DISCOURS DU PAPE PIE XII
À UN PÈLERINAGE DE MADAGASCAR
Samedi 5 juillet 1958
C'est une grande joie pour Notre cœur de Père d'accueillir aujourd'hui une représentation de l'Église de Madagascar. Depuis 1'Année Sainte, Rome n'avait pas reçu de la Grande Ile un tel nombre de prêtres et de fidèles. Nous sommes heureux spécialement de saluer nos chers fils, les membres du Clergé, honneur de la chrétienté malgache, dont le zèle nous est connu. Ils ont déjà dans leurs diocèses un rôle important et Nous Nous réjouissons de voir leur nombre et leur compétence augmenter d'année en année. Nous savons en effet que de nombreuses vocations solidement éprouvées dans les petits et les grands séminaires préparent aux évêques de précieux auxiliaires.
Ces espérances dilatent le cœur de tous et invitent à remercier le Seigneur qui bénit de façon visible votre cher pays. En particulier, les liens d'affection filiale que prêtres et fidèles ici présents auront resserrés aujourd'hui avec le Vicaire de Jésus-Christ, contribueront à un nouvel essor de la vie chrétienne et de la conquête apostolique. Emportez de Rome, chers fils, une foi plus ardente et la volonté de la manifester noblement par toute votre vie : « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu'ils voient vos bonnes œuvres et rendent gloire à votre Père, qui est dans les cieux » (Mt 5, 16). Nous le demandons instamment au Divin Maître, tandis que Nous vous accordons de grand cœur, pour vous-mêmes, pour vos familles, vos œuvres, vos paroisses, vos diocèses, une large Bénédiction apostolique.
* Discours et Messages-radio de S. S. Pie XII, XX,
Vingtième année de Pontificat, 2 mars - 9 octobre 1958, p. 223
Typographie Polyglotte Vaticane
MESSAGE-RADIO DU PAPE PIE XII
À LA PREMIÈRE CONFÉRENCE MONDIALE CATHOLIQUE DE LA SANTÉ
Dimanche 27 juillet 1958
Nous vous adressons Notre salut le plus cordial, chers fils et chères filles, réunis à Bruxelles pour tenir la « Première Conférence mondiale Catholique de la Santé ». La messe solennelle, à laquelle vous venez d'assister dans la Basilique du Sacré-Cœur, a rassemblé vos intentions et vos prières en une seule supplication, appelant du ciel la grâce qui transforme et vivifie, afin que les travaux auxquels vous allez participer manifestent avec éclat, à vos yeux et aux yeux de tous, l'audace et la grandeur de l'idéal qui vous guide.
En vérité, cette première « Conférence mondiale catholique de la Santé » apparaît comme un événement bien significatif du rôle, qui vous revient dans la société d'aujourd'hui. Déjà son cadre merveilleux, ce déploiement de ressources matérielles et culturelles des nations dans une émulation, où chacun s'efforce de mettre en valeur ce qu'il possède de meilleur et de plus original, suggère et symbolise en quelque sorte les lignes maîtresses de vos réflexions. Au cours de ces dernières années, la profession médicale et toutes celles qui, avec elle, assument la protection de la santé, ont tiré parti des progrès rapides de la science et de ses applications et participé à l'évolution des institutions sociales. La fondation et le développement de vos diverses Fédérations répondent au besoin de conjuguer les efforts des catholiques dans un secteur si important. Rien d'étonnant si, dans le thème général de la Conférence : « Christianisme et Santé » s'insère l'étude de la collaboration dans l'équipe sanitaire et dans la communauté des responsables de la santé. Nous souhaitons le meilleur succès au 8e Congrès des Médecins catholiques, au 5e Congrès de la Fédération internationale des Pharmaciens catholiques, au 6e Congrès du Comité international catholique des Infirmières et Assistantes médico-sociales, au 1e Congrès de la Fédération internationale des Institutions hospitalières, ainsi qu'au 4e Congrès international des Aumôniers d'hôpitaux.
Même si vos travaux n'embrassent qu'une partie de la matière si vaste que vous vous proposez d'examiner, le seul fait d'avoir tenté cette confrontation marquera une étape importante dans l'action sanitaire des catholiques. Vous prenez en effet maintenant conscience des dimensions réelles de votre communauté et de l'étendue de ses responsabilités sur le plan humain, comme sur le plan religieux.
On pouvait jadis entreprendre l'étude de la morale médicale, en n'accordant qu'un regard rapide à tout ce qui dépasse les relations individuelles du malade avec le médecin ou avec l'infirmière. Le développement considérable des services hospitaliers, la spécialisation croissante des techniques de soins, l'existence de puissantes institutions d'assistance sociale, l'appel des pays sous-développés ; voilà autant de facteurs, qui ont élargi considérablement les perspectives anciennes et requièrent une mise au point et un approfondissement du sens des « relations humaines » entre le malade et sa famille d'une part, les responsables de la santé et les organismes sociaux d'autre part.
Nous voudrions, en guise d'introduction à vos travaux, évoquer brièvement d'abord les obstacles à la collaboration, puis les conditions d'une collaboration efficace, et enfin les objectifs qu'elle doit se proposer, en particulier, chez les catholiques.
Les défauts qui empêchent une collaboration harmonieuse dans l'équipe sanitaire peuvent venir, soit de ses membres eux-mêmes, soit du malade et de sa famille, soit des institutions dont dépendent les uns et les autres. Nous n'avons pas l'intention d'analyser en détail les situations concrètes, dans lesquelles ces inconvénients apparaissent ; vos congrès furent préparés par des enquêtes destinées précisément à les relever. Mais, Nous bornant aux causes qui entravent la collaboration chez le personnel sanitaire lui-même, Nous voudrions en signaler deux principales, l'une d'ordre intellectuel, l'autre d'ordre moral. Le plus souvent une certaine étroitesse du jugement, qui, volontairement ou non, refuse d'élargir ses horizons, de tenir compte de tous les éléments d'une situation, empêche l'intéressé d'apercevoir les insuffisances de son action personnelle et la nécessité d'accepter l'intervention d'autrui. Il est difficile en général d'adopter le point de vue des autres, de regarder les événements comme ils les regardent, de ressentir comme eux les inconvénients de tel procédé, de telle attitude, le poids de certaines prestations. Il n'est pas aisé non plus d'admettre qu'un plus jeune, malgré sa moindre expérience, puisse avoir des idées plus fécondes. En outre, les habitudes de travail et les routines rendent pénible toute tentative de changement, toute révision de méthode. Vous signalez, par exemple, qu'une infirmière sera tentée de marquer des réserves lorsqu'elle voit appliquer dans un hôpital un traitement différent de celui qu'elle a vu pratiquer au cours de ses études par tel grand spécialiste. À côté des obstacles intellectuels, les obstacles moraux tiennent aussi une large place. L'esprit de dévouement et de sacrifice dans l'équipe sanitaire constitue l'un de ses plus beaux titres à la reconnaissance et à l'admiration de tous. Mais qui oserait prétendre que, dans le détail des allées et venues de chaque jour, n'interviennent jamais des mobiles, qui trahissent les faiblesses communes de l'humanité : susceptibilité, impatience, désir de prévaloir, intolérance de la discipline, bref, l'affirmation exagérée de l'individu et de ses commodités au détriment des exigences posées par la cohésion du groupe et des intérêts de la communauté
Ainsi sommes-Nous amenés à considérer les conditions positives d'une collaboration efficace. Puisque certains défauts d'appréciation, peut-être inaperçus d'ailleurs, proviennent de l'ignorance au moins pratique des principes essentiels de la collaboration, il importe de mettre ceux-ci en lumière et d'en faire une étude plus approfondie. C'est l'objet de vos divers congrès. La complexité croissante de l'organisation sanitaire, rançon d'un progrès incessant, entraîne la nécessité pour chacun de ses membres de mieux définir sa position dans l'ensemble dont il fait partie. Ainsi, Nous trouvons parmi les travaux préliminaires de la commission technique du congrès des infirmières et assistantes médico-sociales, une élaboration détaillée de la notion d'« équipe sanitaire », suivant quatre plans : celui des soins aux malades, en établissement hospitalier ou à domicile, celui des services médico-sociaux locaux ou centraux, celui de la nation et de l'administration de la santé publique et enfin le secteur spécialisé dans la lutte contre certains fléaux propres à un pays ou à une région. Pour chacun de ces cas, il faut déterminer quelles sont les formes d'équipes sanitaires existant en fait, leur but, leurs moyens d'action, leur autorité, leur composition. Ce cadre ainsi délimité permet de mieux préciser la place, qu'y tiendra l'infirmière, et les conditions auxquelles elle devra satisfaire pour bien y remplir son rôle. Les médecins de leur côté s'appliqueront aux problèmes de collaboration rencontrés dans la pratique quotidienne et dans les institutions de soins, où ils entrent en contact non seulement avec les malades et les infirmières, mais encore avec les aumôniers, les services administratifs, le personnel subalterne, les familles des malades, les organismes d'assurance sociale et les pouvoirs publics. Vous aurez la préoccupation constante de résoudre chacune de ces questions, sans jamais oublier la perspective d'ensemble qui commande les solutions particulières, c'est-à-dire, le but thérapeutique tant individuel que social, inséparable lui-même des impératifs moraux et religieux dont l'Église se fait l'interprète.
Le travail de réflexion et d'examen des problèmes portera peu de fruits, s'il n'aboutit sur le plan pratique à une meilleure organisation de l'équipe sanitaire, créant entre ses membres une véritable unité, quant aux principes à suivre et aux moyens concrets de les appliquer. Pour cela il ne suffit pas de se rencontrer au chevet du malade, il faut encore savoir se retrouver entre soi, se ménager des échanges d'idées fréquents et cordiaux, mettre en commun ses difficultés techniques ou psychologiques. Il importe aussi qu'une hiérarchie des fonctions détermine l'autorité et la responsabilité de chacun. Une discipline de groupe paraît indispensable — quelle que soit la manière dont on l'entende —, mais elle ne sera acceptée et ne portera des fruits que dans la mesure où elle se soutiendra dans une ferveur commune, où elle guidera les énergies de chacun vers la réalisation d'un idéal, que poursuivraient vainement des efforts isolés.
C'est pourquoi, Nous voulons évoquer encore les objectifs essentiels, que se proposent d'atteindre les responsables de la santé par leur collaboration. Le but qui unifie leur activité, c'est évidemment la préservation ou le rétablissement de la santé des individus et des groupes sociaux. Toutefois il n'est pas rare que d'autres fins secondaires, plus proches, plus attirantes, plus utiles immédiatement, peut-être, sollicitent leur intérêt et fassent s'estomper pour quelque temps la prépondérance de la fin principale. Vous n'ignorez pas la possibilité de voir le malade traité, non comme une personne, mais comme un cas, que l'on étudie ou sur lequel on expérimente. Il arrive que des investigations dangereuses soient entreprises pour parfaire le diagnostic, alors qu'elles n'auront pas d'utilité réelle pour l'application du traitement, ou que le malade subisse les conséquences fâcheuses de mesures administratives visant à assurer d'abord la commodité des services. En ces cas, l'élément humain, personnel, est relégué au second plan malgré son importance déterminante.
Ces écueils vous sont suffisamment connus et Nous-mêmes les avons évoqués ailleurs. Nous n'insistons donc pas, mais voudrions souligner encore la caractéristique la plus haute, la plus noble de votre action thérapeutique, celle que manifeste votre Conférence actuelle par son titre de « catholique ». N'y voyez point une simple dénomination extrinsèque, sans influence sur l'objet propre de vos travaux, comme si le catholicisme n'avait à proposer à ses adhérents qu'un code de déontologie perfectionné, une liste minutieuse d'actions permises ou défendues. Il s'agit en réalité de bien autre chose. Les chrétiens en effet sont porteurs d'un message et d'une vie qui confèrent à chacune de leurs démarches un sens particulier. Leur caractère de baptisé les fait disciples du Christ et fils de l'Église dans l'œuvre de laquelle ils sont engagés. C'est pourquoi votre travail quotidien, le plus routinier en apparence, ne prend tout son sens que dans la perspective ouverte par le Seigneur aux jours de son existence terrestre : « Le soir venu », raconte saint Marc, « après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades et les possédés, et la ville entière était rassemblée devant la porte. Et il guérit beaucoup de malades affligés de divers maux, et il chassa beaucoup de démons » (Mc 32).
À l'imitation du Christ, qui soulageait tant de misères physiques et morales pour inviter les hommes à reconnaitre en Lui « la résurrection et la vie » (Jn 11, 25), que l'on devine à travers vos gestes l'inspiration dont ils procèdent, votre rattachement à l'Église visible et à l'Esprit-Saint, qui l'anime comme une « source d'eau jaillissant pour la vie éternelle » (cf. Jn 4, 14).
Pénétrée d'esprit évangélique, votre activité acquerra aussi une extension plus large et vraiment universelle. Il faut le souligner, puisque votre Congrès se situe dans le cadre d'une manifestation, qui veut exprimer les plus nobles aspirations du monde actuel et qui invite à des rapprochements stimulants. Nul ne possède l'esprit du Christ sans partager les soucis de tous ses frères, où qu'ils habitent, de quelque race qu'ils soient, ni sans désirer ardemment leur prodiguer au maximum les bienfaits réservés encore à certains pays privilégiés. À côté de besoins économiques aigus, les pays sous-développés présentent le plus souvent au point de vue sanitaire de cruelles déficiences. Vous savez avec quel zèle, partout où ils sont présents, et principalement dans les territoires les plus démunis, les catholiques s'emploient à soigner les malades dans les hôpitaux, cliniques, dispensaires, maternités. Mais comme il reste encore beaucoup à faire avant que ne soient maitrisés complètement les problèmes de la santé publique, vos organisations internationales trouvent ici un champ largement ouvert à leurs efforts; elles ont entre autres à susciter la collaboration des membres du personnel médical, des particuliers, des organismes privés, de l'État, pour arrêter au plus tôt les maladies épidémiques et endémiques qui chaque année frappent tant de victimes impuissantes.
Nous vous souhaitons, chers fils et chères filles, d'éprouver, pendant ces journées d'étude, de réflexion, d'échanges amicaux, le sentiment de ne former au sein de l'Église catholique, qu'une même famille unie par l'intérêt commun pour les problèmes sanitaires, et davantage encore par la conscience d'avoir à remplir une mission importante au service de 1'Église : celle de parfaire l'édification du Corps du Christ (cf. Eph 4, 12), en protégeant la santé de ses membres, pour qu'ils puissent s'acquitter pleinement des tâches que le Seigneur leur confie et découvrir par vous l'un des aspects les plus consolants de la Rédemption.
En témoignage de Notre estime et de Notre affection, et comme gage des faveurs divines que Nous appelons sur vous, sur vos familles, sur les malades, auxquels vous prodiguez vos soins et votre dévouement, Nous vous accordons de grand cœur Notre Bénédiction apostolique.
* Discours et Messages-radio de S. S. Pie XII, XX,
Vingtième année de Pontificat, 2 mars - 9 octobre 1958, pp. 223
Typographie Polyglotte Vaticane
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX MEMBRES DU COLLÈGE DE DÉFENSE DE L'OTAN*
Vendredi 16 mai 1958
Ce n’est pas la première fois que Nous recevons des membres du Collège de défense de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Serait-ce que votre Collège prend un caractère permanent ? Il est vrai que saint Pierre a élevé la voix pour nous avertir d’avoir à être sobres et vigilants parce que notre adversaire rôde autour de nous comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer (cf. I P, v. 8). Et saint Paul recommandait aux Éphésiens de revêtir l’armure de Dieu afin de pouvoir résister aux embûches du diable. « Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais..., contre les dominateurs de ce monde de ténèbres» (Cf. Ep VI, 11-12.).
Ils pensaient à la lutte de l’homme contre les ennemis de Dieu pour le salut de son âme immortelle. Cette lutte, dans le domaine de l’esprit, continuera jusqu’à la fin des temps et il n’y a pas un jour, pas une heure où chaque homme ne doive être individuellement en état d’alerte pour se défendre lui-même s’il ne veut pas être vaincu. Le but de votre Collège de défense est tout à fait différent. Il vise à vous enseigner comment vous prémunir contre une attaque de vos semblables dans ce monde.
N’est-il pas triste de penser qu’une telle défense est nécessaire ? Que l’on voudrait dépouiller l’homme de ces droits qui ne sont que la fleuraison naturelle de la dignité innée de sa personne, infiniment surélevée par la valeur que lui a attachée le divin Rédempteur ? Ne s’attendrait-on pas à ce que tous les membres de la vaste famille humaine soient heureux de partager en commun leur droit personnel, antérieur à tout État, d’accomplir leurs devoirs sacrés envers leur Créateur, aussi bien que leur droit national de développer leur culture et leur caractère, libérés du spectre de la force hostile ?
Il faut regarder la réalité en face, répondra-t-on. Cela est certain, mais il faut la regarder à la fois avec confiance et dans la raisonnable perspective optimiste que l’on travaillera à l’avènement de ce jour où la protection et la défense pourront être assurées avec un minimum de force et où la vérité et la justice égale pour tous, indiqueront le chemin que suivront sans défaillir ceux dont le grave devoir est de conduire les peuples à ce but suprême qu’est une paix durable. Vérité et justice égale pour tous, quelle chose précieuse et noble, mais aussi combien ces mots sonnent creux pour ceux qui ne croient pas en Dieu.
Puisse Dieu hâter l’aube de ce jour où tous les hommes lui rendront l’hommage de leur foi et de leur amour. Ils forgeront le maillon qui les unira les uns aux autres dans l’harmonie et la paix.
Dans la pleine confiance que vous désirez et vous proposez résolument de faire progresser la cause de cette paix authentique, Nous sommes heureux, Messieurs, d’invoquer la Bénédiction de Dieu sur vous et ceux qui vous sont chers.
* La Documentation catholique n°1279 col. 709-710.
Documents Pontificaux 1958, p.262-263.
Actes de S.S. Pie XII, vol. XX, p.285-286.
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX ARTISTES DE L'ACADÉMIE DE FRANCE À ROME
Mercredi 30 avril 1958
Nous accueillons toujours volontiers les Pensionnaires de l'Académie de France à Rome. Ils constituent désormais une des illustrations de la Ville éternelle qui en compte tant dans le domaine des Beaux-arts, et qui fournit aux artistes de tous les pays et de tous les siècles une source de renouvellement perpétuel.
Une recherche commune de la beauté sous toutes ses formes, harmonies, couleurs, lignes, masses, proportions, vous réunit dans le cadre si noble de la Villa Médicis, et il Nous semble que vous poursuivez là-bas tous ensemble, mais chacun dans sa propre direction, une même méditation sur les rapports mystérieux de l'esprit et de la matière, cherchant parallèlement à exprimer vos âmes et le monde entier dans le registre de l'art que vous cultivez.
Nous savons les fraternelles rivalités qui opposent depuis toujours les arts et les écoles, les discussions inépuisables mais fécondes que suscitent les théories et les œuvres, et vous n'ignorez pas de votre côté combien l'Église s'est toujours montrée accueillante pour l'art et pour les artistes. Si elle pose à leur talent et à leur goût des conditions bien précises, imposées par la nature du service qu'on attend d'eux dans l'exaltation du culte et le déploiement de la liturgie, l'histoire est là pour montrer que les plus grands y ont trouvé une salutaire discipline et un sujet d'inspiration supérieure. Aussi souhaitons-Nous que pour beaucoup d'entre vous se présente l'occasion de consacrer les talents, que Dieu leur a donnés, à l'honorer de façon particulière. Il est toujours difficile aux hommes de passer du sensible au spirituel, de s'élever d'une beauté imparfaite à la Beauté par excellence. Ceux que Dieu a favorisés sur ce point essentiel doivent l'en remercier et tâcher d'aider leurs frères en humanité à trouver le Créateur dans ses créatures. Tel est le vœeu que Nous formons à votre intention, et pour qu'il se réalise avec la grâce d'En-Haut, Nous vous accordons de grand cœur, ainsi qu'à vos enfants ici présents, à vos famille et à tous ceux que vous désirez recommander à Nos prières, Notre Bénédiction apostolique.
* Discours et Messages-radio de S. S. Pie XII, XX,
Vingtième année de Pontificat, 2 mars - 9 octobre 1958, pp. 137-138
Typographie Polyglotte Vaticane
DISCOURS DU PAPE PIE XII
AUX PARTICIPANTS AU XIIe CONGRÈS DE LA «SOCIETAS OTO-RHINO-LARYNGOLOGICA LATINA »
Samedi 28 juin 1958
Il Nous est agréable, Messieurs, de recevoir aujourd'hui les membres du XIIe Congrès de la Société Latine d'Oto-rhino-laryngologie qui, pour la première fois depuis sa fondation, a choisi Rome comme siège de son assemblée biennale. Nous sommes très sensibles au témoignage de votre déférent attachement et formons les meilleurs souhaits pour le succès de vos travaux.
Nous n'ignorons pas l'importance de la Société Latine d'Oto-rhino-laryngologie, qui réunit les spécialistes les plus qualifiés, professeurs d'Université, médecins-chefs des hôpitaux, praticiens renommés, de toutes les nations latines d'Europe et d'Amérique. En cette rencontre, vous abordez un sujet de synthèse très complexe et peu exploré encore : « les troubles hormonaux et neurovégétatifs en oto-rhino-laryngologie ». Bien que l'annonce de votre Congrès et la documentation qui l'illustre ne Nous soient parvenues que bien récemment, Nous ne pouvions manquer d'y apporter tout l'intérêt qu'il mérite et de vous faire part des réflexions qu'il Nous suggère.
Quelle que soit la spécialité considérée, le progrès médical s'accomplit suivant deux directions fondamentales : la première pousse l'étude analytique de la structure et de la fonction d'un organe ou d'un appareil déterminé, la seconde examine les relations de celui-ci avec tous les autres, afin de préciser son rôle physiologique propre, de déterminer les causes lointaines de ses troubles et leur influence sur le reste de l'organisme.
Ces deux orientations, qui s'imposent à la recherche médicale en général, intéressent particulièrement les spécialistes. Elles conditionnent en effet le progrès réel de chacune des branches, qui se sont partagé le champ de la médecine moderne, afin de rnieux servir les intérêts de l'individu et ceux de la science. Et quand il s'agit d'une spécialité comme l'oto-rhino-laryngologie qui s'occupe de structures hautement différenciées et de certains organes des sens supérieurs, essentiels pour l'équilibre psychophysique de l'individu, c'est une nécessité absolue de ne point séparer les deux directions fondamentales de la recherche. En effet, quiconque s'intéresse à l'oto-rhino-laryngologie moderne constate bien vite que l'effort incessant de collaboration avec les autres disciplines et l'étude des corrélations entre les organes furent et restent les facteurs essentiels qui en déterminent les progrès. Les difficultés d'un tel travail, on les aperçoit sans peine, car si l'étude des organes séparés demande un esprit bien doué pour l'analyse, celle de leurs corrélations suppose un ensemble de connaissances médicales fort diverses et une intelligence bien au fait des problèmes généraux de la médecine.
Le programme de votre Congrès, consacré aux « troubles hormonaux et neuro-végétatifs en oto-rhino-laryngologie », touche en fait de nombreuses questions de la pathologie spéciale et s'efforce de les rattacher à leur causes fondamentales c'est à-dire aux troubles du système endocrinien et du système neuro-végétatif, illustrant ainsi les remarques que Nous venons de faire.
C'est la première fois que ce sujet est abordé d'une façon synthétique. D'ailleurs, même pour chaque secteur de l'oto-rhino-laryngologie considéré séparément, l'oreille, le nez et la gorge, il n'existe guère de travaux consacrés spécialement aux troubles ayant leur origine dans les systèmes endocrinien et neuro-végétatif. En s'efforçant de remédier à cette lacune, votre présent Congrès se heurte d'abord à la difficulté de délimiter avec exactitude des sujets analogues et qui parfois se recouvrent partiellement.
La limite qui sépare le système endocrinien du système neuro-végétatif est elle-même incertaine, parce que ce n'est pas une frontière locale bien définie et que ces deux systèmes jouent l'un et l'autre un rôle fondamental dans tous les processus vitaux, le premier avec les hormones qui, par la voie sanguine, atteignent tous les organes et tissus, le second par ses ramifications présentes dans tout l'organisme. Il est malaisé parfois de distinguer les cas où ils ont la responsabilité première là où ils sont observés, de ceux où ils restent au premier plan, sans être la cause principale du désordre en question.
Il vaut la peine de passer rapidement en revue, afin d'en mieux souligner l'importance, quelques aspects de la pathologie oto-rhino-laryngologie, qui ont pour origine des troubles hormonaux et neuro-végétatifs.
Nombreux sont les malaises de l'oreille, c'est-à-dire de l'appareil acoustique proprement dit et de l'appareil vestibulaire, qui proviennent d'altérations primaires des systèmes neuro-végétatif et hormonal. En certains de ces cas, la fonction acoustique subit une diminution sensible qui peut aller même jusqu'à la surdité complète, tandis que se manifestent parfois des troubles comme les acouphènes, capables d'altérer profondément l'équilibre psychique du patient et même de l'entrainer à des décisions désespérées.
On pourrait dire, d'une manière générale, que les désordres acoustiques d'origine hormonale ou neuro-végétative, sans être moins connus, suscitent certainement en oto-rhino-laryngologie courante moins d'intérêt que ceux de l'appareil vestibulaire, organe de l'équilibre. Ceux-ci en effet se manifestent d'une manière tellement dramatique qu'ils s'imposent d'emblée à 1'attention, même si les affections de la fonction auditive ne manquent pas.
C'est le cas des syndromes dits de Menière, dont plusieurs ont une origine hormonale et neuro-végétative; ces mêmes facteurs entrent aussi en ligne de compte dans les syndromes similaires d'ordre allergique et vasculaire, connus depuis plus longtemps, mais encore difficiles à interpréter dans la pratique clinique.
L'extension du champ des connaissances acquises en ce domaine et le perfectionnement des techniques capables de secourir le patient s'imposent comme un devoir au médecin spécialiste, mais doivent aller de pair avec des sentiments de compréhension humaine et de profonde charité, qui l'aideront à deviner l'angoisse du malade, à participer à sa souffrance et à la soulager. À côté des cas extrêmes dont les plus graves sont d'une part la surdité imprévue et de l'autre, les malaises graves d'un état vertigineux persistant, combien d'autres, grâce à Dieu moins spectaculaires mais accompagnés d'inconvénients sociaux sérieux, se résolvent par des difficultés fonctionnelles et l'invalidité partielle !
Le médecin dispose aujourd'hui de moyens d'action plus efficaces que jadis ; il peut intervenir avec succès en certains cas naguère encore désespérés. Quand les soins médicaux n'obtiennent pas le résultat attendu, la chirurgie moderne et la thérapie physique viennent à la rescousse et, sans autoriser la « restitutio in integrum », permettent toutefois d'atténuer ou de faire disparaître les désordres fondamentaux. Il importe donc davantage de déterminer exactement l'étiologie de chaque cas pour n'employer qu'à bon escient le riche arsenal thérapeutique mis actuellement à votre disposition par la science.
Dans les autres secteurs de l'oto-rhino-laryngologie, les manifestations cliniques peuvent ne pas être aussi mouvementées que celles dont Nous venons de parler à propos de l'ouïe, mais elles révèlent cependant des troubles fonctionnels et cénesthésiques graves. Au niveau des fosses nasales, par exemple, les troubles fonctionnels et neuro-végétatifs se présenteront sous diverses formes, qui vont de la rhinite vaso-motrice aux syndromes sphénopalatins, des algies réflexes et des céphalalgies d'origine endocrinienne ou neuro-végétative aux épistaxis et aux rhinites atrophiques. Ce domaine, vous le savez, est très vaste et continue à s'agrandir à mesure que la science progresse.
La fosse nasale remplit en réalité des fonctions bien supérieures à celles de simple conducteur du flux d'air. Au point de vue de la fonction respiratoire, elle se comporte plutôt comme un sphincter, un organe de régulation du flux respiratoire, selon les exigences de l'organisme individuel. On peut la considérer aussi comme antichambre du sens de l'odorat, dont l'importance n'est guère moindre pour l'homme que pour les animaux. La sensibilité du trijumeau et celle de l'odorat constituent une source de renseignements non négligeables pour la vie de relation ; l'odorat pour sa part, à cause de son étroite association avec le goût, compte parmi les éléments principaux de l'autorégulation végétative et conditionne d'une certaine manière l'utilisation de la nourriture. Ces fonctions ne sont donc pas secondaires et justifient l'intérêt qui s'attache aux maladies de ce secteur.
Des considérations similaires se présentent au sujet des troubles endocriniens et neuro-végétatifs du pharynx. Certains d'entre eux au stade ultime de la pharyngite hypertrophique ou atrophique, constituent des infirmités assez lourdes, de même pour les fosses nasales, certaines rhinites atrophiques, capables de mener à l'exclusion de la vie sociale et d'atteindre ainsi gravement l'équilibre psycho-physique du sujet.
Le larynx, dans son double rôle de voie respiratoire et générateur de la voix, peut être frappé assez souvent lui aussi. Ce sont en général des troubles guérissables, mais susceptible pourtant, comme certains œdèmes aigus de type neuro-végétatif et hormonal, de provoquer des situations dramatiques du point de vue respiratoire.
Les relations entre les glandes endocrines, le système neurovégétatif et l'appareil bronchial sont très étroites. Elles se révèlent d'habitude en cas d'asthme bronchial, entretenu très fréquemment par des déséquilibres hormonaux et des troubles de l'appareil neuro-végétatif. Les mêmes causes se retrouvent dans la pathogénèse des manifestations dites allergiques, dont le nom seul Nous dispensera de donner des définitions plus précises. Notons encore que ces manifestations et ces troubles sont tels qu'ils constituent par leur fréquente répétition une cause d'invalidité, et provoquent chez le patient un complexe d'infériorité, qui le pousse souvent à s'écarter de la société.
Ces brèves indications suffisent à souligner l'importance non seulement doctrinale mais pratique du sujet de vos discussions. Elles mettent en évidence le fait que, dans le domaine oto-rhino-laryngologique, des altérations minimes en soi peuvent provoquer, dans ces structures délicates, des effets capables de compromettre, avec la fonction elle-même, l'équilibre psycho-physique du malade.
Nous avons souligné, au début de cette allocution, la nécessité de poursuivre la recherche scientifique médicale sur deux plans distincts et complémentaires, celui de l'analyse et celui des corrélations entre les organes. Mais cette recherche elle-même appelle un idéal professionnel, une conception de l'homme et du monde qui couronne des efforts aussi ardus et leur confère une valeur permanente. Votre activité, déjà si bienfaisante en elle-même, prend alors un sens nouveau ; elle reflète non seulement la haute compétence patiemment acquise par un labeur acharné, mais aussi la volonté profonde de servir des fins spirituelles incomparablement plus nobles encore. Vous vous rappelez la réponse que le Divin Maître fit aux disciples de Jean-Baptiste, qui demandaient de sa part : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » — « Allez rapporter à Jean, répondit Jésus, ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée au pauvres » (Lc 7, 20-22).
Les miracles du Seigneur étaient donc des signes de son origine divine et de sa mission ; ils n'en étaient pas moins, pour les malades qui en bénéficiaient, d'immenses faveurs. Nous osons croire qu'en ces heures privilégiées où vous réfléchissez au but ultime qui oriente vos efforts, vous évoquez parfois le passage du Christ parmi les souffrances humaines. Que de cris angoissés, d'appels insistants montaient jusqu'à lui et le suppliaient d'accorder la santé, de rendre l'usage d'un membre paralysé, d'un organe déficient ! Comme les gestes du Christ délivraient ces affligés, que les vôtres sachent aussi alléger la peine des hommes et surtout qu'ils prolongent la volonté du Divin Rédempteur de préparer ainsi les cœurs à l'avènement du Royaume de Dieu et les disposent à l'humilité et à la gratitude. Puissiez-vous également guérir les infirmités spirituelles en remédiant à celles du corps et goûter la joie d'une vie comblée des seuls biens qui ne passeront pas.
Nous vous renouvelons, Messieurs, l'assurance de Notre estime pour la contribution, que vous apportez au progrès de l'oto-rhino-laryngologie, et pour le dévouement que vous déployez auprès de vos malades. Que le Seigneur daigne vous en récompenser et vous combler de ses bienfaits ! Nous l'en prions avec instance, en même temps que Nous vous en accordons comme gage pour vous-mêmes, pour vos familles et pour tous ceux qui sont l'objet de votre sollicitude, Notre Bénédiction apostolique.
* Discours et Messages-radio de S. S. Pie XII, XX,
Vingtième année de Pontificat, 2 mars - 9 octobre 1958, pp. 211-216
Typographie Polyglotte Vaticane