DISCOURS DU PAPE PIE XII
À L'ENVOYÉ EXTRAORDINAIRE ET MINISTRE
PLÉNIPOTENTIAIRE D
U LIBERIA,
S.E.M. CHARLES SOMMARUGA
*
Mercredi 28 février 1951
Monsieur le Ministre,
La présentation solennelle des Lettres de créance par lesquelles Son Excellence le Président de la République de Libéria, après le départ de votre digne prédécesseur, vous désigne au poste d’Envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire auprès du Saint-Siège, a fourni à Votre Excellence l’occasion d’exprimer des convictions qui ne peuvent que réclamer toute Notre attention et mériter Notre cordiale approbation.
Votre allusion au fait que la libre et souveraine République du Liberia entend prendre sa place parmi les nations chrétiennes met en évidence la conviction de Votre Excellence que la croyance sincère en Dieu, la profession de la vérité chrétienne et la fidélité aux principes fondamentaux de la foi catholique sont indissolublement liées à la sincère et constante revendication des plus hautes et authentiques vertus de la nature humaine.
Au début de votre noble mission, Votre Excellence met parfaitement en relief une vérité fondamentale, qui est souvent oubliée et plus souvent peut-être délibérément ensevelie dans le silence, spécialement de nos jours où les limites séparant la vérité de l’erreur ne sont que trop fréquemment obscurcies et brouillées, au préjudice, en conséquence, de la communauté autant que des individus.
La véritable religion et une civilisation accomplie ne sont pas rivales. Elles sont sœurs.
Elles n’ont rien à craindre l’une de l’autre, mais tout à gagner. Que chacune demeure fidèle à ses propres lois, tout en respectant les nécessités vitales et les diverses manifestations extérieures de l’autre, et l’harmonie de ces deux forces qui en résultera, donnera plus de force à chaque peuple engagé dans l’accomplissement des tâches fixées, avec les plus efficaces stimulants pour une véritable prospérité et un solide progrès.
Pour diverses raisons, familières à quiconque connaît l’histoire du Libéria, le nombre des catholiques y est encore relativement faible. Le fait n’en est donc que plus flatteur, qu’ils aient pu – grâce en grande partie à leur action dans le domaine de l’éducation et de la charité, – gagner la confiance et l’estime de leurs compatriotes de différentes croyances, ainsi que la bienveillance des autorités civiles.
Aussi nourrissons-Nous la chère espérance – en comptant surtout sur l’esprit éclairé et sur la loyauté du Président de la République, – que les membres et les organisations de la fraction catholique du peuple du Liberia puissent continuer à se voir garantie la liberté de mouvement et d’action qui leur est accordée.
Nos chers fils et filles catholiques sauront sûrement apprécier et utiliser la liberté qui leur est reconnue avec dignité et vigilance à l’égard de leurs responsabilités.
Ils se sentiront eux-mêmes honorés de préparer, à l’avantage de leur pays natal, qui Nous est si cher à Nous aussi, la pleine mesure de ce bien-être et de ce progrès social et culturel, nés d’un sain accord entre la conscience religieuse et les idéaux nationaux d’un peuple qui, comme celui que vous représentez, a derrière lui un passé qui est encore jeune et devant lui un avenir si illimité.
Avec ces sentiments, Nous vous prions, M. le Ministre, de transmettre à Son Excellence le Président, aux membres du gouvernement et à tout le cher peuple du Liberia, Nos salutations et Nos meilleurs vœux pour leur heureux et paisible progrès, en même temps que Nous invoquons pour eux tous, et en particulier pour Votre Excellence, les faveurs les plus abondantes du ciel.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XII,
Douzième année de Pontificat, 2 mars 1950 - 1er mars 1951, pp. 463-465
Typographie Polyglotte Vaticane
AAS 43 (1951), p.169-170.
DISCOURS DU PAPE PIE XII
À L'AMBASSADEUR DE L'ÉQUATEUR PRÈS LE SAINT-SIÈGE
S.E.M. CÉSAR COLOMA SILVA
*
Lundi 18 juin 1951
Monsieur l’Ambassadeur,
Pour la troisième fois en un laps de temps qui n’arrive pas à sept ans, l’occasion se renouvelle pour Nous de recevoir un Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de l’Équateur qui remet entre Nos mains ses lettres de créance.
Une fois de plus, comme toutes les précédentes, cet acte solennel se voit caractérisé par les paroles élevées de celui que la confiance de l’autorité suprême de l’État, Son Exc. Monsieur le Président de la République, a désigné pour représenter auprès de Nous son noble peuple.
Votre Excellence, après une longue carrière, – pleine de travaux et d’expériences, dans sa patrie et hors de celle-ci et également au ministère même des Affaires étrangères – qui lui a offert les occasions les plus propices pour se distinguer au service, non seulement de son pays, mais aussi de toute l’humanité, voit maintenant en sa mission dans la Ville Éternelle et en sa haute fonction qu’elle commence si brillamment à exercer, un don tout spécial de la divine Providence.
Et Nous, comment pourrions-Nous manquer de souhaiter la plus cordiale bienvenue, pleine de bienveillance paternelle et de joie intime, au nouveau représentant du peuple équatorien, si près de Notre cœur, à ce nouveau représentant qui, avec de tels sentiments et de si nobles vues, franchit pour la première fois le seuil du Palais apostolique ?
La République de l’Équateur, comme cela a été fort bien dit, est elle-même tout ce qu’est ce nœud prodigieux de sommets et de volcans, de vallées et de cascades, de spectacles majestueux et sublimes dans leur beauté, que forment vos Andes. Cependant oserons-Nous ajouter que le peuple équatorien est aussi comme un prolongement spirituel de sa cordillère mère, parce que, comme elle, il sait être magnifique dans la grandeur, doux et profond dans l’intimité de ses sentiments et plein de force et d’ardeur dans toutes les grandes entreprises.
Ce peuple fidèle qui, au cours du mois consacré au Sacré-Cœur de Jésus, en l’année mil neuf cent quarante-neuf, chanta dans sa capitale – qui est également l’aimable petite patrie de Votre Excellence – un hosanna au Seigneur de l’Eucharistie, dont l’écho ne s’est pas encore éteint ; ce peuple de vieille et profonde foi, dont il Nous fut donné, durant la toute récente Année Sainte, devant son épiscopat et devant ses représentants et ses pèlerins, de canoniser une héroïne de la foi, sa digne fille, honneur de toute l’Amérique espagnole et de l’Espagne mère, Marie-Anne de Jésus de Paredes ; ce peuple respectueux et dévoué à l’égard de ses autorités, mais toujours soucieux, avec une vigilance attentive, de ses droits et libertés religieuses, doit savoir que ses aspirations sont les Nôtres et que sont également Nôtres ses préoccupations et ses anxiétés ; et qu’en ce qui les concerne, Nous pourrions difficilement éprouver une plus grande joie que de leur savoir garantie – en collaboration avec tous les gens de bien – cette liberté de mouvement dans le domaine religieux, culturel et, spécialement, de l’éducation, sans laquelle son magnifique trésor de foi catholique pourrait se voir diminué et certainement empêché de produire ses féconds et salutaires effets.
Dans toutes les nations, les citoyens les meilleurs et les plus fidèles sont ceux qui considèrent leurs relations avec leur peuple et avec leurs institutions d’État, non point comme le simple résultat, limité quant au lieu et au temps, du destin terrestre et transitoire, mais bien, comme une partie, et très importante, de leur conception morale de la vie et du monde. Plus profondément le citoyen se sent-il lié aux bases éternelles de la foi et de la loi divine, d’autant plus solides et résistants seront les liens qui l’uniront à l’État même.
Nous sommes tout à fait certain que tous ceux, entre les mains desquels se trouvent le pouvoir et la responsabilité, se persuaderont que nul État ne peut rendre de meilleur service à ce qui constitue les conditions fondamentales de son pays et de son ordre intérieur, de son progrès culturel et social et de sa féconde collaboration dans les grands et communs intérêts de la chrétienté et de l’humanité, que de garantir aux forces religieuses qui se manifestent sur son territoire, cette liberté d’action qui doit se révéler profitable également pour la société civile.
Nous ne pourrions terminer, Monsieur l’Ambassadeur, sans vous exprimer tout le plaisir avec lequel Nous avons reçu les vœux et le salut du Premier Magistrat de la République, que Votre Excellence Nous a présentés si courtoisement.
Aussi en invoquant la protection divine en faveur du territoire et du peuple de l’Équateur, de ses gouvernants et de ses gouvernés, Nous accueillons avec joie la requête expresse de Votre Excellence en donnant de tout cœur à tous Nos chers fils de votre belle patrie, qui Nous sont si unis par les liens étroits de la foi et de la charité, Notre Bénédiction apostolique.
* L’Osservatore Romano. Édition hebdomadaire en langue française, n° 26 p.1.
Documents Pontificaux 1951, p.252-254.
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU CORPS DIPLOMATIQUE ACCRÉDITÉ PRÈS LE SAINT-SIÈGE*
Lundi 1er janvier
1951
Dans ce court espace de temps qui va de la fermeture de la Porte Sainte à l'entrée de l'année nouvelle, les yeux des fidèles continuent de tenir leurs regards fixés sur le sillage de lumière, que laisse après lui le Jubilé romain. Sa clarté va, maintenant, rayonner sur toutes les plages du monde et y étendre ses salutaires effets. Cette coïncidence donne à la visite de Vos Excellences et à l'accueil que Nous sommes heureux de leur réserver, un cachet tout à la fois plus solennel et plus intime que celui qui marque d'ordinaire les traditionnelles réceptions du premier de l'an. Solennel en raison des circonstances mémorables des jours présents, intime du fait de la participation que vous y avez eue.
Vous avez été, tout au long de l'Année Sainte, « l'année favorable du Seigneur » (Lc 4, 10), les témoins des évènements qui l'ont jalonnée jour par jour ; vous avez, par votre assiduité à les suivre, manifesté votre intérêt pour leur grandeur et leur magnificence spirituelle, pour leur rayonnement large et profond, tels que les annales du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège n'en ont, sans doute, jamais enregistré de semblables.
Témoins, disions-Nous. Plus que cela : grâce à votre exquise culture, à votre sympathique compréhension de la Rome chrétienne et de sa vie, grâce aussi au concours délicat de vos familles et au dévouement intelligent du personnel de vos Chancelleries, vous avez été les précieux coopérateurs de l'heureux dé roulement de l'Année Sainte.
Nous avons suivi de près et hautement apprécié, dès la période laborieuse des préparations, votre constante autant que discrète activité pour rendre plus facile la tâche ardue des services du Saint-Siège, assurés de pouvoir compter en toute confiance sur votre intérêt, toujours en éveil, sur vos avis éclairés, sur votre expérience. Vous avez mis tout en œuvre pour aplanir tant d'obstacles actuels relatifs aux transports, aux transferts de monnaie, aux changes, aux passeports ; vous n'avez rien négligé pour procurer toutes sortes de facilités aux groupes de pèlerins accourus de toutes les parties du monde, ravis de se voir, de votre part, l'objet du plus cordial empressement. Comment ne garderaient-ils pas aussi un souvenir ému des attentions si aimables et si empreintes de sens religieux des Dames du Corps diplomatique ?
C'est pour Nous-même un bien agréable devoir que celui d'exprimer aux gouvernements de vos pays respectifs Notre vive reconnaissance pour la largeur d'esprit et de cœur qu'ils ont apportée à frayer la route à l'imposant afflux des pèlerins vers la Ville éternelle. N'est-ce pas merveille, en un temps de tragiques conflits et de lutte entre frères, que d'avoir vu ce sol de Rome devenu le rendez-vous fraternel, où s'est réalisé un rapprochement spirituel des peuples ?
De toutes les manifestations, auxquelles a donné lieu l'Année Sainte, il n'en est pas, dans l'ordre des relations humaines, de plus importante, de plus significative, que l'affirmation hautement proclamée de la volonté des peuples, tendue unanimement vers la paix, vers une paix équitable, librement stipulée, affranchie de toute injuste condition, de toute charge intolérable. Tous l'attendent, cette paix, tous la désirent, tous l'implorent. Tous ont manifesté avec la même énergique clarté leur horreur de la guerre, leur conviction que celle-ci est, moins que jamais, un moyen propre à dirimer les conflits, à rétablir la justice. Seules peuvent y réussir des ententes librement et loyalement con senties. Que s'il pouvait être question de guerres « populaires » — en ce sens qu'elles répondent aux vœux et à la volonté des populations —, ce ne serait jamais que dans le cas d'une injustice si flagrante et si destructrice des biens essentiels d'un peuple, qu'elle révolte la conscience de toute une nation.
Telle est la volonté formelle de paix, que les peuples ont exprimée avec une évidence irrécusable autant par les paroles que par les faits.
Cet empressement à accourir vers Rome devenue symbole de l'universalisme chrétien, cette communauté de vie sans ombre de ressentiment national, mais dans le respect et l'amour réciproque, cet émouvant rapprochement de drapeau à drapeau, de nation à nation, cette franche joie de participer ensemble aux mêmes biens et au même bonheur, sans oublier pour autant la propre patrie, tout cela avait la valeur d'un plébiscite des peuples en faveur de la paix, non seulement au nom du christianisme, mais au nom de l'humanité tout entière.
Plutôt que la fin d'une ère, l'Année Sainte 1950 marquera donc dans l'histoire, on peut l'espérer, l'acheminement encourageant vers une voie nouvelle.
C'est dans cette pensée et avec cette espérance que Nous vous offrons Nos meilleurs souhaits de bonne et heureuse année, implorant avec une inaltérable bienveillance la protection du Tout-Puissant sur les peuples que vous représentez si dignement, sur leurs corps législatifs, sur leurs gouvernements, comme Nous l'appelons sur Vos Excellences, sur vos collaborateurs et sur toutes vos familles.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XII,
Douzième année de Pontificat, 2 mars 1950 - 1er mars 1951, pp. 407-409
Typographie Polyglotte Vaticane
L’Osservatore Romano 2-3.1.1951 p.1.
Documents Pontificaux 1951, p.16-18.
L’Osservatore Romano. Édition hebdomadaire en langue française, n° 2, p.1, 2.
La Documentation catholique n.1087 col.65-68.
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU PREMIER AMBASSADEUR DU PARAGUAY PRÈS LE SAINT-SIÈGE,
S.E.M. JUAN E. O'LEARY
*
Lundi 10 mars 1952
Monsieur l’Ambassadeur,
Avec la présentation des Lettres de créance, par lesquelles Son Excellence M. le président de la République du Paraguay vous accrédite comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès de Nous, la direction de la représentation paraguayenne, récemment élevée au rang d’ambassade, se trouve confiée, comme Nous le pensons fermement, à des mains fortes et sûres.
Les expressions avec lesquelles vous avez tenu à accompagner les premiers pas de votre importante mission Nous permettent largement de noter les idées et les convictions qui inspirent les débuts du nouveau et important chemin d’une vie dont l’éloge pourrait être tissé de concert par la docte histoire, la poésie fleurie, la politique prudente, la valeur civique et l’amour passionné d’une patrie très chère. C’est un chemin le long duquel Nous aurons toujours la satisfaction de faire tout ce qui est en Notre pouvoir et qui est compatible avec les principes qui relèvent de Notre suprême office pastoral, pour répondre aux nobles aspirations du Chef de l’État et des membres de votre gouvernement, sans négliger les hautes fins de votre nouvelle mission ainsi que les désirs du bon peuple paraguayen, toujours si près de Notre cœur, si riche en valeurs légitimes, comme la terre prospère et féconde sur laquelle il vit : riantes collines à l’orient du Fleuve maternel, offrant dans ses forêts denses les bois les plus précieux ; prairies étendues à, l’occident, peuplées de gras troupeaux ; et tout bas un ciel des plus beaux, un des plus limpides du monde, traversé sans cesse par des vols de perroquets, les plus beaux oiseaux du continent et peut-être de l’univers entier.
La sincérité spirituelle d’un croyant, tel que Votre Excellence, en arrivant au faîte d’une vie, placée sous l’égide de « Dieu et la Patrie », voit dans cet appel au centre vital de la chrétienté, – spécialement en un moment si chargé de problèmes et de conflits –, un signe particulier de la main affectueuse de la Providence. Et la noble âme du vieux chrétien veut y répondre en se laissant inonder d’une joie intime et en se stimulant elle-même à des choses de plus en plus grandes, pour contribuer ici, en une pacifique émulation avec les si dignes représentants de tant de nations, à ce que les forces fécondes de la religion, absolument nécessaire chez tous les peuples, – s’ils veulent résoudre leurs problèmes nationaux et particuliers aussi bien que les supranationaux et universels –, se développent librement en se faisant présentes sans cesse davantage et en se consolidant avec plus de profondeur dans votre patrie aimée.
Nous ne pouvons douter que des intentions si élevées trouveront toujours la sûre approbation et le prudent appui du premier magistrat de votre nation, de celui-là même qui un jour, celui du Saint Rosaire de 1950, en une solennelle occasion, à Ciudad de Villeta, manifesta ouvertement sa conviction de ne point connaître, pour arriver à la paix et au triomphe de la charité entre les hommes, d’autre chemin que celui tracé par Jésus-Christ et par sa Sainte Église, qui est la catholique, apostolique et romaine.
Les émouvantes phrases que Votre Excellence, Monsieur l’Ambassadeur, vient de prononcer, auront un juste écho dans le peuple croyant du Paraguay, toujours dévoué au Siège Apostolique ; toujours fidèle à sa tradition catholique, jusqu’au point de répéter encore aujourd’hui en langue « guarani » les prières que lui enseignèrent les missionnaires à la fin du XVIe siècle ; toujours reconnaissant envers ses grands hommes, – comme au fameux Hernandarias de Saavedra, trait d’union entre deux chapitres d’histoire, grand protecteur des propagateurs de la foi et grand chrétien – toujours très dévoué, surtout à l’égard de sa Mère céleste, avec la protection et le secours de laquelle il a écrit les meilleures pages de sa glorieuse histoire.
Précisément, pour satisfaire un désir filialement exposé par votre nation – une de celles qui s’est le plus distinguée entre toutes en manifestant sa joie, à l’occasion de la récente définition dogmatique, – Nous avons été profondément heureux durant la période d’été de l’Année Sainte universelle passée, d’accueillir l’ardent désir de vos autorités ecclésiastiques et civiles, en proclamant Notre Dame de l’Assomption, déjà titulaire de votre capitale, comme patronne de toute la République.
Sous sa puissante protection, comme le demande avec constance et ferveur au Ciel le Père commun, se réalisera rapidement l’élévation matérielle et spirituelle de votre patrie si souvent et durement éprouvée.
Excellence, en faisant un examen rétrospectif, à la fois intelligent et reconnaissant, du développement historique de votre grand pays, vous avez rappelé à la mémoire avec des termes élogieux la grandiose geste que les fils du Patriarche de Loyola, stimulés par son idéal de la plus grande gloire de Dieu, accomplirent en terre paraguayenne pour l’admiration du monde et l’honneur de l’Église. Ce que le tiède baiser du soleil de la charité fit percer, croître avec abondance et enfin fleurir, le souffle froid de la fureur, de l’avidité et de l’envie, des outrages et des persécutions jusque contre les généreux semeurs du bien se chargerait bien de le dessécher par la suite. Mais le feu qui, un jour vivifia, illumina et donna sa chaleur à de si vastes régions n’arriva jamais à s’éteindre sous les cendres chaudes et il attend seulement le souffle providentiel qui, avec l’aide de Dieu et la collaboration des hommes de bien, fera se lever de nouveau la flamme. - Heureux ce jour où tout le Paraguay sentira ce feu le brûler et le pénétrer tout entier. Une profonde pénétration de la religion dans la vie privée et publique est capable de tout le purifier ; elle ne détruit rien, si ce n’est le péché; elle n’enlève rien de légitime à l’autorité de ceux qui gouvernent ; rien à la liberté raisonnable des gouvernés ; elle éduque les uns et les autres avec le sens de la responsabilité envers une loi éternelle, qui a fixé les limites sacrées au delà desquelles ne peuvent aller ni l’abus du pouvoir ni l’excès de la liberté. Dans ces limites tout à fait inviolables, dont les bornes sont les principes les plus solides, les différences naturelles de chaque peuple, les oscillations causées par les divers systèmes ou les préférences distinctes, – dans ce qui est purement politique –, conservent et exercent l’exacte liberté d’action et de mouvement, sans laquelle, dans le domaine du temporel, ne pourra jamais se réaliser l’équilibre des opinions, peut-être diverses mais toujours admissibles, qui doivent circuler comme une sève vitale dans les veines du complexe organisme national.
Ainsi un peuple profondément religieux, dans la pleine conscience de ses propres moyens et avec les yeux fixés sur les buts universels suprêmes qui se dressent au delà des étroites frontières nationales, pourra regarder sans crainte l’avenir, bien qu’il ait eu à vivre des jours aussi tristes et sombres que les nôtres. Ni les allusions du passé n’ont mis de l’amertume dans son cœur, ni les périls de l’avenir ne le paralysent pour demain.
Il vit son jour présent, sereinement, avec une conscience pure et virile ; il sait que son évolution et sa puissance futures seront en proportion de la fermeté avec laquelle il sait maintenir à présent sa position, de la vigilance avec laquelle il continue à observer et prévenir les dangers publics et secrets, et de la générosité avec laquelle il est capable de se consacrer à l’accomplissement de son propre devoir et de tous les devoirs qui lui reviennent en qualité de membre de la grande famille humaine.
Avec toute la sollicitude que peut contenir le cœur d’un Père, Nous exhortions voici peu de temps les catholiques de la Ville Éternelle et à travers eux ceux du monde entier, à se réveiller tout de suite et à se rendre compte avec courage, générosité et résolution, de tout ce que la gravité du moment exige de tous et de chacun.
Ce n’est pas pour Nous une modeste consolation, Monsieur l’Ambassadeur, que de supposer que cette exhortation, motivée par des raisons qui ne sont pas de ce monde et orientée vers des finalités qu’il est inutile de chercher à limiter ou à dévier, a été écoutée et suivie également dans votre lointaine patrie. S’il en a été ainsi ce sera pour son plus grand bien, pour sa plus grande prospérité dans tous les domaines, pour le pacifique progrès culturel et social de ce très cher peuple, auquel, en accédant avec joie à ce que Votre Excellence Nous a demandé, Nous donnons de tout cœur, en gage de la protection divine et en témoignage de notre inaltérable affection, la Bénédiction apostolique.
* L’Osservatore Romano. Édition hebdomadaire en langue française n°11 p.1, 3.
Documents Pontificaux 1952, p.68-72.
DISCOURS
DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS
AU XIIIe CONGRÈS MONDIAL DE L'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES « SKÄL CLUBS »*
Mercredi 29 octobre 1952
Nous vous souhaitons la bienvenue, Messieurs, membres des Skäl Clubs, qui, venus de partout et rassemblés à Rome pour votre Congrès annuel, Nous procurez la joie de votre visite. Votre profession constitue la charpente solide qui soutient le tourisme d'aujourd'hui et lui permet de prétendre à de nouveaux développements.
Le tourisme existait déjà dans l'empire romain. Un réseau routier modèle, œuvre civilisatrice de premier ordre, et des liaisons maritimes à travers la Méditerranée, services qui pour l'époque fonctionnaient très bien, ont favorisé grandement les voyages. Les hommes du millénaire suivant, de 500 à 1.500, se déplaçaient aussi volontiers, d'autant que l'Église avec ses lieux de pèlerinage, Rome, Jérusalem, Saint-Jacques-de-Compostelle, en particulier, assignait à leur marche un but déterminé en même temps qu'une signification religieuse.
Les hommes d'aujourd'hui doivent concéder que le tourisme moderne a perdu certains avantages précieux, dont jouissait celui de ce temps. À notre époque, on traverse un pays entier en train de nuit sans rien voir du tout ; en quelques heures, l'avion vous porte au delà des continents et des océans. Jadis, on apprenait à connaître le pays et à se familiariser avec les gens au cours de pérégrinations lentes et méditatives. Voyez par exemple les itinéraires de la grande suédoise, sainte Brigitte. Ces conditions durèrent jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.
Le tourisme actuel profite de la révolution que déterminèrent dans les moyens de transport la vapeur, l'électricité et l'avion. S'il ne révèle plus la vie intime des pays et des peuples comme les voyages des temps passés, il l'emporte d'une manière presque incroyable par l'énormité de ses dimensions, qu'il s'agisse du nombre des touristes, de l'extension géographique ou de la rapidité des échanges.
Nous osons espérer qu'il procure aussi à ses adeptes les valeurs que Nous indiquions plus haut : qu'il élargit le regard et le cœur, que dans toutes les régions de la planète il suscite la bonté et l'amour, la compréhension et l'estime mutuelle, dans la conscience que les hommes sont tous frères et sœurs, enfants du même Créateur et Père des cieux.
Vos occupations dans le domaine du tourisme, Messieurs, exigent de vous beaucoup de désintéressement. Elles ne frappent guère l'attention ; on suppose assez naturellement que tout fonctionne bien; et cependant, comme Nous l'avons déjà dit, elles forment l'appui solide qui maintient la prospérité du tourisme. Donnez à votre labeur le sens social qui lui revient en fait. N'est-il pas en effet service du prochain ? Et vous y trouverez une joie intérieure plus profonde encore, si vous l'imprégnez de sens chrétien en l'accomplissant pour l'amour du Christ.
Recommandez chaque matin votre tâche quotidienne, le tourisme, et l'ensemble du mouvement et des moyens de communication à la conduite bienveillante du Dieu tout-puissant. Nous vous souhaitons de tout cœur que sa grâce, sa bénédiction et sa Providence veillent paternellement sur vous, vos intentions et vos travaux.
* Discours et Messages-radio de S.S. Pie XII, XIV,
Quatorzième année de Pontificat, 2 mars 1952 - 1er mars 1953, pp. 377-378
Typographie Polyglotte Vaticane