LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PRÊTRES
POUR LE JEUDI SAINT 1991
VÉNÉRÉS ET CHERS FRÈRES DANS LE SACERDOCE MINISTÉRIEL DU CHRIST !
1. " L’Esprit du Seigneur est sur moi " (Lc 4,18 ; cf. Is. 61, 1). Réunis dans les cathédrales de nos diocèses, autour de l’évêque, pour la liturgie de la messe chrismale, nous écoutons ces paroles que le Christ a prononcées dans la synagogue de Nazareth. Se présentant pour la première fois devant la communauté de sa ville d’origine, Jésus lit dans le Livre du prophète Isaïe les paroles de l’annonce messianique : " L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé… " (Lc 4,18). Dans leur sens immédiat, ces paroles désignent la mission prophétique du Seigneur comme annonciateur de l’Évangile.
Mais nous pouvons les appliquer à la grâce multiforme qu’il nous communique.
Le renouvellement des promesses sacerdotales, le Jeudi saint, s’inscrit dans le rite de la bénédiction des saintes huiles ; celles-ci, dans plusieurs sacrements de l’Église, signifient l’onction de l’Esprit Saint, qui vient de la plénitude du Christ. L’onction de l’Esprit Saint transmet effectivement, en premier lieu, le don surnaturel de la grâce sanctifiante, par lequel l’homme est rendu, dans le Christ, participant de la nature divine et de la vie de la très sainte Trinité. Ce don est en chacun de nous la source intérieure de la vocation chrétienne et de toute vocation dans la communauté ecclésiale, Peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance.
Aussi, en ce jour, nous regardons le Christ, plénitude, source et modèle de toute vocation, notamment de la vocation au service sacerdotal comme participation particulière, en raison du caractère sacerdotal de l’Ordre, à son sacerdoce.
En lui seul se trouve la plénitude de l’onction, la plénitude du don, pour tous et pour chacun : elle est inépuisable.
Au seuil du Triduum pascal, alors que l’Église entière entre d’une manière singulière, par la liturgie, dans le mystère pascal du Christ, nous saisissons la profondeur de notre vocation, vocation ministérielle, qui doit être vécue à l’exemple de celle du Maître lavant les pieds de ses Apôtres, avant la dernière Cène.
Au cours de ce repas, le Christ, en vertu de la plénitude du don du Père qui est en lui et qui, par lui, est accordé à l’homme, instituera le sacrement de son Corps et de son Sang sous les espèces du pain et du vin. Il confiera ce sacrement de l’Eucharistie aux Apôtres et, par eux, à l’Église pour la suite des temps, jusqu’à sa venue définitive dans la gloire.
Par la puissance de l’Esprit Saint, qui est à l’œuvre dans l’Église depuis le jour de la Pentecôte, ce sacrement, à travers la longue succession des générations sacerdotales, nous a été confié à nous aussi en l’étape actuelle de l’histoire de l’homme et du monde, devenue une fois pour toutes, dans le Christ, l’histoire du salut.
Chacun de nous, chers Frères, parcourt de nouveau aujourd’hui, par la pensée et avec le cœur, son itinéraire vers le sacerdoce, puis son itinéraire dans le sacerdoce, qui est le chemin de la vie et du service, et qui nous a été tracé depuis le Cénacle. Tous, nous revivons le jour et l’heure où, après que, prosternés sur le sol du sanctuaire, nous eûmes chanté ensemble les litanies des saints, l’évêque, dans un profond silence, imposa les mains sur chacun de nous. Depuis les temps apostoliques, l’imposition des mains est le signe de la transmission de l’Esprit Saint, artisan suprême du pouvoir sacerdotal : l’autorité sacramentelle et ministérielle. Toute la liturgie du Triduum pascal nous introduit dans le mystère de Pâques, où cette autorité trouve sa source et sa nature de service et de mission. Nous pouvons ici appliquer les paroles du Livre d’Isaïe (cf. 61, 1), que Jésus a prononcées dans la synagogue de Nazareth : " l’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé ".
2. Vénérés et chers Frères, en vous écrivant le Jeudi Saint de l’année passée, j’ai essayé d’orienter votre attention vers l’assemblée du Synode des évêques qui allait être consacrée au thème de la formation sacerdotale.
L’assemblée a eu lieu en octobre dernier, et, actuellement avec le Conseil de Secrétariat général du Synode, nous préparons la publication du Document qui s’y rapporte. Cependant, avant cette publication, je voudrais déjà vous dire aujourd’hui que le Synode lui-même a été une grande grâce. Un synode est toujours une grâce pour l’Église : celle d’une mise en œuvre particulière de la collégialité de l’épiscopat de l’Église entière. Cette fois, l’expérience s’est trouvée singulièrement enrichie ; au sein de l’assemblée synodale, en effet, ont pris la parole des évêques de pays où l’Église vient à peine de sortir, pour ainsi dire, des catacombes.
Autre grâce du Synode : un nouvel enrichissement de la conception du service sacerdotal dans l’Église, enrichissement à la mesure de l’époque où nous accomplissons notre mission. Cet enrichissement se traduit par une compréhension approfondie de l’essence même du sacerdoce sacramentel et donc aussi de la vie personnelle de chaque prêtre, c’est-à-dire de sa participation au mystère salvifique du Christ :
" Sacerdos alter Christus ". Cette expression montre bien combien il est nécessaire de partir du Christ pour saisir la réalité sacerdotale. C’est ainsi seulement que nous pouvons répondre pleinement à ce qu’est le prêtre, lui, qui " pris d’entre les hommes, est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu " (He 5, 1). La dimension humaine du service sacerdotal, pour être tout à fait authentique, doit être enracinée en Dieu. En effet, par tout ce qu’il réalise " en faveur des hommes ", ce service concerne aussi " les relations avec Dieu ", dans leur très riche variété. Sans un effort pour répondre pleinement à l’" onction de l’Esprit du Seigneur " qui l’établit dans le sacerdoce ministériel, le prêtre ne peut combler les attentes que les hommes – l’Église et le monde – mettent en lui à juste titre.
Tout cela est étroitement lié à la question de l’identité sacerdotale. Il est difficile de dire pour quelles raisons la perception de cette identité est devenue plus floue dans certains milieux au cours de la période postconciliaire.
C’était peut-être dû à une compréhension inexacte de l’enseignement conciliaire de l’Église dans le contexte de certaines prémisses idéologiques étrangères à sa pensée ainsi que de certaines tendances provenant des milieux culturels. Bien que ces prémisses et ces tendances continuent à se faire sentir il semble que, ces derniers temps, un changement significatif se produise dans les communautés ecclésiales elles-mêmes. Les laïcs voient l’indispensable nécessité d’avoir des prêtres pour l’authenticité de leur vie et pour leur apostolat. À son tour, cette exigence se fait remarquer et devient même pressante dans bien des cas, en fonction du manque de ministres des divins mystères ou de leur nombre insuffisant. Cela vaut aussi d’une autre manière, pour le domaine de la première évangélisation, comme le montre la récente Encyclique sur les missions.
Ce besoin de prêtres, qui augmente à des degrés divers, devra aider à surmonter la crise de l’identité sacerdotale. L’expérience des dernières décennies montre toujours plus clairement combien on a besoin du prêtre dans l’Église et dans le monde : non pas du prêtre qui serait en quelque sorte " laïcisé " mais du prêtre selon l’Évangile et la riche Tradition de l’Église. L’enseignement du Concile Vatican II est l’expression et le sceau de cette Tradition dans le sens d’un renouvellement adapté (" accommodata renovatio ") ; c’est dans ce sens que sont allées les interventions des participants au dernier Synode comme celles des invités venus de diverses parties du monde pour représenter les prêtres.
La reprise actuelle des vocations sacerdotales remédie en partie seulement au manque de prêtres. Même s’il s’agit d’un phénomène globalement positif, il y a encore des inégalités entre les divers secteurs de la communauté ecclésiale de par le monde. Le tableau est très différencié.
À l’occasion du Synode, ce tableau a été soumis aux analyses les plus détaillées, non seulement à des fins statistiques, mais aussi sous l’angle d’un éventuel " échange de dons ", autrement dit d’une aide réciproque.
Cette aide s’avère indispensable quand on sait qu’en certains endroits, il y a un prêtre pour quelques centaines de fidèles et qu’en d’autres on compte un prêtre pour dix mille fidèles, voire davantage encore.
Je voudrais rappeler à ce sujet certaines expressions du décret du Concile Vatican II sur le ministère et la vie des prêtres : " Le don spirituel que les prêtres ont reçu à l’ordination les prépare, non pas à une mission limitée et restreinte, mais à une mission de salut d’ampleur universelle, " jusqu’aux extrémités de la terre " (
Ac 1, 8)… Les prêtres se souviendront donc qu’ils doivent avoir au cœur le souci de toutes les Églises " (
PO 10).
Le manque préoccupant de prêtres dans certaines régions rend plus actuelles que jamais ces paroles du Concile. Je souhaite que, surtout dans des diocèses au clergé plus nombreux, elles soient méditées sérieusement et mises en pratique le plus généreusement possible.
En tout cas, partout, il est indispensable de prier " le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson " (Mt 9, 38), de prier pour les vocations et aussi de prier pour que chaque prêtre s’épanouisse de jour en jour dans sa vocation, dans sa vie comme dans son ministère. Cet épanouissement contribue beaucoup à l’augmentation des vocations. Il s’agit simplement d’aimer son sacerdoce, d’y engager tout son être, afin que l’authentique sacerdoce ministériel devienne attrayant pour les autres. Dans la vie de chacun de nous doit pouvoir se découvrir le mystère du Christ, dans lequel le sacerdos comme alter Christus trouve son origine.
3. En prenant congé des Apôtres au Cénacle, le Christ leur a promis le Paraclet, un autre Défenseur, l’Esprit Saint, " qui procède du Père et du Fils ". Il leur a dit : " C’est votre intérêt que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous, mais si je pars, je vous l’enverrai " (Jn 16, 7). Ces paroles mettent particulièrement en relief le rapport entre la dernière Cène et la Pentecôte. Au prix de son " départ " par son sacrifice sur la Croix du Calvaire (avant même son " départ " vers le Père quarante jours après la Résurrection), le Christ demeure dans l’Église : il y demeure par la puissance du Paraclet, de l’Esprit Saint, qui " donne la vie " (Jn 6,63). C’est l’Esprit Saint qui " donne " cette vie divine, cette vie qui, dans le mystère pascal du Christ, s’est révélée plus forte que la mort, cette vie, qui dans l’histoire de l’homme, a commencé par la Résurrection du Christ. Le sacerdoce est tout entier au service de cette vie : il en témoigne par le service de la Parole, il l’engendre, il la régénère et la développe par le ministère des sacrements.
Le prêtre lui-même vit avant tout de cette vie ; elle est pour lui la source la plus profonde de son épanouissement ; elle est aussi la garantie de la fécondité spirituelle de tout son ministère ! Le sacrement de l’Ordre imprime dans l’âme du prêtre un caractère particulier qui, une fois reçu, demeure en lui comme source de la grâce sacramentelle, de tous les dons et charismes liés à la vocation au service sacerdotal dans l’Église.
La liturgie du Jeudi saint est dans l’année un moment particulier où nous pouvons et devons renouveler et raviver en nous la grâce sacramentelle du sacerdoce. Nous le faisons en union avec l’évêque et tout son presbyterium, en ayant devant les yeux la réalité mystérieuse du Cénacle, celle du Jeudi saint et celle du jour de la Pentecôte. En entrant dans la profondeur divine du sacrifice du Christ, nous nous ouvrons en même temps à l’Esprit Saint Paraclet, qui nous est donné pour nous faire participer d’une manière spéciale à l’unique sacerdoce du Christ, prêtre éternel. C’est par l’Esprit Saint que nous pouvons agir " in persona Christi " dans la célébration de l’Eucharistie et dans l’accomplissement de tout le ministère sacramentel en vue du salut d’autrui.
Le témoignage que nous rendons au Christ est souvent très imparfait et très insuffisant. Notre réconfort c’est l’assurance que c’est avant tout l’Esprit de vérité qui rend témoignage au Christ (cf.Jn 15, 26). Puisse notre témoignage d’hommes s’ouvrir surtout à son témoignage ! Car il " sonde les profondeurs de Dieu " (cf. 1 Co 2, 10) et lui seul peut mettre ces " profondeurs ", ces " grandes œuvres de Dieu " (cf. Ac 2, 11), à la portée des esprits et des cœurs de ceux vers qui nous sommes envoyés comme serviteurs de l’Évangile du salut. Plus nous sentons que notre mission nous dépasse, plus nous devons nous ouvrir à l’action de l’Esprit Saint, surtout lorsque la résistance des esprits et des cœurs, la résistance d’une civilisation qui s’est formée sous l’influence de l’" esprit du monde " (cf. 1 Co 2, 12), se fait sentir d’une manière particulièrement forte.
" L’Esprit vient au secours de notre faiblesse… Il intercède pour nous en des gémissements ineffables " (Rm 8 26). En dépit de la résistance des esprits, des cœurs et d’une civilisation imprégnée de l’" esprit du monde ", demeure néanmoins dans toute la création l’"attente " dont parle l’Apôtre dans la Lettre aux Romains : " Toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement " (8,22), " pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu " (8, 21). Que cette vision de saint Paul soit toujours présente à notre esprit sacerdotal et qu’elle nous soutienne dans notre vie et notre service ! Nous comprendrons mieux alors pourquoi le prêtre est nécessaire au monde et aux hommes.
4. " L’Esprit du Seigneur est sur moi ". Avant d’avoir en main le texte de l’exhortation post-synodale sur le thème de la formation sacerdotale, vous voudrez bien recevoir, vénérés et chers Frères dans le sacerdoce ministériel, cette lettre du Jeudi saint. Qu’elle soit le signe et l’expression de la communion qui nous rassemble tous, évêques, prêtres et diacres par le lien du sacrement ! Qu’elle vous aide à suivre, dans la puissance de l’Esprit Saint, Jésus-Christ, " le chef de notre foi, qui la mène à la perfection " (He 12,2) !
Avec ma bénédiction apostolique.
Du Vatican le 10 mars 1991, quatrième dimanche de Carême, en la treizième année de mon pontificat.
IOANNES PAULUS II
LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PRÊTRES
POUR LE JEUDI SAINT 1992
CHERS FRÈRES DANS LE SACERDOCE !
1. Permettez que je me réfère aujourd’hui à ces paroles de l’Évangile de Jean. Elles sont en rapport avec la liturgie du Jeudi saint : " Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue " (Jn 13, 1), lava les pieds de ses disciples, puis leur parla de manière particulièrement intime et affectueuse, comme le rappelle le texte johannique. Dans le cadre de ce discours d’adieu, il y a aussi l’allégorie de la vigne et des sarments : " Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car, hors de moi, vous ne pouvez rien faire " (Jn15, 5).
Je désire me référer précisément à ces paroles du Christ, à l’occasion du Jeudi saint de cette année du Seigneur 1992, en offrant à l’Église l’exhortation apostolique sur la formation sacerdotale. Elle est le fruit du travail collégial du Synode des évêques de 1990 qui fut entièrement consacré à ce thème. Nous avons élaboré ensemble un document du Magistère de l’Église, si nécessaire et tant attendu, reprenant la doctrine du Concile Vatican II ainsi que la réflexion sur les expériences des vingt-cinq années qui nous séparent de sa conclusion.
2. Aujourd’hui, je voudrais déposer ce fruit de la prière et de la réflexion des Pères synodaux aux pieds du Christ, Prêtre et Pasteur de nos âmes (cf. 1 P 2, 25). Avec vous, je désire recevoir ce texte de l’autel de cet unique et éternel sacerdoce du Rédempteur qui, lors de la dernière Cène, est devenu, de manière sacramentelle, notre part.
Le Christ est la vraie vigne. Si le Père éternel cultive sa vigne dans ce monde, il le fait par la puissance de la Vérité et de la Vie qui sont dans le Fils. C’est en cela que se trouvent le perpétuel commencement et la source intarissable de la formation de tout chrétien, et spécialement de tout prêtre. Le jour du Jeudi saint particulièrement, nous cherchons à en reprendre conscience et, en même temps, à renouveler notre disponibilité nécessaire pour pouvoir demeurer dans le Christ sous le souffle de l’Esprit de Vérité, et pour pouvoir donner un fruit abondant dans la vigne de Dieu.
3. Au cours de la liturgie du Jeudi saint, en nous unissant à tous les pasteurs de l’Église, nous rendons grâce pour le don du sacerdoce auquel nous participons. En même temps, nous prions pour que ceux que touche la grâce de la vocation, dans le monde entier, répondent à ce don, afin qu’il ne manque pas d’ouvriers, car la moisson est abondante (cf. Mt 9, 37).
Avec ce souhait, j’adresse à tous un salut affectueux et ma bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 29 mars 1992, quatrième dimanche de Carême, en la quatorzième année de mon pontificat.
IOANNES PAULUS II
LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PRÊTRES
POUR LE JEUDI SAINT 1993
1. " Jésus-Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais " (He 13, 8). Chers frères dans le sacerdoce du Christ, nous nous retrouvons aujourd’hui, membres de la communauté presbytérale de toutes les Églises avec les Pasteurs des diocèses, auprès des nombreux sièges épiscopaux du monde, et à notre esprit reviennent avec une force nouvelle ces paroles sur Jésus-Christ qui sont devenues le fil conducteur du cinq centième anniversaire de l’évangélisation du Nouveau Monde.
" Jésus-Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais " : telles sont les paroles qui désignent le Prêtre unique et éternel, le Prêtre qui " entra une fois pour toutes dans le sanctuaire… avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle " (He 9, 12). Nous voici parvenus au " Triduum sacré " de la sainte liturgie de l’Église, ces jours où, avec un esprit de vénération et d’adoration plus profondes, nous renouvelons la Pâque du Christ, " son heure " (cf. Jn 2, 4 ; 13, 1) qui n’est autre que le moment béni de la " plénitude des temps " (Ga 4, 4).
Cette " heure " de la rédemption du Christ continue, dans l’Église, à être source de salut grâce à l’Eucharistie, et c’est aujourd’hui précisément que l’Église rappelle son institution au cours de la dernière Cène. " Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous " (Jn 14, 18). " L’heure " du Rédempteur, " heure " de son passage de ce monde au Père, " heure " qu’il désigne lui-même en disant : " Je m’en vais et je reviendrai vers vous " (Jn 14, 28). C’est à travers son " chemin pascal " qu’il vient sans cesse et qu’il est sans cesse présent parmi nous, par la force de l’Esprit Paraclet. Il est présent de manière sacramentelle. Il est présent par l’Eucharistie. Il est réellement présent.
Et nous, chers frères, nous avons reçu à la suite des Apôtres ce don ineffable de manière à pouvoir être les ministres de ce départ du Christ par la Croix et, en même temps, de sa venuegrâce à l’Eucharistie. Qu’il est grand pour nous, ce saint Triduum ! Qu’il est grand pour nous, ce jour, le jour de la dernière Cène ! Nous sommes les ministres du mystère de la rédemption du monde, ministres du Corps offert et du Sang versé pour la rémission de nos péchés. Ministres du sacrifice par lequel Lui, l’Unique, est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire : " En s’offrant lui-même sans tache à Dieu, il purifie notre conscience des œuvres mortes, pour que nous servions le Dieu vivant " (cf. He 9, 14).
Si tous les jours de notre vie sont marqués par ce grand mystère de la foi, ce jour-ci l’est de manière particulière. C’est le jour où nous sommes avec lui.
2. En ce jour, nous nous retrouvons tous ensemble, dans nos communautés sacerdotales, afin que chacun puisse contempler plus profondément le mystère de ce sacrement qui nous a fait devenir ministres, dans l’Église, de l’offrande sacerdotale du Christ. Nous sommes devenus, en même temps, serviteurs du sacerdoce royal de tout le peuple de Dieu, de tous les baptisés, pour annoncer les " magnalia Dei ", les " merveilles de Dieu " (Ac 2, 11).
Cette année, il est bon d’inclure dans notre action de grâce une reconnaissance particulière pour le don du Catéchisme de l’Église catholique. Ce texte, en effet, est également une réponse à la mission confiée par le Seigneur à son Église : garder le dépôt de la foi et le transmettre dans son intégralité aux générations successives, d’une manière attentive, assurée et affectueuse.
Fruit d’une féconde collaboration de tout l’épiscopat de l’Église catholique, il nous est confié d’abord à nous, pasteurs de Peuple de Dieu, pour resserrer nos liens de profonde communion dans la même foi venue des Apôtres. Résumé de la foi catholique unique et perpétuelle, il constitue un instrument valable et autorisé, témoin et garant de l’unité dans la foi pour laquelle le Christ lui-même, à l’approche de son " heure ", a adressé au Père une prière (cf. Jn 17, 21-23).
Parce qu’il propose à nouveau le contenu fondamental et essentiel de la foi et de la morale catholiques, tel qu’il est aujourd’hui l’objet de l’adhésion, de la célébration, de l’expérience vécue et de la prière de l’Église, le Catéchisme est un moyen privilégié pour approfondir la connaissance de l’inépuisable mystère chrétien, pour donner un nouvel élan à une prière intimement unie à celle du Christ, pour encourager l’engagement à rendre un témoignage cohérent par sa vie.
En même temps, ce Catéchisme nous est donné comme un point de référence sûr pour l’accomplissement de la mission qui nous a été confiée lorsque nous avons reçu le sacrement de l’Ordre : annoncer au nom du Christ et de l’Église la " Bonne Nouvelle " à tous les hommes. Grâce à lui, nous pouvons mettre en œuvre, de manière toujours renouvelée, le commandement permanent du Christ : " Allez donc, de toutes les nations faites des disciples… leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit " (Mt 28, 19-20).
Dans ce résumé synthétique du dépôt de la foi, nous pouvons en effet trouver une norme authentique et sûre pour l’enseignement de la doctrine catholique, pour l’activité catéchétique au bénéfice du peuple chrétien, pour la nouvelle évangélisation dont le monde d’aujourd’hui a un profond besoin.
Chers prêtres, si nous sommes enracinés dans la vérité du Christ, notre vie et notre ministère deviendront, par eux-mêmes, d’éloquentes catéchèses pour toute la communauté qui nous est confiée. Notre témoignage, dès lors, ne sera plus isolé, mais, à l’unisson de tous, il sera rendu par des personnes unies dans une même foi et communiant à la même coupe. Telle est la " contagion " de vie à laquelle nous devons tendre tous ensemble, dans une communion effective et affective, pour réaliser la " nouvelle évangélisation " qui se fait toujours plus urgente.
3. Réunis le Jeudi saint dans toutes les communautés sacerdotales de l’Église sur la terre entière, nous rendons grâce pour le don du sacerdoce du Christ auquel nous participons par le sacrement du l’Ordre. Dans cette action de grâce, nous voulons inclure le thème du " Catéchisme ", parce que son contenu et son objectif sont liés de manière particulière à notre vie sacerdotale et au ministère pastoral dans l’Église.
Voici que, sur le chemin qui la mène vers le grand Jubilé de l’an 2000, l’Église est parvenue à élaborer, après le Concile Vatican II, le résumé de la doctrine de la foi et de la morale, de la vie sacramentelle et de la prière. Cette synthèse peut apporter de multiples manières un soutien à notre ministère sacerdotal. Elle peut également illuminer la conscience apostolique de nos frères et de nos sœurs qui, conformément à leur vocation chrétienne, désirent avec nous rendre raison de l’espérance (cf. 1 P 3, 15) qui nous fait revivre ensemble dans le Christ Jésus.
Le Catéchisme présente la " nouveauté du Concile ", tout en la replaçant dans l’ensemble de la Tradition ; c’est un Catéchisme tellement nourri des trésors de la Sainte Écriture, puis des Pères et des Docteurs de l’Église de ces deux millénaires, qu’il permet à chacun de nous de devenir semblable à l’homme de la parabole évangélique " qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien " (Mt 13, 52), les richesses anciennes et toujours nouvelles du Dépôt divin.
Ravivant en nous la grâce du sacrement de l’Ordre, conscients de ce que signifie pour notre ministère sacerdotal le " Catéchisme de l’Église catholique ", nous confessons dans l’adoration et l’amour Celui qui est " la Voie, la Vérité et la Vie " (Jn 14, 6).
" Jésus-Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais ".
Du Vatican, le 8 avril 1993, Jeudi saint, en la quinzième année de mon Pontificat.
IOANNES PAULUS II
" Afin d’aider à l’approfondissement des problèmes qui concernent la spiritualité du prêtre de notre époque, le Saint-Père a décidé de joindre à la présente Lettre le texte des réflexions et de la prière qu’il a prononcées à la fin de sa rencontre avec les présidents des Conférences épiscopales d’Europe, le 1er décembre 1992, au Vatican " (cf. DC 1993, n. 2064, p. 59 [§ 5c] - 61).
***
Au terme de cette réunion qui nous conduit à approfondir la communion et la solidarité ecclésiales, je veux partager avec vous quelques réflexions, en marge du Synode des évêques de 1990, et conclure par une prière, pour confier au Seigneur toutes nos préoccupations pastorales, et en particulier l’engagement de nos collaborateurs dans le sacerdoce, ainsi que leur fidélité à l’appel au service du Royaume de Dieu, dans une consécration totale.
Le célibat sacerdotal
Les paroles qui concernent le célibat pour le Royaume des cieux sont liées à l’explication que le Christ fournit à ses Apôtres : " Tous ne peuvent le comprendre, mais seulement ceux à qui cela a été donné " (Mt 19, 11). Sous cette forme évangélique, le célibat est un don pour la personne et, en elle et grâce à elle, pour l’Église.
Le Synode des évêques de 1990 a encore une fois invité à mettre ce don en valeur, et encore une fois exprimé la volonté que celui-ci demeure l’héritage de l’Église latine, pour le bien de sa mission. Cela a été exprimé dans l’Exhortation post-synodale Pastores dabo vobis. Ce document contient une synthèse des déclarations des Pères synodaux, dont sont citées les propositions finales. Mais qui a participé au Synode ne peut oublier la série de témoignages individuels des évêques du monde entier sur la grande valeur du célibat sacerdotal ; ils ont donné d’une façon substantielle le " ton " du Synode.
Il ne peut y avoir d’autre conséquence que celle-ci : la foi et la confiance que " celui qui a commencé en nous cette œuvre bonne la portera à son achèvement " (cf. Ph 1, 6). De notre part, est donc requise une entière confiance dans le divin Donateur des dons spirituels. Cette confiance est particulièrement importante là où l’Église est exposée au risque d’une épreuve particulière en ce qui concerne les vocations. Dans un monde marqué par une sécularisation croissante, ces épreuves sont le fruit d’un climat général. Il est souvent difficile de se soustraire à l’influence qui procède ici d’une stratégie spécifique ayant entre autres comme but d’éloigner l’Église de la fidélité à son Seigneur et Époux.
Cependant, lui-même est fidèle à son Alliance, et il a aussi la force de travailler par le Saint-Esprit, qui permet de vaincre l’esprit de ce monde et de considérer le célibat pour le Royaume de Dieu comme un choix de vie contre les faiblesses et les stratégies humaines. Il faut seulement que nous ne nous découragions pas et que nous ayons le souci de ne pas créer autour de cette vocation et de ce choix un climat de découragement. L’Église catholique estime les autres traditions, particulièrement celles des Églises d’Orient, mais elle veut rester fidèle au charisme qu’elle a reçu et accueilli de son Seigneur et Maître. Cette fidélité et cette prière ardente ouvriront la voie au sacerdoce jusque dans les conditions les plus défavorables.
J’écris ces paroles en marge de l’Exhortation Pastores dabo vobis ; elles contiennent, en même temps, l’exhortation la plus vive adressée à toute l’Église et, d’une façon particulière, à ses pasteurs. La tradition séculaire, confirmée par Vatican II et ensuite par les Synodes, en particulier par le dernier, consacré à la formation sacerdotale, nous place tous devant l’exigence de la fidélité et de la confiance au " Maître de la moisson " (Mt 9, 38). Dans le contexte de l’Église universelle, la solidarité des Pasteurs permettra de trouver une solution grâce à un " échange des dons " entre les Églises qui souffrent du manque des vocations et celles qui peuvent leur offrir une aide. En effet, le Christ a dit : " À ceci tous sauront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres " (Jn 13, 35). La solidarité des Pasteurs réside précisément dans cet amour communautaire qui sait offrir et accueillir le don.
Prière au Maître de la moisson
" Pastores dabo vobis "… Avec ces mots, toute l’Église se tourne vers Toi, qui es le " Maître de la moisson ", demandant des ouvriers pour ta moisson qui est immense (cf. Mt 9, 38). Bon Pasteur, jadis, Tu as toi-même envoyé les premiers ouvriers à ta moisson. Ils étaient Douze. Or, après deux mille ans, leur voix s’est répandue jusqu’aux confins de la terre, et nous ressentons plus encore le besoin de prier, afin qu’ils ne manquent pas de successeurs en notre temps – que ne manquent pas, en particulier, ceux qui, par le sacerdoce ministériel, construisent l’Église grâce à la puissance de la Parole de Dieu et des sacrements ; ceux qui, en ton Nom, sont les ministres de l’Eucharistie qui fait croître sans cesse l’Église, qui est ton Corps.
Nous te remercions, car la crise temporaire des vocations, dans le contexte de l’Église universelle, est en voie d’être surmontée. Avec une grande joie, nous assistons au processus d’une reprise numérique des vocations, dans les différentes parties du globe : dans les jeunes Églises, mais aussi dans les nombreux pays qui ont une longue tradition chrétienne, multi-séculaire, ainsi que là où, en notre siècle, l’Église a subi de multiples persécutions. Mais avec une ferveur particulière, nous faisons monter notre prière, en pensant à cette société où domine un climat de sécularisation, où l’esprit de ce monde fait obstacle à l’action du Saint-Esprit, si bien que la semence jetée dans l’âme des jeunes, ou bien ne prend pas, ou bien ne se développe pas. Pour ces sociétés, précisément, nous élevons davantage encore notre supplication : " Envoie ton Esprit, et renouvelle la face de la terre ".
L’Église te rend grâces, ô divin Époux, de ce que, depuis les temps les plus anciens, elle a su accueillir l’appel au célibat consacré pour la cause du Royaume de Dieu ; parce que, depuis des siècles, elle conserve en elle le charisme du célibat sacerdotal. Nous te remercions pour le Concile Vatican II et pour les récents Synodes des évêques qui, confirmant ce charisme, l’ont indiqué comme une voie juste pour l’Église de l’avenir. Nous sommes conscients de la grande fragilité des vases dans lesquels nous portons ce trésor, mais nous croyons en la force de l’Esprit Saint qui opère par la grâce du sacrement en chacun de nous. Avec plus de ferveur encore, nous demandons de savoir collaborer avec cette force de façon persévérante.
Nous te demandons, à Toi qui es l’Esprit du Christ Bon Pasteur, de demeurer fidèles à cet héritage particulier de l’Église latine. " N’éteignez pas l’Esprit " (1 Th 5, 19) – nous dit l’Apôtre. Nous te demandons donc de ne pas tomber dans le doute et de ne pas semer le doute chez les autres, de ne pas devenir – Dieu nous en garde ! – des partisans de choix différents et d’une spiritualité autre pour la vie et le ministère sacerdotaux. Saint Paul dit encore : " Et ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu… " (Ep 4, 30).
Pastores dabo vobis !
Nous Te prions de pardonner toutes nos fautes qui regardent la réalisation de ce saint ministère, qui est ton sacerdoce dans notre vie. Nous Te demandons de savoir collaborer d’une façon persévérante à cette " grande moisson ", de savoir faire tout le nécessaire pour le réveil et la maturation des vocations. Nous Te demandons, par-dessus tout, de nous aider à prier avec constance. Toi-même a dit, en effet : " Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson " (Mt 9, 38).
Face à ce monde qui montre de diverses manières son indifférence aux propositions du Royaume de Dieu, que nous accompagne la certitude que Toi, le Bon Pasteur, tu as infusé dans le cœur des Apôtres : " Gardez la foi, car j’ai vaincu le monde ! " (Jn 16, 33). Ce monde qui est – en dépit de tout – celui-là même que le Père a tant aimé, au point de Te donner à nous, Toi, son Fils unique (cf.Jn 3, 16).
Mère du divin Fils, Mère de l’Église, Mère de tous les peuples, prie avec nous ! Prie pour nous !