QUATRIÈME PARTIE : LA PASTORALE FAMILIALE : ÉTAPES, STRUCTURES, RESPONSABLES ET SITUATIONS
I - LES ETAPES DE LA PASTORALE FAMILIALE
L’Église accompagne la famille chrétienne dans son cheminement
65. Comme toute réalité vivante, la famille est appelée elle aussi à se développer et à croître. Après la préparation des fiançailles et la célébration sacramentelle du mariage, le couple commence son cheminement quotidien vers la mise en œuvre progressive des valeurs et des devoirs du mariage même.
À la lumière de la foi et en vertu de l’espérance, la famille chrétienne participe elle aussi, en communion avec l’Église, à l’expérience du pèlerinage terrestre vers la pleine révélation et la réalisation du Royaume de Dieu.
Il y a donc lieu de souligner une fois encore l’urgence de l’intervention pastorale de l’Église pour soutenir la famille. Il est nécessaire de faire tous les efforts possibles pour que la pastorale de la famille s’affermisse et se développe, en se consacrant à un secteur vraiment prioritaire, avec la certitude que l’évangélisation, à l’avenir, dépend en grande partie de l’Église domestique. (JP II, discours à la IIIe assemblée des Évêques d’Amérique latine, 28/1/1979, IV, a)
La sollicitude pastorale de l’Église ne se limitera pas seulement aux familles chrétiennes les plus proches mais, en élargissant ses propres horizons à la mesure du Cœur du Christ, elle se montrera encore plus active pour l’ensemble des familles en général et pour celles, en particulier, qui se trouvent dans des situations difficiles ou irrégulières. Pour toutes, l’Église aura une parole de vérité, de bonté, de compréhension, d’espérance, de participation profonde à leurs difficultés parfois dramatiques ; à toutes, elle offrira son aide désintéressée afin qu’elles puissent se rapprocher du modèle de famille que le Créateur a voulu dès le " commencement " et que le Christ a rénové par sa grâce rédemptrice.
L’action pastorale de l’Église doit être progressive en ce sens, entre autres, qu’elle doit suivre la famille en l’accompagnant pas à pas dans les diverses étapes de sa formation et de son développement.
La préparation
66. De nos jours, la préparation des jeunes au mariage et à la vie familiale est plus nécessaire que jamais. Dans certains pays, ce sont encore les familles qui, selon d’antiques usages, se réservent de transmettre aux jeunes les valeurs concernant la vie matrimoniale et familiale, par un système progressif d’éducation ou d’initiation. Mais les changements survenus au sein de presque toutes les sociétés modernes exigent que non seulement la famille, mais aussi la société et l’Église, soient engagées dans l’effort de préparation adéquate des jeunes aux responsabilités de leur avenir. Beaucoup de phénomènes négatifs que l’on déplore aujourd’hui dans la vie familiale viennent du fait que, dans les nouvelles situations, les jeunes ont perdu de vue la juste hiérarchie des valeurs et que, ne possédant plus de critères sûrs de comportement, ils ne savent plus comment affronter et résoudre les nouvelles difficultés. L’expérience enseigne pourtant que les jeunes bien préparés à la vie familiale réussissent en général mieux que les autres.
Cela vaut encore plus pour le mariage chrétien, dont l’influence s’étend sur la sainteté de tant d’hommes et de femmes. C’est pourquoi l’Église doit promouvoir des programmes meilleurs et plus intensifs de préparation au mariage, pour éliminer le plus possible les difficultés dans lesquelles se débattent tant de couples, et plus encore pour conduire positivement les mariages à la réussite et à la pleine maturité.
La préparation au mariage est à considérer et à réaliser comme un processus graduel et continu. Elle comporte en effet trois principales étapes : préparation éloignée, prochaine et immédiate.
La préparation éloignée commence dès l’enfance, selon la sage pédagogie familiale qui vise à conduire les enfants à se découvrir eux-mêmes comme doués d’une psychologie à la fois riche et complexe, et d’une personnalité particulière, avec ses propres forces et aussi ses faiblesses. C’est la période durant laquelle on inculque peu à peu l’estime pour toute valeur humaine authentique, dans les rapports interpersonnels comme dans les rapports sociaux, avec ce que cela comprend pour la formation du caractère, pour la maîtrise de soi et l’usage correct de ses propres inclinations, pour la manière de considérer et de rencontrer les personnes de l’autre sexe, et ainsi de suite. En outre, spécialement pour les chrétiens, est requise une solide formation spirituelle et catéchétique, qui sache montrer dans le mariage une véritable vocation et mission, sans exclure la possibilité du don total de soi à Dieu dans la vocation sacerdotale ou religieuse.
Sur cette base s’appuiera ensuite - et c’est là une œuvre de longue haleine - la préparation prochaine : à partir de l’âge opportun et avec une catéchèse adéquate, un peu comme pour le cheminement catéchuménal, elle comporte une préparation plus spécifique aux sacrements, comme si on les redécouvrait. Cette catéchèse rénovée de tous ceux qui se préparent au mariage chrétien est tout à fait nécessaire, afin que le sacrement soit célébré et vécu avec les dispositions morales et spirituelles qui conviennent. La formation religieuse des fiancés devra être complétée, au moment voulu et selon les diverses exigences concrètes, par une préparation à la vie à deux : une telle préparation, en présentant le mariage comme un rapport interpersonnel de l’homme et de la femme à développer de façon continuelle, devra les encourager à approfondir les problèmes de la sexualité conjugale et de la paternité responsable, avec les connaissances essentielles qui leur sont connexes dans l’ordre biologique et médical, et les amener à se familiariser avec de bonnes méthodes d’éducation des enfants, en favorisant l’acquisition des éléments de base pour une conduite ordonnée de la famille (travail stable, disponibilité financière suffisante, sage administration, notion d’économie familiale, etc.).
Enfin, on ne devra pas négliger la préparation à l’apostolat familial, à la fraternité et à la collaboration avec les autres familles, à l’insertion active dans des groupes, associations, mouvements et initiatives ayant pour finalité le bien humain et chrétien de la famille.
La préparation immédiate à la célébration du sacrement de mariage doit avoir lieu dans les derniers mois et notamment dans les dernières semaines qui précèdent les noces de manière a donner une nouvelle signification, un nouveau contenu et un nouvelle forme à ce qu’on appelle l’enquête pré-matrimoniale requise par le droit canonique. Nécessaire dans tous les cas, une telle préparation s’impose avec plus d’urgence pour les fiancés qui présenteraient encore des déficiences et des difficultés en matière de doctrine et de pratique chrétienne.
Parmi les éléments à communiquer dans ce cheminement de foi, analogue au catéchuménat, il doit y avoir aussi une connaissance approfondie du mystère du Christ et de l’Église, de ce que signifient la grâce et la responsabilité inhérentes au mariage chrétien, sans compter la préparation à prendre une part active et consciente aux rites de la liturgie nuptiale.
La famille chrétienne et toute la communauté ecclésiale doivent se sentir engagées dans les diverses phases de la préparation au mariage, dont nous avons tracé seulement les grandes lignes. Il est souhaitable que les Conférences épiscopales, étant intéressées aux initiatives qui conviennent pour aider les futurs époux à être plus conscients du sérieux de leur choix et les pasteurs d’âmes à s'assurer qu’ils ont les dispositions voulues, s’emploient à ce que soit promulgué un Directoire pour la pastorale de la famille. Dans celui-ci, ils devront fixer, avant tout, les éléments indispensables du contenu, de la durée et de la méthode des "cours de préparation", en équilibrant entre eux les divers aspects - doctrinaux, pédagogiques, légaux et médicaux - qui concernent le mariage, et en les organisant de manière à permettre à ceux qui se préparent au mariage, non seulement de bénéficier d’un approfondissement intellectuel, mais de se sentir poussés à s’insérer de façon active dans la communauté ecclésiale.
Bien que le caractère nécessaire et obligatoire de la préparation immédiate au mariage ne doive pas être sous-estimé - cela arriverait si l’on en dispensait facilement -, une telle préparation doit toujours être proposée et réalisée de manière que son omission éventuelle ne constitue pas un empêchement a la célébration des noces.
La célébration
67. Le mariage chrétien requiert - telle est la norme - une célébration liturgique qui exprime de façon sociale et communautaire la nature essentiellement ecclésiale et sacramentelle du pacte conjugal entre les baptisés.
En tant que geste sacramentel de sanctification, la célébration du mariage, insérée dans la liturgie qui est le sommet de toute l’action de l’Église et la source de sa force sanctificatrice, doit être par elle-même valide, digne et fructueuse. La sollicitude pastorale trouve ici un vaste champ d’application si l’on veut répondre pleinement aux exigences découlant de la nature du pacte conjugal élevé au rang de sacrement, et aussi observer fidèlement la discipline de l’Église pour tout ce qui regarde le libre consentement, les empêchements, la forme canonique et le rite même de la célébration. Ce rite doit être simple et digne, accompli selon les normes des Autorités compétentes de l’Église ; il revient d’ailleurs à celles-ci - selon les circonstances concrètes de temps et de lieu et en conformité avec les normes établies par le Siège Apostolique (Ordo celebrandi matrimonium n.17) - d’assumer éventuellement dans la célébration liturgique les éléments propres à chaque culture susceptibles de mieux exprimer la profonde signification humaine et religieuse du pacte conjugal, pourvu qu’ils ne contiennent rien qui s’écarte de la foi et de la morale chrétiennes.
En tant que signe, la célébration liturgique doit se dérouler de manière a constituer, même dans sa réalité extérieure, une proclamation de la Parole de Dieu et une profession de foi de la communauté des croyants. L’effort pastoral portera ici sur l’utilisation intelligente et diligente de la "Liturgie de la Parole", et sur l’éducation de la foi de ceux qui participent à la célébration et, en premier lieu, des futurs époux.
En tant que geste sacramentel de l’Église, la célébration liturgique du mariage doit engager la communauté chrétienne, grâce à une participation pleine, active et responsable de toutes les personnes présentes, chacune selon sa place et son rôle : les époux, le prêtre, les témoins, les parents, les amis, les autres fidèles, bref tous les membres d’une assemblée qui manifeste et vit le mystère du Christ et de son Église.
Pour la célébration du mariage chrétien dans le cadre des cultures ou des traditions ancestrales, il faut suivre les principes énoncés ci-dessus.
Célébration du mariage et évangélisation des baptisés non croyants
68. Précisément parce que, dans la célébration du mariage, une attention toute spéciale doit être réservée aux dispositions morales et spirituelles des époux, en particulier à leur foi, il faut aborder ici une difficulté qui n’est pas rare, et que peuvent rencontrer les pasteurs de l’Église dans le contexte de notre société sécularisée.
En effet, la foi de celui qui demande à l’Église de bénir son mariage peut exister à des degrés divers, et c’est le devoir fondamental des pasteurs de la faire redécouvrir, de la nourrir et de l’amener à maturité. Mais ils doivent aussi comprendre les raisons qui conseillent à l’Église d’admettre à la célébration même celui qui est imparfaitement disposé.
Parmi tous les sacrements, celui du mariage a ceci de spécifique d’être le sacrement d’une réalité qui existe déjà dans l’ordre de la création, d’être le pacte conjugal institué par le Créateur "au commencement". Par conséquent, la décision de l’homme et de la femme de s’épouser selon ce projet divin, autrement dit la décision d’engager toute leur vie par leur consentement conjugal irrévocable dans un amour indissoluble et dans une fidélité sans conditions, implique réellement, même si ce n’est pas d’une manière pleinement consciente, une attitude de profonde obéissance à la volonté de Dieu, qui ne peut exister sans sa grâce. Ils sont donc déjà entrés dans un véritable cheminement de salut, que la célébration du sacrement et sa préparation immédiate peuvent compléter et porter à terme, étant donné la rectitude de leur intention.
Il est vrai, d’autre part, que, en certains territoires, des motifs de caractère plus social qu’authentiquement religieux poussent les fiancés à demander de se marier à l’église. Cela n’est pas étonnant. Le mariage, en effet, n’est pas un événement qui regarde seulement ceux qui se marient. Il est aussi, par sa nature même, un fait social qui engage les époux devant la société. Et depuis toujours sa célébration a été une fête qui unit familles et amis. Il va donc de soi que des motifs sociaux entrent, en même temps que des motifs personnels, dans la demande du mariage à l’église.
Cependant, il ne faut pas oublier que ces fiancés, en vertu de leur baptême, sont déjà réellement insérés dans l’Alliance nuptiale du Christ avec l’Église, qu’avec une intention droite ils ont accueilli le projet de Dieu sur le mariage et que, par conséquent, au moins implicitement, ils consentent à ce que l’Église entend faire lorsqu’elle célèbre le mariage. Aussi, le seul fait que, dans leur demande, il entre également des motifs de caractère social, ne justifie pas un refus éventuel de la part des pasteurs. Du reste, comme l’a enseigné le Concile Vatican II, les sacrements, grâce aux paroles et aux éléments du rite, nourrissent et fortifient la foi,
SC 59 cette foi vers laquelle les fiancés sont déjà en chemin en vertu de la rectitude de leur intention, que la grâce du Christ ne manque assurément pas de favoriser et de soutenir.
Au-delà de toutes ces considérations, vouloir établir, pour l’admission à la célébration ecclésiale du mariage, d’autres critères qui concerneraient le degré de foi des fiancés, comporte de graves risques : avant tout, celui de prononcer des jugements non suffisamment fondés et discriminatoires ; le risque ensuite de soulever des doutes sur la validité de mariages déjà célébrés, non sans grave dommage pour les communautés chrétiennes, et de susciter de nouvelles inquiétudes injustifiées dans la conscience des époux. On tomberait dans le danger de contester ou de mettre en doute la sacramentalité de nombreux mariages de frères qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église catholique, et cela en contradiction avec la tradition ecclésiale.
Lorsque, au contraire, malgré toutes les tentatives qu’on a pu faire, les fiancés manifestent leur refus explicite et formel de ce que l’Église entend faire quand est célébré un mariage de baptisés, le pasteur d’âmes ne peut les admettre à la célébration. Même si c’est à contre cœur, il a le devoir de prendre acte de la situation et de faire comprendre aux intéressés que, les choses tant ce qu’elles sont, ce n’est pas l’Église, mais eux-mêmes qui empêchent la célébration que pourtant ils demandent.
Encore une fois apparaît dans toute son urgence la nécessité d’une évangélisation et d’une catéchèse pré-matrimoniales et post-matrimoniales à mettre en œuvre par toute la communauté chrétienne, pour permettre à tout homme et à toute femme qui se marient de célébrer le sacrement de mariage non seulement validement, mais encore avec fruit.
Pastorale post-matrimoniale
69. La sollicitude pastorale pour la famille régulièrement constituée signifie, concrètement, l’engagement de toutes les instances de la communauté ecclésiale locale pour aider le couple à découvrir et à vivre sa vocation et sa mission nouvelles. Pour que la famille devienne toujours davantage une vraie communauté d’amour, il est nécessaire que tous ses membres soient aidés et formés à leurs responsabilités en face des nouveaux problèmes qui se présentent, au service réciproque, à la participation à la vie de la famille.
Cela vaut surtout pour les jeunes familles qui, se trouvant dans un contexte de nouvelles valeurs et de nouvelles responsabilités, sont plus exposées, spécialement dans les premières années du mariage, à d’éventuelles difficultés, comme celles qui proviennent de l’adaptation à la vie en commun ou de la naissance des enfants. Les jeunes époux sauront accueillir cordialement et utiliser intelligemment l’aide discrète, délicate et généreuse d’autres couples qui vivent déjà depuis un certain temps l’expérience du mariage et de la famille. Ainsi, au sein de la communauté ecclésiale - grande famille formée de familles chrétiennes - se réalisera un échange mutuel, fait de présence et d’entraide, entre toutes les familles, chacune mettant au service des autres son expérience humaine, comme aussi les dons de la foi et de la grâce. Animée par un véritable esprit apostolique, cette entraide de famille à famille constituera l’un des moyens les plus simples, les plus efficaces et à la porté de tous pour répandre de proche en proche les valeurs chrétiennes qui sont le point de départ et le point d’aboutissement de toute charge pastorale. De cette façon, les jeunes familles ne se borneront pas à recevoir, mais à leur tour, grâce à cette aide, elles deviendront, par leur témoignage de vie et leur contribution active, une source d’enrichissement pour les autres familles qui sont fondées depuis un certain temps.
Dans l’action pastorale vis-à-vis des jeunes familles, l’Église devra aussi s’appliquer spécialement à les éduquer à vivre l’amour conjugal de façon responsable, en rapport avec ses exigences de communion et de service de la vie, et de même leur apprendre à concilier l’intimité de la vie de foyer avec la tâche généreuse qui incombe à tous d’édifier l’Église et la société humaine. Lorsque, avec la venue des enfants, le couple devient une famille au sens plénier et spécifique du terme, l’Église sera encore proche des parents pour leur permettre d’accueillir leurs enfants et de les aimer comme un don reçu du Seigneur de la vie, en assumant avec joie la fatigue de les servir dans leur croissance humaine et chrétienne.
II - STRUCTURES DE LA PASTORALE FAMILIALE
L’action pastorale est toujours l’expression dynamique de la réalité de l’Église engagée dans sa mission de salut. La pastorale familiale, forme particulière et spécifique de la pastorale, trouve elle aussi dans l’Église le principe de son action et son protagoniste responsable, à travers ses structures et ses membres actifs.
La communauté ecclésiale et en particulier la paroisse
70. Communauté à la fois sauvée et salvatrice, l’Église doit être considérée ici dans sa double dimension universelle et particulière. Celle-ci s’exprime et se réalise dans la communauté diocésaine, divisée pour des raisons pastorales en communautés plus petites parmi lesquelles la paroisse a une place à part, vu son importance particulière.
La communion avec l’Église universelle, loin de porter atteinte à la valeur et à l’originalité des diverses Églises particulières, les garantit et les développe ; ces dernières demeurent en effet les agents les plus immédiats et les plus efficaces pour mettre en œuvre la pastorale familiale. En ce sens, chaque Église locale et, en termes plus particuliers, chaque communauté paroissiale doit prendre une plus vive conscience de la grâce et de la responsabilité qu’elle reçoit du Seigneur en vue de promouvoir la pastorale de la famille. Tout plan de pastorale organique, à quelque niveau que ce soit, ne peut jamais omettre de prendre en considération la pastorale de la famille.
C’est à la lumière d’une telle responsabilité qu’il faut comprendre aussi l’importance d’une préparation adéquate pour tous ceux qui seront plus spécifiquement engagés dans ce genre d’apostolat. Les prêtres, les religieux et les religieuses, dès le temps de leur formation, seront orientes et formés de manière progressive et adaptée à leurs tâches respectives. Entre autres initiatives, il me plaît de souligner la récente création à Rome, auprès de l’Université pontificale du Latran, d’un Institut supérieur consacré à l’étude des problèmes de la famille. Dans certains diocèses également des Instituts de ce genre ont été fondés ; les évêques devront faire en sorte que le plus grand nombre possible de prêtres y fréquentent des cours spécialisés, avant d’assumer des responsabilités paroissiales. Ailleurs, des cours de formation sont périodiquement donnés par les Instituts supérieurs d’études théologiques et pastorales. De telles initiatives seront encouragées, soutenues, multipliées et évidemment ouvertes aussi aux laïcs qui y apporteront leur concours professionnel pour aider la famille (au plan de la médecine, du droit, de la psychologie, de la sociologie, de l’éducation).
La famille
71. Mais surtout on doit reconnaître la place singulière que tient en ce domaine la mission des conjoints et des familles chrétiennes, en vertu de la grâce reçue dans le sacrement. Une telle mission doit être mise au service de l’édification de l’Église, de la construction du Royaume de Dieu dans l’histoire. Cela est requis comme un acte d’obéissance docile au Christ Seigneur. C’est lui qui, en effet, par le mariage des baptisés élevé au rang de sacrement, confère aux époux chrétiens une mission particulière d’apôtres, en les envoyant comme ouvriers dans sa vigne et, de façon toute spéciale, dans le champ de la famille.
Dans cette activité, les époux chrétiens agissent en communion et en collaboration avec les autres membres de l’Église qui œuvrent aussi en faveur de la famille, en faisant fructifier leurs dons et leurs ministères. Ils accompliront cet apostolat avant tout au sein de leur propre famille, par le témoignage d’une vie vécue en conformité avec la loi divine sous tous ses aspects, par la formation chrétienne des enfants, par l’aide apportée à leur maturation dans la foi, par l’éducation à la chasteté, par la préparation à la vie, par le soin accordé à les préserver des dangers idéologiques et moraux dont souvent ils sont menacés, par leur insertion progressive, avec responsabilité, dans la communauté ecclésiale et dans la communauté civile, par l’assistance et les conseils dans le choix de leur vocation, par l’aide mutuelle entre les membres de la famille pour leur croissance commune au plan humain et chrétien, et ainsi de suite. Par ailleurs, l’apostolat de la famille s’épanouira sous forme d’œuvres de charité spirituelle et matérielle envers les autres familles, spécialement envers celles qui ont le plus besoin d’entraide et de soutien, envers les pauvres, les malades, les personnes âgées, les handicapés, les orphelins, les veuves, les époux abandonnés, les mères célibataires et celles qui, dans des situations difficiles, sont tentées de se défaire du fruit de leur sein, etc.
Les associations de familles au service des familles
72. Toujours dans le cadre de l’Église, sujet responsable de la pastorale familiale, il faut rappeler les divers regroupements de fidèles, dans lesquels se manifeste et se vit dans une certaine mesure le mystère de l’Église du Christ. Il importe donc de reconnaître et de valoriser les communautés ecclésiales, les groupes et les nombreux mouvements engagés de diverse manière, à des titres variés et à différents niveaux dans la pastorale familiale, en tenant compte pour chacun des caractéristiques, de la finalité, de l’impact et des méthodes propres.
Pour ce motif, le Synode a expressément reconnu l’apport utile de telles associations de spiritualité, de formation et d’apostolat. Leur rôle sera de susciter chez les fidèles un sens aigu de la solidarité, de favoriser une conduite de vie inspirée de l’Évangile et de la foi de l’Église, de former les consciences selon les valeurs chrétiennes et non d’après les critères de l’opinion publique, d’encourager les œuvres de charité orientées vers l’entraide mutuelle et vers les autres avec un esprit d’ouverture qui fasse des familles chrétiennes une véritable source de lumière et un ferment sain pour les autres familles.
Il est également désirable que, selon un sens très vif du bien commun, les familles chrétiennes s’engagent activement, à tous les niveaux, dans d’autres associations non ecclésiales. Certaines de ces associations se proposent la préservation, la transmission et la sauvegarde des vraies valeurs éthiques et culturelles du peuple auquel elles appartiennent, le développement de la personne humaine, la protection médicale, juridique et sociale de la maternité et de l’enfance, la juste promotion de la femme et la lutte contre tout ce qui blesse sa dignité, l’accroissement de la solidarité mutuelle, la connaissance des problèmes liés à la régulation responsable de la fécondité selon les méthodes naturelles conformes à la dignité humaine et à la doctrine de l’Église. D’autres visent la construction d’un monde plus équitable et plus humain, la promotion de lois justes favorisant l’ordre social qui convient dans le plein respect de la dignité et de toutes les libertés légitimes de l’individu et de la famille, au niveau national comme au niveau international, la collaboration avec l’école et avec les autres institutions qui complètent l’éducation des enfants, et ainsi de suite.
III - LES RESPONSABLES DE LA PASTORALE FAMILIALE
En plus de la famille - qui est l’objet, mais avant tout le sujet de la pastorale familiale -, il convient de rappeler aussi les autres responsables principaux dans ce secteur particulier.
Les évêques et les prêtres
73. Le premier responsable de la pastorale familiale dans le diocèse est l’évêque. Comme père et pasteur, il doit être particulièrement soucieux de ce secteur, sans aucun doute prioritaire, de la pastorale. Il doit lui consacrer intérêt, sollicitude, temps, personnel, ressources : mais par-dessus tout, il doit apporter un appui personnel aux familles et à tous ceux qui, dans les diverses structures diocésaines, l’assistent dans la pastorale de la famille. Il aura particulièrement à cœur la volonté de faire en sorte que son diocèse soit toujours davantage une véritable "famille diocésaine", modèle et source d’espérance pour tant de familles qui en font partie. La création du Conseil pontifical pour la Famille est à considérer dans ce contexte : il est fait pour être un signe de l’importance que j’attribue à la pastorale de la famille dans le monde, et en même temps un instrument efficace pour aider à la promouvoir à tous les niveaux.
Les évêques sont aidés en particulier par les prêtres dont la tâche - comme l’a expressément souligné le Synode - constitue une partie essentielle du ministère de l’Église à l’égard du mariage et de la famille. On doit dire la même chose des diacres auxquels sera éventuellement confiée la charge de ce secteur pastoral.
Leur responsabilité s’étend non seulement aux problèmes moraux et liturgiques, mais aussi aux problèmes de caractère personnel et social. Ils doivent soutenir la famille dans ses difficultés et ses souffrances, en se tenant aux côtés de ses membres, en les aidant à voir leur vie à la lumière de l’Évangile. Il n’est pas superflu de noter que, dans cette mission, exercée avec le discernement qui convient et un véritable esprit apostolique, le ministre de l’Église puise un nouveau stimulant et de nouvelles énergies pour sa propre vocation et pour l’exercice même de son ministère.
Préparés à cet apostolat en temps utile et de façon sérieuse, le prêtre et le diacre doivent se comporter constamment, au regard des familles, comme des pères, des frères, des pasteurs et des maîtres, en les aidant avec le secours de la grâce et en les éclairant avec la lumière de la vérité. Leur enseignement et leurs conseils devront donc être toujours en pleine consonance avec le Magistère authentique de l’Église, de manière à aider le peuple de Dieu à se former un sens exact de la foi à appliquer ensuite à la vie concrète. Cette fidélité au Magistère permettra aussi aux prêtres de veiller avec grand soin à maintenir l’unité dans leurs façons de juger, afin d’éviter aux fidèles des troubles de conscience.
Les pasteurs et les laïcs participent dans l’Église à la mission prophétique du Christ : les laïcs, en témoignant de la foi par la parole et par la vie chrétienne ; les pasteurs, en discernant dans ce témoignage ce qui est expression de foi authentique et ce qui correspond moins à la lumière de la foi ; la famille, en tant que communauté chrétienne, grâce à sa participation spéciale et à son témoignage de foi. Ainsi s’établit un dialogue entre les pasteurs et les familles. Les théologiens et les experts des problèmes familiaux peuvent favoriser grandement ce dialogue, en exposant exactement le contenu du Magistère de l’Église et celui de l’expérience de la vie de famille. En ce sens, l’enseignement du Magistère se comprend mieux et le chemin vers son développement progressif devient plus facile. Il est toutefois utile de rappeler que la norme prochaine et obligatoire dans la doctrine de la foi - cela concerne aussi les problèmes de la famille - appartient au Magistère hiérarchique. Des rapports clairs entre les théologiens, les experts des problèmes familiaux et le Magistère aident passablement à l’intelligence correcte de la foi et à la promotion d’un légitime pluralisme dans les limites de cette foi.
Religieux et religieuses
74. La contribution que les religieux et les religieuses, ainsi que les âmes consacrées en général, peuvent apporter à l’apostolat de la famille trouve son expression première, fondamentale et originale précisément dans leur consécration à Dieu : grâce à celle-ci, "ils évoquent aux yeux de tous les fidèles cette admirable union établie par Dieu et qui doit être pleinement manifestée dans le siècle futur, par laquelle l’Église a le Christ comme unique époux" ;
PC 12 cette consécration fait d’eux des témoins de la charité universelle qui, par la chasteté embrassée pour le Royaume des cieux, les rend toujours plus disponibles pour se consacrer généreusement au service de Dieu et aux œuvres d’apostolat.
C’est dire la possibilité qu’ont les religieux et les religieuses, les membres des Instituts séculiers ou d’autres Instituts de perfection, à titre individuel ou associés, d’apporter eux aussi aux familles un certain service, avec une particulière sollicitude pour les enfants, surtout s’ils sont abandonnés, non désirés, orphelins, pauvres ou handicapés ; et cela, en visitant les familles et en prenant soin des malades ; en entretenant des rapports de respect et de charité avec les familles incomplètes, en difficulté ou désunies ; en proposant enseignement et conseils pour préparer les jeunes au mariage et aider les couples dans le problème de la procréation vraiment responsable ; en ouvrant leurs maisons à l’hospitalité avec simplicité et cordialité, afin que les familles puissent y trouver le sens de Dieu, le goût de la prière et du recueillement, l’exemple concret d’une vie vécue dans la charité et dans la joie fraternelle convenant aux membres de la grande famille de Dieu.
Je voudrais ajouter, pour les responsables des Instituts de vie consacrée, une exhortation plus pressante à bien vouloir considérer - toujours dans le respect de l’essentiel de leur charisme propre et originel - l’apostolat au service des familles comme une de leurs tâches prioritaires, rendue plus urgente par la situation présente.
Laïcs spécialisés
75. Une aide sérieuse peut être apportée aux familles par les laïcs spécialisés (médecins, hommes de loi, psychologues, assistants sociaux et assistantes sociales, conseillers, etc.) : soit individuellement, soit engagés en diverses associations ou initiatives, ils prêtent leur concours pour les éclairer, les conseiller, les orienter, les soutenir. On peut bien leur appliquer les exhortations que j’ai eu l’occasion d’adresser à la Confédération des consulteurs familiaux d’inspiration chrétienne : Votre engagement mérite bien d’être qualifié de "mission", tant sont nobles les fins que vous poursuivez et si déterminants, pour le bien de la société et de la communauté chrétienne elle-même, les résultats qui en découlent... Tout ce que vous parviendrez à faire pour soutenir la famille est destiné à avoir une efficacité qui, débordant ses propres limites, atteindra encore d’autres personnes et influencera la société. L’avenir du monde et de l’Église passe par la famille". (JP II Discours à la Confédération des conseillers familiaux, 29/11/1980)
Usagers et artisans des moyens de communication sociale
76. Une parole particulière doit être réservée à cette catégorie si importante dans la vie moderne. On sait bien que les instruments de communication sociale "affectent, profondément parfois, le psychisme des usagers, tant sous l’aspect affectif et intellectuel que dans le domaine moral et même religieux", spécialement chez les jeunes. (Paul VI, Message pour la IIIe journée des communications sociales 7/4/1969) Ils peuvent donc exercer une influence bénéfique sur la vie et sur les habitudes de la famille comme sur l’éducation des enfants, mais en même temps il cachent aussi "des pièges et des périls qu’on ne saurait négliger ", (JP II, Message pour la journée mondiale des communications sociales 1/5/1980) et ils pourraient devenir le véhicule - parfois habilement et systématiquement manœuvré, comme il arrive, hélas, en divers pays du monde - d’idéologies destructrices ou de visions déformées de la vie, des familles, de la religion, de la moralité, en ne respectant pas la vraie dignité et le destin de l’homme.
Le péril est d’autant plus réel que "le style de vie, particulièrement au sein des nations industrialisées, entraîne souvent les familles à se décharger de leur responsabilité éducative. La facilité des occasions d’évasion (représentées à la maison par la télévision et certaines publications) permet d’occuper le temps libre et les activités des enfants et des jeunes" (JP II, Message pour la journée mondiale des communications sociales 10/5/1981) D’où "le devoir... de protéger avec soin les jeunes des "agressions" qu’ils subissent sous l’influence des mass media", en veillant à ce que l’usage de ceux-ci dans la famille soit réglé avec sagesse. C’est ainsi également que la famille devrait avoir à cœur de chercher, pour les enfants, d’autres divertissements plus sains, plus utiles et plus formateurs, au point de vue physique, moral et spirituel, "pour promouvoir et valoriser le temps libre des jeunes et mieux orienter leurs énergies". (JP II, Message pour la journée mondiale des communications sociales 10/5/1981)
En outre, vu que les instruments de communication sociale - comme d’ailleurs l’école et le milieu - ont un impact souvent considérable sur la formation des enfants, les parents doivent, en tant qu’usagers, prendre une part active dans l’utilisation modérée, critique, vigilante et prudente de ces moyens, en déterminant leur part d’influence sur leurs enfants, et dans l’intervention qui vise à "éduquer les consciences à porter elles-mêmes des jugements sereins et objectifs, qui les amèneront à accepter ou à refuser tels ou tels des programmes proposés". (Paul VI, Message pour la IIIe journée des communications sociales 7/4/1969)
Les parents feront un effort semblable pour chercher à avoir une influence sur le choix et la préparation des programmes eux-mêmes, en prenant les initiatives qui conviennent pour garder le contact avec les responsables des diverses instances de la production et de la transmission, afin de s’assurer qu’on ne passe pas abusivement sous silence les valeurs humaines fondamentales qui font partie du véritable bien commun de la société, et à plus forte raison qu’on ne leur porte pas expressément atteinte, mais qu’au contraire soient diffusés des programmes aptes à présenter, dans leur juste lumière, les problèmes de la famille et leur solution adéquate. À ce propos, mon prédécesseur Paul VI écrivait
"Les producteurs doivent connaître et respecter les exigences de
la famille. Et cela suppose parfois chez eux un grand courage et toujours un très haut sens de responsabilité. Ils doivent en effet s’interdire... tout ce qui peut blesser la famille, dans son existence, sa stabilité, son équilibre, son bonheur ; car toute atteinte aux valeurs fondamentales de la famille - qu’il s’agisse d’érotisme ou de violence, d’apologie du divorce ou des attitudes antisociales des jeunes - est une atteinte au vrai bien de l’homme". (Paul VI, Message pour la IIIe journée des communications sociales 7/4/1969)
Et moi-même, dans une occasion analogue, je soulignais que les familles "doivent pouvoir compter largement sur la bonne volonté, la droiture et le sens des responsabilités des professionnels des mass media : éditeurs, écrivains, producteurs, directeurs, dramaturges, informateurs, commentateurs et acteurs". (JP II, Message pour la journée mondiale des communications sociales 10/5/1981) C’est pourquoi l’Église aussi a le devoir de continuer à consacrer tous les efforts voulus à ces catégories de responsables, tout en encourageant et en soutenant en même temps les catholiques qui se sentent appelés à s’engager dans ces secteurs délicats et qui en ont les capacités.
IV LA PASTORALE FAMILIALE DANS LES CAS DIFFICILES
Circonstances particulières
77. Un engagement pastoral faisant plus encore appel à la générosité, à l’intelligence et à la prudence, selon l’exemple du Bon Pasteur, est nécessaire à l’égard des familles qui, souvent indépendamment de leur propre volonté ou sous le coup d’autres exigences de nature diverse, se trouvent devoir affronter des situations objectivement difficiles.
À ce sujet, il est nécessaire d’attirer spécialement l’attention sur quelques catégories particulières qui ont davantage besoin non seulement d’assistance, mais d’une action plus décisive sur l’opinion publique et surtout sur les structures culturelles, économiques et juridiques, afin d’éliminer au maximum les causes profondes de leurs difficultés.
Telles sont, par exemple, les familles de ceux qui émigrent pour des raisons de travail ; les familles de ceux qui sont astreints à de longues absences comme par exemple les militaires, les navigateurs, les voyageurs de toute sorte ; les familles des prisonniers, des réfugiés et des exilés ; les familles qui, dans les grandes cités, vivent pratiquement en marge des autres ; celles qui n’ont pas de maison ; celles qui sont incomplètes ou ne comportent que l’un des parents ; les familles qui ont des enfants handicapés ou drogués ; les familles d’alcooliques ; celles qui sont déracinées de leur milieu culturel et social ou qui risquent de le perdre ; celles qui souffrent de discrimination pour des motifs politiques ou pour d’autres raisons ; les familles divisées au plan idéologique ; celles qui ne parviennent pas à avoir facilement un contact avec la paroisse ; celles qui subissent la violence ou d’injustes traitements à cause de leur foi ; celles qui sont composées d’époux encore mineurs ; les personnes âgées plus d’une fois contraintes à vivre dans la solitude et sans les moyens de subsistance qu’il faudrait.
Les familles des migrants, spécialement lorsqu’il s’agit d’ouvriers ou de paysans, doivent pouvoir trouver partout dans l’Église une patrie qui soit leur. Il y a là un devoir naturel pour l’Église, elle qui est signe d’unité dans la diversité. Les migrants seront assistés autant que possible par des prêtres de leur rite, de leur culture, de leur langue. Il appartient à l’Église de faire appel à la conscience des citoyens et à tous ceux qui ont une autorité dans la vie sociale, économique et politique, afin que les ouvriers trouvent du travail dans leur propre région et dans leur patrie, qu’ils reçoivent un juste salaire, que les familles soient le plus tôt possible réunies, qu’elles soient prises en considération dans leur identité culturelle, qu’elles soient traitées à l’égal des autres et que leurs enfants aient la possibilité de bénéficier d’une formation professionnelle et d’exercer leur profession, comme aussi de posséder la terre nécessaire à leur travail et à leur subsistance.
Un problème difficile est celui des familles divisées au plan idéologique. Ces cas requièrent une préoccupation pastorale particulière. Il faut avant tout maintenir, avec la discrétion voulue, un contact personnel avec de telles familles. Les croyants doivent être fortifiés dans la foi et soutenus dans leur vie chrétienne. Même si la partie fidèle au catholicisme ne peut céder, il est nécessaire que soit toujours maintenu vivant le dialogue avec l’autre partie. Il importe de multiplier les manifestations d’amour et de respect, dans la ferme espérance de maintenir fortement l’unité. Cela dépend beaucoup aussi des rapports entre les parents et leurs enfants. Les idéologies étrangères à la foi peuvent du reste stimuler les membres croyants de la famille à croître dans la foi et dans le témoignage de leur amour.
D’autres moments difficiles où la famille a besoin de l’aide de la communauté ecclésiale et de ses pasteurs peuvent être : l’adolescence des enfants, agitée, contestataire et parfois même tumultueuse ; leur mariage, qui les sépare de leur famille d’origine ; l’incompréhension ou le manque d’amour de la part des personnes les plus chères ; le fait d’être abandonné par son conjoint ou de le perdre, ce qui ouvre la porte à la douloureuse expérience du veuvage ; la mort d’un membre de la famille qui mutile et transforme en profondeur le noyau originel de la famille.
De même, l’Église ne peut négliger l’étape de la vieillesse, avec tout ce qu’elle comporte de positif et de négatif : approfondissement possible de l’amour conjugal toujours plus purifié et qui bénéficie de la longue fidélité ininterrompue ; disponibilité à mettre au service des autres, sous une forme nouvelle, la bonté et la sagesse accumulées et les énergies qui demeurent ; mais aussi solitude pesante, plus souvent psychologique et affective que physique, à cause de l’éventuel abandon ou d’une insuffisante attention de la part des enfants ou des membres de la parenté ; souffrance provenant de la maladie, du déclin progressif des forces, de l’humiliation de devoir dépendre des autres, de l’amertume de se sentir peut-être à charge à ceux qui sont chers, de l’approche des derniers moments de la vie. Voilà les occasions dans lesquelles - comme l’ont suggéré les Pères du Synode - on peut plus facilement faire comprendre et faire vivre les aspects élevés de la spiritualité du mariage et de la famille, qui trouvent leur inspiration dans la valeur de la croix et de la résurrection du Christ, source de sanctification et de profonde joie dans la vie quotidienne, dans la perspective des grandes réalités eschatologiques de la vie éternelle.
Dans toutes ces situations, on n’omettra jamais la prière, source de lumière et de force en même temps qu’aliment de l’espérance chrétienne.
Mariages mixtes
78. Le nombre croissant de mariages entre catholiques et autres baptisés requiert par ailleurs une attention pastorale particulière à la lumière des orientations et des normes contenues dans les plus récents documents du Saint-Siège et dans ceux que les Conférences épiscopales ont élaborés, pour en permettre l’application concrète dans les diverses situations.
Les couples qui vivent l’expérience d’un mariage mixte présentent des exigences particulières qu’on peut réduire à trois catégories principales.
Avant tout, il faut avoir présent à l’esprit les devoirs de la partie catholique qui découlent de la foi, pour tout ce qui concerne le libre exercice de celle-ci et l’obligation qui s’ensuit de pourvoir, selon ses propres forces, à ce que les enfants soient baptisés et éduqués dans la foi catholique.
Il faut tenir compte des difficultés particulières inhérentes aux rapports entre mari et femme pour tout ce qui regarde le respect de la liberté religieuse : celle-ci peut être violée soit par des pressions indues pour obtenir le changement des convictions religieuses du conjoint, soit par des obstacles qui seraient mis à la libre manifestation de ces convictions dans la pratique : religieuse.
En ce qui concerne la forme liturgique et Canonique du mariage, les Ordinaires peuvent faire largement usage de leurs facilités selon les diverses nécessités.
En traitant de ces exigences spéciales, il faut tenir compte des Points suivants :
- dans la préparation qui convient à ce type de mariage, on doit accomplir tout effort raisonnable pour bien faire comprendre la doctrine catholique sur les qualités et les exigences du mariage, comme aussi pour s’assurer que n’existeront pas à l’avenir les pressions et les obstacles dont on vient de parler ;
- il est de la plus grande importance que, avec l’appui de sa communauté, la partie catholique soit fortifiée dans sa foi et positivement aidée à en acquérir une compréhension plus mûre et à mieux la pratiquer, de manière à devenir un vrai témoin crédible au sein de la famille, à travers la vie et la qualité de l’amour manifesté a l’autre conjoint et aux enfants.
Les mariages entre catholiques et autres baptisés présentent, tout en ayant une physionomie particulière, de nombreux éléments qu’il est bon de valoriser et de développer, soit pour leur valeur intrinsèque, soit pour la contribution qu’ils peuvent apporter au mouvement œcuménique. Cela se vérifie en particulier lorsque les deux époux sont fidèles à leurs engagements religieux. Le baptême commun et le dynamisme de la grâce fournissent aux époux, dans ces mariages, le fondement et la motivation qui les portent à exprimer leur unité dans la sphère des valeurs morales et spirituelles.
Dans ce but, et aussi pour mettre en évidence l’importance œcuménique d’un tel mariage mixte, vécu pleinement dans la foi des deux conjoints chrétiens, on recherchera, même si cela ne s’avère pas toujours facile, une cordiale collaboration entre le ministre catholique et le ministre non catholique, dès le moment de la préparation au mariage et des noces.
Quant à la participation du conjoint non catholique à la communion eucharistique, on suivra les normes établies par le Secrétariat pour l’unité des chrétiens. (Instruction In quibus rerum circumstantiis, 15/6/1972. Note du 17/10/1973).
En diverses parties du monde, on enregistre un nombre croissant de mariages entre catholiques et non baptisés. Dans nombre d’entre eux, le conjoint non baptisé professe une autre religion et ses convictions doivent être traitées avec respect, selon les principes de la déclaration Nostra aetate du Concile œcuménique Vatican II sur les relations avec les religions non chrétiennes. Mais dans beaucoup d’autres cas, particulièrement dans les sociétés sécularisées, la personne non baptisée ne professe aucune religion. Pour ces mariages, il est nécessaire que les Conférences épiscopales et les différents évêques prennent des mesures pastorales adéquates, visant à garantir la défense de la foi du conjoint catholique et la sauvegarde de son libre exercice, surtout quant à son devoir de faire ce qui est en son pouvoir pour que les enfants soient baptisés et éduqués de manière catholique. Le conjoint catholique doit être également soutenu de toute façon dans son effort pour donner, à l’intérieur de la famille chrétienne, un témoignage authentique de foi et de vie catholiques.
Action pastorale devant certaines situations irrégulières
79. Dans le soin qu’il a mis à protéger la famille dans toutes ses dimensions - et pas seulement la dimension religieuse -, le Synode des Évêques n’a pas manqué de prendre attentivement en considération quelques-unes des situations qui sont irrégulières au plan religieux et souvent même au plan civil et qui, dans les changements rapides affectant aujourd’hui les cultures, sont en train, hélas, de se répandre même parmi les catholiques, avec un sérieux dommage pour l’institution familiale et pour la société dont elle constitue la cellule fondamentale.
a) Le mariage à l’essai
80. Une première situation irrégulière consiste dans ce que l’on appelle "le mariage à l’essai", que beaucoup aujourd’hui voudraient justifier en lui attribuant une certaine valeur. Qu’il soit inacceptable, la raison humaine le laisse déjà entendre par elle-même, en montrant combien il est peu convaincant de parler d’un "essai" quand il s’agit de personnes humaines, dont la dignité exige qu’elles soient toujours et seulement le terme de l’amour de donation sans aucune limite, de temps ou autre.
Pour sa part, l’Église ne peut admettre ce type d’union pour des motifs supplémentaires et originaux découlant de la foi. D’un côté, en effet, le don du corps dans le rapport sexuel est le symbole réel de la donation de toute la personne ; une telle donation, d’ailleurs, dans le dessein actuel de Dieu, ne peut se réaliser dans sa pleine vérité sans le concours de l’amour de charité donné par le Christ. Et d’un autre côté, le mariage entre deux baptisés est le symbole réel de l’union du Christ avec l’Église, union qui n’est pas temporaire ou "à l’essai", mais éternellement fidèle ; entre deux baptisés, il ne peut donc exister qu’un mariage indissoluble.
Une telle situation ne peut normalement être surmontée si la personne humaine n’a pas été éduquée depuis son enfance, avec l’aide de la grâce du Christ et sans crainte, à dominer la concupiscence naissante et à instaurer avec les autres des rapports d’amour véritable. Cela ne s’obtient pas sans une vraie formation à l’amour authentique et à l’usage correct de la sexualité, capable d’introduire la personne humaine selon toutes ses dimensions, et donc aussi son corps, dans la plénitude du mystère du Christ.
Il sera très utile d’enquêter sur les causes de ce phénomène, même dans son aspect psychologique et sociologique, pour arriver à trouver une thérapie adéquate.
b) Unions libres de fait
81. Il s’agit d’unions qui n’ont aucun lien institutionnel publiquement reconnu, ni civil, ni religieux. Ce phénomène, toujours plus fréquent, ne peut pas ne pas attirer l’attention des pasteurs d’âmes, d’autant plus qu’il provient d’éléments bien divers et qu’en agissant sur eux il sera peut-être possible d’en limiter les conséquences.
Certains, en effet, se considèrent comme contraints à cet état par des situations difficiles d’ordre économique, culturel et religieux, dans la mesure où, en contractant un mariage régulier, ils seraient exposés à un dommage, à la perte d’avantages économiques, à des discriminations, etc. Chez d’autres, on rencontre une attitude de mépris, de contestation ou de rejet de la société, de l’institution familiale, de l’ordre socio-politique, ou encore la seule recherche du plaisir. D’autres, enfin, y sont poussés par l’ignorance et la pauvreté extrêmes, parfois aussi par des conditions de vie dues à des situations de véritable injustice, ou encore par une certaine immaturité psychologique qui les rend hésitants et leur fait craindre de contracter un lien stable et définitif. En certains pays, les coutumes traditionnelles prévoient le mariage proprement dit seulement après une période de cohabitation et après la naissance du premier enfant.
Chacun de ces éléments pose à l’Église des problèmes pastoraux ardus, à cause des graves conséquences qui en découlent, soit au plan religieux et moral (perte du sens religieux du mariage, conçu à la lumière de l’Alliance de Dieu avec son peuple ; privation de la grâce du sacrement ; grave scandale), soit même au plan social (destruction du concept de la famille ; affaiblissement du sens de la fidélité, même envers la société ; traumatismes psychologiques possibles chez les enfants ; affirmation de l’égoïsme).
Les pasteurs et la communauté ecclésiale s’appliqueront à bien connaître de telles situations et leurs causes concrètes, cas par cas ; ils auront à cœur d’approcher avec discrétion et respect ceux qui vivent ainsi ensemble ; de s’employer à les éclairer patiemment, à les reprendre avec charité, à leur donner un témoignage familial chrétien, autrement dit tout ce qui peut les acheminer vers la régularisation de leur situation. Par-dessus tout cependant, on fera une œuvre de prévention, en cultivant le sens de la fidélité dans toute l’éducation morale et religieuse des jeunes, en les instruisant sur les conditions et les structures qui favorisent cette fidélité sans laquelle il n’y a pas de vraie liberté, en les aidant à mûrir spirituellement, en leur faisant comprendre la riche réalité humaine et surnaturelle du mariage-sacrement.
Le peuple de Dieu interviendra aussi auprès des autorités publiques afin que celles-ci, résistant à ces tendances qui désagrègent la société elle-même et sont dommageables pour la dignité, la sécurité et le bien-être des divers citoyens, s’emploient à éviter que l’opinion publique ne soit entraînée à sous-estimer l’importance institutionnelle du mariage et de la famille. Et parce que, dans beaucoup de régions, à cause de l’extrême pauvreté découlant de structures économiques et sociales injustes et inadaptées, les jeunes ne sont pas dans des conditions leur permettant de se marier comme il convient, il faut souhaiter que la société et les autorités publiques favorisent le mariage légitime grâce à une série d’interventions sociales et politiques de nature à garantir le salaire familial, à prendre des mesures permettant une habitation apte à la vie familiale, à créer des possibilité adéquates de travail et de vie.
c) Catholiques unis par le seul mariage civil
82. Le cas de catholiques qui, pour des motifs idéologiques ou pour des raisons pratiques, préfèrent contracter un mariage civil, refusant ou repoussant à plus tard la célébration du mariage religieux, devient de plus en plus fréquent. On ne peut considérer que leur situation soit semblable à celle de ceux qui vivent ensemble sans aucun lien, car il y a au moins un certain engagement dans un état de vie précis et probablement stable, même si, souvent, la perspective d’un éventuel divorce n’est pas étrangère à cette décision. En demandant, de la part de l’État, la reconnaissance publique d’un tel lien, ces couples montrent qu’ils sont prêts à en assumer aussi les obligations en même temps que les avantages. Malgré cela, l’Église ne peut pas non plus accepter cette situation.
L’action pastorale tendra à faire admettre la nécessaire cohérence entre le choix de vie et la foi que l’on professe, et elle s’efforcera de faire tout ce qui est possible pour amener ces personnes à régulariser leur situation selon les principes chrétiens. Tout en faisant preuve à leur égard d’une grande charité et en les amenant à participer à la vie des diverses communautés, les pasteurs de l’Église ne pourront malheureusement pas les admettre aux sacrements.
d) Personnes séparées, et divorcés non remariés
83. Divers motifs, tels l’incompréhension réciproque, l’incapacité de s’ouvrir à des relations interpersonnelles, etc., peuvent amener à une brisure douloureuse, souvent irréparable, du mariage valide. Il est évident que l’on ne peut envisager la séparation que comme un remède extrême après que l’on ait vainement tenté tout ce qui était raisonnablement possible pour l’éviter.
La solitude et d’autres difficultés encore sont souvent le lot du conjoint séparé, surtout s’il est innocent. Dans ce cas, il revient à la communauté ecclésiale de le soutenir plus que jamais, de lui apporter estime, solidarité, compréhension et aide concrète afin qu’il puisse rester fidèle même dans la situation difficile qui est la sienne ; de l’aider à cultiver le pardon qu’exige l’amour chrétien et à rester disponible à une éventuelle reprise de la vie conjugale antérieure.
Le cas du conjoint qui a été contraint au divorce est semblable lorsque, bien conscient de l’indissolubilité du lien du mariage valide, il ne se laisse pas entraîner dans une nouvelle union, et s’emploie uniquement à remplir ses devoirs familiaux et ses responsabilités de chrétien. Alors, son témoignage de fidélité et de cohérence chrétienne est d’une valeur toute particulière pour le monde et pour l’Église ; celle-ci doit plus que jamais lui apporter une aide pleine de sollicitude affectueuse, sans qu’il y ait aucun obstacle à son admission aux sacrements.
e) Les divorcés remariés
84. L’expérience quotidienne montre, malheureusement, que ceux qui ont recours au divorce envisagent presque toujours de passer à une nouvelle union, évidemment sans cérémonie religieuse catholique. Et comme il s’agit là d’un fléau qui, comme les autres, s’attaque de plus en plus largement aux milieux catholiques eux-mêmes, il faut d’urgence affronter ce problème avec la plus grande sollicitude. Les Pères du Synode l’ont expressément étudié. L’Église, en effet, instituée pour mener au salut tous les hommes, et en particulier les baptisés, ne peut pas abandonner à eux-mêmes ceux qui - déjà unis dans les liens du sacrement de mariage - ont voulu passer à d’autres noces. Elle doit donc s’efforcer, sans se lasser, de mettre à leur disposition les moyens de salut qui sont les siens.
Les pasteurs doivent savoir que, par amour de la vérité, ils ont l’obligation de bien discerner les diverses situations. Il y a en effet une différence entre ceux qui se sont efforcés avec sincérité de sauver un premier mariage et ont été injustement abandonnés, et ceux qui par une faute grave ont détruit un mariage canoniquement valide. Il y a enfin le cas de ceux qui ont contracté une seconde union en vue de l’éducation de leurs enfants, et qui ont parfois, en conscience, la certitude. subjective que le mariage précédent, irrémédiablement détruit, n’avait jamais été valide.
Avec le Synode, j’exhorte chaleureusement les pasteurs et la communauté des fidèles dans son ensemble à aider les divorcés remariés. Avec une grande charité, tous feront en sorte qu’ils ne se sentent pas séparés de l’Église, car ils peuvent et même ils doivent, comme baptisés, participer à sa vie. On les invitera à écouter la Parole de Dieu, à assister au Sacrifice de la messe, à persévérer dans la prière, à apporter leur contribution aux œuvres de charité et aux initiatives de la communauté en faveur de la justice, à élever leurs enfants dans la foi chrétienne, à cultiver l’esprit de pénitence et à en accomplir les actes, afin d’implorer, jour après jour, la grâce de Dieu. Que l’Église prie pour eux, qu’elle les encourage et se montre à leur égard une mère miséricordieuse, et qu’ainsi elle les maintienne dans la foi et l’espérance !
L’Église, cependant, réaffirme sa discipline, fondée sur l’Écriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d’amour entre le Christ et l’Église, telle qu’elle s’exprime et est rendue présente dans l’Eucharistie. Il y a par ailleurs un autre motif pastoral particulier : si l’on admettait ces personnes à l’Eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et comprendraient mal la doctrine de l’Église concernant l’indissolubilité du mariage.
La réconciliation par le sacrement de pénitence - qui ouvrirait la voie au sacrement de l’Eucharistie - ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l’indissolubilité du mariage. Cela implique concrètement que, lorsque l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs - par l’exemple l’éducation des enfants remplir l’obligation de la séparation, "ils prennent l’engagement de vivre en complète continence, c’est-à-dire en s’abstenant des actes réservés aux époux " (JP II, Homélie à la messe de clôture du Vie Synode des Évêques, 25/10/1980)
De la même manière, le respect dû au sacrement de mariage, aux conjoints eux-mêmes et à leurs proches, et aussi à la communauté des fidèles, interdit à tous les pasteurs, pour quelque motif ou sous quelque prétexte que ce soit, même d’ordre pastoral, de célébrer, en faveur de divorcés qui se remarient, des cérémonies d’aucune sorte. Elles donneraient en effet l’impression d’une célébration sacramentelle de nouvelles noces valides, et induiraient donc en erreur à propos de l’indissolubilité du manage contracté validement.
En agissant ainsi, l’Église professe sa propre fidélité au Christ et à sa vérité ; et en même temps elle se penche avec un cœur maternel vers ses enfants, en particulier vers ceux qui, sans faute de leur part, ont été abandonnés par leur conjoint légitime.
Et avec une ferme confiance, elle croit que même ceux qui se sont éloignés du commandement du Seigneur et continuent de vivre dans cet état pourront obtenir de Dieu la grâce de la conversion et du salut, s’ils persévèrent dans la première la pénitence et la charité.
Ceux qui sont sans famille
85. Je désire encore ajouter quelques mots en faveur d’une catégorie de personnes que je considère, à cause des conditions concrètes dans lesquelles elles doivent vivre - et souvent sans l’avoir voulu -, particulièrement proches du Cœur du Christ et qui méritent donc affection et sollicitude empressée de l’Église et notamment des pasteurs.
Il existe en effet dans le monde un grand nombre de personnes qui malheureusement ne peuvent en aucune façon se référer à ce que l’on pourrait définir une famille au sens propre. De larges portions de l’humanité vivent dans des conditions d’extrême pauvreté, où la promiscuité, le manque de logement, les relations instables et irrégulières, le défaut complet de culture ne permettent pas, dans la pratique, de pouvoir parler de famille. D’autres personnes, pour des raisons diverses, sont restées seules au monde. Pourtant "la bonne nouvelle de la famille" s’adresse aussi à elles.
En ce qui concerne ceux qui vivent dans une pauvreté extrême, j’ai déjà parlé de la nécessité urgente de travailler avec courage afin de trouver des solutions, même au niveau politique, qui permettent de les aider à surmonter cette condition inhumaine de prostration. C’est un devoir qui revient, de façon solidaire, à toute la société, mais d’une manière spéciale aux autorités en raison de leur charge et donc de leur responsabilité, comme aux familles, qui doivent faire preuve d’une grande compréhension et d’une volonté d’entraide.
À ceux qui n’ont pas de famille naturelle, il faut ouvrir davantage encore les portes de la grande famille qu’est l’Église, laquelle prend un visage concret dans la famille diocésaine et paroissiale, dans les communautés ecclésiales de base ou dans les mouvements d’apostolat. Personne n’est sans famille en ce monde : l’Église est la maison et la famille de tous, en particulier de ceux qui "peinent et ploient sous le fardeau".
Mt 11,28
CONCLUSION
86. Vers vous, époux, vous, pères et mères de famille ; vers vous, jeunes gens et jeunes filles, qui êtes l’avenir et l’espérance de l’Église et du monde et qui serez, à l’aube du troisième millénaire, le noyau actif et vital de la famille ;
vers vous, vénérables et chers Frères dans l’épiscopat et le sacerdoce, chers fils et filles religieux et religieuses, et vous, âmes consacrées au Seigneur, qui êtes les témoins devant les époux de la réalité ultime de l’amour de Dieu ;
vers vous tous, hommes au jugement droit, qui à un titre ou un autre vous préoccupez du sort de la famille,
je me tourne avec une ardente sollicitude en achevant cette exhortation apostolique.
L’avenir de l’humanité passe par la famille !
Il est donc indispensable et urgent que tout homme de bonne volonté s’emploie de toutes ses forces à sauvegarder et à promouvoir les valeurs et les exigences de la famille.
Je me sens poussé à demander à ce sujet un effort particulier aux fils de l’Église. Dans la foi, ils ont une pleine connaissance du merveilleux dessein de Dieu, ils ont donc une raison de plus de prendre à cœur la réalité de la famille, dans ce temps d’épreuve et de grâce qui est le nôtre.
Ils doivent aimer la famille de façon particulière. C’est là une consigne concrète et exigeante.
Aimer la famille signifie savoir en estime les valeurs et les possibilités, en cherchant toujours à les promouvoir. Aimer la famille signifie reconnaître les dangers et les maux qui la menacent afin de pouvoir les surmonter. Aimer la famille signifie faire en sorte de lui assurer un milieu qui soit favorable à son développement. Et c’est encore une forme éminente de l’amour que de redonner à la famille chrétienne d’aujourd’hui, souvent tentée de se décourager ou angoissée par les difficultés croissantes, des raisons de croire en elle-même, dans ses richesses de nature et de grâce, dans la mission que Dieu lui a confiée. "Oui, il faut que les familles d’aujourd’hui se ressaisissent ! Il faut qu’elles suivent le Christ ! ".(JP II lettre Appropinquat iam 15/8/1980 n.1)
Les chrétiens ont en outre le devoir d’annoncer avec joie et conviction la "bonne nouvelle" sur la famille, laquelle a absolument besoin d’écouter encore et sans cesse et de comprendre toujours plus profondément les paroles authentiques qui lui révèlent son identité, ses ressources intérieures, l’importance de sa mission dans la cité des hommes et dans celle de Dieu.
L’Église connaît la route qui conduira la famille au cœur de sa vérité profonde. Cette route, que l’Église a apprise à l’école du Christ et à celle de l’histoire interprétée à la lumière de l’Esprit Saint, elle ne l’impose pas, mais elle ressent en elle-même une exigence imprescriptible de la proposer à tous, sans crainte, et même avec une confiance et une espérance très grandes, tout en sachant que la "bonne nouvelle" comporte aussi le langage de la croix. Or c’est à travers la croix que la famille peut atteindre la plénitude de son être et la perfection de son amour.
Je désire enfin inviter tous les chrétiens à collaborer, avec cordialité et courage, avec tous les hommes de bonne volonté qui exercent leurs responsabilités au service de la famille. Ceux qui se dépensent pour son bien, au sein de l’Église, en son nom et sous sa conduite, qu’il s’agisse de groupes ou d’individus, de mouvements ou d’associations, trouvent souvent auprès d’eux des personnes ou diverses institutions qui œuvrent pour le même idéal. Dans la fidélité aux valeurs de l’Évangile et de l’homme, et dans le respect d’un légitime pluralisme d’initiatives, cette collaboration pourra être favorable à une promotion plus rapide et plus totale de la famille.
En conclusion de ce message pastoral qui veut attirer l’attention de tous sur les tâches, lourdes mais passionnantes, de la famille chrétienne, je désire invoquer maintenant la protection de la sainte Famille de Nazareth.
En elle, par un mystérieux dessein de Dieu, le Fils de Dieu a vécu caché durant de longues années. Elle est donc le prototype et l’exemple de toutes les familles chrétiennes. Regardons cette Famille, unique au monde, elle qui a vécu de façon anonyme et silencieuse dans un petit bourg de Palestine, elle qui a été éprouvée par la pauvreté, par la persécution, par l’exil, elle qui a glorifié Dieu d’une manière incomparablement élevée et pure : elle ne manquera pas d’assister les familles chrétiennes, et même toutes les familles du monde, dans la fidélité à leurs devoirs quotidiens, dans la façon de supporter les inquiétudes et les tribulations de la vie, dans l’ouverture généreuse aux besoins des autres, dans l’accomplissement joyeux du plan de Dieu sur elles.
Que saint Joseph, "homme juste", travailleur infatigable, gardien absolument intègre de ce qui lui avait été confié, garde ces familles, les protège, les éclaire toujours !
Que la Vierge Marie, qui est Mère de l’Église, soit également la Mère de l’"Église domestique" ! Que grâce à son aide maternelle, toute famille chrétienne puisse devenir vraiment une "petite Église" dans laquelle se reflète et revive le mystère de l’Église du Christ ! Elle qui est la Servante du Seigneur, qu’elle soit l’exemple de l’accueil humble et généreux de la volonté de Dieu ! Elle qui fut la Mère douloureuse au pied de la croix, qu’elle soit là pour alléger les souffrances et essuyer les larmes de ceux qui sont affligés par les difficultés de leurs familles !
Et que le Christ Seigneur, Roi de l’univers, Roi des familles, soit présent, comme à Cana, dans tout foyer chrétien pour lui communiquer lumière, joie, sérénité, force. En ce jour solennel consacré à sa Royauté, je lui demande que toute famille sache apporter généreusement sa contribution originale à l’avènement de son Règne dans le monde, "Règne de vie et de vérité, de grâce et de sainteté, de justice, d’amour et de paix" (Préface de la solennité du Christ-Roi) vers lequel l’histoire est en marche.
À Lui, à Marie, à Joseph, je confie toute famille. Entre leurs mains et dans leur cœur, je dépose cette exhortation : qu’ils vous la remettent eux-mêmes, vénérables Frères et chers Fils, et qu’ils ouvrent vos cœurs à la lumière que l’Évangile rayonne sur chaque famille !
À tous et à chacun, en vous assurant de ma prière constante, j’accorde de grand cœur ma Bénédiction Apostolique au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Donné à Rome près de Saint-Pierre, le 22 novembre 1981, solennité du Christ, Roi de l’Univers, en la quatrième année de mon pontificat.
Le dernier Synode des Évêques, tenu à Rome du 26 septembre au 25 octobre 1980, est un signe de ce profond intérêt de l’Église pour la famille. Il a été la continuation naturelle des deux précédents (Homélie de J.P. II à la messe d’ouverture du 6e Synode des Évêques, 26 septembre 1980 n. 2 AAS 72 (1980) p.1008). La famille chrétienne, en effet, est la première communauté appelée à annoncer l’Évangile à la personne humaine en développement et à conduire cette dernière, par une éducation et une catéchèse progressives, à sa pleine maturité humaine et chrétienne.