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DISCOURS DU PAPE PIE PP. XII,
AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE D'INDONÉSIE

S.E. M. SUKARNO
*
13 juin 1956

Nous souhaitons cordialement la bienvenue à Votre Excellence, Monsieur le Président, et à vous, Messieurs, qui êtes venus avec lui et êtes si étroitement associés à lui dans le gouvernement de votre pays. Nous vous assurons de Nos vœux les plus fervents pour votre succès.
Personne certainement n’accède à un gouvernement sans se rendre tout de suite compte de l’immensité des charges qui lui incombent. Le gouvernement civil, on le sait et tous les peuples libres le reconnaissent, a pour raison d’être le bien de ceux qui sont gouvernés. Assurer tranquillité et ordre, sécurité et liberté, dans le respect de la justice et de la loi de Dieu ; mettre tous les citoyens en mesure de profiter des occasions offertes à leur progrès physique, intellectuel et moral – tels seront le souci et la responsabilité de l’homme d’État.
C’est, en vérité, une lourde responsabilité. Son poids sera allégé par la généreuse et loyale coopération de tous ceux qui se consacrent au bonheur, au progrès et à la prospérité de la nation. Et Nous avons confiance, Messieurs, que le gouvernement de la République indonésienne peut compter sur le million environ de catholiques qui s’empressent de lui apporter leur appui. Ce qu’ils ont déjà accompli dans les domaines de l’éducation, de la charité et des devoirs civiques a été reconnu et rend doublement confiant. Ils sont hautement résolus – car ils savent que c’est pour eux un devoir sacré – à contribuer, dans la mesure de leurs moyens, au renforcement de ces soutiens indispensables, que sont la religion et la morale, pour une prospérité politique authentique et durable.
En accomplissant sa mission divine, le souci de l’Église a été, toujours et partout, de choisir et de préparer un clergé ordinaire de la région, qui puisse, après une préparation soignée et une  expérience appropriée, prendre en charge la vie spirituelle de son peuple. Il est évident que le temps et la patience sont nécessaires pour cela. Jusqu’à ce que ce clergé soit suffisant, en nombre et en formation, les catholiques d’une région doivent recourir à l’aide d’autres nations. Mais c’est là une période de transition – une période qui est celle que traverse l’Église en Indonésie, bien qu’un net progrès soit accompli pour en sortir. Nous avons remarqué avec un vif sentiment de satisfaction l’empressement avec lequel la République d’Indonésie fit des démarches, il y a environ six ans, pour établir des relations diplomatiques avec le Saint-Siège et Nous considérons cela également comme un gage et une preuve de sa patience et de son empressement à assister l’Église dans ses efforts vers un but désiré des deux côtés à la fois.
Nous pouvons conclure en renouvelant les sentiments que Nous exprimions en recevant les lettres de créances de votre premier Envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire. Nous lui donnâmes l’assurance « que Nous Nous réjouirions toujours d’être témoin du progrès accompli par votre État, jeune mais conscient de sa haute destinée, dans un esprit de confiance, de sagesse et de modération, jusqu’à ce qu’il prenne place dans le conseil des nations » – un vœu heureusement réalisé depuis lors – lorsque ses efforts pour la prospérité et la grandeur nationales se trouveront effectivement en harmonie avec une action unanime consacrée au bien universel de toute l’humanité. Que Dieu le veuille.


* L’Osservatore Romano 22.6.1956 p.1.
 Documents Pontificaux 1956, p.374-375.




DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU XIVe CONGRÈS
DE L'UNION INTERNATIONALE DES ÉDITEURS
Salle des bénédictions - Lundi 11 juin 1956

Votre visite, Messieurs, au terme du XIVe Congrès de l'Union Internationale des Éditeurs, Nous offre l'occasion de saluer l'illustre association professionnelle, à laquelle vous appartenez, et d'exprimer une fois de plus l'intérêt que l'Église a toujours porté au livre.
N'est-elle pas elle-même gardienne et interprète d'un Livre unique, émouvant témoignage de l'amour de Dieu pour les hommes ? Combien de merveilleux travaux n'ont pas suscités au cours des siècles l'édition, l'interprétation, l'illustration, proche ou lointaine, de la Bible ! Nul d'entre vous, Messieurs, ne l'ignore ; beaucoup même ont eu leur noble part dans cette collaboration internationale autour du Livre sacré ; mais, d'une manière plus générale, l'Église a toujours considéré comme digne de louange quiconque permet aux hommes d'accéder à la vérité, à la beauté, à la bonté, à cet immense domaine ouvert par la munificence du Créateur à la liberté et au génie de l'homme, et les éditeurs de bons livres ont à cette œuvre de lumière une part éminente.
Aussi bien avons-Nous remarqué avec intérêt que votre programme comportait une relation sur la littérature nocive et obscène. Le sujet, Nous le comprenons, a été abordé du point de vue professionnel et juridique, car la littérature éhontée constitue une concurrence malhonnête, à laquelle il importe d'opposer une barrière légale efficace et universelle; mais vous aimerez, Nous le croyons, entendre les raisons, qui Nous font souhaiter vivement la réalisation d'une action en ce sens.
Ces raisons sont tirées de l'importance même du livre et de la manière dont il agit sur les esprits.
Plus explicite et plus assimilable que l'œuvre plastique, le livre constitue dans les civilisations modernes un des véhicules principaux de l'idée.
Avant même d'aller à l'école, le bambin regarde des livres d'images, dont le souvenir l'accompagnera parfois toute sa vie ; on a raison d'accorder un grand intérêt aux premières influences subies par l'enfant, et celle du livre n'est pas la moindre. Plaise à Dieu que ses yeux clairs se fixent sur de belles images, que son imagination et sa mémoire se nourrissent de belles histoires, adaptées sans niaiserie à la fraîcheur de son âme. Et plutôt que de lui offrir des fantaisies parfois saugrenues, pourquoi ne pas illustrer et commenter pour lui quelques-uns des récits merveilleux de la Bible, ce trésor d'humanité et de poésie ?
L'écolier se nourrira de manuels. C'est une des branches de l'édition où l'on a déployé le plus de goût, de science et d'ingéniosité. Heureux enfants qui disposent dès leur jeune âge de livres bien composés, bien imprimés et bien illustrés. Pourvu toutefois que la vérité y soit en tout et toujours parfaitement respectée ; respectée aussi la délicatesse de leur conscience et la portée de leur intelligence, selon la maxime bien connue : « Maxima debetur puero reverentia » ( Juvénal, Satires 14, 47).
Lorsque les étudiants aborderont les textes dans leur intégrité, ils ne le feront pas sans choix ni sans guide car ils ne sont pas encore pleinement formés.
Les adultes eux-mêmes ne se croiront pas tout permis. Même si la foi ne leur faisait un devoir d'admettre l'intervention maternelle de l'Église en la matière, la loi naturelle leur interdirait de revivre, sans raison proportionnellement grave, les scènes de vice dont certains ouvrages font leurs tristes appas. L'acheteur éventuel se trouve souvent devant l'étalage comme devant une marchandise quelconque : il peut choisir au hasard, sur la foi du titre, sur la promesse de la manchette, de la collection, du nom de l'auteur, parfois du seul nom de l'éditeur, car il y a, grâce à Dieu des maisons où rien ne s'imprime, qui ne soit par le fait garanti et sûr; mais en général le lecteur ne sait pas les intentions de l'auteur. Et celui-ci, qu'il veuille plaire ou convertir, dispose d'un art subtil que son partenaire n'a pas toujours le moyen de reconnaître à temps, de juger ou de dominer. On ne peut en effet s'excuser en disant que le lecteur est libre: la partie, le plus souvent, n'est pas égale, surtout si le jeu de l'auteur n'est pas pleinement loyal. Il en est de certaine littérature comme des stupéfiants, contre le trafic desquels les peines les plus sévères sont à juste titre prévues par les lois : l'excitation dangereuse et factice, qu'elle provoque, obnubile ou parfois même paralyse complètement les facultés supérieures, si bien qu'il en résulte un désordre permanent, un besoin artificiel de caractère passionnel, allant parfois jusqu'à une véritable aliénation.
S'il est des cas où, dans l'exercice de la médecine, l'emploi d'un remède dangereux est autorisé, ce ne saurait être que sous la responsabilité du médecin. Il en va de même pour les ouvrages qui ne sont pas destinés à tous, ou qui, pour tous, présentent des dangers, avec cette différence toutefois que tout homme a une propension naturelle au mal, contre laquelle sa propre conscience lui fait un devoir de lutter sans cesse et de se tenir en garde. Et pour comprendre les conséquences intellectuelles et morales d'une simple lecture, il importe de tenir compte de la part de mystère qui entoure le cheminement et l'activité secrète des idées et des images dans l'âme. L'oubli apparent peut faire illusion ; ce que l'esprit a une fois enregistré, demeure en lui comme un ferment de vie ou de mort, et peut constituer l'origine d'un goût nouveau pour les valeurs spirituelles, comme aussi le point de départ d'une corrosion intérieure et d'une lésion profonde.
Le respect du lecteur d'une part, celui de la vérité et de la morale de l'autre, font donc aux éditeurs un devoir grave de peser leur responsabilité, quand ils lancent dans le public, avec les moyens modernes de pression sur l'opinion, un ouvrage susceptible d'influencer les esprits. Il n'y a pas, en effet, que les chefs d'œuvre qui rayonnent; il y a tous ces ouvrages qui répondent aux désirs souvent inconnus ou inavoués de la foule. Un commerçant sans scrupule peut les exploiter; un homme d'honneur s'en gardera courageusement.
Il existe en revanche une œuvre positive à entreprendre, et Nous savons que de saines et heureuses initiatives se trouvent couronnées de succès. Les éditeurs peuvent être à la source de mouvements sociaux, intellectuels, spirituels, et telle ou telle de ces « collections », si répandues à l'heure actuelle, se range comme une armée sur les rayons des devantures ou des bibliothèques, armée pacifique, armée qui cherche à servir les hommes, en face d'autres qui ne cherchent qu'à les exploiter et qui les déshonorent en définitive. La plus grande originalité d'un éditeur serait sans doute de trouver ce dont le public a le plus besoin dans le domaine du vrai, du beau et du bien, de découvir et  d'encourager les talents susceptibles de répondre à cet profond des âmes, et finalement de les satisfaire en leur présentant sous la forme la plus attrayante et la plus solide la nourriture spirituelle valable pour toujours. Tel doit être, Nous l'espérons, votre idéal, et parce que Nous sommes persuadé de la grande importance de votre action, Nous supplions le Seigneur tout-puissant de vous aider fortement à le réaliser. Et dans cette intention Nous vous accordons à vous tous ici présents, vos familles et à ceux qui vous sont chers, Notre Bénédiction Apostolique.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
 Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 277-280
 Typographie Polyglotte Vaticane




DISCOURS DU PAPE PIE XII
AU CHAPITRE GÉNÉRAL DES FRÈRES
DES ÉCOLES CHRÉTIENNES*
Mercredi 23 mai 1956

Nous sommes heureux d'accueillir et de saluer affectueusement les chers Frères de Saint Jean-Baptiste de La Salle, groupés autour de leur nouveau Supérieur Général. C'est avec une grande joie que Nous avons appris le choix du Chapitre, et Nous ne manquerons pas de recommander à Dieu le nouvel élu et les importants travaux qui se poursuivent pour le bien de l'Institut et le service de l'Église.
Vous n'ignorez pas, chers Fils, combien Nous estimons votre famille religieuse, non seulement pour les résultats incomparables qu'elle obtient à travers le monde dans le domaine de l'instruction et de l'éducation, ainsi que dans la préparation des futurs ouvriers, mais aussi pour les fruits de sainteté, qu'elle porte depuis trois siècles, et ne manquera pas de porter encore, si vous demeurez fidèles à l'esprit de votre saint Fondateur. Le don total de vous-mêmes dans une abnégation pleine d'amour, dans une fidélité profonde à la Règle, dans une application consciencieuse et intelligente au devoir d'état, doivent demeurer les points essentiels de votre vie religieuse. Car c'est de votre vie intérieure que dépend le fruit spirituel de vos travaux. Ne croyez pas manquer de charité en réservant pour Dieu seul et pour votre âme tout le temps consacré par la Règle à la prière commune et privée. Une telle marque d'humilité et de confiance vous obtiendra du Maître intérieur, pour vous-mêmes et pour vos élèves, les grâces de lumière et de force, aujourd'hui plus que jamais nécessaires à qui veut faire œuvre d'éducation chrétienne. Et vous continuerez ainsi à remplir dans l'Église la tâche si noble, qu'elle vous a confiée, de former sans cesse de nouvelles générations de chrétiens, fiers de leur foi et prêts à remplir dans la Cité tous leurs devoirs familiaux et sociaux. Telle est la grâce que Nous demandons à Dieu par l'intercession très puissante de saint Jean-Baptiste de La Salle, patron céleste de tous les éducateurs. En gage de Notre affection, Nous vous accordons de grand cœur, à vous tous ici présents, à tous les membres de votre Institut, et particulièrement à son nouveau Supérieur Général, Notre paternelle Bénédiction Apostolique.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
 Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, p. 239
 Typographie Polyglotte Vaticane




DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU DEUXIÈME CONGRÈS MONDIAL
DE LA FERTILITÉ ET DE LA STÉRILITÉ
À NAPLES
*
Salle des bénédictions - Samedi 19 mai 1956

Vous Nous avez exprimé, Messieurs, le désir de venir Nous présenter vos hommages à l'occasion du deuxième Congrès Mondial de la Fertilité et de la Stérilité, que vous tenez maintenant à Naples. Nous répondons avec empressement à votre souhait et vous disons le plaisir tout particulier, que Nous éprouvons à recevoir un groupe imposant de savants et de praticiens de tant de pays divers. Vous vous apprêtez à étudier un sujet difficile et délicat, parce qu'il concerne l'une des fonctions principales du corps humain et parce que les résultats de vos travaux peuvent entraîner des conséquences lourdes de signification pour la vie de beaucoup d'hommes et l'évolution des sociétés.
La stérilité conjugale involontaire, à laquelle vous vous proposez de porter remède, fait obstacle à l'obtention de la fin principale du mariage et provoque chez le couple un malaise profond, voilé souvent par une pudeur instinctive, mais dangereux pour la stabilité du mariage lui-même. C'est pourquoi, en face de l'impuissance de la médecine moderne à traiter avec succès bien des cas de ce genre, vous avez formé en 1951 cette « Association internationale de la Fertilité », dont le premier Congrès, tenu à New York en 1953, proposait dans son ordre du jour trois résolutions principales : aider par tous les moyens possibles l'étude et la recherche concernant la fertilité ; promouvoir et répandre cette spécialité chez les médecins, afin qu'un nombre suffisant d'entre eux puisse aider efficacement les couples stériles ; insister pour qu'on crée des cliniques, des services et des centres de fertilité dans les hôpitaux, sous la direction d'un personnel compétent. Le présent Congrès répond, comme le précédent, à la volonté de développer au maximum les connaissances que l'on possède, de les répandre parmi les médecins de toutes les parties du monde, de déterminer aussi une coordination des travaux sur certains points, où la convergence des efforts permettra d'obtenir des résultats plus significatifs. vous entendrez un nombre remarquable de rapports et de communications, qui examinent les facteurs endocriniens et métaboliques de la fertilité et de la stérilité, leurs facteurs professionnels et toxiques, les méthodes nouvelles de diagnostic et de traitement de la stérilité masculine et féminine, le diagnostic de l'ovulation et de la spermatogénèse et le traitement de leurs désordres, la chirurgie de la stérilité. Une série de mémoires considérera aussi les recherches expérimentales menées en cette matière et les problèmes relatifs à l'une des principales fonctions de l'homme Cet ensemble d'études illustre brillamment l'intérêt, que ce Congrès suscite, et la façon dont, de toutes parts, des spécialistes éminents ont voulu apporter leur contribution à l'effort commun.
Il ne Nous appartient pas de porter un jugement sur les aspects proprement techniques de vos travaux ; Nous voudrions par contre envisager brièvement certaines implications morales des questions, que vous abordez du point de vue scientifique.
Votre Congrès précédent signalait dans sa motion finale que la stérilité conjugale involontaire soulève un problème économique et social de grande importance, qu'elle contribue à l'abaissement de l'indice de fertilité des populations et peut influencer par là la vie et la destinée des peuples. Il arrive parfois que l'on s'attarde à ce point de vue, plus apparent, plus facilement contrôlable. On dira alors qu'il faut promouvoir la natalité pour assurer la vitalité d'une nation, et son expansion dans tous les domaines. Il est vrai qu'une natalité élevée manifeste les énergies créatrices d'un peuple ou d'une famille ; elle illustre le courage des hommes devant la vie, ses risques, ses difficultés ; elle souliligne leur volonté de construire et de progresser. On a raison de relever que l'impossibilité physique d'exercer la paternité et la maternité devient aisément un motif de découragement, de repliement sur soi. La vie, qui souhaitait ardemment se prolonger, se dépasser, retombe, pour ainsi dire, sur elle-même et bien des foyers, hélas, succombent à cette épreuve.
C'est avec plaisir que Nous voudrions mentionner ici une considération, que vous avez vous-mêmes mise en relief. Il est pleinement vrai que votre zèle à poursuivre des recherches sur la stérilité matrimoniale et les moyens de la vaincre, s'il présente un aspect scientifique digne d'attention, engage aussi de hautes valeurs spirituelles et éthiques, dont on devrait tenir compte. Nous les avons indiquées ci-dessus. Il est profondément humain que les époux voient et trouvent dans leur enfant l'expression véritable et plénière de leur amour réciproque et de leur don mutuel. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi le désir insatisfait de la paternité ou de la maternité est ressenti comme un sacrifice pénible et douloureux par les parents, qu'animent des sentiments nobles et sains. Bien plus, la stérilité involontaire du mariage peut devenir un danger sérieux pour l'union et la stabilité même de la famille.
Mais cet aspect social ne fait en réalité que recouvrir une réalité plus intime et plus grave. Le mariage en effet unit deux personnes dans une communauté de destin, dans leur marche vers la réalisation d'un idéal qui implique, non la plénitude d'un bonheur terrestre, mais la conquête de valeurs spirituelles d'un ordre transcendant, que la Révélation chrétienne en particulier propose dans toute leur grandeur. Cet idéal, les époux le poursuivent ensemble, en se consacrant à l'obtention de la fin première du mariage, la génération et l'éducation des enfants.
Plusieurs fois déjà Nous avons cru nécessaire de rappeler comment les intentions particulières des conjoints, leur vie commune, leur perfectionnement personnel, ne pouvaient se concevoir que subordonnés au but qui les dépasse, la paternité et la maternité. « Non seulement l'œuvre commune de la vie extérieure, disions-Nous dans une allocution adressée aux sages-femmes le 29 octobre 1951, mais encore tout l'enrichissement personnel, même l'enrichissement intellectuel et spirituel, jusqu'à ce qu'il y a de plus spirituel et profond dans l'amour conjugal comme tel, a été mis par la volonté de la nature et du Créateur au service de la descendance ». (Discorsi e Radiomessaggi, vol. XIII pag. 348-349). Tel est l'enseignement constant de l'Église ; elle a rejeté toute conception du mariage qui menacerait de le replier sur lui-même, d'en faire une recherche égoïste de satisfactions affectives et physiques dans l'intérêt des seuls époux.
Mais l'Église a écarté aussi l'attitude opposée qui prétendrait séparer, dans la génération, l'activité biologique de la relation personnelle des conjoints. L'enfant est le fruit de l'union conjugale, lorsqu'elle s'exprime en plénitude, par la mise en œuvre des fonctions organiques, des émotions sensibles qui y sont liées, de l'amour spirituel et désintéressé qui l'anime ; c'est dans l'unité de cet acte humain que doivent être posées les conditions biologiques de la génération. Jamais il n'est permis de séparer ces divers aspects au point d'exclure positivement soit l'intention procréatrice, soit le rapport conjugal. La relation, qui unit le père et la mère à leur enfant, prend racine dans le fait organique et plus encore dans la démarche délibérée des époux, qui se livrent l'un à l'autre et dont la volonté de se donner s'épanouit et trouve son aboutissement véritable dans l'être qu'ils mettent au monde. Seule d'ailleurs cette consécration de soi, généreuse dans son principe et ardue dans sa réalisation, par l'acceptation consciente des responsabilités qu'elle comporte, peut garantir que l'œuvre d'éducation des enfants sera poursuivie avec toute le soin, le courage et la patience qu'elle exige, On peut donc affirmer que la fécondité humaine, au delà du plan physique, revêt des aspects moraux essentiels, qu'il faut nécessairement considérer, même lorsqu'on traite le sujet du point de vue médical.
Il est bien évident que le savant et le médecin, lorsqu'ils abordent un problème de leur spécialité, ont le droit de concentrer leur attention sur ses éléments proprement scientifiques et de le résoudre en fonction de ces seules données. Mais lorsqu'on entre dans la voie des applications pratiques à l'homme, il est impossible de ne pas tenir compte des répercussions que les méthodes proposées auront sur la personne et son destin. La grandeur de l'acte humain consiste précisément à dépasser le moment même où il se pose pour engager toute l'orientation d'une vie, pour l'amener à prendre position vis-à-vis de l'absolu. C'est vrai déjà de l'activité quotidienne : à combien plus forte raison d'un acte qui engage, avec l'amour réciproque des époux, leur avenir et celui de leur descendance.
Aussi croyons-Nous qu'il est capital pour vous, Messieurs, de ne pas négliger cette perspective, quand vous considérez les méthodes de fécondation artificielle. Le moyen, par lequel on tend à la production d'une nouvelle vie, prend une signification humaine essentielle, inséparable de la fin que l'on poursuit et susceptible, s'il n'est pas conforme à la réalité des choses et aux lois inscrites dans la nature des êtres, de causer un dommage grave à cette fin même.
Sur ce point également, on Nous a demandé de donner quelques directives. Au sujet des tentatives de fécondation artificielle humaine « in vitro », qu'il Nous suffise d'observer qu'il faut les rejeter comme immorales et absolument illicites. Sur les diverses questions de morale qui se posent à propos de la fécondation artificielle, au sens ordinaire du mot, ou « insémination artificielle », Nous avons déjà exprimé Notre pensée dans un discours adressé aux médecins le 29 septembre 1949 (Discorsi e Radiomessaggi, vol. XI, pag. 221 et ss.) ; aussi Nous renvoyons pour le détail à ce que Nous disions alors et Nous Nous limitons ici à répéter le jugement donné pour conclure : « En ce qui touche la fécondation artificielle, non seulement il y a lieu d'être extrêmement réservé, mais il faut absolument l'écarter. En parlant ainsi, on ne proscrit pas nécessairement l'emploi de certains moyens artificiels destinés uniquement soit à faciliter l'acte naturel, soit à faire atteindre sa fin à l'acte naturel normalement accompli ». Mais étant donné que l'usage de la fécondation artificielle s'étend de plus en plus, et afin de corriger quelques opinions erronées qui se répandent au sujet de ce que Nous avons enseigné, Nous y ajoutons ce qui suit :
La fécondation artificielle dépasse les limites du droit que les époux ont acquis par le contrat matrimonial, à savoir, celui d'exercer pleinement leur capacité sexuelle naturelle dans l'accomplissement naturel de l'acte matrimonial. Le contrat en question ne leur confère pas de droit à la fécondation artificielle, car un tel droit n'est d'aucune façon exprimé dans le droit à l'acte conjugal naturel et ne saurait en être déduit. Encore moins peut-on le faire dériver du droit à l'« enfant », « fin » première du mariage. Le contrat matrimonial ne donne pas ce droit, parce qu'il a pour objet non pas l'« enfant », mais les « actes naturels » qui sont capables d'engendrer une nouvelle vie et destinés à cela. Aussi doit-on dire de la fécondation artificielle qu'elle viole la loi naturelle et qu'elle est contraire au droit et à la morale.
Alia nunc occurrit quaestio, ad quam pertractandam magis addecet latinam linguam adhibere.
Quemadmodum rationalis animus noster artificiali inseminationi adversatur, ita eadem ethica ratio, a qua agendi norma sumenda est, pariter vetat, quominus humanum semen, peritorum examini subiciendum, masturbationis ope procuretur.
Hanc agendi rationem attigimus Nostra quoque allocutione coram Urologiae doctoribus coetum participantibus, die VIII mensis Octobris anno MDCCCCLIII prolata, in qua haec habuimus, verba : « Du reste, le St-Office a décidé déjà le 2 août. 1929 (Acta Ap. Sedis, vol., XXI a. 1929, p. 490, II) qu'une « masturbatio directe procurata ut obtineatur sperma » n'est pas licite, ceci quel que soit le but de l'examen » (Discorsi e Radiomessaggi, vol. XV, pag. 368). Cum vero Nobis allatum sit, pravam huiusmodi consuetudinem pluribus in locis invalescere, opportunum ducimus nunc etiam, quae tunc monuimus, commemorare atque iterum inculcare.
Si actus huiusmodi ad explendam libidinem ponantur, eos vel ipse naturalis hominis sensus sua sponte respuit, ac multo magis mentis iudicium, quotiescumque rem mature recteque considerat. Iidem actus tamen nunc quoque respuendi sunt, cum graves rationes eos a culpa eximere videntur, uti sunt: remedia us praestanda qui nimia nervorum intentione vel abnormibus animi spasmis laborant; medicis peragenda, ope microscopii, spermatis inspectio, quod venerei vel alius generis morbi bacteriis infectum sit; diversarum partium examen, ex quibus semen ordinarie constat, ut vitalium spermatis elementorum praesentia, numerus, quantitas, forma, vis, habitus aliaque id genus dignoscuntur.
Eiusmodi procuratio humani seminis, per masturbationem effecta, ad nihil aliud directe spectat, nisi ad naturalem in homine generandi facultatem plene exercendam; quod quidem plenum exercitium, extra coniugalem copulam peractum, secum fert directum et indebite usurpatum eiusdem facultatis usum. In hoc eiusmodi indebito facultatis usu proprie sita est intrinseca regulae morum violatio. Haudquaquam enim homo ius ullum exercendi facultatem sexualem iam inde habet, quod facultatem eandem a natura recepit. Homini nempe (secus ac in ceteris animantibus rationis expertibus contingit) ius et potestas utendi atque exercendi eandem facultatem tantummodo in nuptiis valide initis tribuitur, atque in jure matrimoniali continetur, quod ipsis nuptiis traditur et acceptatur. Inde elucet hominem, ob solam hanc causam quod facultatem sexualem a natura recepit, non habere nisi potentiam et ius ad matrimonium ineundum. Hoc ius tamen, ad obiectum et ambitum quod attinet, naturae lege, non hominum voluntate discribitur; vi huius legis naturae, homini non competit ius et potestas ad plenum facultatis sexualis exercitium, directe intentum, nisi cum coniugalem copulam exercet ad normam a natura ipsa imperatam atque definitam. Extra hunc naturalem actum, ne in ipso quidem matrimonio jus datur ad sexuali hac facultate plene fruendum. Hi sunt limites, quibus jus, de quo diximus, eiusque exercitium a natura circumscribuntur. Ex eo quod plenum sexualis facultatis exercitium hoc absoluto copulae coniugalis limite circumscribitur, eadem facultas intrinsece apta efficitur ad plenum matrimonii naturalem finem assequendum (qui non modo est generatio, sed etiam prolis educatio), atque eius exercitium cum dicto fine colligatur. Quae cum ita sint, masturbatio omnino est extra memoratam pleni facultatis sexualis exercitii naturalem habilitatem, ideoque etiam extra eius colligationem cum fine a natura ordinato; quamobrem eadem omni iuris titulo caret atque naturae et ethices legibus contraria est, etiamsi inservire intendat utilitati per se iustae nec improbandae.
Quae hactenus dicta sunt de intrinseca malitia cuiuslibet pleni usus potentiae generandi extra naturalem coniugalem copulam, valent eodem modo cum agitur de matrimonio iunctis vel de matrimonio solutis, sive plenum exercitium apparatus genitalis fit a viro sive a muliere, sive ab utraque parte simul agente; sive fit tactibus manualibus sive coniugalis copulae interruptione; haec enim semper est actus naturae contrarius atque intrinsece malus.
Si la fécondité répond à certaines exigences de l'organisme et satisfait des instincts puissants, elle engage tout de suite, comme Nous l'avons dit, le plan psychologique et moral. L'œuvre de l'éducation dépasse encore par sa portée et ses conséquences celle de la génération. Les échanges d'âme à âme, qui s'opèrent entre les parents et les enfants, avec tout le sérieux, la délicatesse, l'oubli de soi qu'ils requièrent, contraignent bien vite les parents à dépasser le stade de la possession effective pour songer à la destinée personnelle de ceux qui leur sont confiés. Le plus souvent, quand ils atteignent l'âge adulte, les enfants quittent leur famille, s'en vont au loin pour répondre aux nécessités de la vie ou aux appels d'une vocation plus haute. La pensée de ce détachement normal, si coûteux soit-il pour eux, doit aider les parents à s'élèver vers une conception plus noble de leur mission, vers une vision plus pure de la signification de leurs efforts. Sous peine d'échec au moins partiel, la famille est appelée à s'intégrer dans la société, à élargir le cercle des affections et des intérêts, à orienter ses membres vers des horizons plus larges, pour songer non seulement à eux-mêmes, mais aux tâches de service social.
L'Église catholique enfin, dépositaire des intentions divines, enseigne la fécondité supérieure des vies entièrement consacrées à Dieu et au prochain. Ici le renoncement entier à la famille doit permettre l'action spirituelle toute désintéressée et procédant non d'une peur quelconque de la vie et de ses engagements, mais de la perception des véritables destinées de l'homme, créé à l'image de Dieu et en quête d'un amour universel, qu'aucun attachement charnel ne vienne limiter. Telle est la plus sublime et la plus enviable fécondité, que l'homme puisse souhaiter, celle qui transcende le plan biologique pour entrer de plain-pied dans celui de l'esprit.
Nous ne voulions pas, Messieurs, conclure cette allocution sans ouvrir ces perspectives. À d'aucuns, elles peuvent paraître assez éloignées des objets, qui vous occupent maintenant. Il n'en est rien cependant. Elles seules en effet permettent de situer vos travaux à la place qui leur revient et d'en apercevoir la valeur. Ce que vous souhaitez, ce n'est pas seulement d'augmenter le nombre des hommes, mais d'élever le niveau moral de l'humanité, ses forces bienfaisantes, sa volonté de croître physiquement et spirituellement. Vous voulez rendre une nouvelle ferveur à l'affection de tant d'époux qu'attriste un foyer désert; loin d'entraver leur épanouissement plénier, vous ambitionnez de mettre à leur service tout votre savoir pour que se réveillent en eux ces ressources admirables, que Dieu a cachées au cœur des pères et des mères pour les aider à monter vers Lui, eux-mêmes et toute leur famille.
Pénétrés d'une telle responsabilité, vous poursuivrez avec une ardeur croissante, Nous osons l'espérer, votre labeur scientifique et les réalisations pratiques, que vous vous proposez. En invoquant sur vous-mêmes, sur vos familles et tous ceux qui vous sont chers, les plus abondantes faveurs divines, Nous vous accordons de tout cœur Notre Bénédiction Apostolique.


* Discours et messages-radio de S.S. Pie XII, XVIII,
 Dix-huitième année de Pontificat, 2 mars 1956 - 1er mars 1957, pp. 213-221
 Typographie Polyglotte Vaticane




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