Renouveau et fidélité de la Catéchèse
1. La catéchèse pose des problèmes de pédagogie. Par les textes évangéliques, nous savons que Jésus lui aussi a dû les affronter. Dans sa prédication aux foules, il s’est servi de paraboles pour communiquer sa doctrine de manière adaptée à l’intelligence de ses auditeurs. Dans son enseignement aux disciples, il procède progressivement, en tenant compte de leur difficulté à comprendre. Ainsi, c’est seulement dans la deuxième période de sa vie publique qu’il annonce expressément le chemin douloureux qui l’attend, et c’est seulement à la fin qu’il déclare ouvertement sa propre identité, non seulement de Messie mais de « Fils de Dieu ». Nous constatons aussi que, dans ses dialogues plus particuliers, il communique sa révélation en répondant aux questions de ses interlocuteurs et en employant un langage accessible à leur mentalité. Parfois, c’est lui-même qui pose des questions, qui soulève des problèmes.
Le Christ nous a montré la nécessité pour la catéchèse d’une adaptation multiforme, selon les groupes et les personnes auxquels elle est adressée. Il nous a indiqué aussi la nature et les limites de cette adaptation ; il a présenté à ses auditeurs toute la doctrine pour l’enseignement de laquelle il avait été envoyé et, devant les résistances de ceux qui l’écoutaient, il a exposé son message avec toutes les exigences de foi qu’il comportait. Rappelons-nous le discours sur l’Eucharistie, à l’occasion du miracle de la multiplication des pains : malgré les objections et les défections, Jésus a maintenu sa doctrine et a demandé l’adhésion de ses disciples (cf. Jn 6, 60-69). En transmettant à ses auditeurs l’intégralité de son message, il comptait sur l’action illuminatrice de l’Esprit Saint, qui ferait comprendre plus tard ce qui ne pouvait être compris sur-le-champ (cf. Jn 14, 26 ; 16, 13). Donc, pour nous aussi, adaptation de la catéchèse ne doit pas signifier réduction ou mutilation du contenu de la doctrine révélée, mais plutôt effort pour la faire accepter dans une adhésion de foi, dans la lumière et avec la force de l’Esprit-Saint.
2. Suivant l’exemple de son unique Maître qui est Jésus, l’Église, dans sa catéchèse, a cherché à s’adapter à ceux auxquels elle voulait communiquer la lumière de l’Évangile. Cet effort d’adaptation s’est manifesté de manière particulière à une époque récente, qui a été marquée par un progrès de la spécialisation catéchétique : de fait, les instituts de formation catéchétique se sont multipliés, on a étudié systématiquement les méthodes de la catéchèse, et on a proposé les moyens les plus efficaces pour l’enseignement religieux. Il est souhaitable que cet effort continue et se développe encore. Les problèmes de l’adaptation sont nombreux et difficiles, ils varient selon les lieux et les époques, et ils ne cesseront pas de se poser dans l’avenir aussi.
Il faut observer que des problèmes, aujourd’hui, sont liés à ceux du développement des nouveaux moyens de communication sociale. À côté des formes simples et traditionnelles de la catéchèse, il y a place pour un enseignement catéchétique qui utilise les moyens les plus modernes de diffusion. L’Église ne peut qu’encourager les tentatives de créer de nouvelles formes de transmission de la vérité évangélique. On doit regarder favorablement toutes les initiatives valables en un tel domaine, et on doit féliciter ceux qui assument à cet égard le rôle de pionniers.
3. La catéchèse n’a donc aucunement l’intention de se fossiliser en ce qui a été fait dans le passé. Comme je l’ai reconnu dans l’« exhortation » Catechesi tradendae, la catéchèse « a besoin d’un renouveau continu dans un certain élargissement de son concept même, dans ses méthodes, dans la recherche d’un langage adapté, dans la mise à profit de nouveaux moyens de transmission du message » (n. 17). On peut dire que la catéchèse, comme l’Église elle-même, est tendue vers un avenir meilleur que le passé, un avenir qui demande une collaboration active de tous les intéressés et une ouverture attentive aux progrès de la société humaine.
Le besoin de renouveau demande un effort constant de réflexion sur les résultats obtenus. On ne peut partir du principe selon lequel tout ce qui est nouveau est bon et fécond : l’important est de vérifier par l’expérience l’efficacité de la voie suivie. Si dans les temps récents il y a eu un effort notable de développement des méthodes catéchistiques, on ne peut toutefois ignorer qu’en divers endroits on a exprimé des plaintes fréquentes concernant les lacunes et les résultats guère flatteurs de certaines méthodes nouvelles. Le Synode de 1977 n’a pas manqué de signaler « les limites et les déficiences qui sont en contraste avec un progrès indéniable de la vitalité de l’activité catéchétique et des initiatives prometteuses » (Catechesi tradendae, n. 17). Ces déficiences doivent susciter une révision attentive des moyens employés et de la doctrine transmise.
4. Le Synode a souligné en particulier la nécessité d’un enseignement organique et systématique, non improvisé. S’il est vrai que « la répétition par habitude porte à la stagnation, à la léthargie et en définitive à la paralysie », il faut reconnaître que « l’improvisation inconsidérée engendre le désarroi des catéchisés et de leurs parents lorsqu’il s’agit d’enfants, les déviations de toutes sortes, la rupture et finalement la ruine totale de l’unité » (ibid.).
En plus du caractère systématique, avec un programme et des objectifs précis, trois autres caractéristiques de l’enseignement catéchétique ont été rappelées à la fin des débats du Synode. L’enseignement doit être « un enseignement qui insiste sur l’essentiel, sans prétendre aborder toutes les questions disputées ni se transformer en recherche théologique ou en exégèse scientifique ; un enseignement toutefois suffisamment complet, qui ne s’arrête pas à la première annonce du mystère chrétien, tel que nous l’avons dans le kérygme ; une initiation chrétienne intégrale ouverte à toutes les composantes de la vie chrétienne » (Catechesi tradendae, n. 21).
La volonté de donner un enseignement complet est le résultat spontané d’une attitude de foi et d’amour qui adhère à toute la révélation et qui désire la communiquer. L’esprit de foi est nécessaire à toute catéchèse chrétienne. La recherche et la mise au point des méthodes les plus adaptées ne suffiraient pas si elles n’étaient pas animées d’un tel esprit de foi. Les aspects scientifiques de la pédagogie ne pourraient pas suppléer un manque de foi. En réalité, c’est la foi qui pousse le catéchiste à rechercher la méthode la meilleure pour exposer et transmettre la doctrine. C’est la foi qui forme l’âme de la catéchèse et qui inspire tout l’effort de la pédagogie dans l’enseignement religieux.
D’autre part, la catéchèse, puisqu’elle est un des modes de la transmission de la Révélation dans l’Église, ne peut pas ne pas être déterminée dans son contenu et dans ses méthodes par la structure propre à cette transmission, qui implique le lien indissoluble entre Écriture sainte, Tradition et magistère (cf. Dei verbum, 10). Nous aurons l’occasion de revenir sur cette structure au cours de nos instructions suivantes.
Le dialogue œcuménique, don de Dieu à l’Église et au monde
1. En cette semaine de prières spéciales pour l’Unité des chrétiens, il est bon que nous réfléchissions ensemble sur cet engagement qui est commun à tous les baptisés. Dans le monde entier, ces jours-ci, catholiques, orthodoxes, anglicans et protestants se rencontrent pour demander ensemble au Seigneur le don de l’unité parfaite. Dans l’hémisphère Sud, la semaine de prière aura lieu aux alentours de la Pentecôte, sur le même thème. L’unique thème et l’unique but créent une syntonie qui nous fait goûter à l’avance la concorde de la pleine unité.
Cette année, la Semaine de prière pour l’Unité a lieu vingt ans après la promulgation du décret conciliaire sur l’œcuménisme, Unitatis redintegratio. De ce jour (21 novembre 1964) jusqu’à aujourd’hui, le mouvement œcuménique a connu une expansion imprévisible. Seule la grâce de Dieu a pu inspirer tout cela. Et la réponse des croyants a été généreuse, parfois difficile, toujours désireuse d’être en cohérence avec la vocation chrétienne. Au-delà de l’effort nécessaire pour rétablir un nouveau rapport avec tous les autres chrétiens, la rencontre a été profondément joyeuse. Redécouvrir dans les autres, jusqu’à il y a peu de temps inconnus ou considérés comme des adversaires, le visage du frère, est un don inestimable du Seigneur, qui a appelé tous les chrétiens dans la communauté de foi et d’amour qui est l’Église de Dieu. Le décret conciliaire sur l’œcuménisme a indiqué les principes catholiques pour la participation au mouvement œcuménique ; il a suggéré les instruments pour le mettre en œuvre ; il a présenté les autres chrétiens comme des frères avec leur histoire propre, qu’il faut examiner attentivement pour entrer en dialogue avec eux afin d’aplanir les divergences qui ont causé le scandale de la division. L’Église catholique est ainsi engagée dans le dialogue multilatéral et est entrée en dialogue direct avec toutes les Églises et Communautés ecclésiales d’Orient et d’Occident. Ces dialogues, distincts les uns des autres précisément pour examiner à fond les différences spécifiques, tendent, en définitive à un but unique : l’Unitatis redintegratio, le rétablissement de la pleine unité de tous les chrétiens.
Il s’agit d’un processus complexe et délicat. Il implique des problèmes de foi, de doctrine, de liturgie, de discipline. Selon les compétences, les modalités et les responsabilités diverses, il intéresse tous les baptisés, aussi bien les pasteurs et les théologiens dans leurs études pour le dialogue que tous les autres fidèles dans la vie chrétienne de chaque jour (cf. UR n. 5).
Dans cette situation complexe, les textes que les diverses commissions mixtes de dialogue sont en train de publier dessinent des convergences importantes sur des problématiques essentielles à la recomposition de la pleine unité. Ces résultats positifs encouragent la poursuite du contact fraternel et du dialogue théologique. D’autre part, les difficultés mêmes que l’on rencontre et les problèmes que l’on n’a pas encore affrontés poussent à cette poursuite du dialogue. Le décret Unitatis redintegratio offre encore un stimulant valable et des orientations sûres pour atteindre le but, fixé par le Seigneur lui-même : l’unité parfaite.
2. Au mouvement œcuménique tout entier, la prière fournit soutien, inspiration, consistance. D’année en année, cette semaine spéciale nous mobilise et nous appelle à un engagement accru. Les divers thèmes de réflexion, suggérés d’un commun accord par notre Secrétariat pour l’Unité des chrétiens et le Conseil œcuménique des Églises, nous amènent à considérer de nouveau, ensemble, des aspects essentiels et complémentaires de la pleine unité de tous les chrétiens.
Le thème de cette année souligne la rédemption opérée par le Christ Jésus, qui nous a fait passer « de la mort à la vie ». « Dieu, riche en miséricorde, à cause du grand amour avec lequel il nous a aimés, de morts que nous étions à cause de nos péchés, nous a fait revivre dans le Christ. » (Ep 2, 4) Cette réalité mystérieuse et miséricordieuse concerne tous ceux qui croient en Jésus-Christ. Le décret sur l’œcuménisme a affirmé que tous les chrétiens sont justifiés par le baptême de la foi (cf. UR n. 3) et a ajouté : « Par le sacrement de baptême, toutes les fois qu’il est conféré comme il convient selon l’institution du Seigneur et reçu avec les dispositions intérieures requises, l’homme est incorporé vraiment au Christ crucifié et glorifié, il est régénéré pour participer à la vie divine. » (UR n. 22.) Tous les autres chrétiens sont donc nos frères et dans une certaine communion, véritable et profonde, avec l’Église catholique, même si ce n’est pas encore dans une communion parfaite.
Cette situation commune de rachetés dans le Christ Jésus nous pousse à la pleine unité. Le baptême tend vers la réalisation de la plénitude de la vie dans le Christ, à la profession intégrale de la foi, à l’incorporation intégrale dans l’institution du salut, comme le Christ l’a voulu, et enfin à la célébration commune de l’Eucharistie du Seigneur. La rédemption commune réalisée par l’unique baptême constitue le dynamisme interne de grâce vers la pleine unité. La recherche de l’unité n’est donc motivée par aucun facteur externe ou contingent. Elle provient intrinsèquement de notre même foi dans l’unique Seigneur, qui « pour nous les hommes et pour notre salut » s’est fait homme, est mort sur la croix pour nous racheter tous. Cependant, la situation du monde fait qu’il a aujourd’hui un plus grand besoin du témoignage chrétien de réconciliation et d’unité. Un nouveau témoignage d’unité est nécessaire, aussi bien pour aider les incitations positives qui se font jour dans le monde, à une convivence pacifique, que pour corriger et éviter les tentations de mort et de haine qui s’insinuent parmi les hommes.
Accueillons donc l’invitation de l’apôtre Paul contenue dans cette même lettre aux Éphésiens d’où a été tiré le thème de cette Semaine de prière pour l’Unité : « Je vous exhorte à vous comporter de manière digne de la vocation que vous avez reçue, en toute humilité, avec douceur et patience, vous supportant les uns et les autres avec amour, cherchant à conserver l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix. » (Ep 4, 1-3.)
En harmonie avec cette vocation, que chacun, selon le ministère qui lui est propre et sa propre fonction dans l’Église, contribue à l’édification du Corps du Christ « pour que nous arrivions tous à l’unité de la foi » (Ep 4, 13).
3. Dans ce but, prions maintenant tous ensemble en disant : Accorde-nous, Seigneur, la paix et l’unité. Que la paix du Christ nous guide dans notre vie : dans la paix, Dieu nous a tous appelés à former un seul corps. Accorde-nous, Seigneur, la paix et l’unité. Dans sa chair, Jésus-Christ a détruit tous les murs de séparation : par sa mort sur la croix, il a détruit toute hostilité. Il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Il n’y a qu’un seul corps et un seul Esprit, et nous sommes tous appelés à une seule espérance. Prions : Père, donne-nous la grâce de nous aimer les uns les autres, afin que, dans l’unité de l’Esprit, nous professions notre foi en vivant dans la concorde et la sainte paix, témoins de l’Évangile de salut de l’unique Seigneur du ciel et de la terre, Jésus-Christ, ton Fils, qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.
Le voyage au Venezuela, en Équateur, au Pérou et à Trinidad-Tobago
1. Je désire aujourd’hui manifester mon humble gratitude à Dieu, le Bon Pasteur, pour le ministère qu’il m’a permis d’accomplir, du 26 janvier au 6 février, à l’égard de l’Église qui est en Amérique latine. Concrètement, au Venezuela, en Équateur et au Pérou, avec la halte à Trinidad-Tobago sur la route du retour.
Les épiscopats des pays cités avaient exprimé le désir que l’Évêque de Rome, comme Successeur de Pierre, s’insère pendant quelques jours, par son ministère pastoral, dans ce travail apostolique stable et systématique qu’eux-mêmes, avec les prêtres et les laïcs accomplissent dans les Églises locales qui leur sont confiées.
Ce ministère, qui est une manifestation particulière de la collégialité des évêques, fait aussi référence à la tradition primitive de visite apostolique et met en évidence l’unité et la catholicité de l’Église. On peut dire qu’en cela l’esprit du Concile Vatican II, en particulier son ecclésiologie, se trouve respecté.
En cette occasion, je désire également manifester ma gratitude aux Églises et aux peuples dont il m’a été donné de goûter l’hospitalité au cours des jours passés. Je remercie les chefs d’État et les organismes administratifs qui ont considérablement facilité ma visite.
Le Venezuela
2. Les trois jours entiers passés au Venezuela m’ont permis d’approcher les problèmes vécus par l’Église dans ce pays et de prendre part aux tâches apostoliques qu’elle doit affronter. Une synthèse de ces tâches a été « une mission nationale » de plusieurs mois qui a précédé la visite du Pape. La visite elle-même, au cours de trois jours à peine, devait avoir un caractère synthétique et, en même temps, nécessairement sélectif. Je pense cependant que la possibilité m’a été donnée d’approcher ce qui est le plus caractéristique dans la géographie et dans la structure du travail pastoral de l’Église au Venezuela.
La capitale du pays, Caracas, a été le centre principal des rencontres. J’ai tout d’abord à l’esprit la concélébration eucharistique devant l’image de la Vierge de Coromoto, patronne du pays. La statue qui sera vénérée dans son nouveau sanctuaire à Guanare avait été transférée dans la capitale. L’autre centre de la côte ouest, Maracaibo (un des principaux centres de la production pétrolière), nous a fait passer dans une autre région de la tradition religieuse et du dynamisme apostolique sur la côte de la mer des Caraïbes. Ensuite le tour vers le sud, dans la région des Andes, à Mérida où les traditions religieuses de la population, principalement agricole, sont particulièrement enracinées et toujours vivantes. Enfin, le quatrième point : un grand centre industriel qui est en train de naître à Ciudad Guayana, sur l’Orénoque, avec un jeune diocèse (le diocèse de Ciudad Guayana a été érigé le 20 août 1979) qui se trouve affronté aux tâches difficiles de la pastorale du monde industriel.
À cette structure géographique de la visite se liait aussi la structure thématique. La rencontre avec l’épiscopat et le regard sur l’histoire de l’Église dans le pays qui lie son indépendance à la figure de Simon Bolivar. Le sujet a été la famille au centre de l’assemblée de Caracas. La rencontre avec les ecclésiastiques, les prêtres, les religieux et les religieuses, les instituts séculiers. La rencontre avec les représentants principaux de l’apostolat des laïcs (entre autres la CLAT et les moyens de communication sociale). La rencontre avec les jeunes. Enfin, la rencontre avec le monde du travail, principalement du travail industriel à Ciudad Guayana.
Le Venezuela a une superficie d’environ un million de kilomètres carrés et environ 16 millions d’habitants. L’immense majorité se regroupe près de la côte atlantique. L’intérieur très vaste du pays est peu peuplé et la pastorale revêt un caractère missionnaire. Même si toute la visite a été concentrée sur quelques centres, tout le possible a été fait pour que le pays tout entier et l’Église tout entière du Venezuela se sente embrassés par elle. La tâche la plus importante pour l’avenir semble être, sur le fond de la vivante tradition religieuse, la consolidation de la conscience de la vocation chrétienne et, en particulier, des vocations sacerdotales et religieuses du pays. Il en va de même pour le maintien et le développement des bonnes traditions pour ce qui concerne la réalisation de la doctrine sociale de l’Église dans les différents secteurs de la vie.
L’Équateur
3. La vie de l’Église en Équateur se concentre dans trois provinces (ou métropoles) : Quito, Cuenca et Guayaquil. Ces trois villes ont constitué les trois principales étapes de la visite du Pape. Quito est la capitale du pays, et c’est là que s’est déroulée la partie officielle de la visite aux autorités de l’État. Sous l’aspect ecclésial, nous avons célébré solennellement à Quito le 450e anniversaire du début de l’évangélisation. Le caractère de la ville témoigne en même temps de la grande contribution que Quito a donnée à l’histoire de l’annonce de l’Évangile, comme en témoigne également l’histoire de la culture nationale. Chacune des rencontres a trouvé sur ce fond une juste éloquence : rencontre avec l’épiscopat et aussi avec les ecclésiastiques à la cathédrale, à la fin du premier soir, avec les jeunes, avec les moyens de communication (radio nationale catholique), avec le monde religieux (les religieuses), avec les représentants de la culture et de la science et avec le monde du travail, avec le corps diplomatique qui a été invité à la nonciature apostolique.
Cuenca : La concélébration solennelle pour la famille et pour les vocations.
Guayaquil : La plus grande ville sur le bord du Pacifique avec, le premier soir, le programme marial dans la nouvelle église de la Vierge de Czestochowa et surtout au sanctuaire de l’« Alborada » avec la nombreuse participation des jeunes. Le jour suivant : la visite à Guasmo, à la périphérie de Guayaquil où parmi la population très pauvre qui afflue dans la ville, travaillent des prêtres et des religieuses. Ensuite, la concélébration solennelle liée à la béatification de la Mère Mercedes de Jesus Molina, fondatrice de la première congrégation féminine en Équateur.
La rencontre à Latacunga avec les indigènes et avec les premiers habitants de ce pays (les Indiens) a été un chapitre à part de la visite. La rencontre a été riche de contenus fondamentaux de nature sociale. En effet, le problème de la juste participation des « Indiens » à la vie de l’Équateur est posé par eux-mêmes et par l’Église, ainsi que celui des inégalités sociales qui attend toujours une plus juste solution. L’Église qui est en Équateur — avec son épiscopat, ses ecclésiastiques, ses religieux (qui ont de grands mérites) et avec son apostolat croissant des laïcs — apparaît comme profondément liée à la société. La préparation à la visite du Pape a été longue. Les innombrables confessions, les croix portées par les participants aux rencontres et enfin les foules nombreuses dans tous les lieux de célébrations, dans les rues et sur les routes en rendent témoignage. Même si la visite ne pouvait être faite à toutes les régions du pays, on a eu l’impression qu’une partie considérable de leurs habitants est venue des différentes zones pour y participer.
Le Pérou
4. Le Pérou est un grand pays (1 300 000 kilomètres carrés et 18 230 000 habitants) composé de trois régions géographiques (la côte, la montagne et la forêt) et il est également très composite dans sa signification ethnique. Il fut un temps où existait ici l’empire des Incas et une bonne partie de la population utilise maintenant ses langues propres (quechua, aymara et d’autres). En même temps, tout le pays est catholique et l’Église constitue un lien particulier entre les habitants du pays. « Le problème social », où l’Église a une responsabilité pour une juste solution, existe aussi sur une vaste échelle.
La visite a commencé à Lima La très ancienne cathédrale est un des plus anciens centres d’évangélisation en Amérique latine. Lima est aussi la ville de deux saints de ce continent : sainte Rose et saint Martin de Porres. Le programme du premier soir, consacré aux « forces vives » de l’Église au Pérou, les ecclésiastiques et les laïcs, a commencé par la visite de la cathédrale et par la vénération des reliques de ces saints. Ensuite a eu lieu la visite à la résidence du président du Pérou avec la bénédiction donnée, à sa demande, aux représentants des autorités et du Parlement.
Le programme de la visite nous a conduit en de multiples lieux sur le territoire du pays où les habitants de chacune des régions se sont regroupés dans la liturgie et dans la prière, écoutant la parole du Pape. Ces lieux ont été : Arequipa, avec la béatification de Sœur Ana de los Angeles Monteagudo et le couronnement de la statue de la Vierge de Chapi (2 février). Ensuite, Cuzco, capitale de l’antique empire des Incas, avec le couronnement de la statue de la Vierge du Carmel de Paucartambo, et l’homélie adressée aux anciens habitants, les Indiens, une population qui travaille surtout dans l’agriculture (3 février). Et puis Ayacucho : la prière de l’« Angelus » et le discours contre la violence. Le 4 février, la visite s’est orientée vers le Nord, en commençant à Callao sur le thème « maladie-souffrance » en passant par Piura (thème : l’évangélisation, car c’est là qu’a commencé la prédication de l’Évangile au XVIe siècle) jusqu’a Trujillo (liturgie eucharistique pour les ouvriers). Le dernier jour (5 février, Iquitos), avec la rencontre avec les communautés indigènes de la région de la « forêt amazonienne ».
Chaque jour, on revenait dans la capitale, une ville de six millions d’habitants, le tiers du Pérou, où ont eu lieu les rencontres centrales : avec les jeunes (2 février) ; le 3 février, l’Eucharistie pour les familles avec l’ordination sacerdotale, la rencontre avec l’épiscopat et la visite au siège de la conférence, la rencontre avec le corps diplomatique. Enfin, le jour du départ (5 février), la visite à l’un des « pueblos jovenes », le grand quartier de la plus grande pauvreté, parmi tant d’autres.
5. Ce cadre ne rend pas suffisamment compte du climat de la visite qui fut, avant tout, chargé de foi vive, d’amour et de confiance à l’égard de l’Église. Sans cesse, on a répété la demande de bénédiction qui est une manifestation particulière de la religiosité de nos frères qui vivent dans l’extrême zone occidentale de l’Amérique du Sud. Il semble que l’on puisse exprimer les désirs les plus essentiels qui les entraînent et qui ont été exprimés par des représentants de « pueblos jovenes » à Lima : le désir de Dieu et le désir de pain. Le premier est leur richesse spirituelle et il faut tout faire pour maintenir et approfondir cette richesse. L’autre est lié à la pauvreté et aux malheurs de larges cercles et même au cri toujours plus conscient pour la justice sociale. Il faut tout faire pour réaliser cette justice, sans recourir à la violence et au totalitarisme, en conservant l’ordre démocratique auquel ces sociétés sont honnêtement liées. Jamais le pain ne doit manquer pour qui que ce soit !
Trinidad-Tobago
6. La brève visite à Trinidad-Tobago n’a pas été seulement un « ajout » aux trois pays bolivariens. Les maîtres de maison, sur le plan civil et sur le plan ecclésiastique, ont fait tout leur possible pour que cette halte soit une véritable visite. C’est pourquoi je désire leur exprimer ma gratitude. Je désire aussi exprimer ma joie, avant tout pour le fait que cette société si multiple dans son origine et qui a expérimenté pendant de nombreux siècles l’amertume de l’esclavage et de la dépendance coloniale, est aujourd’hui une société de citoyens libres et elle est manifestement mûre pour cette liberté. Ensuite, j’exprime ma joie pour le fait que l’Église, entreprenant l’activité œcuménique et la collaboration avec les représentants des autres religions (en particulier la religion hindoue), vit sa vie authentique et sert le bien de toute la société à Trinidad-Tobago. On sait que le nom « Trinidad-Tobago » vient de Christophe Colomb qui a voulu, de cette manière, vénérer la Très Sainte Trinité.
Je remercie encore la Trinité de m’avoir permis de faire ce pèlerinage apostolique. En son nom, je vous bénis tous, très chers frères et sœurs, et j’étends avec affection ma bénédiction à toutes les populations rencontrées en ces pays du continent de l’espérance.
Carême et conversion
1. L’audience d’aujourd’hui a lieu le jour des « Cendres », qui marque le début du carême. La lecture que vous venez d’entendre est tirée de la liturgie du jour. Ce qui y est exprimé suppose la conscience que nous sommes « poussière » à cause de nos péchés. D’où la nécessité de nous humilier devant Dieu. L’« imposition des cendres » veut précisément exprimer cet acte d’humilité, animé par l’espérance du pardon divin.
« Tu es poussière et tu retourneras en poussière ! « Gn 3, 19.)
Ce furent les paroles sévères adressées par Yahvé à nos premiers parents pour leur faire comprendre l’une des tristes conséquences du péché commis. Par le terme « poussière », le texte sacré veut nous représenter la fragilité de la nature humaine comme conséquence du péché originel. Dieu avait, certes, « modelé » l’homme « avec la glaise du sol », mais, dans ses intentions créatrices, il avait également « insufflé dans ses narines une haleine de vie » (cf. Gn 2, 7), afin que la dimension matérielle, terrestre de l’être humain fût animée et guidée par le « souffle » de cette vie spirituelle, qui constitue la personne humaine « à l’image et à la ressemblance de Dieu » (cf. Gn 1, 26-27).
Par le péché, cette divine « icône » a été comme ternie, l’homme a perdu cette « justice » et cette immortalité dont il jouissait au jardin de l’Éden et l’aspect « terrestre » de son être est apparu au premier plan — ce que saint Paul nommera la « chair » — en opposition à l’aspect spirituel. L’homme est devenu « poussière » : c’est-à-dire une réalité fragile, caduque, mortelle. Sa soif d’infini, de vie éternelle et sans fin, a été déçue. L’esprit est devenu esclave des forces inférieures et l’« homme de la concupiscence » est né.
2. La liturgie de ce jour veut nous rappeler toutes ces choses non pour nous plonger dans l’angoisse par la conscience de notre triste condition de pécheurs voués à la mort, mais pour qu’en prenant courageusement acte de notre condition, nous nous disposions avec foi, bonne volonté et un véritable esprit de pénitence, à mettre en œuvre tous les moyens que le Christ Rédempteur nous offre par son Église, afin de guérir nos infirmités et retrouver notre dignité perdue. Le cheminement du Carême, que nous entreprenons aujourd’hui, nous enseigne ce que nous devons faire pour que l’« image de Dieu » qui, malgré le péché, est demeurée en nous, puisse reprendre sa splendeur, et notre existence rejoindre la conformité du plan originel et très sage du Créateur.
Il est tout d’abord nécessaire de reconnaître — comme nous l’enseigne la foi — la première racine de notre situation de misère et d’esclavage : cette racine de mal et de mort est le péché. Chacun de nous, avec sa bonne volonté soutenue par la grâce, peut et doit contribuer à la destruction de cette racine de mal de lui-même et du monde. Il peut et doit préparer dès ici-bas cette solution radicale du problème du malheur humain, qui se réalisera en plénitude dans le ciel. En poursuivant avec diligence le chemin du Carême qui commence aujourd’hui, chacun de nous peut et doit fournir aussi une contribution importante à la rédemption des structures sociales, des organisations civiles, de l’union des communautés ecclésiales, de l’humanité tout entière.
S’il est vrai — comme je l’ai dit dans mon récent document Réconciliation et Pénitence (n. 16) — qu’il existe de véritables et propres « situations de péché » comprises comme « attitudes collectives de groupes sociaux plus ou moins nombreux, ou même de nations entières et de blocs de nations », nous ne devons toutefois jamais oublier que de telles situations sont toujours « le fruit, l’accumulation et la concentration de nombreux péchés personnels », car le péché au sens propre est toujours un acte de l’individu, jamais un acte de la communauté comme telle. Pour cela, chacun de nous doit ressentir sa propre responsabilité au regard même des soi-disant « situations sociales de péché », et être bien certain que la conversion personnelle représente des réflexes importants, même s’ils ne sont pas décisifs, envers la solution de ces situations .
3. La seconde chose à faire est de lutter inexorablement contre le péché. C’est toujours, ici-bas, le premier pas à faire en vue de notre salut. C’est celui que, par tradition, les maîtres spirituels appelaient l’aspect « ascétique » de la vie chrétienne. Sans cette lutte sévère et intransigeante contre ses propres péchés, on ne parvient pas à la perfection chrétienne de la communion avec Dieu et de l’amour fraternel. Tant que nous sommes ici-bas, où le « vieil homme » révèle sa présence, d’une manière ou de l’autre, nous ne devons jamais penser que cette lutte soit finie, fussions-nous parvenus aux derniers degrés de l’union à Dieu et de la consécration à nos frères. Au contraire, comme nous l’enseignent les saints, un chrétien est d’autant plus parfait qu’il sait perfectionner son cheminement de pénitence et de conversion. La perfection chrétienne croît en parallèle avec la capacité de découvrir et réaliser toujours mieux nos devoirs de purification et de conversion.
Même sur la fin de leur vie, les saints se sont sentis pécheurs, et cela précisément parce que la conscience et le repentir des péchés est un signe caractéristique de la sainteté chrétienne.
Profitons donc, chers frères et sœurs, de cette occasion que l’Église nous offre pour continuer notre cheminement de conversion. Demandons à Dieu de nous éclairer toujours plus sur notre condition intérieure, et qu’il nous fasse comprendre toujours davantage quelles sont les exigences de notre conversion.
Dans ce but, tâchons d’écouter avec simplicité de cœur les appels à la rénovation et à la réconciliation qui nous viennent de l’Église. Ouvrons-leur notre cœur avec confiance. Profitons du moment favorable : « Voici maintenant le moment favorable, voici maintenant le jour du salut ! » (2 Co 6, 2.) Que le mystère pascal, que nous nous préparons à célébrer à travers ce Carême, nous trouve plus avancés sur le chemin de notre salut.