elementen aanreikt voor onderscheiding, voor het oordeel over de morele juistheid van een daad, en voor een rechtschapen levenshouding.
In deze zin waardeer ik de krachtige en moedige uitspraken van de bisschoppen, die de aandacht hebben getrokken van de gelovigen en van het gehele Belgische volk over de noodzaak van het respect voor de intrinsieke waardigheid van het menselijk leven, vanaf de bevruchting tot aan de natuurlijke dood. In ieder land heeft de Kerk de plicht om de stem van de zwaksten te laten horen, en om te pas en te onpas de morele waarden voor te houden die geen enkele wet straffeloos terzijde kan schuiven. Aan de andere kant, ook al identificeert de Kerk zich op geen enkele wijze met de politieke gemeenschap die zij respecteert, zij herinnert hen die een wettige dienst aan het volk vervullen en al onze tijdgenoten herhaaldelijk aan dat wat ten grondslag ligt van het handelen van individu en gemeenschap, en aan dat wat, in tegenstelling daarmee, de mens en de mensheid ernstig schade doet. Inderdaad, « met het uitoefenen van gezag beoogt men een juiste hiërarchie van waarden zichtbaar te maken, om zo ieders vrijheid en verantwoordelijkheid te bevorderen » en met het oog op het algemeen goed [7].
9. Am Ende unserer Begegnung, liebe Brder im Bischofsamt, bitte ich Euch, meinen herzlichen Gruß den Priestern, Diakonen, Ordensleuten und Laien Eurer Gemeinden zu übermitteln. Versichert Sie meines Gebetes, damit sie in den gegenwktigen Schwierigkeiten die Hoffnung nicht verlieren und der Heilige Geist alle zu mutigen und prophetischen Handlungen ansporne, was für ihre Brüder und Schwestem ein herausragendes Zeichen sein soli für das Heil, das Christus gebracht hat, und für die Bekehrung, die Er in den Herzen bewirkt.
Ich empfehle Euch der Fürsprache der Heiligen Eures Landes und erteile Euch und den Gliedern des Volkes Gottes, das Eurer pastoralen Sorge anvertraut ist, gern den Apostolischen Segen.

[1] Eph. 4, 12.
[2] Cfr. Ioannis Pauli PP. II Litterae Episcopis americanis datae, die 11 iun. 1993: Insegnamenti di Giovanni Paolo II, XVI, 1 (1993) 1476 ss.; 1 Cor. 10, 32; 2 Cor. 6, 3; Codex Iuris Canonici, cann. 1044, 2. 1395.
[3] Cfr. Apostolicam Actuositatem, 7.
[4] Cfr. S. Ignatii Antiocheni Epistula ad Ephesios.
[5] Presbyterorum Ordinis, 8.
[6] Cfr. Ioannis Pauli PP. II Pastores Dabo Vobis, 62.
[7] Catechismus Catholicae Ecclesiae, n. 2236.

© Copyright 1997 - Libreria Editrice Vaticana
 



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