DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU PREMIER CONGRÈS DE L'ASSOCIATION
INTERNATIONALE DES ÉCONOMISTES*
Castel Gandolfo - Dimanche 9 septembre 1956
A l'occasion du premier Congrès de l'Association Internationale des Économistes vous avez désiré, Messieurs, venir Nous faire part de vos travaux et Nous donner un témoignage de votre attachement. Nous y sommes très sensible et Nous réjouissons d'accueillir en vous les représentants les plus qualifiés de la science de l'économie. Par votre enseignement dans les Universités, par vos publications et par les avis autorisés que vous formulez, vous exercez incontestablement une action de la plus haute importance sur la société contemporaine, où les facteurs économiques influencent fortement les autres aspects de la vie sociale.
Le présent Congrès prolonge avec éclat la série de vos réunions annuelles, consacrées à l'examen de problèmes économiques particuliers et qui représentent l'activité principale de votre Association. Celle-ci, fondée en 1949 sous l'impulsion de l'Unesco, se propose de favoriser, par la collaboration internationale, le développement de la science économique et rassemble actuellement vingt-cinq organisations nationales de quatre continents. C'est dire l'intérêt que vos délibérations susciteront dans le monde auprès de tous ceux, qui s'attachent au bien de la chose publique.
« Stabilité et progrès dans l'économie mondiale »: tel est le thème que vous avez choisi, et ce simple titre suffit déjà à évoquer les alternatives difficiles, et parfois redoutables, auxquelles doit souvent faire face l'économiste. Dans le vaste organisme social, dont les différentes fonctions s'influencent et se conditionnent réciproquement, il est impossible de toucher à l'une sans ébranler toutes les autres et s'obliger à prévoir des mesures compensatoires. Ainsi, par exemple, il est dangereux d'accroître la production industrielle sans assurer l'écoulement des biens produits, de modifier le volume de la circulation monétaire sans tenir compte du volume correspondant des transactions commerciales, de rechercher le plein emploi en négligeant de prévenir les risques d'inflation. Et pourtant la loi de toute activité humaine, celle du progrès, impose des changements, des améliorations, qui ne vont pas sans déséquilibres passagers. Le grand souci des spécialistes sera donc d'amortir au maximum les conséquences nuisibles des mesures préconisées, de profiter des conjonctures favorables, tout en évitant la dure pénalisation des périodes de crise. Sur le plan international, des discordances graves se révèlent actuellement entre les pays pauvres, qui accèdent de plus en plus à la conscience de leurs immenses besoins, et les nations largement pourvues du nécessaire et du superflu. Dans ces régions sous-développées le progrès est désiré, recherché, parfois avec violence et non sans menaces pour la paix internationale.
Ainsi la tâche de l'économiste s'avère plus étendue, plus ardue que jamais et plus lourde de responsabilités. Sur une planète où les distances comptent de moins en moins, où les idées se répandent avec une fulgurante rapidité, le destin de l'humanité se joue toujours plus serré, les décisions de chaque homme d'État et celles des techniciens, qui le secondent, se répercutent dans la vie de milliers et de millions d'hommes et y déterminent tantôt d'heureuses améliorations, tantôt de dramatiques perturbations. Vraiment l'heure n'est plus aux théories aventurées, aux constructions artificielles, satisfaisantes peut-être pour l'esprit raisonnant dans l'abstrait, mais en profond désaccord avec la réalité, parce qu'une erreur en a vicié le principe de base. C'est pourquoi vous ne sauriez peser suffisamment les conclusions et les jugements que vous formulerez, en vérifier assez le caractère scientifique, c'est-à-dire pleinement conforme aux lois de la pensée et de l'être humain et aux conditions objectives de la réalité économique. Sans entrer dans la discussion de points techniques, Nous voudrions, Messieurs, vous faire part de quelques brèves réflexions, que Nous suggère l'occasion présente.
La science de l'économie commença à s'édifier, comme les autres sciences de l'époque moderne, à partir de l'observation des faits. Mais si les physiocrates et les représentants de l'économie classique crurent faire une œuvre solide, en traitant les faits économiques comme s'ils eussent été des phénomènes physiques et chimiques, soumis au déterminisme des lois de la nature, la fausseté d'une telle conception se révéla dans la contradiction criante entre l'harmonie théorique de leurs conclusions et les misères sociales terribles, qu'elles laissaient subsister dans la réalité. La rigueur de leurs déductions ne pouvait remédier aux faiblesses du point de départ: dans le fait économique, ils n'avaient considéré que l'élément matériel, quantitatif, et négligeaient l'essentiel, l'élément humain, les relations qui unissent l'individu à la société et lui imposent des normes, non point matérielles, mais morales dans la manière d'user des biens matériels. Détournés de leur fin communautaire, ceux-ci devenaient des moyens d'exploitation du plus faible par le plus fort, sous la loi de la seule concurrence impitoyable.
Pour remédier à ce défaut, le marxisme s'efforce de remettre en valeur l'aspect social de l'économie et d'éviter que les particuliers n'accaparent à leur profit exclusif les moyens de production. Mais, par une erreur non moins funeste, il prétend ne voir dans l'homme qu'un agent économique et faire dépendre des rapports de production toute la structure de la société humaine. S'il n'est plus livré au jeu arbitraire des puissances d'argent, l'homme se trouve alors enfermé et écrasé dans le cadre social d'une société durcie par l'élimination des valeurs spirituelles, et aussi impitoyable dans ses réactions et ses exigences que le caprice des volontés particulières. De part et d'autre, on a omis de regarder le fait économique dans toute son ampleur : à la fois matériel et humain, quantitatif et moral, individuel et social. Au delà des besoins physiques de l'homme et des intérêts qu'ils commandent; au delà de son insertion dans des rapports sociaux de production, il fallait envisager l'activité vraiment libre, personnelle et communautaire, du sujet de l'économie. Celui-ci, quand il produit, achète, vend, consomme des biens, reste mû par une intention déterminée, qui peut être la simple satisfaction d'un appétit naturel, mais aussi l'expression d'une attitude toute subjective, commandée par le sentiment ou par la passion. C'est ainsi que des raisons d'amour-propre, de prestige, de vindicte, peuvent renverser complètement la direction d'une décision économique. Toutefois ces facteurs introduisent surtout dans l'économie des perturbations et des troubles et échappent aux prises d'une véritable science ; il faut donc monter plus haut encore, et apprécier l'importance de la décision vraiment personnelle et libre, c'est-à-dire pleinement rationnelle et motivée, susceptible par conséquent d'entrer comme élement positif dans l'édification d'une science économique. D'éminents représentants de votre spécialité ont souligné avec force la signification vraie du rôle de l'entrepreneur, son action constructive et déterminante dans le progrès économique. Au dessus des agents subalternes qui exécutent simplement le travail prescrit, on trouve les chefs, les hommes d'initiative, qui impriment sur les événements la marque de leur individualité, découvrent des voies nouvelles, communiquent une impulsion décisive, transforment les méthodes et multiplient en d'étonnantes proportions le rendement des hommes et des machines. Et l'on aurait bien tort de croire qu'une telle activité coïncide toujours avec leur intérêt propre, ne répond qu'à des mobiles égoïstes. Qu'on la compare plutôt à l'invention scientifique, à l'œuvre artistique jaillie d'une inspiration désintéressée, et qui s'adresse beaucoup plus à l'ensemble de la communauté humaine, qu'elle enrichit d'un nouveau savoir et de moyens d'actions plus puissants. Ainsi, pour apprécier exactement ses faits économiques, la théorie doit-elle envisager à la. fois l'aspect matériel et humain, personnel et social, libre mais cependant pleinement logique et constructif, parce que commandé par le sens véritable de l'existence humaine.
Sans doute, beaucoup d'hommes obéissent le plus souvent, dans leur conduite quotidienne, aux tendances naturelles et instinctives de leur être ; mais Nous voulons croire que peu sont vraiment incapables, du moins aux moments critiques, de faire prédominer les sentiments altruistes et désintéressés sur les préoccupations d'intérêt matériel ; des faits récents ont encore démontré à quel point même chez les plus humbles et les plus démunis, la solidarité et le dévoûment s'exprimaient en des gestes de générosité émouvante et héroïque. C'est aussi l'un des traits heureux de l'époque présente qu'elle accentue le sentiment d'interdépendance entre les membres du corps social, et les amène à reconnaître davantage que la personne humaine n'atteint ses véritables dimensions qu'à la condition de reconnaître ses responsabilités personnelles et sociales, et que bien des problèmes humains ou simplement économiques ne trouveront leur solution que moyennant un effort de compréhension et d'amour mutuel sincère.
Qu'il Nous soit permis de prolonger encore cette perspective, en rappelant un mot de l'Évangile, qui traduit la vision chrétienne du problème de la production et de l'utilisation des biens matériels : « Cherchez d'abord la Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33). Même comme sujet de l'économie, l'homme ne peut jamais introduire une séparation complète entre les fins temporelles qu'il poursuit et la fin dernière de son existence. La parole du Christ a déclenché un véritable renversement des façons communes de concevoir les relations de l'être humain avec le monde matériel ; ne suggère-t-elle pas, en effet, un dépouillement aussi total que possible des sujétions économiques pour mettre toute sa pensée, toutes ses forces au service d'un ordre divin ? Elle apprend à maîtriser l'instinct qui pousse à jouir sans frein de la richesse ; elle invite à préférer la pauvreté comme un moyen de libération personnelle et de service social. Même à l'époque moderne, avide de commodités et de plaisirs, il ne manque pas d'âmes assez nobles pour choisir la voie du détachement et pour préférer les valeurs spirituelles à tout ce qui passe avec le temps.
Si les travaux des techniciens de l'économie n'abordent pas directement ce plan de réalités, ils peuvent toutefois trouver leur orientation dans une conception d'ensemble de leur science, qui fasse place à ce comportement et aux principes qu'ils présupposent ; ils y trouveront, Nous en sommes sûr, de très heureuses inspirations.
Nous espérons, Messieurs, que votre Congrès se concluera sur une note confiante. malgré les écueils innombrables qui jalonnent la route d'un progrès dans la stabilité. Si tous ont le courage d'affronter loyalement les difficultés sans se dissimuler ni fausser aucun des aspects de la réalité, Nous ne doutons pas que vous puissiez bientôt vous féliciter du résultat de vos efforts et les poursuivre avec plus d'ardeur encore, en resserrant entre vous les liens d'une étroite et féconde collaboration.
En gage des faveurs divines que Nous appelons avec instance sur vous-mêmes, vos familles, tous ceux qui vous sont chers, Nous vous accordons de grand cœur Notre Bénédiction Apostolique.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 411-415
Typographie Polyglotte Vaticane
AAS 48 (1956), p.670-672.
Documents Pontificaux 1956, p.500-505.
L’Osservatore Romano 10-11.9.1956, p.1.
La Documentation catholique, n.1237 col.1369-1373.
DISCOURS DU PAPE PIE XII
À DIVERS ORGANISMES ADHÉRANT À L'UNION INTERNATIONALE CONTRE LE CANCER*
Salle des Suisses, Castel Gandolfo - Dimanche 19 août 1956
Nous saluons avec un intérêt particulier l'illustre assemblée de cancérologues réunie sous les auspices de la Ligue Italienne pour la lutte contre les tumeurs. Ce n'est pas sans émotion, vous le comprenez, Messieurs, que Nous contemplons en vous l'espérance de tant de malades, et même, au delà de leurs maux trop souvent incurables, l'espérance de toute l'humanité. Déjà en 1949, Nous avons eu le plaisir de recevoir plusieurs d'entre vous et de leur adresser la parole à l'occasion de la « Semaine d'études sur le problème biologique du cancer » organisée par Notre Académie Pontificale des Sciences.
Depuis lors les recherches n'ont cessé de progresser; l'opinion publique est devenue plus sensible encore à tout ce qui touche au domaine du cancer. Il suffit d'évoquer l'agitation que suscite l'annonce de quelque découverte pour mesurer l'attente anxieuse de ceux qui souffrent et de leurs amis, impuissants à les soulager. Dans la plupart des cas, hélas, les nouvelles auxquelles Nous faisons allusion ne soulèvent que des espoirs éphémères. Votre armée patiente de chercheurs a derrière elle une si vaste expérience, tant de documents scientifiquement analysés et classifiés, qu'elle ne peut se faire illusion sur la complexité des problèmes et l'extrême difficulté d'une solution réelle.
C'est pourquoi vous éprouvez le besoin de mettre souvent en commun le résultat de vos recherches et de faire en quelque sorte le point de l'immense campagne poursuivie à travers le globe, sous toutes les latitudes et dans tous les milieux, pour arriver à mieux définir les causes et la nature spécifique des tumeurs malignes. Nous connaissons en particulier l'activité considérable de l'Union Internationale contre le Cancer, qui s'efforce d'établir une liaison entre les organisations des divers pays se consacrant à la lutte contre le cancer. Ces jours-ci se sont réunis la Commission de la Recherche et celle de la Lutte sociale, le Comité des Congrès Internationaux et le Comité Exécutif, qui assurent la répartition et la coordination des travaux, but essentiel de cette remarquable et grandiose institution. Il Nous plaît aussi de mentionner parmi les travaux récents le premier Symposium sur les antimitotiques tenu l'an dernier par la Ligue Italienne pour la Lutte contre les tumeurs.
Chacun de vous représente ici tout un secteur de recherches, toute une famille de savants, des établissements renommés, dotés de moyens d'enquête, de matériel expérimental et de ressources, déjà considérables sans doute, mais encore insuffisants en regard des tâches immenses qui réclament votre attention. Le mal en effet est partout et sa fréquence augmente; il se manifeste sous mille formes et semble provenir de causes extrêmement variées ; sa raison dernière échappe encore à la science. Celle-ci en est toujours à la période d'observation et de défensive, sans pouvoir engager contre le cancer la grande bataille, la bataille décisive, universellement attendue.
Un terrain cependant, celui de l'étiologie, a déjà fourni des données intéressantes, et utiles en bien des cas. L'étude des tumeurs professionnelles et les expériences conduites méthodiquement sur les animaux ont révélé divers facteurs, dont la présence concourt à provoquer les cancers. Votre réunion avait précisément à son programme un point particulier de ces recherches : essayer de mesurer l'influence possible de certains ingrédients chimiques introduits dans les produits alimentaires sur le déclanchement des carcinomes.
L'existence de substances dites cancérigènes est connue depuis longtemps. C'est au XVIIIe siècle que le chirurgien anglais Percival Pott dénonçait un certain rapport entre les tumeurs des ramoneurs et le noir de fumée, dont ils étaient constamment couverts. Petit à petit on arriva à préciser l'agent chimique responsable, puis de proche en proche on put déterminer divers groupes de substances, dont l'action sur l'homme et les animaux augmentait les risques et la fréquence des tumeurs. À défaut de précisions plus grandes sur le mécanisme qui provoquerait le désordre initial, on a constaté que la structure moléculaire elle-même semblait en relation avec la nature agressive du corps chimique inculpé. On incrimine en particulier certains dérivés de l'aniline, employés parfois comme colorants dans les produits alimentaires, et la grande presse s'est emparée, à son habitude, de telle déclaration à ce sujet, dont vous aurez eu sans doute à préciser la valeur.
À côté des aspects scientifiques de la lutte contre le cancer, les problèmes d'ordre social offrent aussi des difficultés appréciables. L'un de ceux-ci consiste à réaliser en temps utile le diagnostic exact du mal. L'expérience clinique démontre indubitablement que les chances de guérison sont liées à la promptitude avec laquelle le cancer peut être décelé avec certitude. Or deux types d'obstacles s'opposent trop souvent à ce diagnostic précoce: les uns proviennent des patients, les autres sont imputables aux médecins eux-mêmes. Chez les malades l'ignorance et la négligence jouent d'habitude un rôle néfaste : l'analphabétisme en particulier et la propension à utiliser des remèdes populaires, la méconnaissance des lois de l'hygiène et le retard apporté par incurie à la consultation du médecin ; on remarque que ces facteurs dépendent en général des mauvaises conditions sociales et économiques des intéressés. Le médecin peut également se rendre responsable d'une aggravation du cancer par suite d'une information insuffisante ou par son indécision. Il arrive que la nature du mal ne soit pas soupçonnée ou aperçue, mais aussi qu'on exagère la gravité et le degré d'incurabilité, ou que l'on applique pendant un certain temps des remèdes incapables de procurer une amélioration sensible. Ces erreurs trouvent une excuse, d'abord, dans la complexité du diagnostic, mais aussi dans l'insuffisance de l'organisation sanitaire dépourvue des moyens efficaces d'action. Là où échouera le médecin isolé, un groupe de spécialistes bien entraînés n'aura pas de peine à formuler un jugement sûr et à orienter le malade vers les solutions les plus indiquées.
Une fois établie avec certitude la présence du cancer, le médecin doit affronter un autre type de problème: celui de l'application des moyens thérapeutiques. C'est alors qu'avant de recourir aux ressources qu'offrent la chirurgie, la chimiothérapie, les rayons X, le radium, il importe de percevoir nettement le but à atteindre et la manière dont il faudra doser chacun de ces procédés. Avant tout, que le praticien considère l'homme tout entier, dans l'unité de sa personne, c'est-à-dire non seulement son état physique, mais aussi sa psychologie, son idéal moral et spirituel et la place qu'il occupe dans son milieu social. Quelles seront les conséquences pratiques des interventions qu'il se propose ? Dans quelle mesure lui est-il permis de risquer une opération grave, dangereuse et comportant des sacrifices importants ? Quel profit le malade en retirera-t-il ? Au lieu de lui imposer des infirmités lourdes et permanentes, qui le réduiront à l'inactivité presque totale, ne vaut-il pas mieux qu'il continue à travailler aussi longtemps que son mal le lui permet ? Parfois, au contraire, le souci de soulager la douleur, de prolonger un peu la vie, d'apporter un réconfort indispensable, autorisera des traitements onéreux, dont l'issue ne laisse guère d'espoir.
Dans chaque cas, s'impose au médecin une réflexion approfondie, une véritable méditation, où les facteurs d'ordre humain entreront en ligne de compte bien plus que les autres. Quelle responsabilité pour celui qui tient en main les décisions dernières ! La science pure ici s'efface devant une compréhension large, désintéressée, sensible à tous les impondérables d'ordre affectif, qu'un esprit trop rigide ne saisit pas. La médecine tire une part de sa grandeur de cette requête impérieuse, qui la contraint de prêter une attention inlassable aux plus humbles éléments d'ordre physique, comme aux mobiles secrets et parfois étrangement puissants qui animent une volonté.
Au terme de ces journées d'étude, Nous voulons vous adresser, Messieurs, Nos vœux les plus sincères et Nos encouragements, car Nous ne pouvons penser sans douleur à la somme énorme de souffrances, qui pourrait être épargnée à l'humanité, si la nature intime et les causes profondes du cancer étaient mieux connues. Nous demandons à Dieu d'éclairer vos esprits, de susciter les intuitions de génie qui font avancer la science ; mais Nous lui demandons surtout pour chacun de vous la patience et la persévérance dans un travail souvent fastidieux et décevant. Là où d'aucuns pourraient parfois s'exaspérer, l'homme soutenu par la foi, par l'amour de Dieu et du prochain, offre généreusement ses efforts au Seigneur en une prière et une supplication. Si le Créateur a permis le déclanchement de ces anomalies redoutables que sont les carcinomes, il a permis aussi les anomalies encore plus graves, que sont les péchés et les maux de l'âme. Dans leur grand effort de collaboration fraternelle, les hommes arriveront bientôt, Nous l'espérons vivement. à prévenir, réduire, ou même supprimer les premières ; mais Nous voudrions encore davantage les voir s'unir avec ardeur et persévérance pour lutter contre le mal moral, bien pire que la maladie du corps. Il serait faux de prétendre qu'une telle union et une telle lutte n'existent pas et ne portent pas leurs fruits; mais pourquoi faut-il qu'il y manque si souvent l'intense application, avec laquelle l'humanité poursuit et combat la douleur ?
Telle est la pensée que Nous a suggérée, Messieurs, l'examen de vos travaux admirables, et Nous la livrons à vos méditations. Nous ne manquerons pas d'adresser au Tout-Puissant Nos prières pour leur plus grand succès, et en gage des grâces d'En-Haut et comme signe de Notre paternelle bienveillance, Nous vous accordons, à vous tous ici présents, à vos familles, à vos collaborateurs et à vos amis, Notre plus large et plus cordiale Bénédiction Apostolique.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 381-385
Typographie Polyglotte Vaticane
DISCOURS DU PAPE PIE XII
À UN GROUPE DE JEUNES BELGES
DE LA FÉDÉRATION NATIONALE DES PATRONAGES*
Castel Gandolfo - Samedi 28 juillet 1956
C'est avec plaisir que Nous vous recevons, chers fils, membres de la Fédération des Patronages de Belgique. Soyez les bienvenus dans la maison du Père Commun, qui vous félicite de l'enthousiasme et de la générosité, dont témoigne votre pèlerinage à Rome.
Vous faites partie d'une fédération de jeunesse catholique nombreuse et florissante, dont l'idée première fut conçue, il y a un siècle et demi, par l'Abbé Allemand, qui consacra tout son zèle à la réaliser et trouva dans le Chanoine Timon-David un digne continuateur. À ces hommes, dont l'œuvre connaît aujourd'hui une merveilleuse expansion, vous devez une profonde reconnaissance. Il vous appartient plus encore de rester entièrement fidèles à l'idéal qui les inspirait, idéal résolument surnaturel, puisqu'ils visaient à développer dans l'âme de leurs jeunes gens l'esprit de prière, d'obéissance et de mortification, seul capable de vaincre un monde imprégné de matérialisme et de sensualité. Le succès des patronages repose d'abord sur ce fondement solide, austère sans aucun doute, mais inébranlable, parce que conforme à l'enseignement et à l'exemple de Notre-Seigneur lui-même.
Nous voudrions adresser Nos félicitations et Nos encouragements tout particuliers aux prêtres, qui ne ménagent pas leur peine pour animer les patronages qui leur sont confiés, pour en approfondir l'efficacité spirituelle, pour en développer le rayonnement apostolique. Nous savons bien ce qu'une entreprise de ce genre coûte d'efforts humbles et patients, de sacrifices et de renoncements. N'est-ce pas d'ailleurs la loi de toute fécondité spirituelle ? Consacrez spécialement vos soins, chers fils, à ceux de vos jeunes gens qui, sortis de l'adolescence, se préparent à entrer dans la vie. Plus que les autres, ils sont gravement menacés par tant d'attraits dangereux. Eux surtout doivent trouver dans leur mouvement la réponse à leurs besoins spirituels. Sachez leur confier des responsabilités qui font appel aux meilleures ressources de leur âme, leur donner l'occasion d'exercer leurs talents, leur faire découvrir le sens apostolique de leur vie et les joies profondes qui accompagnent le don de soi aux autres. Nul doute qu'ainsi vous ne les reteniez et attachiez davantage à leur mouvement, en même temps que vous contribuerez à la formation de chrétiens solides et d'apôtres dévoués, dont l'Action Catholique et le clergé ont tant besoin.
À vous tous ici présents, aux membres de votre Fédération qui vous sont unis de cœur, à vos familles et à tous ceux qui vous sont chers, Nous accordons, en témoignage de Notre affection, Notre paternelle Bénédiction apostolique.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 369-370
Typographie Polyglotte Vaticane
DISCOURS DU PAPE PIE XII
À LA SECTION FÉMININE DE LA FÉDÉRATION
NATIONALE DES PATRONAGES DE BELGIQUE*
Castel Gandolfo - Lundi 23 juillet 1956
Soyez les bienvenues, chères filles, qui êtes, ces jours-ci, à Rome avec le pèlerinage de la Fédération des Patronages de Belgique. Nous sommes heureux de vous accueillir et de vous féliciter pour le beau travail que vous accomplissez dans vos patronages.
Ce que vous désirez par dessus tout, c'est de rester pleinement fidèles à votre dignité de chrétiennes, filles de Dieu et de l'Église. Et pour cela, vous savez qu'il faut mener une lutte généreuse contre un monde souvent hostile, pénétré de paganisme, un monde qui de mille manières, ouvertement et insidieusement, s'attaque à votre foi et à votre pureté. Mais vous n'êtes pas seules à livrer ce combat : vous avez des compagnes nombreuses, qui partagent votre générosité et votre enthousiasme, qui désirent comme vous non seulement conserver intactes les richesses intimes de leur âme, mais aussi devenir des apôtres, faire connaître et aimer Jésus-Christ, transformer leur milieu par l'exemple de leur dévoûment, de leur charité délicate, par l'influence profonde de toute une personnalité d'où émane, comme un rayonnement mystérieux, la clarté des vertus surnaturelles. C'est dans vos patronages, au contact d'autres jeunes filles animées des mêmes convictions et du même zèle, sous la direction de guides expérimentés qui vous parlent au nom de l'Église, que vous trouverez les ressources spirituelles nécessaires pour rester de ferventes chrétiennes et de fervents apôtres.
Demandez instamment à la Vierge Marie d'inspirer toutes vos démarches, de guider votre activité apostolique, de vous préparer aux responsabilités plus graves, que vous exercerez flans la société de demain, comme épouses, mères de familles, apôtres laïques, ou consacrées à Dieu dans la vie religieuse. Nie craignez pas de vous dévouer toujours plus à fond dans les œuvres qui vous sont chères, et qui vous aident efficacement à rester dignes des dons que le Seigneur vous a accordés et que vous avez le devoir de faire fructifier. En gage des bénédictions divines que Nous appelons sur vous, sur vos familles et sur tous ceux qui vous sont chers, Nous vous accordons de tout cœur Notre paternelle Bénédiction apostolique.
* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 361-362
Typographie Polyglotte Vaticane