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DISCOURS DU PAPE PIE XII
À LA CONFÉRENCE DE LA F.A.O.*
Vendredi 23 novembre 1951

Nous saisissons avec plaisir, Messieurs, l'occasion que vous Nous offrez, aujourd'hui, de vous exprimer de façon vivement sentie, le cordial intérêt que Nous inspire « l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture », et Notre estime pour ceux qui s'y dépensent avec ardeur. Nous ne saurions trop louer, non seulement votre œuvre bienfaisante, mais surtout la grande leçon de courage que vous donnez au monde. C'est qu'il en faut, du courage, pour poursuivre avec une sainte obstination une tâche difficile et dont les résultats, malgré leur importance réelle, échappent en grande partie à l'observation superficielle de ceux-là même qui, pourtant, en sont les bénéficiaires.
À la vue des ruines accumulées par les guerres ou les révolutions, sur toute la surface du globe, des villes écroulées et des campagnes dévastées ou désertées; à la vue des fléaux naturels qui ont désolé d'immenses contrées et des misères inouïes qui s'ensuivent partout ; à la vue des populations contraintes de fuir à l'aventure, sans gîte et sans ressources, devant la montée des eaux envahissantes, plus redoutables parfois et plus ravageuses encore que les éruptions volcaniques et les tremblements de terre d'hier ; la tentation est forte — et beaucoup, hélas ! y succombent — de se laisser aller au découragement, de gaspiller en lamentations, trop compréhensibles, assurément, ou en récriminations injustes contre ceux qui n'en peuvent mais, les forces qui permettraient de lutter et de réagir.
Pour vous, au contraire, cette détresse générale est un aiguillon puissant qui stimule votre initiative; et votre Organisation met tout en œuvre, avec autant de sagesse, d'habileté et de méthode pratique que de dévouement illimité pour y remédier. Sans jamais perdre de vue la situation dans son ensemble et dans ses détails, vous vous êtes attachés à l'analyser pour ré partir entre de multiples services et dans les diverses contrées, les compétences spéciales.
De fait, cette situation est si complexe ! Il faut pourvoir à tant de besoins, faire face à tant de difficultés, triompher de tant d'obstacles de toute nature et dans des conditions locales ou régionales si différentes!
Il s'agit, en effet, tout à la fois, de la production, de la conservation, de la répartition, du transport et de la distribution des denrées de première nécessité, de l'exploitation, aussi fructueuse que possible, des richesses immenses de la terre et de la mer, des forêts et des cours d'eau, de l'agriculture, de la pêche et du cheptel.
N'est-il pas déplorable de voir, depuis si longtemps et, en certains cas, depuis toujours, des pays admirablement favorisés par la nature, rester indéfiniment à peu près improductifs, faute de méthodes ou d'outillage un peu perfectionnés, nécessaires à l'utilisation de leurs richesses naturelles ? d'en voir d'autres, complément dépourvus de telles ou telles denrées indispensables, et encombrés de produits ardemment convoités ailleurs, mais dont ils n'ont que faire et qu'ils sont incapables d'écouler, n'ayant pas de moyens de transports? La liste serait tristement longue de ces anomalies et de ces problèmes, qui ne peuvent être résolus que par une entente internationale active et la collaboration de hautes compétences de tous ordres.
C'est à quoi tendent vos efforts, Messieurs, avec un zèle digne de tout éloge, dans un esprit d'universelle fraternité. Vous faites de bon cœur ce qui est humainement possible, mais, par-dessus les possibilités humaines, plane la puissance divine, prête à seconder paternellement votre bonne volonté et votre peine, n'attendant que la prière confiante pour le faire. Aussi, de Notre part, Nous élevons instamment la Nôtre, appelant sur vous, sur votre travail, sur vos collaborateurs et vos familles, la bénédiction du ciel, en gage de laquelle Nous vous donnons avec toute Notre affection Notre Bénédiction Apostolique.

* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XIII,
Treizième année de Pontificat, 2 mars 1951 - 1er mars 1952, pp. 409-410
Typographie Polyglotte Vaticane
Documents Pontificaux 1951, p.541-542.
L’Osservatore Romano. Édition hebdomadaire en langue française, n°48 p.2.




  DISCORSO DI SUA SANTITÀ PIO PP. XII
AL MINISTRO DELLA FINLANDIA*
Venerdì, 16 novembre 1951

Monsieur le Ministre,
Après une interruption de quelque temps, voici la Légation de la République de Finlande remise entre les mains d'un Envoyé extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire. Cet événement Nous remplit d'un vif contentement et il est une nouvelle preuve de la cordialité dont ont été empreintes, dès leur début, les relations entre le Saint-Siège et votre Patrie depuis la réalisation de son indépendance politique.
Votre Excellence inaugure sa mission en un temps où celles qu'on appelle « les petites Nations » suivent avec une appréhension croissante les différends soulevés entre les grandes Puissances et les groupes d'Etats compris dans leurs zones d'influence respectives.
Ce sont précisément les « petites Nations » qui aspirent avec une bien compréhensible anxiété à saluer l'éveil d'un esprit nouveau attaché à libérer la communauté et la collaboration des peuples du cauchemar obsédant d'une convoitise effrénée de pouvoir et à donner la primauté qui lui revient à la conception morale du droit.
Pour peu que l'on connaisse l'histoire de votre Pays, jeune comme Etat indépendant, mais ayant de profondes racines dans le passé, on sait que le peuple finnois — sans préjudice de sa volonté d'une légitime et virile affirmation de ses propres valeurs — se sent néanmoins lié à la cause de la paix et au perfectionnement progressif du droit international au service d'un but si élevé.
Dans cette disposition d'esprit à l'égard du problème de la paix, votre noble peuple peut se sentir solidaire des principales aspirations du Saint-Siège dans ce domaine, et c'est là, certainement, une des causes, et non la moindre, qui ont favorisé le développement des relations réciproques dans une atmosphère qui donne satisfaction aux deux parties.
Dans la ferme espérance que la haute mission dont Votre Excellence est investie, servira à resserrer de plus en plus les liens de compréhension et de confiance entre le Saint-Siège et la République de Finlande, Nous invoquons la protection du Trés-Haut sur votre lointaine Patrie, en particulier sur Son Excellence Monsieur le Président de la République et, dans ce moment où Votre Excellence assume solennellement son importante charge, Nous lui donnons l'assurance de Notre constant et chaleureux appui.


*Discorsi e Radiomessaggi di Sua Santità Pio XII, XIII,
 Tredicesimo anno di Pontificato, 2 marzo 1951 - 1° marzo 1952, p. 379 - 380
 Tipografia Poliglotta Vaticana




DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU DEUXIÈME SÉMINAIRE
D'INGÉNIERIE SANITAIRE
*
Salle des Suisses - Vendredi 16 novembre 1951

Très touché du témoignage que vous avez tenu à Nous donner de votre déférence, Nous vous remercions vivement, Messieurs, de votre visite et du délicat hommage de votre dévotion.
Vous savez, par toutes les preuves que Nous en avons données dans les circonstances les plus diverses, le haut intérêt que Nous portons à tout ce qui peut contribuer au bien général de la société, et particulièrement à l'amélioration des conditions matérielles de vie, non seulement quant au logement, mais aussi quant à la sauvegarde de la santé publique.
C'est à quoi tend, grâce à une sage collaboration, votre organisation mondiale de la santé. Vous avez voulu, avec raison, étudier soigneusement, non dans des congrès d'apparat, mais dans l'intimité de vos « séminaires », les multiples questions qui se posent à vous dans l'exercice de votre profession et, dans cette étude, prendre de plus en plus conscience de votre rôle d'ingénieurs sanitaires, de son importance sociale, de sa responsabilité et de l'utilité d'une coopération internationale en faveur de l'urbanisme et de la prospérité rurale.
Le thème, que vous avez choisi cette année, pour objet central de vos travaux : le traitement des eaux d'égout et leur utilisation dans l'agriculture, intéresse au plus haut point la santé publique. Que d'expériences, et combien douloureuses, ont mis en évidence la part prépondérante des eaux potables et des eaux d'irrigation dans l'éclosion des épidémies, qui déciment les populations les plus florissantes. On les a vues devenir plus rares, plus brèves, plus bénignes, au fur et à mesure que se développait pratiquement, scientifiquement et méthodiquement, en ville et aux champs, la campagne d'assainissement des eaux ; on les a vues réapparaître dès que les calamités récentes ont, pour un temps, interrompu ou ruiné les efforts de longues années.
C'est donc une fonction éminemment sociale que vous exercez, Messieurs. Nous la suivons avec la plus vive sollicitude, car, ordonnée à la santé et au bien-être de l'humanité, elle ne peut laisser indifférent le Père commun. Aussi est-ce de tout cœur que Nous vous félicitons et vous encourageons, priant Dieu de vous aider à progresser encore dans cette voie et de vous combler, vous, votre activité et tous ceux qui vous sont chers, de ses meilleures bénédictions.

* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XIII,
Treizième année de Pontificat, 2 mars 1951 - 1er mars 1952, pp. 383-384
Typographie Polyglotte Vaticane




DISCOURS DU PAPE PIE XII
À L'ENVOYÉ EXTRAORDINAIRE ET MINISTRE
PLÉNIPOTENTIAIRE D
E FINLANDE,
S.E.M.
AKE HENDRIK GARTZ*
Vendredi 16 novembre 1951

Monsieur le Ministre,
Après une interruption de quelque temps, voici la Légation de la République de Finlande remise entre les mains d'un Envoyé extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire. Cet événement Nous remplit d'un vif contentement et il est une nouvelle preuve de la cordialité dont ont été empreintes, dès leur début, les relations entre le Saint-Siège et votre Patrie depuis la réalisation de son indépendance politique.
Votre Excellence inaugure sa mission en un temps où celles qu'on appelle « les petites Nations » suivent avec une appréhension croissante les différends soulevés entre les grandes Puissances et les groupes d'États compris dans leurs zones d'influence respectives.
Ce sont précisément les « petites Nations » qui aspirent avec une bien compréhensible anxiété à saluer l'éveil d'un esprit nouveau attaché à libérer la communauté et la collaboration des peuples du cauchemar obsédant d'une convoitise effrénée de pouvoir et à donner la primauté qui lui revient à la conception morale du droit.
Pour peu que l'on connaisse l'histoire de votre pays, jeune comme État indépendant, mais ayant de profondes racines dans le passé, on sait que le peuple finnois — sans préjudice de sa volonté d'une légitime et virile affirmation de ses propres valeurs — se sent néanmoins lié à la cause de la paix et au perfectionnement progressif du droit international au service d'un but si élevé.
Dans cette disposition d'esprit à l'égard du problème de la paix, votre noble peuple peut se sentir solidaire des principales aspirations du Saint-Siège dans ce domaine, et c'est là, certainement, une des causes, et non la moindre, qui ont favorisé le développement des relations réciproques dans une atmosphère qui donne satisfaction aux deux parties.
Dans la ferme espérance que la haute mission dont Votre Excellence est investie, servira à resserrer de plus en plus les liens de compréhension et de confiance entre le Saint-Siège et la République de Finlande, Nous invoquons la protection du Très-Haut sur votre lointaine patrie, en particulier sur Son Excellence Monsieur le Président de la République et, dans ce moment où Votre Excellence assume solennellement son importante charge, Nous lui donnons l'assurance de Notre constant et chaleureux appui.

* AAS 43 (1951), p.854-855.
Discours et messages-radio XIII, p.379-380.
Documents Pontificaux 1951, p.518-519.
L’Osservatore Romano, 17.11.1951, p.1.
L’Osservatore Romano. Édition hebdomadaire en langue française n°47 p.4.
La Documentation catholique, n.1111 col.1657-1658.




DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX MEMBRES DU COMITÉ INTERNATIONAL POUR L'UNITÉ ET L'UNIVERSALITÉ DE LA CULTURE*
Palais Pontifical de Castel Gandolfo - Mercredi 15 novembre 1951

À la suite de tous les bouleversements qui ont marqué ou, plus exactement hélas !, au milieu de tout le désarroi qui continue de caractériser ce siècle arrivé déjà plus qu'à son milieu, on sent fermenter dans toutes les classes et dans tous les esprits, un vague mais intense besoin de concorde, d'unité, de coopération entre les hommes et les groupes, les plus divers et les plus opposés. On cherche, au sein même des oppositions, à découvrir un terrain d'entente, si étroit soit-il, où l'on puisse s'accorder, un refuge où l'on puisse reprendre haleine, une plate-forme de départ et de convergence en vue d'une union plus parfaite.
C'est ainsi que, durant ces dernières années, se sont multipliés en nombre incalculable les organisations, comités, congrès internationaux, de composition plus ou moins générale, ou très spécialisée, destinés à mettre en commun le fruit de leurs études, de leurs travaux, de leur expérience. Si Nous voulions recenser uniquement ceux de ces groupes qui ont sollicité Notre accueil et Nos encouragements, la liste serait bien longue. Comme si tous ces essais tendaient a une coopération encore plus universelle, totale même, vous avez conçu, Messieurs, le dessein d'unifier ces unités particulières elles-mêmes à l'aide d'un « Comité international pour l'unité et l'universalité de la culture ».
Votre ambition est stimulée par la conviction qu'un contact plus large peut conduire à une entente plus intime, et qu'un grand courant de sympathie, passant dans toutes les branches de la culture, peut contribuer heureusement à stériliser les levains de discordes intellectuelles, qui résultent en grande partie de compétitions d'ordre plus matériel et pratique, sans doute, mais qui, en retour, les aggravent et intoxiquent toutes les relations.
Ce qu'il s'agit surtout de promouvoir par cette « universalité de la culture », c'est moins, si utile soit-elle, la mise en commun des spécialités propres à chaque pays, à chaque peuple, que la coopération de leurs aptitudes diverses. Les tempéraments, les caractères, les traditions, le climat aussi, infusent, pour ainsi dire, et cultivent ces aptitudes qui, appliquées en cordiale collaboration à un même objet, se complètent les unes les autres et conduisent à une plus parfaite réalisation. C'est en somme dans le domaine intellectuel, ce qu'est, dans le domaine industriel ou économique, la division et la distribution du travail suivant les compétences. Un minimum de culture générale, proportionnée aux conditions personnelles, est nécessaire à tous, évidemment ; néanmoins, en quelque ordre de travaux que ce soit, telle nation excelle davantage dans les recherches érudites des sources, telle autre dans l'analyse ou la synthèse des matériaux inventoriés, telle dans leur élaboration, telle autre dans la présentation et la mise en valeur. C'est ainsi que les peuples, loin de se faire concurrence et de s'opposer entre eux, prendront goût à se compléter mutuellement, chacun apportant ses dons et chacun bénéficiant des dons de tous les autres.
Vous l'avez heureusement compris, Messieurs ; vous avez compris combien stériles, combien désastreux plutôt, sont les efforts de trop d'utopistes, qui prétendent établir l'unité grâce au nivellement par en bas. Cette unité si désirable, vous aspirez, vous, à la réaliser par en haut, aidant chaque nation, chaque peuple, à s'élever avec ses caractères propres, ses richesses matérielles et spirituelles respectives, vers les sommets. Mais vous avez compris aussi, et vous le déclarez bien haut avec une noble fierté, que cette unité ne tendra vers sa perfection que dans la mesure où elle se cherchera en Dieu, dans la charité éclairée par la science, selon la vérité unique de l'Évangile, sous la conduite de l'Église une et sainte.
Que cet effort, plus fécond que bruyant, soit votre part à l'œuvre tant désirée de l'union sincèrement cordiale de l'humanité. Nous ne pouvons qu'y applaudir et appeler sur lui la lumière et l'aide divines, en gage desquelles Nous vous donnons de tout cœur, à vous, à vos collègues et à vos familles, Notre Bénédiction apostolique.

* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XIII,
Treizième année de Pontificat, 2 mars 1951 - 1er mars 1952, pp. 375-376
Typographie Polyglotte Vaticane




DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU NOUVEL AMBASSADEUR D
'ESPAGNE PRÈS LE SAINT-SIÈGE,
S.E.M.
FERNANDO MARÍA CASTIELLA Y MAÍZ *
Mardi 13 novembre 1951

Après le retour inattendu dans sa patrie de votre illustre et si méritant prédécesseur, pour occuper une haute charge dans le gouvernement de votre pays, Votre Excellence a été choisie par la confiance du Chef de l’État comme représentant auprès de Nous de ce peuple espagnol, toujours si près de Notre cœur ; aussi en ouvrant solennellement votre mission ici – où un nombre si imposant d’États de toutes les parties du monde et aux formes de gouvernement les plus diverses entretiennent leurs représentations diplomatiques – Nous désirons vous souhaiter la plus paternelle et cordiale bienvenue, en exprimant en même temps la conviction que le fidèle et catholique peuple espagnol accompagnera Votre Excellence dans la mission qu’elle commence au centre de la chrétienté, de la plus vive satisfaction et de la plus profonde et sincère approbation.
Dans cette attente, Nous confirmons les nobles paroles que Votre Excellence vient de prononcer, manifestation publique de la profondeur avec laquelle est gravé dans son esprit le caractère particulier de son importante fonction.
Votre Excellence n’ignore pas l’aspect que présente le monde d’aujourd’hui, non seulement parce que vous êtes le digne descendant d’une famille où s’entrecroisent les vieilles souches ibériques avec les rameaux modernes jaillis de la terre féconde du Nouveau Monde, mais encore parce que vous venez directement de cet hémisphère même, où vingt nations, parlant une même langue et invoquant le même et unique Dieu, font de l’histoire, comme cela a été heureusement dit, quelque chose d’actuel et de palpitant qui ne meurt jamais.
Cette expérience humaine, enrichissant la science acquise dans les plus fameuses écoles de votre patrie et de l’étranger, en même temps que la pratique réalisée le long d’une carrière, beaucoup plus dense que longue, surtout dans le domaine du droit international, vous auront fait noter, Excellence, le caractère tragique de notre époque, constitué par le contraste entre les principes juridiques que proclament comme but vivement désiré les relations pacifiques de la communauté des peuples, et la réalité politique qui semble barrer la route, éloigner de plus en plus ce but et même faire courir le risque de ne l’atteindre jamais.
N’être pas résolu, dans son domaine d’action, à combattre ce terrible contraste et à le surmonter c’est ne pas faire partie des authentiques, des sincères champions de la paix, parce que cette œuvre contre la paix même suffit pour réfuter des déclarations pacifistes. Se refuser à reconnaître la suprématie morale du problème de la paix sous tous ses aspects, c’est détourner son regard de la tâche principale de l’humanité ; c’est ignorer délibérément un devoir urgent qui s’impose avec la même gravité à tous les hommes et à chacun d’eux, de même qu’aux peuples ; c’est fermer les yeux non seulement à la lumière d’un problème spécifique de la société humaine, mais même aux splendeurs d’une fonction essentielle de la foi chrétienne pour la formation d’une société pénétrée de l’esprit de Jésus-Christ.
Il y a déjà trop d’années que l’humanité et la chrétienté oscillent le long de la ligne vertigineuse qui sépare le désir de la paix de la crainte de la guerre ; crainte d’une guerre qui, bien qu’elle ne paraisse pas imminente, par un réflexe psychologique des plus explicables, incite tout le monde, gouvernants et gouvernés, à la course aux armements, avec des conséquences économiques et sociales qui doivent atterrer tout esprit clairvoyant.
Personne, comme le Père commun de la chrétienté, n’observe un aussi néfaste spectacle avec plus d’amertume et de douloureuse préoccupation. Personne ne voit plus que Lui avec horreur les douleurs et calamités, les terribles catastrophes d’ordre matériel et moral, qui s’abattraient sur l’humanité si l’on n’arrive rapidement à combler cet abîme de méfiance mutuelle et de crainte réciproque et motivée qui s’ouvre entre les peuples et les groupes de peuples.
Tous, instruits par une amère expérience, savent que, malheureusement, dans la dure réalité de l’heure présente, même le plus sincère amour de la paix ne peut se séparer d’une stricte vigilance contre le danger d’injustes agressions. Mais, il y a avant tout une intention qui doit animer tous ceux qui se considèrent comme membres de la communauté des peuples chrétiens, des États qui vivent sur une base morale : celle de faire tout ce qui, humainement parlant, est possible pour fermer l’abîme creusé dans la chair vive de l’humanité. Et si, pour le moment, on ne peut arriver à des solutions définitives, il faut, au moins, favoriser toutes les solutions partielles sincères, voire graduelles, et attendre ensuite avec patience et attention que pointe l’aube de jours meilleurs, où l’opinion publique et mondiale, dans une atmosphère plus tranquille et sereine, se trouvera mieux préparée pour la compréhension réciproque.
Il ne peut exister le moindre doute au sujet de la place qui, dans cette lutte disputée dans les plus nobles buts, revient à l’Espagne. Votre Excellence vient précisément de ces terres vers lesquelles se tournèrent les yeux mourants de la grande Isabelle – dont le Ve anniversaire se célèbre cette année – et dont Nous voudrions évoquer en ce moment, non point tant la force ou la vision politique de cet esprit remarquable, que les soucis maternels de paix dictés par une conception profondément chrétienne de la vie – qui demandait pour ceux qu’elle appelait ses fils d’Amérique un traitement plein de douceur et de dévouement. Ce que prêchèrent les apôtres espagnols au Pérou et dans toute l’Amérique; ce qu’enseignèrent ses philosophes et théologiens à Salamanque, à Alcala et à Trente ; ce que chantèrent ses poètes dans des strophes inspirées ; ce que manifestèrent de façon éclatante ses saints avec leurs vies exemplaires ; ce que témoignèrent héroïquement ses martyrs de toutes les époques, sont des étoiles dans le ciel de son histoire, à la lumière de laquelle ne pourront jamais résister bien longtemps les brouillards épais, mais artificiels, suscités par l’esprit du mal. Le lien vivant et vital qui unit la vieille Espagne au reste de la communauté des nations, pourra être oublié temporairement ou méprisé sous la pression d’opinions ou de courants transitoires. Mais Nous demandons au Ciel que ne tarde pas l’heure où les discordes et les éloignements d’aujourd’hui se perdront dans une féconde harmonie de desseins et d’activités, en vertu de laquelle – fruit du travail humain dans la concorde et le don de Dieu – l’humanité – si tourmentée par l’inutile discorde – pourra obtenir la paix basée sur la justice et la loyauté, soutenue par de sublimes aspirations morales et réalisée dans un esprit de cordiale fraternité.
Avec cette espérance consolante, Nous invoquons pour le très cher peuple espagnol, sur lequel Nous comptons toujours ; pour ceux qui dirigent ses destinées et pour Votre Excellence, la lumière et la protection du Très-Haut, et Nous vous donnons de tout cœur, ainsi qu’à votre distinguée famille et à Nos chers fils d’Espagne, la Bénédiction apostolique demandée.

* L’Osservatore Romano. Édition hebdomadaire en langue française, n°47 p.1.
Documents Pontificaux 1951, p.509-512.
La Documentation catholique, n.1110 c.1655-1657.




DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PÈLERINS VENUS À ROME POUR LA
BÉATIFICATION DE MARIE-VICTOIRE THÉRÈSE COUDERC*
Salle des Bénédictions - Lundi 5 novembre 1951

Il est impossible, très chères filles, de lire la vie, d'étudier la physionomie de votre bienheureuse Mère sans que se présente une fois de plus à l'esprit cette parole de Dieu : « Mes pensées ne sont pas les vôtres et vos voies ne sont pas les miennes » (Is 55, 8). Sans doute, c'est sa manière ordinaire d'accomplir ses grandes œuvres : choisir des instruments disproportionnés à la tâche qu'il leur assigne : « Infirma mundi elegit Deus, ut confundat fortia » (1 Co 1, 27) ; ou bien les conduire à la fin qu'il se propose, par les voies douloureuses et incompréhensibles de la nuit, de l'humiliation, des insuccès. Nous en avons vu de nombreux exemples dans l'histoire des saints, des bienheureux, des grands fondateurs, soit anciens, soit récents. C'est tout le long de la vie de Marie-Victoire Thérèse Couderc que les pensées de Dieu déconcertent les pensées humaines, que les voies de Dieu, s'écartant des grand'routes et des chemins battus, semblent se frayer le passage à travers les fourrés les plus inextricables.
Où tendent-elles donc ces voies ? À susciter un apostolat spirituel et puissamment efficace dans tous les rangs de la société féminine, des plus grandes dames aux plus humbles ouvrières et servantes. Or, de qui se sert-il pour une telle fin ? D'un curé, missionnaire de campagne, homme d'héroïque et incontestable vertu, entreprenant, mais dont l'audace étonne parfois et déroute souvent la sagesse des sages de ce monde (cf 1 Co 1, 19). Et le dessein de cet apôtre ? Former un groupement de religieuses pour l'enseignement des petites paysannes. À peine conçu, ce dessein, contre toutes les prévisions de son auteur, se divise et s'unifie tour à tour ; il se modifie radicalement et se transforme au point d'être méconnaissable : d'école rurale, il devient auberge de bonne et chrétienne tenue pour les foules bruyantes des pèlerins de saint François Régis ; puis, tout à coup, sans transition, le caravansérail se change en un cénacle recueilli pour offrir à des âmes d'élite le bienfait d'une vie cloîtrée temporaire. À la tête de sa fondation le bon Père Terme met successivement des supérieures, les plus disparates, les moins indiquées, croirait-on, jusqu'à ce qu'il confie toute l'œuvre à peine ébauchée à celle qui devait être votre mère et briller aujourd'hui dans la gloire des bienheureuses.
La tâche de la communauté est maintenant bien fixée, bien tracée ; mais quel ministère redoutable pour des femmes sans expérience, surtout pour une jeune supérieure que rien n'a préparée, du moins selon le jugement des hommes ! Connaître — et connaître à fond autant qu'il est possible — le minuscule mais immense livre des Exercices de saint Ignace pour les « donner » en privé, donc sagement adaptés mais sans altération, à ces femmes de toutes conditions et dont elles n'ont jamais partagé la vie ! Quand on y pense, il y avait humainement de quoi terroriser la Mère Thérèse. C'est la volonté de Dieu : elle ne se trouble pas.
D'ailleurs, la Providence, au moment de retirer à la communauté naissante le père qu'elle lui avait donné, pourvoyait à sa conduite en la confiant aux soins de deux religieux également estimés pour leur savoir, pour leur vertu, pour leur prudence. C'est le premier pas dans la lumière. Pourtant la nuit, la profonde nuit est toute proche. Ces deux hommes, étrangement aveuglés, dirait-on, en réalité poussés à leur insu par la main divine dans « les voies qui ne sont pas les nôtres », relèguent à l'écart, et de la façon la plus humiliante, celle qui était vraiment la fondatrice, l'âme du nouvel institut dans son ministère si délicat. Elle l'est et elle continue de l'être, contre toutes les apparences, durant les trente longues années où, tenue délibérément dans l'obscurité, elle réalise, comme peu l'ont réalisé, le mot de l'Imitation de Jésus Christ : « ama nesciri et pro nihilo reputari » (l. I c. 2). Une fois ou l'autre, il est vrai son intervention sauve de la ruine la Congrégation et son œuvre ; elle en assure la consolidation et le progrès ; mais ce n'est qu'une éclaircie de peu de jours, de peu d'heures même, après quoi elle rentre dans l'ombre, sans qu'on semble s'être aperçu du rôle qu'elle a joué, du service qu'elle a rendu. Quand enfin on commence à lui faire justice, à la traiter selon son mérite, c'est Dieu qui se charge, alors, de l'éprouver, de la mettre dans les ténèbres, de bien autres ténèbres ! celles de l'âme, où il la tiendra jusqu'à ce que, tout à la fin, paraisse l'aube annonciatrice de l'aurore et de la lumière éternelle.
Depuis qu'elle est entrée triomphante dans cette lumière du ciel les années ont passé ; mais sur la terre aussi l'aube a paru bien vite, l'aurore a monté radieuse ; aujourd'hui c'est le plein jour de la gloire ; Dieu a posé son regard sur l'humble petitesse de sa servante et toutes les générations, désormais, l'appelleront bienheureuse : bienheureuse parce qu'elle a cru, bienheureuse parce que, du nouveau cénacle où, dans le silence et le recueillement, elles ont prié avec elle, en union avec Marie, la Mère de Jésus, des âmes, par milliers, sauvées, sanctifiées, élevées jusqu'à l'héroïsme de la vertu et du zèle, se sont élancées dans toutes les directions du monde, dans toutes les œuvres du bien, parmi tous les milieux, portant partout avec elles la vérité, la bonté, le réconfort, la grâce et la joie du Christ.
Ah ! si « les voies de Dieu ne sont pas les nôtres », comme elles sont plus hautes, plus sûres ! elles sont parsemées d'épines, mais elles sont, dans leur diversité, l'unique « voie royale de la Croix ». C'est par celle-ci, par « la connaissance intime, l'amour tendre et fort, en suivant fidèlement le Maître », que les Exercices de saint Ignace conduisent les âmes dans le détachement, l'humilité, la sacrifice, vers les hautes sommets de la perfection et de la sainteté.
C'est par cette voie, très chères filles, que votre Institut, depuis sa naissance, a passé, portant en abondance les plus beaux fruits, dont les Pasteurs du troupeau de Jésus rendent témoignage; c'est par cette voie que vous marcherez vous-mêmes et que vous continuerez de guider les âmes, non pas « in persuasibilibus humanae sapientiae verbis, ... sed in virtute Dei » (1 Co 2, 4-5). Voilà ce que Nous demandons de tout cœur aux saints Apôtres, à la Reine des Apôtres et du Cénacle, au seul vrai Maître et Seigneur Jésus Christ, pour vous, pour toutes celles « qui, à votre parole, croiront en Lui » (cf Jn 17, 20). Avec cette pensée confiante, Nous vous donnons, à vous et à tous ceux et celles qui, ici présents ou de loin et en esprit, s'unissent à vous pour remercier Dieu et glorifier votre bienheureuse Mère, dans toute l'effusion de Notre cœur, la Bénédiction apostolique.

* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XIII,
Treizième année de Pontificat, 2 mars 1951 - 1er mars 1952, pp. 357-359
Typographie Polyglotte Vaticane




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