DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PÈLERINS FRANÇAIS VENUS POUR LA CANONISATION DE JEANNE DE FRANCE*
Lundi 29 mai 1950
La Pentecôte ! la Pentecôte de l'Année Sainte, année d'effusion, extraordinairement abondante, de l'onction divine : spiritalis unctio ! Quelle fête ! quelle joie pour l'univers chrétien, pour les pèlerins accourus des quatre points cardinaux à la Ville éternelle, autour de la Chaire du successeur de Pierre !
Mais quelle fête et quelle joie spéciales pour vous, chers fils et filles de France, de la nation qui vient de voir couronner du diadème lumineux et impérissable de la sainteté une de ses reines, une reine qui s'était, avec la majesté d'une incomparable humilité et d'une incomparable dignité, laissée frustrer de la couronne terrestre, dont Bossuet, citant les paroles mêmes de saint Grégoire le Grand, disait qu'elle était « autant au-dessus des autres couronnes du monde que la dignité royale surpasse les fortunes particulières » (Oraison funèbre d'Henriette-Marie de France - Cf. S. Gregorius I Childeberto, regi Francorum, 595 sept. 1. VI ep. 6 - Monum. Germaniae hist. Epist. t. I pag. 384).
Cette affluence, ce fleuve imposant de pèlerins, après tant d'autres déjà venus cette année de votre patrie, porte aujourd'hui ses flots, dans un élan de gratitude, aux pieds de celui qui a eu l'honneur et la consolation de mettre au rang des saints de l'Église, près d'un demi millénaire depuis sa naissance, cette fille de sang royal, Jeanne de France. Peut-on n'y voir pas comme le plébiscite de la foi d'un peuple fier d'une galerie de saints, qui difficilement le cède en ampleur et en magnificence à celle de tous les autres pays du monde ?
Qu'est-elle donc cette nouvelle sainte que, de toutes les provinces et diocèses, pèlerins de tous âges, de toutes conditions, de toutes professions, prêtres, religieux, laïques, vous êtes venus honorer et vénérer ici dans la capitale de la chrétienté ? Elle est une de ces héroïnes silencieuses, dont la silhouette, d'une grandeur morale exceptionnelle, loin de s'estomper au cours des âges, semble commencer seulement à prendre dans la lumière de l'histoire, des contours plus nets, un coloris plus éclatant.
Telle est Jeanne de France. Elle est du nombre de ces saints, dont la lumière, naissante et croissante à l'écart du monde, était restée, au cours de leur vie d'ici-bas, presque entièrement cachée sous le boisseau. Mais cette lumière, aujourd'hui, élevée sur le flambeau, rayonne aux yeux de tous les fidèles ; elle marche, elle monte, entraînant dans son sillage de clarté tous ceux qui savent encore regarder, comprendre, apprécier les vraies valeurs de la vie. Jeanne prend place en reine glorieuse sur un trône que jamais ses contemporains n'eussent songé à lui assigner. Et voici que ce temple même, où viennent de se dérouler les cérémonies solennelles de sa canonisation, est, en ce moment, témoin de l'affectueuse rencontre du Père de la grande famille chrétienne avec sa fille aînée, la France catholique !
Aussi, tout rempli encore de l'émotion de cette inoubliable matinée, Nous sentons Notre cœur se dilater et Nos lèvres s'ouvrir pour un paternel souhait de bienvenue, qui spontanément se mue aussitôt en une prière ardente et une tendre exhortation. Nous vous disons à tous : écoutez et suivez l'appel intérieur de cette sainte de la terre de France, le message qu'elle adresse à l'âme et à la conscience de tous ceux qui, vivant dans une ambiance, trop souvent hélas ! bien éloignée du Christ, prennent au sérieux leur dignité de chrétiens.
Il Nous semble voir la vie et l'œuvre de Jeanne de France marquée d'un triple sceau divin : dons intérieurs, dont l'Esprit Saint l'enrichit dès sa prime jeunesse — intelligence exceptionnellement pénétrante de la vie et de l'action efficace de la Vierge Mère du Rédempteur — et, fruit de l'union de sa vie avec la vie de la Mère de Dieu, union d'autant plus étroite avec le Christ, sans limite ni réserve, haussée d'un élan généreux au-dessus de toutes les épreuves et de toutes les humiliations, victorieuse de toutes les amertumes et de toutes les douleurs.
Chers fils et chères filles, de retour dans votre patrie, si belle et, quand même, secouée par les troubles de l'heure présente, restez imperturbablement fidèles à l'héritage que le Christ vous a confié et transmis par la longue chaîne de vos saints. Restez fidèles à l'Esprit que 1'Église invoque en cette fête de Pentecôte : sans le secours de votre divin pouvoir, l'homme n'a plus rien en lui, plus rien qui ne soit pour son mal et sa perte : sine tuo numine, nihil est in homine, nihil est innoxium.
Regardez-le notre temps, avec ses misères et ses angoisses, avec ses erreurs et ses égarements, avec ses soulèvements et ses injustices : ne vous offre-t-il pas une trop fidèle peinture de l'horreur qui menace l'humanité tout entière et chacun des individus qui la composent, dès qu'ils prétendent se soustraire au joug aimable de l'Esprit de Dieu ? Seule une France docile à cet Esprit divin, purifiée, obéissante à son essentielle vocation, appliquée à valoriser toujours davantage ses plus belles ressources, sera capable d'apporter à l'humanité, à la chrétienté, en toute plénitude, une contribution digne d'elle pour l'œuvre de réconciliation et de restauration.
La profonde pénétration de Jeanne de France dans la vie de la bienheureuse Mère de Dieu, la totalité absolue de sa consécration à Marie, le reflet resplendissant des sentiments et des vertus mariales dans sa propre vie et dans son Ordre de « l'Annonciade », donnent de nos jours à ses exemples et à ses règles l'aspect d'un nouveau Message à la France. Dans les grandes luttes spirituelles de ces temps, où les tenants du Christ et ses négateurs se trouvent confondus dans la foule, la dévotion à la Mère de Jésus est une pierre de touche infaillible pour discerner les uns des autres. Catholiques de France, votre histoire, dont toute la trame est tissue des grâces et des faveurs de Marie, vous fait un devoir tout spécial de veiller sur l'intégrité et sur la pureté de votre héritage marial. Défendez-le contre ceux qui ont rompu leurs liens avec vos antiques et glorieuses traditions, par votre courageuse persévérance dans la poursuite de vos intérêts les plus sacrés, unie à l'exemple du respect des justes lois et de l'ordre légitime de l'État. Vous allez quitter ces lieux, où vous venez d'assister au triomphe de votre sainte ; vous allez de nouveau fouler la terre, qui tant de fois a éprouvé les effets de la protection et de l'intercession puissante de Marie : faites alors monter vers le ciel d'azur et de lumière le grand désir de votre cœur, l'ardente prière de votre âme : Vierge sainte, rendez nous forts dans le combat contre vos ennemis : Virgo sacrata, da mihi virtutein contra hostes tuos !
La vie de Jeanne porte enfin le sceau de son union avec le Christ. Cette union l'imprègne, jusque dans les profondeurs de son âme, de grandeur héroïque. Sa naissance de sang royal, sa destinée de reine, fille, sœur, épouse, de rois, réservaient à la pauvre créature disgraciée aux yeux du monde, mais toute gracieuse de charmes divins, un sort des plus douloureux. De bien rares éclairs de joie et d'honneur allaient faire descendre un peu de lumière dans la nuit d'une vie de douleur et d'humiliation ; à peine quelques gouttes de douceur allaient atténuer un peu l'amertume de son calice d'affliction. Quel cœur resterait impassible à mesurer la distance de la félicité, qui aurait dû être la sienne, à l'abîme de tribulations, où s'est écoulée son existence mortelle. Elle traverse la vallée de larmes et gravit les sommets avec la sérénité de ceux qui, formés à l'école sublime de la folie de la Croix, ont su y tremper et affiner leurs esprits.
Au cœur des femmes de France, à qui dans les conjonctures actuelles, incombe une mission de souveraine importance, daigne Dieu, le Seigneur tout-puissant, infuser en une mesure riche et débordante, le courage dans la souffrance et dans la lutte, par où s'est héroïquement signalée la vie intérieure de Jeanne de France.
Elle est admirable la part des femmes dans l'histoire de la France. Clotilde la délivre de l'infidélité et de l'hérésie, et par la baptême de Clovis elle est donnée au Christ ! Blanche de Castille est l'éducatrice de saint Louis, « le bon sergent du Christ ! » Jeanne d'Arc rend à la France sa place dans le monde, et son étendard porte les noms de Jésus et de Marie ! La glorification, aujourd'hui, de Jeanne de France n'est-elle pas un présage que son message de paix, resté si longtemps, comme le grain, enfoui dans la terre et stérile en apparence, va germer enfin et monter en épis dorés, dont porteront joyeusement les gerbes, pour la France et pour le monde, ceux qui l'avaient semé dans les larmes et dans leur sang ?
À une condition ! que la femme française continue de répondre à sa vocation, de remplir sa mission. Ces héroïnes providentielles ont rempli la leur par la sagesse de leur esprit, la force de leur volonté, la sainteté de leur vie, la générosité dans le sacrifice total d'elles-mêmes, en somme par l'imitation des vertus de Marie, trône de la Sagesse, femme forte, servante du Seigneur, Vierge compatissante au cœur percé du glaive, Mère de l'Auteur de la Paix et Reine de la Paix. Soyez telles, femmes de France. Par votre jeunesse virginale, par votre dévouement filial et conjugal, par votre sollicitude maternelle, par la dignité de votre vie chrétienne, privée et sociale, vous ferez plus encore pour la vraie, la grande paix que ne pourraient faire, sans vous, les conquérants, les législateurs, les génies.
C'est dans cette pensée et avec cet espoir que Nous appelons sur la France, par l'intercession de sainte Jeanne, les plus belles faveurs de Dieu, en gage desquelles Nous vous donnons de tout cœur Notre Bénédiction apostolique.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XII,
Douzième année de Pontificat, 2 mars 1950 - 1er mars 1951, pp. 91-95
Typographie Polyglotte Vaticane
A.A.S., vol. XXXXII (1950), n. 5 - 6, pp. 481 - 484.
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU PREMIER REPRÉSENTANT DIPLOMATIQUE D
'INDONÉSIE,
S.E.M. E. SUKARDJO WIRYOPRANOTO
*
Jeudi 25 mai 1950
Monsieur le Ministre,
Cette journée apporte au Corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, un accroissement qui, comme tous les véritables amis de la paix le reconnaîtront, est hautement significatif et plein de promesses pour le progrès d’heureuses relations entre peuples et gouvernements. Nouveau membre, pleinement qualifié, du groupe des nations, les États-Unis d’Indonésie ont estimé important de ne pas laisser passer la première année de leur liberté et indépendance sans donner une preuve de leur attitude amicale envers le Saint-Siège, en établissant des rapports diplomatiques. Ayant bien conscience de ce que représente cette décision, Nous exprimons à Votre Excellence, à qui le Président a confié le poste d’Envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire, Notre cordiale bienvenue.
Occupant un point du globe qui, tout en offrant de grandes et peu communes possibilités de développement, se trouve aussi exposé à des obstacles et dangers évidents, un peuple de soixante-dix millions de citoyens, dans ses luttes pour consolider et raffermir sa liberté, a droit à l’assistance fraternelle et à l’encouragement de tous ceux qui sont sincères dans leur dessein de ne pas écarter plus longtemps des nations et de la communauté internationale les bénédictions et les fruits d’une paix juste et durable.
Ce but, objet de la plus profonde aspiration et des prières les plus pressantes de tous les hommes de bonne volonté, est digne des plus beaux efforts humains, et personne n’est plus laborieusement attaché à sa réalisation que Nous. Notre cœur paternel est lourd d’anxiété en voyant se dérouler, sous Nos yeux, toute la tragique histoire de la désunion internationale et lorsque nous contemplons les résultats, sur le plan matériel et surtout moral, de la phase actuelle d’une politique qui persiste à retarder, arrêter et menacer la paix du monde.
Monsieur le Ministre, à l’occasion de vos débuts solennels dans votre haute mission, vous avez rendu hommage, en parlant au nom de vos compatriotes, à la plus haute et riche source de sincère et véritable paix. Dans les principes de base proclamés par votre État naissant, dans la « Pantjasila », le nom et l’autorité suprême du Tout-Puissant tiennent la première place. Quand la suprématie qui appartient à Dieu et à lui seul est reconnue et soutenue, les hommes, les nations, la démocratie et une conscience sociale droite trouvent, naturellement et en une puissante et féconde harmonie, leur propre place dans la hiérarchie des valeurs ; et bien que des circonstances extérieures, la faiblesse humaine et les risques d’erreurs puissent parfois retarder le progrès, aussi longtemps que le but et le chemin qui conduisent vers lui demeurent en réalité inchangés, la voie est ouverte à un avenir brillant et plein d’espérance.
Dieu qui connaît toutes choses sait combien est sincère Notre vœu pour que le peuple indonésien, si cher à Notre cœur, puisse en cette heure de son existence faire rapidement de grands pas vers le bonheur, le progrès et la prospérité. C’est là le vœu de tous ceux qui partagent notre foi et Nos convictions ; et Nous sommes sûr que les fils de l’Église travaillant en Indonésie ne céderont le pas à personne dans leur ambition de servir leur pays, et leurs compatriotes avec un dévouement désintéressé dans les domaines de l’éducation, de la charité et du devoir civique. C’est là leur devoir comme membres de la grande famille humaine et comme catholiques.
Nous rappellerons ici avec plaisir les paroles que prononça Son Excellence le Président de la République lorsqu’il reçut, au printemps de cette année, Notre Inter-Nonce. Citant l’activité culturelle des catholiques en Indonésie, il déclara que celle-ci se trouvait assurée pour l’avenir par la garantie de la « pantjasila ». Ces paroles ont jeté un pont de confiance par-dessus de vastes étendues de terre et de mer pour relier votre pays lointain avec le Saint-Siège. Vous vous êtes vu confier la noble charge d’en assurer la solidité et la stabilité. Nous n’avons aucun doute que dès ce premier jour de votre mission, Votre Excellence s’acquittera de sa charge de manière à satisfaire votre haut sens moral et pour l’avantage et le bonheur de votre pays et de son peuple.
Dans cette pensée d’heureuse participation, Nous vous demandons de transmettre Nos compliments à Son Excellence le Président, aux membres du gouvernement et à tout le peuple indonésien. Que tous soient assurés que Nous Nous réjouissons toujours en constatant les progrès réalisés par votre État, jeune mais conscient de son haut destin, en un mélange de confiance en soi, de sagesse et de modération, jusqu’à ce qu’il prenne sa place au conseil des nations, où ses efforts pour la prospérité et la grandeur nationales trouveront à s’harmoniser efficacement avec un service uni consacré au bien universel de toute l’humanité. Que Dieu le veuille.
* L’Osservatore Romano. Édition hebdomadaire en langue française n° 25 p.2.
Documents Pontificaux 1950, p.180-182.
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX DÉLÉGUÉS DE LA CONFÉRENCE INTERNATIONALE DE RADIODIFFUSION À HAUTE FRÉQUENCE*
Salle du Consistoire - Vendredi 5 mai 1950
De grand cœur, Messieurs, Nous vous souhaitons ici la bienvenue et Nous saisissons cette occasion de vous témoigner le grand intérêt que Nous prenons à vos travaux dont Nous apprécions et la difficulté et l'importance.
Certes, les difficultés sont multiples, les problèmes ardus. Difficultés et problèmes d'ordre technique, qui ne font que s'aggraver à mesure que s'intensifie et se répand l'usage des télécommunications. L'encombrement des rues de nos grandes métropoles semble parfois inextricable et fait envisager avec anxiété ses futurs développements ; il ne montre toutefois qu'un aspect partiel, le plus immédiatement perceptible de la situation. C'est, à leur tour, l'océan, en surface et en profondeur, c'est l'air, c'est la stratosphère et l'ionosphère qui se trouvent envahis, eux aussi jusqu'à l'encombrement, lequel ne peut faire que croître et embellir. Les perfectionnements de l'outillage et des méthodes, si admirables qu'ils puissent être, ne sauraient suffire à y parer. Non moins que la circulation des véhicules et des piétons sur le sol, celle des ondes exige une « réglementation » de leur usage. En d'autres termes, cet usage doit forcément être limité par une discipline.
Or, cette limitation fait surgir à son tour de nouvelles difficultés, de nouveaux problèmes, des difficultés et problèmes d'ordre national et international.
S'il ne s'agissait encore que d'intérêts véritables, une entente loyalement fraternelle pourrait venir à bout, sinon de les concilier parfaitement, du moins de répartir équitablement les sacrifices. Mais d'autres complications surviennent. Qu'il suffise ici de faire allusion à certains contrastes de caractère politique ou idéologique. Mais, en outre, que de susceptibilités ou rivalités sur le plan national, culturel, social, économique ! Elles sont peut-être, au fond, moins importantes que les complications susdites, pourtant, parce que c'est sur elles que l'humanité se montre d'ordinaire plus rétive aux concessions réciproques, elles viennent fâcheusement entraver les efforts de ceux qui assument la tâche, ensoi déjà si ardue, de la technique et de l'organisation.
C'est au milieu de ces difficultés et en vue de les aplanir le mieux possible que vous avez à manœuvrer pour mettre, autant que faire se peut, tout le monde d'accord. Vos efforts, Messieurs, sont hautement méritoires. Ce qui doit vous soutenir, c'est la conviction solidement fondée de servir la cause de l'humanité, des individus, des nations, des sociétés, la cause de la civilisation, de l'union, de la paix.
On entend parfois formuler des plaintes au sujet des méfaits de la radio et de son rôle dans la perversion des esprits et des mœurs. Faudrait-il donc, parce que la malice de quelques-uns abuse des dons de Dieu et des découvertes de l'homme, se frustrer soi-même et les autres du bénéfice qui en était la fin providentielle ? A coup sûr, il faut condamner et flétrir les abus ; mieux encore, il faut prendre pour les réprimer les mesures les plus efficaces. Quant aux acquisitions dont chaque génération s'enrichit, il faut, au contraire, les valoriser et faire en sorte que le bien qui en résulte grâce à l'action des hommes de science et de conscience, surpasse et neutralise le mal fait par d'indignes exploiteurs.
Ce bien est incalculable et dans tous les domaines. Même dans le domaine directement pratique, qui pourra suffisamment louer les immenses services rendus par la radiodiffusion en cas de détresses urgentes et d'extrême péril ? Qui dira l'utilité sociale des informations dans les communications échangées entre tous les membres de la grande famille humaine ? Qui pourra évaluer le profit qu'apporte à la culture générale la possibilité de faire entendre les conférences et leçons les plus variées, de faire goûter les charmes élevants de la belle diction et de la belle musique ?
Nous n'insistons pas sur tous ces avantages, ayant eu l'occasion d'en parler expressément, il y a près de trois ans, au cinquantième anniversaire des découvertes de Marconi (3 octobre 1947. - Discorsi e Radiomessaggi, t. IX, p. 261 et suiv.).
À tout cela l'Église, disions-Nous, s'intéresse. Faut-il s'en étonner ? Elle est au-dessus des diversités nationales, elle est universelle. Elle trouve dans la radiodiffusion un concours éminemment précieux à l'accomplissement de sa mission propre. Il est vrai que l'audition par radio d'une messe n'est pas la même chose que l'assistance personnelle au divin sacrifice. La radio ne remplace pas complètement les contacts personnels. Mais, de quelle ressource elle est pour le Chef suprême de l'Église et pour les autres pasteurs des âmes, à qui elle permet de parler directement à leur fils et filles spirituels, de prier avec eux !
Quelle force intime et quel stimulant religieux peut apporter le microphone, qui pour beaucoup est souvent l'unique réconfort, l'unique soutien, qu'ils puissent recevoir du dehors. Pensez donc à ces milliers de malades cloués sur leur lit, aux populations qui n'ont ni église ni prêtre. Par la radio, du moins, ils peuvent encore vivre en communication avec les sources de la foi et de la grâce.
Voilà pourquoi, et vous l'avez compris, cette Cité du Vatican a tenu à prendre sa part de collaboration à tous les travaux concernant la radio, à installer et développer sa propre station. Elle n'a point, comme les autres États, ses intérêts politiques à promouvoir ; elle en a de plus hauts et de plus sacrés.
Avec raison, la radiodiffusion se regarde comme revêtue d'une mission éducative, mais à la condition toutefois qu'elle ne laisse pas à l'écart de l'accomplissement de cette mission, ce qui en est la fin principale: image de Dieu, l'homme a le devoir de parfaire en lui la divine ressemblance dans sa manière de penser, de vouloir, d'agir. C'est à l'y aider que doit tendre toute éducation. Le corps de l'homme, sa vie temporelle et matérielle, doivent être l'objet de respect et de soin: Nous l'avons souvent rappelé. Son âme et sa vie intellectuelle et spirituelle est incomparablement plus digne de sollicitude ; elle est, en fin de compte, l'ultime et suprême raison de toute instruction et de toute éducation. Comment la radio pourrait-elle donc exclure du nombre de ses devoirs et des fins qu'elle poursuit, la formation religieuse ?
Nous prions Dieu de bénir les conclusions de votre Congrès, afin qu'elles servent, d'une part, au progrès de l'entente, de l'union, de la paix, d'autre part, au bien, même temporel, au perfectionnement intellectuel, moral, religieux, de l'homme.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XII,
Douzième année de Pontificat, 2 mars 1950 - 1er mars 1951, pp. 53-55
Typographie Polyglotte Vaticane
DISCOURS DU PAPE PIE XII
À UN GROUPE D'ARTISTES DU THÉÂTRE
HÉBERTOT
DE PARIS*
Salle du Consistoire - Samedi 29 avril 1950
Nous ne saurions exprimer de façon plus éloquente Nos félicitations à l'éminent Académicien, dont Nous venons d'entendre réciter quelques morceaux de choix, qu'en lui montrant cette assemblée imposante par la qualité des hautes personnalités qui la composent. Elle est venue témoigner tout à la fois son admiration pour le délicat poète et sa vénération pour l'ancien diplomate, illustre Ambassadeur de France, pour le génial vieillard, à qui chaque printemps semble apporter un renouveau de jeunesse et de verdeur.
Si grand que soit l'intérêt que l'Église a toujours pris aux manifestations de l'art, qui projette sur la terre quelque chose de la lumière du ciel, Nous éprouvons un intérêt plus direct et plus profond encore à l'audition de ces poésies mises en valeur par l'exquise délicatesse et l'intelligente pénétration de leurs interprètes. Il Nous semblait suivre par la pensée et le souvenir l'itinéraire d'une âme saisie, conquise par la grâce du Christ et qui, du jour de sa conquête, s'efforçait, toujours ardente, jamais satisfaite, recourant à l'aide de formes nouvelles, fussent-elles hardies parfois, d'exprimer dans son chant l'amour dont elle déborde.
Puissent les fortunés auditeurs de ce régal littéraire et religieux emporter dans leurs âmes un saint élan pour monter vers le Christ, Verbe de Dieu, chant éternel du Père, dont toute vraie poésie est ici-bas l'écho.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XII,
Douzième année de Pontificat, 2 mars 1950 - 1er mars 1951, p. 49
Typographie Polyglotte Vaticane
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU PREMIER CONGRÈS
MONDIAL
DES CHAMBRES DE COMMERCE
*
Salle du Consistoire - Jeudi 27 avril 1950
Nous avons grande joie à vous recevoir ici, représentants des Chambres de commerce de tout l'univers, vous qui, par le fait, représentez l'élite du monde commercial. Nous ne voudrions pas laisser passer sans la saisir au vol cette occasion de vous dire — dans la mesure où les obligations extraordinaires de cette Année Sainte Nous le permettent — quelques brefs mots de la conception chrétienne de votre profession. Son rôle, son influence, ses responsabilités sont, — à l'heure actuelle, d'une importance et d'une gravité plus grandes que jamais, — telles qu'il est, croyons-Nous, tout à fait opportun de couronner vos travaux techniques et juridiques par une sérieuse considération morale et de ce rôle et de ces responsabilités.
Ce n'est pas sans une signification assez expressive que la mythologie a donné des ailes à Mercure. N'y faut-il pas voir le symbole de la liberté d'allure dont le commerçant a besoin, au delà comme en deçà des frontières de son pays ? Certes, il n'est pas question — et nul d'entre vous n'y songe — de revendiquer une liberté illimitée, incompatible avec la fin et les exigences de l'économie nationale, avec le souci permanent de la prospérité matérielle de tous. Tant s'en faut que c'est, au contraire, en vue de cette prospérité que vous aspirez à une plus pleine liberté du commerce. Et vous avez raison.
Il ne suffit pas, malheureusement, d'avoir raison dans la sereine région des principes, tant que les désirs les plus légitimes restent pratiquement irréalisables du fait que des motifs, d'ordre purement politique, persistent à gêner la circulation et les communications des personnes et des marchandises. Il y a même des pays où est érigée en système la remise plus ou moins absolue de tout le commerce aux mains de l'autorité publique. Affirmons-le clairement : c'est là une tendance en opposition avec le concept chrétien de l'économie sociale. Le commerce est, fondamentalement, une activité de l'individu et c'est cette activité privée qui lui imprime sa première impulsion, qui allume la flamme et l'entrain dans celui qui s'y adonne.
Encore est-il que vous n'atteindrez la fin que vous visez, c'est à dire le profit de la prospérité générale, qu'à la condition de mettre en pleine lumière l'exercice personnel du commerce au service du bien-être matériel de la société. Le commerçant, dira-t-on, doit être habile, sans doute ! Il doit être homme d'affaires, prudent plus que sentimental, sans doute encore ! Mais il doit, à ces qualités strictement professionnelles, joindre un concept élevé de l'idéal de sa profession. Homme d'affaires, il doit se considérer également comme serviteur de la communauté.
À n'avoir d'autre ambition que d'encaisser toujours plus d'argent et de s'enrichir, il trahirait sa vocation, car on peut bien appeler de ce nom la mission que Dieu lui assigne, surtout dans des conjonctures particulièrement difficiles, en tant que commerçant. Il ferait ainsi le jeu des malveillants qui s'appliquent à faire, du commerce, un vampire vivant aux dépens de toute la vie économique.
S'il vise, au contraire, et s'il s'efforce de faire circuler les biens de la terre, destinés par Dieu à l'avantage de tous, en sorte de les amener là où ils doivent servir et de manière à les mettre en mesure de bien servir, alors, oui, le commerçant est un bon et vrai serviteur de la société, un garant contre la misère, un promoteur de la prospérité générale.
Puisse, notamment, la concentration du commerce dans les Chambres de commerce et, peut-être un jour, la constitution de celles-ci en représentantes de tous ceux qui se rattachent à cette profession, contribuer à maintenir partout dans sa pureté l'idéal de l'honnête et, comme on dit parfois, royalement magnifique commerçant.
Mais l'important, — car c'est le fondement solide de tout, — est que cet idéal porte l'empreinte religieuse. Notre Seigneur lui-même ne s'est-il pas plu à comparer le royaume du ciel à la pierre précieuse que le sage commerçant acquiert au prix de tous ses biens (Mt 13, 45) ? Telle soit aussi votre conviction à tous ; transmettez-la à vos enfants, répandez-la parmi la jeunesse de votre profession. Par là, vous attirerez sur vous, sur la bonne et saine marche de vos affaires et sur le monde entier, les plus abondantes faveurs divine, en gage desquelles Nous vous donnons de grand cœur Notre Bénédiction apostolique.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XII,
Douzième année de Pontificat, 2 mars 1950 - 1er mars 1951, pp. 45-46
Typographie Polyglotte Vaticane