Le voyage en Espagne
1. « Je suis le chemin, la vérité, la vie. » (Jn 14, 6.) Ces paroles de Jésus-Christ ont constitué l’idée-force du pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, lié à la Journée mondiale de la jeunesse, qui s’est déroulé samedi et dimanche derniers en présence de centaines de milliers de jeunes d’Europe et du monde entier. Il faut rappeler que la tradition de cette Journée a commencé à l’occasion du Jubilé de la Rédemption, qui fut célébré à Rome et dans toute l’Église du 25 mars 1983 au 22 avril 1984. Le dimanche des Rameaux 1984, une grande foule de jeunes venus de divers pays se rassembla à Rome. Avec la contribution du Conseil pontifical pour les laïcs, on élabora alors pour cette rencontre une structure porteuse, de caractère thématique et pastoral, qui respecterait la richesse multiple de l’apostolat des jeunes dans l’Église.
2. Depuis lors, le dimanche des Rameaux a été proclamé Journée des jeunes pour toute l’Église. Ce jour revêt en effet une éloquence particulière du point de vue liturgique: le Christ entre à Jérusalem entouré de jeunes qui voient en lui le Messie. Les jours suivants de la Semaine sainte ont pour fonction de révéler à fond, par l’intermédiaire des événements survenus lors de la Pâque à Jérusalem, la vérité sur la mission messianique du Rédempteur. La Croix du Golgotha, puis la Résurrection constituent pour tous l’appel définitif à suivre le Christ. Plus particulièrement, elles sont un appel pour les jeunes.
3. On peut dire que l’initiative de la Journée de la jeunesse est partie des jeunes eux-mêmes : depuis longtemps, ils montraient qu’ils ressentaient avec une sensibilité spontanée et particulièrement vive le rappel de la liturgie pascale, spécialement le jour des Rameaux. Dans beaucoup de diocèses et de paroisses, ce dimanche constitue la Journée des jeunes. En d’autres, elle est célébrée à une date diverse selon les circonstances. En plus de ces rencontres locales, s’est développée depuis l’Année de la Rédemption la tradition de la Journée de la jeunesse à un niveau international. En 1985, cette Journée eut lieu à Rome (en lien avec la Journée mondiale de la jeunesse, proclamée par l’ONU). Deux ans plus tard, le dimanche des Rameaux 1987, le centre de la rencontre internationale des jeunes fut transféré à Buenos Aires, en Argentine. Cette année, une invitation pressante est venue d’Espagne, et le lieu de la rencontre est devenu le très ancien sanctuaire de Saint-Jacques-de-Compostelle.
4. Le choix de cette cite pour la IVe Rencontre mondiale de la jeunesse n’a pas été fortuit. Il faut, en effet, l’envisager dans le contexte pluriséculaire des pèlerinages chrétiens. À partir du IVe siècle, avec un crescendo qui atteint des sommets extraordinaires au Moyen Âge, une dévotion particulière s’affirme dans les communautés chrétiennes envers ce que l’on appellera par la suite des « lieux saints ». Cette forme de piété populaire a comme objectif fondamental le renouveau intérieur, la purification des péchés moyennant la confession individuelle et la pénitence. De tous les lieux, de toutes les nations de la jeune Europe qui était en train de naître grâce également à sa nouvelle identité religieuse, le christianisme, des pèlerins partaient pour se diriger vers les centres privilégiés de rayonnement spirituel : Jérusalem, Rome, Lorette et d’autres lieux de dévotion, parmi lesquels le «mémorial de monsieur Saint Jacques», le sanctuaire consacré à l’apôtre premier martyr, construit en l’an 813 en Galice, acquit peu à peu une renommée particulière. Le nom de la ville, «Compostelle», qui vient, selon certains, de l’expression latine Campas stellae — l’étoile qui aurait conduit miraculeusement à la découverte du corps de saint Jacques —, a une valeur symbolique : bien des siècles se sont écoulés mais, aujourd’hui comme hier, ce sanctuaire continue à être un phare privilégié de rayonnement chrétien pour l’Europe, cette vieille Europe qui se trouve devant l’importante étape désormais toute proche de son unification et devant l’imminence du troisième millénaire chrétien, une Europe qui doit à nouveau faire sien l’Évangile du Christ!
5. La Journée mondiale de la jeunesse à Saint-Jacques-de-Compostelle s’est référée à ces traditions européennes. Et bien que, parmi la grande foule des jeunes qui se sont réunis là, les fils et les filles des pays européens aient été les plus nombreux, les autres continents étaient cependant représentés: leurs groupes, même moins nombreux, n’étaient pas moins conscients de l’importance de la rencontre à laquelle ils participaient. Cette rencontre prend toute sa valeur sur le fondement bien clair du pèlerinage de l’Église et, particulièrement, des jeunes qui veulent participer d’une manière spéciale à ce pèlerinage. Dans le programme des rencontres de ces Journées, la pastorale des jeunes, sous ses multiples formes, porte tous ses fruits. La prise de conscience des jeunes aussi bien que leur comportement apostolique portent leurs fruits. En même temps, la Journée mondiale de la jeunesse est, en un certain sens, un nouveau commencement sur la route de cet apostolat et de la pastorale qui y mène. Grâce à cela, ce que — sur le fondement du Concile Vatican II — on a l’habitude d’appeler «une nouvelle évangélisation » prend une forme concrète. Il est clair que ce sont précisément les jeunes, les nouvelles générations, qui doivent devenir les protagonistes de cette nouvelle évangélisation.
6. Cette Journée mondiale a été intensément préparée par les diverses Conférences épiscopales mais surtout par les Commissions nationales pour la jeunesse, qui existent en de nombreux pays. Le tout était coordonné par le Conseil pontifical pour les laïcs. Dans les jours qui ont immédiatement précédé la Journée mondiale, s’est tenu à Saint-Jacques-de-Compostelle un « Forum international des jeunes » auquel ont pris part des représentants de plus de cinquante pays. Cet intense travail préparatoire, uni à la force spirituelle du pèlerinage, a donné un résultat supérieur à ce qui avait été prévu. Le nombre des jeunes qui se sont rendus en pèlerinage à Saint-Jacques a été de plus d’un demi-million… Cependant, au-delà des chiffres et des aspects extérieurs de la manifestation, il faut souligner, avec une vive satisfaction, aussi bien l’œuvre irremplaçable accomplie à cette occasion par de nombreux prêtres et religieux, spécialement en ce qui concerne la préparation spirituelle et surtout les confessions, que, en général, le travail silencieux mais constant de ceux qui, comme animateurs et animatrices, accompagnent jour après jour le cheminement de croissance spirituelle des jeunes, les soutenant dans leur effort pour suivre courageusement le Christ, « chemin, vérité et vie ».
7. Ma visite au sanctuaire de la Vierge de Covadonga, sur le territoire de l’archidiocèse d’Oviedo, a été un complément au pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. C’est précisément dans cette partie de l’Espagne, les Asturies, que commença l’œuvre de libération du pays de l’occupation arabe. Et ce fut en même temps une lutte pour la défense des valeurs chrétiennes. Cela se produisit au VIIIe siècle avec Don Pelayo. En se défendant contre les envahisseurs et en reconquérant leur terre dans la péninsule ibérique, les ancêtres de l’Espagne actuelle posèrent ensemble, en un certain sens, une pierre angulaire de leur identité nationale et chrétienne (catholique). Le sanctuaire de Notre-Dame de Covadonga est intimement lié à tout cet important processus et reste ce berceau de l’Espagne chrétienne et le symbole de son identité nationale.
8. Les jeunes qui sont venus de divers pays d’Europe à Saint-Jacques-de-Compostelle pour la Journée mondiale sont conscients du fait que mettre en route une nouvelle évangélisation signifie se reporter à ces commencements qui, en divers lieux du continent, eurent lieu il y a bien des siècles. Le Christ est la pierre angulaire. C’est lui qui a dit de lui-même: « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » En construisant sur lui, nous retrouvons non seulement la route du passé des peuples européens mais aussi le chemin vers l’avenir. Voilà « le chemin, la vérité, la vie » qui, à nouveau, s’affirment comme les seuls valables pour les générations qui, au cours du prochain millénaire, prendront leur place sur la scène de l’histoire.
L’Église du Christ et l’Esprit Saint
1. Le jour de la Pentecôte, par l’action de l’Esprit-Saint, l’Église, née de la mort rédemptrice du Christ, se manifeste au monde. Tel est le thème de la catéchèse de ce jour, qui fait suite à notre catéchèse précédente sur la descente de l’Esprit Saint qui a donné naissance au nouveau Peuple de Dieu. Nous avons vu que, en référence à l’ancienne Alliance passée entre Dieu-Seigneur et Israël en tant que son peuple « élu », le peuple de la nouvelle Alliance conclue « dans le sang du Christ » (cf. 1 Co 11, 25) est appelé dans l’Esprit-Saint à la sainteté. Il est le peuple consacré par « l’onction de l’Esprit Saint » déjà dans le sacrement du baptême. Il est le « sacerdoce royal » appelé à offrir « les dons spirituels » (cf. 1 P 2,9). En formant de cette manière le peuple de la nouvelle Alliance, l’Esprit-Saint rend manifeste l’Église qui est née du Rédempteur, de son cœur transpercé sur la croix.
2. Déjà, dans nos catéchèses du cycle christologique, nous avons montré que Jésus-Christ, « en transmettant aux apôtres le Royaume reçu de son Père » (cf. Lc 22, 29, et aussi : Mc 4, 11), pose les fondements de l’édification de son Église. En effet, il ne s’est pas limité à attirer des auditeurs et des disciples par la parole de l’Évangile et les « signes » qu’il a accomplis, mais il a clairement annoncé qu’il voulait « édifier l’Église » sur les apôtres, et en particulier sur Pierre (cf. Mt 16, 18). Quand vient l’heure de sa Passion, la veille au soir, il prie pour leur « consécration dans la vérité » (cf. Jn 17, 17), il prie pour leur unité : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » (cf. Jn 17, 21-23.) Enfin, il donne sa vie « en rançon pour la multitude » (Mc 10, 45), « pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu qui étaient dispersés » (Jn 11, 52).
3. La Constitution conciliaire Lumen gentium souligne le lien qui existe entre le mystère pascal et la Pentecôte : «Quand Jésus, ayant souffert pour les hommes la mort de la croix, fut ressuscité, il apparut que Dieu l’avait fait Seigneur, Christ et Prêtre pour l’éternité, et il répandit sur ses disciples l’Esprit promis par le Père. » (n. 5.) Cela s’est accompli conformément aux promesses faites par le Christ au Cénacle la veille de sa Passion, promesses renouvelées avant son départ définitif de cette terre pour retourner vers son Père: « Vous recevrez la force de l’Esprit-Saint qui descendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1, 8.) Ce fait est tout à fait décisif pour l’existence de l’Église. Le Christ l’a annoncée, instituée puis définitivement « engendrée » sur la croix par sa mort rédemptrice. Cependant, l’existence de l’Église n’est devenue évidente qu’au jour de la Pentecôte, quand l’Esprit-Saint descendit et lorsque les apôtres commencèrent à «témoigner» du mystère pascal du Christ. Nous pouvons parler de ce fait comme d’une naissance de l’Église, tout comme nous parlons de la naissance d’un homme au moment où il sort du sein de sa mère et « se manifeste » au monde.
4. Dans mon Encyclique Dominum et vivificantem, j’ai écrit : « Le temps de l’Église a commencé par la venue, c’est-à-dire par la descente de l’Esprit-Saint sur les apôtres réunis au Cénacle de Jérusalem avec Marie, la Mère du Seigneur. Le temps de l’Église a commencé au moment où les promesses et les prophéties qui se rapportaient de manière très explicite au Paraclet, à l’Esprit de vérité, ont commencé à se réaliser par les apôtres avec puissance et de toute évidence, déterminant ainsi la naissance de l’Église… L’Esprit-Saint a assuré la conduite, de manière invisible, mais d’une certaine façon « perceptible », de ceux qui, après le départ du Seigneur Jésus, avaient profondément le sentiment d’être restés orphelins. Par la venue de l’Esprit-Saint, ils se sont sentis aptes à accomplir la mission qui leur avait été confiée. Ils se sont sentis pleins de force. C’est là précisément l’action de l’Esprit-Saint en eux, et c’est son action constante dans l’Église par leurs successeurs. » (n. 5.)
5. La naissance de l’Église est comme une « nouvelle création » (cf. Ep 2, 15). On peut établir une analogie avec la première création, lorsque « le Seigneur Dieu façonna l’homme avec de la poussière prise du sol et insuffla dans ses narines un souffle de vie » (Gn 2, 7). À ce «souffle de vie », l’homme doit « l’esprit » qui, dans le composé humain, fait qu’il est homme-personne. C’est à ce « souffle » créateur que l’on doit se reporter quand on lit que le Christ ressuscité, apparaissant aux apôtres réunis au Cénacle, « souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit-Saint. Ceux à qui vous remettrez leurs péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20, 22-23). Cet événement, qui eut lieu le soir même de Pâques, peut être considéré comme une Pentecôte anticipée, non encore publique. Par la suite, le jour de la Pentecôte, eut lieu la manifestation publique du don de l’Esprit, quand Jésus-Christ, « élevé à la droite de Dieu, après avoir reçu du Père l’Esprit Saint qu’il avait promis, le répandit » (Ac 2, 33). Alors, par l’action de l’Esprit-Saint s’est réalisée la « nouvelle création » (cf. Ps 103/104, 30).
6. Outre cette analogie avec le Livre de la Genèse, on peut en trouver une autre dans un passage du Livre du prophète Ézéchiel où nous lisons : «Ainsi parle le Seigneur Dieu : Esprit, viens des quatre points cardinaux et souffle sur ces morts, afin qu’ils revivent. » (Ez 37, 9.) « Je vais ouvrir vos tombeaux, je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple, je vous ramènerai sur la terre d’Israël. » (Ez 37, 12.) « Je mettrai mon esprit en vous et vous revivrez. Vous saurez que je suis le Seigneur. » (Ez 37, 14.) « Et l’Esprit entra en eux et ils revinrent à la vie, et ils se levèrent. » (Ez 37, 10.) Cette vision prophétique, grandiose et pénétrante, concerne la restauration messianique d’Israël après l’Exil annoncée par Dieu après la longue souffrance (cf. Ez 37, 11-14). C’est la même annonce de reprise et de vie nouvelle qui est donnée par Osée (cf. 6, 2 ; 13, 14) et par Isaïe (26, 19). Mais le symbolisme employé par le Prophète introduisait dans l’esprit d’Israël une aspiration, l’idée d’une résurrection individuelle, peut-être déjà entrevue par Job (cf. 19, 25). Cette idée devait mûrir par la suite, comme l’attestent d’autres passages de l’Ancien Testament (cf. Dn 12, 2 ; 2 M 7, 9-14 et 23-36 ; 12, 43-46) et du Nouveau Testament (Mt 22, 29-32 ; 1 Co 15). Mais, dans cette idée, il y avait aussi une préparation au concept de « vie nouvelle » ; celle-ci sera révélée par la résurrection du Christ et, par l’action de l’Esprit-Saint, descendra sur ceux qui croiront. Aussi, même dans le texte d’Ézéchiel, nous pouvons lire, nous, croyants dans le Christ, une certaine analogie pascale.
7. Et voici un dernier aspect du mystère de l’Église née sous l’action de l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte. En elle se réalise la prière sacerdotale du Christ au Cénacle: «Qu’ils soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21.) Descendant sur les apôtres réunis autour de Marie, la Mère du Christ, l’Esprit-Saint les transforme et les unit, les « comblant » de la plénitude de la vie divine. Ils deviennent « un » : une communauté apostolique, empressée à témoigner du Christ crucifié et ressuscité. C’est là la « nouvelle création » surgie de la Croix et vivifiée par l’Esprit-Saint qui, le jour de la Pentecôte, l’a engagée dans l’histoire.
Le baptême dans l’Esprit
1. Lorsque l’Église, jaillie du sacrifice de la Croix, a commencé son chemin dans le monde grâce à l’œuvre du Saint-Esprit descendu au Cénacle le jour de la Pentecôte, débuta alors « son temps » ; le « temps de l’Église » comme collaboratrice de l’Esprit, ayant pour mission de faire fructifier la Rédemption du Christ, de génération en génération. C’est précisément dans cette mission et collaboration avec l’Esprit que s’effectue la « sacramentalité » que lui attribue le Concile Vatican II, enseignant que «… l’Église est en Christ comme un sacrement ou signe et instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen gentium, 1). Cette « sacramentalité » a une signification profonde en relation avec le mystère de la Pentecôte, qui donne à l’Église la vigueur et les charismes pour opérer visiblement dans toute la famille humaine.
2. Dans cette catéchèse, nous voulons considérer principalement le rapport entre la Pentecôte et le sacrement du baptême. Nous savons que la venue du Saint-Esprit a été annoncée au Jourdain conjointement avec la venue du Christ. C’est à Jean-Baptiste qu’il revint d’associer les deux venues, et d’en montrer le lien intime, en parlant du « baptême » : « Il vous baptisera dans l’Esprit-Saint » (Mc 1, 8) ; « Il vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu » (Mc 3, 11). Ce lien entre l’Esprit-Saint et le feu doit être replacé dans le contexte du langage biblique qui, déjà dans l’Ancien Testament, présentait le feu comme le moyen utilisé par Dieu pour purifier les consciences (cf. Is 1, 25 ; 6, 5-7 ; Za 13, 9 ; Ml 3, 2-3 : Si 2, 5, etc.). Le baptême qui se pratiquait autrefois dans le judaïsme et en d’autres religions antiques était une immersion rituelle, qui avait pour signification une purification rénovatrice. Jean-Baptiste avait adopté cette pratique du baptême dans l’eau, tout en soulignant que sa valeur n’était pas seulement rituelle, puisqu’il était « pour la conversion » (cf. Mt 3, 2.6.8.11 ; Lc 3, 10-14). En outre, il constituait une sorte d’initiation, par laquelle ceux qui le recevaient devenaient disciples du Baptiste et constituaient autour de lui et avec lui une communauté qui se caractérisait par l’attente eschatologique du Messie (cf. Mt 3, 2.11 ; Jn 1, 19-34). C’était toutefois un baptême d’eau, qui n’avait pas, de ce fait, un pouvoir de purification sacramentelle. Ce pouvoir aurait été le propre du baptême de feu — élément en soi bien plus puissant que l’eau — apporté par le Messie. Jean proclamait la fonction préparatoire et symbolique de son baptême par rapport au Messie, qui devait baptiser « dans l’Esprit-Saint et le feu» (Mt 3, 11 ; cf. 3.7.10.12 ; Jn 1, 33). Et il ajoutait que si, par le feu de l’Esprit, le Messie allait purifier à fond les hommes bien disposés, rassemblés, comme «le grain dans le grenier », il brûlerait cependant « les balles dans un feu qui ne s’éteint pas » (Mt 3, 12), comme le « feu de la géhenne » (cf. Mt 18, 8-9), symbole de la consomption à laquelle est destiné tout ce qui ne s’est pas laissé purifier (cf. Is 66, 24 ; Jdt 16, 17 ; Si 7, 17 ; So 1, 18 ; Ps 21, 10, etc.).
3. Tandis qu’il accomplit sa fonction prophétique et préfiguratrice dans la ligne du symbolisme de l’Ancien Testament, le Baptiste, un jour, rencontre Jésus aux eaux du Jourdain. Il reconnaît en lui le Messie, dont il proclame qu’il est « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29) et, à sa requête, il le baptise (cf. Mt 3, 14-15) ; mais, en même temps, il rend témoignage à sa messianité, dont il professe qu’il n’est qu’un simple annonciateur et précurseur (cf. Jn 1, 30-31). Ce témoignage de Jean est complété par ce qu’il transmet lui-même à ses disciples et auditeurs au sujet de l’expérience qu’il a eue en cette circonstance, et qui peut-être lui a rappelé le récit de la Genèse sur la fin du déluge (cf. Gn 8, 10) : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et se poser sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’avait dit : «L’homme sur qui tu verras descendre et demeurer l’Esprit est celui qui baptise dans l’Esprit-Saint… » (Jn 1, 32-33 ; cf. Mt 3, 16 ; Mc 1, 8 ; Lc 3, 22.) « Baptiser dans l’Esprit-Saint » signifie régénérer l’humanité par la puissance de l’Esprit de Dieu : c’est ce qu’accomplit le Messie, sur lequel, comme l’avait prédit Isaïe (11, 2 ; 42, 1) repose l’Esprit, comblant son humanité de valeur divine à partir de l’Incarnation jusqu’à la plénitude de la résurrection après sa mort sur la croix (cf. Jn 7, 39 ; 14, 26 ; 16, 7.8 ; 20, 22 ; Lc 24, 29). Ayant acquis cette plénitude, le Messie Jésus peut donner le nouveau baptême dans l’Esprit dont il est rempli (cf. Jn 1, 33 ; Ac 1, 5). De son humanité glorifiée, comme d’une source d’eau vive, l’Esprit se répandra sur lé monde (cf. Jn 7, 37-39 ; 19, 34 ; cf. Rm 5, 5). Telle est l’annonce que fait le Baptiste en rendant témoignage au Christ à l’occasion du Baptême, dans lequel se fondent les symboles de l’eau et du feu, pour exprimer le mystère de la nouvelle énergie vivificatrice que le Messie et l’Esprit ont répandue sur le monde.
4. Jésus aussi, au cours de son ministère, parle de sa passion et de sa mort comme d’un baptême qu’il doit recevoir : un baptême, parce qu’il devra être immergé totalement dans la souffrance, symbolisée également par le calice qu’il devra boire (cf. Mc 10, 38 ; 14, 36) ; mais il s’agit d’un baptême relié par Jésus à l’autre symbole du feu, qu’il est venu apporter sur la terre (Lc 12, 49-50) : feu, dans lequel il est facile d’entrevoir l’Esprit-Saint qui «comble», son humanité et qui, un jour, après l’incendie de la croix, se répandra dans le monde, propageant le baptême de feu que Jésus désire si intensément recevoir qu’il en est angoisse jusqu’à ce qu’il s’accomplisse en lui (cf. Lc 12, 50).
5. J’ai écrit dans l’Encyclique Dominum et vivificantem : «Dans l’Ancien Testament, on parle plusieurs fois du feu du ciel qui brûlait les offrandes présentées par les hommes. Par analogie, on peut dire que l’Esprit-Saint est le feu du ciel, qui au plus profond du mystère de la Croix… L’Esprit-Saint, en tant qu’amour et don, descend, en un certain sens, au cœur même du sacrifice offert sur la Croix. En nous référant à la tradition biblique, nous pouvons dire qu’il consomme ce sacrifice par le feu de l’amour qui unit le Fils au Père dans la communion trinitaire. Et comme le sacrifice de la Croix est un acte propre du Christ, jusque dans ce sacrifice, il reçoit l’Esprit-Saint. Il le reçoit d’une manière telle qu’ensuite il peut lui-même — et lui seul avec Dieu le Père le peut — le donner aux apôtres, à l’Église, à l’humanité. Lui seul l’envoie d’auprès du Père. Lui seul se présente devant les apôtres réunis au Cénacle, souffle sur eux et dit : « Recevez l’Esprit-Saint ; ceux à qui vous remettrez leurs péchés, il leur seront remis. » (Jn 20, 23.) », (n. 41).
6. Ainsi trouve son accomplissement l’annonce messianique de Jean sur le Jourdain : « Il vous baptisera dans l’Esprit et le feu. »’ (Mt 3, 11, cf. Lc 3, 16.) Ici aussi se réalise le symbolisme biblique, par lequel Dieu lui-même s’est manifesté comme la colonne de feu qui guidait son peuple à travers le désert (cf. Es 13, 21-22), comme la parole de feu qui avait « embrasé la montagne (du Sinaï) jusqu’en plein ciel » (Dt 4, 11), comme la lumière dans le feu (Is 10, 17), comme le feu dévorant d’amour pour Israël (cf. Dt 4, 24). Ainsi s’accomplit ce que le Christ lui-même a promis lorsqu’il a dit qu’il était venu pour allumer le feu sur la terre (cf. Lc 12, 49), tandis que l’Apocalypse dira à son sujet que ses yeux sont flamboyants comme un feu (cf. Ap 1, 14; 2, 28, 19, 12). Ainsi s’explique que l’Esprit-Saint soit envoyé dans le feu (cf. Ac 2, 3). Tout cela advient lors du mystère pascal, lorsque le Christ, dans le sacrifice de la Croix « reçoit le baptême par lequel Lui-même devait être baptisé » (cf. Mc 10, 38), et lors du mystère de la Pentecôte, lorsque le Christ ressuscité et glorifié répand son Esprit sur les apôtres et sur l’Église. C’est par ce « baptême de feu » reçu dans son sacrifice, que le Christ est devenu dans sa Résurrection, selon saint Paul, ce « dernier Adam », « l’esprit qui donne la vie » (1 Co 15, 45). C’est pourquoi le Christ ressuscité annonce aux apôtres : « Jean, lui, a baptise avec de l’eau, mais vous, c’est dans l’Esprit-Saint que vous serez baptisés, sous peu de jours » (Ac 1, 5.) Par l’action du dernier Adam, le Christ, « l’Esprit qui donne la vie » sera donné aux apôtres et à l’Église (cf. Jn 6, 63).
7. C’est le jour de la Pentecôte qu’est donnée la révélation de ce baptême. Le baptême nouveau et définitif, qui opère la purification et la sanctification pour une vie nouvelle. Le baptême, en vertu duquel naît l’Église dans la perspective eschatologique qui s’étend « jusqu’à la fin du monde » (cf. Mt 28, 20) : non seulement l’« Église de Jérusalem », des apôtres et des disciples immédiats du Seigneur, mais l’Église tout « entière », prise dans son universalité qui se réalise à travers les temps et les lieux de son enracinement terrestre. Les langues de feu qui accompagnent l’événement de la Pentecôte, au Cénacle de Jérusalem, sont le signe de ce feu que Jésus-Christ apporta et alluma sur la terre (cf. Lc 12, 49) : le feu de l’Esprit-Saint.
8. À la lumière de la Pentecôte, nous pouvons également mieux comprendre la signification du baptême comme premier sacrement, dans la mesure où il est l’œuvre de l’Esprit Saint. Jésus y avait fait allusion lors de son entretien avec Nicodème : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu» (Jn 3, 5). Au cours de ce même entretien, Jésus fait allusion à sa mort prochaine sur la Croix (cf. Jn 3, 14-15) et à son exaltation dans le ciel (cf. 3, 13) : c’est le baptême du Sacrifice, par lequel le baptême d’eau, le premier sacrement de l’Église, recevra la vertu d’opérer la naissance de l’Esprit-Saint et d’ouvrir aux hommes l’« entrée dans le Royaume de Dieu ». En effet, comme l’écrit saint Paul aux Romains: « Baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que nous tous avons été baptisés. Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions aussi dans une vie nouvelle. » (Rm 6, 3-4.) Ce chemin baptismal dans la vie nouvelle commence le jour de la Pentecôte à Jérusalem.
9. L’Apôtre illustre à plusieurs reprises la signification du baptême dans ses lettres (cf. 1 Co 6, 11 ; Tt 3, 5 ; 2 Co 1, 22 ; Ep 1, 13). Il le conçoit comme un « bain de régénération et renouveau dans l’Esprit-Saint » (Tt 3, 5), porteur de justification « au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ » (1 Co 6, 11, cf. 2 Co 1, 22) ; comme « des arrhes de l’Esprit dans nos cœurs », (cf. 2 Co 1, 22). En raison de cette présence de l’Esprit-Saint chez les baptisés, l’apôtre recommandait aux chrétiens de l’époque (et nous le répète à nous aussi aujourd’hui) : « Ne contristez pas l’Esprit-Saint de Dieu, qui vous a marqué de son sceau pour le jour de la rédemption.» (Ep 4, 30.)
L’Esprit-Saint oriente vers l’Eucharistie
1. « Vous serez baptisés dans l’Esprit-Saint sous peu de jours » (Ac 1, 5) : cette promesse de Jésus signifie qu’il existe un lien particulier entre l’Esprit-Saint et le baptême. Nous l’avons vu dans la catéchèse précédente lorsque, partant du baptême de pénitence que Jean dispensait sur les bords du Jourdain, en annonçant la venue du Christ, nous nous sommes approchés de celui qui baptisera «dans l’Esprit-Saint et le feu ». Nous nous sommes approchés aussi de cet unique baptême par lequel il devait être lui-même baptisé (cf. Mc 10, 38) : le sacrifice de la Croix, offert par le Christ « avec un Esprit éternel » (He 9, 14), qui lui permettrait de devenir « le dernier Adam » et, comme tel, « l’esprit donateur de vie », selon l’affirmation de saint Paul (cf. 1 Co 15, 45). Nous savons que le Christ «donna» aux apôtres l’Esprit qui donne la vie, le jour de sa résurrection (cf. Jn 20, 22) et, ensuite, lors de la solennité de la Pentecôte, lorsque tous furent « baptisés avec l’Esprit-Saint » (cf. Ac 2, 4).
2. Entre le sacrifice pascal du Christ et le don de l’Esprit, il existe donc un rapport objectif. Puisque l’Eucharistie renouvelle mystiquement le sacrifice rédempteur du Christ, il est facile de comprendre le lien intrinsèque existant entre ce sacrement et le don de l’Esprit : en créant l’Église par sa venue le jour de la Pentecôte, l’Esprit-Saint la constitue en référence objective à l’Eucharistie et l’oriente vers l’Eucharistie. Jésus avait dit dans une de ses paraboles : « Il en va du Royaume des cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils. », (Mt 22, 2.) L’Eucharistie constitue l’anticipation sacramentelle et, en un certain sens, un «avant-goût» de ce banquet royal, que l’Apocalypse appelle le « banquet de l’agneau » (cf. Ap 19, 9). L’époux qui est au centre de cette fête des noces, et de sa préfiguration et anticipation eucharistique, est l’Agneau qui « ôte les péchés », le Rédempteur.
3. Dans l’Église, qui naît du baptême dans la Pentecôte, lorsque les apôtres, et avec eux d’autres disciples et confesseurs du Christ, sont « baptisés dans l’Esprit », l’Eucharistie est et reste jusqu’à la fin des temps le sacrement du Corps et du Sang du Christ. En elle, est présent « le Sang du Christ, qui par un esprit éternel s’est offert lui-même sans tache à Dieu » (He 9, 14) ; le sang « versé pour une multitude » (Mc 14, 24) « en rémission des péchés » (Mt 26, 28) ; le sang qui « purifie les consciences des œuvres mortes » (cf. He 9, 14) ; le « sang de l’Alliance » (Mt 26, 28). En instituant l’Eucharistie, Jésus lui-même déclare: « Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang » (Lc 22, 20 ; cf. 1 Co 11, 25) et il recommande aux apôtres : « Faites cela en mémoire de moi. » (Lc 22, 19.) Dans l’Eucharistie — chaque fois — se renouvelle (c’est-à-dire se réalise à nouveau) le sacrifice du Corps et du Sang, offert par le Christ une seule fois au Père sur la Croix pour la rédemption du monde. Dans l’Encyclique Dominum et vivificantem, il est dit que « dans le sacrifice du Fils de l’homme l’Esprit-Saint est présent et agit. Ce même Jésus-Christ s’est ouvert totalement, dans son humanité, à l’action de l’Esprit-Paraclet qui, dans la souffrance, fait apparaître l’amour éternel, source de salut » (n. 40).
4. L’Eucharistie est le sacrement de cet amour rédempteur, étroitement lié à la présence de l’Esprit-Saint et à son action. Comment ne pas repenser là aux paroles prononcées par Jésus lorsque, dans la synagogue de Capharnaüm, après la multiplication des pains (cf. Jn 6, 27), il proclamait la nécessité de se nourrir de sa chair et de son sang ? À beaucoup de ceux qui l’écoutaient, ses paroles — « manger son corps et boire son sang » (cf. Jn 6, 53) — semblèrent « dures » (Jn 6, 60). Sentant cette difficulté, Jésus leur dit : « Cela vous scandalise? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant?…» (Jn 6, 61-62.) C’était une allusion explicite à sa future ascension au ciel. Et, à ce moment là, il ajouta une référence à l’Esprit-Saint qui n’acquerrait son plein sens qu’après l’Ascension. Il dit : « C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » (Jn 6, 63.) Les auditeurs de Jésus comprirent cette première annonce eucharistique d’une façon « matérielle ». Le Maître voulut immédiatement préciser que le contenu de ses paroles pouvait seulement être éclairé et compris grâce à « l’Esprit qui donne la vie ». Dans l’Eucharistie, le Christ nous donne son corps et son sang en nourriture et en boisson, sous les espaces du pain et du vin, comme au cours du banquet pascal de la dernière Cène. C’est seulement en vertu de l’Esprit, qui donne la vie, que la nourriture et la boisson eucharistiques peuvent opérer en nous la «communion», c’est-à-dire l’union salvatrice avec le Christ crucifié et glorifié.
5. Il est un fait significatif, lié à l’événement de la Pentecôte : dès les premiers temps après la descente de l’Esprit-Saint, les apôtres et leurs disciples, convertis et baptisés, « étaient assidus à la fraction du pain et à la prière» (Ac 2, 42), comme si l’Esprit-Saint les avait lui-même orientés vers l’Eucharistie. J’ai noté dans l’Encyclique Dominum et vivificantem que, « depuis son origine, l’Église, guidée par l’Esprit-Saint, s’est exprimée et s’est affermie par l’Eucharistie » (n. 62). L’Église primitive était une communauté fondée sur l’enseignement des apôtres (Ac 2, 42), entièrement animée par l’Esprit-Saint, lequel transmettait la lumière aux croyants afin qu’ils comprennent la Parole, et qui les réunissait dans la charité autour de l’Eucharistie. Ainsi l’Église croissait et se répandait chez une multitude de croyants, qui « avaient un seul cœur et une seule âme » (Ac 4, 32).
6. Toujours dans la même Encyclique, nous lisons que « par l’Eucharistie, les personnes et les communautés, sous l’action du Paraclet-Consolateur, apprennent à découvrir le sens divin de la vie humaine » (n. 62). C’est-à-dire qu’elles découvrent la valeur de la vie intérieure, réalisant en elles l’image du Dieu Trinité, qui nous est toujours présenté dans les livres du Nouveau Testament et spécialement dans les Épîtres de saint Paul, comme l’Alpha et l’Omega de notre vie : c’est-à-dire le début, à partir duquel l’homme est créé et modelé, et la fin ultime à laquelle il est destiné et conduit selon le dessein et la volonté du Père, reflétés dans le Fils-Verbe et l’Esprit-Amour. Ceci est une interprétation belle et profonde que la tradition patristique, résumée et formulée en termes théologiques par saint Thomas (cf. Summa Theol. I, q. 93, a. 8), a donnée d’un principe-clef de la spiritualité et de l’anthropologie chrétiennes, exprimé dans l’Épître aux Éphésiens : « C’est pourquoi je fléchis les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au ciel et sur terre, tire son nom. Qu’il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en vous l’homme intérieur, que le Christ habite en vos cœurs par la foi, et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour. Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur, vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la plénitude de Dieu. » (Ep 3, 14, 19.)
7. C’est le Christ qui nous donne cette plénitude divine (cf. Col 2, 9) grâce à l’action de l’Esprit-Saint. Ainsi remplis de vie divine, les chrétiens entrent et vivent dans la plénitude totale du Christ, qui est l’Église, et à travers l’Église dans l’univers nouveau qui peu à peu s’édifie (cf. Ep 1, 23 ; 4, 12-13 ; Col 2, 10). Au centre de l’Église et du nouvel univers, se trouve l’Eucharistie, où le Christ est présent, opérant dans les hommes et dans le monde entier grâce à l’Esprit-Saint.