Ressources Catholiques Magistère

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DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX ENSEIGNANTS ET ÉLÈVES
DES ATHÉNÉES D'ÉTAT DE BELGIQUE
*
Salle Ducale - Samedi saint, 12 avril 1952

Votre foi, chers fils et filles de Belgique, vous a conduits à Rome pendant les vacances de la Semaine Sainte. Vous avez voulu, par ce geste collectif, marquer votre attachement à l'Église catholique romaine et à son Chef. Aussi est-ce avec une profonde affection que Nous vous accueillons tous, prêtres, professeurs, parents, élèves.
Oh ! que vous avez raison de mettre le trésor de votre foi au dessus de tous les biens, et que la tâche des professeurs de religion est belle et importante ! Il s'agit pour eux non seulement de transmettre la révélation divine telle que la sainte Église l'enseigne et la commente, mais encore de la faire aimer, de la faire préférer à toutes les sciences et de la faire passer dans les actes. C'est tout le drame de la vie chrétienne, que proclame excellemment le vers fameux : « La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère ? » (Racine, Athalie, acte I, scène I, v. 71).
Or voici qu'à l'invitation des professeurs de religion, vous tous qui êtes venus ici, vous avez voulu faire ensemble un grand acte de foi, renouveler à Rome l'ardeur et la fierté de votre foi.
Aucun lieu n'était mieux choisi. Vous êtes ici au centre de la foi : lorsque vous serez groupés près de la Confession de saint Pierre, dans la basilique, levez les yeux vers le sommet des piliers qui soutiennent l'incomparable coupole de Michel-Ange. Vous y lirez précisément l'explication de votre foi : Hinc una fides mundo refulget. À partir d'ici, à partir de la tombe de saint Pierre, une foi unique a brillé sur le inonde. Ce que la Rome païenne avec son génie politique, avec ses armées, avec sa richesse, avec sa puissante administration, n'a pu réaliser, la Rome chrétienne l'a fait et le fait de plus en plus : elle fait l'unité.
Oui, vraiment, c'est ici qu'il faut voir cette merveilleuse unité de la foi. Lorsque Nous célébrons le Saint Sacrifice à l'autel papal, sur la tombe même du Prince des Apôtres, la foule cosmopolite des fidèles, qui Nous entoure, n'a dans la même foi qu'un cœur et qu'une âme ; elle prie avec Nous, offre avec Nous pour le salut du monde entier le pain et le vin, qui deviendront le corps et le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ; et lorsqu'entre Nos mains s'élève la sainte Hostie, du fond de tous les cœurs un même cri de foi retentit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Il n'y a plus de distinction de race ni de couleur, de milieu social ni de culture : une même foi réalise l'unité la plus profonde. Le Divin Sauveur, selon la forte expression de saint Paul, a renversé toutes les séparations pour établir la paix (cf. Eph. 2, 14).
Cette union, à laquelle toute l'humanité aspire dans l'angoisse, avec la crainte de voir exploser au contraire une horrible guerre fratricide, notre foi la réalise dans le Christ: sans Lui, nous ne pouvons rien faire ; sans Lui, personne ne peut rien faire de durable. Lui seul est notre paix ; Lui seul est la paix de l'humanité. Il est mort pour rassembler tous les enfants du Père, même ceux qui étaient, et qui sont hélas encore, dispersés et divisés.
La foi chrétienne, vous le savez, avec la venue de saint Pierre à Rome, s'est bien vite établie au centre de l'Empire romain ; et c'est du tombeau de l'Apôtre, près duquel ses Successeurs ont tenu à demeurer, que depuis près de vingt siècles le grand appel à l'unité s'est fait entendre. Vous l'aurez mieux senti pendant les jours saints passés dans la Ville éternelle ; vous aurez senti votre bonheur d'appartenir à la sainte Église, d'en être les membres vivants, de contribuer par toute votre vie à sa mission de salut. On a les yeux sur vous, catholiques, et c'est normal. On vous juge à vos fruits, c'est à dire à votre foi pratique, à votre vie vraiment chrétienne, et avec vous c'est l'Église qu'on juge, qu'on estime ou qu'on méprise — l'Église de Dieu, et Dieu lui-même. Quel honneur, mais aussi quelle responsabilité !
Vous allez maintenant retourner à vos études, à vos foyers, emportant le souvenir des jours passés au centre de la chrétienté. Votre démarche a réjoui Notre cœur, et Nous demandons au Père des lumières que votre foi resplendisse toujours davantage, que vous soyez toujours de plus en plus « des flambeaux dans le monde, étant en possession de la parole de vie » (Phil. 2, 15-16). C'est dans cette intention, et du fond du cœur, que Nous vous accordons à vous-mêmes, à vos familles, à tous ceux qui vous sont chers, Notre paternelle Bénédiction apostolique.

* Discours et Messages-radio de S.S. Pie XII, XIV,
Quatorzième année de Pontificat, 2 mars 1952 - 1er mars 1953, pp. 59-60
Typographie Polyglotte Vaticane




DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU PREMIER AMBASSADEUR DU SALVADOR PRÈS LE SAINT-SIÈGE,
S.E.M. HÉCTOR ESCOBAR SERRANO
*
Mardi 25 mars 1952

Monsieur l’Ambassadeur,
C’est avec la plus vive satisfaction que Nous avons entendu de la bouche du nouveau Représentant de la République du Salvador que l’élévation de la précédente mission au rang d’ambassade a son inspiration et sa raison d’être dans la ferme volonté d’un peuple, pour ainsi dire intégralement catholique, qui désire donner ainsi un témoignage de la profonde vénération et de la filiale dévotion qu’il professe à l’égard du Siège Apostolique, reconnu par lui comme l’institution particulière, œuvre de la main du Seigneur, dont le destin est de faciliter à l’humanité tout entière la réalisation de ses plus hautes fins ; une institution qui « en ces moments de trouble dans le monde, – comme a dit Votre Excellence avec une phrase aussi vraie qu’exacte, – représente une voie lumineuse de paix et de concorde ».
Une semblable attitude est conforme à la qualité qui correspond au digne représentant d’une nation, portant dans son nom la plus haute évocation religieuse et, dans son histoire, l’empreinte indélébile du catholicisme le plus enraciné ; donc, – si Nous voulons laisser de côté les temps semi-nébuleux du mythique Votán ou préhistoriques de l’héroïque Quezalcohualt, – personne ne peut ignorer que votre histoire débute avec ce Pierre de Alvarado, qui, en 1524, plaça ses conquêtes sous la protection de la Sainte Trinité et, en 1528, donna le nom de San Salvador à votre capitale, ni qu’elle entre dans les temps actuels avec une liste de grands personnages Pères de la patrie, dans laquelle on ne peut omettre les noms des prêtres Delgado, Rodriguez, Aguilar et Arce.
Elle n’était donc qu’une conséquence l’adhésion franche et claire du peuple du Salvador à une mission qui est fondamentale dans l’Église de Jésus-Christ et à l’exercice et au succès de laquelle devait demeurer inébranlablement fidèle, – et de fait il l’est demeuré –, son Chef visible, bien que tous les autres, – hommes et institutions, – vacillent dans leurs intentions de paix ou vont jusqu’à les oublier. Cependant il est nécessaire de reconnaître que cette entente acquiert une signification spéciale à l’heure actuelle, quand l’évolution des événements et le cours des conversations mondiales révèlent que l’on s’achemine de plus en plus vers de nouvelles discordes et de plus funestes tensions ; et elle donne en même temps à sa première intervention officielle en ce centre de la chrétienté un profond contenu moral, dont Nous sommes reconnaissants envers monsieur le Président de la République, dont la confiance vous a envoyé auprès de Nous ; envers tout le cher peuple du Salvador et, tout spécialement, envers Votre Excellence qui s’est faite, avec tant de dignité, l’interprète de sentiments si élevés.
En évoquant les paroles, qui ne Nous sont pas inconnues, du message inaugural de votre chef d’État, vous avez manifesté, Excellence, votre souhait que le but ultime des harmonieuses et fécondes relations entre l’Église et l’État dans votre pays soit fixé dans l’extension à toutes les catégories de votre bon peuple d’un haut niveau intellectuel et moral, en exprimant, en même temps, la confiance de pouvoir compter, pour cette fin, sur Notre bienveillant appui. Nous vous le garantissons, avec Notre cœur de Père débordant de joie et d’espérance et en vous priant de vouloir recourir à lui largement et constamment.
Si, d’un regard rétrospectif qui embrasse ces derniers temps, Nous voulons considérer la vie de votre pays, sans pour cela détourner les yeux attentifs et vigilants, des temps présents, il serait facile de prédire que grâce à une intelligence réciproque et sereine, soutenue par la pureté des intentions et par le sincère désir de réalisation, on ne manquerait pas de trouver les occasions où pourrait se démontrer de la part de votre gouvernement une compréhension effective, à l’égard du peuple fidèle du Salvador, dans toutes ses classes, de tout ce qui a trait à la réalisation de ses plus légitimes aspirations religieuses et culturelles.
Quant à ce qui touche à l’Église, l’évolution de la situation constitutionnelle et législative ne s’est pas toujours réalisée dans votre patrie, comme dans d’autres nations, en accord avec les principes et les critériums que paraissaient réclamer les sentiments religieux du peuple et les exigences inéluctables d’un bien commun justement entendu.
Sous l’influence pernicieuse de certaines idées, dont la futilité est chaque jour plus évidente, se succédèrent dans votre nation, entre certaines organisations bien orientées, des reculs et des heurts, dont souffre encore sensiblement de leurs effets une bonne partie de votre peuple.
Quoi qu’il en soit, Nous comprenons bien qu’il est toujours plus facile de constater l’existence de telles déficiences que de les surmonter avec sérénité et prudence en s’engageant sur une voie nouvelle et bienfaisante. Mais il est également certain que tout gouvernement, disposé à tirer les enseignements opportuns des expériences du passé et à tenir compte des légitimes aspirations de l’immense majorité de la population, trouve toujours, précisément dans la rencontre de ces mêmes éléments, le moyens sûr de commencer, pour le moins, le travail de correction et d’entreprendre l’exécution du programme ardemment souhaité, dont les effets salutaires se feront aussitôt noter par des fruits permanents.
Le Salvador, Monsieur l’Ambassadeur, ne peut manquer de tenir compte de la position détachée et transcendantale que lui concèdent sa situation et ses caractéristiques géographiques. Il pourrait sembler à certains un petit pays; mais, en revanche, tout le monde est d’accord pour lui reconnaître une notable et forte singularité dans cette sorte de ferveur de vie que dénotent la haute densité de sa population, le caractère industrieux de ses fils et la nature accidentée et variée de son sol, – par cela même plus pittoresque, plus attrayant et plus riche ; – sans oublier la beauté sans pareille de ses vallées ouvertes sur la mer et du haut desquelles la vue se récrée sur un horizon illimité de verdure, plein d’enchantement et de promesses.
Et comme dans le matériel, il l’est beaucoup plus dans le spirituel. Les forces latentes du peuple catholique du Salvador, après avoir éliminé résolument les empêchements reconnus par tous spécialement dans le domaine de l’enseignement, doivent se relever puissantes et accourir, bienfaisantes, à tous les centres vitaux de la nation, déjà préparée pour cette élévation morale, culturelle et spirituelle ; d’un tel relèvement aucune administration prudente n’a rien à redouter, mais elle a au contraire beaucoup à espérer.
Dans la conviction, Monsieur l’Ambassadeur, que votre mission, si heureusement commencée aujourd’hui, doit arriver pour l’intérêt commun et dans le sens que Nous avons indiqué, à aplanir le chemin vers des résultats de plus en plus élevés, Nous envoyons à tous Nos très chers fils de votre magnifique pays, unis à Nous par le lien de la foi, la Bénédiction apostolique.

* L’Osservatore Romano. Édition hebdomadaire en langue française n.14 p.4
Documents Pontificaux 1952, p.94-97




DISCOURS DU PAPE PIE XII
À LA VIIe SESSION
DE LA CONFÉRENCE DE LA F.A.O.*
Salle du Consistoire - Mardi 8 décembre 1953

Depuis plusieurs années, Nous suivons avec un vif intérêt les activités de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. Aussi sommes-Nous heureux de vous recevoir, Messieurs, pendant que se déroulent les travaux de la 7ème session de votre Conférence.
C'est un fait que, malgré les améliorations obtenues ces derniers temps, le problème de l'alimentation reste crucial pour une large portion de l'humanité. Comme vous le constatez dans vos rapports, la situation actuelle du monde au point de vue agricole se caractérise par un déséquilibre accentué entre les régions évoluées et les pays insuffisamment développés. D'un côté la production augmente rapidement, les niveaux de consommation se relèvent, les exportations s'intensifient, tandis que de l'autre, et en Extrême-Orient tout particulièrement, la production demeure faible, l'alimentation déficiente et les importations limitées. L'éventualité de la famine et de ses terribles conséquences ne cesse de hanter des millions d'hommes et une période de sécheresse suffit à déclencher ce fléau redoutable. Mais en outre, il faut encore tenir compte de la montée régulière du chiffre de la population qui exige, sous peine de voir empirer le mal, un accroissement parallèle des biens de consommation.
Cette situation difficile, votre organisation s'impose d'y faire face et d'engager une lutte décisive sur le plan mondial pour supprimer les souffrances et les menaces qui pèsent encore jusqu'à ce jour sur tant de malheureux. Quel courage ne faut-il pas pour oser envisager tranquillement une entreprise, que l'on peut sans exagération qualifier de gigantesque, et pour s'y adonner avec ardeur, alors qu'elle semble se compliquer et s'élargir à mesure qu'on s'y attache. Mais, animés d'un zèle que rien ne fatigue, vous avez réussi en premier lieu à vous assurer une base de travail indispensable, en obtenant les renseignements nécessaires sur la production et les échanges agricoles des différents pays. En bien des cas pour vous procurer des indications précises, il a fallu former des experts et les initier aux méthodes modernes de la statistique. Vous avez ainsi rassemblé des matériaux précieux, qui rendront de grands services aux économistes.
La partie essentielle de votre travail consiste à intervenir efficacement dans le domaine de l'agriculture, mais aussi de la pêche et des exploitations forestières. Sans doute on se préoccupera de diriger vers les populations sous-alimentées, qui représentent 70% de la population mondiale, l'excédent de la production des pays plus favorisés, en assurant ainsi à ces derniers des débouchés stables. Mais il est bien plus urgent de pourvoir à l'augmentation de la productivité aux endroits mêmes, où la disette se fait sentir. Pour cela, vous voulez d'abord réduire les pertes parfois considérables dues à l'inexpérience des cultivateurs et aux épidémies, puis accroître les rendements par l'amélioration des méthodes de culture, l'utilisation des engrais, la sélection des espèces végétales, enfin vous envisagez la mise en valeur de terrains encore incultes, en particulier par le moyen de l'irrigation. En tout ceci, les phases de réalisation sont nécessairement précédées d'enquêtes et d'études détaillées destinées à évaluer les possibilités de perfectionnement et à prévenir les erreurs lourdes de conséquences. Mentionnons également, à titre d'exemple significatif des incidences culturelles de vos travaux, le plan mis en œuvre pour accroître la production du papier et que vous a confié le Conseil économique et social des Nations Unies.
Ce programme, si varié, si ample, suscite incontestablement des difficultés peu communes. La plus délicate peut-être, vous l'avez bien perçu, consistera à créer les conditions sociales, grâce auxquelles les travailleurs à qui vous fournirez aide et directives prendront goût à leur besogne, s'y intéresseront, exploiteront au maximum les ressources qu'on leur procurera. Il est inutile en effet d'envoyer sur place des experts pour enseigner de nouvelles méthodes et de perfectionner l'équipement mécanique, si les conditions humaines où l'homme se meut l'empêchent de tirer de son effort le fruit qu'il a le droit d'en attendre. Susciter l'intérêt et l'initiative personnelle, montrer que le bien de la communauté ne se réalisera pas aux dépens du bien des personnes, mais à leur profit, et veiller à ce qu'il en soit réellement ainsi, voilà certainement un élément capital de la réussite. Par là votre œuvre éco-fornique se double d'une valeur sociale non moins décisive, et dont Nous aimons à souligner la valeur. C'est pourquoi, soucieux de vous manifester Notre appui et de collaborer à cette entreprise, Nous avons voulu récemment apporter Notre contribution en faveur du programme d'extension de l'assistance technique à divers pays, et spécialement aux régions les plus déshéritées.
Malgré les moyens encore restreints de votre organisation, vous n'avez pas craint d'y intéresser tous les peuples, qui sont avides non seulement de se perfectionner eux-mêmes et d'obtenir des avantages économiques, mais aussi d'apporter leur secours à de moins fortunés. Une action de ce genre, comme Nous le remarquions dans une allocution prononcée le 21 février 1948 en des circonstances analogues à celles-ci, oblige les nations à se sentir solidairement bénéficiaires et bienfaitrices les unes des autres.
Le monde civilisé regarde toujours avec une profonde tristesse les images pitoyables des victimes de la faim, alors que la terre est capable de nourrir tous les hommes. Supprimer définitivement une telle plaie mérite bien quelque sacrifice et justifie d'austères dévouements. Le Christ ne s'est-il pas préoccupé de rassasier les foules qui le suivaient ? N'a-t-il pas appris à ses disciples la prière qui demande à Dieu le pain quotidien ? En poursuivant le but que vous vous êtes fixé, vous réalisez sans aucun doute une intention chère à Celui qui s'est consacré au salut de l'humanité. Voilà pourquoi Nous vous souhaitons de continuer sans faiblir votre tâche. Elle n'est sans doute qu'à ses débuts, mais déjà l'expérience vous a beaucoup enseigné ; vos instruments de travail se perfectionnent, votre crédit se renforce après des gouvernements, qui apprécient de plus en plus l'utilité et les fruits de votre action. Si le terme final n'est pas encore en vue, du moins pouvez-vous espérer qu'une compréhension plus large et une collaboration plus agissante viendront renforcer et multiplier les résultats obtenus et garantir une évolution ultérieure plus rapide.
Nous vous le souhaitons de tout cœur, en même temps que Nous appelons sur vous, sur vos familles et sur tous ceux qui partagent votre labeur, les plus abondantes bénédictions du Ciel.


* Discours et Messages-radio de S.S. Pie XII, XV,
 Quinzième année de pontificat, 2 mars 1953 - 1er mars 1954, pp. 495 - 497
 Typographie Polyglotte Vaticane.
Documents Pontificaux 1953, p.620-623.
L’Osservatore Romano, 11.12.1953 p.1.
L’Osservatore Romano. Édition hebdomadaire en langue française, n.51 p.2.
La Documentation catholique 1954 n.1171 col.503-504.




DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU CORPS DIPLOMATIQUE PRÈS LE SAINT-SIÈGE,
À L'OCCASION DE L'ARRESTATION DU
CARDINAL WYSZYNSKI, PRIMAT DE POLOGNE
*
Jeudi 19 novembre 1953

Monsieur l'Ambassadeur,
Depuis que se sont déroulés les tristes événements qui ont inspiré votre présente démarche, de partout Nous sont parvenus et Nous parviennent encore les témoignages d'une solidarité dont vous venez en quelques mots de reprendre et de résumer les motifs. Aussi est-ce rempli d'une grande émotion que Nous vous accueillons ici avec les illustres membres du Corps Diplomatique accrédité auprès de Nous et dont vous êtes le porte-parole autorisé, et que Nous vous remercions d'avoir voulu, en cette circonstance, Nous apporter un précieux réconfort.
Les vexations infligées au très digne Cardinal Wyszynski ouvrent dans Notre cœur une plaie nouvelle, celle de voir, après tant d'autres, s'ajouter une étape à la voie douloureuse, où depuis plusieurs années chemine la vaillante nation polonaise. Au cours d'une histoire riche en hauts faits et qui contient nombre de pages éclairées de l'héroïsme le plus pur, celle-ci eut bien souvent l'occasion de prouver avec quelle ardeur elle s'attachait à la foi reçue voici près de mille ans, au moment où elle commençait à prendre conscience d'elle-même, et dont rien depuis lors n'a pu réussir à la détacher. L'expérience des siècles le prouve : les vraies convictions religieuses et l'amour de la Patrie s'insèrent au plus profond de l'âme humaine, pénètrent ses fibres intimes et comptent parmi ses biens les plus précieux. Bien loin de s'opposer ou même de se gêner mutuellement, ces deux sentiments tirent d'un appui réciproque une vigueur insoupçonnée. Ne répondent-ils pas d'ailleurs aux exigences les plus impératives et les plus naturelles à l'homme, dont ils assurent le perfectionnement et la croissance harmonieuse, individuelle ou collective, dans le respect de l'autorité légitime et du droit international ?
À l'amour de son pays, le peuple polonais a toujours uni la fidélité indéfectible à la personne du Pontife Romain, et il y trouve la force qui l'aide à défendre valeureusement son existence. Nous l'avons rappelé aux représentants de l'armée polonaise qui, en 1944, étaient venus au nom de leurs compatriotes Nous manifester le filial hommage de la Pologne semper fidelis. Nous l'avons répété dans Notre lettre du 1er septembre 1951 à l'épiscopat et au peuple polonais et, aujourd'hui comme alors, Nous évoquons avec ferveur le souvenir, maintenant assombri par la douleur et l'anxiété, de l'entretien où l'Archevêque de Gniezno et de Varsovie Nous redisait l'inébranlable fermeté de la Pologne dans la tradition qui la relie au Saint Siège.
L'on ne s'étonnera pas si celui qui s'était donné pour tâche de maintenir les valeurs les plus intangibles de son peuple, devient la victime principale de ceux qui espèrent, en frappant la tête, porter un coup décisif qui mettra fin à une tenace résistance.
C'est pourquoi Nous recevons avec gratitude votre protestation contre un acte, qui lèse non seulement les droits d'un seul homme, mais ceux de tout un peuple et qui tend à déraciner de sa conscience des convictions vitales. Qui donc ne se sentirait visé par cette entreprise renouvelée contre la dignité humaine ? Les nations que vous représentez se préoccupent de sauvegarder les droits imprescriptibles qui seuls rendent possible une vie sociale digne de ce nom. Leur appui moral ne manquera pas, Nous en sommes certain, de soutenir et d'encourager ceux qui supportent vaillamment des atteintes aussi graves à leur liberté religieuse et politique, et qui trouveront dans leur aide de nouveaux et puissants motifs d'espérer.
La gravité des maux actuels ne doit enlever à personne la confiance en un avenir meilleur. La vérité et la justice ne sont pas des mots. Elles possèdent la force même du Dieu Très-Haut, qui s'en porte garant, s'en constitue le défenseur et dès maintenant, en dépit des apparences, met au cœur de ses enfants la certitude du triomphe final de la paix dans l'estime réciproque des peuples et l'accord généreux des bonnes volontés. Que le Tout-Puissant vous accorde à vous-mêmes et à vos pays respectifs de voir l'aube de ce jour que tous désirent, et pour lequel beaucoup n'hésitent pas à offrir aujourd'hui leurs souffrances et leur vie.


* Discours et Messages-radio de S.S. Pie XII, XV,
 Quinzième année de pontificat, 2 mars 1953 - 1er mars 1954, pp. 473 - 474
 Typographie Polyglotte Vaticane.
AAS 45 (1953), p.755-756.
Documents Pontificaux 1953, p.591-593.
L’Osservatore Romano. Édition hebdomadaire en langue française, n.48 p.1, 2.
La Documentation catholique n°1162, col. 1537-1540.




DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS À L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
DE L'ORGANISATION DE L'INDUSTRIE FEUTRIÈRE D'EUROPE*
Mercredi 28 octobre 1953

À l'occasion de la Conférence Centrale Européenne des Fabricants de Feutres, vous avez exprimé, Messieurs, le désir de vous réunir autour de Nous. Nous sommes heureux de saluer, dans votre groupe choisi, les représentants de dix nations différentes, tous intéressés aux problèmes d'une industrie très spécialisée et fort importante, en particulier pour l'équipement des machines à papier, mais aussi pour la production des composés de ciment et de fibres que l'on connaît généralement sous le nom d'« éternit ».
Contrairement à ce que l'on serait tenté de croire, l'industrie du papier, à laquelle vous collaborez, est bien antérieure à l'invention de l'imprimerie. Un ministre chinois du second siècle avant Jésus-Christ en aurait donné les premières formules, et l'historien peut suivre les étapes qui, à travers le Turkestan et l'Afrique du Nord, l'ont rapprochée de l'Europe, où elle pénétra grâce aux Arabes vers la fin du XIIe siècle. Or, détail notable, dès cette époque on employait des feutres pour recevoir la feuille de papier au sortir de la forme. Ces feutres-là, à vrai dire, différaient grandement de ceux que réclame aujourd'hui l'industrie du papier, car ils ne constituaient pas un véritable tissu, mais un simple amalgame de fibres tel qu'on en use encore pour de nombreux travaux commerciaux ou techniques. Du jour où l'on voulut réaliser la production continue du papier par des procédés entièrement mécaniques, on eut besoin d'un support capable de résister à la traction et d'accompagner la feuille dans les évolutions et les opérations variées qu'on lui faisait subir. C'est alors que se transforma l'industrie du feutre et que l'on expérimenta les divers procédés capables de lui donner une armature semblable à celle des étoffes les plus solides, tout en lui conservant ses qualités spécifiques.
Le rôle du feutre qui recueille la pâte molle destinée à devenir la feuille définitive est en effet des plus délicats, car il doit absorber une grande partie de l'eau, que cette pâte contient en excès, tout en assurant par sa souplesse et la régularité de sa surface la formation d'une feuille homogène et ininterrompue. On conçit que ce feutre doit être différent selon que la pâte véhiculée doit devenir papier de journal ou papier pelure, papier de luxe ou papier commun, carton d'emballage ou papier à dessin. Sa matière première doit être excellente et sa confection très soignée pour qu'il conserve en tous ses points la même épaisseur, le même pouvoir absorbant, la même élasticité, malgré les tractions et les pressions qu'il subit constamment, malgré les effets de l'eau chaude qu'il élimine et des produits chimiques que celle-ci renferme.
Aussi la fabrication des feutres destinés à équiper les énormes machines des papeteries modernes requiert-elle des métiers spéciaux et beaucoup plus compliqués que les métiers ordinaires. De plus la composition d'un feutre parfaitement adapté à l'usage particulier, auquel on le destine, demande une étude précise des fibres à employer et à combiner, qu'elles soient d'origine minérale, végétale, animale ou synthétique, afin que leurs qualités complémentaires confèrent au produit manufacturé toutes les caractéristiques voulues par l'employeur. Désormais une telle industrie requiert des cabinets de physique et de chimie, dotés d'instruments d'observation et d'expérimentation les plus variés. Elle emploie un personnel qualifié, des installations considérables et met en jeu des intérêts matériels et humains, au service desquels votre organisation internationale se propose de pourvoir.
À cause donc de la place importante que tient votre spécialité dans la vaste industrie du papier, elle-même plus considérable de jour en jour, ce n'est pas sans émotion que Notre imagination évoque les véritables fleuves de pâte qu'entraînent incessamment les feutres que vous fabriquez. Des forêts entières, Nous disent les statistiques, sont englouties par les larges cuves, où s'élabore quotidiennement la pâte de bois destinée à fournir le papier commun des journaux et des imprimés à bon marché. Recueilli en gros rouleaux à l'issue des feutres, il sera sans tarder expédié vers les rotatives de la grande presse, dont certaines en consomment plusieurs tonnes par jour.
De là sort la nourriture intellectuelle des foules, qui ne lisent que les journaux, et souvent même un seul journal. Assurément, vous n'êtes pour rien, Messieurs, dans la qualité de ce qu'impriment les clients de vos clients. Vous constatez comme Nous l'immense puissance conférée par l'imprimerie à des feuilles innombrables, que dévorent des yeux matin et soir des centaines de millions d'hommes sur toute la surface de la terre. Ils y trouvent trop souvent des excitants pour leurs passions, car c'est en les flattant que beaucoup d'écrivains assurent leur succès. Mais ils peuvent y trouver aussi, grâce à Dieu, la défense de la justice, l'apologie de la vertu, l'invitation à la compréhension et à la collaboration mutuelles, à l'amour réciproque, sur lesquels seuls les hommes peuvent bâtir solidement la cité de l'avenir.
C'est ainsi que Nous voyons l'évolution normale de la civilisation moderne inviter les hommes à se rapprocher, à se connaître, à s'estimer et à s'aider par dessus les frontières matérielles et morales, qui pourraient par ailleurs les séparer. Et Nous saluons avec joie toutes les réalisations du genre de la vôtre, Messieurs, persuadés que cette évolution est voulue de Dieu, qui a créé tous les hommes frères de race et sociaux par nature, qu'elle contribue à multiplier les liens d'amitié, gages d'une meilleure entente entre les nations et d'une meilleure intelligence des intérêts communs.
Puisse votre association, basée sur un accord spontané, porter les divers fruits que Nous en augurons, de sorte que vous emportiez de Rome le souvenir d'un heureux séjour et d'un enrichissement spirituel.
Et afin que Nos souhaits reçoivent la sanction du Dieu Tout-Puissant, Nous implorons sur vous-mêmes, sur vos familles, sur tous ceux qui vous sont chers et que vous désirez recommander à Nos prières, les plus abondantes bénédictions divines.


* Discours et Messages-radio de S.S. Pie XII, XV,
 Quinzième année de pontificat, 2 mars 1953 - 1er mars 1954, pp. 441 - 443
 Typographie Polyglotte Vaticane.




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